« Le gouvernement préfère protéger l’argent que la santé des enfants. Moi, ça fait longtemps que j'ai compris que les laboratoires qui font les pesticides sont les mêmes qui font les traitements anticancéreux. Cela fait des années que je le dis »
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Source :Edouard Philippe, le 10 août dans Le Figaro
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« Un aperçu du monde qui vient. » Dans une tribune parue dans Le Figaro le 10 août, Edouard Philippe a rebondi sur l’épisode de l’afflux de migrants dans l’enclave espagnole de Ceuta, fin juillet, pour livrer les grandes lignes de sa future politique migratoire s’il est élu président. En cas de victoire en 2027, l’ancien Premier ministre d’Emmanuel Macron assure qu’il « suivra la voie du contrôle et de la fermeté pour faire respecter nos lois françaises et nos règles européennes ».
Une intention louable… en apparence. Car quelques lignes plus loin, le maire du Havre propose deux mesures de suspension du droit d’asile pourtant contraires aux lois qu’il prétend défendre.
L’édile souhaite d’une part instaurer « un dispositif anti-chantage migratoire » qui prendrait la forme d’un « régime européen d’urgence » autorisant la suspension de l’enregistrement de nouvelles demandes d’asile « face à une situation exceptionnelle d’attaque hybride » aux frontières de l’Union européenne. Il veut d’autre part suspendre le traitement des demandes d’asile pour plusieurs années à Mayotte et en Guyane, des territoires selon lui « en situation de saturation migratoire ».
Ces mesures se heurteraient de plein fouet aux textes fondamentaux et aux traités internationaux signés par la France. Le droit d’asile a valeur constitutionnelle : il est reconnu à l’article 4 du préambule de la Constitution de 1946. Mais il est aussi protégé par de nombreux principes de droit international : la Convention de Genève de 1951 ratifiée par la France prévoit le principe de non-refoulement d’un demandeur d’asile en provenance d’un pays où sa vie ou sa liberté seraient menacées.
Une protection solidement ancrée dans le droit
Les principes de la Convention sont déclinés au niveau européen dans la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne (article 18), le traité sur le fonctionnement de l’Union européenne (article 78) et le code frontières de l’espace Schengen. Ils sont également protégés par plusieurs dispositions de la Convention européenne des droits de l’homme et de ses protocoles additionnels.
En d’autres mots, le droit d’asile est fortement enraciné dans l’appareil juridique constitutionnel et conventionnel français et ne peut souffrir d’aucune suspension intégrale durable, même en cas de crise majeure posant des difficultés matérielles de traitement des demandes.
Dans une ordonnance rendue le 30 avril 2020, le Conseil d’État avait ainsi enjoint au gouvernement de reprendre l’enregistrement des demandes d’asile, provisoirement suspendu en Ile-de-France à cause du Covid-19. Le juge administratif suprême rappelait dans sa décision que le droit d’asile « est une liberté fondamentale ».
Pour autant, le droit d’asile peut être aménagé : chaque État dispose d’une certaine marge de manœuvre pour délimiter les conditions d’accueil et d’octroi du statut de réfugié. La proposition d’Edouard Philippe intervient justement au moment où un texte européen entré en vigueur en juin 2026 prévoit des aménagements en cas de forte pression migratoire aux frontières de l’UE.
Le règlement « crise et force majeure » anticipe en particulier les scénarios « d’instrumentalisation » des migrants décrits par le candidat à la présidentielle. Les Etats subissant ce type d’attaque peuvent dorénavant prolonger les délais d’enregistrement et de traitement des demandes d’asile. Ils peuvent également demander une dérogation à la Commission et au Conseil européen pour élargir sensiblement le traitement à leurs frontières des demandes d’asile déposées par des exilés considérés comme « instrumentalisés ».
Mais les gouvernements ne peuvent en aucun cas suspendre intégralement le droit d’asile – même sur une période donnée.
Plus restrictif qu’en Pologne
Même la Pologne, qui a cessé depuis mars 2025 l’enregistrement des demandes d’asile à la frontière biélorusse à la suite du conflit sur la gestion des réfugiés avec le régime de Minsk, prévoit certaines exceptions afin de se conformer au droit international, notamment pour les mineurs non-accompagnés, les personnes en mauvaise santé ou celles à risque de mauvais traitement en cas de refoulement.
La loi polonaise se trouve toutefois sur une ligne de crête : les tribunaux du pays ont alternativement jugé le texte conforme avec le respect du droit d’asile ou en violation de ce dernier. Peu avant son adoption par le Parlement polonais, le Haut commissariat des Nations unies pour les réfugiés avait jugé la loi « clairement contraire« à la convention de Genève de 1951.
Autant dire qu’une suspension de « toute nouvelle demande d’asile » sur le territoire de Mayotte – soit une mesure encore plus drastique qu’en Pologne – tel que l’a proposé Edouard Philippe dans un entretien à France Mayotte Matin, n’aurait aucune chance d’obtenir le feu vert des juridictions françaises ou européennes.
Auteurs :
Auteur : Nicolas Turcev, journaliste
Relectrices : Clara Robert-Motta, journaliste
Tania Racho, docteure en droit européen, chercheuse-associée à l’Université Paris-Saclay
Liens d’intérêts ou fonctions politiques déclarés des intervenants à l’article : aucun
Secrétariat de rédaction : Nicolas Turcev, journaliste
L’article Peut-on suspendre le droit d’asile face à une « situation exceptionnelle », comme le propose Édouard Philippe ? est apparu en premier sur Les Surligneurs.
Août 2026. Aux Brouzils (Vendée), le manque de précipitations a asséché les sols. © Mathieu Thomasset/Hans Lucas via AFP
Parmi les conséquences de l’été caniculaire de 2026, l’une passe davantage sous les radars : la dégradation des sols. La répétition des sécheresses comme celle que nous connaissons actuellement accélère leur détérioration, menace les rendements agricoles et altère leur capacité à filtrer l’eau, à stocker le carbone et à abriter une biodiversité abondante (vers de terre, champignons, bactéries).
«Ça fait chaud au cœur de voir la mobilisation des Français aux côtés des pompiers quand la forêt brûle, remarque le géographe Jean-Daniel Cesaro. On aurait besoin de ce même élan face à la dégradation des terres et de la biodiversité.»
