Pendant que la préfecture des Vosges refuse deux fois de suite d'accorder une dérogation d'arrosage à un jardin botanique qui abrite 2 600 espèces protégées, elle continue d'autoriser les golfs à vider des centaines de mètres cubes d'eau sur leurs pelouses. Le message est clair, et il ne passe pas.
Niché à 1228 mètres d'altitude sur la Route des Crêtes, le Jardin d'altitude du Haut Chitelet conserve depuis plus d'un siècle une collection de 2 600 espèces végétales de montagne, dont certaines protégées et suivies dans des plans nationaux de conservation. Un patrimoine scientifique et botanique unique en France, aujourd'hui menacé par un choix administratif.
Sa citerne de récupération d'eau de pluie, d'une capacité de 60 m³, est à sec. Pour éviter que les collections ne dépérissent, le jardin a demandé une dérogation lui permettant un arrosage de sauvegarde : 60 m³ répartis sur un mois, via un système d'irrigation nocturne, automatisé et utilisé avec parcimonie. Une demande raisonnable, pensée pour peser le moins possible sur la ressource en eau.
Deux fois, la préfecture a refusé.
Dans le même temps, le régime applicable en période de crise sécheresse continue d'autoriser l'arrosage des greens de golf, jusqu'à 350 m³ par semaine et par tranche de neuf trous. Rapporté à un mois, cela représente plus de vingt-trois fois la quantité que demandait le Haut Chitelet pour sauver ses collections. Deux poids, deux mesures : d'un côté un patrimoine scientifique et une biodiversité rare, de l'autre le confort de loisir d'une poignée de privilégiés. Personne ne conteste la sécheresse ni la nécessité de restreindre les usages de l'eau. Mais quand l'eau se fait rare, elle doit d'abord servir à protéger le vivant, la connaissance et notre patrimoine commun, pas les terrains de jeu.
Face à ce refus, SOS Massif des Vosges et Vosges Nature Environnement appellent à un rassemblement le dimanche 30 août à 14h, devant le jardin, Route des Crêtes - Col de la Schlucht. Chaque participant·e est invité·e à venir avec une petite bouteille d'eau transparente, si possible en verre, solidement fermée. Ces bouteilles, levées ensemble lors d'un temps fort collectif, symboliseront la goutte d'eau que chacun·e veut apporter à la sauvegarde du jardin, avant d'être remportées par leurs propriétaires. Aucune eau ne sera versée dans le jardin sans l'accord explicite de ses responsables et des autorités compétentes.
Les revendications sont claires : la mise en place d'une solution durable permettant au jardin de résister aux sécheresses futures, et la reconnaissance de la conservation scientifique et botanique parmi les usages essentiels de l'eau.