Glyphosate, Convention citoyenne pour le climat… Certains renoncements du président sont durs à avaler. © Manon Cruz/AFP
Le deuxième quinquennat d’Emmanuel Macron touche bientôt à sa fin. Quelques mois avant l’élection présidentielle, Vert revient sur ses dix années au pouvoir à travers une série rétrospective intitulée «C’était Macron». Pour ce premier épisode, retour sur les promesses et les renoncements écologiques du président.
Emmanuel Macron, ex-ministre de l’économie sous François Hollande, fait 66,10 % au second tour face à Marine Le Pen, la candidate du Rassemblement national (RN). Puis, aux législatives un mois plus tard, son parti, En Marche, remporte la majorité absolue. Celui qui a qualifié la transition écologique de «défi du 21ème siècle» recrute un militant célèbre comme ministre de l’environnement : Nicolas Hulot.
Dans son programme :
→ «Un plan de transition agricole de 5 milliards d’euros» ;
→ «Placer la France en tête du combat contre les perturbateurs endocriniens et les pesticides» ;
→ «Rénover 1 million de logements mal isolés d’ici 2022» ;
→ «Diviser par deux le nombre de jours de pollution atmosphérique» ;
→ 50% de «bio, écologiques ou issus de circuits courts» dans les cantines.
Emmanuel Macron fait le buzz en répondant au président étasunien Donald Trump, qui venait d’annoncer le retrait des États-Unis de l’Accord de Paris sur le climat. Il invite les scientifiques des États-Unis à venir poursuivre la recherche en matière de changement climatique en France, où l’État financera leurs projets.
D’abord opposé à la réautorisation de cet herbicide controversé au sein de l’Union européenne, Emmanuel Macron s’engage à interdire le glyphosate en France, «au plus tard dans trois ans».
J’ai demandé au gouvernement de prendre les dispositions nécessaires pour que l’utilisation du glyphosate soit interdite en France dès que des alternatives auront été trouvées, et au plus tard dans 3 ans. #MakeOurPlanetGreatAgain
— Emmanuel Macron (@EmmanuelMacron) November 27, 2017
En 2023, un nouveau vote, où la France s’abstient, permet de reconduire l’herbicide pour dix ans supplémentaires. Il est toujours autorisé en France.
La «loi Hulot» met un point final à la recherche d’hydrocarbures en France et programme la fin des concessions existantes au plus tard le 1er janvier 2040. En réalité, la France produit moins de 1% de sa consommation de pétrole et 0,1% de sa consommation de gaz, mais le texte a une valeur hautement symbolique à l’international car c’est une première mondiale.
En décidant l’abandon définitif de cet antique projet d’aéroport en Loire-Atlantique – devenu symbole de la lutte contre les «grands projets inutiles», comme les surnomment les opposant·es –, Emmanuel Macron marque indéniablement des points auprès des défenseur·ses de l’environnement.
Emmanuel Macron et les «grands projets inutiles»
Juillet 2018, le projet d’autoroute A69 entre Toulouse (Haute-Garonne) et Castres (Tarn) est relancé.
Novembre 2019, le président enterre un second chantier hautement contesté : le mégacomplexe de loisirs et de commerces Europacity, censé sortir de terre à Gonesse, dans le Val-d’Oise.
Septembre 2026, il soutient un projet saoudien de trois parcs d’attractions géants à Cergy-Pontoise (Val-d’Oise).
«Je ne veux plus me mentir. Je ne veux pas donner l’illusion que ma présence au gouvernement signifie qu’on est à la hauteur sur ces enjeux-là», annonce-t-il, amer, au micro de France Inter. «J’espère qu’il en tirera des leçons», explique-t-il à propos d’Emmanuel Macron. Depuis, Nicolas Hulot a quitté la vie politique à la suite d’accusations d’agression sexuelle et de viol.
Le mouvement de contestation sociale le plus marquant de l’histoire récente a été déclenché par la hausse de la taxe carbone, qui renchérit notamment le prix des carburants. Rapidement, le gouvernement annonce geler le montant de cette taxe, qui l’est toujours depuis.
De novembre à mai 2019, chaque samedi, les Gilets jaunes ont défilé dans les rues pour protester contre le gouvernement. © Éric Feferberg/AFP
D’abord présenté à tort comme «anti-écologiste», le mouvement des Gilets jaunes rappelle que la transition écologique ne peut se faire au détriment des plus pauvres. C’est le sens du slogan «Fin du monde, fin du mois, même combat», largement repris dans les sphères écolos.