Le chercheur du Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (Cirad) est actuellement à Oulan-Bator, capitale de la Mongolie, pour participer à la 17ème Conférence mondiale (COP) sur la lutte contre la désertification. Dans ce pays, encore plus qu’en France, le changement climatique et certaines pratiques agricoles pèsent sur l’état des sols.
Une terre est jugée dégradée selon trois critères : son maigre couvert végétal (voire son absence), sa faible productivité, avec des rendements agricoles ou forestiers qui baissent, et une diminution de sa capacité à stocker le carbone organique. Au total, 40% des terres émergées dans le monde sont affectées par cette dégradation.
En France, 1,4% du territoire, soit 751 000 hectares, est touché, selon la définition internationale de la désertification. Ce sont des zones qui réunissent les trois caractéristiques précitées et qui connaissent un climat aride, semi-aride ou subhumide sec. Des conditions climatiques qui concernent le pourtour méditerranéen, la Corse-du-Sud, La Réunion, la Guadeloupe et Mayotte.
Une situation qui a conduit la France à se déclarer «partie affectée» par la désertification pour la première fois lors de la COP16, en 2024.
Sur le pourtour méditerranéen, les Pyrénées-Orientales sont en première ligne face aux sécheresses multipliées et intensifiées par le dérèglement climatique. À cause des faibles précipitations et des chaleurs répétées, «les réserves en eau souterraine deviennent faibles pour pouvoir maintenir durablement l’irrigation des vignes dans certaines zones, avec de multiples conséquences agricoles et économiques», détaille Jean-Daniel Cesaro.
Depuis 1960, la surface moyenne concernée par la sécheresse a triplé en Occitanie, d’après une étude du Réseau action climat local. Le nombre de jours secs devrait encore augmenter de 25% si les émissions de gaz à effet de serre suivent leur trajectoire actuelle, et jusqu’à 50% selon le scénario le plus pessimiste.
En ajoutant d’autres critères de détérioration comme la pollution ou l’érosion, le Comité scientifique français de la désertification souligne que 77% des sols de l’Hexagone sont abîmés, sans être nécessairement sous un climat aride ou semi-aride. Un constat inquiétant car la dégradation des sols alimente elle-même la désertification.
«Le carbone stocké dans les sols dégradés est rejeté dans l’atmosphère, augmentant les concentrations de CO2 et aggravant ainsi les dérèglements climatiques qui, en retour, accélèrent la sécheresse», explique Jean-Luc Chotte, pédologue (spécialiste des sols) à l’Institut de recherche pour le développement (IRD).
Heureusement, le processus n’est pas irréversible. Parmi les solutions qui permettent de restaurer des sols ou de les préserver, la communauté scientifique internationale a démontré l’efficacité de plusieurs adaptations des pratiques agricoles : «Éviter d’avoir un sol à nu grâce à un couvert végétal ou au paillis, renforcer la quantité de matière organique», liste Jean-Daniel Cesaro.
Aujourd’hui, les monocultures, l’utilisation d’engins mécanisés, les labours ou encore un apport trop élevé en engrais participent à cette détérioration. Au contraire, l’agroécologie ou l’agroforesterie, des manières de produire qui s’appuient sur le fonctionnement naturel des écosystèmes, permettent de préserver voire de restaurer les sols, selon un constat partagé par de nombreux pays lors des précédentes COP désertification. De nombreuses études scientifiques ont mis en lumière leurs bénéfices pour la santé des sols. Les racines des arbres plantés, par exemple, permettent de fixer le sol et de lutter contre l’érosion.
«On a des pratiques agricoles qui pouvaient être portées par le régime climatique et économique d’avant, qui doivent aujourd’hui se transformer en raison de la répétition des sécheresses et des tensions sur l’énergie provoquées par les guerres», relève Jean-Daniel Cesaro.
Et de poursuivre : «Pendant longtemps, la coopération internationale sur le sujet prenait le sens de l’aide au développement accordée par la France à des pays du Maghreb ou de la région subsaharienne. On gagnerait aujourd’hui à regarder les solutions qu’ils utilisent dans ces régions.»
Il ne pense toutefois pas qu’il faille les répliquer telles quelles sur notre territoire : «Il faut déjà regarder ce qui se pratique au niveau des chambres d’agriculture, des syndicats et des conditions très locales de nos départements. Mais les Français cherchent des solutions, il faut faire cause commune, c’est aussi tout l’intérêt de cette COP.»
Parmi les solutions au centre des discussions de la COP17 : le soutien au pastoralisme, dont les bénéfices pour entretenir les sols ont été démontrés par de nombreuses études scientifiques. Selon le Cirad, lorsque les pâtures et les déplacements des animaux sont bien gérés, cette pratique permet de maintenir une végétation ouverte et diversifiée, limite les risques d’incendies, favorise le recyclage des nutriments et participe à nourrir le sol avec des engrais naturels.
Mais avant de s’attaquer aux changements de pratiques, il faut sauvegarder les terres agricoles. Alors que la loi zéro artificialisation nette (ZAN), qui vise à limiter la bétonisation de zones naturelles ou agricoles, a été attaquée à plusieurs reprises en début d’année, Jean-Daniel Cesaro rappelle que «la préservation des terres agricoles est le meilleur rempart contre le changement climatique et la désertification : plus on a de terres disponibles, mieux on sera préparé à ce changement».

Source :Compte X, le 17 août 2026
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Des eaux turquoise et du sable fin à n’en plus finir, les îles Maldives sont pour beaucoup l’égal d’un paradis sur terre. Un paradis néanmoins menacé par le réchauffement climatique et l’un de ses corollaires : l’élévation du niveau de la mer, alertent experts et médias.
Faux, affirment de leur côté, des internautes qui écrivent que les îles Maldives « ne craignent pas la montée des eaux ». En témoignerait l’inauguration d’un nouveau terminal dans leur principal aéroport, « d’une surface de 84 000 m², avec une capacité de 7 millions de passagers par an », peut-on lire sur certaines publications.
Pour leurs auteurs, « les océans ne débordent que dans les cerveaux malades », soit ceux, affirment-ils, de « tous les marchands de l’apocalypse ». Comprenez : les écologistes, scientifiques, médias et politiques qui s’inquiètent du sujet.
