Le texte ci-dessus est une traduction libre, mais en même temps largement basé sur le communiqué du 23-7-2026 de l'assemblée en solidarité avec les combattants prisonnier.es, en fuite ou persecuté.es à Athènes. Il concerne la dernière vague de répression contre le mouvement anarchiste en Grèce, avec les arrestations de camarades à Athènes et Thessalonique. On publie cette traduction afin de faire tourner l'information et organiser la solidarité avec nos camarades emprisonné.e.s et les compagnons qui subissent cette vague de répression et luttent dans un contexte social de plus en plus dystopique..
VENGEANCE POUR LE MEURTRE DE THODORIS ZAVRADINOS-KARAMPAMPAS, 20 ANS, PAR LES FLICS
JUSQU'À CE QUE LA PEUR CHANGE DE CAMP
Le 10 juillet, l'État a lancé une offensive de grande échelle contre le mouvement anarchiste, procédant à des perquisitions de domiciles et à des arrestations de militants à Athènes, Thessalonique et Chania. Comme on le verra par la suite, cette offensive répressive concerne deux affaires : les explosions de bombes de gaz à Thessalonique le 1er juillet 2026 et l'incendie criminel de la banque Marfin à Athènes le 5 mai... 2010 ! À ce jour, trois camarades ont été placés en détention provisoire dans le cadre de l'affaire de Thessalonique et deux dans celle d'Athènes, tandis que l'extradition d'une autre camarade, arrêtée en Angleterre, est attendue dans les prochains jours.
A Thessaloniki
Aux premières heures du 1er juillet, une triple attaque à la bombe a été perpétrée contre des domiciles où résident des responsables politiques du ND (Nea Dimokratia, le parti de droite au gouvernement actuellement en Grèce). L'une d'entre elles entraîne, dans des circonstances encore inexpliquées, la mort de Vagia Nestora, mère d'Aphrodite Nestora, femme politique du ND. Le gouvernement et les médias saisissent immédiatement l'occasion et instrumentalisent ce décès pour orienter l'agenda politique public vers le terrain de leur choix : la loi, l'ordre et la répression. Bien qu'aucune revendication de cette attaque n'ait été formulée, dès les premiers instants, le réservoir habituel de suspects pour l'État, le milieu anarchiste, est présenté comme étant de toute évidence responsable de l'incident. Les médias se livrent à leur triste travail, présentant chaque jour de nouvelles « informations » et de nouveaux scénarios sur ce qui s'est passé, traitant cet événement lui aussi comme un spectacle.
Finalement, neuf jours après les incidents, les autorités procèdent à l'arrestation d'un camarade, d'une camarade (qui se trouvait ce jour-là à Chania) et d'une autre personne. Le 16 juillet, la brigade antiterroriste arrête un autre camarade devant son domicile et interroge une camarade, qui est remise en liberté quelques heures plus tard. Le seul élément impliquant le camarade arrêté ce jour-là dans l'affaire, est le faux témoignage de la troisième personne arrêtée le premier jour de l'opération, qui l'a d'abord désigné devant la brigade antiterroriste, puis devant l'instructrice. Les fausses informations fournies par cette personne sous la pression et les menaces de la brigade antiterroriste sont venues corroborer le « récit nécessaire », selon lequel il existerait au moins trois personnes constituant une organisation, et de criminaliser l'identité politique ainsi que les relations amicales et de camaraderie de notre camarade. Malgré le démenti des quatre personnes arrêtées, le gouvernement et les chaînes de télévision les présentent comme manifestement coupables, la seule question qu'ils laissent en suspens étant de savoir combien d'autres personnes seront désignées comme responsables de ces attentats par la suite. Suivant comme à leur habitude la ligne de l'État et des services antiterroristes, le procureur et le juge d'instruction ont décidé de placer les quatre personnes en détention provisoire.
De toute évidence, nous ne nous attendions pas à ce que les policiers, les juges et les journalistes se préoccupent des notions juridiques telles que la « présomption d'innocence », ni à ce qu'ils fassent preuve de délicatesse face à la mort d'un des « leurs ». Les spectacles hypocrites et lamentables donnés par des responsables gouvernementaux devant les caméras lors des funérailles de V.N. s'inscrivaient tout naturellement dans le traitement médiatique vulgaire de l'affaire, dans le but évident de tenter un chantage émotionnel sur la société afin qu'elle se rallie aux projets du gouvernement.
L'Affaire de l'incendie de Marfin Egnatia Bank
Le jour même des arrestations à Thessalonique, l'État a choisi d'ouvrir une nouvelle enquête remontant à la lointaine année 2010 et aux immenses mobilisations qui avaient lieu à l'époque contre les mesures d'austérité. Une austérité qui découlait des mesures économiques brutales imposées par les institutions du FMI et de l'UE au détriment de larges couches de la population, afin de protéger et de renforcer la rentabilité des classes dominantes. Des mesures que, jusqu'à aujourd'hui, les gouvernements de toutes tendances idéologiques qui se sont succédé au pouvoir continuent d'appliquer avec la même intensité.
