Réuni ce mardi 13 octobre, le conseil de Montpellier Méditerranée Métropole a rendu un avis favorable au projet de transformation de l’usine Amétyst en unité de combustion de combustibles solides de récupération (CSR), porté par Urbaser. La délibération a été adoptée malgré 12 voix contre et 10 abstentions, alors que l’enquête publique commence à peine. Les élus ont aussi lancé les études pour relier l’aéroport au tramway
L’ambiance s’est tendue au Conseil de métropole de Montpellier, ce mardi 13 octobre, au moment d’évoquer le projet d’usine CSR (combustible solides de récupération). Le projet consiste à transformer le site d’Amétyst, dans le quartier Garosud-Les Grisettes, en une unité capable de brûler 40 000 tonnes de combustibles solides de récupération par an, à 3 600 mètres de la place de la Comédie afin de créer de la chaleur. La délégation de service public confiée à Urbaser porte sur quinze ans et représente 402 millions d’euros hors taxes, dont 109 millions d’investissements.
La Métropole met en avant une situation qu’elle juge intenable. Depuis la fermeture de la décharge de Castries en 2019, environ 110 000 tonnes de déchets résiduels partent chaque année vers d’autres sites d’Occitanie pour y être enfouies ou incinérées. Selon la collectivité et le porteur du projet, cela représente 4 000 à 4 500 trajets de camions par an et un surcoût évalué à 27 millions d’euros. Pendant la campagne municipale, Michaël Delafosse avançait aussi une baisse de 10 % de la taxe d’ordures ménagères.
Le projet divise jusque dans l’ancienne majorité. François Vasquez, ex-vice-président chargé des déchets et artisan de la stratégie zéro déchet votée à l’unanimité en 2022, a perdu sa délégation après s’être opposé au CSR. Il fait partie du Comité de défense contre l’incinérateur 3M, qui a écrit le 25 juin à la préfète de l’Hérault pour réclamer un débat public sous l’égide de la Commission nationale du débat public (CNDP) et un moratoire. La préfète avait refusé en avril une saisine de la CNDP demandée par France Nature Environnement. En septembre, l’association Urbanisme & Citoyens a présenté un « livre noir » sur le projet et annoncé une campagne de tracts et des ateliers pour aider les habitants à participer à l’enquête publique.
Les élus se prononçaient ce mardi sur la demande d’autorisation environnementale et le permis de construire. Le calendrier de l’enquête publique, lui, démarre à peine. Deux réunions publiques sont prévues salle Pelloutier à 18 h, le 20 octobre et le 6 janvier. Des permanences se tiendront à Montpellier le 27 octobre de 14 h à 17 h et le 23 décembre de 9 h à 12 h, à Lattes (7 novembre de 9 h à 12 h, 2 décembre de 14 h à 17 h), à Saint-Jean-de-Védas (16 novembre de 14 h à 17 h, 8 décembre de 9 h à 12 h) et à Villeneuve-lès-Maguelone (24 novembre de 9 h à 12 h, 17 décembre de 14 h à 17 h).
Après la concertation du 11 mai au 14 juin, Urbaser a pris plusieurs engagements : contrôles supplémentaires des émissions, étude confiée à un organisme indépendant pour préparer un plan de surveillance environnementale, campagne d’analyses élargie sur les PFAS, mise en ligne des données de surveillance en open data et publication d’un dossier d’information du public. Sur les PFAS, l’engagement va au-delà d’un cadre national encore lâche : depuis un arrêté d’octobre 2024, ces polluants doivent être recherchés dans les fumées, mais aucune méthode ne permet de les mesurer en continu et le texte ne fixe aucune fréquence pour renouveler les campagnes.
L’élue d’opposition Marie-France Boisbault a contesté la forme du vote. « Il y a deux décisions : un avis consultatif et le suivi environnemental, il faut un vote distinct », a-t-elle plaidé, avant de relever que la Métropole demandait un avis « avant que l’enquête publique ait réellement commencé ».
Même reproche chez Julia Mignacca (LFI), dont le groupe a voté contre : « La parole des habitants doit arriver avant la décision politique. » L’élue réclame un moratoire le temps d’une convention populaire sur les déchets, et pose une question restée sans réponse précise : que pourra faire la collectivité si les études annoncées révèlent un problème d’émissions de polluants ?
Salim Jawhari , colistier du milliardaire Mohed Altrad aux dernières municipales, a pointé la contradiction avec la stratégie zéro déchet : « Si on n’a plus de déchets à brûler, on va devoir les importer ? » Patrick Hivin a quant à lui demandé une évaluation du gain réel en CO2 et mis en garde contre le risque de « produire du déchet pour assurer la rentabilité du projet ». L’élu de Lattes Josyan Oliva, sans s’opposer au principe, a insisté sur l’emplacement : à proximité d’écoles et de maisons de retraite, « ça va toucher des milliers d’habitants ».
Côté majorité, l’adjointe Tasnime Akbaraly a usé d’un argument d’autorité en mettant en avant sa « casquette d’épidémiologiste » et a invité à « arrêter de confondre précaution et frilosité ». Elle a repris le chiffre de 4 500 camions par an, rappelant que les poids lourds représentent selon elle la moitié de la pollution atmosphérique. Le choix se résume, à ses yeux, entre la pollution routière et « des émissions fiables et ultra-filtrées » qui produisent de la chaleur.
Le vice-président Cyril Meunier a rappelé que la loi impose de traiter les déchets sur le territoire, avant de reconnaître : « On est super en retard. » Pierre-Marie Carvajal, maire de Castries et vice-président délégué aux déchets, a assuré que l’État « ferait immédiatement cesser l’exploitation » en cas de problème et que le CSR n’était « en aucun cas un renoncement » à la stratégie zéro déchet. Enfin, Christophe Bourdin (Place publique, allié de la majorité PS) a renvoyé les opposants aux sites où partent aujourd’hui les déchets : « Ça voudrait dire que Lunel c’est bon mais Montpellier c’est pas bon ? » Il a aussi agité la menace d’une explosion de la taxe d’enlèvement des ordures ménagères.
Michaël Delafosse a conclu sur le même registre : sans solution locale, « le contribuable ne financera pas nos équipements publics par l’impôt mais le coût des camions qui exporteront nos déchets ». Délibération adoptée, avec 12 voix contre et 10 abstentions.
Autre dossier, même tension entre climat et équipements. La Métropole signe un protocole d’intention avec Mauguio-Carnon et l’agglomération du Pays de l’Or pour lancer les études de desserte de l’aéroport Montpellier Méditerranée. Coût estimé : environ 70 millions d’euros, avec une mise en service possible avant la fin du mandat. « Montpellier est restée la seule grande ville où l’aéroport est déconnecté des transports en commun », a défendu Julie Frèche. La ligne 3 sera prolongée et mettra la gare Saint-Roch à 30 minutes de l’aéroport.
Antoine Bertrand (LFI) a interrogé ce choix « après l’été caniculaire que nous venons de passer », l’avion restant l’un des modes de transport les plus émetteurs. Il a rappelé une promesse de campagne : « Vous avez promis le tramway jusqu’à la mer, il ira jusqu’à l’aéroport. Monsieur le maire, les Montpelliérains n’ont pas prévu de prendre l’avion jusqu’à Carnon. » Julia Mignacca a opposé à ce projet le service dégradé de la ligne 5 et des « trams-bus au rabais », accusant la majorité de faire « un tram pour les 1 % d’habitants qui peuvent prendre l’avion ». Pascal Heymes, maire de Grabels, a de soôn cté soutenu une délibération qui « corrige une anomalie », la navette actuelle montrant selon lui « le manque criant de transports efficaces ».
Julie Frèche a laissé à Julia Mignacca « les slogans creux et les formules choc » et défendu son bilan : 1 600 euros d’économies par an pour un foyer de quatre personnes grâce à la gratuité, une baisse de 20 % de l’usage de la voiture et une hausse de plus de 50 % de la fréquentation des pistes cyclables entre 2020 et 2026. À Antoine Bertrand, elle a répondu que la liaison serait décarbonée grâce à la connexion au réseau TER. Michaël Delafosse a tranché à sa façon : « Moi, j’ai promis le tram qui sortait de la Métropole. » Délibération adoptée, la France insoumise s’est abstenue.
Dernier point, une coopération avec la ville d’Hébron, en Cisjordanie occupée, sur l’accès à l’eau. Antoine Bertrand a profité du débat pour évoquer Gaza, où selon lui les trois quarts de la population dépendent de l’aide extérieure pour l’eau. « Face au génocide, nous devons agir ici », a-t-il lancé, demandant la rupture du jumelage entre Montpellier et la ville Israélienne de Tibériade. Une revendication que porte depuis des années le mouvement de soutien au peuple palestinien à Montpellier.
Rhany Slimane a annoncé que son groupe voterait la subvention de 20 000 euros. L’élu siégeait alors que le tribunal administratif de Montpellier avait annulé le matin même son élection au conseil municipal et à la Métropole, au motif que sa démission de son poste de collaborateur d’un groupe d’opposition n’était pas encore effective au premier tour des municipales. Il entend saisir le Conseil d’État, un recours suspensif qui lui permet de conserver ses mandats d’ici là. En séance, il a affirmé qu’Israël contrôle 84 % des ressources en eau de la Cisjordanie et cité l’ONU sur la confiscation de terres et la destruction d’infrastructures palestiniennes. Selon lui, le marché d’intérêt national de Montpellier continue de vendre des produits issus des colonies, dont il demande le boycott.
Montpellier : l’opposition de gauche réitère sa demande de suspension du jumelage avec Tibériade
Clare Hart, élue en charge des relations internationales, a renvoyé la question du jumelage à son échelon : il relève de la Ville, pas de la Métropole. Elle a plaidé pour l’unité autour de « la coopération et la solidarité internationale à la française », en rappelant la suppression de l’USAID par Donald Trump. La délibération a été adoptée à l’unanimité.
L’article Incinérateur CSR : la Métropole de Montpellier vote d’abord, les habitants parleront ensuite est apparu en premier sur Le Poing.
– Les keufs dans la ZAD (6 oct. 2026)
Ce lundi 5 octobre, les keufs sont rentré.es dans la ZAD. Une de nos habitations a été détruite à coups de pelleteuse. Plus d’infos sur chabzad.espivblogs.net et @chab_zad
Les keufs ont expulsé une première partie de la ZAD le matin et détruit la maison qui était là.
Le soir iels sont revenu.es à la charge dans l’autre partie de la zone pour venir choper des copaines. Pointant leurs LBD sur des personnes à 7m de hauteur sur une tour, entre autres dingueries.
Iels sont reparti.es à la tombée de la nuit. On se remet de nos émotions de la journée et on pense à nos 2 copaines qui passent la nuit en GAV.
Il y a plein de zadistes encore sur zone
Les keufs ne sont plus dans la zad et plus trop dans le village de ce qu’on sait, donc c’est possible d’entrer.
On a besoin de soutien, de présence humaine, d’eau, d’eau potable.
Les keufs risquent de repasser très bientôt, si ce n’est pas le 6 octobre avec les mouvements lycéens ce sera les jours suivants.
Un jour de plus à la Chab’ZAD
Hésite pas à checker notre site pour les infos importantes : https://chabzad.espivblogs.net/
– Expulsion et destruction d’une partie de la Chab’ZAD (6 oct. 2026)
Hier dès 8h, plusieurs dizaines de keufs ont débarqué à la Chab’Zad pour expulser sans préavis une maison qui était habitée depuis plus d’un mois par les zadistes.
Après plusieurs heures de coups de pression les occupant.es ont réussi à négocier leur sortie sans poursuites. La maison a été démolie tout de suite après par Eiffage et ses sous-traitants. Iels ont aussi coupé tous les arbres sur cette partie de la zone et ont fait des sondages du sol.
Juste avant la tombée de la nuit, les Keufs sont rentré.es sur l’autre partie de la zone pour essayer d’interpeller plusieurs personnes. Au cours de la journée il y aura eu 5 interpellations, dont 2 personnes qui sont encore en GAV à l’heure actuelle.
Sur zone, on est de nouveau aux aguets aujourd’hui. On a besoin d’un max de soutien humain, si tu peux venir ! On a besoin de couettes et duvets, de vêtements, de matos de construction et de boissons sans alcool.
gps : 46.330, 6.4423
– Jusqu’ici tout va bien. This is fine (11 oct. 2026)
Ce n’était pas une expulsion mais « juste » de la destruction apparemment.
On est toujours là contre l’A412 et son monde de merde.
Viens si tu veux. (Cette vidéo peut contenir un peu d’ironie.)


Source :Compte X, le 1er octobre 2026
Etiqe :fumeux
Contenu :
Gazé avant de savoir marcher ? Le 1er octobre, un utilisateur de la plateforme X publie une vidéo montrant deux agents de police en uniforme, accroupis au-dessus du corps d’un bébé allongé au sol. L’un d’entre eux lui appose la main sur le ventre. « À Nice, la police a gazé un bébé », assure l’internaute. Visionnées plus de 800 000 fois à ce jour, les images sont relayées par différents comptes Facebook (ici, ici ou encore là). Selon eux, le nourrisson aurait été touché par du gaz lacrymogène, utilisé par la police niçoise lors d’une manifestation lycéenne à proximité.
Le contenu de la vidéo ne permet pourtant pas de corroborer ce récit : les policiers n’y font usage ni d’une bombe lacrymogène ni d’un lanceur de grenades, et l’air autour du bébé ne contient aucune volute blanche caractéristique de la présence de ce gaz dans les scènes de maintien de l’ordre.
La préfecture conteste d’ailleurs entièrement la version des faits avancée par les internautes. Les forces de l’ordre seraient au contraire intervenues à la demande de la mère de l’enfant.
Malaise dans un bus
Citant différentes sources officielles, Nice Matin a reconstitué le déroulé des faits. La scène s’est bien déroulée le jeudi 1er octobre, à Nice, en même temps que la mobilisation lycéenne, sans pour autant que les deux événements soient corrélés.
Interrogé par le quotidien, le service départemental d’incendie et de secours (SDIS) local rapporte avoir effectué « une intervention auprès d’un bébé, un garçon, âgé d’un mois, qui a fait un malaise dans un bus ». La police nationale confirme, sur son compte X, que les policiers visibles sur la vidéo ont « prodigué les gestes de premiers secours » à un nourrisson « pris d’un malaise », et dément tout gazage.
Voyant son enfant souffrir d’une apparente insuffisance respiratoire, une passagère d’un bus est descendue du véhicule pour demander l’aide des forces de l’ordre, selon un communiqué de presse de la préfecture des Alpes-Maritimes transmis à Actu Nice.
Les agents de police ont alors entamé les premiers secours en attendant l’arrivée des pompiers, affirme la préfecture. Finalement, « les sapeurs-pompiers sont intervenus rapidement en prenant en charge le nourrisson dont l’état de santé était stable », ajoute le préfet.
Autrement dit, l’intervention de la police auprès du nourrisson n’a rien à voir avec les mobilisations lycéennes.
Auteurs :
Auteur : Jean-Baptiste Breen, journaliste
Relecteur : Nicolas Turcev, journaliste
Liens d’intérêts ou fonctions politiques déclarés des intervenants à l’article : aucun
Secrétariat de rédaction : Nicolas Turcev, journaliste
L’article La police niçoise a-t-elle utilisé du gaz lacrymogène sur un nourrisson ? est apparu en premier sur Les Surligneurs.
