
1/ Ne soyez jamais à l’aise
Les personnes racisées ne sont pas à l’aise dans les espaces majoritairement blancs et ces espaces sont les plus fréquents dans notre société.
C’est à votre tour de connaître l’inconfort, d’être mal à l’aise, de constamment questionner votre légitimité, vos actes, votre ton et vos mots.
Peut-être qu’à force, nous serons plus à l’aise.
En tant que personne blanche, il est primordial, de toujours interroger la place que vous prenez, les actes que vous faites, les paroles que vous prononcez, le ton que vous employez. À chaque intervention, qu’elle soit, verbale ou non, il faut toujours se demander si la place prise est juste, si elle n’empiète pas sur la place que pourrait prendre des personnes non blanches.
Réfléchissez avant de parler et d’agir.
L’égo doit être relégué au cachot, il ne faut jamais se mettre en avant, sauf bien évidemment, pour effectuer les tâches chiantes, pour décharger les personnes racisées, être un·e véritable allié·e en somme.
2/ Mettez en avant les personnes racisées
Il ne s’agit pas d’adopter une position passive de retrait, ni une posture seulement de façade qui serait en réalité paternaliste.
Il faut mettre en oeuvre des moyens concrets pour mettre les personnes racisées, sur le devant de la scène et mener une réflexion constante à ce sujet pour s’améliorer. Une vigilance permanente colllective doit exister.
Nous sommes dans une société raciste, islamophobe et sexiste, donc naturellement les personnes racisées et encore pire racisées et musulmanes et encore pire racisées, femmes et musulmanes, ne seront pas nécessairement à l’aise pour prendre la place qui leur revient à chaque moment de vie du collectif (tant dans les événements organisés, que les réunions, les groupes de travail…). Il ne faut donc pas simplement attendre qu’elle prenne naturellement la place du devant de la scène et ne pas être gêné·e de la prendre soi-même, si elles ne le font pas.
Il faut les encourager à prendre cette place, les accompagner, faire en sorte de leur donner confiance en leurs capacités, les aider à développer leurs capacités, leur mâcher le travail si nécessaire, tout en respectant bien entendu leur volonté. Tout le monde ne souhaite pas cette place mais il faut mettre en oeuvre les conditions pour que celles qui sont d’accord pour la prendre, puissent l’avoir.
Il s’agit d’un travail sur le long terme car il faut détruire ce que la société a inculqué aux personnes minorisées visant à saper leur confiance en soi.
Le choix de qui prend la parole au nom du collectif est fondamental, il faut autant que possible que ce soit des personnes racisées qui occupent cette place et ce en réalité, peu importe le combat mené par le collectif. Si elles ne peuvent pas le faire, demandez-vous pourquoi et agissez sur les raisons, s’il y a des moyens de le faire. Si ce n’est pas le cas, selon l’objet du discours, demandez-vous si c’est pertinent de prendre cette place, selon votre position. N’oubliez pas que vous pouvez tendre votre micro à des personnes qui ne font pas partie de votre collectif.
La société prive injustement de visibilité les personnes racisées afin de préserver son ordre suprémaciste. Ce n’est pas à reproduire au niveau des collectifs. C’est important pour les membres du collectif mais également pour le public. Pour que les personnes racisées externes se sentent représentées. Leurs voix doivent être entendues.
On en a marre de voir des blanc·hes monopoliser les luttes, d’autant plus quand ielles ne sont pas victimes des oppressions qu’ielles prétendent dénoncer.
3/ Nommer l’éléphant dans la pièce
Ne pas nommer ce qu’il se passe, c’est le cautionner, le laisser perdurer. Il faut déconstruire cette gêne et se demander d’où elle vient, ce que l’on n’a pas envie d’affronter et pourquoi on ne s’en sent pas capable. Les réalités se nomment pour être traitées et gérées comme elles doivent l’être. Ce n’est pas parce que vous appartenez à la majorité oppressive que vous ne pouvez pas en parler, bien au contraire, c’est à vous de le faire en priorité.
Les personnes racisées doivent être à l’aise de nommer les choses et c’est de votre responsabilité de permettre un cadre qui les fait se sentir en confiance, les fait savoir qu’elles seront écoutées comme il se doit lorsqu’elles nommeront les choses, que leur parole sera bien accueillie et qu’elles auront le soutien (public et privé) nécessaire.
Par ailleurs, un mal fait publiquement doit être réparé publiquement, pas discrètement entre deux portes. Ce n’est pas comme ça qu’on instaure une culture de la responsabilité, ni que l’on prend en compte les torts commis.
Il faut avoir le courage de ne rien laisser passer de la part de vos congénères et du refuser votre confortable silence complice.
Il est important de parler, dès le début, dès la première rencontre, de la représentation dans le collectif. Les blanc·hes et les racisées doivent savoir quelle sera leur place et être elleux-même en capacité d’y veiller.
