Un an après l'incendie des Corbières, dans l'Aude, ce drame continue de hanter le monde paysan. Mais il a aussi permis de renforcer les liens et d'engager une réflexion globale sur l'avenir du territoire.
Fontjoncouse (Aude), reportage
En arpentant la piste forestière qui mène jusqu'à l'exploitation d'Emmanuelle Bernier, sur les hauteurs de Fontjoncouse, les traces du feu du 5 août 2025 sont partout. Certains arbres, noircis par les flammes, ont été abattus et s'amoncellent le long du (…)
Un an après l'incendie des Corbières, dans l'Aude, ce drame continue de hanter le monde paysan. Mais il a aussi permis de renforcer les liens et d'engager une réflexion globale sur l'avenir du territoire.
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En arpentant la piste forestière qui mène jusqu'à l'exploitation d'Emmanuelle Bernier, sur les hauteurs de Fontjoncouse, les traces du feu du 5 août 2025 sont partout. Certains arbres, noircis par les flammes, ont été abattus et s'amoncellent le long du (…)
Un an après l'incendie des Corbières, dans l'Aude, ce drame continue de hanter le monde paysan. Mais il a aussi permis de renforcer les liens et d'engager une réflexion globale sur l'avenir du territoire.
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En arpentant la piste forestière qui mène jusqu'à l'exploitation d'Emmanuelle Bernier, sur les hauteurs de Fontjoncouse, les traces du feu du 5 août 2025 sont partout. Certains arbres, noircis par les flammes, ont été abattus et s'amoncellent le long du (…)
À l'heure où les chaleurs de l'été ont déjà provoqué près de 6 000 morts en France, les compagnies pétrolières responsables du dérèglement climatique ont encore vu leurs profits exploser. Les huit plus gros producteurs de pétrole ont réalisé 93 milliards de dollars de bénéfices d'avril à juin selon une analyse du Guardian.
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En janvier 2026, l’opposition aux fermes à saumons a rassemblé des associations de tous bord, des organisations de pêche et nombre de riverain·es. © Cyril Nahon
C’est «une usine qui va menacer la ressource en eau alors que le territoire subit déjà un stress hydrique», dénonce la porte-parole de l’ONG Seastemik, Esther Dufaure, auprès de France 3. L’implantation d’une mégaferme à saumons en Gironde, d’une ampleur inédite en France avec jusqu’à 10 000 tonnes produites par an, a été autorisée le 3 août par l’État «dans un cadre environnemental strict» alors que des habitant·es, des ONG et des parlementaires s’opposent à son installation.
Ce projet de 280 millions d’euros porté par la filiale française de la société Pure Salmon, financée par un fonds d’investissement singapourien, «présente un grand intérêt économique et industriel pour le territoire», a justifié mardi la préfète de la Gironde, Sophie Brocas. Cette usine terrestre d’élevage de saumons, en circuit fermé, doit être construite sur 14 hectares au Verdon-sur-Mer, au bout de l’estuaire de la Gironde, à partir de 2027.
Une décision qui provoque la colère des associations. La ferme à saumons aurait besoin de prélèvements d’eau très importants, jusqu’à 6 500 m3 par jour pour ce projet. Un chiffre qui interloque, d’autant plus dans le contexte actuel de sécheresse qui a participé à alimenter les incendies historiques subis par le département.
Dès 2025, 27 ONG ont dénoncé, dans un Appel pour l’océan, un projet «complètement démesuré» qui menacerait l’écosystème du «plus grand et plus sauvage estuaire» d’Europe, avec des rejets de boues au détriment de la pêche et de la culture de coquillages. Les professionnel·les s’inquiètent des risques pour leurs ressources. «Il y aura forcément un déséquilibre environnemental», s’indigne Philippe Morandeau, éleveur d’huîtres sur l’île d’Oléron au micro de France 3.
Alors que la pisciculture marine française ne représentait en 2024 que 5 807 tonnes de poissons, toutes espèces confondues, d’après les chiffres officiels, le projet girondin et ses 10 000 tonnes de saumons par an deviendra le plus important de toute l’Union européenne, selon Pure Salmon. Toutefois, des productions atteignent 12 000 t/an en Norvège, précise l’entreprise.
Pour la préfète, l’installation de la mégaferme «répond à plusieurs enjeux d’intérêt général : la reconversion d’une friche industrialo-portuaire à la pointe du Médoc, la création de 250 emplois directs et la production sur le territoire national du poisson le plus consommé par les Français, et actuellement importé à 99%.»
L’autorisation environnementale «est assortie de prescriptions environnementales particulièrement exigeantes qui encadreront aussi bien la phase de travaux que l’exploitation de l’installation» et feront l’objet d’un «contrôle permanent», tente de rassurer la représentante de l’État.
Elle cite notamment «la protection des ressources en eau et des milieux aquatiques», «la qualité des rejets aqueux dans le milieu naturel», «la préservation de la biodiversité et des espèces protégées» ou encore «la gestion des odeurs et limitation des émissions lumineuses».
Jugeant les risques environnementaux trop importants, plusieurs centaines d’opposant·es ont manifesté en janvier dernier et en décembre 2025 sur le lieu d’implantation. Et l’enquête publique a enregistré plus de 20 000 contributions, défavorables dans leur quasi-totalité. Durant celle-ci, la commission locale de l’eau, le Bureau des ressources géogologiques et minières (BRGM) et le conseil scientifique de l’estuaire de la Gironde, également opposés au projet, avaient pointé un déficit d’information derrière les «affirmations rassurantes». Alors que le projet est situé dans un espace naturel protégé, la Mission régionale d’autorité environnementale (MRAe) a déploré le manque de quantification précise des rejets d’azote et de phosphore dans les eaux.
Malgré cette importante mobilisation, la commission d’enquête publique a rendu un avis favorable en mars, comme le Conseil départemental de l’environnement et des risques sanitaires et technologiques (Coderst) il y a un mois.
Une proposition de loi soutenue par une centaine de député·es allant de La France insoumise (LFI) aux Républicains réclame un moratoire de dix ans sur ces fermes-usines de saumons. Déposée en mars 2025, elle n’a pas encore été examinée à l’Assemblée nationale.
La société Pure Salmon assure que sa «technologie éprouvée» garantit «un impact maîtrisé sur la biodiversité». La méthode utilisée est fondée sur un système de recirculation d’eau, «RAS» (pour recirculating aquaculture systems). Cela signifie que l’eau est toujours en mouvement, filtrée, traitée et réutilisée. Elle est «adoptée par de plus en plus de pays producteurs de poissons et reconnue comme étant la plus vertueuse quant aux volumes d’eaux nécessaires au fonctionnement de ce type d’installation», assure la préfecture.
«De l’enfumage», balaient les opposant·es, qui annoncent qu’une dizaine d’ONG dont Seastemik et L214 vont déposer prochainement un recours contentieux devant la Cour administrative d’appel de Bordeaux. Si les principes de l’aquaculture en recirculation «sont aujourd’hui bien établis», des projets de cette taille constituent «un changement d’échelle» avec encore peu de «références opérationnelles» dans le monde, pointait l’Ifremer dans une note publiée en mars.
«Pure Salmon reconnaît les capacités sensorielles des poissons dans son dossier technique mais prévoit des densités très élevées (60 à 70 kg/m3) incompatibles avec les besoins du saumon atlantique, une espèce migratrice vivant en milieu ouvert», souligne l’association de lutte pour le bien-être animal L214. Selon celle-ci, «chaque individu aura seulement l’équivalent d’une demi baignoire».
Pure Salmon, de son côté défend ses bonnes intentions, affirmant que «le bien-être animal est au cœur du projet» et que l’approvisionnement de la ferme obéit à des «normes strictes», assurant aux saumons une alimentation «responsable et traçable».
Le projet divise également au sein du gouvernement. La ministre de la transition écologique, Monique Barbut, s’y était opposée «à titre personnel» lors d’une audition au Sénat en avril. «Il n’y a aucune raison qu’il ne se fasse pas», avait répondu son collègue de l’industrie, Sébastien Martin, lors d’un déplacement en juin en Gironde.