Pourtant, l’instauration de cet aéroport – véridique – ne remet pas en cause ni le réchauffement climatique ni la montée des eaux et ses conséquences pour l’archipel.
Un pays particulièrement sensible au réchauffement climatique
Avec plus de 80 % de ses 1 190 îles coralliennes sont situées à moins d’un mètre au-dessus du niveau de la mer, les Maldives sont le pays le plus bas du monde… et donc l’un des plus concernés par la hausse des mers liée au réchauffement climatique.
Depuis 1900, le niveau moyen des océans a augmenté de 20 centimètres et il pourrait augmenter de 0,5 mètre à un mètre d’ici 2100, d’après les travaux du Giec (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat). Une grande partie de ces îles pourraient donc se retrouver immergées au cours du XXIe siècle. Cette situation des Maldives est connue depuis plusieurs années, mais pourquoi donc la thèse selon laquelle elles auraient déjà dû être sous les eaux est soutenue ?
Plusieurs internautes relaient une dépêche de l’Agence France Presse d’il y a 38 ans. En 1988, l’AFP publiait une dépêche alarmante sur le sujet. Intitulée « Les Maldives pourraient disparaître prochainement de la surface du globe, selon des experts », on peut y lire notamment une déclaration du directeur chargé de l’environnement de l’archipel de l’époque : « Le risque d’être immergé dans les trente prochaines années existe réellement, bien que certaines personnes en parlent à la légère ».
La publication d’une dépêche annonçant un risque, finalement non advenu trente ans plus tard, suffit-elle à prouver que les îles Maldives « ne craignent pas la montée des eaux » et que le sujet ne préoccupe que des « cerveaux malades », comme le disent les internautes ?
Non, et pour plusieurs raisons. Premièrement, concernant la dépêche elle-même, remarquons que le recours au conditionnel est la norme. Ainsi, l’AFP n’a pas écrit que les îles Maldives allaient disparaître, mais qu’elles « pourraient être rayées de la carte ». Il ne s’agit ainsi que d’une hypothèse.
Aussi, cette dépêche ne repose que sur trois déclarations d’élus locaux de l’époque. Leur parole, avant tout politique, ne constitue pas un consensus scientifique. Dans un article de débunk publié en 2024 sur le sujet, l’Agence France Presse, explique elle-même que sa dépêche « ne précis[ait] pas que la déclaration du gouvernement maldivien était basée sur des projections climatiques. » C’est-à-dire que l’hypothèse d’une disparition des Maldives sous la mer d’ici les années 2020 reposait sur des estimations hautes de 20 à 30 centimètres d’élévation dans les trente années à partir de la déclaration.
S’il y a bien eu une augmentation du niveau de la mer, elle n’a pas été de cet ordre, comme le présente le Smithsonian Ocean Institute. « Les études montrent qu’entre 1900 et 1990, le niveau de la mer a augmenté en moyenne de 1,2 à 1,7 millimètre par an. En 2000, ce rythme avait atteint environ 3,2 millimètres par an, et pour 2016, il est estimé à 3,4 millimètres par an. On s’attend à ce que le niveau de la mer s’élève encore plus rapidement d’ici la fin du siècle. »
Un impact documenté
Les preuves récentes de l’impact réel du réchauffement climatique sur les Maldives sont nombreuses. Les publications d’organisations ou d’institutions internationales sont légion sur le sujet : Human Rights Watch, Banque Mondiale, Forum économique mondial. De même que les rapports scientifiques : Earth’s Future, Nature, Springer Nature.
Des reportages ont également permis de mettre en images le phénomène : France 24, 60 Minutes Australia, Sky News. Dans ce dernier, réalisé en 2022, le ministre chargé de l’environnement, Abdulla Nasser, déclarait : « Nous perdons des terres, nous perdons des infrastructures et les gens perdent également leurs moyens de subsistance. »
Dans un rapport de 2019 consacré précisément à la problématique de la hausse du niveau de la mer et de ses implications pour les territoires côtiers et les îles, le Giec précisait notamment (p. 73) que « les Maldives ont récemment agrandi la superficie de leur région capitale en construisant une nouvelle île appelée Hulhumalé, surélevée de 60 cm par rapport à l’altitude normale de l’île (1,5 m), afin de tenir compte de l’élévation future du niveau de la mer. »
Ainsi, les Maldives ont agrandi leur territoire de façon artificielle – notamment en pompant du sable du fond marin sur une plateforme corallienne submergée – comme avec le fameux aéroport.
Nos demandes de précisions concernant les motivations qui ont poussé à la construction d’un nouveau terminal à l’aéroport international, sont restées sans réponse de la part des dirigeants de l’infrastructure et la présidence du pays.
Toutefois, la volonté de soutenir le secteur touristique local ne fait guère de doute. Le nouveau terminal – inauguré au mois de juillet 2025 – devrait permettre d’accueillir 7,5 millions de passagers par an contre 1,5 million auparavant, est-il précisé sur le site internet de l’aéroport (onglet Our Future), confirmant ainsi les données avancées par les publications.
« L’achèvement du nouveau terminal de l’aéroport international de Velana offre la possibilité d’accélérer encore la croissance du tourisme », suggérait récemment la Banque mondiale. « Le tourisme, qui représente environ 21 % du PIB, continue de dynamiser l’activité économique », précisait également l’institution internationale.
La construction du nouveau terminal était également présentée récemment comme un atout pour le développement du tourisme par la présidence des Maldives.
Enfin, notons que, pour les autorités locales, l’essor de l’industrie touristique et aéroportuaire de l’État insulaire ne semble pas s’opposer à la conscientisation de l’enjeu climatique que représente l’élévation du niveau de la mer.
Ainsi, en septembre 2025, Mohamed Muizz, le président de l’archipel, effectuait une visite sur le chantier d’un autre aéroport du pays qui permettra, est-il précisé dans un communiqué de presse, « de gagner plus de 40 hectares de terres, surélevées de 1,6 mètre au-dessus du niveau de la mer. »
Auteurs :
Auteur : Nicolas Kirilowits, journaliste
Relectrice : Clara Robert-Motta, journaliste
Liens d’intérêts ou fonctions politiques déclarés des intervenants à l’article : aucun
Secrétariat de rédaction : Clara Robert-Motta, journaliste
L’article Les Maldives sont bel et bien impactées par l’élévation du niveau de la mer est apparu en premier sur Les Surligneurs.