4/ Dégagez votre égo
Oui vous êtes militant·e, oui vous avez (a priori) déjà mené un travail de déconstruction sur la question de la blanchité, du racisme, de la colonialité. Mais vous ne l’avez pas assez mené. Vous n’êtes pas assez éduqué·es. Ce travail n’est jamais terminé. Vous fautez et allez continuer de le faire. La nécessité de se remettre en question disparaître quand vous disparaîtrez. Les biais racistes et islamophobes ont été tellement intégré dans votre ADN qu’ils seront toujours présents, d’une manière ou d’une autre. C’est un fait mais ce qui compte c’est ce que vous en faites.
Ne considérez jamais que le travail de déconstruction est fini. Acceptez les critiques, les recadrages et surtout l’inconfort qui les accompagnera. Si une personne vous a dit que vous avez été problématique, vous l’avez été, ne le remettez jamais en cause. Ne minimisez jamais la colère des autres. Réagissez à la hauteur : écoutez, excusez-vous pour le dommage causé, dites que vous allez vous éduquer, éduquez-vous pour changer ce qui a posé problème et proposer une réparation. Une première prise en compte des propos qui vous sont adressés doit être immédiate mais elle ne doit pas s’arrêter à une unique réponse.
Et si vous avez échoué à réagir convenablement dès le départ, votre responsabilité ne disparaît pas, agissez donc en conséquence.
Peu importe la forme dans lequel le reproche vous est fait, acceptez-le. La violence que vous recevrez éventuellement ne sera qu’une violence secondaire. La première violence est celle subie par la personne qui aura dû vous faire le reproche, vous éduquer, ce qui par ailleurs est une charge particulièrement désagréable. De manière générale, la non-mixité au sein d’un collectif est une charge pour les personnes racisées, il faut en avoir conscience.
On s’en fiche de vos émotions, de comment telle ou telle remarque vous a affecté. Ce n’est pas le problème. Ce n’est pas vous la victime. Si vous avez besoin de pleurer, d’exprimer vos émotions pour pouvoir encaisser et être meilleur·e, faites le avec vos congèneres, épargnez-nous ça.
Être quelqu’un·e d’assez déconstruit·es ne fait pas de vous un héro ou une héroïne. Il est purement détestable d’accepter cette place que d’autres pourraient vous donner ou pire de faire en sorte soi-même d’être mis·e sur ce piédestal. Ne fantasmez pas non plus la déconstruction d’autres personnes blanches et rappelez-vous que derrière chaque personne blanche déconstruite, il y a des personnes racisées qui se sont fatiguées à leur expliquer leurs vies. C’est elles qui méritent l’admiration.
Ne vous appropriez pas leur travail, comme le colonialisme vous l’a appris. Citez-les et soyez reconnaissant·es.
Pour quoi et pour qui luttez-vous ? Posez-vous ces questions quand vous ressentez l’envie d’être sous le feux des projecteurs, de recevoir les félicitations externes pour le travail accompli par le collectif.
5/ Prenez soin
Il est important d’avoir une dynamique de soin au sein de nos collectifs, pour tous·tes, mais en particulier pour les personnes les plus soumises aux oppressions systémiques.
Le soin n’est pas un concept abstrait, c’est une réflexion a constamment avoir et des actes à mettre en place : féliciter, remercier pour le travail fourni, le valoriser, s’assurer que les gens vont bien, être attentif·ves à elleux notamment aux plus vulnérables, proposer du relais, soutenir particulièrement lorsque des oppressions sont vécues, prendre des nouvelles, proposer son aide…
Si quelqu’un·e fait beaucoup à un moment donné, il faut vérifier que la personne va bien, lui conseiller de freiner en lui proposant des moyens concrets lui permettant de le faire. Il est important de ne pas laisser les gens se déborder tout en respectant bien sûr la volonté de chacun·e, ce qui revient donc à leur offrir une porte de sortie. On peut choisir de s’épuiser pour une lutte et c’est à respecter. Mais cela doit être justifier par la cause pour laquelle on se bat, non pas par l’organisation défaillante du collectif.
Tout le monde n’a pas le même rapport au travail, dans une société capitaliste où certain·es ont toujours dû prouver plus que les autres pour espérer être considéré·e. L’existence d’une neuroatypie peut également conduire à un investissement excessif qui sera coûteux. Même si se surcharger peut venir d’un schéma individuel dysfonctionnel, lorsqu’il est mis en œuvre au sein d’un collectif, il est aussi de la responsabilité de ce dernier.
Par ailleurs, il est fondamental de veiller constamment à une bonne répartition des tâches, à ce que les responsabilité soient partagées et que le collectif ne fonctionne pas sur l’exploitation de quelques personnes.
