
Source :Article de Valeurs actuelles, le 24 juillet 2026
Etiqe :Pas si vite
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Une partie de la justice vient-elle de reconnaître l’existence d’un « racisme anti-blanc » ? Alors que l’instruction était censée être close, les juges d’instruction ont finalement décidé, fin juillet, de retenir la circonstance aggravante de racisme, dans le cadre de l’enquête sur la mort de Thomas Perotto, dans la nuit du 18 au 19 novembre 2023.
Ce soir-là, à Crépol, dans la Drôme, le bal d’hiver vire à l’affrontement entre des jeunes du village et d’autres venus pour certains du quartier de la Monnaie à Romans-sur-Isère. Poignardé à deux reprises, Thomas Perotto succombe à ses blessures alors qu’il est en route pour l’hôpital.
Plus de deux ans après les faits, les juges d’instruction, après avoir reçu de nouvelles observations de la part des parties civiles, ont finalement décidé de retenir la circonstance aggravante de racisme contre les 14 personnes mises en examen pour meurtre et tentative de meurtre en bande organisée. Le 20 juillet 2026, ils ont estimé, dans un second avis de fin d’information divergeant des conclusions du parquet, que les faits auraient été commis « à raison de l’appartenance ou de la non appartenance […] à une prétendue race, une ethnie, une nation ou une religion déterminée », en l’espèce « la race blanche » et « la nation française », comme le rapporte Mediapart.
Quelques semaines plus tard, le 17 août 2026, le parquet de Valence réfute, de nouveau, cette circonstance aggravante. Dans le réquisitoire définitif complémentaire obtenu par Le Point, il explique que les témoignages évoquant des propos à caractère racial sont « très minoritaires, certains d’entre eux ayant évolué au fil du temps, la teneur des propos entendus ou rapportés est variable (“planter des blancs”, “tuer du français”, “crever les petits blancs”, “sales français de merde”) ».
De plus, selon les magistrats du parquet, « ces quelques témoignages sont imprécis et parfois contradictoires entre eux quant au moment et au lieu dans lequel les propos litigieux auraient été prononcés. De très nombreux témoins n’ont au contraire entendu aucune parole à caractère raciste et un seul mis en examen évoque avoir entendu de tels propos ». C’est à la lumière de ces différents éléments que le parquet de Valence continue d’affirmer que la circonstance aggravante de racisme est insuffisamment caractérisée.
Néanmoins, les juges d’instruction ne sont pas tenus de suivre le parquet. Dans l’ordonnance de mise en accusation attendue dans les prochaines semaines, ils pourraient très bien retenir la circonstance aggravante de racisme.
Ces divergences d’interprétation et ces aller-retour entre les juges d’instruction et le parquet alimentent aujourd’hui l’idée que la justice serait écartelée entre une partie qui voudrait nier l’existence d’un prétendu « racisme anti-blanc » et l’autre qui l’aurait reconnu.
La circonstance aggravante de racisme à l’encontre d’une victime blanche est bien débattue dans le cadre de l’affaire de Thomas Perotto à Crépol, et ce n’est pas inédit. La justice française a déjà rendu des décisions en ce sens. Cependant, elle ne reconnaît pas un « racisme anti-blanc » en tant que tel mais le fait qu’une personne puisse être victime d’un acte en raison de sa prétendue race, quelle qu’elle soit.
Une protection ouverte à tous
Pour mieux comprendre, reprenons d’abord les deux mécanismes qui sanctionnent en France le racisme. L’un relève du droit de la presse et vise à punir des propos publics, comme la provocation à la haine. L’autre sanctionne certains faits à connotation raciste, en les considérant soit comme une circonstance aggravante d’un délit ou d’un crime, soit comme un élément constitutif d’une infraction telle que la discrimination.
Mais, contrairement aux sciences sociales, le droit n’appréhende pas le racisme dans sa dimension historique ou systémique. Il ne s’intéresse qu’aux comportements individuels discriminants. Concrètement, l’idée est que « le droit pénal ne connaît pas de hiérarchie des victimes : la protection est ouverte à toute personne visée à raison d’une telle appartenance, quelle qu’elle soit », explique Emmanuel Daoud, avocat au barreau de Paris. Ainsi, en visant à établir une stricte égalité des citoyens devant la loi, le législateur a choisi de « raisonner en termes volontairement neutres », développe-t-il. C’est pourquoi, à la différence d’une approche qui serait sociologique, les textes législatifs ne distinguent pas « selon que la victime relève d’un groupe majoritaire ou minoritaire, dominant ou dominé ».
