L'intelligence artificielle (IA) se développe à un rythme fulgurant et insoutenable pour la planète. Rien qu'entre 2025 et 2030, sa consommation d'électricité — et ses émissions de CO2 — devraient être multipliées par 7. C'est l'estimation produite par l'association Green IT, dans une étude publiée le 30 septembre.
Cette étude revendique « une approche scientifique rigoureuse basée sur les méthodes standards de référence : analyse du cycle de vie multicritères de l'ISO, Product (…)
Plus d’une vingtaine de membres du personnel ont exercé leur droit de retrait, lundi, au collège Georges-Politzer de Bagnolet. © Giovanni Simone/Vert
«Madame, c’est vrai qu’il y a du caca dans l’eau ?» La question fuse, directe et sans filtre. Face au collège Georges-Politzer, à Bagnolet (Seine-Saint-Denis), un petit attroupement se forme autour de bouteilles remplies d’un liquide jaunâtre. Les professeur·es sont en effervescence, brandissent des pancartes et des autocollants, s’attroupent autour d’une banderole, prêt·es à partir pour la manifestation organisée dans le cadre de la grève nationale de la fonction publique, ce mardi.
Dans un contexte déjà tendu, l’eau du collège a été déclarée non conforme, samedi. Une décision du département prise dans la foulée en interdit la consommation. Des taux anormalement élevés d’entérocoques et de bactéries coliformes (présentes dans les matières fécales) ont été mesurés dans l’eau froide du collège, en plusieurs points de prélèvement. Le rapport d’analyse, consulté par Vert, conseille «de réaliser une désinfection générale de l’installation avec contre-analyse sur l’ensemble des points».
Le personnel du collège, prêt à partir en manifestation à l’occasion de la grève nationale de la fonction publique, mardi. © Giovanni Simone/Vert
Une vingtaine de membres du personnel de l’établissement ont exercé leur droit de retrait, lundi, puis une trentaine le lendemain. Dans le registre des dangers graves et imminents (RGDI), elles et ils ont dit leurs inquiétudes concernant leur santé et celle des élèves.
L’affaire date de bien plus longtemps. Dès le 10 février, au sein du comité d’hygiène et de sécurité, puis le 18 mai, en conseil d’administration, le personnel avait fait remonter des questions sur la qualité de l’eau. «Elle sortait souvent trouble des robinets, notamment au retour des vacances ou après des périodes de fermeture, indique Amélie Pialla, professeure documentaliste. La direction a sollicité le département, et on a eu des analyses en juin.» Tout coulait de source, jusqu’aux résultats des analyses, réalisées le 4 juin dernier par le laboratoire Aquatycia et communiqués au personnel samedi dernier seulement.
«Le département nous a indiqué n’avoir eu connaissance des analyses que le 4 septembre, mais on se demande pourquoi ils ont attendu trois semaines pour nous en faire part», continue Amélie Pialla. Un couac qui interroge jusqu’à la mairie de Bagnolet. «Il y a eu un problème de suivi, puisque le département ne les a reçus que le 6 septembre ; mais, entre le 6 et le 26, il y avait le temps de communiquer», regrette Édouard Denouel, le maire de la commune (soutenu par Les Écologistes et La France insoumise aux dernières municipales). Lui-même dit avoir été informé par une communication destinée aux parents d’élèves.
Les enseignant·es ont pris soin de prélever des échantillons de l’eau en différents endroits du collège. ©Giovanni Simone/Vert
De son côté, la préfecture de la Seine-Saint-Denis a ordonné la fermeture de l’établissement ce mercredi, pour décontaminer l’eau. «Ils vont mettre du chlore dans les tuyaux et il ne faut absolument pas que les élèves en boivent, pointe Clémence Jaubert, professeure d’espagnol. La cantine restera fermée potentiellement jusqu’au mardi 6 octobre s’il faut refaire une décontamination.»
Le personnel affirme être dans l’incapacité de garantir que les élèves ne boiront pas l’eau chlorée dans l’ensemble de l’établissement. La situation fait des remous parmi les jeunes. «Certains collégiens n’ont pas pu manger du tout parce qu’ils habitent loin, dénonce Joakim, élève de quatrième. Il y a toujours des problèmes d’eau à la cantine.» «Lundi dernier, ils ont mis des sacs-poubelles sur la machine à eau à la cantine, c’était bizarre», précise Narvina, élève de sixième.
«Dès que je suis arrivée, on m’a dit de ne pas boire l’eau», témoigne Lucie Morel, professeure de français. «C’était déjà le cas quand je suis arrivée», confirme Clémence Jaubert, en poste au collège depuis huit ans. Une parent d’élève, ancienne collégienne de l’établissement, abonde : «Il y a toujours eu des problèmes d’hygiène.»
Samuel Mauve, délegué syndical CGT et CPE du collège Politzer, et Jérémy Vallat, élu syndical SUD éducation au collège. © Giovanni Simone/Vert
Pour les syndicats d’enseignant·es, la situation reflète un délaissement plus général de l’Éducation nationale dans le département. La campagne du Plan d’urgence 93, menée par une intersyndicale réunissant CGT, SUD éducation, CNT et FSU, met en avant depuis 2024 les besoins urgents du département. Les élèves de Seine-Saint-Denis reçoivent 30% de moyens en moins par rapport à la moyenne française, selon une note de la préfecture en 2023.
Un constat qui se répercute à tous les étages, du manque de personnel à la qualité du bâti. «Nous avons demandé des audiences à l’administration pour discuter de ce plan d’urgence, pointe Samuel Mauve, délégué syndical de la CGT Educ’action 93 et conseiller principal d’éducation (CPE) du collège Georges-Politzer. La première fois, on nous a répondu qu’ils ne savaient pas de quoi on parlait ; la deuxième, qu’ils ne pourraient rien faire.»
Amel Meddah, mère d’un élève : «Je trouve qu’on ne donne pas le bon exemple aux enfants avec ce manque de transparence.» © Giovanni Simone/Vert
Un sentiment d’abandon partagé par les habitant·es du département le plus pauvre de France hexagonale. Amel Meddah tient un kiosque de sandwichs et frites devant le collège. Mère d’un élève, elle s’inquiète pour sa santé : «Je trouve cela désolant qu’il y ait ce flou sur des résultats qu’il fallait communiquer. Ce n’est pas aux professeurs de les réclamer alors qu’ils sont là pour enseigner. On se demande si on est mis de côté parce qu’on est en Seine-Saint-Denis.»
Le sujet est sensible. Contactées, les autorités se renvoient la responsabilité ou se murent dans le silence. La direction des services départementaux de l’éducation nationale (DSDEN) de Seine-Saint-Denis précise que «les mesures de précaution sont maintenues jusqu’à l’obtention d’un rapport attestant de la conformité de l’eau». Pour le reste, elle renvoie vers le Département, propriétaire des bâtiments et l’instance compétente pour la désinfection des installations.
Le Département annonce l’ouverture d’une enquête interne : «Une révision complète du réseau d’eau de l’établissement sera engagée pour identifier l’origine du problème et éviter qu’il ne se reproduise. De nouvelles analyses seront réalisées à l’issue des travaux. Les restrictions ne seront levées que si l’ensemble des échantillons prélevés est déclaré conforme.»
Si les eaux du collège sont contaminées, qu’en est-il du quartier ? «Les riverains sont en droit de se poser des questions, confie le maire Édouard Denouel. La situation est sérieuse et problématique mais, à ce stade, à partir des éléments que j’ai, il n’y a que le collège qui est concerné.» Selon la municipalité, il n’y a aucun problème détecté sur le réseau de la régie publique de l’eau, ce que confirment les analyses publiques du réseau d’eau potable consultées par Vert. Une réunion publique d’information aura lieu jeudi. Histoire de ne plus nager en eaux troubles.
Le maire LR de Besançon a remis en question le dispositif de rénovation des écoles lancé par les Écologistes sortants. Des parents d'élèves s'organisent afin de protéger les enfants et le personnel des effets du changement climatique.