La violence est constante dans la société quand on est une personne racisée, voire en plus musulmane. Renseignez-vous sur ces réalités, qui ne sont pas les vôtres et apprenez à les envisager pour ce qu’elles sont, sans chercher à mettre votre regard occidental biaisé dessus.Prenez en compte cette violence : préservez, soutenez, écoutez, croyez, encouragez les personnes racisées.
Le soin est un vrai sujet constant, qui a sa place dans votre ordre du jour, qui nécessite la mise en place d’outils, de discussions répétés, de groupe de travail sur des thématiques qu’il englobe.
Si vous n’êtes pas en capacité de prendre soin les un·es des autres, de fonctionner correctement et sainement pour les personnes racisées, ne fonctionnez pas tant que ce n’est pas réglé, c’est préférable aux torts que vous continuerez de causer tant que vous ne prendrez pas vraiment le temps de changer. Si vous priorisez, dans ces condition, l’organisation d’événements, cela en dit long sur le sens qu’ont ceux-ci.
6/ Attrapez la veste de vos congénères
Ne laissez rien passer. Reprenez les lieux, les collectifs, les individu·es qui dérapent. En restant à votre place, parce que les délires de whitesaviorism, de paternalisme, c’est non.Vous ne sauvez rien, vous limitez juste votre complicité, dans une société suprémaciste dont vous profitez.
Il est hors de question de calmer la colère des personnes racisées, de la filtrer, de ne pas la laisser s’exprimer et de choisir soi-même, en tant que personne blanche, comme elle devra être formulée.
Ce n’est pas aux personnes racisées de le faire. Si elles sont contraintes de le faire, c’est que vous avez échoué. Si elles ont envie de le faire, fermez-la et laissez-les faire.
Par ailleurs, abstenez-vous de venir dire à une personne racisée, que vous avez remarqué un comportement raciste quand ça n’a aucun intérêt. Demandez vous quel est votre but ? Frimer en montrant que vous êtes en capacité de le repérer ? Avoir un sujet de conversation ? On a pas besoin de ça sauf s’il y a une vraie raison (par exemple un enjeu de protection, de connaître ses ennemi·es), on est déjà bien au courant de la présence du racisme, puisqu’il nous nuit. Au lieu de parler, agissez.
7/ Soyez les sous-fifres
Pas de question de représentation sur les tâches les plus chiantes, n’hésitez pas à vous en saisir, n’hésitez pas à décharger les personnes racisées notamment pour qu’elles puissent occuper les rôles où la représentation compte ou ne serait-ce que pour compenser la charge raciale que la blanchité fait peser sur elles.
Que vous faites peser sur elle. Soyez également aux premiers rangs face à la répression, à faire bloc pour protéger les personnes racisées si besoin car la représsion les touchera toujours plus durement.
Ayez la décence de ne pas vous moquer de la répression, alors que vous êtes les plus favorisé·es, face à elle.
8/ Ne vous appropriez pas les réflexions d’autrui
La colonialité vous a habitué·es à vous approprier les ressources et le travail des personnes non blanches, jugé·es exploitables notamment car inférieur·es.Dans un collectif, cela prend plusieurs formes notamment celle qui consiste à reprendre et faire sienne des réflexions développées et partagées par ses camarades racisé·es, notamment, mais pas que, sur des sujets liés aux enjeux raciaux.
Taisez-vous ou acquiescez au lieu de reformuler la même idée qui vient d’être dite avec d’autres mots, parfois même de manière plus éloquente, pour reprendre à son compte le propos d’autrui, d’une manière qu’on juge plus acceptable. Pour être pertinent, un discours n’a pas à être tenu par une personne blanche.
Et si vous souhaitez partagez une idée qui n’est pas la vôtre, qui résulte de réflexions qui ne sont pas les votre, d’un vécu parfois douloureux qui n’est pas le vôtre, ne vous l’appropriez pas et précisez d’où il vient, si c’est possible ou au moins qu’il ne vient pas de vous.Ce comportement est particulièrement déshumanisant.
9/ Éduquez-vous
En 2026, plein de ressources sont accessibles pour s’éduquer, il est de votre responsabilité de mener un travail continu et en profondeur à cet égard, particulièrement après que l’on vous ait fait remarquer un comportement problématique. Cela ne veut pas dire qu’il faut attendre ce moment, car qu’on vous l’ait formulé ou non, vous agissez de manière problématique.
Ce n’est pas aux personnes racisées et encore moins à celles qui ont été victimes de votre blanchité et de votre manque de remise en question sur le sujet, de faire ce travail. C’est une charge raciale supplémentaire. S’éduquer ce n’est pas simplement lire un post instagram, le repartager, écouter une prise de parole et applaudir.
C’est intégrer les messages, questionner son propre comportement, identifier ce qui ne va pas et changer. Vous devez adopter une posture active et mettre en place des outils de transformation.Si ce n’est pas inconfortable, essayez encore, c’est que vous n’y êtes pas.