Le premier élément qui émerge de la brève généalogie du conflit israélo-palestinien esquissée par Carlo Arcuri (ici) est que la racine principale du conflit actuel n'est ni une guerre de civilisations ni une guerre religieuse ou interethnique, mais une confrontation entre un État surpuissant et des formes, des « devenirs » non étatiques qui investissent de manière transversale, même si de façon ouvertement conflictuelle, les sociétés palestinienne et israélienne.
Le premier élément qui émerge de la brève généalogie du conflit israélo-palestinien esquissée par Carlo Arcuri est que la racine principale du conflit actuel n'est ni une guerre de civilisations ni une guerre religieuse ou interethnique, mais une confrontation entre un État surpuissant et des formes, des « devenirs » non étatiques qui investissent de manière transversale, même si de façon ouvertement conflictuelle, les sociétés palestinienne et israélienne.
Puisque nous affirmons notre critique théorique et pratique de la forme-État, nous refusons d'endosser à notre tour une logique étatique et gardons une extranéité par rapport à tout État et à toute identification à un peuple qui relève d'un droit de naissance et non d'un choix libre et volontaire. Nous revendiquons, dès lors, le droit – et le devoir – de contester et de combattre activement, en temps réel, toute forme de colonialisme, ainsi que toute politique de massacre et d'extermination. Cela, sans faire preuve d'aucune indulgence particulière, ni d'aucune critique ou contestation particulière, à l'égard de l'État d'Israël. À une réserve près, d'ordre quantitatif et dromologique : le fait qu'à Gaza est mise en œuvre, par son ampleur et sa rapidité inscrite… dans la longue durée, parmi les nombreux autres massacres, la plus gigantesque politique d'extermination du moment.
Nous souhaiterions donc poser la question de la mobilisation en faveur des Palestiniens de Gaza, de Cisjordanie et du Sud-Liban, et à leurs côtés, en des termes laïques et contemporains. Il s'agirait ainsi de dégager, pro tempore et du point de vue de l'action orientée vers des perspectives d'avenir – malgré l'évidente pauvreté des moyens dont nous disposons et en dépit du No future que pèse sur nos têtes comme une immense dystopie – les lignes d'une conduite qui affirme un « droit », de toutes et tous, à la vie et à son plein épanouissement. Et ce malgré un état de siège – celui de Gaza – qui, la veille du 7 octobre 2023, durait depuis quinze ans avec cinq guerre coloniales (2008, 2012, 2014, 2018, 2021) [1].
Nous avons déjà dit – et nous sommes loin d'être les seuls – qu'il faut rejeter l'équation entre antisionisme et antisémitisme, remise récemment à l'ordre du jour par un projet de loi retiré en avril 2026 [2]. Faut-il rappeler que des pans entiers du monde juif, y compris dans certaines variantes religieuses dont on ne saurait sous-estimer les répercussions politiques, récusent l'ethno-nationalisme sioniste [3] ? Bien sûr, en même temps, il faut résolument éviter que les colossales méfaits de l'État d'Israël produisent des glissements de l'antisionisme à l'antijudaïsme.
Vu que l'actualité ne cesse de faire resurgir cette problématique, dans ces quelques pages nous allons aborder la problématique des rapports entre Israël et la pensée antagoniste, en essayant de frayer un chemin entre deux anathèmes croisés : l'accusation d'« antisémitisme », voire d'islamogauchisme », et celle de sympathie, voire d'intelligence avec le « pouvoir sioniste ». Face à ce double écueil, nous souhaiterions remonter brièvement le temps.
« Judenfrage » est un terme qui, avant de devenir l'euphémisme nazi pour l'extermination de masse, a désigné un débat européen du XIXe siècle sur les droits civiques des Juifs. Les deux textes fondateurs de cette question – respectivement de Bruno Bauer (La question juive, 1843) et de Marx (Sur la question juive, 1844) – ont déjà fait l'objet de maintes controverses et exégèses savantes. Les controverses portent notamment sur l'« antisémitisme » imputé à l'auteur du Capital et détecté notamment dans des ouvrages de Proudhon, de Bakounine et de Jaurès (avant la parution du célèbre J'accuse ! de Zola). C'est un débat dense et crucial que nous ne prétendons nullement trancher. Mais il y a nécessité, ne serait-ce que pour contribuer à dissiper l'ombre de l'antisémitisme, de nettoyer le champ de l'analyse. Pour ce faire, nous nous limiterons ici à saisir comme objet d'analyse un épisode emblématique de cette vexata quaestio dans le débat marxiste au XXe siècle.