Lyéen-nes, étudiant-es, travailleurs-euses : environ 7000 personnes ont manifesté à Montpellier ce mardi 13 octobre en soutien à la jeunesse quotidiennement mobilisée depuis le 29 septembre
Ni les annonces du gouvernement sur une consultation lycéenne censée porter ses fruits fin octobre, ni les 3 000 professeurs-eures affecté-es à des remplacements, ni les 1,2 milliards de rallonge au budget de l’Éducation Nationale ne semblent calmer la colère. Ce mardi 13, une manifestation d’environ 7000 personnes a eu lieu dans les rues de Montpellier. Comme les 6 et 8 octobre, une intersyndicale de l’Éducation Nationale appelait à la grève dans tout le pays en soutien au mouvement lycéen amorcé fin septembre, dénonçant le manque de moyens pour l’éducation et des conditions d’études jugées déplorables.
Dans le cortège parti de la place Albert 1er se mêlaient lycéen-nes, étudiant-es, et travailleurs-euses solidaires. « Tu nous la met à l’envers, on te mai 68 », « Bloquons tout pour débloquer nos rêves », ou encore « Lutte pour ton éducation », pouvait-on lire sur les pancartes.
La manifestation a rejoint Antigone via le boulevard du Jeu de Paume et le boulevard de Strasbourg. En fin de manifestation, une partie de la manifestation est venue se masser contre les cordons de CRS positionnés en haut d’Antigone, côté Polygone.
Plusieurs lycées et campus montpelliérains étaient bloqués ce matin. Parmi eux, Clémenceau, Jules Guesde, Mermoz, Joffre. La fac de sciences reste bloquée et occupée. Les CRS sont intervenus a Paul-Valery après une tentative d’occupation du campus bloqué. La fac d’économie et la fac de droit étaient bloquées à l’aube, mais ont été rapidement débloquées. L’IRTS était aussi mobilisé.
Plus d’infos dans nos reportages a venir dans Le Poing.
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Les médias français basés en métropole n'en parlent pas, mais la jeunesse lutte aussi dans les Antilles et dans l’océan Indien.
L’article Dans les colonies françaises d’outre-mer : une colère lycéenne oubliée et réprimée est apparu en premier sur Contre Attaque.
Source : L'Humanité
Payant
Source : Common Dreams - États-Unis
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Source : Tikographie
Source : El Salto - Espagne
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Source : Le Grand Continent
Source : The Guardian - Royaume-Uni
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Greta Thunberg est venue soutenir le mouvement des lycéens dans un lycée de Seine-Saint-Denis, le 13 octobre. « Le monde entier regarde ce que vous faites », a déclaré la militante pour la justice climatique.
Elle est venue soutenir les lycéens en colère. Greta Thunberg était présente devant le lycée Paul-Éluard à Saint-Denis, en Seine-Saint-Denis, mardi 13 octobre au matin. La militante pour la justice climatique de 23 ans a choisi de se rendre dans l'un des épicentres du mouvement, un (…)
MERCREDI 14 OCTOBRE 17H – MAIRIE DE SAINT-NAZAIRE – RASSEMBLEMENT EN SOUTIEN AUX FAMILLES EXPULSÉES DE LOGEMENTS ET SANS HÉBERGEMENT D’URGENCE
Nous appelons toutes les personnes soutenant les familles laissées sans hébergement d’urgence à nous rejoindre devant la mairie de Saint-Nazaire ce mercredi à 17h.
Les vacances scolaires commencent à la fin de la semaine et nous savons qu’il s’agit d’une période critique.
Les solutions d’hébergement trouvées par les familles arrivent à épuisement et nous craignons que plusieurs d’entre elles se retrouvent à la rue au milieu des vacances.
Nous nous rassemblons donc pour réaliser une photo sur les marches de la mairie sous le fronton où est marqué Liberté égalité fraternité.
Nous souhaitons que vous soyez nombreux pour montrer qu’il y a du monde à Saint-Nazaire de solidaire et concerné par le sort de ces famillesIl s’agit de 17 familles auxquelles le 115 ne propose pas de mise à l’abri.
Sur Saint-Nazaire, ce sont 25 adultes dont 2 femmes enceintes et 38 enfants dont 3 bébés de 9, 12 et 16 mois.
Ce sont les élèves de 17 établissements scolaires sur Saint-Nazaire.
Montrons qu’à Saint-Nazaire, la solidarité a encore un sens et demandons l’accès à l’hébergement d’urgence de ces familles.Un toit c’est un droit! Un toit c’est la loi !
Malgré le passage en force de la multinationale, les projets ne sont pas annulés pour autant. Ils pourront reprendre une fois l’étude d’impact environnemental terminée.
Cet article La Finlande stoppe deux data centers de Google pour avoir rasé 500 ha de forêt illégalement est apparu en premier sur La Relève et La Peste.
L’Observatoire des Libertés de Montpellier (OLM), présent sur les blocages des lycées Monnet et Mermoz le lundi 12 octobre, signale le port par les forces de l’ordre de fusils d’assaut et dénonce “L’absence de port systématique de RIO”
Après avoir relevé l’usage de la police municipale de Montpellier dans les dispositifs de maintien de l’ordre lors des mobilisations lycéennes (voir notre enquête), l’Observatoire des Libertés de Montpellier (OLM) lance une nouvelle alerte : ce lundi 12 octobre, ses observateurs, présents aux abords des lycées Monnet et Mermoz, ont observé le port par des forces de l’ordre de fusils d’assaut. L’Observatoire “s’étonne de la présence de fusils d’assaut au abords des lycées et interroge la proportionnalité de l’armement déployé face aux lycen.nes”. Les observateurs dénoncent également “l’absence de port systématique de RIO” par les agents présents sur place.
Le RIO, pour “référentiel des identités et de l’organisation”, est un numéro à sept chiffres que policiers et gendarmes doivent porter de façon visible sur leur uniforme depuis le 1er janvier 2014. Le code de la sécurité intérieure (article R. 434-15) n’admet d’exception que pour certains services ou certaines missions particulières. Le maintien de l’ordre n’en fait pas partie, et le ministère affirme même avoir fait apposer le matricule à l’avant des gilets pour ces opérations. Sur le terrain, pourtant, le numéro manque souvent, disparaît sous un équipement ou reste illisible au-delà de deux mètres. Saisi par la Ligue des droits de l’Homme (LDH) et d’autres organisations, le Conseil d’État a enjoint au gouvernement, le 11 octobre 2023, de garantir un port “effectif et lisible” de ce matricule. Le 29 avril 2026, il a constaté que sa décision n’était toujours pas pleinement appliquée. Il a alors ordonné au ministre de l’Intérieur de mettre en œuvre “sans délai” les mesures annoncées, et de distribuer avant le 31 décembre 2026 de nouveaux équipements portant un numéro plus grand. Il a toutefois refusé d’assortir cette injonction d’une astreinte. L’enjeu dépasse la question du règlement intérieur : sans numéro, une personne qui s’estime victime de violences peut difficilement désigner l’agent mis en cause, que ce soit devant l’IGPN, le Défenseur des droits ou un juge.
Le fusil d’assaut ne fait pas partie de l’arsenal du maintien de l’ordre. Le schéma national du maintien de l’ordre (SNMO), publié en 2020 puis réécrit en 2021 après une censure partielle du Conseil d’État, encadre l’usage des armes dites intermédiaires : lanceurs de balles de défense (LBD), grenades lacrymogènes ou de désencerclement, canons à eau. Leur emploi est soumis aux principes d’absolue nécessité et de proportionnalité. Les armes longues de type HK G36 sont arrivées dans plusieurs unités de police et de gendarmerie, notamment les BAC et les CRS, après les attentats de 2015. Elles devaient permettre aux premiers agents arrivés sur place de riposter à une attaque terroriste. Un fusil d’assaut ne sert ni à disperser un attroupement ni à repousser un groupe. Il tire des munitions de guerre, et son seul usage concevable relève de la légitime défense face à une menace armée.
Le mouvement est parti de Saint-Denis fin septembre et s’est étendu à toute la France, puis aux universités. Les lycéens réclament des moyens : le remplacement des professeurs absents, la rénovation des bâtiments et des conditions d’étude décentes. Le gouvernement, lui, y a d’abord vu des “violences urbaines”. Matignon a désigné La France insoumise et l’ultragauche, tandis que le ministre de l’Éducation nationale, Édouard Geffray, décrivait un mouvement “pris en otage par des groupuscules ultra-violents”.
Selon le ministère de l’Intérieur, 6 547 personnes avaient été interpellées au 7 octobre. Dès le 2 octobre, Amnesty International évoquait des centaines de gardes à vue. Côté lycéens, le ministre de l’Éducation comptait 170 élèves blessés au 1er octobre. Le Syndicat des avocats de France en recensait 215 cinq jours plus tard. À Tours, un adolescent de 16 ans a été touché à l’œil : le procureur juge ses lésions compatibles avec un tir de LBD. À Saint-Ouen-l’Aumône, un garçon de 14 ans a été grièvement blessé au visage. À Lens, le 5 octobre, un lycéen de 15 ans a été grièvement blessé à la main. Une grenade assourdissante est “susceptible” d’être en cause, selon la direction générale de la police nationale, et l’IGPN doit établir les circonstances exactes. Le 1er octobre, Laurent Nuñez assurait que ses troupes intervenaient avec “beaucoup de proportionnalité”. Une semaine plus tard, le même ministre suspendait l’usage des grenades assourdissantes pour le mouvement lycéen, le temps de faire la lumière sur ce qui s’était passé à Lens. Dix-huit enquêtes ont été confiées à l’IGPN depuis le début de la mobilisation. Amnesty International dénonce des étranglements, des tirs tendus de grenades lacrymogènes et du gaz poivré utilisé à bout portant. L’ONG demande la suspension des tirs de LBD contre des manifestants en grande majorité mineurs. La LDH estime que la répression a franchi un “seuil critique” et annonce saisir le Défenseur des droits ainsi que les rapporteurs spéciaux de l’ONU.
Dix-huit enquêtes sont donc ouvertes. Pour qu’elles aboutissent, il faudra encore pouvoir lire un numéro sur un gilet.
L’article Montpellier : la police armée de fusils d’assaut face aux lycéens est apparu en premier sur Le Poing.
Quand ?
Le 17 octobre de 14h à 23h
Où ?
Place de la République Paris 75011 Paris
FIN DU MONDE, FIN DU MOIS = MEME COMBAT
Nous, Gilets Jaunes d'Ile de France, appelons à rejoindre la lutte de la jeunesse le 17 octobre 2026.
La commune, mai 68, les Gilets Jaunes : la lutte des jeunes s'inscrit dans la continuité de ces combats révolutionnaires.
RDV le samedi 17 octobre 2026 à 14h place de la République à Paris : faisons-en un Rond-Point : "Place du Rond-Point de la république".
Venez participer à l'agora / AG.
Le 17 octobre, faisons converger nos mobilisations, nos revendications et nos solidarités.
Gilets jaunes, Gen Z, Indigné·es, paysan·nes, pompier·es, ouvrier·es, profs, soignant·es, défenseur·euses du climat, habitant·es des quartiers, retraité·es : le samedi 17 octobre, partout, nos luttes s’organisent, nos revendications s’expriment et nos solidarités se construisent.

Marre de payer le plein, les courses et le loyer toujours plus chers, pendant que Total Energies empoche 11 milliards de dollars en six mois. Marre d’entendre qu’il n’y a plus d’argent, dans le deuxième pays du monde pour les dividendes. Marre d’une démocratie où l’on vote tous les cinq ans et où, le reste du temps, il faudrait la fermer.
Depuis l’élection de Macron, le gazole a augmenté de 86 % et le SMIC de seulement 26 %. Le budget 2027, présenté le 1er octobre, gèle les allocations, les APL et les salaires des agents publics, et prend 5,5 milliards aux retraité·es. Pour les superprofits du pétrole : pas un centime.
En 2018, on a mis le gilet jaune, on a tenu les ronds-points, et ils ont reculé. Huit ans plus tard, on le remet et de nouveaux Gilets jaunes nous rejoignent.
Cette fois, l’appel est parti d’un TikTok. La génération qui avait dix ans en 2018 a grandi avec les images des ronds-points. Le 21 septembre, les lycéen·nes de Créteil ont bloqué leur lycée. Deux semaines plus tard, tout le pays suivait, jusqu’aux facs. Le 6 octobre, nous étions 450 000 dans la rue. Classes à 35, profs absents, Parcoursup, APL rabotées, chômage : beaucoup n’ont pas encore le droit de vote, alors la rue, on la prend.
La réponse du gouvernement : les LBD, les gaz lacrymogènes, les grenades, les matraques et les gardes à vue. Plus de 6 000 interpellations, surtout des mineur·es. À Tours, un lycéen de 16 ans a perdu un œil. À Lens, un garçon de 15 ans a perdu une main. Les gilets jaunes connaissent bien ces armes de guerre et ont subi de nombreuses mutilations. Toucher aux enfants, c’est nous toucher tous·tes.
Du Népal au Pérou, de Madagascar au Maroc, la Gen Z se soulève sous le drapeau pirate de One Piece. Ici aussi, on a compris que le monde qu’on nous laisse brûle et coûte trop cher. Le 17 octobre, les ancien·nes des ronds-points et les lycéen·nes des blocus, les daron·nes, et la génération TikTok : on se retrouve.
Paysan·nes, vous nous nourrissez et vous ne touchez que 8 % de ce que nous dépensons pour manger. Gazole, engrais, Mercosur, pesticides : tout vous étrangle. En 2024, vos tracteurs ont fait céder le gouvernement en deux semaines.
Pompier·es, cet été la France a brûlé et vous avez tenu, à bout de forces. Votre grève court jusqu’au 20 octobre, et le gouvernement ne bouge pas.
Ouvrier·es, salarié·es, raffineur·euses de Total Energies si mal payé·es qu’iels touchent la prime d’activité, pêcheur·euses qui bloquent les dépôts, routier·es qui montent sur Paris : la colère déborde. Aux syndicats : déposez les préavis.
Profs, soignant·es, postier·es, agent·es des services publics, écoles sans remplaçant·es, urgences fermées la nuit, bureaux de poste qui ferment : les services publics s’éloignent de nous.
Marcheur·euses pour le climat, fin du monde, fin du mois : mêmes responsables, même combat. Les géants du pétrole gagnent sur nos pleins et sur la planète. Le capitalisme pille et exploite le vivant sous toutes ses formes, il est indispensable de lutter ensemble pour défendre les vivants humains et non humains, de la prédation des multinationales et des gouvernements qui les servent. Le 26 septembre, nous étions 131 000 dans plus de 260 marches partout en France.
Quartiers populaires, vous avez connu les LBD et les humiliations bien avant les gilets jaunes.
Le 17 octobre 1961, à Paris, la police de Papon massacrait des Algérien·nes qui manifestaient pacifiquement. Soixante-cinq ans après, le racisme sert toujours à diviser celleux qui ont les mêmes fins de mois.
Retraité·es, personnes handicapées, chômeur·euses, précaires, allocations gelées, pensions rabotées, années de coupes dans l’assurance chômage. Le 17 octobre est aussi la journée mondiale du refus de la misère.
Toutes ces colères ont les mêmes responsables. Le 17 octobre, venons tous·tes ensemble : organisons-nous et manifestons !
Les modes d’action seront multiples.
Dans toutes les grandes villes, nous marcherons autrement, lycéen·nes, étudiant·es, parents, syndicats, gilets jaunes, dans des cortèges communs et déclarés. Face aux violences policières, notre meilleure protection, c’est d’être ensemble et d’être nombreuses et nombreux. Soyons des millions.
Faisons autrement.
La mobilisation prendra aussi d’autres formes : sur les ronds-points, devant les stations-service, les dépôts pétroliers et les raffineries, organisons des actions, de la désobéissance civile, des piquets de grève ou de musique, des barrages filtrants, des assemblées… Soyons partout !
Viens avec ta famille, tes potes, ta classe. Mets ton gilet. Filme, poste, partage, raconte.
Gilets jaunes et Gen Z, paysan·nes, pompier·es, ouvrier·es, profs, soignant·es, défenseur·euses du climat, habitant·es des quartiers, retraité·es : tous ensemble, tout ensemble !