Besançon (Doubs), reportage
À 8 heures pétantes, sous un beau soleil d'automne, Robin Perrey gare son vélo cargo à la hâte devant le portail de l'école élémentaire Velotte à Besançon (Doubs), où il amène ses deux enfants de 3 et 7 ans. « Vous venez à la (…)

Source :Compte Facebook, le 22 septembre 2026
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En une trentaine de secondes, sept grands avions militaires fendent le ciel à très basse altitude. Une vidéo immortalise la scène depuis un véhicule coincé dans des bouchons. « Les avions de l’Otan quittent l’Allemagne en masse… Ça sent pas bon », s’alarme un internaute. « Que se prépare-t-il en Europe ? », demande un compte hispanophone. Sur Facebook (ici, ici, ici ou ici), Instagram et YouTube, une interrogation revient : ces manœuvres aériennes seraient-elles le signe d’une préparation militaire de l’Otan ?
Ces images apparaissent alors que les actes d’intimidation de la part de la Russie se multiplient. Début août, des drones chargés d’explosifs, d’origine russe selon les autorités, avaient par exemple été retrouvés à l’aéroport de Leipzig, en Allemagne. Les services secrets états-uniens alertent, depuis, sur une possible offensive de Moscou en Europe.
« Il existe un risque faible mais croissant que la Russie mène des attaques militaires limitées contre un pays de l’Otan voisin de la Russie, a estimé Thomas Ahrenkiel, chef des services de renseignement danois, en conférence de presse, le 24 septembre 2026. Nous continuons de considérer comme improbable que la Russie voie un intérêt à envahir un pays de l’Otan, mais nous ne pouvons pas l’exclure. »
De leur côté, en mai, les services de renseignements russes accusaient l’Otan de préparer « un conflit à grande échelle dans l’Est ».
Si la vidéo des avions militaires émerge dans ce contexte, elle ne témoigne cependant pas d’un déploiement de l’Otan en Allemagne mais d’un rendez-vous prévu de longue date aux Pays-Bas, comme l’ont montré les Vérificateurs de TF1.
Une vidéo filmée le 19 septembre aux Pays-Bas
Nos confrères ont retrouvé la première publication de cette vidéo sur TikTok, mise en ligne le 19 septembre 2026 par une internaute néerlandaise. Grâce aux fonctionnalités du réseau social, elle a renseigné la localisation « A12 », une autoroute des Pays-Bas qui relie la Haye à la frontière allemande.
Sur ces images, aucun véhicule ne circule sur la voie en sens inverse, tandis que le trafic est ralenti sur la route où se situe l’auteure de la vidéo. La circulation sur l’A12 est en effet perturbée ce jour-là par un blocage d’Extinction Rebellion, annoncé sur le site internet du collectif écologiste, afin de protester contre les subventions aux énergies fossiles. La Néerlandaise qui a capturé le vol des avions militaires a aussi publié une vidéo de la manifestation, dans laquelle on distingue plusieurs drapeaux d’Extinction Rebellion.
L’action a été menée sur l’autoroute à hauteur de la ville de Zevenaar, près de l’Allemagne, et l’arrestation des activistes a été relatée par les médias NOS et AD.
Ces informations permettent de confirmer la localisation et la date de l’enregistrement de la vidéo qui nous intéresse. Il est également possible de repérer plusieurs plaques d’immatriculation jaunes, standard aux Pays-Bas, et une plaque allemande (D pour Deutschland) avec l’identifiant territorial KLE qui se rapporte à l’arrondissement de Clèves, situé le long de la frontière néerlandaise.
Un exercice militaire international annuel
En légende de sa vidéo – qui comptabilise plus de 640 000 vues dix jours après – , l’internaute néerlandaise précise en anglais : « C’est un vol d’entraînement, pas de panique, c’est juste une démonstration, pas une guerre, ça se passe aux Pays-Bas. » Dans les commentaires, elle ajoute en néerlandais : « Attention ! Il ne s’agit pas d’une guerre. C’est un exercice de l’armée de l’air aux Pays-Bas. » Et, dans la description de son profil, elle en remet une couche en anglais : « La vidéo de l’avion n’est pas un signe de guerre, c’est une journée d’entraînement Falcon Leap aux Pays-Bas. » Puis en néerlandais : « Ce n’est pas une guerre ! Ce sont des manœuvres militaires ! »
Du 7 au 18 septembre s’est en effet déroulé aux Pays-Bas le Falcon Leap, un événement annuel international organisé depuis 2015. S’il n’est pas géré par l’Otan, plusieurs pays de l’alliance politico-militaire y participent, comme la France, l’Allemagne et les États-Unis. Il s’agit d’un exercice militaire « consacré aux opérations aéroportées » réunissant onze nations, communique le ministère des Armées français. Leur but est de s’entraîner et de se familiariser avec le matériel et les procédures de chaque pays, dont leurs avions et parachutes.
Cet exercice a lieu « dans le cadre de la commémoration de l’opération Market Garden » conduite par les Alliés en septembre 1944. Chaque année, un hommage est rendu aux milliers de parachutistes alliés qui ont trouvé la mort dans la lande néerlandaise de Ginkelse Heide, à quelques kilomètres de Zevenaar. En 2026, le Falcon Leap s’est ainsi clôturé le 19 septembre par cette commémoration.
Un survol à 13h16, à faible altitude
Preuve que ces vols n’illustrent pas une escalade précipitée du conflit avec la Russie, une décision prise par le ministre de la Défense et parue au Journal officiel des Pays-Bas autorisait dès le 2 juillet dernier les vols et sauts en parachute dans le secteur de Ginkelse Heide le 19 septembre. Une autre décision, prise le même jour, définissait une zone temporaire d’exercice de vol à basse altitude pour la période du 7 au 19 septembre.
TF1 a pu échanger avec un passionné d’aviation militaire qui a écrit un article dans son blog sur cette édition. Berend Jan Floor identifie sur la vidéo TikTok « quatre avions de transport Lockheed C-130 Hercules, avec d’autres avions derrière eux ». Nos confrères ont retrouvé, sur le site FlightRadar, le plan de vol des Lockheed C-130, qui font bien partie des avions recensés par le ministère de la Défense néerlandais ayant participé au Falcon Leap. D’après leur trace GPS, ils ont décollé de la base aérienne d’Eindhoven puis ont survolé l’A12 près de Zevenaar, « précisément à 13h16, le 19 septembre, exactement l’heure à laquelle la vidéo a été prise par l’internaute néerlandaise », soulignent Les Vérificateurs.
Auteurs :
Autrice : Mathilde Lafargue, journaliste
Relecteur : Nicolas Turcev, journaliste
Liens d’intérêts ou fonctions politiques déclarés des intervenants à l’article : aucun
Secrétariat de rédaction : Maylis Ygrand, journaliste
L’article Non, cette vidéo ne montre pas des avions de l’Otan en Allemagne prêts à en découdre avec la Russie est apparu en premier sur Les Surligneurs.
Entre 2023 et 2024, le 1 % le mieux servi par le dispositif, 110 personnes en tout, a réduit ses impôts de 30 millions d'euros en moyenne chacun. Les 50 % les moins avantagés, eux, ont économisé moins de 40 000 euros, soit 750 fois moins.
Cet article 110 grandes fortunes ont profité de 3,5 milliards d’euros d’exonérations d’impôt grâce au Pacte Dutreuil est apparu en premier sur La Relève et La Peste.
«La Dernière Forêt», de Laura Pozzi. © Actes Sud BD
Au début des années 1970, Simona Kossak, jeune diplômée en biologie, arrive par dépit dans l’extrême nord-est de la Pologne. Désireuse de travailler dans la recherche mais confrontée à la misogynie du monde académique, elle n’a obtenu qu’un poste d’assistante technique dans un institut scientifique. Elle se fait alors une promesse : elle n’y restera que trois ans, le temps d’acquérir de l’expérience afin de retourner dans sa région natale. Ainsi s’ouvre le roman graphique de la dessinatrice Laura Pozzi, La Dernière Forêt, publié ce mercredi aux éditions Actes Sud.