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Source :Le Monde, le 20 juillet 2026
Etiqe :Pas tout à fait
Contenu :
L’adoption de ce texte controversé aura conduit à la démission – non acceptée – de Monique Barbut, ministre de la Transition écologique, ce 22 juillet 2026. Pour la ministre, opposée au texte et sans soutien visible au sein de son gouvernement, il s’agit d’un « recul environnemental ». Si elle évoque, en priorité, la réintroduction d’un pesticide interdit depuis 2020, la ministre avait précédemment dit regretter un texte déséquilibré concernant le partage de l’eau.
Elle est loin d’être la seule à s’inquiéter de cet aspect de la loi. Dans une tribune dans Le Monde le 20 juillet, une spécialiste des politiques agricoles justifiait les craintes que provoque ce texte, car il consacrerait « la primauté absolue des usages agricoles de l’eau sur les besoins des autres usagers ». D’autres personnes ont mis en avant cette apparente priorité aux usages agricoles, comme le pointe du doigt une hydrologue, sur France Info, le 17 juillet 2026. « Ce projet de loi d’urgence agricole, il dit que les usages agricoles sont prioritaires devant tout le reste », assure-t-elle.
S’il est vrai que cette loi d’urgence agricole modifie les processus de gouvernance de l’eau et permet plus de dérogations pour les agriculteurs et agricultrices concernant le stockage de l’eau, la loi n’instaure pas, juridiquement parlant, une priorité pour les usages agricoles.
Désormais, la vie biologique ne prévaudra pas sur l’activité économique agricole
Le chapitre Ier du troisième titre de la loi entend « développer et sécuriser le stockage de l’eau pour les agriculteurs et l’ensemble des usagers ». Dans ces articles, il n’est pas fait mention d’une « primauté » ou « priorité », à proprement parler.
Le premier article modifie toutefois le code de l’environnement en inscrivant un principe de non-priorité. L’article L. 211-1 de ce code dispose que la gestion équilibrée de l’eau doit permettre de satisfaire des exigences, mais aussi de satisfaire ou concilier différents usages et liste les exigences dans cet ordre : de la vie biologique, du libre écoulement des eaux et enfin de l’agriculture.
S’il n’y avait pas à proprement parler de hiérarchie dans la loi, implicitement, une hiérarchie des exigences et donc des usages était faite par leur place dans le texte. Ce que fait la loi d’urgence agricole, c’est précisément d’inscrire dans le marbre qu’il n’y a pas de hiérarchie. « Les exigences mentionnées aux 1° à 3° du présent II sont conciliées, sans qu’aucune d’entre elles prévale, par principe, sur les autres. » Juridiquement, cela ne change pas grand-chose, mais symboliquement, il s’agit de mettre sur un même plan les activités économiques et la santé du vivant.
Dans ce même article de la loi d’urgence agricole, un objectif est inscrit : « l’État se fixe comme objectif le doublement des volumes de stockage d’eau pour les usages agricoles d’ici à 2035″. Cet objectif dans une loi ordinaire donne un tempo clairement favorable aux agriculteurs, mais ne lie pas vraiment l’État car il n’a pas de valeur contraignante.
Un principe de non-régression agricole introduit dans la loi, puis supprimé
Il faut dire que cet article de la loi était beaucoup plus étoffé après son introduction par le Sénat. Lorsque les sénateurs l’ont ajouté, un paragraphe introduisait une réelle priorité pour les usages agricoles. « Cette gestion [équilibrée et durable de la ressource en eau, ndlr] est mise en œuvre dans le respect du principe de non‑régression agricole, entendu comme la préservation des conditions nécessaires à l’atteinte de l’objectif de souveraineté alimentaire », précisait l’article.
Très critiqué par certains parlementaires qui y voyaient la porte ouverte à un « accaparement de l’eau » par une minorité d’agriculteurs. Cet article controversé sur la non-régression, dans lequel la ministre de la Transition écologique voyait bel et bien une « priorité » donnée à l’usage agricole de l’eau au détriment, par exemple de « l’eau potable et la sécurité civile », sera finalement supprimé en commission mixte paritaire.
S’il n’existe plus, la loi va dans le sens d’une facilitation de l’accès à la ressource en eau, notamment via la possibilité de stocker l’eau.
Le préfet peut passer outre une partie de la démocratie locale de l’eau
Pour bien comprendre, il faut revenir sur la manière dont s’opère le partage de l’eau sur le territoire français. Depuis des dizaines d’années, une « démocratie de l’eau » a été mise en place pour répartir au mieux la ressource entre les usagers. Sur chaque bassin, il existe des SDAGE (schémas directeurs d’aménagement et de gestion de l’eau) institués par la loi sur l’eau de 1992, et leurs déclinaisons locales, les SAGE.
Ces SAGE définissent à l’échelle locale le partage de la ressource en eau entre usagers, qu’ils soient agriculteurs, industriels ou particuliers. Ils sont mis au point par les commissions locales de l’eau (CLE), dont la composition est définie par le code de l’environnement (art. R. 212-30 et suiv.). On y trouve des représentants des usagers, dont les agriculteurs, mais aussi des représentants des collectivités territoriales ou des établissements, tels que les parcs nationaux. L’équilibre des représentations au sein de cette CLE est donc essentiel, puisque c’est en son sein que se définit le partage de l’eau à l’échelle locale.
Or, la composition des CLE a, précisément, été repensée pour donner plus de place aux agriculteurs au détriment des représentants des autres usagers. Un tiers des sièges reviennent désormais aux agriculteurs. De plus, la loi crée au sein des CLE une commission technique chargée d’instruire les questions relatives aux usages agricoles de l’eau sera spécifiquement mise en place.
Or, la composition des CLE a, précisément, été repensée pour donner plus de place aux agriculteurs au détriment des représentants des autres usagers. Un tiers des sièges reviennent désormais aux agriculteurs. De plus, la loi crée au sein des CLE une commission technique chargée d’instruire les questions relatives aux usages agricoles de l’eau sera spécifiquement mise en place.
Autre contournement de la démocratie locale de l’eau, pour réaliser des retenues d’eau – les fameuses bassines – il faut, depuis 2015, présenter un projet de gestion de l’eau (PTGE) dont le cadre est constitué par la commission locale de l’eau, mais aussi d’autres personnes intéressées et non-membres de la CLE : si les personnes désignées relèvent du monde agricole, là encore, le partage de l’eau ne sera plus assuré de manière impartiale.
À cela s’ajoute que la loi d’urgence agricole donne plus de pouvoir au préfet. Il peut désormais autoriser un PTGE qui ne respecte pas les volumes d’eau du SAGE (à l’échelle locale donc), même s’il doit toujours respecter ceux – plus larges – du SDAGE. Le préfet peut donc passer outre la démocratie locale.
Or, si le SAGE dégage des volumes d’eau en fonction d’études hydroclimatiques (via les volets Hydrologie, Milieux, Usages, Climat) et donc des données scientifiques, il n’est pas encore précisé sur quoi seront obligés de se baser les PTGE. Un décret en Conseil d’État devra les fixer.
D’autres aspects affaiblissent cette gestion locale démocratique de l’eau. La loi dispose que, par dérogation pour les projets de stockage de l’eau, la réunion publique nécessaire pour toute autorisation environnementale est remplacée par une simple « permanence organisée par le commissaire enquêteur ou la commission d’enquête ».
Si le volet eau de la loi d’urgence agricole ne consacre donc pas juridiquement la « primauté » des usages agricoles, dans la concrétisation de la loi, le robinet a été déplacé un peu plus vers les mains des agriculteurs dans le but de favoriser le stockage de l’eau vu comme la solution hydrique unique. Et ce, malgré les incertitudes climatiques qui persistent sur cette solution. « Galvanisé par le vote de la loi », un syndicat agricole a d’ailleurs déjà appelé à ne plus respecter les restrictions d’eau.
Auteurs :
Autrice : Clara Robert-Motta, journaliste
Relecteurs : Jean-Paul Markus, professeur de droit public à l’Université Paris-Saclay
Etienne Merle, journaliste
Liens d’intérêts ou fonctions politiques déclarés des intervenants à l’article : aucun
Secrétariat de rédaction : Clara Robert-Motta, journaliste
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La loi d’urgence agricole, votée le 21 juillet, permet au préfet, en cas d’annulation d’une autorisation de prélèvement d’eau, de passer outre la décision de justice et d’autoriser, pour une durée provisoire de trois ans maximum, les prélèvements. Ce mécanisme interroge le principe de séparation des pouvoirs, mais aussi à l’effectivité des recours. Pourrait-il être censuré par le Conseil constitutionnel ?