Le peuple uni ne sera jamais vaincu !

Pour discuter, créer du lien et organiser la suite de la mobilisation, rejoignons-nous en Assemblée Générale étudiante mercredi 14 octobre devant le pôle étudiant.
Source : Projet Arcadie
Relancé après l'affaire Lyhanna, ce texte de loi comporte 69 articles. Il prévoit notamment la création de juridictions spécialisées dans les violences sexuelles et intrafamiliales, et pour mieux protéger les victimes, les enquêteurs ne pourraient plus les interroger sur leurs antécédents sexuels, détaille Projet Arcadie.
« Ni son comportement sexuel passé ou sa consommation de substance de nature à altérer son discernement ne pourront constituer une preuve d'un consentement quelconque. »
Les confrontations avec les suspects seraient également limitées, ce qui serait un soulagement pour le victimes. Le texte prévoit un renforcement des sanctions pour certains crimes, notamment l'inceste, les viols en série et les mariages forcés, ainsi que des mesures contre les contenus pornographiques générés par intelligence artificielle et diffusés sans consentement. Autre volet majeur : des entretiens individuels avec les élèves, de la maternelle au lycée, afin de repérer d'éventuelles violences et de les orienter vers les dispositifs adaptés.
Source : Projet ArcadieVoici un tract animé contre le capitalisme et la répression, réalisé en dessins par l'artiste nantais Korsé.
L’article Vidéo-tract révolté est apparu en premier sur Contre Attaque.
C'est visible partout, la jeunesse a pris la rue et la parole. Une nouvelle génération rejoint celle de 2016 dans la détestation de la police et sur les chemins de la révolte. L'époque est toujours aux acharnés. Pour ce premier épisode de Cinéastes de notre temps nous passerons l'Époque de Matthieu Bareyre (2019) dans une version un peu différente de ce qui a été diffusé au cinéma et en festival. Bref, le vrai « director's cut » comme on dit.
Il est parfois difficile d'extraire ce qui mérite d'être vu parmi les milliers de productions cinématographiques dont nous sommes abreuvés. Les films sont jetables comme n'importe quelles autres marchandises. Le cinéma peut être une place forte contre le spectacle seulement si nous sommes en mesure de défendre une culture critique.
« Je voudrais que Cinéastes de notre temps soit une émission de laboratoire pour la création d'un nouveau langage ... Pour moi, cette émission poursuit un ensemble de réflexions sur le matériau filmique et sur la manière dont le sens peut ou non s'en emparer ».
(André S. Labarthe. Cinéma 69, 140, novembre 1969.)
Régulièrement, nous proposerons sur lundimatin des films gratuits et en streaming pendant une semaine, accompagnés d'un entretien avec leurs cinéastes.
« L'idée était de mettre un réalisateur face à un autre réalisateur, qu'il soit mort ou vivant – même si on s'est vite aperçus que la rencontre avec les vivants présentait un plus vif intérêt. » (Entretiens avec André S. Labarthe,Thierry Lounas, Capricci 2011)
Notre époque est riche en soulèvements, en bouleversements, en évènements. Elle se caractérise par la mise en images et en sons, en cinéma, de ceux-ci. Nous irons à la rencontre des cinéastes qui ont été fidèles à un événement et qui ont fait du cinéma un lieu de son expression. Nous chercherons des films qui vont vers la rencontre et le dehors. Un cinéma dans lequel la vie se multiplie et qui invente de nouveaux désirs.
A rebours de la tyrannie de l'actualité et de la publicité, mais aussi contre toute nostalgie, nous essayerons de proposer ici une sélection de films « actuels » qui font l'épreuve du temps. C'est à dire que par leur puissance visionnaire, nous parions qu'ils ne s'useront pas.
Entre l'après-Charlie de 2015, Nuit debout en 2016 jusqu'aux élections présidentielles de 2017, des jeunes de tout horizons prennent la parole au hasard des rencontres nocturnes dans Paris. Sous-titre : « regarde ta jeunesse dans les yeux ». Un film en hommage à « ceux qui ne dorment pas : leurs rêves, leurs cauchemars, l'ivresse, la douceur, l'ennui, les larmes, la teuf, le taf, les terrasses, les vitrines, les pavés, les parents, le désir, l'avenir, l'amnésie. » L'époque c'est une génération qui se raconte à travers des visages en gros plans, autant de pairs d'yeux, à travers une multitude de mondes hétérogènes et communicants réunis par le film dans leur confrontation commune avec le monde tel qu'il est. L'époque c'est une communauté temporelle, un cocktail Molotov de sensibilités connectés ensemble par la parole, l'intelligence collective et le montage.
Épisode 2 : Boum Boum, Laurie Lassalle, 2022. (En streaming).
Entretien croisé - Matthieu Bareyre & Laurie Lassalle
@Marion Siéfert
Pour toutes propositions, écrire à dimanchepm@riseup.net
8 ans après le soulèvement des Gilets jaunes, le pays est en ébullition et 4 figures emblématiques de cet épisode héroïque sortent du silence
L’article Les figures des Gilets Jaunes appellent à rejoindre le 17 octobre est apparu en premier sur Contre Attaque.
Quand ?
Le 29 octobre à 19h
Où ?
Le Baranoux 78 Rue Compans 75019 Paris
Rendez-vous le jeudi 29 octobre pour une projection du film "Maximum Tolerated Dose".
Présentation du film (1h30, anglais sous-titré français) :
Maximum Tolerated Dose traite de l'expérimentation animale en retraçant la vie et le parcours d'humains et de non-humains qui en ont fait l'expérience directe.
Le film donne la parole à ceux qui ont tourné le dos à ces pratiques après y avoir participé, à ceux qui libèrent les animaux, à ceux qui en prennent soin dans leur foyer ou en sanctuaires.
Comment en arrive-t-on à participer à ce système et même à le justifier ? Comment le quitter une fois qu'on s'y est engagé ? Quelles réparations possibles pour ses victimes, quelle autre vie peut-on leur offrir une fois sorties des laboratoires ?
Le film contient des passages qui peuvent êtres difficiles - pas d'image gore à proprement parler, mais des descriptions et des images d'animaux en souffrance physique et psychologique.
Suite à la projection, nous échangerons sur le sujet.
L'entrée est à prix libre (gratuité comprise) et sans inscription.
Sur place il y aura aussi un infokiosque et un bar 100% vegan
Quand ?
Le jeudi 29 octobre à 19h.
Où ?
Au Baranoux, 78, rue Compans, Paris 19ème.
Dans la grande salle au fond.
Accessibilité ?
Il y a une porte d'entrée avec un rebord, qu'il faut enlever pour passer avec un fauteuil donc tu peux nous écrire pour la retirer quand tu arrives si besoin.
La projection aura lieu dans la grande salle à l'intérieur, accessible aux personnes à mobilité réduite. Les toilettes ne sont pas aux normes PMR.
graphisme par @teppichhai39
À quand une psychanalyse des nouveaux contes de fées ? Le vent serait-il en train de tourner ? Entre les Docteur Frankenstein de l'IA qui prennent peur de leur créature et les manifestations contre l'implantation de data centers un peu partout aux USA, mais aussi maintenant en France, l' 'IA mania', qui avait débuté comme un cyber-conte de fées, commence à virer au cauchemar.
Les fournaises estivales devenues habituelles (« il ne fait que 30°C… ça va ») entretiennent des torpeurs mentales qui convergent opportunément avec un aveuglement salutaire pour la santé mentale, sacrée cause nationale. Peut-on être assez inconscient pour se féliciter de la douce moiteur de cet été indien sans en voir ni les causes, ni les conséquences à bien trop court terme ? Comme l'a montré une anthropologue, Elise Boutié, à propos des méga-feux en Californie, les victimes de la catastrophe elles-mêmes (du moins les survivants, car il y a eu des morts) restent souvent dans le déni quant à l'origine climatique de ces incendies et les attribuent au simple hasard [1], un peu comme Emmanuel Macron avec son « Qui aurait pu prédire... ? » en 2022. C'est sans doute la même chose avec l'IA. "Qu'est-ce qui réveille ?" se demandait Lacan. Il semble en tout cas facile de continuer à ignorer le vase communicant entre la courbe des investissements dans l'IA et celle des investissements dans la transition écologique, désormais nettement inférieurs [2]. On s'alarme du niveau d'endettement, mais quid de ses causes ? Une transition chasse l'autre : il n'y aura pas assez pour le numérique et pour l'environnement. Et il pourrait ne pas y avoir assez pour aucun des deux. Oui, mais : aux USA, 75 projets de data centers ont été annulés rien qu'au premier trimestre, sous la pression des citoyens de toute sorte [3]. Républicains comme démocrates, rednecks ou cols blancs se révoltent contre ces gigantesques aspirateurs à eau et à énergie.
Et en France ? On part de loin : le problème, médiatiquement et politiquement construit, ce sont, semble-t-il, les éoliennes, approuvées sur le principe et en théorie, mais en fait très mal tolérées quand elles s'implantent dans le champ d'à côté. L'IA et le numérique, au contraire, c'est virtuel : comme disent les élèves, « mais comment ça peut émettre du CO2, un téléphone ? Où est le pot d'échappement ? » Si l'on ajoute la fable de la prétendue neutralité du nucléaire sur le plan environnemental, et de son coût prétendument faible, le piège se referme. Et pourtant un rapport récent à la Commission Européenne montre que non seulement le coût de l'énergie produite par les nouveaux EPR sera plus de 3,5 fois supérieur à celui des renouvelables, mais aussi que ces EPR2 bénéficient d'aides à l'investissement inédites (et de conditions particulièrement arrangeantes et coûteuses pour le budget de l'État) [4]. A l'heure où l'EPR de Flamanville est à nouveau à l'arrêt, à peine un an après sa mise en service complète, il y a de quoi faire réfléchir au prix de l'électricité.
La France cherche à "rester dans la course" : "attirer les investisseurs", c'est-à-dire d'abord les data centers ("Choose France"), cela veut dire offrir aux GAFAM sur un plateau nos ressources en eau, notre électricité pas (trop) chère, en échange de... hum. Pas de transferts technologiques en tout cas. Quant à Mistral, il semble avoir renoncé à la compétition sur les LLM pour faire du business autrement, en contrats avec les Américains (... et avec Total). "Mistral AI veut être présent", dixit, "sur toute la chaîne de valeur, des data centers aux applications chez les entreprises, pour contrer la domination américaine" : c'est justement le contraire qui est en train de se passer. Et la France, sous l'influence de ses start-ups (théoriquement) souveraines a longuement renâclé avant de finir par signer un texte présenté à l'ONU pour renforcer les mesures de sécurité sur l'IA, sans engagement clair cependant.
Faisons confiance à la communication de la "marque France" : les éléments de langage nous livrent le bon message, mais sous forme inversée. Encore du Lacan !
Le décalage entre les discours toujours lénifiants des medias mainstream, qui continuent à distiller des éléments de langage semi-publicitaires, et le réel (épuisement des ressources, émissions gigantesques de CO2, siphonnage d'emplois, voire autonomisation inquiétante des machines, inversement proportionnelle à la dépendance des humains à leur égard, etc) ressemble de plus en plus au déni chez les patients borderline.
Les experts de plateaux télé n'en démordent pas : la bonne pratique, c'est de "ne surtout pas diaboliser" cet "outil", neutre comme tous les outils : comme les armes, les mines antipersonnel, les pesticides, etc. Un usage "raisonné" et "'éthique", c'est comme la guerre chirurgicale ? Ou l'"agriculture raisonnée" ? Ce discours de sous-préfet en quête de modernité fait, ou plutôt faisait l'unanimité, il y a peu.
En attendant, "pour les métiers les plus exposés à l'IA générative, le nombre de nouvelles offres publiées sur le site de France Travail (...) a chuté de plus de 50 % relativement aux métiers peu exposés" [5].
La contestation opérerait désormais à trois niveaux : dénonciation, y compris par certains concepteurs de l'IA eux-mêmes, des dangers qu'elle fait planer sur les emplois et l'organisation du travail, voire de la société dans son ensemble ; collusion entre pouvoirs publics et entreprises de la tech (dont Palantir est l'emblème), voire transfert de souveraineté au profit du « techno-pouvoir » ; enfin luttes locales, et assez souvent victorieuses,contre l'implantation de data centers. « La seule chose qui croît plus vite que ce secteur de l'IA, c'est peut-être le sentiment négatif des Américains à son égard. », selon le Wall Street Journal [6].
A cela il faut ajouter les prophéties alarmistes des « doomers », ces experts de l'IA qui, au vu des comportements transgressifs de certains « agents » IA, devenus capables d'initiative et même de hacking de certains sites, pourraient rapidement développer des compétences dangereuses [7]. Certes, ces propos ont été relayés par la presse pendant quelques semaines. Mais il est frappant de constater qu'ils ont la plupart du temps été commentés de façon distante, sinon sceptique, en insistant sur l'intérêt qui pourrait motiver les dirigeants de certains GAFAM, comme Dario Amodei mais aussi Sam Altman, à accréditer cette hypothèse. S'agit-il réellement d'une hypothèse ? C'est ce que semblent insinuer nombre de medias, alors que les 40 chercheurs mandatés par l'Assemblée générale des Nations-Unies sont unanimes à tirer la sonnette d'alarme, reprenant des conclusions déjà développées notamment dans la revue Science ou la revue Nature [8]. Don't look up ? Comme dans cette fameuse fiction censée montrer notre déni collectif, il est peut-être trop difficile pour nos appareils psychiques de digérer une information d'une telle gravité. Impensable, n'est-il pas plus sécurisant de ranger tout cela dans la rubrique « hum… on verra plus tard », ou bien dans la rubrique « c'est une série Netflix » ? Il est possible que la météorite percute la terre : jusqu'ici tout va bien. On reste dans le pacte fictionnel, le public des medias accueille ces informations comme un récit post-apocalyptique de plus.
Mais comment expliquer le clivage entre le discours médiatique dominant et le rejet croissant, bien réel, de ces technologies, même par des Etats-Uniens dont 71 % jugeraient le rythme de développement de l'IA trop rapide, toutes appartenances politiques confondues, et 40 % déclareraient vouloir l'interdire [9] ? Chiffre littéralement incroyable : car dans le même temps, les publireportages en continu en faveur du progrès technologique battent leur plein. Est-ce le même phénomène qui fait que les medias français continuent à présenter l'opinion comme hostile aux éoliennes alors que 70 % de la population s'y dit favorable ?
A moins que le clivage ne passe aussi par notre propre cerveau : nous qui vilipendons l'intelligence artificielle d'une main tout en l'utilisant de l'autre.
C'est notamment le cas dans l'Education. Il existe un cadre d'usage de l'IA à l'école, restrictif, mais pas trop. Il est surtout question d'appel à l'éthique, à l'usage raisonné. Pourtant, pas de semaine ne se passe, depuis trois ans, sans que les enseignants ne reçoivent des sollicitations diverses, émanant de diverses sources, publiques ou privées, pour acclimater ces technologies à marches forcées. Non peut-être sans une petite arrière-pensée pour les petites ou grandes économies que l'on pourrait faire à moyen terme sur les budgets en laissant les élèves se débrouiller avec leur Ordilib, comme au moment du confinement ?