Mais c’est surtout l’histoire de la forêt primaire de Białowieża et de son écosystème que nous raconte l’autrice. Des planches très colorées, au crayon et à l’aquarelle, alternent avec des dessins en noir et blanc. Ces derniers ont été réalisés avec une encre élaborée à partir de l’écorce d’arbres consumés lors de l’incendie qui a ravagé les Landes en 2022. Un choix graphique qui donne corps à la menace qui pèse sur la forêt : celle de sa disparition.
Grâce à une amie, Simona découvre un ancien refuge situé au cœur du massif forestier, baptisé Dziedzinka. Isolé, non raccordé à l’électricité ni à l’eau courante, la chercheuse y passera pourtant le reste de sa vie.
Au fil des années, elle développe une relation singulière avec les animaux qui l’entourent. Elle recueille un marcassin qui vivra dix-neuf ans à ses côtés, est adoptée comme l’une des leurs par un troupeau de chevreuils et accueille chez elle oiseaux, loirs et serpents, quitte à modifier son quotidien pour s’adapter à leurs besoins.
À travers ses recherches en zoopsychologie, elle renouvelle profondément notre approche des mammifères : elle a notamment prouvé que ceux-ci peuvent avoir des émotions, qu’ils peuvent agir autrement que par instinct ou nécessité, dans le seul but d’éprouver de la joie. Elle mènera également un travail militant, avec des campagnes contre la chasse, la mise au point d’un système destiné à prévenir les animaux de l’arrivée d’un train, et l’écriture de plusieurs romans pour sensibiliser le grand public.
À cheval entre la Pologne et la Biélorussie, la forêt de Białowieża constitue l’un des derniers vestiges de forêt primaire du continent européen. Inscrite au patrimoine mondial de l’Unesco depuis 1979, elle abrite notamment les derniers bisons européens, mais aussi des arbres centenaires et une biodiversité exceptionnelle.
Cette richesse n’a pourtant pas empêché l’exploitation forestière de s’y développer, soutenue par les gouvernements successifs. Au fil des décennies, des milliers d’arbres ont été abattus, perturbant en profondeur l’écosystème.
Dans La Dernière Forêt, Laura Pozzi fait ainsi dialoguer deux histoires : celle d’une femme qui a choisi de consacrer sa vie au vivant et celle d’un écosystème dont la survie demeure fragile. À travers le parcours de Simona Kossak, la dessinatrice rappelle surtout qu’une forêt primaire n’est pas seulement un ensemble d’arbres à préserver, mais un monde complexe, peuplé d’êtres interdépendants. Et que, lorsque ce monde disparaît, c’est tout un pan de l’histoire qui meurt avec lui.
«La Dernière Forêt», de Laura Pozzi, Actes Sud BD, septembre 2026, 230 pages, 32,90 €.

Un établissement public de santé mentale de l'Aube a réussi à drastiquement diminuer la consommation de médicaments, pour le mieux-être des résidents. Et ce, en adaptant seulement les petits-déjeuners.
Brienne-le-Château (Aube), reportage
Line se régale d'un bol de porridge d'avoine au chocolat. Il présente un triple avantage : il est gourmand, il contient des fibres pour combattre la constipation et « au moins, on n'a plus de médicament dans le derrière », commente la résidente (…)
Liens avec le milliardaire réactionnaire Pierre-Édouard Stérin, dérive religieuse, course à la rentabilité... D'anciens membres de l'association Seuil, qui aide à la réinsertion des jeunes grâce à de longues randonnées, dénoncent une gestion au détriment des adolescents.
« En revenant, j'étais métamorphosée, calme, bosseuse, j'ai eu mon permis, j'ai avancé, évolué. J'étais plus forte et fière de moi. » Quand Léa, aujourd'hui 25 ans, se souvient de sa marche de plusieurs mois organisée (…)
Mardi matin, devant le lycée Château d’Épluches à Saint-Ouen-l’Aumône (95), quelques élèves se sont rassemblés sous les yeux des policiers. La veille, un policier a tiré à très courte distance avec un lance-grenades sur un adolescent de 14 ans, l’atteignant au visage, en marge de la mobilisation lycéenne. Plusieurs de ses dents ont été cassées. Au lendemain des faits, la colère et la défiance restent palpables devant l’établissement.
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Lors de chacune de ses interventions, la députée fédérale Célia Xakriabá appelle à soutenir les candidatures autochtones et à réélire le président sortant, Lula da Silva. © Anaïs Richard/Vert
Un jaguar cousu à la poitrine, des plumes dans les cheveux, la forêt imprimée jusque sur les pommettes. Célia Xakriabá s’élance au milieu des immeubles de Belo Horizonte (Brésil), son territoire sur les épaules. «Quand une femme autochtone arrive au Congrès, la Terre est à ses côtés», scande la députée, d’une voix que l’enchaînement de journées de campagne a rendue rauque.
Ce 20 septembre, l’élue du Parti socialisme et liberté (PSOL) vient d’ouvrir la marche pour le climat dans son fief de l’État du Minas Gerais. Du haut de son mètre cinquante, elle porte les espoirs d’1,7 million d’autochtones brésilien·nes.
Dimanche 4 octobre, elle briguera un nouveau mandat lors des élections générales, qui renouvellent le pouvoir à tous les étages : présidence, Parlement et gouverneur·es des États. L’enjeu est de taille. Depuis 1982, date de l’élection de Mário Juruna, premier autochtone à pousser les portes de la Chambre des députés, jamais un·e autochtone n’a réussi à être réélu·e.
Si elle grandit à 12 heures de route de Belo Horizonte, bien loin des couloirs du pouvoir, la députée foule la moquette du Parlement dès ses 13 ans. Son cacique – le chef communautaire – décèle en elle un potentiel politique et la propulse au pupitre. La jeune Xakriabá s’adresse alors à un parterre de député·es, parmi lesquel·les se trouve… le futur président d’extrême droite, Jair Bolsonaro.
Célia Xakriabá rassemble ses soutiens à Belo Horizonte, le 20 septembre 2026, à l’occasion de la marche pour le climat. © Anaïs Richard/Vert
«À l’époque, on n’aurait jamais pensé qu’un homme aussi abject puisse se hisser jusqu’au sommet de l’État», se décompose-t-elle auprès de Vert. Aujourd’hui, Flávio Bolsonaro marche dans les pas de son père, dont il assume l’héritage climatosceptique. Le sénateur du Parti libéral (PL) est candidat à la présidence face au sortant, Lula da Silva. Les derniers sondages le placent au coude-à-coude avec le président de gauche en cas de second tour, le 25 octobre. Les candidates autochtones sont d’ores et déjà actrices de cette âpre bataille électorale.
En 2018, Joênia Wapichana débroussaille le chemin pour toute une génération de femmes autochtones en obtenant le siège de députée de l’État de Roraima. En 2022, cette pionnière ne parvient pas à se maintenir, mais la présence des peuples traditionnels sur les bancs du Parlement s’étoffe avec l’élection de Célia Xakriabá, Juliana Cardoso et Sônia Guajajara. Les nouvelles recrues sont toutes des femmes. Une avancée historique qui reflète leur rôle clé sur le front environnemental.
«Qui attaque la Terre attaque toutes les autochtones», affirme Célia Xakriabá, profitant d’un bref répit après la marche pour le climat pour se reposer dans un hamac moucheté assorti à sa robe. Elle est la fondatrice de l’Anmiga, l’Articulation nationale des femmes autochtones guerrières de l’ancestralité. De nombreuses cosmologies traditionnelles conçoivent la terre comme une figure féminine.