Le 5 mai 2010, donc, au milieu de mobilisations massives dans le cadre d'une grève générale et d'affrontements violents avec les forces de l'ordre au centre d'Athènes, l'agence de Marfin Egnatia bank, a été incendiée. Le propriétaire de la banque, Andreas Vgenopoulos, après avoir contraint ses employés à rompre la grève, a vu la journée se terminer sur le bilan tragique de trois employés morts, piégés dans le bâtiment. Le gouvernement, bien sûr, n'a pas hésité à exploiter cet événement pour contenir la colère sociale généralisée. Il a poussé les médias à parler de meurtriers sans scrupules et a traîné devant les tribunaux des militants de la gauche alternative, les ridiculisant et leur imposant des mesures restrictives, jusqu'à ce que ces affaires soient classées sans suite par les tribunaux quelques années plus tard.
Il est apparu clairement au cours des années suivantes que l'État, et en particulier ses représentants de droite, n'avaient pas dit leur dernier mot sur cette affaire. Malgré la condamnation de Vgenopoulos lui-même, ainsi que d'autres membres de la direction de la banque, en 2013 pour cet incident, l'affaire Marfin a été présentée dans les médias comme un « crime de la gauche ». Depuis lors, l'exigence d'une condamnation morale de cet événement revient sans cesse à l'encontre de tous les commentateurs de gauche, quel qu'en soit le courant, dans le but de les contraindre à faire des déclarations publiques de loyauté envers l'ordre établi. De plus, l'affaire Marfin a également servi à criminaliser et à discréditer moralement l'ensemble du milieu antiautoritaire, à une époque où son influence sociale était considérable, avec de nombreuses occupations, des espaces auto-organisés et des lieux de rencontre dans les universités et les quartiers, une présence dans les syndicats, les grèves et les manifestations, ainsi qu'une multitude d'actions qui allaient jusqu'à des moyens de lutte plus sophistiqués.
C'est ainsi que, 16 ans plus tard ( !!!!!!!!!), le 10 juillet 2026, les flics – et plus précisément ce nouveau service au surnom ridicule de « FBI grec » – ont mené quatre perquisitions dans des logements de camarades à Athènes, saisissant du matériel informatique. Deux d'entre eux seront arrêtés et placés en détention provisoire, tandis qu'un mandat d'arrêt a également été émis à l'encontre d'une camarade résidant depuis des années à l'étranger et devrait être rapatriée dans les prochains jours en Grèce. La grossièreté dont font preuve l'État, les médias et les autorités judiciaires dans cette affaire atteint des sommets. Après leur deuxième tentative infructueuse de monter un dossier en 2021, et s'écartant des traditionnels « appels anonymes » que recevaient la police et les services antiterroristes lorsqu'ils voulaient impliquer quelqu'un dans une affaire, ils ont désormais présenté un e-mail anonyme... e-mail (!!), rédigé par un soi-disant type qui, depuis seize ans maintenant, ne dort plus la nuit à cause des remords de ne pas parler de ce qu'il sait. Un e-mail contenant une liste de noms de personnes qui auraient planifié cet incendie criminel et qui, une fois de plus, est si mal ficelé qu'il mentionne le nom d'une personne qui se trouvait alors en prison. La détermination avec laquelle l'État a voulu exploiter médiatiquement cette affaire transparaît également dans le fait qu'il a mobilisé Interpol pour arrêter la compagne en Angleterre, alors qu'elle se trouvait à l'aéroport en partance pour Athènes, après avoir déjà averti les autorités de son retour dans le pays en raison du mandat d'arrêt lancé contre elle, bloquant ainsi, pour des raisons bureaucratiques et spectatrices son retour volontiers à Athènes.
La camarade est arrive a Athènes et le 11/8 elle s'est présentée aux autorités judiciaires a été placée en détention provisoire avec l'accord du procureur et du juge d'instruction ; une décision ignorant l'analyse des photographies effectuée par la Direction des enquêtes criminelles ne permet pas une identification formelle, mais seulement de confirmer de manière limitée une ressemblance, tandis qu'aucun élément de preuve issu des analyses de laboratoire ne permet d'attester sa présence sur les lieux. Par ailleurs, il est souligné que ces mêmes éléments de preuve numériques avaient été examinés en 2022 et avaient conduit au classement de l'affaire par rapport a l'implication de la camarade.
Qu'est-ce qui relie ces deux affaires ?
