Ce serait un recul historique. Le Parlement européen s'apprête à voter un texte qui affaiblirait considérablement l'encadrement des pesticides en France et en Europe. Avec ce règlement Omnibus, les produits toxiques pourraient obtenir une autorisation illimitée — contre dix à quinze ans aujourd'hui.
Impensable pour nombre d'associations et d'experts. Dans un appel à manifestation, une centaine d'organisations invitent ainsi à « nous rassembler massivement pour exprimer notre refus d'une (…)

Source :Compte X, le 8 septembre 2026
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« On parle de camp, on parle de déportation. » Les mots de Gilles Gressani sont forts, lorsqu’il évoque le volet immigration du programme de l’Alternative pour l’Allemagne (AfD) en Saxe-Anhalt. L’intellectuel italien, directeur de la revue Le Grand Continent, était invité, le 8 septembre, au micro de France Inter pour décrypter la victoire historique du parti d’extrême droite dans le Land de l’ancienne RDA. Le 6 septembre 2026, l’AfD s’y est imposée avec 44 % des suffrages lors des élections parlementaires régionales.
Dans ce contexte, les termes « camp » et « déportation » font directement écho au passé nazi de l’Allemagne, dans l’imaginaire collectif, bien que Gilles Gressani se défende de toute comparaison historique. Il en va pour lui de « simplement regarder les choses en face et d’utiliser les mots qui conviennent pour les décrire », alors que ceux-ci n’apparaissent pas tels quels dans le programme de l’AfD, publié en français sur le site du Grand continent.
Aussi, l’emploi d’un vocabulaire si chargé historiquement interpelle et, si le parallèle est à nuancer voire à réfuter, il reste fécond pour penser l’évolution de telles politiques, souligne un historien spécialiste du nazisme. Il s’inscrit aussi dans des débats plus larges portant sur la stratégie ambiguë mêlant normalisation et radicalité de l’AfD.
Des « centres » d’accueil ou de rétention pour les personnes immigrées
Dans les 156 pages du programme de l’AfD en Saxe-Anhalt, il n’est pas fait mention de « camp » (das Lager) ni de « déportation » (die Deportation). Pour comprendre ce qui peut y faire référence, il faut se rendre au chapitre II du texte, « Immigration et remigration » – qui contient le plus grand nombre de propositions du programme, avec 43 points.
Si le terme « camp » n’apparaît pas, celui de « centre » (et son champ lexical) est récurrent. Au point 12, il est par exemple évoqué le projet de « centraliser l’hébergement des demandeurs d’asile et des réfugiés ». Les « structures centralisées » sont à placer, de préférence, en dehors des centres-villes, est-il précisé.
Dans le point suivant est développée l’idée de « faire participer les demandeurs d’asile et les réfugiés aux frais de prise en charge » en procédant à « des contrôles de patrimoine » : « Un gouvernement régional dirigé par l’AfD veillera à ce que l’argent liquide, les cartes de crédit et les biens détenus par les demandeurs d’asile à leur arrivée soient identifiés, confisqués et utilisés pour financer leur hébergement et leur alimentation. » Le point 14 prévoit d’« obliger les demandeurs d’asile et les réfugiés à effectuer des travaux d’intérêt général », notamment des tâches de nettoyage et d’entretien dans « leurs centres d’accueil ».
Le point 32 propose de « créer de nouveaux centres de rétention pour les personnes en situation irrégulière » et d’ainsi « utiliser l’instrument de la rétention administrative en vue d’expulsions ».
Une politique d’ « expulsion » des étrangers
Quant au terme « déportation », la notion qui s’en rapproche le plus est celle d’ « expulsion ». Le ton est donné dès les premières lignes du chapitre II : « La Saxe-Anhalt doit opérer un changement radical de sa politique migratoire. […] Par ailleurs, le lancement d’une offensive d’expulsion […] est impératif. » L’expression « offensive d’expulsion » apparaît à cinq reprises dans le programme.
« L’expulsion des étrangers obligés de quitter le territoire sous la contrainte de l’État » fait partie de « la politique de remigration globale » de l’AfD, qui comprend également un retour des Allemands qualifiés ayant émigré (point 36).
Dans le 30e point du chapitre II, « Expulser systématiquement les personnes sommées de quitter le pays — lancer une offensive d’expulsion ! », l’AfD déplore le fait que le gouvernement régional précédent n’ait pas expulsé assez de personnes. Pour y remédier, le parti d’extrême droite envisage de créer « une cellule de crise sur les expulsions » dans le but d’« accélérer et [de] rationaliser les procédures d’expulsion » (point 35). Ceci va de pair avec le souhait d’une augmentation du nombre de « vols d’expulsion », notamment « au niveau régional ». L’idée est « de planifier et d’organiser des vols d’expulsion conjoints [entre Lands], potentiellement sous forme de retours collectifs » (point 33).
Au-delà de vouloir faciliter les expulsions, c’est une politique plus vaste sur le rejet des « étrangers » qui est pensée. « Un gouvernement régional dirigé par l’AfD s’efforcera de garantir que le changement de paradigme souhaité, passant d’une culture d’accueil à une culture d’expulsion, s’installe également au sein des services d’immigration de l’État, annonce le point 34. Le personnel [notamment municipal] sera incité à user de son pouvoir discrétionnaire. »
L’AfD insiste sur la révocation des protections accordées à certains étrangers. Celles-ci seraient prononcées lorsque la situation sécuritaire du pays d’origine des réfugiés s’améliore, ce qui ferait l’objet d’un réexamen annuel (II, 16), ou bien seraient automatiques pour les « criminels » et « personnes potentiellement dangereuses » (II, 18), les « étrangers condamnés à au moins un an d’emprisonnement » (VI, 13) et les « terroristes potentiels » (VI, 14).
Dans la 42e proposition, l’AfD fait la promotion de « programmes de retour » volontaires pour les immigrés vers leur pays d’origine, « assortis d’incitations financières et/ou non financières », en opposition aux programmes « d’intégration illusoire ».
Des « camps » : une comparaison historique légitime mais à nuancer
Cet inventaire permet-il d’utiliser les notions de « camp » et de « déportation » pour décrire le programme de l’AfD ?