«Nous sommes en première ligne pour transmettre les savoirs traditionnels et pour organiser les communautés», rappelle à Vert Alana Manchineri, représentante de l’Articulation des peuples autochtones brésiliens (APIB). En 2023, Lula nomme Sônia Guajajara à la tête du tout nouveau ministère des peuples autochtones. C’est la première fois qu’une femme autochtone intègre le cœur du pouvoir fédéral.
«Occuper cette place a inversé une logique historique : ne plus être seulement l’objet des politiques publiques, mais participer directement à leur élaboration», se félicite la parlementaire. À quelques centaines de kilomètres de là, elle bat elle aussi le pavé en quête de réélection, dans l’État de São Paulo.
Combat contre l’exploitation minière illégale et la contamination au mercure, bataille pour la démarcation des territoires (soit leur délimitation et reconnaissance officielle) : depuis 2022, les parlementaires issus des peuples traditionnels multiplient les propositions pour défendre leurs droits, malgré un faible taux d’adoption dû à une majorité relative de droite.
«Nous luttons contre l’idée selon laquelle les autochtones ne pourraient parler que de questions autochtones. Nous avons des propositions pour la démocratie, le climat, l’économie, l’éducation et l’avenir de la planète», nuance Sônia Guajajara, qui revendique des valeurs universelles.
De cette volonté de structurer cette offre politique, d’appuyer et de donner de la visibilité aux candidatures, est née la «campanha indígena», la «campagne autochtone». L’initiative, qui regroupe les principales organisations régionales autochtones du pays, a travaillé sur la construction d’un projet politique national : «Notre territoire, notre vie».
«Notre objectif est d’accompagner les leaders autochtones qui cherchent à investir les espaces institutionnels. Nous considérons qu’il existe aujourd’hui une articulation, mais pas encore une véritable bancada du cocar», soit un bloc parlementaire «de la coiffe traditionnelle», détaille Alana Manchineri, coordinatrice du dispositif. Et les graines semées dans les territoires n’en finissent pas de germer.
L’ex-ministre des peuples autochtones, Sônia Guajajara, lors du lancement de la «campagne autochtone», pendant l’Acampamento Terra Livre, en avril 2026. © Anaïs Richard/Vert
En 2026, selon les données du Tribunal supérieur électoral (TSE), le scrutin compte 191 candidatures de personnes s’autodéclarant autochtones. Un record. Mais ce chiffre recouvre des réalités très différentes : toutes ne sont pas soutenues par les mouvements autochtones. Ces organisations ont distingué les candidatures engagées sur le terrain et dans la défense effective des droits des peuples traditionnels.
Dans cette course à la représentation politique, la part de femmes sur la ligne de départ est croissante. Parmi les 58 candidatures reconnues par les mouvements autochtones, 27 sont portées par des femmes, qui se frayent un chemin sur un terrain miné. «Lorsqu’ils ne tentent pas de nous empêcher d’arriver au pouvoir, ils tentent de nous empêcher d’y rester. La violence politique est extrêmement forte», témoigne la députée Célia Xakriabá.
Dans l’État d’Amazonas, la candidate Vanda Witoto a fait l’objet d’une caricature la représentant en tenue traditionnelle, dénudée et agenouillée devant un sénateur local. Racisme, machisme, menaces, manque de moyens : pour les candidatures féminines, les obstacles se cumulent.
L’absence de fonds constitue la principale difficulté, alors que leurs concurrent·es défendant les intérêts de l’agrobusiness bénéficient du soutien des lobbies et entreprises. «Le système électoral exige des ressources, une structure partisane, un accès aux médias et des réseaux qui bénéficient rarement de manière équitable aux candidatures autochtones», regrette Sônia Guajajara.
En 2022, Vanda Witoto a été candidate à la Chambre des députés et est devenue la femme autochtone la plus plébiscitée de l’histoire de l’Amazonas, avec 25 545 voix, sans toutefois être élue. Elle retente sa chance cette année. © Anaïs Richard/Vert
En 2026, les partis doivent attribuer aux candidatures autochtones une part de leurs financements publics. Une victoire obtenue par Célia Xakriabá auprès du TSE. Mais, dans la pratique, ces candidatures restent souvent au bas de la pile des priorités partisanes.
«Le parti ne m’a pas versé un seul centime du Fonds partisan», dénonce Neidinha Suruí, militante de longue date dans l’État de Rondônia, en Amazonie, qui se présente aujourd’hui pour devenir sénatrice. «Les autochtones sont autorisés à être des figures militantes dans la société civile, mais rarement à pénétrer le pouvoir législatif et exécutif», poursuit Célia Xakriabá.
Lorsqu’elles accèdent finalement aux sphères politiques, ces candidates doivent composer avec les intérêts propres des partis dont elles ont pris les couleurs. Un défi qui nécessite, selon Sônia Guajajara, une relation permanente avec les territoires.
Militante autochtone et environnementaliste, Neidinha Suruí a consacré plus de trente ans à la défense des territoires amazoniens. En 2026, elle se lance dans la course au Sénat pour l’État de Rondônia. © Anaïs Richard/Vert
«Nous n’entrons pas dans ces espaces pour laisser notre identité à la porte, mais pour y apporter une autre manière de penser le pouvoir : plus collective, engagée envers les générations futures et fondée sur la défense de la vie.» Les membres de la «campagne autochtone» sont présent·es pour accompagner les candidat·es et élu·es dans ce processus.
Elles et ils œuvrent aussi à pallier le déficit informationnel qui réduit drastiquement la participation démocratique des peuples traditionnels. Parmi 1,7 million d’autochtones brésilien·nes, seulement 287 000 sont inscrit·es sur les listes électorales en 2026, selon le TSE.
«Des ressources pédagogiques sont envoyées aux communautés afin de contribuer à cette prise de conscience», explique Alana Manchineri, coordinatrice de la campagne. Objectif : lutter contre l’achat de votes – notamment à travers le «don» de paniers alimentaires – et montrer aux autochtones quel·les candidat·es défendent réellement leurs droits.
Car en cas de retour du clan Bolsonaro au pouvoir, ces élu·es pourraient constituer l’un des seuls remparts institutionnels face à une nouvelle vague d’attaques contre la planète et ses gardien·nes.
C'est une autre conséquence du changement climatique : la pollution de l'air à l'ozone a touché, à des niveaux dangereux, 40 % de la population mondiale en 2026. Le lien avec le climat ? L'ozone se forme lorsque certains polluants réagissent sous l'effet de la lumière du soleil combinée à une température élevée. Les multiples vagues de chaleur ont ainsi boosté la production d'ozone dit troposphérique, c'est-à-dire de basse altitude, là où nous respirons.
Ces données sont issues de la (…)
Nouvelle tragédie au Népal et dans le nord de l'Inde. Depuis le 24 septembre, des pluies diluviennes s'abattent sur le Népal, entraînant des inondations et des glissements de terrain. Des images publiées sur les réseaux sociaux montrent des bâtiments entiers qui basculent dans la rivière, ou encore des pans entiers de montagne qui s'effondrent, dans le district de Manang (ouest du pays). D'après un premier bilan établi par l'Agence nationale de gestion des catastrophes, le 28 septembre au (…)
Lire la suite - En bref / Monde
Nouvelle tragédie au Népal et dans le nord de l'Inde. Depuis le 24 septembre, des pluies diluviennes s'abattent sur le Népal, entraînant des inondations et des glissements de terrain. Des images publiées sur les réseaux sociaux montrent des bâtiments entiers qui basculent dans la rivière, ou encore des pans entiers de montagne qui s'effondrent, dans le district de Manang (ouest du pays). D'après un premier bilan établi par l'Agence nationale de gestion des catastrophes, le 28 septembre au (…)
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L'immense majorité de la population reçoit chaque jour une dose de radioactivité, que ce soit via l'imagerie médicale, l'avion ou même les crevettes. L'ASNR propose désormais d'évaluer son propre niveau d'exposition.
