
"Quand on est très stressé, on a du mal à faire corps avec ses semblables, on est paranoïaque, on ne fait plus confiance à personne. Et ce salariat-là, c’est le salariat rêvé du grand patronat français", dénonce Nicolas Framont.
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Source :Compte Facebook, le 4 septembre 2026
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Tout est bon dans le cochon… surtout sa propension à être manipulé pour créer de la discorde. Voilà plusieurs années que des personnalités de droite et d’extrême droite s’inquiètent d’une soi-disant disparition du porc dans les espaces de restauration collective, comme la cantine scolaire et l’hôpital. Certains ont bien compris le caractère explosif du sujet et n’hésitent pas à l’utiliser pour générer de l’engagement sur les réseaux sociaux.
Des centaines de faux comptes publient des images entièrement générées à l’aide de l’intelligence artificielle pour booster les clics, et leur dernier coup viral est celui-ci : « Le porc devrait-il à nouveau faire partie des menus proposés dans les hôpitaux publics en France ? » Les publications ont enregistré des millions de vues et de « j’aime », et les commentaires abondent.
« Le porc doit être présent dans tous les restaurants et cantines publiques en France c’est un aliment essentiel dans la nourriture des européens et si les musulmans ne sont pas d’accord, alors qu’ils prennent leurs dispositions pour se nourrir suivant leurs traditions et coutumes !! », s’énerve un internaute qui, si l’on suit son raisonnement, oublie sans doute que ce n’est pas la seule religion à interdire la consommation de porc.
Pourtant, c’est entièrement faux, le porc n’a jamais été exclu des menus des hôpitaux publics en France. Quant à la petite musique qui sous-entend qu’une telle mesure aurait été prise pour contenter la population musulmane française, elle est d’autant plus fausse que de nombreux hôpitaux ne proposent pas d’alternatives halal alors même qu’ils en ont la tâche.
Du porc présent dans les menus de l’hôpital
Contrairement à ce que sous-entendent les dizaines de publications, le porc est bien présent dans les menus d’hôpitaux publics en France, comme Les Surligneurs ont pu le vérifier auprès d’établissements. On retrouve donc « sauté de porc à l’ancienne », ou encore « saucisse grillée » sur les menus.
La direction générale de l’offre de soins, issue du ministère des Affaires sociales et de la Santé, nous a confirmé qu’il n’y a jamais eu aucune interdiction de ce type. « Il n’existe aucun texte réglementaire, aucune instruction ministérielle, aucune consigne nationale visant à interdire ou à supprimer le porc des repas servis dans les établissements de santé. »
Les différents textes qui réglementent les services de restauration des hôpitaux publics exigent que les établissements servent des plats variés (quatre à cinq plats proposés à chaque déjeuner ou dîner), et qui respectent, au mieux, les goûts et l’état de santé des patients.
Depuis la loi Climat et Résilience du 22 août 2021, les établissements de santé doivent proposer un repas végétarien tous les jours : les patients ont donc la possibilité de se passer de viande – et donc de porc s’il est proposé au menu –, mais ce n’est qu’une alternative, pas une obligation.
La restauration collective, et donc dans les hôpitaux, doit aussi composer avec les objectifs de la loi Egalim qui fixe, elle, des objectifs de 50 % de produits durables dont 20 % de bio. D’après la dernière campagne de télédéclaration (à noter que seuls deux établissements sur cinq ont rempli cette déclaration), les hôpitaux en seraient encore loin : 4,1 % de bio et 16,8 % de produits dits « Egalim » pour les hôpitaux, rapporte un site professionnel des métiers de la restauration.
« Le patient hospitalisé n’est pas seulement un malade. Il est avant tout une personne avec des droits et devoirs »
Les hôpitaux doivent évidemment donner des repas en fonction des prescriptions alimentaires spécifiques établies par l’équipe médicale pour le patient, mais pas seulement. Une circulaire reconnaît dès 1995 que le « patient hospitalisé n’est pas seulement un malade. Il est avant tout une personne avec des droits et devoirs ».
Ainsi, l’hôpital doit respecter les croyances et convictions des personnes au sein de l’établissement. « Un patient doit pouvoir, dans la mesure du possible, suivre les préceptes de sa religion (recueillement, présence d’un ministre du culte de sa religion, nourriture, liberté d’action et d’expression … ) ».
Cependant, le Défenseur des Droits se penchait, en 2019, sur la difficulté pour un patient musulman à pouvoir recevoir une nourriture halal à l’hôpital alors même que ledit hôpital était en mesure de servir un repas confessionnel pour les personnes juives (casher).
Le Défenseur des droits avait estimé que cette « différence de traitement entre les patients de confession musulmane et les patients de confession judaïque est susceptible de constituer une discrimination fondée sur la religion ». Le même genre de scène a été décrit dans des articles de presse postérieurs, en 2024 sur le site de Mediacités, et en 2025 dans les colonnes de Mediapart.
L’hôpital cité par le Défenseur des droits (noté « Y ») ne niait pas la situation, mais arguait d’un problème financier non spécifique à l’établissement. « [Ce n’est] pas un problème que l’Y peut résoudre seule, et par ses propres moyens, sauf à employer deux mauvaises solutions : l’une consisterait à supprimer les plats casher au terme du marché, pour supprimer tout risque de discrimination des pratiquants d’une religion par rapport à une autre et donc n’offrir que des repas de substitution ; l’autre consisterait à augmenter ses coûts de restauration au détriment d’autres postes de coûts liés aux soins ».
Si la restauration collective à l’hôpital doit faire face à des défis, l’affirmation selon laquelle le porc aurait été interdit est complètement inventée et ne repose sur rien.