La loi d’urgence pour la protection et la souveraineté agricoles a été votée le 21 juillet, elle doit encore passer devant le Conseil constitutionnel. Nul doute que de nombreux griefs d’inconstitutionnalité seront soulevés contre plusieurs dispositions de cette loi destinée à satisfaire le monde agricole contre l’activisme de certaines organisations de la société civile, et en particulier l’activisme juridique. Ce 4 août, huit ONG de défense de l’environnement et le syndicat agricole, la Confédération paysanne, ont été dans ce sens et demandé au Conseil constitutionnel de censurer la loi sur plusieurs fondements, et notamment sur le stockage de l’eau.
Il est vrai que le contexte est à l’avalanche de recours devant le juge administratif contre toutes sortes de projets, y compris les infrastructures d’irrigation. De nombreuses annulations en découlent, ce qui est logique lorsque l’autorisation accordée par l’administration est contraire à la loi : l’État ne peut pas édicter des lois de protection de l’environnement du côté du législateur pour faire plaisir à l’opinion, pour ensuite faire violer ces lois du côté de l’exécutif pour faire plaisir à certaines catégories socio-professionnelles, sans que le pouvoir judiciaire réagisse. C’est l’État de droit.
Reste que sous la pression de ces mêmes catégories, cet État de droit est bien malmené : une des dispositions de la loi en cause modifie le code de l’environnement et prévoit que « En cas d’annulation d’une autorisation de prélèvement délivrée à un organisme unique de gestion collective des prélèvements d’eau pour l’irrigation […], l’autorité administrative peut, à titre provisoire et pour une durée maximale de trois ans […] autoriser la poursuite des prélèvements jusqu’à la délivrance d’une nouvelle autorisation, en tenant compte notamment de la nature et de la portée de l’illégalité en cause, des considérations d’ordre économique et social, dont la prévention de pertes irréversibles pour les productions végétales de cycle long, ou de tout autre motif d’intérêt général pouvant justifier la poursuite des prélèvements… ».
En clair : des justiciables obtiennent une décision de justice empêchant un projet de prélèvement d’eau jugé illégal, mais le préfet pourra en quelque sorte suspendre les effets de cette décision de justice par une autorisation « à titre provisoire », mais tout de même pendant trois ans, le temps de rectifier l’autorisation qui a été annulée. Et le prélèvement reprend donc malgré la décision de justice.
Entrave à la séparation des pouvoirs ?
Cet article et quelques autres qui lui sont calqués éveillent un gros soupçon d’inconstitutionnalité, celui d’atteinte au principe de séparation des pouvoirs : ni la loi ni l’exécutif ne peuvent paralyser l’action du juge, sauf, comme le juge lui-même y consent, en cas de risques de graves troubles à l’ordre public. Par une jurisprudence Couitéas de 1923 : le Conseil d’État a admis que l’administration était légitime à refuser d’exécuter un jugement en raison de circonstances exceptionnelles. Cette exception est très encadrée par la CEDH depuis 2005, par le Conseil constitutionnel, et même par la Cour de justice de l’Union européenne, lorsque le fait pour l’administration de ne pas exécuter une décision de justice empêche le droit européen de s’appliquer. Or, bien des autorisations de prélèvement ou de rétention d’eau que le tribunal juge illégales le sont justement en raison d’une violation du droit de l’Union européenne.
Le juge s’en tient au droit parce qu’il y est obligé, et l’administration lui oppose l’ordre public, il y a donc conciliation entre autorité de la chose jugée et objectif constitutionnel de maintien de l’ordre public.
Dans l’affaire Couitéas, les raisons pour lesquelles le juge a admis que l’administration refuse d’exécuter une décision de justice tenaient à un risque de révoltes en Tunisie sous protectorat français, pouvant déboucher sur une quasi-guerre civile. Le juge s’en tient au droit parce qu’il y est obligé, et l’administration lui oppose l’ordre public, il y a donc conciliation entre autorité de la chose jugée et objectif constitutionnel de maintien de l’ordre public. En est-on à ce point lorsque le juge annule une autorisation de prélèvement d’eau ? Rien n’est moins sûr.
Le juge dit « illégal ! », l’administration pourra dire « cause toujours ! »
Ce court-circuitage du juge est d’autant plus flagrant que la loi autorise ni plus ni moins l’administration à remettre en cause le raisonnement du juge. Lorsqu’un juge estime qu’une autorisation administrative de prélèvement d’eau est illégale, il ne le fait pas par dogmatisme, il applique le droit de l’environnement et pèse déjà les conséquences de ses décisions, notamment au regard de la gravité de l’illégalité. Une illégalité purement formelle (de type signature manquante consultation hâtive d’un organisme) peut se régulariser, tandis qu’une illégalité de fond (violation de normes environnementales) ne se rattrape pas.
Or, la loi votée au Parlement autorise le préfet à reprendre tout le raisonnement du juge à l’aune des risques de pertes de récoltes en particulier, au détriment des autres intérêts généraux. Le juge est précisément chargé de mettre en balance tous les intérêts publics et privés, et la loi permet au préfet de balayer tout ce raisonnement. Cela ressemble à une intrusion de l’exécutif dans le judiciaire.
Concrètement, des défenseurs d’une cause en justice obtiennent gain de cause contre une autorisation administrative de prélèvement d’eau à des fins agricoles. Cette autorisation n’existe donc plus, elle est annulée. La loi ne peut pas frontalement autoriser les prélèvements malgré l’annulation, l’entrave à la séparation des pouvoirs serait trop voyante. Alors, elle permet au préfet de délivrer une « autorisation provisoire » le temps de reprendre toute la procédure d’autorisation qui a été annulée par le juge. La décision de justice est respectée en apparence, mais contournée en réalité.
D’autant que cette suspension des effets d’une décision de justice par la délivrance d’une autorisation provisoire de l’autorité peut durer trois ans. En matière de prélèvements d’eau, en trois années, les conséquences peuvent être dramatiques pour l’ensemble des usagers et pour l’environnement.
Entrave à l’effectivité des recours
La Déclaration des droits de l’Homme et du citoyen pose le principe de la garantie des droits (art. 16). Cette garantie se concrétise par le droit au recours en justice, lequel n’est pas remis en cause par la nouvelle loi. Mais le droit au recours, c’est aussi, le droit à l’exécution par l’État des décisions de justice : en termes juridiques, il s’agit du droit à l’effectivité des décisions de justice, ou leur effet utile. À quoi sert d’aller devant un tribunal et pour obtenir gain de cause, si en bout de course l’État ne fait pas respecter le jugement ?
Or, c’est ce qui arrive dans le cas présent lorsque le juge annule pour illégalité une décision du préfet et que le même préfet prend une décision provisoire destinée à se substituer à la décision initiale annulée, pendant trois ans. Ajoutons que la Cour européenne des droits de l’Homme défend également le droit à l’exécution des décisions de justice, depuis 1997.
Le recours toujours possible contre « l’autorisation provisoire »
Certes, et même si la loi ne le dit pas, la délivrance d’autorisation provisoire peut elle-même être attaquée en référé-suspension, car tout acte administratif peut toujours faire l’objet d’un recours en annulation (Dame Lamotte, 1950) et donc d’un référé-suspension. Le juge reprendra alors la main à la demande des associations qui avaient obtenu l’annulation de l’autorisation initiale, pour éventuellement bloquer son bloqueur en suspendant l’autorisation provisoire. Et dans ce cas la loi n’a pas prévu d’autorisation provisoire destinée à court-circuiter l’annulation d’une précédente autorisation provisoire. Il est possible que le Conseil constitutionnel s’accroche à cette possibilité de recours pour admettre la constitutionnalité de cette nouvelle disposition, la justice ne serait pas rendue totalement contournable.
Reste qu’on ne peut s’empêcher de penser qu’il y a dans ce texte une belle entrave à la séparation des pouvoirs et une intrusion de l’exécutif dans la justice, avec la bénédiction du législateur. Comme le législateur ne peut ni politiquement ni juridiquement revenir sur tous les progrès de la législation environnementale depuis les années 1970, il bidouille.