Avant d'entrer dans le vif du sujet, précisons que la Révolution d'Octobre marque, après la Révolution de 1789 [4], l'autre temps fort sur la voie de l'émancipation du peuple juif, en Europe et dans le monde. Avant la concession faite aux Juifs, en 1934, d'un Oblast (et non d'une république autonome) à la frontière avec la Chine, près du cercle polaire, avec Birobidjan comme capitale, dès 1917 la Russie met fin aux pogroms et inaugure, pour sa population juive, un âge d'espoir. Il suffit de rappeler que les bolcheviks créeront, pour la première fois dans le monde, le délit d'« antisémitisme »… Par ailleurs, en Union Soviétique, avant la mort de Lénine, non seulement beaucoup de Juifs font partie de l'état-major du parti communiste, mais des artistes d'origine juive – comme Moyshe Shagal alias Marc Chagall, El(iezer) Lissitzky, Sergueï Mikhaïlovitch Eisenstein, David Kaufmann alias Dziga Vertov – occupent des postes éminents dans les organisations qui ont en charge la politique culturelle et la propagande [5]. Cela, bien entendu, avant le virage stalinien vers le réalisme socialiste, antichambre du « socialisme réalisé », synonyme de mise au pas de la culture et de la société, y compris dans les rapports avec la minorité juive. Le procès Slánský, en Tchécoslovaquie, en 1952, et, l'année suivante, le « complot des blouses blanches » – les médecins juifs accusés d'avoir empoisonné ou laissé mourir plusieurs hauts responsables soviétiques – seront le point d'orgue de l'antisémitisme comme doctrine du Parti-État en URSS, typique des années 1930 et 1940. Puisque la question du judaïsme, du sionisme et de l'antisémitisme, à l'intérieur des différentes sensibilités de la « gauche », ne cesse de refaire surface, notamment en France, nous aimerions apporter quelques éléments de réflexion.
Celui d'Abraham Wajnstock alias Abraham Léon (1918-1944) est un cas d'école. Juif polonais né à Varsovie en 1918, Léon émigre avec sa famille en Belgique en 1926, après un séjour d'un an en Palestine. Très jeune, il milite au sein de l'Hashomer Hatzaïr, un mouvement de jeunesse « sioniste de gauche », dont il devient l'un des dirigeants en Belgique. Il rompt ensuite avec le sionisme, notamment en raison du soutien de l'organisation aux procès de Moscou, et rejoint le mouvement trotskiste au début de la Seconde Guerre mondiale. Il participe ainsi à la reconstruction de la section belge de la Quatrième Internationale. Arrêté par les nazis à Charleroi en 1944, Abraham Léon est déporté à Auschwitz, où il meurt la même année. Dans La Conception matérialiste de la question juive, son ouvrage-testament écrit en 1942-1943, Léon part du point de vue de Marx, selon lequel « l'erreur essentielle de toutes les écoles idéalistes […] consiste à placer le problème cardinal de l'histoire juive, celui du maintien du judaïsme, sous le signe du libre arbitre ». Contre cette forme d'idéalisme, Léon fait valoir, avec le Marx de la Question juive, que « le maintien de la religion ou de la nationalité juives ne doit être expliqué que par le “Juif réel”, c'est-à-dire par le Juif dans son rôle économique et social [6]. » D'après Léon, « les Juifs constituent dans l'histoire avant tout un groupe social ayant une fonction économique déterminée ». C'est pourquoi « ils sont une classe, ou, mieux encore, un peuple classe. […] C'est parce que les Juifs se sont conservés en tant que classe sociale qu'ils ont aussi gardé certaines de leurs particularités religieuses, ethniques et linguistiques [7]. » Daniel Bensaïd observe, à ce propos, que « l'identité du peuple juif pendant les siècles de diaspora ne s'est pas maintenue en vertu d'une mission ou d'une essence métaphysique mais d'une fonction sociale : celle d'un peuple-classe remplissant globalement une fonction marchande dans des sociétés principalement productrices de valeurs d'usage, en vertu de quoi les Juifs ont constitué une sorte de “caste” jouant le rôle d'intermédiaires indispensables d'une économie naturelle [8]. » Dans La Conception matérialiste de la question juive, Léon compare, par ailleurs, le sionisme aux nationalismes européens, en soutenant qu'il constitue un produit de la petite bourgeoisie juive, typique de « la dernière phase du capitalisme, du capitalisme commençant à pourrir [9] ».