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Chaque année, une équipe recense et bague les oiseaux migrateurs de l'étang de Marcenay, en Côte-d'Or. Une mission délicate mais indispensable pour étudier les stratégies de halte migratoire des oiseaux, perturbées cette année par la sécheresse.
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En 2025, plus de 2 300 personnes ont pris le départ de l’épreuve reine de 174 kilomètres de l’Ultra-trail du Mont-Blanc (UTMB). © Jeff Pachoud/AFP
«L’UTMB, c’est le rêve de tout le monde, on veut tous y participer.» Sixième femme et deuxième Française au classement de l’Hoka UTMB Mont-Blanc en 2025, la traileuse Magali Mellon, qui ne sera pas au départ cette année, rêve déjà d’un retour dans la vallée de Chamonix (Haute-Savoie) en 2027.
Comme elle, près de 10 000 personnes tentent chaque année de décrocher leur dossard pour la «course de trail running la plus mythique et la plus prestigieuse au monde», selon l’organisation. Un peu plus de 2 500 d’entre elles seront au départ de l’épreuve reine (170 kilomètres et 10 000 mètres de dénivelé positif), qui s’élancera samedi autour du Mont-Blanc, après une semaine marquée par sept autres courses à partir de ce lundi. Au total, l’événement réunira 10 000 sportif·ves, des élites aux amateur·ices.
«Ce sont un peu nos championnats du monde. Dans une démarche de performance, c’est vraiment l’endroit où il faut être par rapport à nos sponsors, qu’on soit d’accord ou non avec le modèle de l’UTMB», poursuit Magali Mellon.
Car la grand-messe du trail est aussi devenue le symbole des dérives d’un «sport ultra-mondialisé», pointe le sociologue Olivier Bessy, auteur du livre Courir sans limites. Ses conséquences sur les sols et la biodiversité, encore peu documentées scientifiquement, suscitent des inquiétudes. L’UTMB participe aussi à la saturation de Chamonix, un phénomène récemment dénoncé par son nouveau maire (sans étiquette), François-Xavier Laffin, qui évoque également le rejet de l’événement par une partie de la population locale.
La compétition est surtout polluante. En 2024, l’UTMB a généré 18 600 tonnes d’équivalent CO2 (CO2e), selon ses organisateur·ices, soit l’équivalent de l’empreinte carbone annuelle moyenne de 2 000 Français·es. «C’est vrai que je me suis posée la question, d’un point de vue éthique, de savoir si je voulais vraiment participer à ça», confesse la traileuse Lucile Fayon, engagée pour la première fois sur l’épreuve cette année.
Sans grande surprise, l’essentiel de ces émissions est dû aux déplacements des athlètes et des spectateur·ices, à hauteur de 89% en 2025. «84% des émissions liées aux transports étaient imputables aux 25% de coureurs extra-continentaux. Toutes et tous viennent avec des accompagnants, leurs familles… On se retrouve avec près de 100 000 personnes sur la semaine à Chamonix», indique Benjamin Aidan, vice-président de Protect our winters France.
Cette association, engagée dans la mobilisation des sports de plein air et de montagne en faveur du climat, avait «interpellé l’UTMB en 2023» sur son empreinte environnementale et conseille l’organisation depuis un an.
«On s’interdit les partenariats avec des compagnies aériennes ou des fast-foods. L’épisode Dacia a marqué l’entreprise.»
L’UTMB Group a annoncé en 2025 vouloir réduire de 20%, d’ici à 2030, ses émissions de gaz à effet de serre par rapport à leur niveau de 2024. «On a conscience que notre événement à Chamonix est devenu très important et nous voulons réduire notre impact», reconnaît Fabrice Perrin, directeur sport et RSE (responsabilité sociétale des entreprises) de l’UTMB.
Fortement critiqué après avoir été rebaptisé Dacia UTMB Mont-Blanc en 2023, l’événement avait alors suscité l’incompréhension de nombreux traileur·euses, pour qui l’association d’une marque automobile à un sport de nature était difficilement conciliable. Depuis, l’UTMB a défini «les sponsors avec qui on peut travailler, et ceux avec qui on ne peut pas. On s’interdit les partenariats avec des compagnies aériennes ou des fast-foods. L’épisode Dacia a marqué l’entreprise», assure Fabrice Perrin.
Selon Protect our winters France, l’UTMB a réduit ses émissions de 3% en 2025 par rapport à l’édition 2024, notamment en «jouant sur le nombre de coureurs et d’accompagnants». L’organisation a aussi inauguré en 2026 un «boost mobilité durable» pour le tirage au sort des dossards des trois finales de l’UTMB à Chamonix et de l’Expérience trail courmayeur (ETC), une course de 15 kilomètres. «Les participants qui se sont engagés à venir à Chamonix sans prendre de vol de moins de deux heures ont bénéficié de 30% de chances supplémentaires de décrocher un dossard», précise Fabrice Perrin. En clair : pour bénéficier du boost, les coureur·ses des autres continents pouvaient venir en avion jusqu’en Europe, mais devaient ensuite poursuivre leur voyage jusqu’à Chamonix en train ou en bus.
«C’est un dispositif que nous pourrons élargir ensuite», affirme Fabrice Perrin. Une contribution carbone obligatoire a également été instaurée, une mesure dont l’efficacité est contestée par une partie de la communauté scientifique. Elle consiste, pour les participant·es à l’UTMB, à financer des projets de transition climatique, de réduction ou de séquestration du CO2, en fonction des émissions de gaz à effet de serre générées par leur participation à l’événement. Un mécanisme financier souvent critiqué comme une forme de permis de polluer. Des navettes ont aussi été mises en place afin d’éviter que les participant·es ne viennent à Chamonix en voiture.
Des évolutions jugées insuffisantes par Olivier Bessy. «Ces avancées ne sont à la hauteur ni des enjeux ni de la puissance financière de l’UTMB». Elles ne remettent pas non plus en question le modèle de l’UTMB et son circuit mondial, l’UTMB World Series.