Depuis peu, une nouvelle loi vise à interdire les téléphones au lycée : mais dès sa promulgation, l'accent a été mis sur la difficulté d'application, faute de moyens de surveillance,ou même ses dangers, l'interdiction risquant de mettre les élèves littéralement « à la rue », réduits à consulter sur la voie publique au risque d'un accident... pointant les failles ou l'absurdité du dispositif avant même que la règle ait eu la moindre chance d'être seulement essayée. S'agit-il réellement d'interdire ou de faire mine d'interdire ? Est-ce une proclamation vertueuse ou un réel objectif ? On se souviendra que, concernant l'interdiction du téléphone au collège, en vigueur depuis longtemps (2018), une des (éphémères) Ministres, Nicole Belloubet, avait cru bon d'initier un second dispositif (en 2024), après des années de tergiversation, pour interdire « vraiment » le téléphone [10]. L'emboîtement réglementaire finit par ressembler à une mise en abyme : il faut une loi pour appliquer la loi, faut-il parler de l'effet Vache Qui Rit ? Ou d'un paradoxe vertigineux ? Pour l'IA en tout cas, le grand écart est abyssal, et laisse béer un gouffre entre les principes et les actes.
C'est bien cette contradiction qui semble devenue quasi systémique : comme pour les lois environnementales du reste, dont il est devenu patent que c'est un « détricotage » qui s'opère, contrairement aux objectifs affichés. En fait, il faudrait plutôt parler d'un « syndrome de Pénélope », qui détricote la nuit ce qu'elle fait semblant de tisser le jour.
Chez les enseignants, le grand écart est manifeste : en trois ans, les salles des profs sont passées d'un refus poli (« l'IA, non merci ») à un usage assumé. Si la plupart des profs continuent à vilipender les élèves utilisateurs d'IA, eux-mêmes l'expérimentent beaucoup plus souvent, soit sur un mode soft d'« assistant de direction », soit d'une manière plus intensive, comme « incubateur de conception » [11].
Les élèves, eux, présentent le même genre de syndrome : ils sont beaucoup plus nombreux qu'on ne pense à critiquer l'IA et à être conscients de ses dangers, mais cela ne les empêche pas de s'en servir au quotidien, sans aucune mauvaise conscience [12]. Mais désormais, il semblerait qu'on assiste à des stratégies plus retorses. La ruse pour les élèves les plus madrés exposés à la compétition consisterait à pousser les autres à utiliser l'IA... pour éviter qu'ils ne progressent (témoignage d'élèves d'un grand lycée parisien [13]).
Est-ce le signe que nous allons enfin, collectivement, sortir du clivage et entrer en résistance ? Cela supposerait de lutter contre soi-même, comme le baron de Münchhausen qui doit se sortir lui-même de l'eau. Ou l'autruche qui doit apprendre à manoeuvrer son long cou pour regarder autre chose que le sable, et cesser de se croire à la plage. Sous la plage de l'IA, les pavés ?
Même le monde littéraire semble se réveiller, en découvrant que le petit génie de la rentrée littéraire avait peut-être signé un pacte avec le génie de la lampe... artificielle ? Mais, une fois n'est pas coutume, la polémique sur les « éléments de langage » n'étant peut-être elle-même qu'un élément de langage. Voire un élément de plan marketing : selon le fameux principe du « ballon d'essai », bien connu de tous les communicants, une première annonce qui provoque un scandale permet, en creux et à bas bruit, de déblayer le terrain et de préparer les esprits ; au deuxième essai, beaucoup moins de gens se disent scandalisés, et au troisième on est déjà bien avancés sur le chemin de l'acculturation. Depuis trois ans d'innombrables essayistes, musiciens, penseurs, créateurs ont déjà assumé et médiatisé une utilisation plus ou moins poussée de l'IA dans leur travail, avec des réactions diverses. Qu'en sera-t-il dans un an ou deux, quand d'autres Thélyson Orélien auront publié des livres avec 30, 60 ou 80 % d'IA, et que de plus en plus de lecteurs ne les trouveront pas si mauvais ? Comme les auditeurs de la musique au kilomètre sur Deezer (plus de la moitié des nouveaux uploads sont déjà générés par l'IA). Le rédacteur en chef du Monde, face au scandale Orélien, déclare vaillamment : « Il n'y a qu'une solution. En attendant un véritable gendarme de l'IA, européen ou mondial, sans doute faut-il l'accepter (l'IA) » [14], mais bien d'autres disent qu'ils n'ont juste pas envie d'écrire des livres avec ChatGPT, ni d'en lire. Certes, la solution « unique », sur le mode « There is no alternative », a été majoritaire jusqu'ici : principe de modération, plutôt que de précaution ? Peur de passer pour un réactionnaire, un Amish, ou un has been ? Ou peut-être effet du matraquage tellement insistant des marchands de soupe artificielle. Pourquoi est-il si difficile de refuser simplement d'utiliser l'IA, ou de dire non ? Parler d'usage « limité » ou « éthique » semble mesuré et humaniste : mais s'agit-il réellement de cela, lorsque l'outil et son "affordance" a précisément pour but affiché de servir à un usage non pas partiel mais "large" et "général" (LLM, IAg) et, par ailleurs, de se substituer à l'intelligence de l'utilisateur, voire de le pousser à la fraude (à la fin de la réponse de ChatGPT : "veux-tu que je t'aide à mettre en forme ces éléments", etc.) ? Pas sûr cependant que le techno-centrisme des ravis de la crèche numérique et de l'inaction écologique continue à l'emporter très longtemps, face à la radicalité qui monte. Ni que la légende urbaine de la neutralité technologique tienne encore. Lorsque Evgeny Morozov, habituellement plus acéré, propose, dans un article effarant du Monde Diplomatique d'août 2026 [15], de socialiser l'IA pour la mettre au service du peuple (puisque Marx pensait que les machines n'étaient ni de gauche ni de droite), il n'a qu'un exemple concret, pour l'instant, à l'appui de sa thèse, celui d'un automobiliste qui a réussi, grâce à ChatGPT, à faire sauter une contravention. C'est un début, mais l'utopie sonne un peu comme si on projetait de récupérer tout l'argent de la Mafia pour le distribuer aux pauvres. En attendant la collectivisation des IA et leur conversion aux valeurs de la démocratie sociale, il serait peut-être plus avisé de se tenir à distance.
Julien Cueille
[1] Recherche menée par Elise Boutié sur la ville de Paradise, dans un article de 2022 « Crise climatique, crise politique – Quand l'incendie le plus meurtrier de l'histoire des États-Unis affecte la perception de la forêt », Journal des Anthropologues. https://sms.hypotheses.org/38711
[2] L'OCDE estime que l'IA aurait capté en 2025 61 % de la valeur totale des investissements mondiaux en capital-risque.
[3] Pierre Rimbert, « Tout le monde déteste l'IA », Le Monde Diplomatique, juillet 2026, https://www.monde-diplomatique.fr/2026/07/RIMBERT/69683.
[4] Antoine de Ravignan, « EPR2 : aides publiques monstres et concurrence déloyale », Alternatives Economiques, juillet-août 2026.
[5] https://www.lemonde.fr/vie-au-travail/article/2026/09/22/ia-et-emploi-la-nouvelle-etude-qui-legitime-de-s-inquieter_6779793_6768900.html?search-type=classic&ise_click_rank=1
[6] Pierre Rimbert, art.cit.
[7] https://www.lemonde.fr/economie/article/2026/09/09/les-gens-qui-construisent-l-ia-croient-qu-elle-pourrait-tous-nous-tuer-d-ici-a-la-fin-de-la-decennie-le-chercheur-jacob-coxon-qui-a-travaille-pour-anthropic-et-openai-quitte-l-industrie_6768853_3234.html
[8] https://amphisciences.ouest-france.fr/2026/07/nous-ne-pouvons-plus-dire-que-nous-ne-savions-pas-lonu-alerte-sur-les-risques-de-lia/
[9] Selon un sondage TheEconomist/YouGov de mai 2026 : https://www.economist.com/leaders/2026/06/25/the-ai-backlash-is-only-getting-started
[10] https://www.franceinfo.fr/societe/education/interdiction-du-telephone-portable-au-college-cinq-questions-sur-l-experimentation-lancee-a-partir-de-septembre_6749695.html
[11] https://blogs.mediapart.fr/julien-cueille/blog/150626/quand-l-ia-corrige-l-ia-un-bac-de-philo-tres-augmente
[12] Ibid.
[13] Pauline Quillon, « l'IA et les jeunes : les liaisons dangereuses », Famille Chrétienne, 2497, novembre 2025.
[14] https://www.lemonde.fr/idees/article/2026/09/25/le-cas-thelyson-orelien-accuse-d-ecrire-avec-l-ia-estun-seisme-pour-le-monde-litteraire-qui-campe-sur-l-image-de-l-ecrivain-solitaire_6781936_3232.html
[15] https://www.monde-diplomatique.fr/2026/08/MOROZOV/69807
À Saint-Denis, la colère des lycéens a réveillé celle de leurs professeurs. Lundi 12 octobre, une dizaine d'enseignants et de surveillants du lycée Paul Éluard ont décidé d'occuper leur établissement. Une initiative pour dénoncer le manque de moyens, les violences policières et soutenir leurs élèves mobilisés.
The post « Les lycéens nous ont réveillés » : à Saint-Denis, des profs occupent leur lycée appeared first on Bondy Blog.
qui me frappe, de quelle autorité ?
je n'en éprouve aucune colère,
seuls mes os réclament justice
je suis ainsi fait que ce n'est jamais « moi » qui suis insulté, battu, repoussé
mais, dans ma personne,
quelque chose du dessus,
une réalité organique, solidaire
ou une solidarité historique,
voire métaphysique
Le mouvement impose son rythme, et cette journée est décisive pour faire monter la pression jusqu'au 17 octobre.
L’article Mardi 13 octobre : acte V du soulèvement de la jeunesse est apparu en premier sur Contre Attaque.
Troisième volet de l'enquête théorico-pratique de Lucas Amilcar qui tente de restituer et resituer l'hypothèse révolutionnaire dans la configuration militante actuelle [1], à savoir la menace de l'accession au pouvoir de l'extrême droite et une adhésion diffuse et plus ou moins critique à l'idée que son rival social-démocrate, la France Insoumise, repousse ce péril et permette une plus grande marge de manœuvre pour les années à venir. Après s'être interrogé sur l'état du mouvement révolutionnaire en France (Volet 1), avoir constaté une crise de la pensée subversive et le retour de l'une gauche autoritaire (volet 2), l'auteur propose d'esquisser différentes stratégies selon les configurations politiques à venir.
« De la défaite surgissent des itinéraires »
Carmen Castillo
Nous l'avons décrit dans les deux précédents volets, les différents soulèvements de la dernière décennie -portés par des idées telles que l'anarchisme, l'autonomie, l'horizontalisme, les féminismes, le mouvement queer, l'insurectionalisme- ont eu pour point commun d'avoir été poussés par une grande dose d'idéalisme. Mais l'idéalisme, contrairement à ce que les militants « chevronnés » tentent souvent de faire croire, n'est pas toujours une chose mauvaise. Toute politique révolutionnaire doit en être dotée d'une grande dose.
Cet idéalisme de début de siècle, au cœur d'une époque politique moribonde et sans perspectives, a été extrêmement porteur. Il a permi de démolir de nombreuses digues que les idéologies et formes fossiles du XXe siècle avaient construites pour empêcher tout écart de leurs girons. Il a permis à la politique de reprendre contact avec la vie et d'expérimenter, d'inventer de nouvelles formes inspirantes pour des millions de personnes.
Mais rattrapé par les contradictions et la perte de vitesse de nos mouvements, un grand nombre d'entre nous - cette génération politique issues des soulèvements des années 2010 - a été amenée depuis quelques années à repenser ce que nous avions vécu et d'en tirer des constats pour orienter la suite de notre action. [2] Mais à partir de ces bilans, déjà différentes voies sont proposées par les uns et les autres :
La première (voir volets 1 et 2) est celle de l'obstination autour d'une partie des idées libertaires (horizontalisme dogmatique, absence d'organisation non-affinitaire, défense de l'idée de l'archipel comme horizon politique, etc.). Elle a conduit à cette « crise libertaire » que nous avons déjà évoqué ; une sorte de repli sur soi et d'enfermement sous la forme d'un milieu se préoccupant parfois plus de son « lifestyle » [3] radical que de l'impact de ses paroles et actes sur le réel. L'absence de pensée et de propositions stratégiques condamne souvent cette tendance à la faiblesse et à une certaine aigreur qui se traduit par une critique (voir un sabotage) constant des tentatives organisées et stratégiques qualifiés de façon simpliste comme forcément « autoritaire » [4].
La seconde approche, (voir volets 1 et 2), a profité au contraire du moment de déroute et de repli de ces dernières années marqué par la recomposition et parfois la confusion, pour mener un assaut contre l'esprit des mouvements du début de siècle. Découlant parfois d'une expérience personnelle décevante, voire traumatisante, ce sentiment a été alimenté par des groupes et intellectuels (qui eux sont généralement passés à côté des révoltes récentes) issus depuis longtemps des différentes tendances de la gauche autoritaire (certains trotskistes, décoloniaux ou anti-impérialiste ou alors carrément staliniens et maoïstes). La spécificité de ces derniers est qu'ils fondent leur pratique sur une théorie autoritaire de la révolution (et l'assume en général, à savoir : éduquer les masses, imposer une direction par le « parti » ou l'organisation sur le mouvement et prendre le pouvoir central par les armes ou les élections). [5]
Le risque de cette posture, qui se présente comme le remède à l'immaturité des mouvements défaits, est alors de se retrouver à contre-courant du mouvement réel jusqu'à jouer contre lui [6]. Une erreur qui selon nous, sans le voir ni le vouloir, pourrait parfois mener certains à flirter avec les idées réactionnaires ou conservatrices et à participer, depuis la gauche, aux différentes expressions de la contre-révolution en cours [7].
La troisième et dernière approche, que nous défendons, part d'un point de vue opposé aux deux précédentes, et leur condescendance partagée pour le mouvement réel car il ne serait pas suffisamment proche de ce que l'un ou l'autre incarne. Au contraire, nous défendons que c'est depuis ce mouvement réel qui s'est déployé sous une multitude de formes pendant les derniers soulèvements qu'il nous faut repartir. De nos défaites et de nos succès. Sans rien renier, mais en admettant nos erreurs afin de chercher les moyens de les dépasser.
Comment faire passer les soulèvements, révoltes et expérimentations politiques des vingt dernières années d'une forme éphémère ou fragmentaire à un véritable mouvement révolutionnaire commun et conscient de lui-même ? Comment trouver des formes d'organisations à même de démultiplier la puissance du mouvement réel et le faire exister sur la durée plutôt que de le limiter ou l'absorber ? Quelles stratégies et quels moyens sont nécessaires pour donner une cohésion à cette force naissante ?
Cette approche, est sans aucun doute la plus difficile, la plus inconfortable car elle ne s'appuie sur aucune théorie toute faite, organisation ou sauveur suprême. Prendre l'une des autres voies est compréhensible, d'une certaine façon. Car tant que la nôtre sera incapable de formuler un projet révolutionnaire (soit une articulation entre théorie et pratique [8]) clair et partageable, elle ne sera empruntée que par quelques croyants, c'est-à-dire les partisans les plus convaincus de notre capacité à faire mieux.
Ce moment est donc décisif à sa manière. Car l'histoire nous rappelle que la route de la révolution peut se séparer en plusieurs voies [9]. Et si chacune contient son lot d'obstacles, celles qui paraissent les plus courtes, amènent souvent à des impasses et parfois dans des précipices. Pour passer aux étapes suivantes, il convient donc d'être attentif. De continuer à avancer, certes, mais en étant pleinement conscient de où nous allons et par quel chemin.
Si dans la continuité des textes précédents, nous allons concentrer nos réflexions sur la situation en France depuis laquelle nous opérons, il nous faut préciser d'emblée que nous en sommes arrivés à ces conclusions, non pas en se centrant sur celles-ci, mais au contraire à l'aide d'un grand détour par des expériences révolutionnaires du grand monde. Ce détour nous a permis, non seulement de réunir des enseignements issus d'autres révolutions mais aussi de mieux comprendre ce que nous vivions ici.