« Sur le terme “camp”, je ne pense pas qu’on puisse parler de camp de concentration ni d’extermination. Ce n’est absolument pas le sujet. Par contre, dans le programme, c’est très clair qu’on organise des camps », note Gilles Gressani. Avant d’asséner : « Je pense que la démocratie existe si on est capable d’appeler un camp un camp. »
« Quand on évoque ce vocabulaire, le problème est que les gens pensent à la Shoah, ils voient Auschwitz, et donc, de prime abord, on peut y voir une exagération », rétorque Nicolas Patin, maître de conférences en histoire contemporaine à l’Université Bordeaux Montaigne et spécialiste du nazisme.
« Quand Hitler est arrivé au pouvoir en 1933, Auschwitz n’a pas été créé le lendemain [mais le 27 avril 1940, après le début de la Seconde Guerre mondiale]. De 1933 à 1939, il y a eu une politique progressive, rappelle l’historien. Très rapidement, il y a eu une persécution et la mise en place de camps de concentration, mais ces camps de concentration là – en allemand Konzentrationslager [KL] – ils veulent dire qu’on concentre une population. Cela n’a rien à voir avec Auschwitz ni avec l’extermination. » En ce sens, la comparaison entre les « camps » et les « centres » de l’AfD peut être « fondée » si on se rapporte au début du nazisme, selon Nicolas Patin.
« Au départ, il y a très peu de juifs dans les camps de concentration, ils arrivent après la Nuit de cristal en 1938 », ajoute le maître de conférence. Fin juillet 1933, on comptait « près de 27 000 détenus à titre préventif », malgré de fréquentes libérations, précise Nikolaus Wachsmann dans l’ouvrage KL, une histoire des camps de concentration nazis (Gallimard, 2017).
Le terme Schutzhaft, autrement dit « détention de protection », était employé pour désigner l’emprisonnement arbitraire des opposants politiques. « À l’époque, les nazis utilisent un vocabulaire ultra euphémisant pour parler du droit d’arrêter tout le monde sans avocat, sans mandat, sans rien », souligne Nicolas Patin.
« Déportation » et « remigration » : une même méthode ?
Quant au terme de « déportation », lui aussi associé à la répression nazie, si le mot n’apparaît pas dans les plans de l’AfD, « c’est [celui] qui convient le mieux pour décrire ce qui est proposé dans ce programme, quand on nomme les choses pour ce qu’elles sont », affirme Gilles Gressani.
« Par “déportation ou transfert forcé de population”, on entend le fait de déplacer de force des personnes, en les expulsant ou par d’autres moyens coercitifs, de la région où elles se trouvent légalement, sans motifs admis en droit international », définit le Statut de Rome de la Cour pénale internationale. L’AfD utilise, lui, le terme polysémique Abschiebung qui peut être traduit aussi bien par « expulsion » que « refoulement ».
Selon Gilles Gressani, employer cette expression est une manière « plus consensuelle » d’évoquer une déportation. « Quand on parle d’offensives d’expulsion qui utilisent l’armée, le mot déportation désigne très précisément cela. »
Après la victoire de l’AfD en Saxe-Anhalt, la tête de liste Ulrich Siegmund a en effet évoqué une production d’armements « car nous aurons besoin des ressources correspondantes pour la future offensive de remigration et d’expulsion ». Provoquant de vives critiques, il s’est ensuite défendu en expliquant que l’armement était un vaste secteur, comprenant « non seulement les armes, mais aussi les équipements, les véhicules, les technologies de protection et autres matériels dont dépendent la Bundeswehr, la police et les services de sécurité ».
En Allemagne, le débat sur la comparaison entre « remigration » et « déportation » est particulièrement agité depuis la parution d’un article de Correctiv, le 10 janvier 2024. Le média d’investigation a révélé l’existence d’une « réunion secrète » à Potsdam, le 25 novembre 2023, où se sont retrouvés dans un hôtel des responsables politiques de l’AfD, dont Ulrich Siegmund, des néonazis et de riches entrepreneurs, et au cours de laquelle un projet de « remigration » a été présenté.
Le militant d’extrême droite autrichien Martin Sellner y a exposé un « plan directeur » pour mettre en œuvre l’expulsion de millions de personnes en Allemagne, prévoyant ainsi l’application du principe de « remigration » aux « citoyens non assimilés » avec des « lois sur mesure » et « une pression élevée pour s’adapter ».
L’enquête de Correctiv avait déclenché de larges manifestations dans la rue, dont certaines réclamaient l’interdiction du parti en raison de la proximité du programme migratoire de l’AfD avec les déportations orchestrées par les nazis.
Mais en historien, Nicolas Patin rappelle que l’on ne peut parler de déportation que dans un cadre historique précis : « Entre 1933 et fin 1938, c’est une politique d’exil, pas de déportation. Les nazis persécutent les juifs et les socialistes pour les faire partir. » Et de poursuivre : « Une déportation, c’est une politique mise en place par l’État. Et ça, ça n’intervient qu’en octobre 1938 avec l’action polonaise [Polenaktion] qui est la première action où l’État va se charger de pousser les Juifs polonais en Allemagne vers la Pologne. »
Surtout, souligne le chercheur, pour les déportations comme pour les camps de concentration, la barbarie nazie a été permise par la suspension de l’État de droit par décret au lendemain de l’incendie du Reichstag, le 28 février 1933. Or, aujourd’hui, pour légitimer ses propositions, l’AfD se réfère souvent à la loi. Si le parti se fonde sur l’État de droit pour mettre en œuvre son programme, alors la comparaison avec le régime nazi est « exagérée », selon Nicolas Patin.
Le verrou de l’État de droit
Mais l’AfD compte-t-il réellement rester dans les clous du droit ? Pour Gilles Gressani, lorsque Ulrich Siegmund déclare vouloir utiliser les moyens de l’armée pour son projet de « remigration », « il est clair qu’il n’est pas en train de parler d’une forme d’expulsion telle qu’elle est pratiquée légalement dans les systèmes démocratiques occidentaux. Il parle de quelque chose qui implique un changement de régime profond ».
« Selon les rapports de l’Office de protection de la Constitution, certaines des propositions [de l’AfD] dérogeront clairement à la Loi fondamentale », alerte elle aussi Jeanette Süß, membre du Comité d’études des relations franco-allemandes (Cerfa) de l’Institut français des relations internationales (Ifri) sur France Inter. Le service de renseignement intérieur a ainsi classé l’AfD comme un parti « extrémiste de droite confirmé », en 2025.