Auteurs :
Autrice : Clara Robert-Motta, journaliste
Relecteur : Etienne Merle, journaliste
Liens d’intérêts ou fonctions politiques déclarés des intervenants à l’article : aucun
Secrétariat de rédaction : Clara Robert-Motta, journaliste
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"J'ai vu des gens à 35 heures en énorme souffrance. Et des gens au forfait jour, le système un peu sans limite pour les cadres, qui allaient très, très bien. C’est pourquoi je dis souvent : « vous ne détestez pas le lundi, vous détestez la domination au travail »."
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Le Fonds d'indemnisation des victimes de pesticides (FIVP) a enregistré 1 044 demandes d'indemnisation en 2025, soit 6,8 % de plus qu'en 2024, selon son rapport d'activité publié vendredi 4 septembre. C'est un record depuis la création du dispositif. Parmi ces dossiers, 1 024 concernent des professionnels exposés aux pesticides et 20 des enfants exposés pendant la période prénatale. Le taux d'accord atteint 81,5 % pour les dossiers adultes et 72,7 % pour ceux concernant les enfants.
Les (…)
Avec la réélection d’un député et la conquête de deux villes du département la progression du RN inquiète de plus en plus dans le Loiret. Mais au-delà de l’étiquette officielle d’extrême droite des élus et des groupuscules propagent eux aussi les idées racistes et réactionnaires.
Drôle d'ambiance...
Orléans, préfecture du Loiret, a conservé la droite au pouvoir lors des dernières élections municipales. Serge Grouard, maire depuis 2001, n’a pas été inquiété par les partis d’extrême droite, aucun n’ayant accédé au second tour. Pourtant, il suffit de se pencher un peu plus sur les actions et déclarations du maire d’Orléans pour facilement se rendre compte que c’est aussi l’extrême droite qui l’a emporté à travers sa victoire.
En effet, l’islamophobie du maire d’Orléans est bien connue. Il y a déjà dix ans, en 2016, il écrit et partage publiquement une longue «lettre aux musulmans». Un texte dans lequel il déclare, à l’encontre de tout principe républicain, que nos concitoyens musulmans «ont plus de droits que de devoirs», et leur affirme que «Parce que vous êtes nouveaux sur la terre de France, c’est d’abord à vous de vous adapter à nous et non pas l’inverse».
Avant cela, en 2013, il refuse la création d’une école musulmane, au nom de la laïcité. Une valeur prétexte, qui ne lui importe plus lorsqu’il s’agit de participer ou de financer des évènements liés à la religion catholique. Serge Grouard a même fait voter une exception à la laïcité lui permettant de communier à la messe en écharpe républicaine à l’occasion des fêtes de Jeanne d’Arc.
Plus généralement, le maire d’Orléans est un adepte des sorties populistes et des plateaux de Cnews. Il déclare en 2024, lors de l’arrivée de sans-abris expulsés de Paris à l’occasion des JO, qu’ «Orléans n’a pas vocation à accueillir...
Les vendangeurs de Banyuls, dans les Pyrénées-Orientales, pour la plupart étrangers, n'arrivent plus à se loger dans la commune pour travailler. La faute à l'urgence climatique, aux incendies notamment, mais aussi à une mairie peu conciliante.
Banyuls-sur-Mer (Pyrénées-Orientales), reportage
La récolte vient de se terminer, le 28 août, et une vingtaine de saisonniers reprennent des forces à l'ombre, à deux pas du centre-ville touristique de Banyuls-sur-Mer, dans les Pyrénées-Orientales. (…)
Le gérant de l'entreprise de traitement de déchets Locacil, à Feldkirch (Haut-Rhin), a été condamné le 2 septembre à dix-huit mois de prison avec sursis pour avoir pollué deux plans d'eau et un cours d'eau. La société devra, elle, payer 50 000 euros d'amende, auxquels s'ajoutent 1 050 euros de contravention. Le parquet avait initialement poursuivi l'entreprise et son dirigeant pour écocide, une première en France, mais le tribunal correctionnel de Strasbourg a finalement requalifié les faits (…)
Lire la suite - En bref / Pollutions , Eau , Justice
Piller l'océan, non pas pour nourrir des humains… mais des poissons d'élevage. Tel est l'horizon vers lequel le secteur de la pêche se dirige, alerte l'ONG Changing Markets dans un rapport publié le 3 septembre, en partenariat avec l'université de Colombie-Britannique (Canada). D'après leurs projections, si l'aquaculture augmente sa production de 75 % d'ici à 2040 — comme le prévoit l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture —, près de la moitié (46 %) des poissons (…)
Lire la suite - En bref / Pêche , Océans
Le marché alimentaire bio est reparti à la hausse en 2025, après plusieurs années de recul. Selon le rapport Évaluation de la consommation des ménages de produits alimentaires biologiques en 2025, publié en ce début septembre par l'Agence bio, les ventes au détail ont atteint 12,617 milliards d'euros en 2025, soit +3,6 % par rapport à 2024. Cette progression combine une hausse des prix de 1,6 % et une augmentation des volumes de 2 %, alors que ces derniers étaient en recul continu depuis (…)
Lire la suite - En bref / Agriculture
Face à la violence des aléas climatiques, le plan d'urgence agricole annoncé par le gouvernement n'est pas à la hauteur, estime le syndicaliste paysan Thomas Gibert. Avec le chercheur Iñaki Garcia de Cortazar Atauri, il esquisse des pistes d'adaptation à cette nouvelle donne climatique.
1,2 milliard d'euros. C'est la somme des aides d'urgence annoncées par la ministre de l'Agriculture, Annie Genevard, vendredi 4 septembre, face à la catastrophe agricole de cet été infernal. Le plan, (…)

Source :Compte Facebook, le 27 août 2026
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« Enlèvement en live d’un enfant/fille à Croix rue Raspail. J’ai essayé de le courser à pied malheureusement j’ai pas réussi à le stopper. Partagez. » Ce message a été publié ce mercredi 26 août, dans un premier temps sur le réseau social Snapchat, avant d’être largement relayé sur Facebook et notamment dans les groupes locaux. Avec ce texte, une photographie d’une grosse voiture ainsi que sa plaque d’immatriculation signalée en gras et surligné en jaune, pour appeler à la vigilance des habitants.