Multiplier les références ne sert pas à collectionner du savoir internationaliste pour ne rien en faire. Il permet tout d'abord de comprendre que nous ne sommes pas seuls dans nos tâtonnements, ensuite de mettre en lumière des dynamiques communes à l'échelle mondiale et enfin d'affiner nos stratégies ici en apprenant de ce qui se passe ailleurs.
Une part de miracle est toujours nécessaire pour réussir une révolution. Néanmoins connaître le plus grand nombre de combinaisons possibles (de la part de nos ennemis comme du mouvement réel) nous permet, non pas de les calquer, mais de réagir plus rapidement quand nous rencontrons les différentes situations types d'un moment révolutionnaire.
Pour tenter de contribuer, à notre échelle, à cet effort d'élucidation, je vais tout d'abord réfléchir à partir de la conjecture la plus proche, à savoir l'élection à venir et le rôle des révolutionnaires [10] dans celle-ci ; puis essayer d'identifier ce qu'il reste des mouvements des dernières années en France et de réfléchir aux formes qui pourraient nous aider à augmenter leurs puissances.
La différence fondamentale qui oppose les réformistes et les révolutionnaires est de savoir où se situe le cœur de la transformation : dans la conquête du pouvoir institutionnel par la voie électorale ou dans la construction d'un mouvement autonome capable de déclencher une crise politique par la voie insurrectionnelle à même de renverser le régime et/ou le système en place. Bien des distinctions intéressantes ont été proposées par le passé pour casser la binarité entre révolution et réforme [11] mais il nous semble qu'elles ont parfois eu pour effet d'orienter les énergies [12] vers les stratégies institutionnelles ou les forces électorales plutôt que de penser sincèrement les articulations les plus à même de nous approcher d'une rupture. Nous constatons aussi qu'il arrive que des stratégies a priori opposées puissent bien s'articuler, nous entendons pour l'heure peu de propositions explicitant les contextes et conditions dans lesquels elles peuvent voir le jour.
Une chose est sûre, il nous paraît difficile d'appeler à une réorientation des énergies révolutionnaires de ce pays vers une force électoraliste telle que la France Insoumise sans une réflexion stratégique évaluant les gains et les risques d'un tel choix. Et sans un débat de fond sur les véritables possibilités d'aboutir à un changement réel des conditions d'existence par la voie réformiste et électorale (plutôt que par la révolution donc).
L'élection présidentielle en France est toujours un moment particulier pour les révolutionnaires. Faute de pouvoir influer réellement dans un moment qui, par définition, n'est pas leur terrain de prédilection, les élections sont souvent le moment de laisser le tour aux réformistes.
Le problème de la séquence politique que nous connaissons est que nous avons laissé la place aux jeux institutionnels depuis presque trois ans et les élections législatives de 2024. Il faut croire que la « grenade » dégoupillée par Macron en annonçant la dissolution de l'assemblée, a eu encore plus d'effet sur les révolutionnaires que sur la classe politique.
Pourtant, la crise de gouvernement, puis celle du régime qui a suivi, aurait pu être une période propice à l'attisement des tensions, avec l'ouverture d'une éventuelle crise de nature révolutionnaire en ligne de mire. Plus facile à dire qu'à faire, car en réalité, l'absence de cohésion et de stratégie, voire d'espaces pour en discuter a laissé beaucoup d'entre nous les bras ballants. Permettant, dans cette période, un retour en grâce d'un PS qu'on pensait avoir enterré. Mais surtout à la France insoumise de prendre le leadership non seulement de la gauche institutionnelle mais aussi extra-parlementaire.
Cette situation est problématique sous plusieurs aspects : perte d'autonomie qui se manifeste dans l'absence de cadres organisationnels ou de stratégies propres ; et surtout manque de préparation aux prochaines occasions comme le soulèvement de la jeunesse que nous vivons à l'heure où nous écrivons ces lignes. Cette situation aurait sûrement pu être évitée ou contrebalancée en essayant de développer une alternative à cette voie purement institutionnelle. Mais maintenant il est trop tard, il faut prendre acte et réfléchir à notre marge de manœuvre dans une telle situation.
Il reste à présent six mois avant une élection présidentielle, sous plusieurs aspects inédite. Inédite car suivant un mouvement déjà d'ampleur. Inédite surtout car il existe une réelle possibilité pour La France insoumise d'arriver au second tour et d'y retrouver le Front national, réalisant ainsi la prophétie de Mélenchon qui disait dès 2012 : « à la fin, ce sera eux et nous ». Contrairement aux dires des médias et des sondages, si une telle situation arrive, l'issue est totalement incertaine dans un scénario qui ne s'est encore jamais produit en France.
Si une partie d'entre nous (même parfois ceux qui iront voter Mélenchon ce jour-là) refuse de travailler activement à la victoire électorale de LFI, la majorité de la gauche extra-parlementaire clame par tous les moyens possibles que Mélenchon et la LFI sont la réponse tant attendue à nos impasses et que la rupture est proche. Jetant l'opprobre à tous les sceptiques, accusés (on connaît la chanson) de faire le jeu du RN. Mais alors qu'en penser ?
Comment s'orienter en révolutionnaires en saison électorale ?
Commençons par clarifier : contrairement à ce qui a été pensé parfois à la lecture du deuxième volet, nous ne considérons pas LFI comme une organisation de la gauche autoritaire. LFI n'est pas une organisation révolutionnaire d'avant-garde cherchant à prendre la direction d'un soulèvement de masse pour y imposer, par la force s'il le faut, la bonne ligne. C'est une organisation de gauche réformiste qui se radicalise mais opérant quasi exclusivement dans le cadre institutionnel. Certes c'est une organisation fortement structurée autour d'un leadership personnel. Cette forme a ses forces et ses fragilités, mais c'est avant tout son problème, pas le nôtre. La question qui nous occupe est de savoir si elle est à même de défendre les intérêts d'un mouvement qui la dépasse plutôt que les siens une fois arrivée au pouvoir ?
De plus, il faut comprendre ce ralliement massif de nombreux insurgés — parfois les mêmes qui étaient farouchement anti-élections par le passé — au projet de La France insoumise plutôt que de le mépriser depuis une position dogmatique ou de distinction. Le ralliement de nombreux révolutionnaires et d'une partie des classes populaires au projet insoumis découle de quatre points importants, et commentés au fil de ces textes :
Dans un tel contexte, je ne pense pas qu'il soit pertinent de nous opposer, d'agir contre, ou d'appeler au boycott ou à l'abstention de ces élections.
Premièrement car si nous restons sceptiques sur les capacités — ou les possibilités — de La France insoumise à mener la politique et le programme qu'elle défend, nous pensons néanmoins qu'une son accession au pouvoir pourrait desserrer la pression sur toute une partie du mouvement révolutionnaire en construction (moins de répression, amélioration des certaines conditions de vie, plus d'accès à certaines ressources, etc.) et nous offrir des occasions de nous renforcer. En somme, nous aurions un gouvernement au pouvoir qui serait a priori bien plus clément que le Front National avec les militants, les migrants et les quartiers populaires.
Ensuite car l'espoir suscité par La France insoumise est aussi un facteur de politisation d'une partie de la société. Donc si nous arrivions à construire nos propres stratégies et avoir les moyens de les déployer, une victoire comme une défaite de LFI pourrait amener une partie de ses nouveaux militants et sympathisants vers une ligne révolutionnaire.
Plutôt que de déployer une énergie oppositionnelle peu constructive et entrer en conflit avec certains alliés ou camarades potentiels, il nous revient de trouver les gestes permettant de tirer bénéfice de la situation et notamment de la radicalisation d'une partie de la gauche réformiste voire de certains secteurs de la société.
Pour autant, je pense qu'il ne faut pas non plus nous rallier à LFI. Et qu'il est important d'appeler à la prudence ceux et celles qui, tête baissée ou non, foncent dans le projet insoumis et son soutien, y compris « critique ». Tout d'abord car il faut rappeler que si LFI s'est radicalisée ces dernières années c'est aussi pour faire le plein de voix les plus proches pour le premier tour, elle risque bien de se modérer au deuxième tour comme font de nombreux candidats à ce stade afin de rallier les plus mous.
Ce qui nous ramène à une triste vérité que personne ne niera : LFI reste avant tout une machine électorale. Son travail territorial est presque uniquement orienté vers les échéances électorales et la conquête du pouvoir institutionnel. Cela lui a permis de construire une force politique réelle, de populariser un discours plus radical et de former de nombreux cadres et militants. Mais cela ne suffit pas à construire matériellement un mouvement capable d'apporter autre chose que des votes.
Un mouvement révolutionnaire doit subsister par lui-même sans devoir attendre la transformation de l'intérieur du système politique qu'il combat. C'est l'avantage d'une politique autonome : la somme de lieux, des coopératives, des organisations locales, des espaces d'entraide, des bases syndicales, des collectifs féministes, écologistes ou anti-racistes qui construisent des outils d'organisation et de subsistance pour permettre la transformation des conditions de vie, sans devoir toujours passer par l'Assemblée nationale. Certes, les changements ne sont pas encore pour des millions de personnes mais au moins ils sont immédiats [13].
De plus, nous sommes obligés de rappeler la faible probabilité de voir le programme de LFI être mené au bout car il faudrait que cette dernière surmonte un certain nombre d'obstacles. Déjà gagner l'élection présidentielle ; puis démontrer une volonté sincère et déterminée de mener à bien son programme et notamment les aspects les plus radicaux ; et ce, malgré les pressions et l'opposition de la bourgeoisie nationale et internationale. Enfin, l'espoir que ce programme soit applicable, même en partie, dans la configuration capitaliste technofasciste actuelle tout simplement. Plus que jamais, le changement depuis l'intérieur du système, en se conformant aux règles du jeu, semble illusoire.
Disons-le, croire que le programme de Mélenchon va se réaliser dans la France et le système d'aujourd'hui est une sorte de « pragmatisme utopique » comme l'écrivait un camarade. On nous rétorquera, à juste titre sûrement, qu'en tant que révolutionnaires nous aussi nos rêves sont un petit peu fous. Cependant, la réalisation des nôtres ne commence pas par « la prise de pouvoir d'Etat par les urnes » car ils ne misent pas tout sur celui-ci.
Entendons-nous, ça ne sert à rien de spéculer pour savoir laquelle des voies est la plus réaliste ou praticable. Toutes sont encombrées et chacun choisira le chemin en fonction de ses désirs, ambitions, croyances et capacités. Les opportunistes, ou ceux qui manquent d'une stratégie propre, opteront pour les « deux en même temps » ou passeront d'une à l'autre sans réelle orientation de fond. Les autres, savent bien que prendre sérieusement l'une des voies est le travail d'une vie.
Si LFI avait la capacité de consacrer plus de temps à construire des ancrages locaux forts entre les élections, elle pourrait parvenir à davantage d'effets après et hors ses victoires électorales. Or, tous les groupes locaux que nous connaissons sont catégoriques ; sauf en cas de sortie de route des consignes données par les cadres de LFI, tout leur temps doit être consacré à préparer l'élection suivante, avec toujours la présidentielle en ligne de mire.
Le plus étonnant dans ce ralliement massif par la gauche extra-parlementaire est que souvent il se fait sans trop de conditions. Le risque pour le mouvement réel et ses partisans, c'est d'être absorbés et instrumentalisés par un parti institutionnel qui construit sur leur travail de terrain. De plus, l'adhésion peu critique à la stratégie de LFI ne sert même pas les intérêts du mouvement insoumis. Comme ce dernier l'a lui-même affirmé, en cas de confrontation avec le capital et ses institutions, elle aura besoin d'un mouvement populaire puissant et inventif. Ce mouvement, ce n'est pas en déployant la majorité de notre énergie dans la préparation des élections que nous allons le construire.
Ainsi, le risque majeur et habituel avec la gauche, c'est que le ralliement massif des différents protagonistes des luttes et des révoltes des dernières années aux processus institutionnels aboutissent à la désactivation et la neutralisation de la radicalité de la rue. Et in fine, des conditions de vie, un quotidien, qui ne changent pas réellement, une nouvelle désillusion et le découragement qui s'ensuit. C'est ce que nous avons vu en Espagne, en Grèce ou au Chili par exemple ces dix dernières années. [14]
LFI comme la majorité des organisations, récupère, recycle et absorbe nos idées (communalisme, écologie radicale, antiracisme politique, etc.) et puis neutralise une partie de leur puissance en les orientant vers les élections. C'est une spécialité-maison d'une partie de la gauche dont nous devons continuellement nous méfier : faire mourir les mouvements après les avoir fait grossir, en définitive pour renforcer ou faire grossir leur organisation.
Les enseignements de l'expérience chilienne : le MIR et le président Allende
Le cas de l'Unidad Popular (UP), cette large coalition socialiste ayant porté Allende au pouvoir en 1970 est souvent cité en comparaison à LFI et sa stratégie. Pour nous, c'est surtout l'expérience de la relation entre Allende et l'organisation révolutionnaire Movimentio de Izquiera revolucionaria (MIR) qui comporte plusieurs enseignements.
Le MIR, fondé en 1965, considérait que la transformation socialiste ne pouvait se passer d'une rupture révolutionnaire. Il n'appela pas à l'élection d'Allende qui, au contraire, défendait la « voie chilienne au socialisme », soit un changement dans le cadre démocratique et institutionnel. Mais il n'appela pas non plus au boycott des élections [15]. A la place, les révolutionnaires cherchèrent surtout à remettre en question la « naïveté » de la stratégie réformiste de l'UP et à se préparer aux conséquences de celle-ci.
D'une part en poussant à la radicalisation du processus post-électoral - par le bas - profitant de l'élection pour intensifier son travail politique et l'extension de ce qu'il nommait « pouvoir populaire » [16]. D'autre part en se préparant à l'éventualité d'un coup d'État fasciste à travers l'entraînement militaire de ses militant.es, le contre-espionnage, en tissant des liens avec l'international, etc.
Après la victoire d'Allende, le lien entre les deux ne se fit pas cordialement mais par le rapport de force. Cela n'empêcha pas le MIR de garder des espaces de discussion ouverts avec l'UP et de collaborer occasionnellement. Et s'il décida bien de faire une trêve dans ses actions de propagande armée, celui-ci imposa une pression constante sur l'UP par l'action : interventions dans les usines, occupations de terres, construction de quartiers autoorganisés, ainsi que par ses discours appelant à la confrontation avec la bourgeoisie. On est loin de l'attitude flatteuse d'une bonne partie des ex-révolutionnaires envers LFI que nous voyons aujourd'hui.
Il faut dire que le MIR ne cherchait pas à se faire une place au sein de l'UP pour en briguer une ou deux places de députés. Ils pensaient sincèrement, et à raison, étant donné la suite, que le socialisme ne pouvait arriver sans une confrontation armée et violente avec la classe économique. Et que si les socialistes ne prenaient pas l'initiative, la bourgeoisie le ferait si ses intérêts étaient trop sérieusement menacés. Pour cette raison, il pressa l'UP, aux côtés de nombreuses autres forces révolutionnaires, de profiter de sa position pour « armer les pouvoirs populaires ».
A l'inverse, l'UP voyait d'un œil inquiet le risque de débordement de cette floraison de pouvoirs populaires que le processus de 70-73 avait vu naître (cordones industriales, commandos communales, occupations de terres mapuche et paysannes dans le sud et de terrains vagues dans les villes, etc.). Comme bien d'autres militants de la gauche réformiste ou autoritaire avant et après eux, ils eurent peur de se faire dépasser par le pouvoir du peuple et tentèrent de l'endiguer pour garder le contrôle plutôt que d'aider à son déploiement.