Auteurs :
Auteur : Jean-Paul Markus, professeur de droit public à l’Université Paris-Saclay
Relecteur : Vincent Doebelin, maître de conférences en droit public, docteur à l’Université de Haute-Alsace
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Secrétariat de rédaction : Clara Robert-Motta, journaliste
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Les incendies sévissent de plus en plus au nord : la réserve naturelle de Boschhuizerbergen, dans le sud-est des Pays-Bas, est en proie aux flammes depuis lundi 3 août. Le feu s'est rapidement propagé : de 21 hectares brûlés lundi après-midi, il était déjà passé à une centaine d'hectares mardi, rapporte la NOS, la radio-télévision publique néerlandaise.
Si la cause de l'incendie n'est pas encore établie, sa propagation rapide est liée aux rafales de vent, mais aussi aux températures (…)

Source :Compte Instagram, le 03 août 2026
Etiqe :N’importe quoi
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La onzième plaie d’Égypte ? Depuis le début du mois d’août 2026, une vidéo montrant un hélicoptère dispersant une substance dans les airs circule massivement sur les réseaux sociaux. Selon les textes qui l’accompagnent, l’appareil relâche « des millions de moustiques […] au-dessus de plusieurs régions ».
La voix off affirme que ces lâchers auraient pour objectif de « réguler la biodiversité » et de « lutter contre certaines espèces invasives ». Mais l’opération aurait, toujours selon la vidéo, échappé à tout contrôle.
« Ces moustiques relâchés par millions commencent déjà à envahir les zones habitées », peut-on entendre. Ils provoqueraient des « piqûres en masse », au point que certaines personnes ne pourraient plus « ouvrir leurs fenêtres ».
Et d’en conclure, avec une syntaxe approximative : « La justification parle de programme écologique, en réalité, beaucoup y voient une expérience mal contrôlée qui se retourne contre la population […] des riverains demandent des explications claires ».
Cela tombe bien, c’est précisément le rôle des Surligneurs. Alors, expliquons et soyons clairs.
Aucune source
Tout d’abord, aucun des éléments avancés dans la vidéo n’est accompagné d’une source. Le lieu de la scène n’est pas précisé, pas plus que la date ou l’identité de l’organisme qui serait responsable de cette prétendue opération. Les extraits diffusés sont, par ailleurs, de simples images d’illustration qui ne permettent pas, non plus, d’étayer les affirmations avancées.
Aucun média français ne semble par ailleurs avoir fait état d’une invasion de moustiques liée à des lâchers cet été. La presse régionale, généralement en première ligne pour couvrir ce type d’événement, ne rapporte aucun événement comparable.
D’où viennent alors cette vidéo et les informations qui l’accompagnent ? Malgré nos recherches, Les Surligneurs n’ont pas pu déterminer avec certitude le lieu ni la date de la scène filmée. Une chose est néanmoins certaine, la séquence a suscité de nombreuses hypothèses sur le forum Reddit… il y a deux ans. La vidéo ne date certainement pas de cet été.
Malgré le flou qui entoure l’origine de la vidéo, il est clair que la prétendue invasion est fausse.
Des moustiques mâles stériles qui ne piquent pas
Il existe bel et bien des essais de lâchers de moustiques, dont certains sont ponctuellement organisés en France, notamment à La Réunion. Ces opérations visent, justement, à réduire la population de moustiques et non pas à l’augmenter, avec pour ligne de mire : prévenir les maladies.
Comment ça marche ? La technique de lâchers de moustiques stériles consiste à élever en laboratoire un grand nombre de moustiques mâles, puis à les rendre stériles par irradiation avant de les relâcher dans la zone ciblée.
« C’est une technique de contrôle des naissances qui, si elle est appliquée suffisamment longtemps, réduit la population cible de moustiques », résume sur son site le Cirad, l’organisme français de recherche agronomique et de coopération internationale pour le développement durable des régions tropicales qui a mené cette expérimentation aux côtés de l’Institut de recherche pour le développement (IRD).
Les mâles stérilisés s’accouplent avec les femelles sauvages, mais ces accouplements ne produisent pas, ou très peu, de descendants viables. Répétés régulièrement et en nombre suffisant, les lâchers sont censés entraîner une diminution progressive de la population de l’espèce visée.
Contrairement aux femelles, les mâles ne piquent pas les humains. Dans l’expérimentation réalisée à La Réunion, les mâles stériles transportent également une petite quantité de pyriproxyfène, un régulateur de croissance qui empêche les larves d’atteindre le stade adulte.
Autrement dit, les éléments présentés par les internautes sont faux. Les opérations françaises documentées visent à relâcher uniquement des mâles, qui ne piquent pas : elles ne peuvent donc pas, par leur principe même, expliquer des « piqûres en masse ».
Des études prometteuses
Des essais de lâchers de moustiques mâles stériles ont été conduits dès les années 1960 en Floride (États-Unis). La technique a ensuite fait l’objet d’essais dans plusieurs pays, notamment en Italie, tandis que des projets pilotes ont également été développés au Mexique.
En France, des lâchers expérimentaux par drones ont été réalisés en 2021 à La Réunion. Les résultats publiés sont « encourageants » : lors de l’essai mené à Saint-Joseph, les chercheurs ont observé une réduction d’envrion 88 % de la population locale d’Aedes aegypti [espèce de moustique vecteur de la dengue, ndlr], indique l’IRD sur son site internet.« Aujourd’hui, la science n’a pas encore établi avec certitude de lien entre les lâchers de moustiques stériles et la diminution de la propagation de certaines maladies. Les essais réalisés, notamment à La Réunion, doivent justement permettre d’évaluer l’efficacité de ces dispositifs », détaille aux Surligneurs, Frédéric Simard, entomologue à l’IRD.
D’autres municipalités en métropole utilisent cette technique mais pour des raisons différentes : lutter contre la prolifération des moustiques et leurs nuisances. C’est le cas à Toulouse, à Brive-la-Gaillarde, ou encore à Montpellier, avec des résultats salués par les autorités et les habitants, à en croire les articles de presse sur le sujet.
Enfin, les recherches des Surligneurs n’ont permis d’identifier aucun lâcher de moustiques par hélicoptère en France. Et pour cause : « Dans cette vidéo, ce seraient des milliards de moustiques qui seraient relâchés en une seule fois. Or, nous ne sommes pas encore capables de relâcher un tel volume de moustiques. Cette technologie n’existe tout simplement pas, même si de nouvelles méthodes de transport sont en cours de développement », poursuit Frédéric Simard.
« Lorsque des moustiques sont relâchés par drones à quelques mètres seulement au-dessus du sol, les prédateurs, notamment les oiseaux, se ruent sur leurs proies. Très peu de ces moustiques arrivent vivants au sol. Dans la vidéo, l’hélicoptère vole à une altitude très élevée, ce qui ne saurait être une stratégie de lâcher efficace de toute façon. »
Les opérations documentées en France sont réalisées depuis le sol ou à l’aide de drones, notamment à La Réunion. Pour autant, l’utilisation d’un hélicoptère est possible : à Hawaï, aux États-Unis, des moustiques mâles porteurs de la bactérie Wolbachia sont relâchés par hélicoptère au-dessus de forêts montagneuses et difficiles d’accès, afin de réduire les populations de moustiques qui transmettent le parasite responsable du paludisme aviaire. Mais cette opération ne correspond pas aux programmes réalisés en France.
Auteurs :
Auteur : Etienne Merle, journaliste
Relectrice : Clara Robert-Motta, journaliste
Liens d’intérêts ou fonctions politiques déclarés des intervenants à l’article : aucun
Secrétariat de rédaction : Etienne Merle, journaliste
L’article Non, des millions de moustiques ne sont pas largués par hélicoptère au-dessus de plusieurs régions françaises est apparu en premier sur Les Surligneurs.
Dans le Val-d'Oise, de nombreux vergers sont arrachés et remplacés par des cultures céréalières. Leur disparition entraîne une réduction de la diversité des habitats, pourtant essentiels à la faune.
Ézanville (Val-d'Oise), reportage
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Un cervidé fuyant les flammes lors d’un incendie en Californie (États-Unis), en 2018. © Noah Berger/AFP
Chevreuils fuyant les flammes, oisillons asphyxiés, tortues brûlées… La faune sauvage souffre face aux incendies qui ravagent la France cet été. Les feux de forêt, comme ceux de Gironde, ont probablement causé la mort de dizaines de milliers d’animaux, même si un bilan exhaustif reste difficile à estimer.
