On est tombé en zonant sur les réseaux sociaux dans le courant de l'été sur une brochure juste parue et élaborée par une équipe de personnes engagées pour l'abolition de la psychiatrie et tous les lieux et formes d'enfermement :« Sur l'enfermement psychiatrique en France ». L'objectif avancé de la brochure est de présenter l'éventail de l'enfermement en lien avec la psychiatrie en France, mais aussi la présence tout aussi importante de la psychiatrie et de ses outils dans d'autres lieux d'enfermements ou milieux « fermés »/« protégés ».
La brochure trouve d'autant plus son sens dans le contexte actuel de fascisation et d'eugénisme grandissant. Qu'on pense à la gestion de la pandémie de Covid-19 mais aussi plus récemment aux épisodes caniculaires répétés (durant lesquels les personnes psychiatrisées ou médicamentées sont plus particulièrement victimes) ou encore plus idirectement à la loi « fin de vie » qui introduit dans le droit français le suicide assisté et l'euthanasie, la hiérarchie des vies sur laquelle il se fonde et la menace directe qu'il représente pour les personnes malades ou handicapées, les exemples sont légion.
La psychiatrie est aussi utilisée comme outil de surveillance et de répression depuis maintenant une bonne dizaine d'année, avec une accélération impressionante depuis les mandats Macron. Dès 2018, un nouveau fichier, Hopsyweb, est créé afin de recenser les données relatives aux personnes faisant l'objet de soins psychiatriques sans consentement (internements sur demande d'un tiers, d'un juge, du préfet...) [1]. Derrière le besoin de gestion administrative et sanitaire se trouve une raison bien plus simple qui apparaît un peu moins d'un an après, en mai 2019, lorsqu'un décret officialise le croisement du fichier Hopsyweb avec le le FSPRT (fichier de traitement des signalements pour la prévention de la radicalisation à caractère terroriste). Le tout, sous-entendant évidemment que les forces répressives prennent en compte la psychiatrie et le "trouble mental" soit comme un facteur aggravant de la soi-disant "radicalisation" voire comme menace en soi à prévenir. Ces listes de personnes psychiatrisées rappellent évidemment les mouvements fascistes historiques et l'implication des corporations médicales dans ces derniers, notamment à travers le mouvement eugéniste, qu'on retrouve des Etats-Unis à l'Europe dès les années 1920, soutenu par de nombreuses fondations capitalistes [2] .
Plus récemment, les parlementaires de l'Assemblée et du Sénat ont adopté le 16 juin 2026 la proposition de loi sur les centres de rétention administrative (CRA) dite "loi Rodwell". Une loi qui, non seulement passe la durée légale de rétention dans les CRA de 90 à 210 jours ("à titre exceptionnel" sans que les contours n'en soit bien sûr définis), mais ajoute à l'arsenal répressif le fait que les personnes suspectées devront passer un examen psychiatrique. Une fois l'examen établi, le préfet pourra prononcer une hospitalisation forcée. Cette loi, qui n'a malheureusement pas soulevé une grande opposition, met encore à jour les liens anciens entre la psychiatrie et l'enfermement et consacre l'internement sans procès qui peut désormais concerner tout-e opposant-e. Comme l'écrivaient des camarades dans une tribune publiée sur différents sites Mutu : "Cette loi s'inscrit dans une résurgence internationale d'usage de la psychiatrie à des fins d'enfermement des opposants politiques. Actuellement, l'Iran, la Russie, la Chine pratiquent déjà l'internement forcé à des fins de répression politique systématique. Historiquement, les pays occidentaux l'ont massivement utilisé. Tout au long du XXe siècle, des militant·es des droits civiques ont été massivement diagnostiqué·es comme « psychotiques » pour faire taire leurs revendications. Les suffragettes au début du XXe siècle, les militant·es afroaméricain·es dans les années 1950, les protestataires en URSS dans les années 1960..."
La lutte contre le terrorisme est encore un prétexte à l'enfermement des migrant·es, au recul des droits des personnes trans et au redoublement de l'enfermement des personnes psychiatrisée. Cette loi propose (...)
Alors que des milliers d'internements psychiatriques sans consentement sont réalisés chaque jours (76 000 en 2022) ainsi que les nombreuses morts dans les établissements psychiatriques, il est plus qu'urgent de construire dans les milieux anti-autoritaires un front anti-psychiatrique informé et conséquent, ce à quoi la présente brochure répond tout à fait.
« Sur l'enfermement psychiatrique en France » (page par page)
« Sur l'enfermement psychiatrique en France » (version cahier)
[1] « Hopsyweb : d'un fichier sanitaire à un fichier policier ? » : https://journals.openedition.org/crdf/8844
[2] Carnegie, Rockefeller et Kellogg ont un rôle central dans le soutien à l'idéologie eugéniste dès la fin du 19e aux Etats-Unis. John Harvey Kellogg fiancne la création d'un institut, la « Race Betterment Fondation » qu'on pourrait traduire par « la Fondation pour l'amélioration de la race »
la bibli anticarcérale, c'est un prête-nom de publication qui sert à proposer des textes, des ressources et des archives des luttes anticarcérales et abolitionnistes pénales. Si jamais y'a quand même une boîte à lettres : labibliantik@riseup.net