Lancé en 2022, il rassemble des courses labellisées à travers le monde, qui permettent aux participant·es de décrocher de précieux running stones : des points nécessaires pour espérer se qualifier aux trois finales organisées lors de l’UTMB. Un à quatre points sont généralement attribués selon les événements. À titre d’exemple, il fallait onze running stones pour espérer participer à l’UTMB 2026.
L’UTMB ne s’arrête pas au massif du Mont-Blanc : il existe un circuit mondial de courses pour engranger ses chances de participer à l’épreuve alpine. © Emmanuel Dunan/AFP
«En tant qu’athlète élite, je peux faire une course et, en cas de bon résultat, être qualifiée. Mais pour quelqu’un de lambda, c’est la course aux running stones. Donc certains peuvent se dire : tiens, en Thaïlande, il y a moins de monde, j’ai peut-être plus de chance de me qualifier», explique Magali Mellon.
«Je connais plein de coureurs en Europe qui s’amusent à courir des courses by UTMB en Amérique ou en Asie. Pour l’UTMB, d’un point de vue économique, c’est l’idée du siècle, mais pour l’écologie, c’est la pire idée qui soit», dénonce Lucile Fayon.
Interrogé à ce sujet, Fabrice Perrin considère que le circuit «n’incite pas à voyager» : «L’idée est de vivre l’expérience UTMB près de chez soi. Si tu es français ou européen, tu n’as pas besoin de prendre l’avion pour te qualifier. On n’a jamais pris l’angle de dire aux gens de ne pas aller à l’étranger, car c’est vraiment marginal.»
La rhétorique marketing de l’UTMB World Series le contredit pourtant. L’une des premières questions posées en s’inscrivant sur le site du circuit consiste à indiquer les éventuels continents d’intérêt pour y disputer une course. «Lorsque l’on met en place un tel système sportif, où l’on a besoin de décrocher un maximum de points et donc de voyager, on ne peut pas appeler à la responsabilité individuelle», tance Benjamin Aidan.
«C’est le symbole de la démesure, de la surenchère. C’est un modèle inadapté avec les objectifs climatiques qui pousse les gens à voyager pour décrocher des points», dénonce Olivier Bessy. Pas pour Fabrice Perrin : «Les gens qui veulent faire des courses à l’étranger le feraient même sans l’UTMB.»
Faut-il donc s’en satisfaire ? «Il ne s’agit pas d’être pour ou contre l’UTMB, rappelle Olivier Bessy, mais de changer de récit.»
À commencer par l’UTMB World Series ? «Si toutes les courses labellisées par l’UTMB entraient dans la même démarche de réduction des émissions qu’à Chamonix, avec un boost favorisant les mobilités douces, là, ça deviendrait intéressant», songe le traileur Arnaud Bonin, quatrième l’an dernier de la Courmayeur-Champex-Chamonix, l’une des finales de l’UTMB.
«Une des mesures pourrait être de dire : une fois que vous avez fait l’UTMB, vous ne pouvez plus y participer.»
D’ailleurs, cette hypothèse n’est pas exclue par l’UTMB. «Chamonix va servir de réflexion pour les courses du World Series, assure Fabrice Perrin. Des recherches sont en cours pour connaître notre empreinte sur les sols, et ensuite agir».
Mais pour Olivier Bessy, il faut aller plus loin : «Une des mesures pourrait être de dire : une fois que vous avez fait l’UTMB, vous ne pouvez plus y participer.» De son côté, Protect our winters France propose d’organiser l’UTMB une fois tous les deux ans, de réduire le nombre de coureur·ses et d’accompagnant·es et de limiter davantage le recours au transport aérien.
«Il y a une énorme marge de progression, rappelle Benjamin Aidan. La bonne nouvelle, c’est que l’UTMB cherche à montrer l’exemple. Demain, on aura besoin que le trail montre au reste de la communauté sportive qu’on peut avoir un système plus responsable.»
Depuis plusieurs saisons, des stades de foot réputés pour leur ambiance populaire et fair-play affichent un visage bien moins tolérant. En cette reprise du championnat, nous republions notre enquête sur le hooliganisme en Bretagne.
L’article [Nouvelle enquête] Hooliganisme : l’extrême droite s’implante dans les tribunes bretonnes est apparu en premier sur Splann ! | Premier média d'enquête indépendant en Bretagne.
Mis en lumière par le journaliste indépendant Thibaud Mabut et repris par le journal Blick, Le passé judiciaire du candidat choisi fait tâche. Le futur délégué au numérique n'a ni les qualifications, ni les diplômes nécessaires pour le poste. Pire, il a été jugé en 2016 pour avoir envoyé des centaines de messages, passé des dizaines d’appels à son ex, envers qui il a proféré des menaces.
La polémique enfle dans le canton de Genève
Le Département des institutions et du numérique (DIN) semble pour l'instant s'entêter et maintenir la nomination d'un journaliste du journal Le Temps & du média en ligne Heidi News au poste de délégué au numérique du canton de Genève. L'affaire révélée par le journaliste indépendant Thibaud Mabut et le journal Blick, secoue le petit monde genevois.
Ce poste de délégué au numérique avait été créé en 2021 pour répondre à la complexité des dossiers stratégiques associés à la transition numérique (identité numérique, vote électronique, cyber-administration, souveraineté numérique, etc.). Son ancien titulaire était bardé de diplômes correspondant au poste.
Le DIN est dirigé par la conseillère d'État socialiste Carole-Anne Kast qui n'en est pas à son coup d'essai en termes de nominations controversées.
Le journaliste devra dans son nouveau poste rendre accessibles les enjeux numériques, vulgariser les orientations et projets du canton et en favoriser la compréhension par les différents publics. Gageons qu'il excellera dans la vulgarisation du concept de cyber-harcèlement. Car s'il ne dispose d'aucun des diplômes requis dans la fiche de poste (ni d'aucun diplôme ni expérience en informatique et en management), il a une expérience très personnelle. En 2012 et 2013, après sa rupture avec son ex-compagne, il lui avait envoyé des centaines de messages, passé des dizaines d’appels et proféré des menaces, comme par exemple celle d’...
Canicules, sécheresses, pluies diluviennes... Voici un livre, un documentaire et une BD pour plonger dans une belle lutte victorieuse, comprendre les problèmes liés à l'eau et découvrir les solutions imaginées par les chercheurs.