Devant ce désastre écologique, les appels à interdire la chasse dans les zones sinistrées se multiplient. La pétition «Pas de fusil sur les cendres» lancée sur la plateforme Change.org par Bruno Valentin, un gérant de refuge pour animaux dans le Cantal, a recueilli à ce jour plus de 380 000 signatures.
Le texte appelle notamment à un «moratoire immédiat de la chasse dans nos forêts incendiées» ainsi qu’à la mise en place d’un «périmètre de protection autour des zones brûlées pour permettre aux animaux de trouver refuge dans les parcelles épargnées sans être traqués». Des pétitions similaires ont été déposées sur le site de l’Assemblée nationale, mais sont moins suivies pour le moment.
Dans leur sillage, cinq associations de défense des animaux ont envoyé ce mardi une lettre à la ministre de la transition écologique, Monique Barbut, lui demandant de suspendre les activités de chasse dans les territoires marqués par des incendies, mais aussi plus largement par la sécheresse ou la canicule. «Il est de votre responsabilité, Madame la Ministre, de faire primer l’intérêt de la nature sur celui d’un loisir, et de décréter sans délai ce moratoire», implore le texte, que Vert a pu consulter.
«On fait comme si le changement climatique n’existait pas, alors qu’il faudrait adapter les dates de chasse en fonction des conditions climatiques»
Les associations ciblent notamment la chasse d’été, autorisée sous conditions pour quelques animaux (chevreuil, sanglier, renard), et appellent à reporter l’ouverture générale de la chasse (qui commence généralement début septembre) «tant que les conditions écologiques restent critiques». «On fait comme si le changement climatique n’existait pas, alors qu’il faudrait adapter les dates de chasse en fonction des conditions climatiques», précise auprès de Vert Richard Holding, de l’Association pour la protection des animaux sauvages (Aspas).
Face aux critiques, le président de la Fédération nationale des chasseurs (FNC), Willy Schraen, a dénoncé fin juillet dans La Dépêche du Midi une proposition «ridicule» et «idéologique d’écolos qui n’y connaissent rien». «On ne va pas aller tirer sur des populations d’animaux s’ils ont été mis à mal par les incendies, on sait juger par nous-mêmes», argue-t-il.
La FNC prône une discussion «au cas par cas avec les préfets concernés […] au sein de chaque territoire communal». Juridiquement, ces derniers peuvent suspendre la chasse sur dix jours renouvelables «en cas de calamité» qui serait «susceptible de provoquer ou de favoriser la destruction du gibier». Plusieurs fédérations départementales se sont déjà prononcées pour des interruptions de chasse dans les zones incendiées, comme dans les Pyrénées-Orientales ou dans le massif du Bois Noir (Hautes-Alpes).
«Ce ne sont pas aux chasseurs de décider, nous demandons à ce que l’État se responsabilise et reprenne le pouvoir pour protéger la faune sauvage», tance Richard Holding. Interrogés par l’AFP, les services du Premier ministre, Sébastien Lecornu, ont évoqué des adaptations des calendriers de chasse «au cas par cas, territoire par territoire», et «en lien étroit avec les fédérations départementales des chasseurs».
[Ces précurseuses écolos et féministes 2/5] Longtemps restée dans l'ombre de son mari, Suzanne Césaire a pourtant, dans sa courte carrière littéraire, tracé les lignes d'une identité martiniquaise singulière, ancrée dans son rapport à la terre.
« Toujours et partout, dans les moindres représentations, primat de la plante, la plante piétinée mais vivace, morte, mais renaissante, la plante libre, silencieuse et fière. »
Lorsque Suzanne Césaire trace ces lignes de l'article « Malaise d'une (…)

Source :Compte Facebook, le 2 août 2026
Etiqe :Aucune preuve
Contenu :
Chaque été, de nombreuses associations caritatives facilitent le départ en vacances de familles aux revenus modestes, par l’intermédiaire d’aides financières, de séjours organisés, ou d’un accompagnement personnalisé.
Ces initiatives ont pour objectif de lutter contre l’exclusion sociale et la souffrance psychologique que subissent ceux qui ne peuvent pas quitter leur foyer. L’Observatoire des inégalités rappelle qu’en 2025, deux millions d’enfants ne sont pas partis en vacances parce que leurs parents n’en avaient pas les moyens financiers.
Dans un reportage publié dimanche sur les réseaux sociaux, la chaîne M6 a choisi de mettre en avant l’action du Secours Catholique, qui a permis d’envoyer en vacances le jeune Yaya et sa famille dans un camping de la région parisienne. On y voit le jeune garçon « enchainer les sauts dans la piscine », sous le regard de ses parents souriants.
Mais un détail va faire bouillir les internautes : la famille de Yaya est musulmane. Un torrent de commentaires racistes pointe alors du doigt un « secours catholique qui profite aux musulmans » ou « aux étrangers » plutôt qu’aux « Français ». Certains assurent même que l’association discrimine les familles « européennes pauvres ».
En réalité, rien ne permet d’affirmer que le Secours Catholique, ou d’autres associations, privilégie les familles musulmanes ou étrangères au détriment d’autres bénéficiaires.
Un fantasme raciste
Face à ce torrent de commentaires racistes, dans les rangs du Secours Catholique, c’est d’abord la stupéfaction qui prime. « On est navrés de ces commentaires qui montrent surtout une méconnaissance du travail de notre association, se désole Damien Delpech, coordinateur des actions vacances de l’association. Même si l’association s’inscrit dans une histoire, elle ne compare ou n’oppose aucune religion. Nos statuts sont très clairs à ce sujet. »
Dans ses statuts, l’association promet d’« apporter partout où le besoin s’en fera sentir, de façon inconditionnelle, tout secours et toute aide, directe ou indirecte, morale ou matérielle, quelles que soient les origines, les opinions philosophiques ou religieuses des personnes. »
Les associations sont d’ailleurs soumises à l’interdiction générale de discrimination inscrite à l’article 225-1 du Code pénal, qui délimite plus de 25 critères de discrimination, dont la religion et l’origine.
Les seules exceptions dans le domaine associatif relèvent des structures dont le public est ciblé, comme par exemple les associations de protection des femmes victimes de violences, qui ont le droit de réserver leur accès seulement aux femmes.
Ce n’est pas le cas du Secours Catholique, dont le cœur d’action est « la charité chrétienne », et plus précisément « lutter contre les causes de pauvreté, d’inégalité et d’exclusion », indique les statuts. L’association assume également être « prioritairement attentive aux plus pauvres et à la reconnaissance de leur dignité ».
« On n’aide pas plus les catholiques, que les athées ou les musulmans, martèle Damien Delpech. Le prisme qui est le nôtre, c’est celui de la vulnérabilité, de la précarité. »
Autrement dit, les internautes s’appuient sur le cas d’une seule famille pour en déduire une généralité. Or, à ce jour, il n’existe aucune preuve que le Secours Catholique a manqué à ses obligations de non-discrimination.
Des vacances solidaires pour tous
Dans le cadre de cet accompagnement des publics précaires tout au long de l’année, le Secours Catholique anime un pôle « Vacances Solidaires » qui défend « un droit aux vacances pour tous« .
Ces départs peuvent prendre plusieurs formes : l’accueil familial de vacances, qui permet à un enfant de séjourner seul au sein d’une famille bénévole ; les camps de vacances, comparables à des colonies ; ou encore les séjours en famille, dans un camping ou un gîte. C’est cette dernière formule qui est présentée dans le reportage.
Ce dispositif, qui concerne 3 000 personnes chaque année, « n’offre » pas clés en main des vacances, comme l’avancent plusieurs internautes. Les familles participent au financement du départ, aidées par l’association et d’autres partenaires historiques, comme les « Caisses d’Allocations Familiales, de l’Agence Nationale pour les Chèques Vacances (ANCV), de l’UCPA et de certains Conseils Régionaux et municipalités. »
Damien Delpech précise que ces propositions se font « dans une deuxième ou troisième intention », après « des mois d’accompagnement ». Ce dernier peut prendre différentes formes selon les besoins des familles : aide dans les démarches administratives, soutien moral, conseils ou aide alimentaire. Le départ en vacances est donc une étape supplémentaire d’assistance à des familles précaires.