La section AfD de Saxe-Anhalt propose justement à plusieurs reprises de modifier la Loi fondamentale pour faire appliquer son programme, par exemple pour abolir le droit d’asile (II, 5). Une mesure invraisemblable à faire passer du fait du système fédéral allemand : pour changer la Constitution, le parti aurait besoin d’une majorité des deux tiers des élus au Bundestag, la chambre basse du Parlement, et au Bundesrat, le Conseil fédéral qui représente les Länders. Or, l’AfD est encore bien loin de réaliser de telles prouesses électorales.
« C’est un programme régional et donc les leviers du Saxe-Anhalt ne sont pas suffisants pour pouvoir mettre en œuvre les propositions de l’AfD. Il y a donc une part de manifeste », relève Gilles Gressani.
Il dit observer « une stratégie de police du langage et de censure » qui « sert, notamment à l’extrême droite, à normaliser [ses politiques] » pour les rendre « acceptables ». Comme Nicolas Patin, il invite à s’interroger sur le vocabulaire employé concernant les politiques migratoires d’autres pays, comme la France, les États-Unis ou le Royaume-Uni.
Gilles Gressani poursuit : « Les mots, ce sont des choses qui ont une vie, qui ont une histoire. Ce sont aussi des choses qui servent à décrire ce qui se passe. […] C’est très important de ne pas se laisser absorber par cette querelle sur les mots sinon on se perd dans une bataille de symbolique alors que ce qui se joue, si c’est déployé, c’est quelque chose de très concret et très réel pour des dizaines de milliers d’êtres humains. »
Un contexte idéologique inquiétant
Les parallèles entre le programme de l’AfD et le nazisme se fondent aussi sur des faisceaux idéologiques partagés par certains cadres du mouvement et une partie de la base. « Il y a des personnes derrière [la campagne d’Ulrich Siegmund en Saxe-Anhalt], dans les coulisses, qui ont tenu des propos vraiment très radicaux, ethno-raciaux et qui ont même fait des allusions directes au national-socialisme. Donc il y a aussi cette stratégie de la radicalité qui n’a pas l’air de dissuader les électeurs, au moins dans cette région de l’Allemagne », relève Jeanette Süß, de l’Ifri.
Le terme « remigration » cher à l’AfD a été popularisé en Allemagne par l’un de ses cadres, Björn Höcke, à partir de 2018 – dans un ouvrage où il prônait une « cruauté mesurée » nécessaire pour mettre en œuvre ce projet « à grande échelle ». Or, cette notion de « remigration » découle de la théorie complotiste du Grand remplacement introduite en France en 2010 par l’écrivain Renaud Camus, elle-même héritière de l’obsession nazie pour la « submersion » et la « contamination » juive, selon plusieurs chercheurs.
Président de l’AfD dans le Land de Thuringe, Björn Höcke est partisan du concept d’homogénéité ethnique et d’une vision de fierté nationale. Il a par exemple déclaré, à propos du Mémorial aux juifs assassinés d’Europe de Berlin : « Nous, les Allemands, notre peuple, sommes les seuls au monde à avoir planté un mémorial de la honte au cœur de leur capitale. »
La volonté d’en finir avec une forme de « culpabilité » mémorielle pousse le parti à vouloir modifier les programmes d’histoire – une compétence du Land – pour y aborder plus amplement le 19e siècle et « mettre l’accent sur les origines et la réussite » de l’Empire allemand. Le budget pour organiser des visites des camps de concentration pour les élèves de la région pourrait, eux, être redirigé vers « des activités qui renforcent le sentiment d’appartenance et l’identité nationale », soulignent Les Vérificateurs de TF1.
« Il est évident que l’AfD, à plusieurs reprises, a joué avec la ligne rouge de la référence nazie sans jamais vraiment la franchir », appuie Gilles Gressani. Pour Nicolas Patin aussi, « il y a toujours des références plus ou moins explicites, c’est du dog whistling [messages codés dans les discours politiques] au passé nazi », malgré les dénégations répétées de l’AfD.
L’historien note donc « l’utilité » des comparaisons entre la politique migratoire de l’AfD et les notions de camps et de déportations : « Elles permettent de discuter de la progressivité des politiques nazies qui ne commencent pas avec Auschwitz dès 1933. » Malgré l’exagération du parallèle, Nicolas Patin met en relief sa « clairvoyance » et sa valeur d’« alerte » – comme un électrochoc, afin que le pire ne puisse se reproduire.
Auteurs :
Autrice : Mathilde Lafargue, journaliste
Relecteur : Nicolas Turcev, journaliste
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Secrétariat de rédaction : Maylis Ygrand, journaliste
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La France va devoir donner un coup d'accélérateur pour tenir ses objectifs écologiques, alerte la Cour des comptes dans son rapport annuel sur la transition écologique, présenté le 7 octobre. Selon ses calculs, 161 milliards d'euros d'investissements seront nécessaires d'ici 2030, soit une progression de 12 % par an, alors que le rythme actuel n'est que de 5 %. L'essentiel de cet effort devra venir du secteur privé.
« Dans un contexte budgétaire contraint, l'effort d'investissement public (…)
Bouées géantes, nouveaux tronçons du mur, caméras et présence policière continue : au Texas, dans la vallée du Rio Grande à la frontière avec le Mexique, les habitants décrivent un « état de siège permanent ».
Brownsville, McAllen, Mission, Alamo (Texas, États-Unis), reportage
Sur son immense table métallique, les lettres de la Border Patrol — la police des frontières étasunienne — s'accumulent dans un fouillis de papiers et d'enveloppes. Eloisa Cavazos en laisse certaines fermées, (…)
Un mois après avoir triomphé lors des élections du Land de Saxe-Anhalt, le parti d'extrême droite Alternative pour l'Allemagne (AfD) a décroché, mardi 6 octobre, la présidence du Parlement régional. Il s'agit de la première fois depuis la fin du Troisième Reich qu'il est présidé par le représentant d'un parti d'extrême droite.
Tobias Rausch, investi par l'AfD, a été élu dès le premier tour, avec 48 voix pour — alors que le Parlement ne compte que 38 élus AfD —, 29 contre, et 5 abstentions. (…)
Trois ans après le 7 octobre, tous les mots nécessaires à nommer l’innommable ont été épuisés. Loin de mobiliser, les termes les plus forts semblent avoir perdu de leur substance, répétés à l’envi jusqu’à devenir communs, presque invisibles. Alors que nous reste-t-il pour dénoncer, quand le mot « génocide » ne suffit plus ?
