Le 5 octobre, le Premier ministre espagnol a dissout le Parlement. Des élections législatives anticipées sont prévues fin novembre. À l'origine de cette crise politique, le rejet de deux textes consacrés au logement, alors que quelques jours plus tôt, une femme de 87 ans, Maricarmen, avait été expulsée du logement madrilène qu'elle avait occupé durant sept décennies, provoquant une vague de manifestations à travers le pays. Maricarmen est décédée le 7 octobre.
Son histoire est à l'origine des mobilisations qui agitent l'Espagne depuis plusieurs jours maintenant. Celle de Maricarmen, 87 ans, expulsée fin septembre de son logement madrilène, qu'elle avait occupé pendant plus de 70 ans.
Cette expulsion a non seulement été le point de départ de manifestations contre la hausse des loyers dans plusieurs grandes villes du pays, mais a également indirectement provoqué la dissolution du Parlement espagnol par le Premier ministre Pedro Sánchez, le 5 octobre. Deux jours plus tôt, il avait présenté deux textes visant à protéger les locataires et rejetés par les oppositions de droite et d'extrême droite. « Pedro Sánchez est au bord de l'impasse », estimait alors le média italien Il Manifesto.
Pour comprendre pourquoi la colère est devenue nationale, il faut revenir sur le cas de Maricarmen Abascal. Son logement avait été récemment racheté par une société immobilière ; son loyer avait alors plus que triplé. Le média anglophone OpenDemocracy revient sur cette descente aux enfers : « Les problèmes ont commencé après que l'immeuble dans lequel elle vivait a été racheté par Urbagestión en 2018. La société de gestion immobilière a d'abord augmenté son loyer d'environ 500 euros à 2650 euros par mois ; celui-ci a ensuite été réduit à 1650 euros, mais restait bien supérieur à la pension de retraite » de l'octogénaire.
Malgré la mobilisation de voisins et de collectifs de locataires, l'expulsion a quand même lieu le 23 septembre. L'affaire devient alors très vite le symbole d'une colère à la portée nationale. Conséquence : les manifestations se multiplient dans plusieurs grandes villes du pays. Des campements s'installent notamment à Madrid. Selon le Syndicat des locataires interrogés par El Salto, « près d'un million de personnes ont participé aux mobilisations dans plus de trente villes. » Quant à Maricarmen Abascal, elle est décédée le 7 octobre, alors qu'elle était hospitalisée depuis son expulsion.
Suite à la dissolution du Parlement, Pedro Sánchez a convoqué des élections législatives anticipées. Elles sont prévues le 29 novembre. Le gouvernement entend placer la question du logement au cœur de la campagne : le ministre des Droits sociaux a appelé à faire de ces élections un référendum sur le logement. La campagne est lancée, le ton est donné. Mais « Pedro Sánchez peut-il convaincre les électeurs espagnols qu'il est leur meilleur espoir pour un logement plus équitable ? » interroge The Guardian.
Les collectifs mobilisés reprochent en tout cas à l'exécutif de ne pas avoir suffisamment agi. Ils réclament des mesures de fond : « Une baisse des loyers, et des mesures contre les fonds spéculatifs », résume le média allemand Taz. En attendant, cette séquence démontre bien comment le sort d'un individu peut faire basculer le débat public : l'expulsion de Maricarmen a contribué à transformer une situation personnelle en symbole d'une crise nationale.