L’association assure que ce sont les bénévoles sur le terrain qui ont l’entière responsabilité de proposer aux familles ces accompagnements, avec pour seule limite leurs budgets locaux et la nécessité d’accompagner les familles dans l’organisation du départ, présenté avant tout comme un « projet« , où le choix du lieu et la forme des vacances sont d’autant de manières de suivre les familles au cours de l’année.
Ici, c’est la délégation de Seine-et-Marne qui a permis à la famille de Yaya de partir une semaine dans le camping de La Peupleraie à Bray-sur-Seine, en Seine-et-Marne. L’initiative profite donc logiquement à des familles précaires de la région francilienne, la proximité du camping facilitant le transport. Le camping est un partenaire régulier de l’antenne locale du Secours Catholique, chaque délégation tissant ses propres partenariats dans l’ensemble du territoire.
Pour les internautes adeptes du comptage, une autre vidéo, publiée par le Secours Catholique récemment, présente la même initiative dans un camping normand, où Mélissa, une autre bénéficiaire du Secours Catholique, et ses enfants profitent d’un séjour organisé par l’association.
Et les associations musulmanes ?
« On sait tous que JAMAIS une association de musulmans offrira des vacances à des blancs/chrétiens ! Ça va toujours dans un sens mais jamais dans l’autre ! » Agacés par le travail du Secours Catholique, des internautes assurent que si la situation était inversée, les associations musulmanes n’aideraient pas le reste de la population.
Il existe pourtant un équivalent musulman du Secours Catholique, appelé le Secours Islamique, qui organise de nombreuses actions en France en faveur des personnes en situation de précarité. Il y a quelques jours encore, son antenne locale bordelaise a offert repas et soutien aux pompiers engagés dans la lutte contre les incendies en Gironde. Ils organisent aussi régulièrement des maraudes et des campagnes d’aide alimentaire ouvertes à tous.
D’autres associations musulmanes comme Muslim Hands, Human Appeal ou Amatullah, organisent des actions ouvertes à toutes les personnes en situation précaire en France.
Auteurs :
Auteur : Clément François, journaliste
Relecteur : Etienne Merle, journaliste
Liens d’intérêts ou fonctions politiques déclarés des intervenants à l’article : aucun
Secrétariat de rédaction : Clément François, journaliste
L’article Non, le secours catholique ne « favorise » pas les familles musulmanes est apparu en premier sur Les Surligneurs.
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Source :Compte Facebook, le 26 juillet 2026
Etiqe :rumeur
Contenu :
La date a été fixée : l’allocation de rentrée scolaire (ARS) 2026 sera versée aux parents par leur Caf le 4 août à La Réunion et à Mayotte, et le 18 août en métropole, Guadeloupe, Guyane et Martinique.
Attribuée chaque rentrée sous conditions de ressources à environ 3 millions de familles comptant un ou des écoliers, étudiants ou apprentis, l’ARS a été revalorisée de 0,8 % en 2026. Son montant sera de 426, 450 ou 466 euros par enfant, selon s’il est âgé de 6 à 10 ans, de 11 à 14 ans ou de 15 à 18 ans.
Qui dit période de versement de l’ARS, dit polémique sur l’utilisation de ces fonds par les parents. Comme chaque année, internautes et commentateurs soupçonnent déjà, à un mois de la rentrée scolaire, que cet argent soit détourné pour investir dans des achats jugés superflus ou ostentatoires, et non dans les fournitures scolaires.
Sur Facebook et TikTok, les parents sont suspectés de s’offrir un téléviseur, le dernier iPhone, des sacs à main de luxe, ou encore de l’alcool. Parfois publiés sous couvert de l’humour, ces posts sont pris très au sérieux par de nombreux internautes qui s’indignent en commentaire, réclamant des « preuves d’achat » ou suggérant de transformer l’ARS en bons d’achat afin de prévenir les dérives supposées.
Cette infox, qui revient tous les ans ou presque, n’est corroborée par aucune étude statistique. Au contraire, les recherches menées sur les dépenses effectuées avec l’ARS démontrent que cette aide est majoritairement consacrée aux achats de fournitures.
La quasi-totalité des foyers achète des fournitures
Aucune loi n’encadre l’utilisation de l’ARS, les parents sont donc libres de la dépenser comme ils le souhaitent. Pour autant, 98 % de ses bénéficiaires achètent des fournitures scolaires, pour un montant moyen annuel de 146 euros sur ce poste par enfant, selon une étude de la Cnaf datant de 2023 menée auprès de 2 000 familles.
Mais les coûts de scolarité des enfants ne s’arrêtent pas là. Les dépenses scolaires annuelles des bénéficiaires concernent aussi les vêtements (96 % d’entre eux, 370 euros en moyenne), l’assurance scolaire (81 % et 35 euros), les équipements de sport (79 % et 95 euros), la cantine (69 % et 335 euros), etc.
Au total, sur l’année, les allocataires de l’ARS déboursent, en moyenne par enfant, 1 315 euros de frais pour les envoyer à l’école. L’allocation de rentrée scolaire, au maximum de 466 euros par enfant, ne couvre donc qu’un tiers du coût annuel associé à l’éducation.
Son montant correspond en revanche aux dépenses réalisées au moment de la rentrée, d’environ 400 euros par enfant, indique le rapport de la Caf.
Une aide pour des familles en difficulté
La Caf rappelle par ailleurs dans son rapport que l’ARS est une aide visant à soutenir les foyers « modestes ». « En moyenne, les familles bénéficiaires [avaient] un revenu mensuel de 1 836 euros nets [en 2023]. La moitié d’entre elles (49 %) sont monoparentales et, dans les trois quarts des cas, l’autre parent ne contribue pas aux dépenses scolaires en dehors de la pension alimentaire », explique l’organisme.
Une famille bénéficiaire sur six (16 %), soit environ 480 000 familles, déclare devoir emprunter ou recevoir de l’argent de leur entourage pour financer la rentrée scolaire, en plus de l’ARS. Et plus des deux tiers (72 %) des foyers l’ayant touché disent que sans cette aide, ils auraient dû se serrer la ceinture.
D’où vient la rumeur ?
La légende du détournement de l’ARS a été popularisée par le sénateur Edouard Courtial (Union centriste). En 2008, alors qu’il était encore député UMP (devenu Les Républicains), le parlementaire voulait amender la loi de financement de la Sécurité sociale pour que l’allocation soit versée grâce à des « chèques achats », plutôt que par simple virement.
« L’allocation de rentrée ne doit pas servir à acheter un écran plat », estimait alors l’élu, qui assurait que « certains distributeurs d’électroménager enregistrent des pics de vente d’écrans plats au moment de la rentrée ».
Problème : les pics d’achats des télévisions se situent plutôt en début ou en fin d’année, comme l’avait documenté Libé en 2021. Les mois de versement de l’ARS, août et septembre, enregistrent les pires performances pour les ventes de moniteurs, selon des données de l’institut Gfk obtenues par le quotidien.
Les séries statistiques de la Banque de France relatives au commerce de détail ne permettent pas non plus d’isoler un soi-disant pic de consommation des équipements électroniques ou électroménagers au mois d’août.
Bien qu’elle ne soit jamais étayée, la rumeur du détournement de l’ARS revient tout de même à chaque rentrée, ou presque, au gré d’amendements ou de propositions de loi soumis au Parlement.
En 2019, par exemple, la sénatrice socialiste Samia Ghali voulait mieux « contrôler » cette aide qui pourrait servir à « acheter un frigo ou un écran plat ».
Deux ans plus tard, le ministre de l’Éducation lui-même, Jean-Michel Blanquer, avait relayé cette désinformation, avant d’ouvrir la porte à une modification des modalités de versement.
Confronté par le média Brut au manque de preuves appuyant ses déclarations, celui qui a désormais quitté la vie politique avait botté en touche, préférant accuser des chiffres « assez datés » qui lui donnaient tort. Il avait alors reçu le soutien appuyé du président de la République, Emmanuel Macron.