La page Facebook Roubaix Web, suivie par plus de 203 000 personnes, avait notamment relayé cette image, avant de la supprimer pour ne laisser que le texte bien plus nuancé. « À Croix, des riverains lancent un appel. Une personne aurait été kidnappée. La publication circule sur les réseaux », peut-on lire.
Les publications ont alerté cette petite commune de 20 500 habitants, en périphérie de Roubaix, dans le Nord, donnant lieu à de nombreuses spéculations. « Il aurait grillé un feu rouge et pris l’autoroute », a commenté un internaute. « On laisse ce genre de dégénéré circuler librement encore un qui avait déjà des antécédents et qu’on laisse dehors », présume une autre. Pourtant, aucun enlèvement n’a en réalité été signalé.
Le procureur dément
Face à la propagation de la rumeur, le procureur de la République de Lille a démenti qu’une fillette ait été enlevée à Croix. « Il apparaît que circule sur les réseaux sociaux une photographie d’un fourgon, son immatriculation avec un commentaire faisant état de l’enlèvement d’une fillette à Croix. Ces informations sont fausses. Je tenais à le préciser officiellement et à inviter tout un chacun à s’abstenir de rediffuser cette photographie et son commentaire », a réagi le procureur de la République de Lille, Samuel Finielz, dès le jeudi 27 août, comme le rapportent Lille actu et Ici Hauts-de-France.
Il a également tenu à ajouter que « la diffusion de fausses informations est pénalement réprimée » et a appelé à la prudence face à la diffusion de fausses informations sur les réseaux sociaux.
La Voix du Nord a de son côté rapporté le témoignage de deux personnes qui affirment avoir assisté à la scène et se disent « traumatisées ». Ils racontent : « Une jeune fille entre 15 et 18 ans hurlait dans la camionnette, on a entendu ‘Maman, au secours, aide-moi !’ elle tapait contre les vitres à tel point que le véhicule bougeait ! Ensuite quand les riverains se sont approchés la voiture est partie en trombe en grillant un feu rouge, quand je vois ça, pour moi c’est un enlèvement. » Auprès du journal local, ils assurent toutefois ne pas avoir vu la jeune fille être forcée de monter dans le véhicule.
Après ce témoignage, le procureur a à nouveau voulu rassurer : « Tout a été vérifié, les protagonistes ont été entendus et il n’y a aucun enlèvement établi. » Et il précise que « tout le monde va bien ».
Auteurs :
Autrice : Maïwenn Furic, journaliste
Relectrice : Clara Robert-Motta, journaliste
Liens d’intérêts ou fonctions politiques déclarés des intervenants à l’article : aucun
Secrétariat de rédaction : Clara Robert-Motta, journaliste
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L’éco-anxiété a atteint un niveau inédit en France cet été. © Andrej Ivanov/AFP
C’est une détresse mentale face aux enjeux environnementaux qui peut se manifester par la peur, l’isolement social, voire une difficulté à dormir et à vivre sereinement. Au cœur de l’été, l’éco-anxiété a touché la population française à un niveau inédit. C’est ce que vient de conclure l’observatoire de l’éco-anxiété (Obseca). L’organisme avait réalisé en 2024 la première étude française de référence sur le sujet, en partenariat avec l’Agence de la transition écologique (Ademe). Il vient de renouveler l’enquête et en dévoile les premiers résultats, avant une publication définitive fin septembre.
Comme pour l’étude précédente, l’Obseca a utilisé «l’échelle d’éco-anxiété de Hogg» pour son analyse. Cette méthode permet de mesurer le niveau d’angoisse des sondé·es, selon l’intensité des symptômes (inquiétude, trouble du sommeil, sentiment de responsabilité personnelle, etc.). En tout, 1 019 personnes ont été soumises à un questionnaire en pleine troisième vague de chaleur de l’été, du 17 au 24 juillet (faire le test pour connaitre son propre niveau d’éco-anxiété).
Les résultats, ensuite extrapolés à l’ensemble de la population, permettent d’estimer à 15,1 millions le nombre de personnes qui se reconnaissaient, au cœur de la troisième vague de l’été, dans les symptômes de l’éco-anxiété. Cela correspond à près d’un·e Français·e sur trois âgé·e de 15 à 64 ans. Un nombre en hausse de 20% par rapport à la précédente étude du genre conduite fin août 2024 – hors période de canicule.
Ces résultats sont le signe d’une «bascule», explique à Vert Pierre-Eric Sutter, psychologue et psychothérapeute, spécialiste de l’éco-anxiété et co-auteur de ces travaux. Ils montrent «que le réchauffement climatique n’est plus un phénomène distant pour les Français ; qu’ils ont compris qu’ils n’échapperaient plus à ses effets», poursuit-il.
Dans le détail, c’est la proportion de personnes «moyennement éco-anxieuses» et «fortement éco-anxieuses» qui a le plus augmenté (+2,6 millions). Le nombre de personnes «très fortement éco-anxieuses» est resté relativement stable – preuve de l’existence d’une éco-anxiété sévère «structurelle» dans la population, analyse Pierre-Eric Sutter. À l’autre bout de l’échelle, le nombre de personnes «très peu» à «peu» anxieuses a diminué, passant de 70% de la population en 2024 à 64% cet été.
Peu de différences selon le genre, le territoire ou la catégorie socio-professionnelle… «Tout le monde est concerné par l’éco-anxiété», atteste Pierre-Eric Sutter. La catégorie des 15-24 ans est toutefois la plus touchée et l’est «significativement plus que celle des 35-64 ans», détaille l’enquête. En tête des préoccupations des sondé·es : les incendies (très inquiétants pour 47% d’entre elles et eux), les canicules (44%) et l’extinction des espèces (41%). De manière générale, «plus vous vous intéressez à l’environnement, plus vous avez des chances de devenir éco-anxieux», analyse le psychothérapeute.