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Source :Compte Facebook, le 30 septembre 2026
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L’histoire fait rêver d’un monde en paix. Un pilote russe et un pilote ukrainien auraient uni leurs forces — par-delà la guerre entre leurs deux pays — pour faire atterrir en urgence un avion de la compagnie Flydubai rejoignant Israël depuis les Émirats arabes unis, le 30 septembre 2026, après une tentative de détournement.
En effet, selon plusieurs internautes, deux pilotes prétendument russe et ukrainien présents à bord du vol auraient pris la relève du commandant de bord, victime d’une agression de la part de son copilote. « Les Russes ont encore une fois sauvé des vies », salue un internaute, tandis qu’une autre héroïse : « Conscients du danger imminent qui menaçait la vie de tous les passagers, les deux collègues — un Russe et un Ukrainien, ironie du sort — ont uni leurs forces, sont entrés dans le cockpit et ont pris les commandes ».
Mais s’il est vrai que l’avion a pu atterrir grâce à l’intervention de pilotes présents parmi les passagers, leur nationalité est à ce jour encore inconnue.
Pas de confirmation des nationalités
Le 30 septembre, un avion de Flydubai qui transportait à son bord 174 passagers, majoritairement israéliens, a atterri en urgence à l’aéroport de Tabuk en Arabie saoudite, après « une altercation dans le cockpit », a d’abord indiqué la compagnie aérienne dans un communiqué. Selon les données de Flightradar24 relayées par Reuters, l’avion a brusquement perdu de l’altitude pendant le trajet reliant les Émirats arabes unis à Israël, dégringolant de près de 5000 mètres en une minute.
« Au cours du vol, l’un des pilotes a poignardé son copilote et aurait tenté de faire s’écraser l’avion avec tous les passagers à bord », a rapporté le Premier ministre israélien, Benyamin Netanyahou, sur X. « J’ai parlé à l’un des passagers israéliens […]. Il m’a expliqué qu’il avait réussi, d’une manière ou d’une autre, à pénétrer dans le cockpit avec l’un des membres d’équipage, et qu’ensemble, ils avaient maîtrisé le pilote agresseur […]. Un autre membre de l’équipage à bord est entré dans le cockpit et a réussi à stabiliser l’avion. » Des témoignages de passagers et de membres d’équipage, notamment celui du commandant de bord blessé, un ressortissant indien, hospitalisé en Arabie saoudite, corroborent cette version des faits.
Ce sauvetage in extremis est dû à l’intervention de plusieurs pilotes en service présents parmi les passagers, selon la compagnie FlyDubai, sans préciser leur nombre, la raison de leur présence à bord ou leur nationalité.
D’après des informations du Jerusalem Post, il s’agirait de « deux pilotes supplémentaires affectés au vol car un éventuel détournement régional aurait pu prolonger le trajet et amener l’équipage initial à dépasser la durée de service autorisée ». Mais là encore, le journal n’apporte aucune information sur la nationalité des pilotes qui sont intervenus.
Une enquête toujours en cours
La théorie selon laquelle il s’agirait d’un Ukrainien et d’un Russe apparaît le 30 septembre, dans l’après-midi, dans un article du quotidien Israel Hayom, qui ne cite aucune source. A cet instant, comme le rapporte Snopes, de fausses informations circulent déjà attribuant les nationalités russe et ukrainienne aux pilotes titulaires, alors que leur identité n’est pas encore connue. Quelques heures plus tard, des médias révèlent qu’il s’agit de ressortissants indien et omanais.
Battue en brèche par ces informations, la rumeur de la présence de pilotes russe et ukrainien à bord du vol Flydubai se réincarne alors sous les traits du récit héroïque des membres de l’équipage ayant réussi à stabiliser l’avion – sans qu’aucun élément probant ne permette de le corroborer.
Auprès de la BBC, un passager a affirmé que ce seraient plutôt des « pilotes européens, dont un Britannique, [qui] sont entrés dans le cockpit […] et ont fait atterrir [l’avion] en Arabie saoudite ». Une information également relayée par Reuters, qui comme la BBC et Les Surligneurs, n’ont pas pu vérifier cette information de manière indépendante. Contactée, la compagnie aérienne n’a pas répondu aux sollicitations des Surligneurs.
Autrement dit, il n’existe à ce jour aucune preuve que les pilotes qui ont repris les commandes du vol de Flydubai après la tentative de détournement étaient de nationalités russe et ukrainienne.
Une enquête, menée par les Émirats arabes unis et Israël, est en cours pour déterminer les circonstances de cet incident spectaculaire survenu dans le ciel du Moyen-Orient. Le 3 octobre, les investigations ont établi que le copilote aurait planifié un « acte terroriste », et a utilisé la hache de secours du cockpit pour attaquer le pilote, a rapporté l’agence de presse officielle des Émirats (WAM), citant le procureur général émirati. D’après Reuters, l’assaillant se préparait depuis des mois et aurait renoncé à une précédente tentative en juillet dernier.
Auteurs :
Autrice : Delphine Schilt, journaliste
Relecteur : Nicolas Turcev, journaliste
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Secrétariat de rédaction : Nicolas Turcev, journaliste
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Marine Le Pen sur les bancs de l’Assemblée nationale, en juin 2025. © Bastien Ohier/Hans Lucas via AFP
Jean-Philippe Tanguy, député de la Somme et «monsieur à tout faire» au Rassemblement national (RN), l’assurait encore au micro de France Inter cet été, en pleine canicule : la lutte contre le réchauffement climatique est «au-dessus» de la pile «de notre politique». Pourtant, le «contre-budget» du RN, dévoilé mardi, prévoit des économies à rebours de la transition écologique.
Vert lui a de nouveau posé la question : «Comment justifiez-vous de supprimer des agences publiques environnementales ou les subventions aux énergies renouvelables ?» Il a répondu du tac au tac : «Parce qu’aucune des mesures que vous venez de citer n’a servi à quelque chose pour l’écologie.»
Pour la troisième année consécutive, le RN a présenté un «contre-budget» en réponse à celui du gouvernement. Marine Le Pen promet «140 milliards d’euros d’économies» sur les cinq prochaines années, en majorité sur les aides accordées aux étranger·es, la sécurité sociale ou en baissant la contribution de la France à l’Union européenne.