Quel est le point commun entre Céleste Cosmos, adepte des voyages en avion ; Manon Radon, habitante d'une vieille ferme en granit dans la Creuse ; Honoré Crustacé, accro aux crevettes et fumeur invétéré ; et Nacim Scanner, obligé de multiplier les radios après une fracture ? (…)
Laure Moriot a été surexposée aux PFAS. © DR
Laure Moriot est en arrêt maladie depuis un an. Une année de lutte contre son second cancer, peut-être lié à son métier. En tant que pompière en Seine-Maritime, elle a été surexposée aux PFAS, ces «polluants éternels». Utilisés pour leurs propriétés imperméabilisantes, on les retrouve presque toujours dans les tenues des soldat·es du feu ou les mousses anti-incendies. Ces molécules peuvent perturber le système hormonal, voire provoquer des cancers.
Dans cet entretien à Vert, Laure Moriot revient sur son parcours. Elle raconte les solutions mises en place par son service départemental d’incendie et de secours pour limiter l’exposition aux produits toxiques. Surtout, la pompière alerte. Comme nombre de ses collègues, elle se mobilise ce mardi, à Paris, pour mettre en lumière le sujet tabou des maladies professionnelles.
J’ai eu un double cancer. En 2024, j’ai été frappée par une maladie endocrinienne qui s’est déclenchée au niveau de la thyroïde, et j’ai fini par développer des nodules avec cellules cancéreuses, ce qui a donné lieu à une opération.
En 2025, j’ai découvert que j’étais porteuse d’un cancer du sein pour lequel j’ai eu tout un traitement très long, qui se poursuit encore actuellement. J’ai été mutilée : j’ai perdu mon sein gauche, j’ai perdu mes ganglions, j’ai perdu mes cheveux.
«Est-ce que mon métier est en train de me tuer ?»
J’ai pris conscience que le métier que j’exerce pouvait être la source de ces problèmes de santé : après des tests, on s’est rendu compte que je n’avais aucun facteur génétique. Cela signifie que les cancers que j’ai eus proviennent d’une source extérieure. Demain, j’aimerais que ce quotidien soit différent pour les femmes pompiers, les pompiers en général, la population.
Ça m’a tout de suite traversé l’esprit parce que c’est dans l’actualité, on en parle de plus en plus. Des études menées chez nos voisins américains ou anglo-saxons démontrent que de plus en plus de sapeurs-pompiers ont des cancers. Je me suis demandé : «Est-ce que mon métier est en train de me tuer ?»
Malgré tout, je suis passionnée par mon métier. C’est un travail qui n’est pas routinier, qui permet d’aider les autres, d’apporter parfois du réconfort. On est dans l’adrénaline, aussi.
Est-ce que je serais capable de renoncer à ce métier pour sauver ma vie ? C’est une question que je me pose ; et c’est une question à laquelle je n’ai pas encore la réponse. Ça m’interroge, notamment pour mes enfants, mon conjoint. Je n’ai pas envie de les sacrifier pour mon métier.
J’ai la chance d’être dans un SDIS [Service départemental d’incendie et de secours, NDLR] qui a pleinement pris conscience de cette problématique des PFAS, notamment pour la santé des agents, mais également pour celle de la population.
«Même si on est entouré, même si la médecine est là pour nous aider, c’est un combat qui reste personnel.»
Il a fait le choix de remplacer les mousses anti-incendies qui contenaient des PFAS et du fluor par des mousses non fluorées. C’est un choix qui représente plusieurs milliers d’euros, donc c’est un investissement important, mais c’est pour la santé des agents et de la population.
Des réflexions sont aussi portées sur les textiles. Il existe des textiles sans PFAS qui répondent au cahier des charges imposé pour nous protéger lorsqu’on va au feu.
Ça passe aussi par des gestes quotidiens que chacun peut faire à la maison : j’ai remplacé mes poêles anti-adhésives, qui contenaient du Téflon [ou PTFE, un PFAS, NDLR], par des poêles en pierre ou en inox. J’ai pris l’habitude de boire de l’eau dans des carafes en verre, dans lesquelles on peut mettre des billes de céramique ou du charbon actif, ce qui permet de dépolluer. J’ai regardé aussi tout ce qui était cosmétiques, puisque les PFAS sont également présents dedans.
Malheureusement, on est plusieurs sapeurs-pompiers en Seine-Maritime atteints de cancers. J’ai une pensée pour une collègue féminine qui a traversé exactement la même histoire que moi et qui vient, elle, de reprendre le travail, après presque un an et demi de combat ; et une particulière pour un collègue qui est parti en six mois, l’année dernière.
«J’ai vu de nombreuses images de mes collègues sapeurs-pompiers dans les fumées, non protégés.»
J’ai aussi des pensées pour mes collègues qui se battent, qui sont dans des processus de chimiothérapie, de radiothérapie. Même si on est entouré, même si la médecine est là pour nous aider, c’est un combat qui reste personnel.
De moins en moins, parce que la réalité rattrape les services de médecine ; elle rattrape aussi les SDIS. On constate qu’il y a de plus en plus de pompiers malades. Mais ça reste un sujet complexe, ce sont des mots qu’on n’aime pas entendre, que nos services n’aiment pas entendre. Derrière, il y a toujours l’aspect financier.
Est-ce qu’on est un métier à risque ? Pour moi oui, parce qu’au-delà du risque en intervention, c’est un métier qui nous détruit de l’intérieur au niveau de la santé, du rythme du travail, des toxiques auxquels on peut être exposés.
Depuis 2025, quatre cancers sont reconnus en maladie professionnelle pour les pompiers. Le dernier à être entré dans la liste, c’est le cancer de la vessie. C’est un énorme progrès, qui représente des années de combat. Le cancer du foie est aussi reconnu, par exemple. Mais celui qui me touche, le cancer du sein, n’en fait pas partie.
«Combien de vies, combien de sapeurs-pompiers faudra-t-il encore sacrifier ?»
Il faut savoir que ce cancer ne touche pas uniquement les femmes : il peut également exister chez les hommes. C’est plus rare, mais ça existe. Je pense aussi à mes collègues masculins, touchés au niveau des parties génitales, mais qui ne sont pas considérés comme victimes de maladies professionnelles.
Je suis heureuse d’être passée au travers des campagnes de feux de forêt. J’ai vu de nombreuses images de mes collègues sapeurs-pompiers dans les fumées, non protégés. Le matériel manque, les camions ne sont pas équipés en conséquence, il y a du retard dans les renouvellements du matériel parce que les SDIS, dans toute la France, n’ont pas les moyens financiers.
C’était un été catastrophique, pour les gens qui ont perdu leur maison, pour les animaux, les insectes, le sol, les forêts entières… Et pour mes collègues sapeurs-pompiers. Si cette période peut faire prendre conscience au niveau politique, au niveau national, des besoins qu’ont les sapeurs-pompiers, eh bien je dois dire que c’est le seul aspect positif que je trouve à ces feux.
J’ai un mot pour ça : l’hypocrisie. Ils sont capables de venir sur place, de féliciter les pompiers, de les écouter, de dire qu’il va y avoir des moyens et, quand tout s’arrête, les actes ne suivent pas. D’où le fait que la colère gronde et que, ce 29 septembre, les sapeurs-pompiers se mobilisent en masse.
Si j’avais un message à adresser à nos politiciens, je leur demanderais combien de vies, combien de sapeurs-pompiers il faudra encore sacrifier.

Source :Compte Facebook, le 21 septembre 2026
Etiqe :Prudence
Contenu :
Les éoliennes ne seraient-elles pas si vertes ? À en croire certains internautes, la Commission européenne l’aurait elle-même « confirmé ». Ils en veulent pour preuve l’intitulé d’une question écrite de l’eurodéputé d’extrême droite autrichien, Gerald Hauser, qui s’intitule : « La Commission européenne confirme que les éoliennes sont nocives pour la santé et l’environnement. »
Sauf que si l’exécutif bruxellois a bien été amené à se prononcer sur l’impact environnemental des éoliennes, il n’a pas affirmé que les éoliennes étaient dangereuses pour la santé et l’environnement, comme l’ont également conclu nos confrères de TF1 et de l’AFP. Explications.