À la lecture de l'ouvrage de Léon, il y a lieu de se poser un certain nombre de questions à propos de la notion de « peuple-classe ». Peut-on notamment comprendre et se représenter la lutte des classes en termes identitaires ? Le fait d'attribuer à l'opprimé une identité – fût-elle ethnoculturelle et non pas racisée – n'est-il pas une manière « essentialiste » de l'enfermer dans une « cage » logique qui limite sa créativité, ses potentialités ? En ce sens, on pourrait formuler une critique de l'idée du peuple juif comme « peuple-classe », aussi bien dans son acception « réactionnaire » (celle du Juif riche et avaricieux ayant proliféré aussi parmi les classes populaires), que dans son acception romantique anticapitaliste (celle du Juif errant, cosmopolite et apatride, voire révolutionnaire [10]).
Le schématisme de certaines parties de l'analyse d'Abraham Léon – qui se rapporte surtout aux sociétés précapitalistes – ne l'empêche pas de proposer un vaste balayage historique, souvent pertinent, de la condition et de la question juives en Europe. Léon explique notamment comment, après une période durant laquelle la communauté juive s'adonne à une activité commerciale marginale, parfois liée au crédit [11], dans le cadre d'une société encore régie par les valeurs d'usage, la croissance de la valeur d'échange dans les États-nations modernes et la concentration des moyens de production entre les mains des autochtones coïncide pour les Juifs avec une phase de prolétarisation. C'est ainsi que, lorsque la Pologne et la Russie, au XIXe siècle, sortent, elles aussi, du mode de production féodal, la migration des masses déshéritées vers l'Allemagne, l'empire austro-hongrois et la France s'intensifie, faisant des arrivants Juifs les boucs émissaires du mécontentement petit-bourgeois dans ces pays. Dans L'Antisémitisme, son histoire et ses causes – publié en 1894, l'année même où éclate l'affaire Dreyfus – Bernard Lazare conteste avec vigueur l'image du Juif comme « détenteur exclusif du capital » : « Les Juifs possèdent tout, déclare-t-on ; et juif, après avoir été l'équivalent de fourbe, de trompeur, d'usurier, devint synonyme de riche. Tout Juif est possesseur, voilà la commune croyance. Il y a là une erreur profonde. L'immense majorité des Juifs, près de sept huitièmes, sont d'une extrême pauvreté. En Russie, en Galicie, en Roumanie, en Serbie, en Turquie leur misère est affreuse. Ils sont pour la plupart des artisans et, en cette qualité, ils pâtissent de l'état social actuel, tout comme les salariés chrétiens [12]. » Dans l'analyse de Léon aussi, les Juifs, contrairement à ce qu'avait écrit Werner Sombart, sont loin d'être le « moteur » du capitalisme. Emboîtant le pas à Bernard Lazare, Léon observe que les minorités juives ont été appauvries par la montée en puissance du capitalisme qui, avec l'essor de la production industrielle des biens de consommation, a progressivement « paupérisé » les activités artisanales et commerciales traditionnellement dévolues aux Juifs.
Si la tentative de faire du peuple juif un peuple-classe peut apparaître comme une forme de naïveté idéologique, celle de faire de l'antisémitisme un effet mécanique du capitalisme est tout aussi problématique. Et pourtant le capitalisme et l'impérialisme qui en découle dans sa « phase suprême » – celle du « capitalocène » – ont démontré qu'ils peuvent multiplier de façon exponentielle le pouvoir destructeur, mortifère d'un mode de production qui, dans une sorte de « subsomption totale », étend désormais son emprise sur les différents genres, espèces et manifestations de la vie. Walter Benjamin n'avait pas observé que « devant l'ennemi, s'il vainc, mêmes les morts ne seront point en sécurité [13] ? ».