Mardi, la cheffe de file d’extrême droite a aussi parlé de climat : «Je ne laisserais pas l’écologie aux forces politiques climato-hypocrites, qui ont beaucoup promis mais n’ont rien fait pour répondre à l’immensité des enjeux», a-t-elle asséné, désignant surtout le président de la République, Emmanuel Macron.
Elle a annoncé la publication prochaine d’«un nouveau programme écologique très ambitieux […] permettant d’atteindre la neutralité carbone avant 2050 et de respecter les Accords de Paris pour le climat». Toutefois, comme a insisté son dauphin, Jordan Bardella – toujours promis au poste de premier ministre malgré les révélations de Mediapart sur ses écrits antisémites : un contre-budget, «c’est le moment où les discours se confrontent aux chiffres». Ainsi, comme en 2025 et 2024, le RN prévoit de nouveau des coupes sur le dos de l’écologie.
Supprimer les subventions des énergies renouvelablesRangées dans la catégorie des dépenses inutiles : les énergies renouvelables – ou plutôt «énergies intermittentes», comme les qualifient les frontistes, qui mettent en doute la fiabilité du solaire et de l’éolien. Auprès de Vert, Jean-Philippe Tanguy, l’un des architectes de ce «contre-budget», confirme que le parti souhaite supprimer les subventions à ces énergies. Il espère récupérer ainsi plus de 5 milliards d’euros dès la première année.
Le RN veut aussi faire adopter un moratoire pour suspendre tous les nouveaux projets. Et ses député·es ont déposé plusieurs amendements pour surtaxer les parcs éoliens en mer ou terrestres. C’est ce qu’a repéré le lobbyiste écolo Jordan Allouche, qui a épluché les propositions du RN en vue des débats budgétaires.
«On n’en a pas besoin», répète Andrea Kotarac, porte-parole de la campagne de Marine Le Pen et artisan du livret programmatique du RN dédié à l’écologie. À la place, le parti veut remplacer l’énergie solaire et éolienne par davantage de nucléaire, d’hydroélectricité ou de géothermie. «On peut augmenter la capacité des centrales», assure-t-il à Vert.
Jean-Philippe Tanguy, Jordan Bardella et Marine Le Pen, mardi, lors de la présentation de leur «contre-budget» au siège du Rassemblement national. © Théo Mouraby/Vert
Une stratégie qui «ne tient pas», selon Alexandre Joly, responsable du pôle énergie de Carbone 4, cabinet de conseil sur les enjeux de souveraineté énergétique. «Pour remplacer les énergies fossiles et être souverain sur le plan énergétique, il faut augmenter la consommation d’électricité, et donc sa production, explique-t-il. Or, d’ici les 15-20 prochaines années, il n’y aura pas d’autres solutions que les énergies renouvelables, car il n’y aura pas de nouvel EPR [réacteur nucléaire à eau pressurisée de troisième génération, NDLR] en fonctionnement avant au mieux 2038.»
Pour lui, sans l’éolien et le solaire, le RN mise sur les énergies fossiles : «Si on n’a pas assez d’électricité dans dix ans, cela voudra dire que l’on devra garder nos chaudières à gaz et nos voitures thermiques, ou importer l’électricité carbonée de nos voisins.» Matthias Renault, député lepéniste de la Somme, a d’ailleurs déposé un amendement pour supprimer la redevance à l’État que payent les exploitants de gisement de pétrole et de gaz.
La chasse aux agences publiques environnementales… Marine Le Pen a annoncé «la fin de la quasi-totalité des agences et autres organismes parasites». Le sujet n’est pas nouveau : comme en 2024, le RN prévoit 3,4 milliards d’économies sur les opérateurs de l’État. Sont particulièrement visées les agences publiques environnementales comme l’Office français de la biodiversité (OFB), l’Agence de sécurité sanitaire (Anses), l’Agence de l’eau ou l’Agence de la transition écologique (Ademe).
«Dans une France qui n’a pas les moyens, il faut faire la distinction entre ces gros machins qui coûtent de l’argent et les fonctions qu’ils assument», expliquait à Vert il y a quelques mois Laurent Jacobelli, porte-parole du parti, qui souhaite réattribuer leurs missions au gouvernement. Ces entités ont pourtant un rôle crucial à jouer pour la biodiversité, la réduction des pesticides ou encore le financement des projets favorables à la transition écologique.
«N’étant pas au pouvoir, le RN peut raconter n’importe quoi, avait déjà réagi cet été auprès de Vert Agnès Pannier-Runacher, ex-ministre de la transition écologique et aujourd’hui co-responsable du programme présidentiel de Gabriel Attal (Renaissance). Tous les objets du ministère de l’écologie sont, par principe, attaqués par le Rassemblement national. Et avec tout ça, ils affirment faire des économies, sauf que cela va surtout faire exploser la facture des Français.»
… et aux associations écologistesAutre piste d’économies : la fin des subventions aux associations que le parti d’extrême droite juge «ne relevant pas de l’intérêt général». Gain espéré : 3,7 milliards d’euros à partir de 2028. Questionnée l’an dernier sur cette notion floue, Marine Le Pen avait visé les associations d’aide aux personnes exilé·es, avant de botter en touche : «Vous aurez la liste complète quand nous serons élus.» Un député, en privé, avait confirmé que la liste comprenait «pas mal d’associations environnementales».
Dans la quarantaine d’amendements déposés par le RN la semaine dernière et épluchés par Jordan Allouche, l’un d’eux vise à interdire aux associations subventionnées de combattre un parti, un·e élu·e ou un·e candidat·e. En somme, de s’opposer au RN.
Des mesures écologiques dans le contre-budget du RN ?Nouveauté cette année : des dispositifs existants, que le RN voulait supprimer dans les «contre-budgets» précédents, sont désormais remaniés dans le «contre-budget» 2027.
Le Fonds vert pour la transition écologique est transformé en un fonds pour lutter contre les risques climatiques, et augmenté de 100 millions d’euros.
Le dispositif MaPrimeRénov, qui permet d’obtenir une subvention pour mieux isoler son logement, est arrêté pour être intégré à un plan «100% rénov’» visant à l’isolation et à la climatisation.