Lorsque le coup d'État de Pinochet, avec l'aide la CIA, arriva en 1973, le MIR, au côté de militants d'autres tendances, entra immédiatement en résistance en utilisant les réseaux construits au préalable. Allende, qui n'avait toujours armé personne (malgré un premier coup d'État raté quelques mois avant) fit le choix du suicide plutôt que d'envoyer des consignes de contre-offensive. Le reste du mouvement révolutionnaire chilien ayant confié une bonne partie de sa force et de se son autonomie entre les mains du président, fut incapable d'avoir une réponse collective et tous se firent écraser les uns après les autres malgré un niveau d'organisation et de conscience rarement égalé [17].
Construire notre propre force
L'histoire de la « révolution démocratique » au Chili nous rappelle le risque que contient le fait de remettre les clefs de sa force et de son autonomie à un parti institutionnel [18] aussi bien intentionné soit-il.
Cela nous rappelle aussi que pour être en mesure de « discuter », de mettre la pression sur les réformistes puis de s'opposer à la bourgeoisie dans les moments fatidiques, il nous faut construire une force d'appel et de mobilisation puissante et commune (au moins occasionnellement). Afin de faire des pouvoirs populaires en germe des interlocuteurs crédibles et solides et non pas des figurants se faisant absorber les uns après les autres par n'importe quelle force mieux organisée. C'est ce que sont parvenus à faire, par exemple, les comités de résistance au Soudan en se constituant en coordination à même de s'opposer aux récupérations de la gauche institutionnelle. Et surtout de proposer leur propre stratégie et vision concernant les suites de la révolution. C'est aussi ce que tenta, sans succès, l'assemblée des assemblées pendant les Gilets jaunes.
En somme, ces exemples nous montrent la nécessité de construire une force révolutionnaire qui sera capable de discuter avec LFI si cela s'avérait nécessaire, mais aussi de s'y opposer. L'objectif, est bien que le mouvement réel se constitue en force autonome et par le rapport de force oblige LFI à se mettre au service du mouvement et non l'inverse. C'est à nous-même de construire cette force.
Pour résumer, nous pouvons dire que le rôle des révolutionnaires dans une période comme celle-ci est, certes, de regarder de près les élections car quelques surprises pourraient s'y jouer, mais de ne pas y consacrer toute leur énergie : ni en s'opposant, ni en militant pour la victoire de LFI. Si LFI fait bien son travail, alors essayons de bien faire le nôtre.
Quel que soit le résultat - si Mélenchon est élu et ne respecte pas ses promesses ; si Mélenchon respecte ses promesses et qu'il est confronté à l'opposition des institutions internationales ; si Le Pen est élu ; si un candidat de l'establishment est à nouveau élu — ce ne sera pas la « guérilla discursive » à l'Assemblée nationale qui pèsera dans la situation. Ce sera le rapport de force entre d'un côté la rue, les révolutionnaires, le mouvement réel qui s'insurge et de l'autre, la classe politique, la bourgeoisie et leurs chiens de garde (les médias et la police).
Dans tous les cas, ceux et celles qui pourront faire la différence, c'est nous.
Nous, qui lutterons contre les fascistes dans la rue. Nous, qui défilerons devant les bureaux de patrons pour leur faire comprendre qu'augmenter les salaires est un « moindre mal » pour eux. Nous qui tiendrons les cantines et les champs pour alimenter l'auto-organisation en cas de pénurie ou de manque. Nous qui sommes les seuls à pouvoir rendre possible une véritable « rupture » profonde et non pas un changement cosmétique négocié au sein de la classe politique afin de préserver l'État et la bourgeoisie.
« Avec les bons yeux qui regardent aux bons endroits au bon moment, vous pouvez peut-être voir l'ombre sinistre de l'avenir éclatée par des éclairs de lumière d'un autre monde. »
Phil A. Neel - Théorie du Parti [19]
L'immense réussite de la première Internationale ne fut pas tant d'organiser des grèves immenses, de réussir des révolutions de masse ni même de lever des millions de francs pour soutenir telle ou telle lutte. Non, la force de l'Internationale fut l'exploit de donner au mouvement réel les moyens de se voir comme appartenant à un mouvement commun en pleine expansion.
Grâce à la liaison entre noyaux de partisans, la stimulation de débats transnationaux sur la révolution, la construction d'une entraide matérielle entre ouvriers et syndicats, le soutien aux grèves et aux luttes et enfin la construction d'une menace (surestimée et fantasmée) ciblée par la presse, l'AIT a permis de faire sortir de son état de masse informe, fragmentée et surtout en concurrence, ce que l'on appellera ensuite « le mouvement ouvrier ».
C'est-à-dire, non pas un parti central et son avant-garde éclairée, mais plutôt une multitude d'entités, d'organisations, de luttes, d'autonomies ouvrières, de partisans appartenant à un même combat pour le socialisme (et ses différentes déclinaisons : communisme, anarchisme, mutualisme, etc.). Voilà l'immense réalisation de l'Internationale. Et son point d'honneur fut que ce mouvement survécu totalement à sa disparition, la faisant entrer dans le panthéon des quelques organisations véritablement révolutionnaires de l'histoire.
Cette réussite, dans une époque, qui par certains aspects, ressemble à la nôtre [20], doit nous guider. Ne pas chercher tant à « conscientiser les masses » ou « diriger la révolte » mais avant tout, à lui permettre de se voir elle-même, de prendre conscience de sa force et de son nombre, d'aider à tisser ses parties séparées contre la mise en concurrence de ses intérêts.
Peut-être alors, la tâche prioritaire qui nous incombe commence ici ; à se regarder un peu plus attentivement que ce que l'on a fait ces derniers temps, afin de voir ce qu'a réellement donné l'accumulation des mouvements de la dernière décennie.
Se décentrer pour se voir
De retour après avoir passé quelque temps loin des espaces militants français et après voyage destiné à rencontrer lieux et groupes locaux aux quatre coins de la France, j'avais été très surpris de découvrir le contraste entre le nombre assez considérable de ces derniers et le niveau de pessimisme et de manque de perspective qui y régnait. Partout, on se sentait écrasé par l'état du monde et ses guerres, ou bien par la crise climatique et la montée du fascisme. Ces menaces, mises en vis-à-vis avec le manque de perspectives révolutionnaires et d'issues politiques de nos mouvements, poussaient au ralliement à LFI. Ce sentiment, que je ne partageais pas vraiment, me fit conclure à la nécessité de se décentrer.
Géographiquement d'abord. Et ainsi voir que le monde continue à se soulever. Le flot d'insurrections (Serbie, Madagascar, Maroc, Albanie, etc.) et même de révolutions partiellement victorieuses (Népal, Bangladesh, Madagascar, etc.) ne s'est pas tari et se retrouve menée par une nouvelle génération qui entend bien connaître elle aussi l'expérience des soulèvements. Cela devrait nous donner de la force et nous encourager à participer au début de la révolte actuelle corps et âme et à préparer les prochaines à venir.
Un décentrement géographique, qui paradoxalement aidait aussi à prendre conscience de notre situation : des moyens que nous avons, des possibilités politiques en termes de liberté d'action, de moyens matériels nous permettant de nous organiser, d'une surveillance pas encore toute-puissante et enfin de la vivacité des luttes et de la récurrence des mouvements de masses.
Mais, décentrement temporel aussi : on le sait, les autonomes et une partie des révolutionnaires rodés aux insurrections n'aiment pas les moments d'accalmie en France. Le moment du mouvement social, ou de révolte signifie souvent excitation, enthousiasme, intensité où l'on pense que tout est possible (jusqu'à la révolution). Les temps qui s'intercalent entre deux moments de ce type sont souvent des moments plus laborieux, moins gratifiants, synonymes facilement d'isolement ou de sentiment de faiblesse, de perte de sens provoquant généralement son lot de retrait, de dépression, et de résignation. Quand l'agitation manque, cela laisse un sentiment de vide ou de défaite que beaucoup ont du mal à traverser.
Dans un tel moment : une partie de ceux et celles qui s'étaient soulevés, confie, tout simplement leur force à des partis politiques qui semblent plus à même de donner des « débouchés politiques » à leur colère [21]. Et l'autre partie, par réflexes activistes et gauchistes [22], passent d'une action, d'une cause ou d'une campagne à une autre. À la recherche, non pas forcément d'un effet réel, mais de l'intensité pour continuer à donner un sens à sa vie par la lutte [23].
Pourtant, les moments d'accalmie ne sont pas forcément négatifs pour un mouvement révolutionnaire en germe. Car ce sont aussi des occasions pour retrouver son souffle et donc du calme, du recul, du temps. Des occasions pour penser, faire le bilan, apprendre de tout ça, imaginer et construire la suite.
Pour cela, il nous faut accepter qu'aucun moment insurrectionnel ne peut amener à lui seul la révolution profonde [24]. Et même s'il faut « toujours être préparé à une bonne surprise » comme le dit un camarade, les moments d'intensité ne durent pas éternellement et le retour au calme suit toujours, d'une manière ou d'une autre.
La construction et la croissance d'un mouvement révolutionnaire est un processus lent et laborieux qui connaît ses périodes de flux et de reflux. « Habramarea » disent les féministes en Uruguay. Il y aura des marées. Garder cela à l'esprit ces dernières années, plutôt que de cultiver l'esprit défaitiste aurait permid plusieurs d'entre nous d'un peu mieux se préparer [25] à l'inévitable retour du mouvement réel auquel nous assistons actuellement.
Un des premiers défis pour se constituer effectivement comme mouvement révolutionnaire est d'être capable de se maintenir dans le temps, même avec un rythme réduit, entre les phases d'intensités qu'elles soient des « victoires » [26] ou des « défaites ». Pour construire et solidifier en continu. Et ce quel que soit le niveau de la mer.
Ce que nous avons bâti
Mais alors où en sommes-nous ? Car si nous avons connu des défaites sur le plan institutionnel (dont il ne faut pas minimiser les conséquences sur les plans matériels et moral) nous ne pouvons pas réduire notre bilan à ce constat. Car l'augmentation de la puissance d'un mouvement révolutionnaire est une question de forces matérielles, de lucidité stratégique, et de solidité organisationnelle [27].
Si l'on se met d'accord sur ce point, les critiques sévères faites régulièrement au « mouvement autonome » ces dernières années (y compris en interne) contiennent leur part de vérité bien sûr, mais ratent aussi souvent le tableau complet. Pour que cela ne soit pas notre cas, commençons donc par jeter un regard d'ensemble et proposons une estimation de ce qui a été construit pendant cette période et ce qu'il en reste :
- Des lieux : on peut estimer à presque 500 lieux amis en milieux ruraux et urbains : centres sociaux autogérés, squats politiques ou d'habitations, lieux culturels, maisons du peuple et de lutte, ateliers partagés, fermes et communes rurales, coopératives, écolieux radicaux, ZAD et lieux issus de luttes territoriales, habitats collectifs militants, librairies, et tiers-lieux radicalisés.
- Des capacités alimentaires : plusieurs centaines de cantines collectives, solidaires, autogérées, des réseaux de ravitaillement des luttes, des collectifs de récup alimentaires, des marchés rouges (gratuits) et plus d'une centaine de fermes collectives.
— Des moyens financiers inédits : fonds de dotation, caisses de soutien, mutuelles autonomes, soutien de fondations radicales.
— Une centaine de médias, journaux, radios et pages sur les réseaux sociaux dont les principaux sont des médias aux larges audiences qui totalisent ensemble des millions de vues chaque mois.
— Des centaines de collectifs et organisations de luttes locales, de soin, d'éducation populaire, d'entraide.
— Des moyens anti-répression, des avocats, des legal teams, des réseaux de soutien aux familles.
— Une dizaine de maisons d'éditions indépendantes imprimant des dizaines de milliers de livres cumulés chaque année.
— Des réseaux ou maisons d'accueil et d'entraide aux exilés, des bateaux de sauvetages en mer, des associations de soutiens administratifs et matériels.
— Des capacités organisationnelles et de mobilisation de plus en plus impressionnantes, comme la capacité de lever une flotte entière pour se rendre à Gaza en quelques mois, des mobilisations à l'échelle de la planète pour construire une entraide effective, des mobilisations autonomes de masse pour soutenir des luttes locales, l'organisation de festivals ou rencontres rassemblant des milliers de personnes.
— Des réseaux et des organisations issus des causes écologistes, internationalistes, antifascistes, antiracistes et autonomes de plus en plus structurés et expérimentés avec des connexions transnationales puissantes et de plus en plus nombreuses. Mais aussi une culture commune de l'organisation collective permettant de très rapidement aboutir à des larges coordinations.
Combien de personnes composent ces différents espaces à l'échelle du territoire ? Il est ici beaucoup plus difficile de proposer un chiffre en dehors des moments de soulèvement. Quelques dizaines de milliers de personnes qui s'organisent régulièrement. Quelques centaines de milliers à participer ponctuellement à ce type d'espace. Et combien de sympathisants Quelques millions, espérons-le.
Cette liste donne une photographie du type d'outils, de capacités et de ressources que nous avons aujourd'hui en France. Bien sûr, ces nombreux acquis sont continuellement menacés, attaqués et fragilisés par les pouvoirs en place et les embrouilles internes. Néanmoins, pour toute personne qui a connu cette évolution, il est difficile de dire que nous sommes à l'heure actuelle moins équipés qu'il y a dix ans par exemple.
Bien sûr, une liste ne permet pas de saisir toute la complexité que cet écosystème représente. Cet espace n'est pas cohérent, il existe de nombreux désaccords ou divergences de stratégies et de tactiques et une grande difficulté à se coordonner autour d'une ligne politique claire.
De plus, il faut bien rappeler que toutes ces forces quand elles ne cherchent pas à contribuer à quelque chose qui les dépasse, à participer activement à un mouvement révolutionnaire transversal, risquent d'être cantonnées a de l'alternativisme ou de l'activisme. La construction des pouvoirs populaires, au contraire, implique une dimension offensive, ainsi qu'une volonté de déploiement.
Alors oui, ce n'est pas encore assez, ce sont des outils et pratiques qui ne sont pas encore suffisamment répandus au sein de certains fragments de la population, ils ne sont peut-être pas suffisamment liés entre eux et surtout, il ne se pensent pas encore comme tels et ne partagent pas nécessairement une lecture commune de la situation. Mais malgré tout, combinés à tous ces moments de révoltes ou de mouvements de masses qui se succèdent dans le pays depuis plus de 10 ans, on a du mal à se dire autre chose que « voilà une bonne base pour construire un mouvement révolutionnaire. »
« La tâche de notre génération n'est pas encore achevée »
En plus de tous ces aspects, il existe quelque chose d'autre qu'on ne peut ni voir ni toucher mais qui est tout aussi crucial. Il existe des centaines de milliers de personnes (des millions à l'échelle du monde) qui ont vécu un soulèvement. Celles-ci ont gardé une flamme et surtout ils ont appris des choses. Appris la vie collective, des techniques de rue, des moyens de cuisiner pour 1000 personnes, les difficultés de s'organiser, de tenir des barricades, comment se protéger numériquement, de prendre soin des blessés, etc. Des gens aussi, qui ont gardé des solidarités, des amitiés, des amours.
L'histoire est faite de soulèvements qui se répètent des années, parfois des décennies plus tard avec un niveau d'intelligence populaire décuplé. Du fait des partisans qui ont appris, se sont mieux préparés et ont réussi à trouver les bons gestes et formes pour y intervenir et dépasser leurs propres limites ou celles de leurs aînés. Mais les expériences ne sont pas automatiquement cumulatives. Quand les révoltes reviennent, il est aussi possible qu'elles conduisent presque exactement aux mêmes erreurs (et en commettent de nouvelles) sans même savoir qu'elles ont été commises par d'autres dix ans plus tôt.