Il suffit, pour le passé, de penser au prix humain des différentes entreprises coloniales, dont certaines ont procédé à des massacres massifs. On pense notamment au régime du roi des Belges Léopold II au Congo (1885-1908), marqué par le travail forcé, les exactions et des tueries qui provoquèrent une catastrophe démographique majeure. L'estimation popularisée par l'historien Adam Hochschild parle d'environ 10 millions de morts [14]. On peut penser aussi, sur le territoire européen, à la façon dont le régime parlementaire de Weimar, son président Hindenburg et le grand capital allemand firent le lit du nazisme, sous-traitant de leurs basses œuvres. Et que dire de la monarchie italienne et de son gouvernement, qui « laissèrent faire » les escadrons de Mussolini en octobre 1922, au moment de la « marche sur Rome » : le putsch d'opérette qui décréta la fin du gouvernement présidé par « l'imbelle (l'inoffensif) Facta [15] » et le début de vingt ans de régime fasciste ? Dans I Sommersi e i salvati (Les Naufragés et les rescapés), Primo Levi a observé que l'industrie lourde allemande (IG Farben, Siemens, Krupp) a soutenu activement l'effort de guerre et d'extermination nazi. Mais ce n'est pas tout. Primo Levi a constaté aussi l'impudence et l'impunité d'une société comme la Topf und Söhne de Wiesbaden, qui, après avoir projeté, monté et vérifié l'efficacité des fours crématoires dans les camps d'extermination, était encore en activité jusque vers 1975. P. Levi ajoute qu'« elle fabriquait des crématoires à usage civil, et n'avait pas jugé opportun d'apporter des modifications à sa raison sociale [16] ».
En juin 1935, à Paris, lors du Premier Congrès international des écrivains pour la défense de la culture, Brecht – dans une communication au titre prémonitoire, « Précision indispensable à toute lutte contre la barbarie » – avait prévenu l'auditoire : « Camarades, parlons des rapports de propriété ! ». Cette semonce souligne les complicités avérées entre les régimes fascistes et l'impérialisme, c'est-à-dire les bourgeoisies et les bureaucraties des pays capitalistes. Pour Brecht, le fascisme n'était pas un accident, « un bubbone in un corpo sano » (un bubon dans un corps sain), comme le prétendait le philosophe libéral Benedetto Croce, mais une forme de domination liée à la défense des intérêts du capitalisme en crise. Dès lors, combattre efficacement le fascisme implique de s'attaquer aux rapports de propriété et au mode de production qui l'ont rendu possible. Dans l'espace de l'Afrique du nord et du Moyen-Orient, la ligne directrice devait être celle de la fraternisation entre prolétaires. Du refus de s'entretuer au nom des drapeaux et dans les intérêts des classes dominantes respectives.
Dans la dernière réplique de La résistible ascension d'Arturo Ui, Brecht lâche, à propos des fascismes qui sévissaient sur le continent, la fameuse formule d'après laquelle « le ventre est encore fécond, d'où a surgi la bête immonde ». Cet avertissement dysphorique est souvent cité pour exprimer l'idée que les conditions ayant permis l'arrivée au pouvoir d'Hitler ou Mussolini peuvent se reproduire, mutatis mutandis, au cas où le prolétariat, comme nous le souhaitons toujours, poserait les questions cruciales de la propriété des moyens de production, de l'abolition du travail salarié et de la fin du mythe d'un progrès linéaire et infini. Bertolt Brecht rappelle que, pour conjurer de telles menaces, le capital est toujours prêt à rameuter les monstres qu'il cache en son sein. À l'heure de Gaza, « y contredire est un devoir ».
Oreste Scalzone
[1] Comme nous l'ont dit Isabella Annesi-Maesano et Libero Maesano lors d'une conversation amicale, après le retrait de la bande de Gaza, en 2005, de Tsahal et des colons israéliens, les Gazaouis sont passés de la loi martiale israélienne à « l'autogouvernement sans souveraineté ».