Des polluants émergents
En juin 2026, l’eurodéputé Gerald Hauser, membre du Parti de la liberté d’Autriche (FPO, une formation d’extrême droite fondée par un ancien membre de la SS), transmet à la Commission européenne une question sur les « effets sur l’environnement et la santé des microplastiques rejetés par les éoliennes ».
Ces minuscules particules de plastique – qui mesurent entre cinq millimètres et un micromètre – sont des polluants émergents qu’on retrouve aussi bien dans les cours d’eau et les océans que dans les sols. Ils peuvent provenir de la dégradation d’objets en plastique de taille plus importante, comme les bouteilles en plastique, du lavage de vêtements synthétiques ou encore du frottement de pneus lors de la conduite.
Ces particules, d’après Gerald Hauser, seraient également libérées de manière importante par les éoliennes. Dans sa question adressée à la Commission européenne, il cite ainsi « une étude norvégienne [qui] a[urait] révélé qu’une éolienne peut rejeter jusqu’à 62 kg de microplastiques par an » et s’interroge sur un supposé silence de l’institution à propos de « la pollution de l’environnement causée par les microplastiques qui s’érodent au contact des éoliennes ».
Des émissions de plastique plus faibles
En réponse à ses accusations, Jessika Roswall, l’actuelle commissaire européenne à l’environnement, lui répond en août 2026 que « la Commission est pleinement consciente des problèmes environnementaux posés par les microplastiques », mais que « les recherches indiquent que les émissions de plastique provenant des éoliennes sont beaucoup plus faibles que celles d’autres sources ». Autrement dit, la Commission admet que les éoliennes peuvent libérer des microplastiques mais que ces émissions sont négligeables par rapport à d’autres sources.
C’est à la suite de cette réponse que Gerald Hauser a affirmé que « la Commission européenne confirme que les éoliennes sont nocives pour la santé et l’environnement » et qu’elle « ne réfute pas les études citées […], selon lesquelles une éolienne peut rejeter jusqu’à 62 kg de microplastiques par an ».
Cette supposée déclaration par l’institution repose donc sur une interprétation erronée de l’eurodéputé. De plus, si la Commission européenne n’a pas directement infirmé l’étude avancée par l’élu autrichien, elle en a par contre cité d’autres qui s’intéressent aux émissions de microplastiques des pales des éoliennes et dont les conclusions sont différentes.
Des chiffres inférieurs et une étude contestée
Publiée en 2024 dans la revue Energies, la première conclue à une « masse de plastique érodé [qui] varie de 30 à 540 g par an et par lame ». Plus globalement, l’ensemble du plastique rejeté par les éoliennes au Danemark serait d’ « environ 1,6 tonne par an, ce qui est un ordre de grandeur inférieur à celui des chaussures et du marquage routier et trois ordres de grandeur inférieur à celui des pneus ».
D’après les estimations de la deuxième étude, publiée en 2025 dans la revue Wind Energy Science, « les émissions de microplastiques d’une éolienne offshore […] sont d’environ 240 g par an ». Comme pour la première étude, ce résultat est donc loin des 62 kg par an avancés par Gerald Hauser.
De la même façon, les auteurs de l’étude évaluent que « les émissions actuelles des pales d’éoliennes offshore néerlandaises, s’élevant à 100 kg/an, sont environ 1 000 fois inférieures aux émissions totales de microplastiques en mer aux Pays-Bas, si l’on considère d’autres sources, tels que les peintures et les revêtements des navires ».
Ces deux études publiées dans des revues scientifiques parviennent donc à des conclusions très différentes de celle citée par Gerald Hauser qui, elle, n’a fait l’objet d’aucune validation par les pairs. Sa méthodologie a d’ailleurs été critiquée par des scientifiques interrogés par l’AFP. L’estimation de 62 kg de microplastiques par éolienne et par an reposerait sur une extrapolation erronée de données issues d’une précédente étude écossaise qui calculait le rythme d’érosion des pales soumises aux aléas climatiques.
En l’occurrence, l’étude litigieuse aurait utilisé un chiffre qui ne concernait que le bord de la pale de l’éolienne – où l’érosion est plus forte – à l’ensemble de celle-ci. Ce qui devrait conduire à « réviser significativement à la baisse » l’estimation de 62 kg, d’après un porte-parole de l’université qui a conduit l’étude de référence, interrogé par l’AFP.
Autrement dit, en plus d’interpréter faussement une réponse de la Commission européenne, l’eurodéputé Gerald Hauser s’est appuyé sur une étude bancale pour affirmer que les éoliennes étaient nocives pour la santé et pour l’environnement.
Auteurs :
Autrice : Maylis Ygrand, journaliste
Relecteur : Nicolas Turcev, journaliste
Liens d’intérêts ou fonctions politiques déclarés des intervenants à l’article : aucun
Secrétariat de rédaction : Maylis Ygrand, journaliste
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Alors que la sécheresse continue de battre des records, de nombreux cours d'eau s'assèchent. Dans le Tarn, à Saint-Amans-Soult, environ 400 personnes ne peuvent plus consommer l'eau du robinet.
Saint-Amans-Soult (Tarn), reportage
À l'ombre des châtaigners, dans la fraîcheur du matin, le ruisseau de Crussinac frappe par son silence. Seul un mince filet d'eau coule discrètement le long de la roche. Il est pourtant censé alimenter une partie de la commune de Saint-Amans-Soult, dans le Tarn. (…)

Source :Compte X, le 21 septembre 2026
Etiqe :prouvé
Contenu :
Depuis le début de l’invasion à grande échelle de l’Ukraine par la Russie le 24 février 2022, de nombreux internautes reprochent à la presse de mentir sciemment au public. Une de ces accusations concerne la destruction de monuments religieux ukrainiens, attribuée à Moscou.
Le 21 septembre 2026, dans une publication vue près d’un million de fois sur X, un internaute étrille, vidéo à l’appui, les « médias traditionnels de la désinformation ». Ces derniers auraient voulu faire croire, à tort, « que la Russie bombardait des églises ukrainiennes ». Ses propos ont été relayés à l’identique quelques heures plus tard sur plusieurs comptes Facebook francophones.
Les internautes en veulent pour preuve la courte vidéo qui accompagne leurs posts : un extrait de mauvaise qualité de la chaîne d’information britannique Sky News rapportant la mobilisation de civils après la destruction partielle de la cathédrale orthodoxe d’Odessa, en Ukraine, en juillet 2023.
Sur les images, une femme semble ramasser sans difficulté plusieurs gros blocs de couleur grise dans un tas de décombres. De quoi convaincre ces internautes que les médias auraient « employé des comédiens de crise (sic) […] capables de soulever des blocs entiers de béton », afin de faire croire à la supercherie d’une attaque russe sur l’édifice religieux. Mais après quelques recherches, la thèse de la mise en scène s’effondre.
Des civils surhumains ?
Et pour cause, ce sujet a déjà fait l’objet de vérifications par France 24 et l’AFP à l’été 2023. Comme l’expliquaient nos confrères, l’émission originale de Sky News affiche un logo en forme de « R » blanc dans le coin supérieur gauche de l’écran au moment où les images de la cathédrale d’Odessa réutilisées par les internautes sont diffusées.
Il s’agit du logo de « Rudaw », un réseau médiatique basé au Kurdistan irakien. Leur reportage dans l’édifice détruit est toujours en ligne. L’accès à ces images, d’une meilleure qualité que celles partagées sur les réseaux sociaux, nous éclaire sur la séquence controversée.