« Il faut, autant qu'on peut, obliger tout le monde : on a souvent besoin d'un plus petit que soi », écrivait La Fontaine dans la fable Le lion et le rat. Face à la sécheresse envahissante et aux restrictions d'eau imposées, le « plus petit que soi » ne serait-il (…)
Fadi Shebli, habitant de Halta (commune de Kfar Chouba) montre où se sont propagés les incendies qui ont ravagé des forêts de chênes en début de mois. © Amélie David/Vert
Les oliviers, par centaines, défilent au travers des vitres de la voiture à mesure que nous approchons du village frontalier de Halta, au Liban. Leurs silhouettes noueuses ponctuent ce paysage bucolique. Ici, ces arbres, symboles de paix et de vie, sont pris dans le tourment de la guerre et de la mort.
Les yeux de Loubna Saleh s’emplissent de larmes quand elle tend le regard vers l’est de ce village à majorité sunnite, là où se trouve la frontière avec les territoires occupés par Israël. «Là-haut, il y a nos terres», montre-t-elle. Au bout de son doigt se trouve toute la richesse du village : ses oliviers et ses autres arbres fruitiers cultivés depuis des décennies. Ces terres se trouvent dans la zone occupée et contrôlée par l’armée israélienne. «Cette tâche blanche, c’est le drapeau israélien, affirme-t-elle. L’armée israélienne nous interdit de nous rendre sur notre propre terre.»
Au loin, une explosion retentit. Depuis longtemps, les bruits de la guerre ne font plus sursauter cette mère de famille. Elle a le regard figé sur ce paysage aujourd’hui aux mains des Israélien·nes. «Inch’Allah [si Dieu le veut, en arabe, NDLR], bientôt, tout sera terminé», glisse-t-elle, comme pour se convaincre elle-même. Car ici, c’est bien sous l’ombre de l’occupation que les habitant·es de la région vivent depuis le début de l’escalade meurtrière entre le Hezbollah, parti politique chiite pro-iranien et doté d’une milice armée, et Israël, le 2 mars dernier.
Cette nouvelle confrontation a tué plus de 4 000 personnes au Liban et en a blessé plus de 16 000. Plus d’un million ont été déplacées de force au plus fort de la guerre ; 800 000 ont pu rentrer chez elles depuis, selon l’Organisation des Nations unies (ONU). Malgré un cessez-le-feu officiel entré en vigueur le 17 avril, l’armée israélienne mène des attaques quotidiennes, occupe au moins 600 kilomètres carrés du pays et continue de raser des villages entiers.
En avril, des expert·es des droits humains de l’ONU ont averti que la destruction systématique et les déplacements forcés massifs «laissent présager un nettoyage ethnique». À Halta et ses environs, à majorités druze, sunnite et chrétienne, les résident·es ont choisi de rester de peur de voir leur village détruit. Ils et elles vivent au rythme des menaces, des incursions, parfois violentes, et des disparitions. Trois agriculteurs de Halta ont été enlevés en mai dernier. Depuis, leur famille est toujours sans nouvelle.
Dans le sud du Liban, la saison des olives dépasse largement le cadre agricole. Pour de nombreuses familles, elle constitue une source essentielle de revenus. L’huile produite permet de couvrir une partie des dépenses des mois suivants : l’alimentation, le chauffage ou l’éducation des enfants. «C’est la saison principale, celle qui nous permet de nous en sortir financièrement, reprend Loubna Saleh. Un bidon d’huile d’olive nous rapporte au moins 150 dollars [128 euros, NDLR]. Avec cet argent, nous sommes tranquilles jusqu’à la prochaine saison…»
Fadi Shebli cultive des noix, des figues de barbarie et des olives dans le terrain qui entoure sa maison de Halta. © Amélie David/Vert
L’enfant du pays et les siens connaissent ce paysage par cœur. Mais les oliviers qui poussent sur la colline d’en face leur sont devenus presque étrangers. «Nous n’avons eu le droit de nous rendre auprès de ces oliviers qu’une dizaine de jours ces dernières années», soupire la Libanaise. Elle vient s’asseoir aux côtés de son mari, Fadi Shebli, dans la cour de leur maison, bordée d’oliviers quinquagénaires, de figuiers et de noyers.
Ce dernier a été menacé alors qu’il était en train de planter des oliviers sur une de ces terres. «J’ai pu planter quelques oliviers en présence de soldats de la FINUL [la Force intérimaires des Nations Unies au Liban, NDLR] qui m’ont accompagné. Le drone n’a pas largué de bombe, mais il est resté jusqu’à ce que nous terminions…», dépeint Fadi en allumant une cigarette, avant de se lever et d’aller auprès de ses arbres.
Il montre avec fierté ses oliviers quinquagénaires autour de sa maison, où il vit depuis le retrait d’Israël du sud du Liban en 2000. Dans un mois, il en récoltera les fruits si la situation le permet. Mais tout une partie de sa récolte, plus loin sur les terres marquées par les chenilles des tanks israéliens, sera perdue. «Ce sont les oliviers qui nous permettent de tenir debout», soupire-t-il en inspectant l’une des branches.
La route qui relie Halta à Kfar Chouba serpente entre les oliveraies centenaires. Toujours debout. Mais rien ne garantit que leurs propriétaires puissent récolter leurs fruits cette année.
Près de la mairie, dont le bâtiment a été complètement détruit par les bombardements en 2024, Kassem Kadri, le maire, échange avec les habitant·es autour d’un thé. La guerre et l’occupation résonnent dans toutes les conversations. «Nous avons demandé au mécanisme [la structure en charge du contrôle de l’accord de cessez-le-feu entre Israël et le Liban, NDLR] l’autorisation d’accéder aux oliveraies en toute sécurité, du 1er septembre au 15 octobre, afin que chacun puisse nettoyer les terrains avant la récolte d’octobre. Mais jusqu’à présent, nous n’avons pas reçu de réponse de la part d’Israël», explique l’édile, où près de la totalité des habitant·es sont resté·es.
A deux pas de là, Ferial Abdel Aal fume le narguilé dans son salon avec ses proches. «J’ai une parcelle de terrain où il y avait 120 oliviers. Israël nous les a arrachés, ils ont aussi arraché les figuiers, tous les arbres fruitiers. Une pelleteuse a tout rasé», dépeint la mère de famille. En plus des destructions, les agriculteur·ices de la région vivent dans la peur de voir des incendies ravager leurs cultures.