Initiative inédite en France, la Convention citoyenne pour le climat est une réponse du gouvernement au mouvement des Gilets jaunes. Les 150 tiré·es au sort sont chargé·es de trouver ensemble comment réduire les émissions de gaz à effet de serre «dans un esprit de justice sociale». En juin 2020, après neuf mois de travaux, elles et ils présentent 149 propositions que le président s’engage à soumettre «sans filtres» au gouvernement, au Parlement ou directement à référendum.
La pandémie de Covid-19 met la France à l’arrêt. Pour limiter la propagation du virus, un premier confinement strict durera jusqu’au 11 mai 2020. Deux autres, plus légers, suivront en octobre-décembre 2020, puis en avril-mai 2021. L’épidémie a causé 116 000 décès en France, selon l’Insee.
Promise par François Hollande en 2012, la fermeture de la plus vieille centrale nucléaire du pays est concrétisée par Emmanuel Macron en 2020.
Sur le nucléaire : concrètement, 14 réacteurs de 900 MW seront fermés d’ici 2035. Ce mouvement commencera à l’été 2020 avec l’arrêt définitif des deux réacteurs de Fessenheim. Il se prolongera avec la fermeture de 4 à 6 réacteurs avant 2030.
— Emmanuel Macron (@EmmanuelMacron) November 27, 2018
De son prédécesseur, le président a aussi repris l’objectif de réduire la part du nucléaire dans le mix électrique, de 75 à 50%.
À des entrepreneur·ses de la «French Tech» convié·es à l’Élysée, Emmanuel Macron explique : «J’entends beaucoup de voix qui s’élèvent pour nous expliquer qu’il faudrait relever la complexité des problèmes contemporains en revenant à la lampe à huile, mais je ne crois pas au modèle Amish.» Un tacle sévère à la gauche et aux Verts qui, la veille, avaient demandé un moratoire sur le déploiement de la 5G.
Censée traduire les propositions de la Convention citoyenne pour le climat, la loi «Climat et Résilience» est un échec qui acte la rupture entre Emmanuel Macron et les défenseur·ses de l’environnement. Efficacement vilipendées par plusieurs industries (automobile, aéronautique, agrochimie, publicité), ses mesures sont aseptisées, d’abord par le gouvernement puis au Parlement. Cinq ans plus tard, seules 24 des 149 propositions sont véritablement appliquées, selon le WWF France. Les participant·es à la Convention citoyenne se sentent trahi·es.
Rompant avec ses promesses passées, Emmanuel Macron fait un discours fondateur sur «la renaissance du nucléaire français» : prolongation de tous les réacteurs qui peuvent l’être, construction de six nouveaux EPR2 et études pour huit supplémentaires. Pour «reprendre le contrôle de notre destin énergétique», le président promet aussi d’accélérer sur le solaire et l’éolien en mer, mais d’être «raisonnable» sur l’éolien terrestre, qu’il juge sujet à controverses.
L’invasion de l’Ukraine par la Russie plonge l’Europe et la France dans une sévère crise énergétique et inflationniste. En quelques mois, l’UE doit se détourner de la Russie, qui assurait plus 45% de son approvisionnement en gaz et 27% en pétrole.
En lice pour le second tour de l’élection présidentielle face à la candidate d’extrême droite, Marine Le Pen, Emmanuel Macron dédie un discours à l’écologie. En cas de réélection, il s’engage à nommer un premier ministre «directement chargé de la planification écologique», afin d’aller «deux fois plus vite» dans la réduction des émissions de gaz à effet de serre.
Emmanuel Macron l’emporte avec 58,55 % des suffrages face à Marine Le Pen. Mais, aux législatives de juin 2022, la coalition présidentielle échoue à obtenir la majorité absolue à l’Assemblée, tandis que droite (et extrême droite) et gauche font jeu égal.
Après un été marqué par des incendies exceptionnels, Emmanuel Macron annonce vouloir «réparer la nature» en plantant un milliard d’arbres en dix ans, soit un renouvellement de 10% de la forêt française. L’idée est séduisante, mais la mise en œuvre critiquée de toutes parts : le mode de subvention encourage les coupes rases suivies de nouvelles plantations, parfois en monoculture. «En pratique, l’État subventionne la perte de biodiversité», expliquait même le secrétaire général adjoint à la planification écologique en 2025.
D’abord interdite, puis férocement réprimée, la manifestation contre le projet de «mégabassine» à Sainte-Soline (Deux-Sèvres) est un moment majeur de criminalisation des luttes écologistes.
Sainte-Soline : @GDarmanin dénonce des "événements inqualifiables".
— LCP (@LCP) March 28, 2023
"J'ai décidé d'engager la dissolution des Soulèvements de la terre", indique le ministre de l'Intérieur.#DirectAN #QAG pic.twitter.com/77Zs835r59
Images et témoignages accablent les forces de l’ordre, mais le ministre de l’intérieur, Gérald Darmanin, accuse l’«extrême-violence» des «éco-terroristes». Sa décision, inédite, de dissoudre le mouvement environnemental des Soulèvements de la Terre, sera retoquée par le Conseil d’État.