L’article 132-76 du Code pénal, qui prévoit la circonstance aggravante de racisme, dispose donc simplement que « lorsqu’un crime ou un délit est précédé, accompagné ou suivi de propos, écrits, images, objets ou actes de toute nature qui soit portent atteinte à l’honneur ou à la considération de la victime ou d’un groupe de personnes dont fait partie la victime à raison de son appartenance ou de sa non-appartenance, vraie ou supposée, à une prétendue race » ou lorsque « les faits ont été commis contre la victime » pour cette raison.
Un rapport collectif de domination non pris en compte
« Le critère est donc la motivation de l’auteur et la perception qu’il a de sa victime, non l’inscription des faits dans un rapport collectif de domination », explicite Emmanuel Daoud. C’est pourquoi, dans l’affaire de Crépol, les juges d’instruction ont parlé de « race blanche », ils font ici référence à la prétendue race perçue par les auteurs présumés.
Ainsi, bien que « le racisme anti-blanc n[e soit] pas du tout un terme juridique », comme le pointe Evan Raschel, professeur de droit pénal à l’université Clermont Auvergne, et que l’expression « ne figure, en tant que telle, dans aucun texte pénal », complète Emmanuel Daoud, « une personne blanche peut, aujourd’hui, porter plainte pour injure ou discrimination raciale exactement comme n’importe qui d’autre », conclut l’avocat.
La justice s’est d’ailleurs déjà prononcée dans ce type d’affaires. En 2014, la cour d’appel de Paris avait ainsi retenu la circonstance aggravante de racisme dans le cadre d’une agression où l’un des auteurs avait lancé « sale Blanc » et « sale Français ». Sur la base des mêmes propos, la cour d’appel de Lyon avait condamné, en 2016, à trois mois de prison ferme une autre personne pour injures à caractère racial.
Une conception purement juridique
Si la justice peut donc considérer qu’une personne blanche est victime de racisme, cette logique est propre au droit. Par exemple en sociologie, le « racisme anti-blanc » est une notion fortement contestée.
« Les sciences sociales de ce point de vue sont très attentives à dire : si on commence à reprendre à son compte le discours de l’extrême-droite qui nous dit qu’au fond tous les racismes se valent, on est en train de nier la réalité de l’expérience d’une partie importante de nos concitoyens et concitoyennes. Et dire qu’au fond, traiter de “sale Blanc” ou traiter de “sale Noir” c’est la même chose, c’est faire comme si quand on dit “sale Blanc” ça résonnait avec toute une histoire, avec toute une expérience sociale ordinaire et avec tous les discours politiques. Je n’entends pas de discours politique anti-Blancs, je ne vois pas de discrimination à l’embauche ou au logement pour les Blancs, je ne vois pas de contrôle au faciès pour les Blancs. Donc les expériences sociales ne sont pas les mêmes pour tout le monde », développait ainsi, en 2018, Éric Fassin, sociologue et professeur de sociologie à l’université Paris VIII.
C’est certainement pour cette raison que, dans l’affaire de Crépol, des avocats de la défense ont demandé à obtenir l’expertise de plusieurs sociologues « sur la notion de racisme et plus précisément sur le concept de “racisme anti-blanc” », d’après des informations de BFMTV. Néanmoins, même s’il était démontré, lors du procès, que le racisme anti-blanc n’existe sociologiquement pas, cela serait « sans incidence sur les qualifications pénales actuellement au cœur du débat public », souligne Emmanuel Daoud.
« Les sciences sociales peuvent, et doivent souvent, nourrir la réflexion du législateur ou éclairer un tribunal saisi de faits déterminés, mais elles ne commandent pas la qualification pénale », développe l’avocat, avant de conclure qu’en revanche, la stratégie adoptée par les avocats de la défense « permet utilement de débattre plus largement de cette notion de “racisme anti-blanc” et de mettre en avant les nombreux travaux, particulièrement intéressants, qui ont été menés pour en contester la pertinence ».
Contrairement à l’instrumentalisation qui est donc faite par certaines personnalités politiques, la circonstance aggravante de racisme débattue dans l’affaire de Crépol répond à une logique juridique particulière et ne peut être utilisée pour prouver plus largement l’existence ou non d’un « racisme anti-blanc ».
Auteurs :
Autrice : Maylis Ygrand, journaliste
Relecteurs : Jean-Baptiste Thierry, professeur de droit pénal à l’université de Lorraine
Clara Robert-Motta, journaliste
Liens d’intérêts ou fonctions politiques déclarés des intervenants à l’article : aucun
Secrétariat de rédaction : Maylis Ygrand, journaliste
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Source :Compte Facebook, le 20 août 2026
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Récupérer l’eau de pluie serait une pratique à risque pour le portefeuille. Alors que 70 % du territoire national fait l’objet de restrictions d’usage de l’eau en raison de la sécheresse, un internaute met en garde : faire usage d’un récupérateur d’eau de pluie « peut coûter 45 000 € d’amende », assure-t-il.