L’étude a estimé à 420 000 le nombre de personnes présentant un «risque psychopathologique», soit celui de basculer vers une dépression ou un trouble anxieux. Un chiffre qui n’a pas augmenté sous l’effet des catastrophes de l’été, mais qui reste «alarmant», selon l’étude.
Pour faire face au sentiment d’angoisse, le meilleur remède est de «passer à l’action», conseille vivement Pierre-Éric Sutter. Et d’insister : «C’est ainsi qu’on évite de tomber dans une peur maladive qui sidère et empêche d’agir.»
C’est ainsi que, en plein cœur de l’été puis dès son retour au travail, notre équipe a compulsivement tourné, corné, annoté des pages, dans l’espoir de vous proposer une sélection digne des meilleures chroniques littéraires du Masque et la Plume. En un poil plus woke, vous verrez…
Promis – même si ce n’est pas l’envie qui nous manque – on ne fera pas ici la promo de Les mauvais jours finiront, le passionnant recueil de six mois de correspondance entre Alice Zeniter et Phœbe Hadjimarkos Clarke, à paraître dans quelques semaines à La Déferlante Éditions
.
Mais on vous parlera d’ouvrages (romans, essai, bande dessinée) qu’on a lus cet été et qui valent, selon nous, que vous vous dérobiez quelques heures aux impératifs de la rentrée. Quitte à répondre à celles et ceux qui vous dérangent : « Débrouillez-vous, je ne suis là pour personne ! »
Très bonne(s) lecture(s),
Signé
: toute l’équipe de La Déferlante
Le Livre des souterrainsAvec un art consommé du pastiche et grâce à une prodigieuse construction romanesque, Phœbe Hadjimarkos Clarke livre un récit féministe d’une grande force, qui fait du corps féminin un territoire de fiction, de désir et de puissance. Tout en saisissant avec acuité les grands maux de notre monde contemporain (surchauffe de la planète, technofascisme et racisme antimigrants), son Livre des souterrains nous fait perdre nos repères et traverser bien des frontières. Affreusement jubilatoire.
→ Le Livre des souterrains, Phœbe Hadjimarkos Clarke, Éditions du sous-sol, 2026. 21,50 euros.
Toute une vie à chercherRothko Taylor a longtemps été tenu⋅e éloigné⋅e de la petite station balnéaire qui l’a vu⋅e grandir. À sa sortie de prison, iel a 36 ans et n’est plus l’adolescent⋅e qui marchait à côté de sa vie. Dans ce deuxième roman, le poète et rappeur britannique Kae Tempest raconte l’âpreté d’une adolescence trans dans l’Angleterre du début des années 2000, les liens familiaux contrariés, la découverte de soi dans les yeux d’une aimée et, peu à peu, la douceur d’un retour à la vie. Truffé de citations musicales, hanté par le flow mondialement célèbre de son auteur, ce récit écrit à la serpe nous jette sans ménagement dans les montagnes russes émotionnelles de son antihéros. Un voyage dont on sort étonnamment apaisé⋅e.
→ Toute une vie à chercher, Kae Tempest, trad. Madeleine Nasalik, Éditions de l’Olivier, 2026. 23 euros.
PossédésDans ce premier roman, Laetitia Faure raconte sa propre histoire : celle d’une femme qui cherche désespérément à soigner les blessures de son enfance.
Elle entremêle les souvenirs de sa vie de petite fille, dans une villa cossue de Cannes où tout n’est qu’apparences, et ses consultations de thérapeutes en tous genres (du magnétiseur en visio au kinésiologue). Avec beaucoup d’autodérision et de subtilité, l’autrice raconte ses errements dans le développement personnel, mais aussi le poids de la religion et des silences familiaux. On plonge avec elle dans les années 1980 pour découvrir la violence d’une éducation soumise à la loi de Dieu et du père, qui décident de tout – y compris des vacances obligatoires dans les lieux saints et les retraites spirituelles. Possédés raconte l’histoire d’une évasion, que l’on suit avec intérêt.
→ Possédés, Laetitia Faure, Seuil, 2026. 21,50 euros.
En attendant Marky MoonMark est mort. Mais ce qui rend Renata inconsolable, c’est que son meilleur ami ne vienne pas lui rendre visite sous forme de fantôme. Car des fantômes, Renata en croise partout, tout le temps. Et encore plus depuis que la communauté queer de New York, dans laquelle elle évolue, est décimée par une épidémie qui n’a pas encore de nom.
Natalie Adler, dont c’est le premier roman, nous entraîne dans le New York du début des années 1980. Le sida et la gentrification galopante sont en train d’abîmer de manière irréversible des modes de vie alternatifs, héritages des décennies précédentes. Le chagrin et la dérision se mêlent dans ce magnifique portrait de communautés qui tentent de déjouer la catastrophe avec un certain panache.
→ En attendant Marky Moon, Natalie Adler, trad. Caroline Bouet, Phébus. 23,50 euros.
Petit Manuel de lutte contre l’islamophobiePourquoi le racisme antimusulman est-il souvent nié, au point de disqualifier le concept d’islamophobie ? Comment réagir et comprendre les effets de cette discrimination spécifique ? Quels liens entretient-il avec le complotisme ? Le Petit Manuel de lutte contre l’islamophobie d’Hanane Karimi est une boîte à outils très utile pour comprendre et lutter. En posant un cadre historique clair, la sociologue démontre comment l’islamophobie d’État peut basculer dans des pratiques autoritaires. Un livre à garder dans sa poche pour les jours où on a besoin de prendre du recul et d’agir.