Le RN ne propose plus non plus de supprimer le malus automobile, cette taxe sur l’achat des véhicules les plus polluants, mais de le faire évoluer «pour qu’il sanctionne les voitures produites dans des conditions polluantes et favorise les voitures fabriquées en France».
Dernière surprise. Cette année, Marine Le Pen porte une mesure pour «renforcer le respect des Accords de Paris pour le climat». Elle souhaite faire payer les pays membres de l’Union européenne qui pollueraient trop en instaurant une taxe «calculée sur l’intensité carbone de leur économie».
Le projet de budget pour 2027, élaboré par le gouvernement de Sébastien Lecornu, est le plus amer depuis longtemps. © Ian Langsdon/AFP
Avec ses 17 milliards d’euros d’impôts en plus et 26 milliards de dépenses en moins, c’est un projet de budget plus impopulaire que jamais qui entame son marathon au Parlement, ce mercredi. C’est peu dire que les débats s’annoncent longs et houleux jusqu’au 17 décembre, date limite pour trouver un accord.
À tel point que c’est la copie présentée par le gouvernement qui risque, in fine, d’être mise en application telle quelle, par le biais d’ordonnances. En effet, course à la présidentielle oblige, aucun parti n’a l’intention de faire de compromis cette année, réduisant à néant les chances de voir une autre version du texte adoptée.
La proposition du gouvernement est vertement critiquée, notamment pour la diète qu’elle prévoit d’imposer aux familles (gel des APL et des prestations familiales), aux fonctionnaires (gel du point d’indice), aux retraité·es (gel des retraites à partir de 1 260 euros par mois), aux malades (baisse des montants remboursés par la sécurité sociale) ou encore aux étranger·es (délai d’un an en France avant d’accéder à certaines prestations sociales)… alors que rien n’est prévu pour mettre les plus hauts revenus à contribution. Dans ce contexte, la stabilité des moyens annoncés pour l’écologie pourrait passer pour une victoire. Qu’en est-il vraiment ?
Des moyens «globalement stables»…En 2027, les moyens alloués à l’écologie (environ 25 milliards d’euros) resteront «globalement stables par rapport à 2026, ce qui représente un effort notable au regard de la situation budgétaire que connaît notre pays», s’est félicitée la ministre de la transition écologique, Monique Barbut. En 2023, le rapport Pisani-Mahfouz commandé par Matignon préconisait une hausse drastique des dépenses publiques en faveur du climat (entre 25 et 34 milliards d’euros de plus par an d’ici à 2030).
…mais (encore) des emplois en moinsAprès avoir régulièrement alerté en 2026 contre les baisses récurrentes de moyens et d’autonomie, les salarié·es des agences publiques dédiées à la transition écologique n’ont manifestement pas été entendu·es. L’Agence de la transition écologique (Ademe), le Centre d’études et d’expertise sur les risques, l’environnement, la mobilité et l’aménagement (Cerema), l’Institut national de l’information géographique et forestière (IGN), l’Office français de la biodiversité (OFB) ou encore les parcs nationaux perdront quelque 160 emplois (équivalents temps plein) supplémentaires en 2027, sur environ 10 000.
-30% sur le budget de l’AdemeAprès avoir échappé de justesse à une réforme controversée en 2026, l’Ademe (principal opérateur de la «transition écologique») n’esquive pas une nouvelle baisse de son budget d’intervention. Après être passé de 1,3 milliard en 2024 à 1 milliard en 2026, le voilà raboté de 30% supplémentaires en 2027 (page 265). Les 350 millions d’euros de baisse sont dus principalement à l’amputation du fonds chaleur, qui subventionne la production de chaleur et de froid renouvelable, dans un secteur encore majoritairement perfusé aux énergies fossiles (gaz, fioul, charbon).
-15% sur MaPrimeRenov’Comme en 2026, l’enveloppe consacrée à la rénovation énergétique se réduit de nouveau de 15% (en crédits de paiement), pour atteindre 1,2 milliard d’euros. Cette diminution est notamment liée au dernier «recentrage» des aides, annoncé en septembre, avec la fin des subventions pour certains «gestes» : travaux d’isolation thermique, installation d’équipements de chauffage fonctionnant au bois, à la biomasse ou à l’énergie solaire.
Après les incendies, des moyens en plus pour la forêtEn réponse aux incendies records de cet été, le programme «forêt», en charge notamment du reboisement des forêts incendiées, hérite de 36 millions d’euros supplémentaires (pour atteindre 417 millions, page 345). Les moyens financiers de la sécurité civile augmentent, eux, de 25%, passant de 875 à 1 milliard d’euros (page 351).
Hausse de la taxe sur les demandes d’autorisation de pesticidesAlors que l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) croule sous les demandes d’autorisation de mise sur le marché (AMM) émanant des industriels de l’agrochimie, le gouvernement annonce conforter ses moyens en augmentant la taxe dont ils doivent s’acquitter lorsqu’ils lui soumettent une autorisation de commercialiser un pesticide. Les recettes de cette taxe devraient passer de 10 à 23 millions d’euros (dont 17,5 reversés à l’Anses), selon le projet de loi (page 146). L’Agence reçoit en outre 4 millions d’euros de nouveaux crédits pour surveiller les PFAS (ou «polluants éternels») dans les aliments.
Légère hausse du Fonds vertLe Fonds vert, qui subventionne les projets de transition écologique des collectivités, fait partie des rares gagnants du budget 2027, avec 150 millions d’euros de rab par rapport à 2026 (page 345). Comme promis cet été – quand la France suffoquait –, son budget atteint donc un milliard d’euros (contre 2,5 milliards en 2023).
Les grands groupes épargnésAlors que tout le monde – ou presque – est prié de se serrer la ceinture, le gouvernement a décidé d’alléger la surtaxe instaurée en 2025 sur les bénéfices des grandes entreprises (plus d’1,5 milliard d’euros de chiffre d’affaires en France). Son rendement devrait s’en trouver réduit de 2,5 milliards d’euros (tombant à 5 milliards d’euros), «alors même qu’on sait qu’elles contribuent moins que les autres entreprises», s’est indignée l’économiste Anne-Laure Delatte sur les réseaux sociaux.