Il accompagne sa publication d’une image montrant un homme, la mine grise, entouré de plantations, accroupi au bord d’une cuve récupérant l’eau de pluie provenant du toit. Autant d’éléments susceptibles de décourager les particuliers qui souhaitent lutter, à leur échelle, contre le manque d’eau.
Pourtant, la présentation de l’internaute est délibérément tronquée. L’amende de 45 000 euros est bien prévue par la loi, mais elle ne s’applique que dans des situations précises, notamment pour sanctionner des dégradations volontaires des installations d’eau publique.
Autant dire que l’internaute ment éhontément, car les pouvoirs publics encouragent, au contraire, l’installation de dispositifs de récupération d’eau, à l’image des subventions proposées par certaines communes.
Un droit inscrit dans le code civil
Il existe bien un article de loi qui correspond à cette sanction, mais elle ne s’applique en rien aux particuliers qui voudraient simplement récupérer l’eau de pluie pour des usages simples. « Le fait de dégrader (…) ou de laisser introduire des matières susceptibles de nuire à la salubrité, dans l’eau (…) servant à l’alimentation publique, est puni de trois ans d’emprisonnement et de 45 000 euros d’amende », est-il indiqué dans l’article L. 1324-4 du code de la santé publique. C’est également ce que l’on peut lire sur le site service-public concernant la réglementation encadrant les récupérateurs d’eau.
En réalité, cette sanction vise d’abord les personnes ayant une volonté de nuire. Par exemple, une personne qui introduirait un produit létal dans le réservoir d’eau potable d’une ville serait susceptible de se voir sanctionné par une telle amende. Il en irait de même de celui qui, par une grave négligence, par exemple au cours de travaux publics, contaminerait le réseau d’eau potable. Loin donc de l’image du particulier récoltant de l’eau, comme le fait croire l’internaute.
Car, en effet, tout propriétaire a le droit d’utiliser les eaux qui tombent sur ses biens, comme le prévoit l’article 641 du code civil. Les Surligneurs se sont déjà penchés sur la question.
Pour autant, l’usage de l’eau ainsi récupérée est encadré pour une raison simple : préserver l’hygiène de tous et la salubrité des eaux publiques.
Concernant l’utilisation domestique de l’eau provenant d’un récupérateur non connecté aux canalisations, c’est l’arrêté du 12 juillet 2024 qui encadre les usages autorisés par la loi. Arroser son jardin ou nettoyer les sols avec l’eau récoltée est tout à fait autorisé. Il est en revanche interdit de l’utiliser pour la consommer ou se doucher. Cette réglementation vise à éviter de mettre en danger sa santé, mais également celle de sa famille ou de ses voisins.
Les récupérateurs d’eau dits « avec branchement » sont, eux, davantage encadrés par la loi. Il s’agit d’installations reliées à des canalisations ou une cuve au sein d’une propriété privée.
Un risque de reflux dans le réseau d’eau public
Concrètement, on peut imaginer une maison équipée d’une cuve qui récupère les eaux de pluie pour alimenter les toilettes ou un système d’arrosage. En période sèche, lorsque la cuve est vide, l’installation peut être conçue pour recevoir automatiquement un peu d’eau potable afin de maintenir un niveau minimal. L’intérêt pour un particulier est donc de disposer d’une réserve d’eau utilisable toute l’année, même lorsque les précipitations sont insuffisantes.
En revanche, une telle installation dans laquelle l’eau de pluie pourrait faire le sens inverse et retourner dans les canalisations d’eau potable est problématique. Le danger est celui d’un « retour d’eau » : l’eau présente dans la cuve pourrait être aspirée ou refoulée vers le réseau public. Elle pourrait alors y introduire des bactéries, des substances chimiques ou d’autres contaminants. C’est pour éviter cela que la loi encadre ce genre d’installation.
Si un particulier opte pour une telle installation, il doit s’assurer que son système de pompe ou son circuit sous pression est totalement indépendant des canalisations connectées au réseau public. C’est l’article L. 2224-9 du code général des collectivités territoriales qui encadre notamment ces installations.