→ Petit Manuel de lutte contre l’islamophobie, Hanane Karimi, Éditions du commun, 18 euros. À paraître le 18 septembre.
Une grossesse sur quatreDès les premières pages, l’enquête de Camille Drouet Chades, illustrée par Manon Mugnier, nous met face à un problème de société majeur : l’invisibilisation médicale et politique des arrêts spontanés de grossesse (autrement appelés « fausses couches »). La journaliste a elle-même expérimenté l’indifférence de certain⋅es de ses proches et du monde médical lors de plusieurs de ces épisodes. Avec, comme pour des centaines de milliers de femmes chaque année, des conséquences graves sur sa santé physique et mentale. Poussant au-delà du récit intime, l’enquête dévoile l’indifférence politique à l’égard de la santé des femmes, mais également l’indigence d’un système de santé, forcé, par manque de moyens, de négliger certain⋅es patientes. Une bande dessinée à mettre entre toutes les mains !
→ Une grossesse sur quatre. Enquête sur le tabou de la « fausse » couche, Camille Drouet Chades et Manon Mugnier, La Revue dessinée/Casterman. À paraître le 9 septembre. 25 euros.
À propos de l’article « Non-représentation d’enfants, le combat des mères protectrices », publié dans le n° 23 de la revue La Déferlante, à paraître ce vendredi 4 septembre 2026.
Des erreurs concernant plusieurs éléments factuels et judiciaires nous conduisent à publier le présent erratum. Dans la version papier de l’article, des informations relatives à la situation d’une mère – qui témoigne sous le nom de Cynthia – et de son fils ont été rapportées de manière inexacte ou incomplète.
Nous précisons que, contrairement à ce qu’expose l’article, le père du fils de Cynthia n’a fait l’objet d’aucune condamnation pénale pour violences conjugales. La procédure correspondante s’est conclue par un non-lieu. L’article affirme par ailleurs que, concernant les faits dénoncés par le fils de Cynthia, « la plainte avait été immédiatement classée sans suite ». C’est une erreur, puisqu’une information judiciaire, portant notamment sur des faits qualifiés de viol sur mineur, est actuellement en cours. L’article attribue à « un expert » la recommandation de ne pas remettre le fils de Cynthia à son père. Cette formulation est inexacte : la non-remise de l’enfant faisait suite à des instructions écrites des services de police demandant à Cynthia de ne pas remettre l’enfant à son père. La chronologie des faits rapportée dans l’article est également incomplète et susceptible d’en fausser la compréhension : la décision du juge aux affaires familiales du 29 août 2023 de placer l’enfant au domicile du père aurait dû faire apparaître qu’une information judiciaire concernant les faits de violence dénoncés à propos du fils de Cynthia était alors en cours. Enfin, l’article évoque une « contre-expertise » psychiatrique concernant Cynthia sans préciser que deux expertises psychiatriques indépendantes ultérieures ont conclu à l’absence de toute pathologie, dont l’une avait été ordonnée judiciairement.
La version de cet article disponible en ligne sur notre site a été corrigée le
27 août 2026, à partir des précisions apportées par Cynthia. Nous la remercions et lui présentons nos excuses sincères pour les erreurs présentes dans la version initiale de l’article.
Alors que l'attention médiatique s'attarde sur Patrick Bruel, les militantes rappellent l'urgence : obtenir une loi intégrale contre les violences sexistes et sexuelles dotée de véritables moyens.
L’article Patrick Bruel annule sa tournée. Le combat pour la loi intégrale continue est apparu en premier sur Les Nouvelles News.
Le président national de la Coordination rurale, Bertrand Venteau, ce jeudi 3 septembre à Auch (Gers). © Théo Mouraby/Vert
Les uns lui imputent des propos indignes d’une figure à «la carrure nationale». Les autres voient plutôt «quelqu’un de spontané, qui a en lui une colère tout à fait légitime» et qui est surtout «l’homme à abattre d’un syndicat qui dérange». Lunettes sur la tête, courte barbe blanche grignotant ses joues, Bertrand Venteau s’est présenté à la barre du tribunal correctionnel d’Auch (Gers), jeudi.
Le président national de la Coordination rurale (CR) était jugé pour «provocation publique et directe non suivie d’effets à commettre un crime ou un délit». Le 19 novembre dernier, jour de son élection à la tête du syndicat agricole contestataire, il avait déclaré : «Les écolos, la décroissance veulent nous crever. Nous devons leur faire la peau.»
La phrase, réécoutée pendant l’audience, avait fait réagir de nombreuses associations écologistes. France nature environnement (FNE), Générations futures, et FNE Occitanie-Pyrénées se sont constituées parties civiles. «Il y en a ras le bol des menaces et des intimidations. Et la CR est coutumière du fait», dénonce auprès de Vert Jean-François Julliard, directeur général de FNE.
Et cela jusqu’aux portes du tribunal. À 13h15, des membres de la CR venu·es en soutien à leur président ont jeté des œufs sur les plaignant·es qui entraient dans la salle d’audience, tout en les insultant. Les projectiles ont touché de manière indiscriminée des membres des associations, pourtant escorté·es par la police, et une avocate qui se rendait au tribunal pour une autre affaire. «Personne ne doit pouvoir se présenter à un tribunal sous les sifflets. La scène qui s’est passée tout à l’heure n’est pas digne d’un combat politique et syndical ; c’est ce type de discours qui peut avoir un effet délétère», a tonné le président de la cour, Philippe Rigault, en faisant référence aux propos incriminés.
Face aux juges, Bertrand Venteau a tenté plusieurs défenses. Il a d’abord assuré qu’il croyait être dans un cadre privé au moment de son discours : «Il n’y aurait jamais dû y avoir des journalistes à ce moment-là.» Pourtant, sa prise de parole avait lieu lors du 32ème congrès du syndicat, auquel des reporters étaient accrédité·es. Ensuite, il a expliqué qu’il ne pouvait pas les voir, sur scène, à cause de la lumière des projecteurs au moment de son discours. «Je ne vous crois pas», a répliqué le procureur de la République, Claude Derens.