C'est bien là que nous devons intervenir et que le rôle de la génération politique des années 2010 est crucial. « La tâche de notre génération n'est pas encore achevée » disait un camarade à raison. Pour participer aux prochains soulèvements et y injecter son expérience mais aussi transmettre pour la suite. Le défi pour nous est de ne pas prétendre que nous avons réponse à tout, ou être cynique bien évidemment. Construire des cadres et des approches permettant de se nourrir mutuellement entre générations politiques - voilà un de nos nombreux chantiers.
Mais pour cela, encore faut-il savoir que garder de tout ça ? Comment chercher des pistes de dépassement aux impasses et obstacles rencontrés ?
Suite aux deux précédents volets, il m'a souvent été demandé si je pensais ou souhaitais un retour du mouvement autonome tel qu'il avait existé entre 2015 et 2020 ? La réponse est non. Le mouvement autonome tel que nous l'avons connu a fait son heure. Il a été « destitué » comme dirait un camarade, car une bonne partie de ses pratiques de prédilection (manifestations sauvages, occupation, groupes affinitaires, pratique de l'émeute, etc.) se sont répandues au sein des soulèvements du monde entier. Et le désir de rupture est devenu de l'ordre du sens commun. Et s'il a contribué à sa manière au retour du mouvement révolutionnaire, il a accompli sa tâche pourrait-on dire.
Néanmoins, plus qu'un mouvement que l'on voudrait ressusciter, il convient de retenir ce qui fait la force de l'idée d'autonomie : le développement d'un combat passe nécessairement par l'autonomie de ses combattant.es et la concordance autant que possible entre théorie et pratique. C'est comme ça historiquement que le mouvement ouvrier s'est constitué, en développement, ce que l'on nommait alors « l'autonomie de classe » ; soit en créant ses propres institutions révolutionnaires (mutuelle, syndicats, internationale, parti, bourses du travail etc.) à même de répondre aux besoins de la vie et de la lutte en dépendant le moins possible de ses adversaires ou rivaux et ainsi renforcer sa force et sa cohésion interne.
Pour pouvoir exister, le mouvement révolutionnaire doit se doter des moyens de son autonomie matérielle comme politique : espaces d'élaboration, de décisions et de discussions tactiques, ses propres capacités de mobilisation, ses propres relais, des ressources de production et de reproduction de sa force, son propre agenda et enfin et surtout : la construction, sur le temps long, d'une stratégie et d'un projet révolutionnaire.
Les formes de notre force
Mais alors comment donner corps aux idées et aux forces fragmentées afin qu'elles deviennent un véritable mouvement révolutionnaire ?
Aux quatre coins de la planète, les réflexions autour de la question organisationnelle se sont amplifiées à partir des expériences passées et actuelles. Des tentatives pertinentes sont en cours pour tenter de dépasser certaines limites. Croisant nouvelles formes d'organisations, capacité de mobilisation de masse ou depuis celles-ci, efficacité, construction de stratégie hors des mouvements d'intensités : l'autonomie organisée fut l'une d'entre elles pour le début du siècle (appelisme et ses suites), les Soulèvement de la terre ou la Coordinadora 8M au Chili sont d'autres exemples à regarder de près, tout comme les social centers movement au Kenya, Les Peuples Veulent ou les nouveaux réseaux apoistes à l'échelle transnationale.
Pour ne pas rejouer certains débats du XXe siècle, disons d'emblée qu'il n'existe pas LA bonne forme organisationnelle. Nous sommes à peu près convaincus qu'il faudrait au contraire trouver des assemblages qui correspondent aux nombreuses caractéristiques de chaque situation que nous rencontrons. Avec toujours comme fin visée, non pas le renforcement de l'organisation mais le renforcement du mouvement.
Et pour faire exister un début de mouvement révolutionnaire en France nous devons chercher des architectures qui nous permettent de lutter contre la fragmentation et la dispersion. Il nous manque tout d'abord des espaces de discussion, d'élaboration de stratégies et d'articulations. Sans pour autant trancher définitivement entre eux, il nous semble que trois chemins s'offrent à nous actuellement pour envisager l'étape suivante :
La première serait de réunir un certain nombre de partisans issus des luttes des dix dernières années avec une expériences de l'organisations collective afin de tenter de construire un socle théorique et stratégique (en quelques points par exemple) à même de servir de base à une organisation révolutionnaire commune rassemblant plusieurs combats pour le moment trop indépendants les uns des autres. Les choix et types d'interventions seraient alors élaborés à partir des objectifs qu'elles se donnent et devrait surement aller vers des formes relativement centralisées. En somme, une forme mise à jour du parti.
La seconde option, plus souple idéologiquement et structurellement pourrait ressembler à un réseau ou une plateforme à même de fédérer et coordonner les différentes expériences, collectifs, individus issus des luttes récentes. Elle mènerait sûrement à plus de décentralisation et une autonomie forte des différentes composantes.
Si des expériences de ce type ont déjà été menées ces deux dernier decennies (et avec un certain succès) au sein d'espace circonscrits (coordination de lieux autonomes ; coordination féministe ; assemblée des quartiers, Soulèvements de la Terre pour les luttes écologiques, etc.), une étape supplémentaire (et difficile) serait premièrement d'assembler des entités de différentes luttes au sein d'un même espace pour construire une base transversale. Et deuxièmement de le faire, non pas à partir d'un cadre idéologique prédéfini (troskysme ou anarchisme) mais depuis une base politique commune construite à partir de différentes traditions de ses composantes et ouverte à la nouveauté de notre époque.
La dernière option (qui n'est pas exclusive) et qui nous semble être surement la plus adaptée au moment politique dans lequel nous nous trouvons correspond à une forme hybride et originale : le camp révolutionnaire. Le nom et la théorisation de cet espace nous vient du Québec :
« Il nous faut des espaces pour construire des plans [...] Le camp révolutionnaire représente pour nous le lieu non seulement d'un partage d'idées, mais de la prise de parti active pour la révolution. Il doit servir d'espace de discussion, d'élaboration stratégique et d'organisation entre différents groupes. [...] L'intérêt d'un espace tel que le camp est d'abord de remédier au caractère diffus et isolé des forces révolutionnaires. Dans une situation donnée, la coordination au sein du camp nous amène à penser des interventions plus puissantes, autant sur le plan tactique qu'au niveau du discours. Éviter de multiplier les appels et la confusion. Si nécessaire, penser les désaccords sur des bases politiques et stratégiques, et non pas sur des malentendus ou des embrouilles interpersonnelles. Hors mouvement, alors que les forces tendent à se replier sur elles-mêmes, le camp établit un espace où l'échange permet de tenir dans le temps. [..]
Les décisions qui y sont prises reposent sur la possibilité d'accords et d'initiatives transversales aux forces qui le composent [...] Bien que le camp ne nécessite pas que tous ceux qui y appartiennent aient les mêmes priorités, il présuppose néanmoins un critère et une orientation de base, qui sont de poser et de faire exister la question de la révolution.[..] Pour les forces qui appartiennent au camp, l'activité politique doit s'inscrire dans une stratégie qui peut s'expliciter [...] La révolution implique un bouleversement de l'ordre établi et des manières de vivre par les foules insurgées. Participeront au camp révolutionnaire tous ceux et celles qui œuvrent d'arrache-pied à l'avènement de ce bouleversement et décident de s'organiser sur cette base. » [28]
Si de nombreuses modalités restent à discuter (rythmes, critères d'appartenance, formes des discussions, etc.) nous pensons qu'un espace révolutionnaire de ce type serait à même de poser un jalon à notre portée et en même temps répondre à un manque cruel. L'originalité de cette proposition est qu'elle ne prévoit pas de faire entrer tout le monde au sein d'un même parti ni de redoubler les tentatives de coordination déjà là sous la forme d'un réseau. Mais plutôt, dans un premier temps, de faire se rencontrer (plus ou moins régulièrement) des « noyaux révolutionnaires » au sein d'un espace commun afin de :
1 : Expliciter les stratégies et les désaccords
2 : Y penser des occasions d'articulations, d'interventions ou d'élaboration de plans communs augmentant nos capacités de construction de rapport de force (y compris avec des forces de gauche)
3 : Contribuer à renforcer une culture commune notamment de la discussion stratégique, mais aussi du conflit politique explicité
Quelle que soit l'option que nous choisissons entre celles-ci ou d'autres que nous n'avons pas présenté, l'importance d'un organe de liaison contribuant à faire exister et se penser le mouvement révolutionnaire devient urgent.
Car ni l'intellectuel des médias sans force réelle, ni le syndicat de masse qui n'a d'autre objectif que d'emporter des victoires immédiates et partielles, ni le groupe affinitaire qui améliore son quotidien sans rencontrer l'autre, n'ont les moyens de peser dans les situations que nous rencontrons.
Le contexte actuel de déshérence des révolutionnaires organisés, donne une place centrale à toute une ribambelle d'influenceurs, intellectuels ou encore de plateformes en ligne se fantasmant comme de nouvelles avant-gardes [29].
Aussi important puisse être le combat culturel et pour les idées, le centre de gravité d'une politique révolutionnaire ne peut être la production de discours. Cela reste avant tout la construction d'une force réelle dont les trois piliers sont : capacités organisationnelles, force matérielle et moyens d'interventions. Et si l'élaboration théorique et stratégique et sa diffusion est bien entendu indispensable pour nourrir et accompagner cette force réelle en construction, quand c'est le discours qui guide le mouvement et non pas l'inverse alors c'est le signe d'une période politique moribonde favorable aux charlatans.
Nous l'avons répété à plusieurs reprises, depuis une dizaine d'années, les révoltes de plus ou moins grande ampleur se succèdent en France. Quartiers populaires, agriculteurs, Gilets jaunes, Kanaky et maintenant la jeunesse.
Avec l'absence de réponses des gouvernements successifs, tout continue de s'aggraver, économiquement, politiquement : la colère s'intensifie et la possibilité de nouvelles explosions est toujours plus grande. Cette situation fait certainement de la France (aux côtés des États-Unis) un des pays les plus volcanique d'Occident. En révolutionnaire il faut donc, s'éloigner du défaitisme fataliste ou du pragmatisme utopique et redevenir un minimum réaliste :
1 : les insurrections reviennent toujours et de plus en plus souvent.
2 : Si on ne s'y prépare pas sérieusement, elles risquent de se transformer encore en occasions ratées et à se succéder les unes après les autres, sans réellement ébranler le régime.
Nous l'écrivons depuis quelque temps, il paraissait de plus en plus évident qu'une révolte majeure de la jeunesse était en train d'incuber. Le reste du monde connaissait depuis quelques années les soulèvements de la Gen Z même en France : révolte de la jeunesse de banlieue pour Nahel, fêtes et affrontements lors des victoires en ligue des champions de PSG et les dernières fêtes de la musique. Dans chacun de ces cas, nous avons pu voir une jeunesse des périphéries, majoritairement racisé.e, de plus en plus encline à pénétrer les centres des grandes villes pour y affirmer en acte sa dignité, sa joie et sa colère.
L'appel du 10 septembre 2025 à tout bloquer avait aussi constitué un signal intéressant, notamment par la présence importante de jeunes dans les cortèges et par l'apparition de formes de manifestations spontanées pratiquement uniquement composées de lycéen.nes et étudiant.es. Pour une partie d'entre eux, il s'agissait des premières expériences concrètes de manifestations sauvages, de confrontations avec l'ordre établi et surtout, de la découverte de la force collective que peut produire une mobilisation. Le problème n'était donc pas tant l'absence de colère et d'énergie mais plutôt l'incapacité (logique) de prolonger le mouvement au-delà de ce jour, empêchant à toute cette génération de connaître son premier mouvement (partie remise).
À l'heure où nous terminons ce texte, il n'est plus question d'anticipation mais de l'actualité la plus chaude et depuis une semaine, plusieurs centaines de lycées et dizaines d'universités du pays sont bloqués. Le 17 octobre en ligne de mire. Nous assistons à ce qui ressemble de plus en plus à un soulèvement beau et drôle à la fois, lancé depuis la périphérie des grandes villes, de la jeunesse déterminée. Sans surprise et beaucoup moins amusant, celui-ci est attaqué de façon brutale et inhumaine par l'État et sa police. 5000 arrestations en dix jours, des lycéen.nes éborgné.es, mutilé.es et un racisme totalement décomplexé qui continue de prouver que dans ce pays les enfants non-blancs ne sont pas vraiment des enfants.
Mettant bien en lumière deux mouvements contradictoires qui se développent simultanément et qui entrent de plus en plus directement en collision préparant une situation explosive. Des regards attentifs ont vu ces dernières années que nous n'assistions pas simplement à la montée du suprémacisme blanc et d'une extrême droite de plus en plus décomplexée. Mais aussi que de l'autre côté, les populations visées par ces discours semblaient de moins en moins disposées à accepter l'invisibilisation et la place subalterne qui leur était assignée. Occupant de plus en plus fréquemment les centres-villes lors des révoltes [30] comme des fêtes populaires, prenant la parole, investissant les espaces culturels et politiques et accédant progressivement à des positions institutionnelles affirmant et assumant de plus en plus le fait d'être des « français » comme les autres (les drapeaux français et les marseillaises entonnées devant les lycées du 93 en sont sûrement les meilleurs exemples). Une prise de puissance, de confiance et de dignité de plus en plus menaçante pour l'ordre social à la française.
C'est aussi cette transformation que LFI avait cherché à traduire culturellement à travers le récit de la « nouvelle France ». Et surtout électoralement avec de plus en plus de candidats et d'élus dans ses rangs issus des quartiers populaires ou de l'immigration. S'il y a des motifs de s'en réjouir car cela participe à la prise du centre par les marges, il faut aussi se rappeler des récupérations de gauche du vote et des militants des quartiers populaires (essentiellement par le biais de la marche des beurs, de SOS racisme et du PS).
Reste alors la question centrale, pour ceux qui pensent que défendre de simples changements de gouvernement ou de réformes ne permet pas à terme de s'attaquer aux racines de la structure raciste et coloniale de ce pays, quelles perspectives et conséquences donner à cette recomposition politique et culturelle depuis un point de vue révolutionnaire ?
La révolte en cours est un élément de réponse éloquent. Dans un moment comme celui-ci, le rôle de notre génération politique et de tous ceux et celles qui ont participé aux précédents soulèvements est important. Afin de proposer une voie entre d'une part un mouvement social classique, souvent capté et endigué par les forces syndicales et politiques (LFI a déjà commencé à produire dix mesures sensées résumer le mouvement) ; et d'autre part le caractère éphémère de quelques belles journées de révolte.
Il me semble alors que nous ne pouvons pas nous limiter à « soutenir » le mouvement, encore moins à participer au mouvement social que nous promettent les syndicats. Et qu'enfin il nous faut autre chose que ce que propose la tradition autonome, soit la tentative de déborder le cadrage de ces derniers.
Notre tâche alors est peut-être de trouver le moyen d'étendre la révolte à d'autres espaces, secteurs et générations (nos quartiers et villages, nos lieux de travails, etc.) tenter d'ouvrir d'autres brèches afin de desserrer la pression qui pèse sur la jeunesse. Et de plus, s'appuyer sur tout ce que nous avons construit et appris, proposer des outils mais aussi des formes d'auto-organisation, des techniques d'offensivité et des horizons qui dépassent la réforme de l'enseignement national. Comme l'abolition de la police ou la chute du régime tout simplement. C'est-à-dire, contribuer à défendre des perspectives qui ne se limitent pas à la signature de quelques accords à Matignon qui seront suivis par la demande du retour au calme en attendant l'hypothétique élection de Mélenchon.