Ferial Abdel Aal, 43 ans, tire ses principaux revenus de l’agriculture, et notamment de la culture des olives, aujourd’hui compromise par les attaques et l’occupation israéliennes. © Amélie David/Vert
Au début du mois d’août, deux départs de feu, attribués à l’armée israélienne par les habitant·es, les pompier·es et les ONG, ont ravagé plusieurs hectares de forêts de chênes et se sont approchés à quelques mètres des terres cultivées à Kfar Chouba. Les munitions utilisées et les conditions climatiques actuelles offrent un terrain propice aux incendies. Selon l’ONG Legal agenda, depuis 2023, plus de 3 000 arbres ont été déracinés et détruits par les bulldozers de l’armée israélienne à Kfar Chouba.
Au cours des dernières semaines, d’autres feux ont ravagé des centaines d’arbres fruitiers, dont des oliviers, à Yaroun, village frontalier, au sud de Kfar Chouba, entièrement détruit. «En brûlant les oliviers et les arbres fruitiers, Israël cherche à en faire une terre impropre à la vie, une terre brûlée, inhabitable, où il ne reste plus rien», vitupère le maire Hafez Ghasham.
Vue de Zaoutar-El-Charqiye, depuis Zaoutar-El-Gharbiye (zone pilote décidée par l’accord-cadre entre Israël et le Liban pour le déploiement de l’armée libanaise, mais où l’armée israélienne maintient une présence autour), le 30 juillet dernier. © Amélie David/Vert
Plus au nord de Yaroun, à Zaoutar El Charqiye, sous occupation israélienne, la municipalité et les habitant·es dénoncent le vol de 500 à 600 oliviers centenaires entre fin juillet et début août. «Si les oliviers étaient encore là, nous les verrions à un endroit précis, à moins qu’ils aient été brûlés… Nous avons toutes les raisons de penser que c’est l’ennemi [Israël, NDLR] qui les a arrachés et les a emmenés à l’intérieur du territoire palestinien occupé», explique le maire de la municipalité, Mohamed Ismaïl. Comme à Yaroun, il suit la destruction de son village avec des images satellites et grâce aux photos prises depuis les environs.
Feux intentionnels, destructions et arrachages d’oliviers sont régulièrement documentés par l’ONG Green Southerners. «Il s’agit d’une pratique plus large d’effacement : pas seulement la destruction physique du paysage, mais aussi le fait de rompre progressivement le lien entre les communautés et leur terre», souligne son président, Hisham Younes. Les conséquences sont aussi mesurables en hectares et en dollars.
«Lorsqu’un olivier est brûlé, déraciné ou emporté, la perte dépasse largement l’agriculture. Certains ont des siècles, voire des millénaires, et portent l’histoire de générations.»
Selon une évaluation conjointe de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) et du ministère libanais de l’agriculture, 742 hectares d’oliviers doivent être replantés ou réhabilités, pour un coût estimé à 21,5 millions de dollars (plus de 18 millions d’euros). Les pertes de récolte concernent 24 936 hectares, pour une perte estimée à 30 706 tonnes d’olives, soit environ 307 millions de dollars (plus de 262 millions d’euros). Une mauvaise saison peut être compensée l’année suivante. Un olivier arraché, lui, ne repousse pas en quelques mois.
Le gouvernement libanais, comme plusieurs ONG et habitant·es, accuse Israël de mener un véritable écocide et espère voir l’État hébreu condamné. Les conventions de Genève et le Statut de Rome de 1998 considèrent comme «crime de guerre» toute attaque causant des dommages étendus, durables et graves à l’environnement lorsqu’ils sont manifestement disproportionnés par rapport à l’avantage militaire attendu.
Vue sur la vallée de Khiam depuis Kfar Chouba. © Amélie David/Vert
Pour beaucoup, les oliviers ne sont pas qu’une simple ressource économique, un bien qu’on extrait de la terre. «Lorsqu’un olivier est brûlé, déraciné ou emporté, la perte dépasse largement l’agriculture. Certains ont des siècles, voire des millénaires, et portent l’histoire de générations : en perdre un, c’est perdre une part de notre histoire, de notre identité et de notre lien à la terre», souligne Rose Becharra, productrice d’huile d’olive et fondatrice de l’entreprise Darmmess, basée à Deir Mimas, village du sud à majorité chrétienne. La productrice travaille chaque année avec des dizaines d’agriculteur·ices de la localité et des environs. Tout comme Abie Musa, fondateur de Terra, qui produit de l’huile d’olive depuis deux ans. «Il s’agit de préserver une tradition fondée sur la transmission d’un savoir qui passe d’une génération à l’autre», décrit-il.
Dans son salon, à Kfar Chouba, Ferial regarde son fils avec plein de douceur. Quand nous lui demandons ce que signifie l’olivier, elle marque une pause, puis lance : «J’ai porté mon fils pendant neuf mois, je l’ai mis au monde, je l’ai élevé et il a grandi. L’olivier représente la même chose.» Loubna Saleh partage le même sentiment. À Halta, depuis son jardin, elle garde un œil sur la colline d’en face, là où sont postés les soldats israéliens. Ses oliviers y sont toujours debout, mais inaccessibles, sur ces terres qu’elle espère un jour pouvoir transmettre à ses enfants.
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Source :Compte Facebook, le 17 août 2026
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Une centaine de brûleurs et trois tonnes de gasoil. Derrière cette recette, se cache le « Météotron », présenté par son créateur en 1961 comme une machine qui pourrait « fabriquer des nuages ». Quelques décennies plus tard, certains internautes relaient une archive vidéo de l’Institut national de l’audiovisuel (INA) qui présente le dispositif. Selon eux, celle-ci prouverait que le climat est « contrôlé par les élites ».
« La modification du climat n’a absolument rien d’une théorie du complot. C’est de l’histoire, de la physique et de la technologie documentée et utilisée depuis plus de 60 ans », commente un utilisateur sur Facebook.
Pourtant, si les images du Météotron sont authentiques, elles ne prouvent nullement un quelconque contrôle du climat. Explications.