Rien sur les superprofits des entreprises pétrogazièresLe gouvernement n’a pas souhaité intégrer de taxe sur les profits exceptionnels générés par les entreprises pétrogazières depuis le début de la guerre au Moyen-Orient. Au premier semestre 2026, TotalEnergies a par exemple engrangé près de 10 milliards d’euros de bénéfices. Mais pour dissuader le gouvernement de taxer ses profits, la major menace de suspendre le plafonnement des prix dans ses 3 300 stations-service françaises. Un geste à 200 millions d’euros.
Hausse de la taxe sur les sociétés d’autoroutesRigueur oblige, le gouvernement propose d’alourdir la fiscalité sur les bénéfices des sociétés concessionnaires des autoroutes et des aéroports qui «présentent les niveaux de rentabilité les plus élevés». Il espère ainsi voir passer le rendement annuel de la taxe à 1,4 milliard d’euros, en hausse d’environ 800 millions d’euros (page 85).
Rien sur la taxe croisièreMalgré l’impact environnemental disproportionné de cette activité, le gouvernement n’a pas repris l’idée d’une taxe sur les croisières, élaborée par l’association Transport & Environment et défendue par les Écologistes au Sénat l’an passé. Elles et ils estimaient alors qu’une taxe de 15 euros par passager·e et par jour de croisière permettrait de récolter 100 millions d’euros par an.
Vers une taxation du kérosène ? Jusqu’ici exempt de tout prélèvement fiscal, le kérosène pourrait faire l’objet d’une taxe spécifique, envisage le gouvernement dans son projet de budget (page 98). Les recettes serviraient à soutenir les «carburants d’aviation durable», dont le développement est controversé. Largement hypothétique à ce stade, la taxe n’a même pas été chiffrée par le gouvernement.
Exonérations fiscales pour l’aérienEn parallèle, le secteur de l’aérien continue de profiter d’exonérations fiscales massives, qui privent la France de plusieurs milliards d’euros chaque année, rappelle l’association Transport & Environment. Par exemple, le projet de budget pour 2027 prévoit d’exempter l’aéroport de Strasbourg (Bas-Rhin) de taxe sur les billets d’avion pour inciter les parlementaires européen·nes à choisir ce mode de déplacement (page 84).
Coup de pouce au nouveau nucléaireLe gouvernement inaugure un programme dédié au «Soutien financier au nouveau nucléaire» dans son projet de budget. La mise de départ, 137 millions d’euros, servira notamment à couvrir les intérêts du prêt bonifié que la Caisse des dépôts et consignations a octroyé à EDF pour financer la construction de ses six prochains réacteurs EPR2.
Coup de rabot sur les renouvelablesEn contraste, le gouvernement espère dégager 120 millions d’euros d’économies en s’attaquant aux «rentes potentielles» de certains projets photovoltaïques ou de biogaz (page 236). Concrètement, le gouvernement compte auditer environ 8 000 projets photovoltaïques déjà construits pour diminuer ou supprimer leurs subventions en cas de «sur-rémunération». Le tout alors que la filière est déjà plongée dans une crise profonde à la suite des reniements du gouvernement.
De Princeton à l’Élysée, le jeune chercheur a connu une ascension éclair comme expert de la radicalisation islamiste. Il capitalise désormais sur son réseau pour développer sa start-up d’intelligence artificielle Arlequin AI. Au risque de brûler les étapes.
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Au premier tour de la présidentielle brésilienne, dimanche 4 octobre, Flávio Bolsonaro, candidat d’extrême droite et fils de l’ancien président Jair Bolsonaro, a recueilli 47,03 % des suffrages, devançant le président sortant Luiz Inácio Lula da Silva (45,16 %), en quête d’un quatrième mandat. Un résultat qui confirme la puissance du bolsonarisme et suscite sidération et inquiétude chez les soutiens de Lula, à trois semaines du second tour.
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« On a été encerclés toute la journée » : une partie de la zad contre l'A412 a été expulsée lundi 5 octobre et plusieurs militants ont été interpelés. Les militants encore sur place craignent de subir le même sort.
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Les murs de planches ont été déchiquetés, le toit de tôle complètement aplati. En quelques minutes à peine, lundi 5 octobre, aux premières heures de la journée, la pelleteuse mécanique du chantier de l'A412 a détruit le petit chalet de bois, (…)

Liban, Syrie, Gaza, Cisjordanie : l'armée israélienne occupe des pans entiers des pays voisins. Des habitants y dénoncent le règne de l'arbitraire et la crainte d'une annexion sans précédent depuis des décennies.
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Qu'est-ce qu'une frontière ? En Israël, la question fait débat : le chef d'état-major de l'armée israélienne, Eyal Zamir, a évoqué la création d'« une nouvelle ligne de frontière » à Gaza. D'abord marquée par des blocs de béton peints, sa « ligne (…)
Le projet de loi de finances 2027 multiplie les énormes cadeaux à la filière nucléaire : le recours au livret A — sans devoir payer d'intérêts — pour construire des EPR2, un prêt garanti jusqu'à 2090, une fiscalité allégée...
Le projet de loi de finances (PLF) pour 2027 ne s'annonce pas austéritaire pour tout le monde. Alors que le gouvernement revendique 43 milliards d'euros de mesures de redressement, le texte présenté le 1er octobre en conseil des ministres prévoit plusieurs cadeaux à (…)
Des milliers de lycéens et d’étudiants ont défilé ce mardi 6 octobre à Paris, rejoints par des enseignants et des parents. Derrière les revendications sur les moyens alloués à l’éducation, une même inquiétude traverse le cortège : celle d’une jeunesse qui ne croit plus vraiment aux promesses faites sur son avenir.
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Le 5 octobre, dans le 18ème arrondissement de Paris. Des lycéen·nes bloquent le lycée Saint-Charles-de-Foucauld. © Djoudi Hamani/Hans Lucas via AFP
«On n’a pas de profs, on est dans des classes surchargées, on a des problèmes au niveau de l’hygiène…» Mariama, élève du lycée Maurice-Utrillo de Stains (Seine-Saint-Denis), liste à Vert toutes les raisons qui l’ont poussée à venir tôt ce mardi matin devant son établissement.
Elle désigne les bâtiments derrière la grille. «Certains de nos cours ont lieu dans les préfabriqués : qu’il pleuve ou qu’il neige, il fait extrêmement froid en hiver et chaud l’été», décrit l’adolescente. Comme elle, des dizaines de milliers de lycéen·nes se sont rassemblé·es devant leur établissement pour réclamer de meilleures conditions pour étudier. «On n’a pas les conditions pour travailler, on se sent délaissé par la société alors qu’on est les adultes de demain», s’indigne la jeune femme.