À gauche, une capture d’écran tirée du post sur X. À droite, le même plan sur le sujet original de Rudaw. Différents éléments distinctifs, cerclés de rouge, permettent d’attester qu’il s’agit de la même séquence. Photo : Capture d’écran X – Rudaw
À 1 minute 30 du sujet diffusé par Rudaw, on retrouve l’extrait mis en avant par les internautes. Sur ces images, les blocs transportés par la femme ressemblent bien plus à du polystyrène ou à de la mousse rigide, des matériaux très légers régulièrement utilisés dans l’isolation de bâtiments, qu’à du béton.
Un autre passage du reportage, à 2 minutes 25, montre de nouveau cette même femme ramasser d’autres blocs d’une apparence similaire. Les publications sur les réseaux sociaux n’en font pas mention.

Capture d’écran à 2 minutes 25 montrant la même femme transportant des blocs d’une matière semblable au polystyrène. Photo : Rudaw
Destruction avérée
Qui plus est, de nombreux médias ont rapporté la destruction partielle de la cathédrale d’Odessa, à commencer par l’AFP, dont les photoreporters ont pris plusieurs clichés de l’édifice en ruines. Radio France, la BBC, Ouest France, mais aussi l’Unesco ont également documenté cet incident. Plus récemment, en juin 2026, la cathédrale de la Dormition, à Kiev, était elle aussi touchée par des frappes russes. Des images satellitaires prises en 2024 consultables sur la plateforme de la société de cartographie Esri attestent, elles-aussi, de la destructrion partielle du bâtiment.
L’utilisateur à l’origine du premier post sur X indique sur son profil rejeter « l’idéologie woke » et qualifie le Covid « d’arnaque ». Il produit aussi régulièrement du contenu relatif aux « chemtrails », une croyance régulièrement démentie selon laquelle les traînées blanches visibles derrière les avions seraient en réalité des substances chimiques volontairement répandues dans l’atmosphère pour nuire à la santé de la population mondiale.
En relayant ainsi des accusations de trucage d’une scène de guerre, ces internautes puisent dans les mêmes ressorts sémantiques que les défenseurs de la thèse du « Pallywood ». Contraction de « Palestine » et de « Hollywood », elle consiste à remettre en doute les images des destructions causées par Israël dans la bande de Gaza et en Cisjordanie occupée. Elles sont ainsi fréquemment qualifiées de mises en scène, en dépit des rapports d’ONG et de différents médias qui invalident ces discours. Un argumentaire similaire avait déjà été mobilisé par les sphères pro-russes pour nier le massacre de civils ukrainiens à Boutcha en 2022.
Auteurs :
Auteur : Jean-Baptiste Breen, journaliste
Relecteur : Nicolas Turcev, journaliste
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Secrétariat de rédaction : Nicolas Turcev, journaliste
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Encore une fois, Annie Genevard ignore la science au profit de l'agro-industrie. Le 22 septembre, la ministre de l'Agriculture a décidé d'autoriser l'Avadex Factor, un herbicide à base de triallate, par une dérogation de 120 jours sur les cultures d'orge d'hiver. Bien qu'interdit depuis trois ans, 90 000 litres de ce produit pourront être pulvérisés dans des milliers de champs, jusqu'au 21 janvier 2027.
Seules restrictions : l'Avadex Factor devra être épandu en dehors des périmètres de (…)
Depuis novembre 2025, 900 pieds de Brachypode âgés de deux ans ont été plantés sur le site. L’objectif n’est pas de retirer les métaux lourds du sol, mais de limiter leur dispersion en surface.
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L'enfer aura duré plus de deux mois. Le mégafeu de Saumos (Gironde), a été déclaré « éteint » le 28 septembre par la préfecture. Il avait commencé le 22 juillet, dans le vaste massif forestier des Landes de Gascogne.
Il s'agit du plus vaste incendie en superficie en France depuis 1949. Les autorités ont fait savoir qu'il a parcouru au cours de l'été « 42 000 hectares, dont 37 296 hectares détruits ».
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Avec le dernier stage en mer de la saison, un nouveau record personnel est atteint. « Le stade de l’apnée récréative est bien dépassé », explique l’un des instructeurs. Vers quoi est-ce que l’on s’oriente après ? Un abîme de questionnements.
Croisé par -10 mètres, un super-héros aux yeux laser... - © Reflets - CC BY-SA 4.0
Troisième voyage vers ce petit caillou qu’est l’île de Capraia, planté entre Livourne en Italie et le Cap Corse. La mer y est particulièrement claire avec une visibilité de près de 30 mètres. L’équipe de One Breath, une école d’apnée italienne y organise le dernier stage de la saison. Il y a les habituels que l’on retrouve stage après stage, soudés, sérieux à l’eau, rigolards en dehors. Et de nouvelles têtes. Des débutants en profondeur mais plutôt bons en statique ou en dynamique. Des experts de la profondeur (un participant annonce 50 mètres). Et au milieu de tous ces italiens, un français, moi. Je comprends de mieux en mieux la langue, mais je ne la parle toujours pas. Les instructeurs parlent souvent français ou anglais. On se débrouille. Après deux stages cet été, l’un avec One Breath et l’autre avec Umberto Pelizzari, j’arrive avec beaucoup moins de certitudes et j’adopte, le dernier jour, l’idée de me laisser « porter par l’onde ».
C’est une recommandation permanente de Cossimo, l’un des instructeurs avec qui je discute tout le temps de méthodes de compensation. Avec lui j’essaye de comprendre pourquoi ma méthode m’emmène aux alentours de 36 mètres et la sienne bien au-delà. Je bute à 36 sur le mur du volume résiduel alors que sur le papier, je devrais pouvoir le dépasser. Cossimo nous conseille souvent de nous laisser « porter par l’onde ». D’être fluide dans l’eau. Trouver une sorte de plénitude et de clame complet, intérieur et extérieur avant et pendant la...
Samedi 3 octobre, des milliers de manifestants sont attendus dans l'Eure, près d'une usine Syngenta. Une mobilisation pensée par et pour les victimes des pesticides, pour « faire entendre la voix de ceux que l'on étouffe ».
Ce devrait être une « mobilisation majeure de la rentrée », selon Thomas Gibert, porte-parole de la Confédération paysanne. Samedi 3 octobre, son syndicat organise une grande manifestation dans l'Eure, aux côtés de trois autres organisations : Cancer Colère, Les (…)


Source :Le Monde, 23 septembre 2026
Etiqe :Risqué
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Privée de crèche dans l’hôtel de ville par la justice administrative, la mairie de Perpignan, dirigée par Louis Aliot (RN), entend exposer sur la voie publique, lors des prochaines fêtes de fin d’année, trois statues géantes représentant l’Enfant Jésus, Marie et Joseph, acquises pour environ 120 000 euros auprès de l’artiste espagnol Pachi, auteur du Belén gigante d’Alicante.
Le directeur de cabinet du maire invoque à la fois la « tradition catalane » du pessebre (crèche de noël catalane) et l’« attractivité touristique » de la ville, et en conclut : « On est dans un cadre légal admis ». L’opposition municipale y voit au contraire un « décor identitaire » contraire à la laïcité.
Qu’en est-il juridiquement ?
Une crèche est, par principe, un emblème religieux prohibé sur les emplacements publics
L’article 28 de la loi du 9 décembre 1905 « interdit, à l’avenir, d’élever ou d’apposer aucun signe ou emblème religieux sur les monuments publics ou en quelque emplacement public que ce soit, à l’exception des édifices servant au culte, des terrains de sépulture dans les cimetières, des monuments funéraires, ainsi que des musées ou expositions ». La règle repose sur trois critères.
Le premier est temporel : seuls les signes antérieurs à 1905 ont été préservés, ce qui était cultuel devenant alors culturel ; tout signe nouveau est prohibé. Le deuxième est spatial : il vise les rues, les places publiques ou les édifices publics autres que les lieux de culte et les musées, c’est-à-dire toute propriété publique. Le troisième est matériel : sont visés les signes « destiné[s] à symboliser, à mettre en valeur une religion ». Les exceptions sont limitativement énumérées : nulles autres ne sauraient être invoquées, ni une tradition, ni des circonstances locales, ni de quelconques racines.