La Cour des comptes préconise de conserver la méthode de versement
Le fonctionnement de l’ARS pourrait-il tout de même être amélioré ? Dans un rapport paru en 2021, la Cour des comptes estimait le coût de cette aide à environ 2,6 milliards d’euros annuels pour l’année 2020. Mais l’institution, d’habitude si tatillonne sur les dépenses publiques, n’a pas trouvé grand-chose à redire sur le dispositif tel qu’il existe actuellement.
Les magistrats financiers affirmaient que les modalités de versement de l’ARS, qui « couvrent toutes les familles visées, en limitant le risque d’erreurs et de fraude », « méritent […] d’être maintenues ». « Le législateur n’a pas entendu contraindre l’utilisation de cette allocation en la réservant à l’acquisition de certains produits ou services », rajoutait la juridiction.
Alors pourquoi cette obsession pour l’ARS ? D’après le sociologue des classes populaires Camille François, auteur de De gré et de force : comment l’État expulse les pauvres (La Découverte, 2023), la désinformation sur l’utilisation de l’ARS porte la trace « du vieux préjugé selon lequel les pauvres ne sauraient pas gérer leur argent, et que leur mauvaise gestion serait la cause de leur pauvreté ». Or, les principaux déterminants de la pauvreté en France sont, entre autres, l’exclusion sociale et l’inactivité.
Grâce à l’ARS, la part de ses bénéficiaires vivant sous le seuil de pauvreté a baissé de 41,2 % à 38,7 % en 2019, selon la Cnaf. Dans le même temps, le taux de pauvreté n’a cessé de grimper en France, selon les chiffres de l’Insee. En 2024, 15,4 % des Français se trouvaient sous le seuil de pauvreté, soit le niveau le plus haut depuis 1996.
Auteurs :
Auteur : Nicolas Turcev, journaliste
Relectrice : Clara Robert-Motta, journaliste
Liens d’intérêts ou fonctions politiques déclarés des intervenants à l’article : aucun
Secrétariat de rédaction : Nicolas Turcev, journaliste
Cet article a été réalisé dans le cadre d’un partenariat avec la Caisse nationale des allocations familiales (Cnaf). Conformément aux règles d’indépendance éditoriale des Surligneurs, la Cnaf n’est pas intervenue dans la rédaction de l’article ni ses conclusions.
L’article Contrairement aux idées reçues, l’allocation de rentrée scolaire est utilisée pour acheter des fournitures est apparu en premier sur Les Surligneurs.

Source :Compte Instagram de l'Institut pour la Justice, 15 juillet 2026
Etiqe :Questionnable
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La prison, panacée pour assurer la sécurité de tous ? Sur Instagram, l’Institut pour la Justice (IPJ) l’affirme, comme d’autres internautes, et érige la politique carcérale du Salvador en modèle. Le « dictateur cool » aurait fait « d’un des pays les plus dangereux du monde (…) un des pays les plus sûrs du continent [américain] » en arrêtant des « dizaines de milliers de criminels ».
L’association, qui se présente comme un think tank dénué de « toute affiliation partisane », mais qui est pourtant connue pour sa proximité avec les idées d’extrême droite, met en parallèle les choix politiques du Salvador avec ceux de la France où, selon elle, « on choisit une autre logique, celle de l’excuse permanente, de la réinsertion comme priorité absolue », au détriment de « la protection des victimes ». L’enfermement massif des « criminels » serait donc une solution toute trouvée.
Dans un précédent article, nous avions expliqué comment se caractérisait la politique carcérale de Nayib Bukele au Salvador, accompagnée d’arrestations arbitraires et de conditions de détention abjectes. La mise en place d’une telle politique sur le sol national est, d’un point de vue juridique, irréalisable sans s’affranchir de l’État de droit.
Au-delà de la comparaison avec le Salvador, et d’après la littérature scientifique, l’incarcération de masse comme solution pour lutter contre l’insécurité se heurte à une mise en pratique très contestable, doublée d’une contre-productivité concernant la récidive.
Un problème de coût
Premièrement, en suivant la logique de l’IPJ, il faudrait incarcérer plus massivement qu’on ne le fait actuellement : pour quels crimes et délits devrait-on et pourrait-on le faire ? En réalité, l’enfermement est déjà une pratique relativement commune en France, comme en attestent les statistiques.
Le rapport sur les condamnations de 2024, publié par le ministère de la Justice, indique que 45 % des peines principales prononcées en 2024 (les condamnations frappées d’appel exclues) par l’ensemble des juridictions sont déjà des peines de réclusion ou d’emprisonnement. Pour les crimes, la peine privative de liberté ferme ou en partie ferme est très majoritairement prononcée (92% des peines). Les personnes condamnées pour des crimes sont donc, pour leur grande majorité, incarcérées.
Resteraient les personnes condamnées pour des délits, les infractions les plus courantes en France – 4 357 crimes étaient sanctionnés en 2024 tandis que 885 583 délits faisaient l’objet de condamnation. Or, 48% des peines principales prononcées pour les délits étaient des peines d’emprisonnement (dont 16% fermes). Au regard de ces chiffres, revendiquer une incarcération plus massive impliquerait davantage de peines d’emprisonnements pour des délits, la plupart des crimes étant déjà sanctionnés par des peines de réclusion.
« Ce serait un gaspillage d’argent monumental pour un effet au minimum neutre, au pire nocebo », Martine Herzog-Evans, responsable du master Droit pénal et sciences criminelles à l’université de Reims
Et concernant les personnes poursuivies jugées innocentes – autre vivier à potentiels condamnés pour qui souhaiterait voir la politique pénale se durcir – le taux d’acquittement des cours d’assises et cour criminelles départementales est de 5%. Deux cents personnes ont ainsi été acquittées pour des crimes en 2024. Pour les délits, les relaxes ont également représenté 4% des personnes jugées en audience par les tribunaux correctionnels en 2024. Des taux qui restent donc marginaux, loin des idées reçues sur un prétendu laxisme des magistrats.
Quoi qu’il en soit, suivre la logique de l’IPJ qui requiert une incarcération plus importante se traduira soit par des peines plus longues, soit en augmentant le nombre de criminels ou de délinquants condamnés à de la prison. Dans les deux cas, et notamment au regard des chiffres du nombre de personnes poursuivies pour des délits, une première question se pose : celle du coût.
« Ce serait un gaspillage d’argent monumental pour un effet au minimum neutre, au pire nocebo », tranche Martine Herzog-Evans, responsable du master Droit pénal et sciences criminelles à l’université de Reims.
« 400 000 euros la place de détention »
Selon la Fondation pour la recherche sur les administrations et les politiques publiques, une place de prison coûte environ 270 000 euros. « Ça dépend du type d’établissement. Entre une maison d’arrêt et une maison centrale, ce ne sont pas du tout les mêmes coûts, mais on est désormais quasiment à 400 000 euros la place de détention », abonde Benjamin Monnery, maître de conférences en économie à l’université Paris-Nanterre et fondateur de l’Observatoire des disparités dans la justice pénale, en référence à la hausse du prix des matières premières ces dernières années.
Dans une note de décembre 2025, la Cour des comptes pointait déjà le dérapage budgétaire du plan « 15 000 places de prison », lancé en 2018. À ce jour, seules 40 % des places ont été livrées et les juges rappellent que le coût global a « été réévalué à 5,7 milliards d’euros en 2025, soit une augmentation de 46 % par rapport aux prévisions initiales ».
À ce coût initial s’ajoutent les frais d’incarcération par détenu : « 130 euros en moyenne par jour et par détenu », explique Benjamin Monnery. « Ça aboutit quand même à quasiment 45 000 euros par an pour un détenu moyen », ajoute l’économiste. Au 1er juin 2026, 88 829 personnes étaient détenues pour 63 237 places opérationnelles.
« La technique de l’autruche »
« Les projets d’incarcération massive se retournent le plus souvent contre les minorités ethnoculturelles et les plus pauvres », Martine Herzog-Evans
« La proposition d’enfermer massivement ne peut pas se réaliser. Financièrement, c’est impossible. Je veux dire, on n’a même pas réussi à boucler le budget de l’État l’an dernier », rappelle Martine Herzog-Evans.
« Les projets d’incarcération massive se retournent le plus souvent contre les minorités ethnoculturelles et les plus pauvres », ajoute-t-elle, citant notamment l’exemple des États-Unis durant la War on Drugs. Les lois antidrogue, notamment les peines minimales et le traitement plus sévère du crack, ont conduit à l’incarcération disproportionnée des Afro-Américains pour des infractions souvent mineures et non violentes. Un sujet déjà documenté.