Vient l’explication du sens de son propos. Bertrand Venteau pointe une nébuleuse, un mouvement de pensée – «l’écologie punitive et la décroissance» – à combattre sur le terrain des idées, pas un ennemi à éliminer physiquement. «Beaucoup de gens considèrent que “faire la peau”, ça veut dire tuer. Vous n’êtes pas au courant ?», a feint de s’interroger le président. «Pour moi, c’est combattre idéologiquement et arrêter d’être en permanence sous le joug, critiqué et stigmatisé par ces gens-là», a répondu le prévenu. «Quand on dit qu’on doit dépecer la partie adverse. Vous savez ce que c’est, dépecer un animal ?», a insisté la cour.
«La forme n’est peut-être pas la bonne, mais j’assume mes dires», a maintenu le président de la CR, qui s’est aussi réjoui de l’adoption de la décriée loi d’urgence agricole. «Si mes propos ont permis de revenir sur un débat législatif apaisé qui a permis ces avancés, il le fallait», conclut-il. «Il est drôle que vous ayez utilisé le mot “apaisé”», a remarqué le président du tribunal.
Le mot a aussi fait réagir les parties civiles. «Je ne sais pas si c’est ça la définition du mot “apaisé” de Monsieur Venteau, mais je ne me suis jamais aussi peu sentie en sécurité en arrivant à une audience», a soufflé à la barre Nadine Louverjat, pour l’ONG Générations futures, dont le t-shirt noir était encore marqué par des traces d’œufs.
Bertrand Venteau, président national de la Coordination rurale, prend la parole devant le tribunal d’Auch, avant son procès, jeudi 3 septembre. © Théo Mouraby/Vert
Anne Roques, juriste à FNE, a compté quatre attaques de la CR contre des associations membres de son réseau en décembre 2025. Soit le mois suivant le dérapage de Bertrand Venteau. Elle en donne un exemple : en Charente-Maritime, le 10 décembre dernier, des salarié·es ont retrouvé une tête et la peau d’un sanglier devant leurs locaux. «C’est une référence directe aux propos de Monsieur Venteau. La CR n’est pas au-dessus des lois», assène-t-elle.
Sur le banc des prévenus, Bertrand Venteau souffle ou lève les yeux au ciel à de rares moments. Le reste du temps, il tourne ses lunettes dans ses mains ou tripote le bas de son jean. Parfois, il scrute les murs de la salle d’audience, comme s’il attendait que tout cela passe. Son conseil, Josyane Andrieu-Filliol, plaide la relaxe pour absence de preuve. Pour elle, le parquet ne peut pas prouver que l’assemblée dans laquelle les propos ont été prononcés était publique. Elle balaye le sens de ceux-ci : «une métaphore». Elle insinue également un traitement défavorable à l’encontre de son client, une «sorte de privilège» pour le faire passer rapidement devant la justice, comme un «deux poids, deux mesures».
Un discours entendu devant le palais de justice, de la bouche des adhérent·es de la CR. Cyrille (il n’a pas voulu donner son nom), 56 ans, trouve qu’il y a deux côtés : «Un qui doit fermer sa gueule [les agriculteur·ices, NDLR], et l’autre qui a le droit de tout dire», comme «les représentants de l’écologie», à qui il reproche de gagner leur vie en faisant de la politique.
«Être le porte-parole de milliers de gens qui souffrent, ce n’est pas une raison pour dire n’importe quoi», a tranché le procureur, dénonçant une parole qui «voue un groupe à la vindicte populaire de ses électeurs et adhérents». Il a requis une amende de 30 000 euros avec sursis. Le délibéré a été fixé au 15 octobre.
À la sortie de la salle d’audience, Bertrand Venteau a retrouvé les 200 à 300 agriculteur·ices toujours présent·es. Il a confié au micro que le lancer d’œufs lui avait causé plus d’ennuis qu’autre chose dans l’enceinte du tribunal : «C’était peut-être une bêtise… Mais, un œuf, ça n’a jamais tué personne.» Il renvoie d’ailleurs la faute sur le préfet, «qui n’a rien fait pour que cela se passe bien». Pour éviter la confrontation, il aurait fallu, selon lui, faire entrer les plaignant·es par la porte de derrière, en catimini.
Il reconnait avoir passé un moment pénible devant les juges ; il va devoir s’y habituer : ce vendredi, il est attendu devant la cour d’appel de Limoges (Haute-Vienne) pour une autre affaire. Cette fois pour outrages, menaces et intimidation d’élu·es et de fonctionnaires de l’État, avec deux autres prévenus.
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« Notre objectif est de créer “une toile mondiale ” où, d’un bout à l’autre du parcours migratoire, un suivi des personnes en mobilité serait effectué en inscrivant leur origine et leur identité dans un registre partagé, au-delà des frontières », explique Isaac Pangoup, responsable administratif et financier de la Maison du migrant au Mali, et partenaire de l’ONG française CCFD Terre-Solidaire. En février, ce dernier a sillonné la région Paca à la rencontre de celles et ceux qui s’engagent aux côtés des personnes en mobilité. Il souhaitait trouver dans ces échanges des moyens d’agir auprès des personnes psychologiquement traumatisées, mais également auprès des femmes et des mineur·es, de plus en plus nombreux·ses à prendre la route. De Menton (06) à Montgenèvre (05), il a rencontré des associations qui tentent avant tout de faire respecter les droits fondamentaux des personnes exilées aux frontières. C’est le cas du projet de Coordination des actions aux frontières intérieures (Cafi) (1), qui œuvre depuis 2017 dans ce sens.