Le juge administratif applique cette règle avec rigueur aux statues. Il a ainsi ordonné le retrait de la croix surmontant la statue de Jean-Paul II à Ploërmel (Conseil d’État, 25 octobre 2017), sans que la commune puisse utilement se prévaloir « du caractère d’œuvre d’art du monument », ni de « l’expression d’une forte tradition catholique locale », ni de « l’intérêt économique et touristique du monument ».
Il a également jugé illégale l’installation d’une statue de l’archange saint Michel sur le parvis d’une église des Sables-d’Olonne, la commune invoquant en vain une œuvre d’art présentant un caractère culturel, historique et traditionnel (Cour administrative d’appel de Nantes, 16 septembre 2022). De même, il a condamné les statues de la Vierge et de saint Maur installées à Cogolin, malgré l’invocation des traditions locales (Cour administrative d’appel de Marseille, 18 juillet 2022). Surtout, il a étendu l’interdiction au domaine privé des communes (à propos d’une statue de la Vierge : Conseil d’État, 11 mars 2022, Commune de Saint-Pierre-d’Alvey).
Or une Sainte Famille, réduite à ses « trois principaux » personnages, constitue le cœur même de la représentation de la Nativité : sa signification religieuse ne fait guère de doute. Une question de qualification se pose d’ailleurs en amont : s’agit-il encore d’une crèche, ou de trois statues monumentales de la Vierge, de saint Joseph et de l’Enfant Jésus ?
La mairie elle-même parle d’« exposer » une « œuvre » et d’acquérir des « sujets ». Or, pour la jurisprudence, les statues mariales sont des signes religieux par nature : peu importe la tradition ou la valeur artistique. Si le juge retenait cette lecture, la tolérance accordée aux crèches ne trouverait tout simplement pas à s’appliquer.
Une tolérance jurisprudentielle pour les crèches de Noël
La crèche bénéficie toutefois d’un régime particulier, forgé par le Conseil d’État en 2016. Qualifiée de représentation « susceptible de revêtir une pluralité de significations », à la fois scène de l’iconographie chrétienne et élément des décorations accompagnant traditionnellement les fêtes de fin d’année, elle peut être installée temporairement par une personne publique si elle présente un caractère culturel, artistique ou festif, sans exprimer la reconnaissance d’un culte ou marquer une préférence religieuse (Conseil d’État, 9 novembre 2016, Fédération de la libre pensée de Vendée ; et du même jour, Fédération départementale des libres penseurs de Seine-et-Marne).
Le Conseil d’État distingue alors selon le lieu. Dans l’enceinte des bâtiments publics, l’installation n’est admise qu’en présence de circonstances particulières, notamment d’usages locaux. Sur la voie publique, en revanche, eu égard au caractère festif des installations de fin d’année, elle est possible « dès lors qu’elle ne constitue pas un acte de prosélytisme ou de revendication d’une opinion religieuse ».
C’est en application de la grille de 2016 que le tribunal administratif de Montpellier a annulé la décision d’installer un pessebre dans le patio de l’hôtel de ville de Perpignan (Tribunal administratif de Montpellier, 18 février 2025, Association départementale de la libre pensée des Pyrénées-Orientales).
Le tribunal a notamment écarté l’argument tiré de la tradition catalane : ni l’emploi du terme pessebre, ni le caractère historique du bâtiment, ni une installation prétendument répétée depuis plus de dix ans ne suffisaient à caractériser une tradition locale ou à occulter la connotation religieuse de la crèche. La mairie reprend aujourd’hui le passage du jugement relatif à la voie publique, et c’est sur ce terrain que se situe désormais la question.
Sur la voie publique : une légalité sous conditions
Le directeur de cabinet n’a pas tort de relever que la voie publique n’est pas l’hôtel de ville. Mais le « cadre légal admis » qu’il invoque est un cadre conditionnel, et plusieurs éléments du projet le fragilisent.
D’abord, la condition temporelle. L’installation n’est admise qu’« à cette occasion et durant cette période », c’est-à-dire le temps des fêtes. La commune ayant acquis les statues, elle devra les retirer à l’issue de celles-ci ; une exposition pérenne ou prolongée les ferait retomber sous l’interdiction pure et simple de l’article 28 de la loi de 1905, comme toute statue religieuse érigée après cette date.
Ensuite, le caractère festif. La jurisprudence de 2016 admet la crèche en tant qu’élément d’un ensemble de décorations de fin d’année. Or le choix de ne retenir que les trois personnages centraux, à une échelle monumentale, pourrait suggérer au juge administratif qu’il s’agit plus d’un monument religieux que festif. Le juge appréciera concrètement l’environnement de l’installation (illuminations, marché de Noël, animations), comme il l’a fait pour le patio de l’hôtel de ville, où la présence de sapins et de personnages de Noël n’avait pas suffi.
Enfin et surtout, l’absence de prosélytisme ou de revendication d’une opinion religieuse. Cette condition s’apprécie au regard du contexte. Or le juge administratif sait tenir compte de la persistance des communes et des propos de leurs élus.
À propos des crèches de Beaucaire, il a ainsi relevé que leur installation ne procédait pas d’un usage local, mais d’un « mouvement revendicatif initié par plusieurs collectivités territoriales […] volontairement poursuivi après l’annulation par les juridictions administratives de décisions similaires », et que les déclarations du maire révélaient « sa volonté d’inscrire les racines de la culture française principalement sinon exclusivement dans la tradition religieuse catholique » (Cour administrative d’appel de Toulouse, 6 mai 2025, Commune de Beaucaire).
Certes, il s’agissait d’un bâtiment public ; mais le raisonnement est transposable à la condition, propre à la voie publique, d’absence de revendication. Or le projet perpignanais est ouvertement présenté comme une réponse à une interdiction juridictionnelle, dans un contexte où le groupe Rassemblement national a déposé, le jour même du jugement du tribunal de Montpellier, une proposition de loi visant à ajouter les « crèches de Noël » aux exceptions de l’article 28. Le juge pourrait y voir une revendication, sinon religieuse, du moins identitaire, et la frontière demeure incertaine.
Quant à la « tradition catalane », elle ne saurait suffire. Pour être opérante, une tradition devrait être identifiée dans son origine et avoir été suivie de façon ininterrompue depuis une date antérieure à 1905 ; or des statues acquises en 2026 ne s’inscrivent, par définition, dans aucune continuité.
Et la dépense de 120 000 euros ?
L’article 2 de la loi de 1905 interdit à la République de subventionner un culte. L’acquisition, par une commune, d’œuvres dont elle demeure propriétaire ne constitue pas en elle-même une subvention à un culte, aucune association cultuelle n’en bénéficiant. Le Conseil d’État admet d’ailleurs qu’une commune finance un équipement situé dans un édifice cultuel lorsqu’il présente un intérêt public local, notamment culturel, et n’est pas destiné à l’exercice du culte (Conseil d’État, 19 juillet 2011, Commune de Trélazé).
L’attractivité touristique pourra ici être invoquée au titre de l’intérêt public local ; l’opportunité de la dépense, qualifiée de « dépense buzz » par l’opposition, relève en revanche du débat politique, et non du contrôle du juge.
Reste que si l’installation était jugée contraire au principe de neutralité, la commune aurait engagé 120 000 euros pour des statues qu’elle ne pourrait exposer.
Auteurs :
Auteur : Clément Bénelbaz, maître de conférences HDR en droit public à l’université Savoie Mont-Blanc
Relecteurs : Jean-Paul Markus, professeur de droit public à l’université Paris-Saclay
Guillaume Baticle, journaliste, doctorant en droit public à l’université de Poitiers
Liens d’intérêts ou fonctions politiques déclarés des intervenants à l’article : aucun
Secrétariat de rédaction : Guillaume Baticle, journaliste, doctorant en droit public à l’université de Poitiers
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