L’article L. 2224-12 du même code indique que les pouvoirs publics peuvent venir contrôler de telles installations. « Les frais de contrôle sont mis à la charge de l’abonné », peut-on y lire. En cas de refus du contrôle ou de risque pour le réseau public, les pouvoirs publics peuvent imposer l’adaptation ou la suppression de l’installation. Des cas rares, car les plombiers, lors de leurs travaux, sont soumis au respect de la réglementation en vigueur et leur responsabilité peut être engagée à l’égard de leur client en tant que professionnel.
Ainsi, l’affirmation de l’internaute selon laquelle l’usage d’un récupérateur d’eau de pluie « peut coûter 45 000 € d’amende » est alarmante alors que les périodes de sécheresse sont amenées à se multiplier. La propagation de telles mésinformations contribue à abîmer la confiance des citoyens envers des institutions dont les lois seraient « illogiques » et « liberticides ».
Dans notre cas, la simple utilisation d’un récupérateur d’eau de pluie ne suffit en aucun cas à exposer un propriétaire à une telle amende.
Auteurs :
Auteur : Antoine Mauvy, journaliste
Relecteurs : Jean-Paul Markus, professeur de droit public à l’université Paris-Saclay
Clara Robert-Motta, journaliste
Liens d’intérêts ou fonctions politiques déclarés des intervenants à l’article : aucun
Secrétariat de rédaction : Clara Robert-Motta, journaliste
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Il ne reste plus qu’une vingtaine de grands tétras dans les forêts des Vosges. © Francesco Veronesi/Flickr
Trente-trois oiseaux réintroduits, une seule reproduction réussie et au moins 15 morts : ainsi s’achève le très controversé programme de sauvetage du grand tétras dans les Vosges. Jeudi, le ministère de la transition écologique a assuré à Vert vouloir mettre fin dès maintenant aux opérations de lâchers de cet oiseau emblématique des forêts de montagne, au bord de l’extinction dans le massif du nord-est de la France.
«Le retour d’expérience dont nous disposons à ce stade sur la mortalité des individus déplacés, ainsi que les informations disponibles sur l’évolution de l’habitabilité du massif des Vosges à moyen et long terme [au regard du réchauffement climatique, NDLR] nous conduisent à ne pas envisager de nouvelles opérations de translocation au-delà de celles déjà réalisées», détaillent les services du ministère, confirmant une information de l’Agence France-Presse (AFP). La décision doit être confirmée officiellement lors d’une réunion de suivi en fin d’année.
Le 21 août, le ministère de la transition écologique avait dans un premier temps évoqué auprès du média Reporterre «l’achèvement du programme à l’issue de sa période de validité actuelle», qui court encore sur trois ans. S’il affirme désormais plus franchement ne pas souhaiter de nouveau lâcher, le cabinet précise que les oiseaux réintroduits «continueront à faire l’objet d’un suivi jusqu’à l’achèvement du programme en 2029».
Actuellement, seule une vingtaine de grands tétras subsiste dans les forêts vosgiennes : moins de 17 oiseaux réintroduits en mai dernier (au moins trois sont déjà morts), un à deux individus ayant survécu aux lâchers des précédents printemps, ainsi qu’une à trois poules autochtones, naturellement présentes dans le massif. Quatre jeunes ont également été observés ce mois d’août, marquant le tout premier succès de reproduction de l’espèce depuis le lancement du programme de «réintroduction».
Imposant oiseau de montagne, le grand tétras peuple encore les sous-bois des Pyrénées, du Jura ou encore des Cévennes. Dans les Vosges, la population, qui comptait encore plus de 500 individus à la fin des années 1970, s’est effondrée à cause de la dégradation de son habitat, du dérangement croissant des activités touristiques et du changement climatique. Pour empêcher son extinction dans le massif, l’État et le parc naturel régional des Ballons des Vosges ont lancé en 2024 un programme de sauvetage, principalement basé sur la capture et le lâcher d’oiseaux norvégiens.
Mais cette opération a suscité une levée de boucliers chez une partie des associations locales de protection de la nature. Ces dernières pointent une «opération de communication», reprochant aux autorités de ne pas chercher à résoudre d’abord les causes du déclin de la biodiversité dans les Vosges (développement touristique, dégradation des forêts…). En juin 2025, le tribunal administratif de Nancy (Meurthe-et-Moselle) avait rejeté leur recours contre l’arrêté de la préfecture des Vosges autorisant le lâcher de 200 grands tétras sur cinq ans (les associations ont fait appel).
«On ne peut pas d’un côté constater une dégradation importante des Vosges et de l’autre continuer les politiques qui en sont en partie la cause.»