Des résultats incertains
Pour mieux comprendre, revenons quelques décennies en arrière. En 1961, sur le plateau de Lannemezan, dans les Hautes-Pyrénées, le physicien français Henri Dessens a tenté de contrôler la météo. L’objectif : créer un nuage artificiel avant d’y injecter des particules afin de déclencher des précipitations. Mais cette expérience s’est révélée être « un échec », raconte Marine de Guglielmo Weber, chercheuse en environnement, énergie et matières premières stratégiques à l’Institut de recherche stratégique de l’école militaire (Irsem).
Loin d’être anodin, le Météotron fait en réalité partie d’une multitude de tentatives de contrôles météorologiques effectuées depuis la fin des années 40. Parmi celles plébiscitées : l’ensemencement des nuages. À la différence du Météotron, l’idée est d’injecter des particules directement dans des nuages porteurs d’humidité et non d’en créer d’abord un artificiellement. Aujourd’hui, ce serait « plus d’une cinquantaine de pays » qui y auraient recours, selon François Massonnet, chercheur qualifié FNRS en climatologie à l’université catholique de Louvain.
Sauf que si cette technique fait l’objet d’un fort investissement par certains pays, elle ne repose en réalité sur aucun consensus scientifique quant à son efficacité réelle et systématique. Concrètement, lorsqu’un nuage est ensemencé – avec quelque technique utilisée –, il est difficile de savoir si les précipitations qui ont lieu sont réellement dues à l’injection des particules ou si elles seraient arrivées sans celle-ci.
Au vu des variabilités des phénomènes météorologiques, « il y a une grosse difficulté à prouver qu’on a créé des précipitations même si l’on dispose depuis quelques années de preuves pour certaines configurations atmosphériques », rapporte Olivier Boucher, directeur de recherche au CNRS. Dans des conditions bien précises, des expériences ont en effet montré qu’il a été possible d’ « augmenter des précipitations déjà existantes », pointe François-Marie Bréon, directeur adjoint au Laboratoire des Sciences du Climat et de l’Environnement.
Un impact localisé
De plus, tout comme le Météotron, ces différentes expériences ne visent qu’à contrôler la météo, et non le climat. Autrement dit : l’ambition est d’avoir un impact localisé et limité dans le temps, contrairement au climat qui relève d’une « tendance générale sur plusieurs décennies » et qui est « global », pointe Fabienne Trolard, directrice de recherches à l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (INRAE).
Contrairement aux dires des internautes, l’archive vidéo présentant le Météotron ne peut donc être utilisée comme preuve d’un supposé contrôle du climat de la part des « élites ». Au-delà du fait que l’expérience était bancale, la différence d’échelle est trop grande.
Plus largement, il n’existe à ce jour aucune preuve d’un quelconque contrôle du climat. Pour autant, de nombreux acteurs travaillent sur la question.
La course à la géo-ingénierie climatique
En effet, face au dérèglement climatique, des techniques pouvant contrôler le climat à grande échelle sont étudiées. C’est ce qu’on appelle la « géo-ingénierie ». Derrière ce nom, se cache une multitude d’idées plus ou moins farfelues comme l’éclaircissement de certains nuages, le déploiement de parasols spatiaux ou encore l’injection d’aérosols dans la stratosphère dans le but de baisser la température moyenne du globe.
Si jusqu’alors certaines de ces idées n’ont fait l’objet que d’expériences localisées, le domaine connaît une réelle accélération, a observé ces dernières années Marine de Guglielmo Weber. L’entreprise israélo-états-unienne Stardust Solutions, qui travaille sur l’injection d’aérosols dans la stratosphère, a pour ambition de déployer son dispositif à grande échelle d’ici 2035, raconte le média Vert.
Cette technique consisterait à injecter dans la stratosphère des aérosols qui ont un fort pouvoir réfléchissant. Ces derniers « serviraient alors à refléter directement une toute petite partie du rayonnement solaire incident de façon à limiter la quantité d’énergie solaire qui parvient jusqu’à la Terre », détaille François Massonnet. Ainsi, l’injection d’aérosols pourrait refroidir artificiellement la température du globe.
Des injections non sans risque
Mais la machine climatique pourrait également s’enrayer. Par exemple, si l’objectif est de diminuer la température mondiale d’un degré, « la température ne va pas diminuer d’un degré partout et tout le temps », explique le chercheur qualifié FNRS en climatologie à l’université catholique de Louvain. Il serait alors possible que certains pays aient « un écart de température qui sort largement de la gamme naturelle auxquels ils sont habitués », ajoute-t-il.
Cela pourrait également avoir un impact sur les précipitations. Ces dernières ne seraient plus distribuées de la même manière sur Terre, explique François-Marie Bréon. L’un des exemples les plus frappants reste les moussons asiatiques. Si l’intensité de celles-ci venait à être réduite, des questions d’ordre de sécurité alimentaire pourraient se poser.
Autre problème : une seule injection d’aérosols dans la stratosphère ne suffirait pas. Ces particules vont « retomber » et « pour que l’on continue à avoir une température réduite, il faudra continuellement injecter ces aérosols », développe François-Marie Bréon. Autrement dit : loin d’être l’affaire que d’une seule génération, cette technique engagerait également les prochaines.
Face au développement de la géo-ingénierie, de nombreuses voix s’élèvent pour alerter quant à son utilisation. Ainsi, en octobre 2025, l’Académie des sciences alertait dans un rapport sur la géo-ingénierie climatique que celle-ci « ne constitue ni une alternative à la réduction des émissions de gaz à effet de serre, ni une solution technologique miracle » avant de conclure qu’ « aucune de ces approches ne peut aujourd’hui être déployée à grande échelle sans incertitudes scientifiques majeures, impacts environnementaux potentiels, dont certains irréversibles, entraînant des risques géopolitiques sérieux ».
Auteurs :
Autrice : Maylis Ygrand, journaliste
Relectrice : Clara Robert-Motta, journaliste
Liens d’intérêts ou fonctions politiques déclarés des intervenants à l’article : aucun
Secrétariat de rédaction : Maylis Ygrand, journaliste
L’article Non, cette archive de l’INA montrant une « machine à fabriquer des nuages » ne prouve pas que le climat est contrôlé est apparu en premier sur Les Surligneurs.
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