Malgré une franche opposition dans la population, le gouvernement promulgue sa réforme controversée reculant l’âge du départ à taux plein de 62 à 64 ans. Avant cela, il avait utilisé l’article 49-3 de la Constitution pour passer en force à l’Assemblée et échappé de justesse (9 voix) à une motion de censure votée par toutes les oppositions. En 2026, l’Assemblée post-dissolution suspend la réforme jusqu’en 2028.
Dans le programme d’Emmanuel Macron pour l’élection présidentielle de 2017 :
Cette loi «à la xénophobie décomplexée», selon une cinquantaine d’organisations, marque un tournant politique majeur. Pour la première fois, un texte reprenant de nombreux marqueurs de l’extrême droite est adopté grâce aux voix conjuguées du bloc présidentiel et du Rassemblement national.
Partie du quart sud-ouest de l’Hexagone, une vaste mobilisation d’agriculteur·ices gagne la France. Elles et ils dénoncent pêle-mêle la baisse de leurs revenus, la multiplication des normes, les accords de libre-échange et la concurrence déloyale.
La colère agricole qui s’exprime dès la fin 2023 ne cessera d’émailler le second mandat d’Emmanuel Macron. © Luc Auffret / Anadolu via AFP
Le gouvernement répond surtout par un assouplissement des règles environnementales, en particulier la suspension du plan Ecophyto, qui visait à réduire de 50% les usages de pesticides d’ici à 2030. La colère agricole continuera de s’exprimer régulièrement jusqu’à la fin du quinquennat.
Au soir des élections européennes, le parti d’Emmanuel Macron essuie une sévère déconvenue (14,60%) face au Rassemblement national (31,31%). Le président prononce alors la dissolution de l’Assemblée nationale, «un temps de clarification indispensable», selon lui. Un mois plus tard, le Nouveau Front populaire (qui réunit les partis de gauche) arrive en tête du second tour (182 sièges) devant le bloc présidentiel (163 sièges) et l’extrême droite (143 sièges). Toutefois, Emmanuel Macron refuse de nommer un·e premier·e ministre de gauche.
Présentée par des défenseur·ses comme une réponse à la colère agricole, l’adoption de la proposition de loi du sénateur (Les Républicains) Laurent Duplomb crée une vive polémique dans le pays.
Des militant·es de la Confédération paysanne lors d’un rassemblement contre la loi Duplomb à Paris. © Esteban Grépinet/Vert
Sous couvert «de lever les contraintes à l’exercice du métier d’agriculteur», le texte acte de nombreux reculs environnementaux, dont le plus inflammable est la réintroduction de pesticides interdits (finalement intégré à la loi d’urgence agricole). Une pétition réclamant l’abrogation du texte atteint 2,1 millions de signatures. En vain.
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En essayant de «démolir l’Iran», le président étasunien Donald Trump déclenche l’une des plus graves crises énergétiques mondiales. En France, l’envolée des prix du gaz et du pétrole plonge des millions de Français·es dans la précarité. Pour ne pas aggraver le déficit public, le gouvernement lance un plan d’électrification sans «argent nouveau» tout en refusant de s’attaquer aux superprofits d’entreprises comme TotalEnergies.
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Symboles du premier quinquennat Macron, les zones à faibles émissions (ZFE) entendent limiter la pollution dans les agglomérations en interdisant l’accès à certains véhicules anciens et polluants. La droite et l’extrême droite obtiennent leur suppression lors de l’examen du contesté projet de loi de «simplification de la vie économique». Si le Conseil constitutionnel finira par sauver le dispositif, l’épisode démontre que la macronie a perdu la main politiquement.
L’été le plus chaud jamais enregistré en France (depuis le début des mesures en 1900) provoque plus de 8 000 décès en excès et marque les esprits. La sécheresse est également la plus intense jamais observée en France, et des incendies records emportent près de 100 000 hectares de végétation. Le premier ministre, Sébastien Lecornu, demande à la ministre de la transition écologique, Monique Barbut, d’accélérer la mise en œuvre du plan d’adaptation au changement climatique (publié en mars 2025).
Initiée dans les années 1990, l’autoroute de 53 kilomètres reliant Toulouse (Haute-Garonne) à Castres (Tarn) s’est concrétisée sous la présidence d’Emmanuel Macron. Le décret déclarant le projet d’utilité publique date de juillet 2018 et le contrat de concession entre l’État et l’entreprise Atosca a été signé en avril 2022. Le chantier, entaché d’irrégularités, a rencontré une vive opposition, sur le site et dans les tribunaux.