«C’est la reconnaissance de notre combat collectif depuis trois ans, salue auprès de Vert Dominique Humbert, président de SOS Massif des Vosges et fer de lance de l’opposition au projet, après l’annonce du ministère de la transition écologique. Mais le vrai chantier commence maintenant. L’objectif essentiel, désormais, c’est la restauration des milieux et la question des politiques d’équipement massif de loisirs. On ne peut pas d’un côté constater une dégradation importante des Vosges et de l’autre continuer les politiques qui en sont en partie la cause.»
Dans un communiqué publié jeudi, le collectif d’associations appelle à réorienter les moyens destinés aux ex-futures campagnes de lâchers vers une «politique beaucoup plus ambitieuse de restauration du massif» : amélioration de la résilience des forêts face aux sécheresses, protection des secteurs encore favorables aux derniers grands tétras et autres espèces (comme la gélinotte des bois), maîtrise de la fréquentation touristique… Contacté par Vert, le parc naturel régional des Ballons des Vosges n’a pas répondu.
Le Panama a déclaré l'état d'urgence face à au phénomène El Niño qui pourrait cette année être le plus intense jamais enregistré. Mais cette décision se voit dénoncée pour son manque de transparence, avec la crainte qu'elle ne bénéficie pas réellement à la population.
Face à un épisode d'El Niño que les scientifiques anticipent d'une ampleur sans précédent, le gouvernement panaméen a dégainé, mardi 25 août, l'arme de l'état d'urgence. Un décret a été annoncé en conférence de presse, afin, (…)
Une mère voilée, un père sous OQTF, du « sang DZ » et de l’islamophobie : il n’en fallait pas beaucoup pour donner vie à l’alter ego algérien inventé par la streameuse Emmodem. Une affaire qui en dit peut-être autant sur son autrice que sur les clichés qui ont permis d’y croire.
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Pour la première fois, le président de la Haute autorité de santé a dénoncé publiquement les pressions grandissantes de l'industrie pharmaceutique dans l'évaluation des médicaments. Les patients servent même parfois de relais aux laboratoires.
Se plaindre directement auprès du président de la République, tenter de débaucher un expert indépendant, financer des associations de patients désespérés… Tous les moyens sont bons pour peser sur les décisions stratégiques de la Haute autorité de (…)
80 % des pâtes testées contiennent du cadmium, révèle une enquête de 60 Millions de consommateurs. Alors, comment faire pour éviter de manger ce métal lourd et hautement toxique ? La réponse n'est pas simple.
Le Français raffole de la pasta, au point d'en avoir avalé 9,3 kg en moyenne en 2025. Difficile de s'en passer, notamment pour nourrir les enfants, premiers aficionados. Sauf qu'elles sont très largement contaminées au cadmium, un métal lourd, classé cancérogène et nuisible pour la (…)

Stratège derrière l’élection tonitruante de Zohran Mamdani à la mairie de New York, Morris Katz est devenu l’oracle d’un progressisme aussi clivant que décontracté. Revue21 l’a rencontré à Brooklyn et enquêté, de Bruxelles à Londres, sur son plan pour redonner le goût de la gagne à la gauche radicale de part et d’autre de l’Atlantique.
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Dominique Mourrain s’est inscrit à la formation afin de bâtir lui-même une extension de sa maison, respectueuse de l’environnement. © Emma Poesy/Vert
«Si vous pouvez l’avancer un peu par ici !», lance Simon Subtil, la petite soixantaine, qui tient dans ses mains un grand cadre en bois aux airs de charpente miniature. Depuis quelques jours, le retraité se consacre avec sept autres camarades à une série de tâches peu habituelles : tailler, densifier et ficeler d’épaisses bottes de paille afin de les insérer dans une ossature de bois… Il a l’espoir qu’un jour ces quelques planches – assemblées par la petite bande la veille, pour s’entraîner – deviennent les fondations d’une véritable maison.
L’atelier auquel il participe est organisé par l’association Oïkos, qui dispense depuis plus de vingt ans des formations pour les particuliers qui veulent s’initier à l’autoconstruction de bâtiments en matériaux biosourcés – principalement du bois et de la paille.
Pendant toute une semaine, en ce mois d’août, les stagiaires se réunissent dans les locaux de l’association, à L’Arbresle, une petite ville de la périphérie de Lyon (Rhône), pour apprendre la théorie ; et l’appliquent l’après-midi sur un plateau technique situé à La Tour-de-Salvagny, une autre ville du coin. Sur place, elles et ils apprennent les rudiments de cette méthode de construction, qui a l’avantage d’être accessible à tout le monde, performante d’un point de vue énergétique, peu chère et, surtout, respectueuse de l’environnement.