[2] En juillet 2017, lors de la cérémonie officielle du 75e anniversaire de la rafle du Vel d'Hiv, Emmanuel Macron déclarait devant son invité d'honneur Benyamin Netanyahou : « Nous ne céderons rien aux messages de haine, nous ne céderons rien à l'antisionisme, car il est la forme réinventée de l'antisémitisme ». Cette déclaration fut suivie notamment en 2024 par une proposition de loi visant à pénaliser certaines expressions antisionistes. Son exposé des motifs affirmait explicitement que « l'antisionisme » serait devenu un « faux-nez de l'antisémitisme » et proposait de sanctionner la négation du droit d'Israël à exister. Ensuite, en 2026, la proposition de loi Yadan (depuis retirée) « visant à lutter contre les formes renouvelées de l'antisémitisme » proposait une fois de plus de pénaliser l'antisionisme
[3] On trouve une large documentation de ce point de vue radicalement critique dans S. Fayman, B. Orès, M. Sibony, Antisionisme. Une histoire juive, Paris, Syllepse, 2023.
[4] Pour la précision, ce n'est que le 27 septembre 1791 que L'Assemblée nationale vote l'émancipation de tous les Juifs de France.
[5] Voir notamment le Proletkult.
[6] A. Léon, La Conception matérialiste de la question juive, Marxists.org, PDF, p. 40.
[7] Ibid., pp. 44-45.
[8] D. Bensaïd, « La question juive aujourd'hui. La notion de peuple-classe : un point de départ, non un point d'arrivée » (1980).
[9] A. Léon, La Conception matérialiste de la question juive, op. cit., p. 133.
[10] Voir M. Löwy, Juifs hétérodoxes. Messianisme, romantisme, utopie, Paris, éd. de l'éclat, 2010. Franco Berardi (« Bifo ») a écrit à ce propos : « En niant à la racine l'exil et la diaspora au nom d'un État national, le sionisme a trahi l'essence même du judaïsme. On ne saurait pas s'étonner si ce refoulement a conduit l'État d'Israël à s'identifier avec les formes le plus extrêmes et impitoyables de l'État-nation moderne. Mais cela peut signifier que le judaïsme, qui n'était pas mort à Auschwitz, aujourd'hui est peut-être arrivé à sa fin. » F. Berardi, Pensare dopo Gaza. Saggio sulla ferocia e la terminazione dell'umano, Trento, Timeo ed., 2025, p. 61. « Avram Bourg – écrit Etienne Balibar – refuse la marque d'appartenance au peuple des maîtres, qui les distingue de leurs sujets et les protège d'un sort semblable au leur. Avram Bourg, qui vit et parle en Israël, ne veut pas être considéré comme un Juif par temps de génocide, un génocide légitimé par la “défense du peuple Juif”. » La filosofia di fronte al genocidio, conversazione con Etienne Balibar, a cura di Luca Salza, Napoli, ed. Procopio, 2026.
[11] Rappelons que, jusqu'au concile de Trente (1545-1563), la doctrine de l'Église catholique condamnait en principe le prêt à intérêt.
[12] B. Lazare, L'Antisémitisme, son histoire et ses causes, Paris, Léon Challey éd., 1894, p. 370. Michael Löwy rappelle à juste titre qu'Hannah Arendt fera d'un texte « oublié » de Bernard Lazare (Le Fumier de Job - 1908), « le point de départ de sa théorie de la conscience paria rebelle ». M. Löwy ajoute que, dans L'Antisémitisme, son histoire et ses causes, Bernard Lazare « commence à prendre conscience des enjeux de la campagne anti-juive et à polémiquer contre ses porte-paroles. » Et l'auteur de préciser : « On observe un changement assez évident entre le début du livre (rédigé vers 1891), qui rend encore les Juifs responsables, “en partie du moins”, de leurs maux, à cause de leur caractère “insociable” (sic) et leur exclusivisme politique et religieux, et la deuxième partie, beaucoup plus nuancée. Dans un chapitre intitulé “L'Esprit révolutionnaire du judaïsme”, il fait du Juif, par la nature même de sa religion et de sa culture, un révolté. » M. Löwy, Juifs hétérodoxes. Messianisme, romantisme, utopie, op. cit., p. 81 et p. 84.
[13] W. Benjamin, « Sur le concept d'histoire », Œuvres, III, Paris, Gallimard coll. Folio, 2000, p. 431.
[14] Adam Hochschild, Les Fantômes du roi Léopold. Un holocauste oublié (1998).
[15] Il s'agit de Luigi Facta, premier ministre du roi Vittorio Emanuele III au moment de la prise du pouvoir de Benito Mussolini, en 1922.
[16] P. Levi, Les Naufragés et les rescapés. Quarante ans après Auschwitz, Paris, Gallimard, 1989, p. 16.