Deux affaires apparemment sans lien entre elles, tant dans l'espace que dans le temps, dont le seul point commun est qu'il s'agit d'incendies criminels visant des infrastructures immobilières et ayant entraîné la mort de personnes, se transforment de manière méthodique en principale arme de communication du pouvoir étatique face à l'ennemi intérieur, et plus précisément au mouvement anti-autoritaire/anarchiste. Ils se retrouvent donc dans un récit commun véhiculé par la propagande d'État, qui prend corps soit à travers les déclarations politiques officielles des responsables gouvernementaux, soit par le biais de l'armée médiatique pro-gouvernementale, une propagande qui présente le mouvement anarchiste comme le foyer d'organisations criminelles et les anarchistes comme des meurtriers sans scrupules.
L'affaire de Thessalonique et l'affaire Marfin, ressortie pour la troisième fois des bas-fonds de la sécurité d'État, sont le reflet de la frénésie de vengeance de l'État contre un milieu qui, depuis le début de la transition démocratique jusqu'à aujourd'hui, se bat et lutte pour la liberté et l'égalité contre l'exploitation et à l'oppression exercées par l'État et le Capital. Ces deux affaires distinctes s'inscrivent dans la continuité d'une attaque acharnée que le pouvoir a lancée à plus grande échelle contre la société, mais aussi plus particulièrement contre le milieu anarchiste. Des expulsions répétées de squats, la tentative d'éradication des mouvements dans les universités par la criminalisation des camarades qui y agissent, en passant par les mises en détention provisoire de camarades dans l'affaire de l'expropriation de la banque à Kato Tithorea (Le 11-5-2026, une expropriation a lieu dans une agence bancaire a kato Tithorea. Quelques heures plus tard, huit camarades sont arrêtés à la suite d'une opération répressive simultanée menée par les flics dans les environs et de perquisitions à domicile à Athènes) et les peines écrasantes infligées aux camarades dans l'affaire d'Ampelokipoi (19 ans pour Marianna M. et 8 ans pour Dimitra Z. Les autres accusés Ν.Romanos, Dimitris P. et A.K ont été acquittés au bénéfice du doute . Pour en savoir plus : https://iaata.info/Suivi-de-l-affaire-Ampelokipi-communique-sur-la-manif-de-soutien-du-31-octobre-8260.html), l'ampleur de cette attaque n'est peut-être pas encore pleinement apparue. Et cela, en soi, est une raison suffisante pour exiger une vigilance et une prise de conscience collectives. Car cette tentative des autorités étatiques d'enlever nos camarades et de les plonger dans un long calvaire qui détruira leur vie doit être stoppée sur les barricades de la résistance et de la solidarité inconditionnelle.
Il est clair que le gouvernement a de nombreuses raisons de vouloir modifier son agenda, d'autant plus que, nous entrons dans une période préélectorale (les elections présidentielles auront lieu dans 2027). Il n'est pas facile d'amortir le tollé social provoqué par l'effondrement économique de larges couches de la population, alors que des scandales de corruption remettent en avant à quel point ceux d'en haut volent de manière effrénée et en toute impunité, bénéficiant ensuite de toutes les protections judiciaires et politiques. Il n'est pas facile de dissimuler les morts qui continuent de s'accumuler par indifférence et cupidité, comme dans le cas de Tembi (collision mortuaire de deux trains en 28-2-2023 qui a provoqué la mort des 57 personnes. Cet incident a démontré du manière brutale les failles de sécurité de leur réseau ferroviaire, miné par des années de gestion indigente et négligence de la partie de l'Etat grec. A noter aussi que après l'incident, des preuves précieuses ont par ailleurs été perdues quand, quelques jours seulement après la collision, le site a été rasé au bulldozer), qui a mis en évidence l'absence totale de mesures préventives en matière d'infrastructures, mais aussi dans la multitude de meurtres de travailleurs ces dernières années (à cause des conditions de travail dangereux), dont les plus récents à Aspropyrgos (le 14/7 À la suite d'une explosion sur un chantier à Aspropyrgos, trois ouvriers se trouvent dans un état critique, sous ventilation artificielle en soins intensifs, et huit autres sont transportés vers des hôpitaux. Ces dernières années, les attaques contre les acquis sociaux ont aggravé les conditions de travail, qui s'apparentent à celles d'un camp de travail forcé. Les horaires de travail flexibles, les embauches et licenciements par SMS, le non-respect des règles élémentaires de sécurité entraîne une augmentation des accidents mortels liés au capitalisme, des blessures et de l'exploitation ), qui montrent de la manière la plus brutale les conditions dans lesquelles le prolétariat tente de survivre. Il n'est pas non plus évident de comprendre comment on parvient à dissimuler les crimes des meurtriers et violeurs en uniforme, qui torturent des gens dans les commissariats, entassent les cadavres d'immigrés et d'immigrées anonymes aux frontières terrestres et maritimes, et exécutent des gens dans les rues des villes, le plus récent étant l'exécution de Thodoris Zavradinos Karabampas un jeune de 20 ans atteint de troubles neurologiques à Argos par des meurtriers en uniforme. Le mercredi 8 juillet, les policiers ont tiré au moins 13 balles sur lui parce qu'il ne s'était pas arrêté lors d'un contrôle, qu'il a quitté son véhicule et pris la fuite en panique. Une campagne de désinformation a immédiatement été lancée, évoquant des manœuvres dangereuses et une déviation de la balle. Thodoris a perdu la vie à l'hôpital, en état de mort cérébrale.