Ce matin-là, les participant·es sont aligné·es dans une petite salle de classe et écoutent avec attention les conseils dispensés par Emmanuel Deragne, un artisan spécialiste de la construction en bois et en paille. «Surtout, ne forcez jamais pour faire entrer votre botte de paille dans l’ossature, prévient le formateur. C’est le meilleur moyen de vous blesser et de ruiner votre isolation.» Avant de vanter les mérites de cette pratique, encore très confidentielle en France : «L’une de mes stagiaires a isolé sa maison à la paille. Aujourd’hui, il fait 24 degrés chez elle, même quand le thermomètre affiche 38 dehors.»
L’après-midi, un petit groupe se forme pour apprendre à scier les bottes de paille, qui doivent impérativement être sèches, rectangulaires et compactes pour être utilisées comme isolant. De l’autre côté du chantier, abrité·es sous le toit d’une grange semi-ouverte, les autres stagiaires s’entraînent à manipuler une charpente, collée à un mur.
Emmanuel Deragne, artisan spécialiste de la construction en bois et en paille et formateur à Oïkos, a commencé à s’intéresser «par hasard» à cette discipline, avant d’être convaincu par ses nombreux avantages. © Emma Poesy/Vert
«C’est assez simple», sourit Isabelle Martin, qui a fait le déplacement depuis la Sarthe. Avec l’aide de l’association, cette propriétaire d’une chambre d’hôtes espère pouvoir bientôt construire un nouveau gîte en paille sur son terrain. «Ce qui m’a décidée, c’est l’envie de faire moi-même et celle de contourner les entreprises du BTP, confie-t-elle. Pour la rénovation d’un autre bâtiment, j’avais fait appel à une entreprise qui n’a respecté aucune de mes consignes en matière d’écologie. Ça m’a dégoûtée.»
Tout comme Isabelle Martin, Jérôme Benois, un autre stagiaire, souhaite contourner les entreprises du bâtiment pour réaliser l’extension de sa maison. «Je viens d’Isère et, là-bas, tout le monde peut constater les dégâts que causent les cimentiers», lâche-t-il en référence à la condamnation récente de l’exploitant d’une carrière pour négligences après l’effondrement d’un pan du Vercors (notre article). «Je n’ai pas envie de contribuer à la destruction d’autres carrières, dont les déchets bouchent en ce moment même une route près de chez moi», poursuit Jérôme Benois.
Née en 1991, Oïkos a été créée par des particuliers et des architectes qui voulaient contester l’hégémonie du béton dans la construction, matériau devenu incontournable pour reconstruire la France au sortir de la Seconde Guerre mondiale. «L’utiliser à ce moment de l’Histoire avait du sens, notamment parce qu’il y avait beaucoup à reconstruire, qu’il était bon marché et facile à utiliser, rembobine François Leroux, salarié de l’association. Aujourd’hui, c’est une aberration ; le béton consomme énormément de ressources naturelles et d’énergie.»
Pour construire une maison en ciment, il faut extraire la roche d’une carrière de calcaire, puis la faire chauffer dans un four à 1 800 degrés. La paille, elle, présente l’avantage d’être nettement moins énergivore : renouvelable et produite localement – il suffit de la commander en amont à un·e agriculteur·ice près de chez soi –, elle est isolante en toutes saisons, nécessite une très faible transformation et est peu onéreuse.
Isabelle Martin, stagiaire chez Oïkos et propriétaire d’une chambre d’hôtes dans la Sarthe, souhaite autoconstruire pour contourner les entrepreneurs du BTP. © Emma Poesy/Vert
Si son utilisation sur les chantiers est encore rare, les grands groupes du secteur s’y mettent progressivement, et quelques grands bâtiments publics en paille ont déjà vu le jour : le lycée professionnel Gergovie à Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme), sorti de terre en 2021, ou encore l’atelier de construction de décors de la Comédie-Française, à Sarcelles (Val-d’Oise), une ancienne passoire thermique isolée avec de la paille en 2024.
Ce matériau est d’autant plus intéressant qu’il est léger et donc facile à manipuler. «Chez les professionnels du bâtiment, le secteur de la paille est celui dans lequel on retrouve le plus de femmes, précise Emmanuel Deragne. Avec ce matériau, on est plus efficace en utilisant des outils qu’en usant de sa force.»
Sur le papier, les particuliers ont doublement raison de s’y intéresser : «Ça peut vite devenir intéressant financièrement, estime François Leroux. En autoconstruction avec de la paille, on peut payer entre 30% et 50% moins cher que pour du bâti traditionnel, selon les travaux que l’on fait.»