La colère lycéenne, née à Créteil (Val-de-Marne) le 17 septembre, s’est propagée dans toute la France. Après plusieurs jours de blocages de nombreux établissements, ce mardi a été marqué par des manifestations dans plusieurs villes, dans l’Hexagone et en outre-mer. Selon le ministère de l’intérieur, 256 000 manifestant·es se sont mobilisé·es dans le pays. Les organisations syndicales évoquent 450 000 personnes. Au total, 891 lycées sur 3 700 ont vu leurs cours «être suspendus, soit totalement, soit partiellement, toutes causes confondues», a indiqué le ministère de l’éducation nationale.
À Paris, le cortège qui s’est élancé place de la République a réuni 56 000 personnes. Parents, professeur·es, étudiant·es et syndicalistes ont rejoint les lycéen·nes pour exiger davantage de moyens pour l’éducation nationale. Le délabrement de nombreux établissements est au cœur des revendications. Des vidéos tournées par les professeur·es et élèves des lycées Paul-Éluard, à Saint-Denis, ou Blaise-Cendrars, à Sevran, révèlent des plafonds effondrés, des fuites d’eau, des moisissures ou encore un manque de matériel.
«On est là en soutien, pour dire au gouvernement d’écouter cette jeunesse, raconte à Vert Rémi (il n’a pas donné son nom), enseignant en histoire-géographie, syndiqué SNES-FSU dans un lycée de Chelles (Seine-et-Marne). Pour elle, faire des études va être compliqué, le réchauffement climatique va nuire à son avenir, on n’a pas beaucoup d’espoir à lui apporter et, là, cette jeunesse se relève parce qu’elle a envie de créer un autre monde.»
Le 4 octobre à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), une lycéenne participe à un rassemblement de jeunes pour exiger plus de moyens dans l’éducation nationale. © Kenzo Tribouillard/AFP
«Ce n’est pas parce qu’on est dans le 93 [la Seine-Saint-Denis, NDLR] qu’on est forcément des bandits, s’indigne Jenna, 14 ans, en seconde professionnelle métiers de la construction durable du bâtiment et des travaux publics à Saint-Denis. On veut juste être là pour avoir une bonne éducation, aller au lycée, pouvoir obtenir nos vœux dans Parcoursup.»
La plateforme pour faire son choix d’études supérieures essuie de nombreuses critiques. «Parcoursup brise nos rêves, et c’est encore pire quand on vient des quartiers populaires», explique Koumba, en terminale au lycée Jean-Jaurès de Montreuil.
Place de la République, le collectif écologiste Extinction Rebellion a grimpé sur la statue de Marianne pour y accrocher le message «Lycées délaissées, jeunesse sacrifiée», en soutien au mouvement. Nombre de syndicats ont appelé à rejoindre la mobilisation. Outre ceux de l’éducation nationale, le syndicat agricole Confédération paysanne était présent dans plusieurs rassemblements en France. L’intersyndicale de l’enseignement supérieur et de la recherche a souligné que «l’expression lycéenne et étudiante doit pouvoir se faire sans entrave et dans un cadre démocratique, pacifique, libre et serein».
Depuis ses débuts, la mobilisation a connu une répression exceptionnelle. Le ministère de l’intérieur a annoncé que 5 000 personnes avaient été placées en garde à vue, essentiellement des mineur·es. À titre de comparaison, 12 000 personnes avaient été interpellées en six mois de mobilisation des Gilets jaunes.
À Tours (Indre-et-Loire), la semaine dernière, un lycéen de 16 ans a perdu l’usage d’un œil lors d’un blocage ; lundi, un adolescent de 15 ans a eu la main arrachée par une grenade à Lens (Pas-de-Calais). Un autre a eu la mâchoire fracturée à Saint-Ouen-l’Aumône (Val-d’Oise), après un tir de grenade lacrymogène. Au total, 215 élèves ont été blessé·es. La police des polices a ouvert dix enquêtes dans le cadre de ces manifestations.
À Saint-Denis, le 4 octobre. Les lycéen·nes se mobilisent pour demander de meilleures conditions d’étude. © Valérie Dubois/Hans Lucas via AFP
Le ministre de l’éducation nationale, Édouard Geffray, a parlé de «drame» et a annoncé le lancement, depuis lundi soir, d’une plateforme où les élèves pourront «dire leurs difficultés et leurs attentes», jusqu’au 23 octobre. Ce mardi, la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH) a exprimé sa «vive inquiétude» sur le «recours disproportionné à la force».
Sans annoncer de moyens financiers pour l’éducation nationale, le premier ministre Sébastien Lecornu a indiqué ce mardi après-midi que les cours seront suspendus jusqu’à la fin de la semaine pour organiser «un temps de démocratie interne» dans les lycées.
À un peu plus de six mois de la présidentielle – élection qui verra certain·es des lycéen·nes voter pour la première fois –, cette mobilisation s’étire dans un climat politique et social particulièrement tendu, sur fond de hausse des prix et de recherche de coupes budgétaires.
Un enjeu que les jeunes participant·es à la manifestation de Paris ont bien compris. «On est à bout, et ce n’est même pas que nous : ce sont les ouvriers, les pompiers, les agriculteurs, les étudiants, précise Koumba. J’ai peur de ne pas pouvoir nourrir mes enfants plus tard, de ne pas pouvoir payer l’essence, de faire des études que je n’aime pas… Ce sont tous les Français qu’Emmanuel Macron doit écouter.»


40 °C lors du bac, « hyper froid » l'hiver, inégalités entre lycées... Le 6 octobre, des milliers de personnes se sont retrouvées à Paris dans le cadre du mouvement social des lycéens. Parmi leurs revendications, la rénovation thermique de leur établissement.
Paris, reportage
La scène, vue place de la République à Paris, a quelque chose de vertigineux : un groupe d'adolescents hauts comme trois pommes mange des bonbons devant une rangée de camions de CRS. Autour d'eux, de nombreux jeunes (…)
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Face à la mobilisation, Sébastien Lecornu a aujourd’hui appelé à une « réponse politique » au mouvement lycéen. Il a notamment promis de « corriger tout ce qui était possible » de Parcoursup.
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