Le droit à la frontière :
omniprésent et grand absent
Depuis 2015, et les attentats de Paris, la France a rétabli des contrôles systématiques à ses frontières intérieures et les maintient constamment verrouillées depuis. Pourtant, en vertu du principe de libre circulation dans l’espace Schengen, un État membre ne peut rétablir les contrôles à ses frontières intérieures plus de 6 mois, sauf apparition d’une nouvelle menace grave pour l’ordre public ou la sécurité intérieure, distincte de la précédente. Au mépris du droit de l’Union européenne (UE), et depuis plus de dix ans, le gouvernement français impose donc un contrôle systématique et permanent des mouvements de personnes étrangères à ses frontières, notamment terrestres. Sur place, à la frontière franco-italienne, cela se traduit de plusieurs manières : un contrôle permanent des bus et des camions en provenance d’Italie au premier péage français, la gare Menton-Garavan transformée en poste de police où chaque train en direction de Nice est soumis à une dizaine de minutes de fouille complète, des véhicules banalisés circulant dans Menton et des drones survolant les reliefs accessibles qu’à pied pour repérer celles et ceux qui osent s’aventurer sur le sentier escarpé appelé « Le pas de la mort ». « Il ne se passe pas une journée sans qu’il y ait 10 à 15 arrestations. Certains jours, ce sont jusqu’à 100 personnes qui sont arrêtées », relate Agnès Lerolle qui travaille pour le projet inter-associatif de Coordination des actions aux frontières intérieures (Cafi). Les personnes interpellées sont majoritairement conduites au service de la police aux frontières terrestres (SPAFT) de Menton, situé à une centaine de mètres du poste-frontière avec l’Italie.
Dans la matinée, Isaline Roverato, qui travaille pour l’association l’Anafé, nous explique que la veille, une dizaine de personnes ont été arrêtées et emmenées dans les constructions modulaires installées au poste de police français. Toutes n’ont pas bénéficié du même traitement, certaines ont eu le droit à un traducteur, d’autre non. Une femme a été envoyée à l’hôpital dans la nuit et a ensuite été renvoyée en Italie, à pied. En revanche, toutes les personnes interpellées cette nuit-là se sont vu prendre leur téléphone durant 5 à 10 minutes sans leur autorisation et sans savoir ce que les policiers en ont fait. « Il s’agirait d’une nouvelle technologie qui permettrait d’extraire sur un ordinateur toutes les données du téléphone en très peu de temps », relate Isaline. Lors de sa dernière visite du poste de police à Menton en février 2025, le Contrôleur général des lieux de privation de liberté, une autorité administrative indépendante française, a publié un rapport (2) alarmant sur la situation sanitaire des Algeco installés aux postes frontières ainsi que sur les pratiques manquantes des agents de police. Elle dénonce : « Comme constaté en 2018, les locaux de privation de liberté sont dépourvus de tout confort et ne garantissent pas la dignité des personnes. […] Les droits des personnes faisant l’objet d’une vérification d’identité ne sont quant à eux pas affichés. Aucune information relative au droit d’asile n’est délivrée aux personnes privées de liberté. C’est à elles d’être proactives en se déclarant “demandeur d’asile“ ».
La frontière franco-italienne, dans sa double composante maralpine et haute-alpine, est un espace où le droit apparaît à la fois omniprésent et grand absent. « De nombreuses normes s’appliquent sur la question du franchissement de la frontière et de son contrôle, répondant à la fois au droit européen, au droit italien et au droit français, ainsi qu’à différentes branches du droit. Parallèlement, en territoire frontalier, les droits fondamentaux des personnes exilées sont régulièrement bafoués par les autorités, conduisant plusieurs organisations à qualifier la frontière comme une “ zone de non-droit (3)”», éclaire Annalisa Lendaro, chargée de recherches en sociologie politique au CNRS.
« Toutes les portes étaient fermées »
C’est justement parce que la question de la frontière rend difficile l’accès à la justice pour les personnes exilées que le projet Cafi se concentre sur leurs droits aux postes de police. « Nous informons les personnes qu’elles ont le droit d’appeler un proche, le procureur, un avocat ou de demander l’asile », précise Agnès. « Dans l’imaginaire des personnes en mobilité, le continent européen est synonyme de protections des droits de l’Homme mais finalement, elles revivent ici les mêmes traumatismes qu’elles ont connu durant leur parcours migratoire », continue-t-elle. Éconduites en Italie, les personnes en mobilité peuvent se retourner vers la Caritas Intemelia à Vintimille, une organisation caritative œuvrant en faveur des migrants. Sur place, une vingtaine de salariés s’impliquent dans l’écoute des personnes en difficulté, leur proposent un hébergement et de quoi manger. « Au Mali, nous observons le même refoulement depuis les frontières algériennes », constate Isaac Pangoup, après avoir passé la matinée à Menton. Car l’Europe, dans une volonté de lutter contre l’immigration irrégulière en provenance d’Afrique subsaharienne, incite les États du Maghreb, et depuis peu ceux du Sahel, à contrôler drastiquement leurs frontières, voire à les fermer. Ceci afin d’endiguer les circulations migratoires en provenance du Sud, sans se soucier ni des intérêts propres de ces États ni de l’existence d’espaces africains de libre circulation.