En pratique, cela implique de se former et d’y mettre pas mal d’huile de coude. «Quand j’étais plus jeune, il y avait très peu de spécialistes de la paille et j’ai dû passer beaucoup de temps à bosser seul pour perfectionner mes techniques», relate Emmanuel Deragne, qui a commencé sa carrière d’artisan comme spécialiste du bois.
Opter pour la paille implique aussi de passer outre les préjugés. «J’ai parlé de mon projet à mes oncles, qui se sont moqués en disant que je n’avais qu’à m’installer dans le Cantal pour vivre ma vie d’écolo, souffle Artus Beberins, infographiste de 28 ans installé en région parisienne. Et puis, quand on ne connaît pas, ça ne paraît pas solide : tout le monde connaît l’histoire des trois petits cochons, c’est la maison en paille qui s’effondre en premier.»
À La Tour-de-Salvagny (Rhône), les stagiaires d’Oïkos s’entraînent à découper des bottes de paille, qui serviront plus tard à l’isolation d’une bâtisse. © Emma Poesy/Vert
Pour certains, comme Dominique Mourrain, construire soi-même est une manière concrète de lutter contre le dérèglement climatique, en normalisant de nouvelles pratiques plus vertueuses. «Ça fait trente ans que je m’intéresse à l’écologie, explique cet ex-ambassadeur du tri au sein d’un syndicat d’élimination des déchets. Bâtir ma maison à la campagne avec un matériau capable d’absorber le CO2, c’est avant tout un choix politique.»
Un choix que l’association Oïkos tente, à son échelle, de faciliter, en prêtant à ses membres tout le matériel nécessaire à la conduite d’un chantier bois-paille. Et, souvent, Emmanuel Deragne, qui n’exerce plus que rarement comme artisan, retourne chez d’ancien·nes stagiaires-constructeur·ices, pour filer un coup de main. Une manière de transmettre ce savoir qui pourrait un jour devenir indispensable.
Lundi 24 août, la cour d'appel de Rouen a confirmé les condamnations des militants qui s'étaient introduits dans une cimenterie Lafarge de l'Eure, en décembre 2023. Les quatre prévenus ont été condamnés à des peines allant de six à dix mois de prison avec sursis, ainsi qu'à verser solidairement 5 000 euros à l'industriel.
La justice leur reproche de s'être introduits sur le site industriel avec plusieurs dizaines d'activistes vêtus d'une combinaison blanche et le visage masqué, et d'avoir (…)
Un été infernal aux airs d'avertissement : nous avons plus de chance de devenir réfugié climatique que milliardaire.
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Une immense coulée d'eau, de boue et de pierres dans le nord du Népal, à la frontière avec le Tibet, a fait au moins 389 morts. La faute, notamment, à l'« effondrement d'une partie des glaciers himalayens », décrit un expert.
Les images sont cataclysmiques. En quelques secondes et sans avertissement, une immense avalanche de poussière et de boue a envahi une vallée de pins où coulait, l'instant d'avant, une paisible rivière. Se nourrissant des routes, ponts et maisons, la crue noire a (…)
Le scandale des violences sexuelles dans le périscolaire a été mis à jour. Pour lutter contre ce fléau, le ministre de l’Éducation nationale va intégrer, au questionnaire distribué aux élèves chaque année, de nouvelles questions pour repérer les violences.
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« Les réserves, maillons essentiels sur les routes migratoires européennes, perdent leur efficacité sans eau. Les oiseaux reviennent aux rares points d'eau disponibles, même sous pression de la chasse, faute d'alternatives » souligne Cédric.
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Au XIXe siècle, 1 800 maraîchers nourrissaient Paris en légumes sur 1 378 hectares. Sans engrais chimiques ni machines, grâce au fumier des chevaux et à un savoir-faire redécouvert aujourd'hui.
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Le 27 août 2026, à Nuwakot (Népal). Une rue a été envahie par la boue après l’effondrement glaciaire. Les équipes de sauveteur·ses récupèrent les corps et les résident·es déplacé·es trouvent refuge dans les hauteurs. © Sanjit Pariyar/Nurphoto via AFP
Une immense vague de boue et d’eau a déferlé sur la région à la frontière entre le Népal et le Tibet, mercredi. Pour les expert·es de l’Institut d’études géologiques des États-Unis (USGS), référence mondiale en sismologie, un effondrement glaciaire a entraîné la crue. D’après le bilan des autorités de ce jeudi midi, la catastrophe a fait au moins 362 mort·es et plus de 1 300 disparu·es. Dans la zone tibétaine, la topographie extrême de l’Himalaya a aggravé les risques.
