Ce document veut analyser l'ascension du populisme et du racisme utilisés par Kaïs Saïed et parmi la population en Tunisie. Déjà, avant et pendant son accession aux rennes de l'État, le président en Tunisie, s'était rendu populaire en se présentant d'abord comme proche des travailleurs et de la population, et en ayant fait de l'anti-élite et la lutte contre la corruption son principal, voire son unique, axe politique.
Pour rappel, la population tunisienne avait déjà dans son histoire mené un soulèvement, à savoir la révolution du jasmin du 17 Décembre 2010 au 14 Janvier 2011 qui a culminé sur la fin du règne de feu le dictateur Zine el-Abidine Ben Ali, donc au règne d'un tyran. Déjà cela. Mais cette révolte s'était arrêtée par son déraillement avec la mise en place d'un gouvernement transitoire qui, en pratique, a dépossédé les travailleurs et la population de leur destin et donc finalement de leurs capacités de prendre des décisions politiques.
Une grande partie des travailleurs en Tunisie s'étaient régulièrement mobilisés contre tous les nouveaux gouvernements « post révolution » de « l'après Ben Ali » qui ont suivi, sachant qu'ils n'avaient promis que faux espoirs et chimères. C'était alors dans ce contexte-là que Kaïs Saïed avait saisi l'opportunité de se mettre en avant (avec la complicité d'une partie de la bourgeoisie) pour se présenter comme le champion de la logique anti système et contre la corruption puis d'accroître progressivement sa popularité et son influence.
Avec ce populisme, Kaïs Saïed est rapidement devenu, au début et en l'espace d'une dizaine d'années, une figure de « sauveur du peuple » tunisien. Et cette image s'est consolidée lorsqu'il a remporté l'élection présidentielle tunisienne de 2019 avec une large victoire en se présentant comme un candidat anti-élite, proche des travailleurs et du peuple, extérieur aux partis traditionnels, islamistes, démocrates, etc…ainsi qu'étranger aux magouilles.
Mais progressivement, sa politique devint de plus en plus autoritaire. Et pour cause, en 2021, il a suspendu le Parlement et concentré ses pouvoirs pour imposer en 2022 une nouvelle constitution lui confirmant les pleins pouvoirs.
À partir de là, ce seront plusieurs opposants qui seront arrêtés. En 2023, plusieurs figures de l'opposition de tout bord politique ont été arrêtées et jugées dans des affaires dites de « complot contre la sûreté de l'État » et via leur procès en 2025, certains ont même été condamnés à de très lourdes peines, allant jusqu'à plus de 20 ans de prison, ce qui est du jamais vu depuis la chute de feu le tyran Ben Ali.
L'organisation et la contestation par les travailleurs en Tunisie devant ces mesures autoritaires commencent alors à monter. Et sachant que son pouvoir était susceptible de vaciller tôt ou tard, ce président Kaïs Saïed a alors lancé (d'ailleurs également sur recommandation de certains de ses parrains de l'Occident) une politique démagogique raciste et anti-immigration visant les migrants africains Subsahariens. Et avec le support de la bourgeoisie nationale, cette politique cherche à la fois à diviser les travailleurs et la population et à détourner la colère des classes populaires vers une haine raciste pour casser le potentiel de contestation, mettre au pas la population pour qu'elle ne bronche pas, étant focalisée sur le faux problème de l'immigration subsaharienne, et ainsi aider à renforcer davantage l'image respectable de ce pouvoir brutal. Ainsi, en plus des expulsions, cette politique raciste s'est accompagnée de vagues d'arrestations policières, de mise en examens et d'emprisonnement de militants ou de personnalités antiracistes et outre les expulsions, d'abandons dans le désert, ce qui est criminel ! C'est inhumain, en plus d'être destiné à mettre au pas la population, d'autant plus que ces migrants sont des personnes qui passent par la Tunisie de manière temporaire dans l'espoir de rejoindre l'Europe pour espérer (d'ailleurs très souvent sans succès) une vie meilleure suite aux dégâts causés dans leurs pays à cause des dictatures placées par les grandes puissances si ce n'est pas par ces dernières elles-mêmes.
Cette montée du racisme dans la culture et la mentalité « populaire » est la suite logique de cette politique gouvernementale populiste. C'est également lié au nationalisme et au patriotisme, tous les deux forts en Tunisie, car en parlant en terme de « peuple » et en réduisant tout à une identité nationale » homogène imaginaire et fantasmée voire élucubrée, on alimente une logique qui mène forcément à une vision de boucs émissaires, donc au racisme, avec le culte du chef, avec un président présenté comme le « porteur de la nation » et « celui qui redresse la nation ». Et partant de là, les travailleurs, les jeunes, les populations, etc…qui ne correspondent pas à ces critères identitaires et « nationaux » sont alors désignés comme des « ennemis », ou comme une « cinquième colonne complotant », soit, ce sont les bouc émissaires idéaux à accuser d'être les responsables de la misère sociale et des problèmes que le pays connait, et à mettre à l'écart. Puis, à cette fin, tout devient permis.
Pour notre part, militant socialistes libertaires et anarchistes, nous disons qu'il n'y a AUCUN complot que ce soit, et quant aux problèmes que nous connaissons, nous savons très bien d'où ils viennent et au demeurant qui sont les véritables ennemis : ce sont les ennemis de la classe des travailleurs, à savoir les classes parasitaires, incarnées par la bourgeoisie, les maîtres capitalistes, les agents hiérarchiques du système capitaliste étatique et les hauts fonctionnaires, etc…. Ainsi, toute la rhétorique versée n'est que du poison employé pour détourner la colère sociale et faire oublier aux travailleurs la nécessité de s'unir et de contester le système capitaliste et ses instruments qui non seulement nous enferment et nous tiennent en laisse, castrent nos libertés, etc….mais qui sont aussi justement à l'origine de nos problèmes, des malheurs causant les déplacements de populations, etc…..
La seule réponse est donc d'abord, en plus d'expliquer patiemment la source de nos malheurs, de refuser ensuite ces politiques menant aux divisions pour mieux régner, permettant à nos maîtres de dormir tranquille, et à partir de là, de reconstruire la solidarité entre tous les travailleurs, qu'ils soient « nationaux » ou étrangers, légaux comme « clandestins », d'autant plus que PERSONNE n'est illégal, la Terre appartenant à tous les humains. Tant que les exploités resteront divisés, le pouvoir et la classe dominante continueront de régner, et vice versa.
C'est pour cela que le salut réside avant tout dans la mise d'un terme à ce système pourri et décadent qu'est le capitalisme, et cela signifie en finir avec le capitalisme et l'État et mettre en place le socialisme libertaire sans État ni capitalisme ni système monétaire, pour concrétiser une véritable libération sociale et politique. C'est donc aussi de faire la révolution pour cela et ainsi achever la révolution du 17 Décembre 2010 – 14 Janvier 2011, qui n'était qu'un début et devait continuer, la chute de Ben Ali n'étant pas une fin en soi.
Ni État Ni capitalisme ! Mort au capitalisme, à l'État et à ses instruments (forces répressives, système monétaire, etc…) et au racisme !
A bas les agressions et les pogroms et les préjugés y compris « populaires » contre les migrants !
Abrogation des barrières sur les migrations et des frontières, qui condamnent justement les populations à la clandestinité !
Les États, nations et frontières n'ont rien de naturel car la Terre appartient aux humains !
Liberté de circulation et d'installation pour tous où bon lui semble, peu importe la nationalité !
Vive l'unité de classe, la révolution sociale libertaire et la mort du capitalisme !
ASR