L’externalisation de la politique migratoire de l’Union européenne rend ainsi la circulation des migrants subsahariens en Afrique du Nord et de l’Ouest de plus en plus difficile, risquée et onéreuse. Pourtant, ce type de parcours est souvent la seule option qui reste envisageable lorsque toutes les voies juridiques ont été tentées. En témoigne Kawar Mustafa, ancien gestionnaire de camp pétrolier : « Je ne suis pas venu au Royaume-Uni par imprudence, ni pour chercher une vie plus facile. Je suis venu parce que toutes les voies légales m’étaient fermées et que je faisais face à un danger réel dans mon pays d’origine. J’avais un emploi stable comme gestionnaire de camp pétrolier, des responsabilités et une vie que j’avais construite avec effort. Mais je n’avais pas le choix : une personne puissante nous visait, ma famille et moi. Rester là-bas signifiait des blessures graves, voire la mort. J’ai essayé pendant des années de partir légalement. J’ai demandé protection, j’ai présenté des preuves de menaces, j’ai sollicité plusieurs pays, mais toutes les portes étaient fermées. » (4)
Comme lui, mais pour des raisons différentes allant du manque d’opportunités dans les communautés de départ aux risques climatiques sur place, les personnes prennent la route en s’exposant aux potentielles confrontations avec des groupes armés et au no man’s land qu’est le Sahara, avec ce qu’il comporte d’aléas météorologiques. Face à ces dangers, il arrive régulièrement que les personnes en mobilité changent de pistes pour éviter les hommes en armes, et des convois entiers se perdent. « À la Maison du migrant, certains reviennent pour témoigner des pertes humaines sur le chemin », raconte Isaac.
Les visas sont les premiers outils des politiques migratoires : c’est parce qu’ils sont refusés que les personnes empruntent des routes dangereuses. « Dans le pays de départ, on te refuse le visa alors que tu as fait toutes les démarches et que tu as payé ! », s’exclame Isaac. Les motifs de refus, lorsqu’ils sont communiqués, sont divers : informations incomplètes ou non-fiables, demandeur·se faisant objet de mesure lui interdisant le retour ou l’accès au territoire du pays d’accueil, ou encore présentant un risque de menace pour l’ordre public, la sécurité publique ou la santé publique du pays d’accueil. Selon l’étude (5) de la chercheuse Katherine Pye, de la London school of economics and Political Science (LES), les visas ont rapporté 137 millions d’euros en 2023 aux ministères des Affaires étrangères européens. Sur cette somme, 42 % sont le fait de demandes en provenance d’Afrique. Elle ajoute que le prix avancé pour le visa n’est jamais remboursé, même en cas de refus. Pour Monique Bonnafous, de l’association Tous Migrants, « cet argent qui circule des pays pauvres vers les pays riches s’avère être du racket ». Ce vendredi 6 février, dans une salle paroissiale de Briançon, des bénévoles de l’association échangent avec Isaac Pangoup sur la situation à la frontière haute-alpine.
Élans de solidarité
« La militarisation à la frontière franco-italienne coûte 50 à 100 fois plus cher que le refuge [l’association Refuges Solidaires de Briançon répond au besoin urgent d’accueillir les personnes exilées qui traversent les cols alpins, Ndlr] », assène Michel Rousseau, un des responsables de l’association. « C’est une autre forme de business qui fait croire que l’État protège la population, sous-entendu qu’il y a des menaçants et des menacés. » Et ce qui se passe ici, à la frontière, a évidemment des répercussions en aval. « On a des témoignages de gens qui sont sur la route du retour, et qui nous racontent la haine qu’ils ont envers certains pays européens. L’Europe créée la haine des peuples et finalement, des bombes à retardements », lâche Isaac, avant d’ajouter : « Ne faisons pas de la migration un fléau. C’est naturel de se mouvoir, autant que pour les biens et les marchandises. » Et c’est dans ce sens qu’agit Tous migrants depuis 10 ans. Engagée pour la défense des droits des personnes exilées à Briançon, l’association œuvre sur deux axes complémentaires : mobiliser le territoire à l’échelle locale à travers des actions de sensibilisation, et participer à un plaidoyer à l’échelle nationale et européenne.
Selon son constat, de plus en plus de personnes participent à des élans de solidarité. En atteste l’engagement de l’hôpital briançonnais, qui assure une permanence médicale au sein de Refuges Solidaires pour permettre aux personnes en mobilité d’être soignées. La suite de la discussion se poursuit à l’extérieur, sur l’esplanade Alain Berou, où une centaine de personnes se sont rejointes pour la journée mondiale de la Commémor’action.
Depuis 2019, le 6 février est une journée d’hommage rendue aux personnes migrantes mortes ou disparues aux frontières, en référence aux personnes décédées en 2014 lors des évènements du Tarajal, nom de la plage sur laquelle la garde civile espagnole avait utilisé du matériel anti-émeute contre des personnes qui souhaitaient accéder à la nage à l’enclave espagnole de Ceuta, depuis le Maroc.
Ce soir-là, à Briançon, sous des températures qui avoisinent 0°C, le temps est au recueillement. Chacun·e peut déposer bougies, poèmes, pochoirs et dessins autour du cairn érigé au milieu de la place. Ce dernier évoque les cairns en pierre sur les sentiers, repères nécessaires pour les personnes en montagne. Au pied des sommets enneigés, contes et poèmes se succèdent, et la chorale entonne un chant qui nous rappelle « que nous serons un jour des millions à faire le tour du monde à la recherche d’un abri ».
Texte et photo : Capucine Barat
Légende photo : Isaac Pangoup (au centre) a pu rencontrer (de gauche à droite) Marion Gachet et Cédric Herrou d’Emmaüs Roya, ainsi que Maurizio Marmo de la Caritas Intemelia à Vintimille, en Italie.
1- Amnesty International France, La Cimade, Médecins du Monde, Médecins Sans Frontières et Secours Catholique-Caritas France sont réunies au sein du projet Cafi.
2- Rapport de la quatrième visite du 10/02/2025 au 14/02/2025 des services de la police aux frontières de Menton, Alpes-Maritimes.
3- Gouverner les exilés aux frontières, ouvrage coordonné par Annalisa Lendaro, éditions du Croquant, 2024.
4- Carte blanche à Kawar Mustafa, Politis n°1900.
5- Visas Schengen et discriminations, la lettre hebdomadaire #172, Afrique XXI.
Cet article De l’Afrique a l’Europe, vers une “toile solidaire” des migrants ? est apparu en premier sur Le site du journal L'âge de faire.