Une exécution qui a ajouté un nom de plus, celui de Thodoris, à la liste qui ne cesse de s'allonger : Alexis Grigoropoulos, Nikos Sampanis, Kostas Fragoulis, Christos Michalopoulos, Vasilis Maggos,Kostas Manioudakis...
Au-delà toutefois des intérêts de micropolitique et des avantages en termes de communication, nous devons reconnaître que la lutte de l'État contre son ennemi intérieur revêt une importance accrue en cette période de bouleversements économiques et géopolitiques mondiaux. Une période durant laquelle l'État grec participe activement aux opérations militaires de l'OTAN et d'Israël, tant au génocide en Palestine, que sur les fronts opposant l'Iran dans le détroit d'Ormuz et dans les pays de la région qui soutiennent plus ou moins les intérêts américains. Le message que l'État tente désespérément de faire passer est que les luttes du passé sont terminées. La paix sociale s'impose aujourd'hui, alors que les États se préparent à des temps et à des conflits encore plus durs. Des conflits dont le coût devra manifestement être supporté par les couches sociales et les classes les plus défavorisées, alors que l'argument de la voie politique sans issue a désormais perdu toute crédibilité et que les promesses de croissance résonnent comme des blagues de mauvais goût.
Au-delà de tout cela, cependant, avec cette double opération à Athènes et à Thessalonique, le pouvoir public tente quelque chose d'encore plus sournois. Elle tente de s'octroyer une sorte d'avantage moral qui la légitimerait à lancer cette nouvelle offensive répressive contre l'anarchie, contre nous toutes et tous. Un avantage moral grâce auquel elle cherche non seulement à affirmer sa supériorité matérielle sur nous et à nous écraser, mais aussi à remporter un triomphe moral parallèlement à notre anéantissement psychologique, économique et physique.
Mais tant nous que nos camarades qui se trouvent en ce moment entre les mains des flics connaissons très bien notre position face à tout ce qui précède. Nous n'oublions pas les luttes que nous avons menées ensemble dans la rue, sur les lieux de travail, dans les universités. Des luttes revendicatives, des luttes pour la défense des acquis des mouvements des périodes précédentes. Des luttes contre la misère économique et sociale, contre la bande des tueurs en uniforme. Des luttes conflictuelles, conscientes que le monopole d'État sur la violence ne peut être brisé que par l'action concrète. Des luttes qui non seulement rejettent la logique des « pertes collatérales », mais qui, au contraire, s'inspirent et sont animées par les notions de solidarité sociale et d'autodéfense collective.
Nous n'oublions pas que plus les conditions deviennent difficiles, plus il est nécessaire de retrouver notre force et de revendiquer l'espace vital dont on nous a considérablement restreint l'accès. Et nous n'oublions jamais que toutes celleux qui sont entre les mains des flics et des juges constituent un élément crucial de cet affrontement avec l'État.
Une fois de plus, nous descendons donc dans la rue pour déclarer par tout moyen :
« C'EST VOUS LES ASSASSINS »
Qui torturez, violez, assassinez en toute impunité et de manière systématique.
Dans les rues, aux frontières, dans les commissariats, dans les prisons
Dans les chantiers, dans les hôpitaux publics en sous-effectif, dans les transports en commun
Dans les affaires et les alliances géopolitiques qui commettent des génocides.
C'EST VOUS LES ASSASSINS
ET VOUS NOUS TROUVEREZ DEVANT VOUS MAINTENANT ET POUR TOUJOURS
JUSQU'À LA DESTRUCTION TOTALE DE L'ÉTAT CAPITALISTE
L'ANARCHIE VIVRA, L'ANARCHIE VAINCRA
SOLIDARITÉ AVEC TOUS LES CAMARADES PERSÉCUTÉS À ATHÈNES ET À THESSALONIQUE
LA SOLIDARITÉ EST NOTRE ARME
Le texte source de cette traduction peut se retrouver ici https://athens.indymedia.org/post/1642120/