Au-delà des questions de coût et de discrimination, la prison permet-elle de réduire la violence ? « La prison (…) sert d’abord à empêcher les criminels de nuire », souligne l’IPJ dans sa vidéo. L’effet neutralisant de la prison est indéniable. Enfermé, un individu est dans l’incapacité de commettre un acte violent dans l’espace public ou privé. Pourtant, toute peine arrive un jour à son terme.
La professeure de l’université de Reims souligne les effets néfastes que l’incarcération produit à la sortie de prison. « C’est facile de ne pas taper sa conjointe quand on est enfermé, entouré d’hommes, mais quand on est confronté à la vie réelle, on fait quoi ? (…) En réalité, la détention, c’est la technique de l’autruche. »
Une récidive plus faible avec le bracelet électronique
Une étude de référence datant de 2019 a démontré que la prison peine à réduire la violence après l’exécution de la peine. Lorsque deux délinquants présentent des profils comparables et sont condamnés pour des faits similaires, mais que l’un exécute sa peine en milieu fermé, tandis que l’autre l’exécute en milieu ouvert, cette étude démontre que la récidive est plus faible chez celui qui a purgé sa peine en milieu ouvert. « La prison est le meilleur moyen d’aggraver les attitudes et les distorsions des gens qui en ont déjà », explique Martine Herzog-Evans.
Les chiffres l’attestent. En mars 2025, la Cour des comptes a publié un rapport sur l’efficacité des peines purgées sous bracelet électronique à domicile. Benjamin Monnery a participé à sa rédaction. « Pour les sortants de prisons classiques, le taux de récidive dans les cinq ans est d’environ 63 %, tandis que du côté des bracelets électroniques, on est à un peu moins de 50 % », souligne l’expert. « De quoi confirmer le fait que, pour des profils comparables, le bracelet électronique est plus efficace que la prison, dans des proportions relativement modestes. »
Réduire la violence
Les peines les plus longues présentent, pour leur part, un faible taux de récidive. « Les criminels récidivent globalement moins », explique la professeure de sciences criminelles Martine Herzog-Evans. « Et cela pour deux raisons. Ils ont vieilli durant leur incarcération : la criminalité s’amenuise avec l’âge. Et, dans les établissements pour longues peines, on a le temps de préparer la sortie. » En clair, d’organiser la réinsertion du condamné. « La faible récidive s’explique également par le type de fait commis. Typiquement, après avoir commis un homicide, il est assez rare de récidiver », développe Benjamin Monnery.
« Quand les élites ou les magistrats n’écoutent pas les gens, qu’il s’agisse des justiciables ou des citoyens, les gens vont commettre beaucoup plus d’infractions et récidiver davantage. », Martine Herzog-Evans
Ainsi, les deux universitaires sont d’accord pour dire que l’idée défendue par l’IPJ – en l’occurrence d’enfermer massivement criminels comme délinquants – aurait des effets négatifs. Contacté, l’IPJ n’avait pas encore répondu à nos sollicitations lors de la publication de l’article.
Pour réduire la récidive et donc, la violence, les spécialistes contactés par Les Surligneurs plaident plutôt pour d’autres solutions.
« Les variables les plus importantes sont à l’échelle de l’individu et les pouvoirs publics n’ont pas vraiment de capacité à agir dessus. Le meilleur moyen de sortir d’un schéma de délinquance, c’est une nouvelle rencontre positive », précise Benjamin Monnery. Une piste certes efficace, mais qui ne questionne pas la source des violences, comme la culture du viol ou autres rapports de domination systémiques, et fait peser la solution sur les individus. Un sujet qui devrait faire l’objet de débats à la rentrée à travers la proposition de loi intégrale contre les violences sexistes et sexuelles.
Dans le contexte actuel de surpopulation carcérale, le maître de conférences défend un mécanisme de régulation. « Si l’on réduit de quelques mois les peines actuellement purgées en détention, on pourrait imaginer un mécanisme où, en cas de récidive, les sortants de prison devraient purger non seulement leur peine pour les nouveaux faits, mais aussi les quelques mois qu’ils n’ont pas effectués du fait de la régulation carcérale. » Cette idée s’appuie sur une étude italienne, d’ailleurs citée sur le site de l’IPJ, qui suggère qu’un tel dispositif, par son effet dissuasif, produit des effets légers, mais bénéfiques sur la récidive.
Martine Herzog-Evans évoque l’« exemplarité de nos élites », s’appuyant sur les recherches effectuées en criminologie. « Quand les élites politiques ou les magistrats n’écoutent pas les gens, qu’il s’agisse des justiciables ou des citoyens, les gens vont commettre beaucoup plus d’infractions et récidiver davantage. »
Auteurs :
Auteur : Antoine Mauvy, journaliste
Relecteur.rices : Clara Robert Motta, journaliste
Etienne Merle, journaliste
Liens d’intérêts ou fonctions politiques déclarés des intervenants à l’article : aucun
Secrétariat de rédaction : Antoine Mauvy, journaliste
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Source :Compte Facebook, le 30 juillet 2026
Etiqe :faux
Contenu :
Entre le 31 juillet et le 2 août, des dizaines de milliers de personnes venant du Maroc sont arrivées dans l’enclave espagnole, Ceuta, depuis le continent africain. Alors que cette crise aurait été enclenchée, en partie pour le moins, par une fausse rumeur sur les réseaux sociaux, les images de cette arrivée massive de personnes venant par la mer sont devenues virales… avec leur lot de désinformation.
Une rumeur déjà fortement relayée auparavant est opportunément réapparue : trois migrants algériens auraient tenté de traverser la frontière espagnole déguisés en moutons, assurent des dizaines de publications y adjoignant une photo d’hommes maquillés de peinture noire sur le visage et costumes d’animaux sur le dos. Cette histoire aux relents racistes n’est pas plus vraie hier qu’aujourd’hui. Elle a été inventée en utilisant la vidéo d’un compte humoristique vietnamien.
Une blague sur le dessin animé Shaun le mouton
Une recherche par image inversée permet de retrouver la vidéo originale, et elle n’a rien à voir avec l’Algérie, l’immigration ou l’Espagne. La photo des trois hommes déguisés en moutons provient d’une vidéo de 20 secondes publiée le 7 juillet 2024 sur un compte humoristique vietnamien sur TikTok.
La vidéo intégrale montre sept personnes vêtues de fausses peaux de bêtes, et de fausses oreilles de moutons dansant sur la musique du générique du dessin animé à succès, Shaun le mouton. La vidéo a enregistré 127 millions de vues sur le compte TikTok de son créateur.
Un compte indien connu pour ses positions pro-Narendra Modi et déjà vecteur, par le passé, de désinformation a été parmi les premiers à utiliser la vidéo humoristique pour illustrer le faux récit des trois hommes migrants, dès novembre 2025. « Algérie : Trois immigrés clandestins ont été arrêtés en Algérie alors qu’ils tentaient de pénétrer en Espagne déguisés en moutons, selon des informations locales », est-il légendé, rapporte le média de fact-checking jordanien, Misbar.
Malgré les différents fact-checks de nos confrères (AFP, Snopes), cette fausse histoire accompagnée de la photo des hommes déguisés a eu plusieurs moments de viralité, en novembre 2025, en février 2026 et plus récemment en juillet 2026. Au fil des reprises, la photo des hommes déguisés a été remplacée par des images générées à l’aide de logiciels utilisant l’intelligence artificielle.
Pour autant, ce récit – qu’il soit accompagné d’une vidéo humoristique ou d’images générées par IA – reste faux. Il n’y a pas de preuves de « rapports locaux » ou de sources locales qui auraient rapporté celle-ci.
Auteurs :
Autrice : Clara Robert-Motta, journaliste
Relecteur : Etienne Merle, journaliste
Liens d’intérêts ou fonctions politiques déclarés des intervenants à l’article : aucun
Secrétariat de rédaction : Clara Robert-Motta, journaliste
L’article Ceuta : non, personne n’a traversé la frontière avec l’Espagne déguisé en mouton est apparu en premier sur Les Surligneurs.
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Ille-sur-Têt (Pyrénées-Orientales), reportage
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