Le glaciologue et directeur de recherche au Centre national de la recherche scientifique (CNRS), Étienne Berthier, est membre d’un groupe de scientifiques du monde entier qui cherchent à identifier la source de la crue. Elles et ils analysent des images satellites des montagnes. «C’est maintenant une certitude : une fracture très nette s’est formée au milieu d’un glacier, une partie s’est décrochée et est à l’origine de la catastrophe», explique l’expert à Vert.
Il précise : «La question à résoudre, c’est de savoir s’il s’agit “seulement” du glacier qui a glissé et s’est pulvérisé ou si un pan entier de la montagne s’est aussi décroché avec toutes les roches sur lesquelles reposait le glacier.» L’hypothèse d’un éboulement pourrait éclairer l’origine des secousses sismiques importantes relevées dans la zone. Celles-ci sont difficilement explicables par l’effondrement du seul glacier.
C’est également l’avis de l’USGS. L’institution a d’abord relevé à tort un tremblement de terre de magnitude 4,4, réévaluée à 5,2. Elle a finalement établi «que cet événement sismique était dû à un effondrement glaciaire et à une coulée de débris qui ont entraîné des conséquences catastrophiques en aval».
Le Centre international pour le développement intégré de la montagne (Icimod), basé à Katmandou (Népal), n’a détecté «aucune anomalie» du côté tibétain de la frontière. «Nous pensons qu’une avalanche de roches et de glace s’est produite au Népal, bloquant la rivière Lhende et causant la crue», explique Sarthak Shrestha, analyste en télédétection et géoinformation à l’Icimod.
Ce décrochement glaciaire a-t-il été provoqué par le changement climatique ? Les conséquences du dérèglement sur l’Himalaya sont largement documentées, à l’image des débordements de lacs glaciaires.
«Ce qui est sûr, c’est que l’Himalaya, comme les autres massifs montagneux dans le monde, est déstabilisé par le changement climatique, rappelle Étienne Berthier. Il fait reculer les glaciers, réduit le permafrost [cet état thermique qui fait de la glace le ciment de la montagne, NDLR] et change leurs températures en profondeur. Des masses autrefois collées par le froid à leur lit rocheux peuvent donc glisser, voire s’effondrer.»
«Ce genre de phénomènes peut, par exemple, provoquer des glissements de terrain et des crues soudaines», détaille Dorothy Heinrich, chercheuse à l’université britannique de Reading. Le glaciologue français abonde : «Ces mécanismes sont certainement en jeu dans cette catastrophe mais, pour l’instant, nous n’avons pas le recul nécessaire pour déterminer précisément le rôle du changement climatique.»
Dans les jours à venir, les scientifiques du monde entier étudieront un potentiel lien entre le dérèglement du climat et la catastrophe, avec des modèles de simulation pour comparer la probabilité d’un tel événement aujourd’hui par rapport à l’ère préindustrielle (vers 1850).
«Ces phénomènes au niveau glaciaire sont rares ; on n’est pas en mesure de les prévoir», constate Étienne Berthier. Le seul moyen de l’anticiper est d’identifier un glacier dangereux. «C’est ce qui s’est passé à Blatten, en Suisse, en 2025, raconte le scientifique. Ils ont constaté des chutes de pierres en d’énormes quantités sur le glacier et ont évacué le village ; la catastrophe s’est ensuite déroulée sans victime.» Mais le massif de l’Himalaya est bien plus grand que l’arc alpin, et les zones glaciaires sont reculées. «Les analyser est un vrai défi», souligne-t-il.
Les solutions pour échapper à ce type de calamités, quand le flot arrive, sont alors limitées. «Courir n’aidera pas», tout comme essayer de s’enfuir dans son véhicule, affirme Hatim Sharif, hydrologue à l’université du Texas de San Antonio (États-Unis). La boue et l’eau, quand elles évoluent à très haute vitesse, forment une combinaison mortelle s’apparentant à «du béton liquide». Il estime que la seule solution est de monter sur une colline d’au moins six mètres.
Un outil de prévention possible, selon l’hydrologue, serait de placer des capteurs de niveau d’eau dans les rivières, transmettant leurs informations en temps réel aux autorités, ce qui donnerait entre vingt et trente minutes d’avance aux habitant·es.
«Dans ces environnements montagneux, les rivières peuvent être assez étroites», explique Dorothy Heinrich. Tout ce qui les bloque, qu’il s’agisse d’une avalanche ou d’un glissement de terrain, va entraîner «une grande accumulation d’eau, puis provoquer ces crues incroyablement rapides».
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