La révolution qui vient
« Un de ces moments aveuglants où la perspective de la justice apparaît pendant une seconde fugace. [Depuis] nous ne pouvons défaire la lumière que nous avons vue. En conséquence, cette défaite est en soi un réveil. »
Phil A. Neel – Théorie du parti
Le vendredi 30 novembre 2018, je suis revenu en catastrophe à la capitale après avoir passé presque trois semaines à tenir puis sillonner différents ronds-points non loin de Valence, de Marseille, de Vendée, dans le Limousin. Après avoir vu des dizaines de blocages, des milliers de Gilets jaunes aux fenêtres des maisons, des immeubles, des voitures ; des dizaines de radars défoncés, des péages ouverts, etc. J'ai compris l'ampleur de la colère, de l'intelligence populaire, des contradictions, de la puissance et du désir révolutionnaire en circulation et j'allais être changé à vie.
Revenant à Paris où le calme ambiant, hors des samedis de manifestations, était vraiment déroutant, j'y retrouvais un groupe élargi de camarades avec qui j'étais plus ou moins habitué à m'organiser. Ce soir-là, ils étaient en train de débattre de s'il fallait ou non participer au soulèvement. Perdant légèrement mon calme et m'appuyant sur ce que j'avais vu et entendu depuis trois semaines, je disais seulement : « demain, il va y avoir une insurrection. » Si une partie de mon groupe de l'époque partageait ce constat, une autre partie me renvoyait à mon enthousiasme, à mon manque de lucidité à ma foi.
Le lendemain nous étions le 1er décembre 2018 et une insurrection populaire avait lieu au cœur de Paris et aux quatre coins de la France. Les beaux quartiers de Paris à Bordeaux étaient ravagés, l'hélicoptère de Macron était prêt à décoller voyant les foules se rapprocher de l'Elysée.
La bourgeoisie fuyait Paris de « peur à un moment d'avoir leurs têtes sur des piques. » [31] ; des dirigeants d'entreprise suppliaient le président du MEDEF « de tout lâcher parce que sinon… » ; et certaines élites confessaient : « La peur. Pas celle de perdre un scrutin [...] Plutôt celle de l'insurrection, de la révolte, de la destitution. »
Le directeur de la sécurité de proximité de l'agglomération parisienne, eut ces mots pour résumer ce 1er décembre 2018 : « Pour la première fois de ma vie, j'ai compris que la République, les institutions [...] pouvaient tomber du jour au lendemain. ».
Nous avons eu le temps pendant des années de penser et repenser ce moment avec de nombreux camarades et au sein de bien des groupes. Notre constat est souvent commun : une occasion historique s'est offerte à nous. Et nous avons raté le coche.
Si, ce jour-là, notre petit groupe, retrouvant d'autres camarades sur le chemin, fut capable de mener un cortège composite -prolétaires blancs et non-blancs venus de toute la France, jeunes de quartiers populaires, militants autonomes, gauchistes parisiens - de milliers de personnes d'avancer vers certains lieux symboliques de la capitale et mettre en déroute chaque voiture de police rencontrée sur notre chemin, nous n'avions en soi aucun plan et nous l'avons payé.
S'il est impossible de dire ce qu'aurait pu ouvrir un geste plus fort de notre part telle qu'une occupation d'un lieu de pouvoir, une assemblée nationale en flamme ou bien un périphérique bloqué en des dizaines de points, nous pouvons nous accorder que si les 7000 black blocs du 14 juin 2016 (pic de la loi travail) ou les milliers de grévistes les plus déterminés de certains mouvements par exemple, s'étaient joints, organisés et préparés au soulèvement, nous aurions eu d'autres résultats.
Ce moment ne doit pas seulement parler à nos cœurs et à nos tripes mais aussi à notre tête. Il ne doit pas rester un moment de nostalgie, mais nous rappeler que l'inattendu peut toujours se produire. Et que si nous nous disons révolutionnaires, alors il faut croire que la révolution peut venir. Vraiment. Mais que pour cela il faut aussi la pousser un petit peu. C'est-à-dire avoir construit des plans qui préparent ce type de moments mais adaptables face au bouleversement que provoquent ces mouvements. Pour, la prochaine fois, ne pas rater l'occasion quand elle se présente.
Nous avons connu en cinq ans quatre révoltes contre l'État français. Trois mouvements de masse. Allumé par la jeunesse des marges, un nouveau est peut-être en train de s'ajouter au moment où nous écrivons ces lignes.
La plupart des segments de la société sont bouillants et enragés. Jamais le mot révolution n'a été autant en circulation. La bourgeoisie est divisée entre une tendance libérale qui veut maintenir le statu quo et une autre réactionnaire qui veut se protéger derrière le fascisme. Aucune victoire électorale de l'extrême droite comme de la gauche ne pourra réellement éteindre le feu qui couve. Les contradictions du capitalisme, du patriarcat et du racisme sont trop profondes.
La France vit donc peut être un contexte pré-révolutionnaire. Nous savons que cette affirmation peut faire sourire, pourtant nous nous rappelons que quand certains écrivaient « l'insurrection qui vient » cela faisait aussi sourire. Pourtant elles sont venues, dans le monde entier comme en France.
L'histoire est faite de secousses insurrectionnelles qui connaissent 1, 2, 3 répliques (parfois sur 100 ans !) avant d'aboutir, quelques fois, à un changement profond, à cette rupture par insistance. Peu importe si les répliques arrivent le 17 octobre, dans 5 ou 20 ans, nous devrons répondre présent. Et cette fois-ci l'objectif ne doit pas être juste de brûler le Fouquets.
Mais la chute du régime. Et l'ouverture de tous les possibles.
Un grand merci, une nouvelle fois à R. pour ses conseils, son exigence et son intelligence. Sans elle cette série de texte n'aurait tout simplement pas vu le jour aussi car beaucoup d'idées qui y sont développées ont été co-construites. Merci à L. pour son aide et son soutien et enfin à ma maman. Je remercie enfin les lecteur.rices des derniers volets dont les mots, les commentaires exigeants et les encouragements m'ont aidé dans l'écriture.
à tous et toutes, rendez vous samedi 17 octobre prochain (au plus tard).
Lucas Amilcar
lucas_amilcar at riseup.net
[1] NDLR : Fort heureusement, les configurations militantes ne coïncident pas toujours, voir jamais, avec le mouvement réel.
[2] Arya Meroni, C'est la loose finale, les textes de Phil A. Neel, les nombreuses publications du média Illwill, le manifeste des Peuples Veulent « révolutions de notre temps » etc.
[3] On se contente d'aller aux mêmes fêtes, mêmes bars, avec les mêmes cercles d'amis, le même style vestimentaire, même avis environ sur tout mais finalement de moins en moins subversif du fait de sa faible participation à l'activité révolutionnaire et son manque de rencontre avec d'autres fragments du peuple.
[4] Ou à qualifier tout ce qui ressemble à de l'autonomie organisé de « appeliste »
[5] C'est donc ici l'inverse des tendances libertaires, qui considèrent qu'une recherche révolutionnaire consiste à construire par le bas des pouvoirs populaires, seuls légitimes à guider le mouvement révolutionnaire. C'est un rapport différent a ce que signifie « autoritaire » qui se dessine entre nous et les défenseurs de la 1re voie mentionnée plus haut. Nous pensons qu'il est important de différencier une vision qui s'appuient sur les théories révolutionnaires et les dynamiques micro-politiques inhérentes à tout espace organisationnel.
En effet, au sein du camp libertaire, comme cela est toujours arrivé au cours de l'histoire, des formes verticales et de leadership existent. Cela dit, il est aussi évident que des nombreux rapports de pouvoir préexistant dans la société existent dans nos groupes. La différence entre la 2ere et la 3e voie se situe dans la recherche de limitation des effets négatifs et coercitifs de ces rapports de pouvoir dans nos espaces politiques sans pour autant renier la stratégie. . Et ensuite dans la théorie de la révolution (citée plus haut) que nous tentons d'appliquer.
[6] C'est par exemple le mépris d'une grande partie de la gauche marxiste pour les révoltes de la dernière décennies car pas assez anticapitalistes ou anti-imperialistes »
[7] Citons par exemple Bruxelles panthère ou Ramon Grosfoguel qui signent la même tribune « décolonial » que les pires militants d'extrêmedroite.(https://www.counterpunch.org/2026/04/10/six-non-negotiable-terms-from-international-scholars-and-former-officials-from-30-countries-to-end-the-u-s-war-on-iran-amid-trumps-threat-of-war-crimes/) Ou encore Houria Bouteldja qui participe à un sommet « décolonial » sous l'égide de Esra Erdoğan Albayrak fille du président Erdogan et belle-sœur d'un des plus magnat de l'armement turc Selçuk Bayraktar.
[8] C'est une des raisons qui expliquent le ralliement large au projet kurde qui est un des rares mouvements actuellement à formuler explicitement un projet, une stratégie et qui de plus possède des moyens de les matérialiser.
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[9] Quels que soient les choix que nous faisons aujourd'hui, ils peuvent avoir un impact durable sur les orientations, les tendances et les suites du mouvement révolutionnaire de demain. Un peu comme nous héritons, parfois sans le savoir, de débats qui ont eu lieu il y a 150 ans au cœur de la première internationale ou alors au congrès d'Amiens, sur les suites à donner au mouvement révolutionnaire.
[10] Avançons un peu sur la définition que nous avons proposé dans la premier texte : nous appelons révolutionnaires, ceux qui posent la question de la révolution et surtout en ont fait une priorité de vie, en pensée comme en acte que cela soit pendant et/ou hors du moment de soulèvement. Avec le coût sur le plan matériel, affectif, relationnel, vital parfois, que cela comporte. Et avec le gain, notamment sur le plan existentiel, que cela nous offre.
[11] Rosa Luxembourg, Erik Olin Wright, le mouvement féministe argentin par le biais notamment de Veronica Gago, les propositions des mouvements abolitionniste qui font la différence entre une réforme positive et négative. L'une affaiblit le pouvoir de l'État et l'autre le renforçant : lire par exemple Brique par brique, mur par mur de Shaïn Morisse.
[12] La question de l'énergie et du temps est centrale dans la construction d'une stratégie. Il est tout simplement difficile de mener de front différentes approches en même temps : du travail local en même temps que des élections nationales ou encore la bataille médiatique en même temps que l'organisation sociale. Même dans le champ électoral une organisation telle que LFI a longtemps négligé les élections municipales pour prioriser d'autres échelles plus adéquates avec ses moyens.
[13] Par ailleurs, ils peuvent aider à préparer les changements institutionnels. Le cas de l'avortement en Argentine est parlant. Même quand la loi est passée, dans des dizaines d'hôpitaux les médecins refusaient tout simplement de les réaliser. C'est dans les espaces où les collectifs féministes étaient forts ou des médecins alliés étaient présents. Ou encore dans les espaces illégaux qui continuaient à exister après la légalisation.
[14] Par le biais de Podeamos, Syriza ou Frente Amplio.
[15] Dans certains cas, ils firent tout de même comprendre qu'en cas de vote, le choix le plus propice aux intérêts des travailleurs était « Allende ».
[16] Pour le MIR le pouvoir populaire désignait la construction, à partir des travailleurs et des secteurs populaires, d'organes de pouvoir autonomes et alternatifs à l'État bourgeois destinés à permettre aux travailleurs et au peuple de devenir les acteurs directs de la transformation révolutionnaire de la société.
[17] Voir le film La bataille du Chili du regretté Patrizio Guzman décédé le mois dernier.
[18] Le plus ironique est qu'une lecture encore présente au Chili aujourd'hui revient à remettre une partie de la responsabilité sur les révolutionnaires, jugés trop turbulents et accusés d'avoir « poussé les bourgeois et l'armée à intervenir ». On voit déjà poindre ce genre de réflexions avec les appels au calme et à la modération de certaines branches de la gauche radicale aujourd'hui même avant l'élection. Même s'ils nous disent que le temps de la pression viendra nous savons qu'il ne manquera pas d'oppositions et d'attaques contre LFI de la part de la classe médiatique et politique en cas d'élection. La logique sera donc de se taire et de faire bloc, quelle que soit la politique menée. Jusqu'à quand va-t-il falloir se taire, on ne le sait pas vraiment.
[19] https://lundi.am/Theorie-du-parti
[20] Elle émerge dans le sillage des défaites du printemps des peuples, série de révolution aboutissant à des retours autoritaires à peu près partout ; émergence de nombreuses luttes éparses mais peinant à s'organiser et obtenir des victoires.
[21] On l'a vue en Grèce, en Espagne, au Chili ou ces virages électoralistes arrivent à chaque fois après presque une décennie de lutte intense dans chacun des cas.
[22] Ce que j'entends par réflexe gauchiste est le fait d'agir ou de penser, non pas selon l'addition de notre expérience et des contextes, en fonction de la situation mais à travers un script déjà écrit par les milieu politiques et ses idéologies prêts à l'emploi. C'est, en gros, agir et penser par automatismes tirés des habitudes de la gauche.
[23] Ce que l'on comprend très bien mais que l'on pense peut-être orienté vers plus d'effet.
[24] Plutôt que débattre si tel ou tel moment est une révolution, nous préférons nous questionner sur le type de révolutions que nous voulons. A savoir une révolution profonde : c'est à dire, non pas uniquement un changement qui s'attaque à la façade ou aux têtes, mais une transformation qui sectionne les racines même du régime et du système en place afin de les remplacer par d'autres bases, égalitaires. Cette révolution ne peut aboutir qu'au moment de la rencontre entre la révolution comme processus et la révolution comme événement, soulèvement et chute du régime.
[25] Si nous ne développerons pas ici en détail la question de ce que signifie pour nous « se préparer » on peut basiquement au moins lister quelques éléments : tisser des liens entre différentes communautés de lutte pour faciliter les rencontres et la conspiration nécessaire pendant le soulèvement, avoir des plans sur la façon d'intervenir dans les moments de soulèvements en fonction de leur intensité, construire des capacités matérielles et des forces d'appel. Se préparer à être « bouleversé par le moment » plutôt que de juste jouer sa partition comme d'habitude. Et enfin avoir les moyens de protéger le pouvoir populaire au moment où la foule de récupérateur tentera de récupérer le mouvement dans la période de baisse d'intensité.
[26] Prenons l'exemple chilien où l'obtention d'une constituante était perçu comme une « victoire » par le plus grand nombre. Une des raisons de sa défaite aura été l'incapacité du mouvement à se maintenir dans le moment constituant pour des raisons compréhensibles étant donné le Covid notamment.
[27] On pense notamment à plusieurs victoires locales obtenues par les Soulèvements de la Terre ou d'autres.
[28] Texte complet : https://www.infolibertaire.net/vers-une-politique-de-la-destitution-noyau-et-camp-revolutionnaire/
[29] Voir les réflexion de Gramci à ce sujet dans le volet 2.
[30] Rappelons que Nahel avait aussi marqué un changement avec 2005, ou les insurgés ont beaucoup plus osé aller dans les centres-villes là ou 2005 les émeutes s'étaient concentrées dans les quartiers.
[31] Les 'gilets jaunes' en chiffres et citations, publiée dans le numéro 168.
Voici un article qu’on mettra à jour contenant les dispos des avocat.e.s ces prochains temps.
Les dispos des avocat.e.s de l’antirep pour la semaine du 12/10 :
Pierre Hurriet : Mercredi 14 , Jeudi 15 et Vendredi 16
Maxime Gouache : Mardi 13 après midi, Mercredi 14, Jeudi 15
Flavien Jadeau : Mardi 13, Mercredi 14, Jeudi 15, Vendredi 16
Stephane Vallée : Mercredi 14 et Jeudi 15
Il y a également un arrêtés prefectoral de survol par drone Mardi 13 Octobre toute la journée, couvrant une grande partie de la ville, y compris la zone de la manifestation : arrete
Quand ?
Le 26 octobre de 19h à 22h30
Où ?
Librairie Le Delta 1, rue Cassette 75006 Paris
À partir de l'analyse d'une série de controverses scientifiques qui, depuis la naissance de la pénalité libérale, ont marqué la réflexion portant sur le sort des femmes justiciables, cet ouvrage réinterroge les principaux arguments qui ont légitimé le traitement différentiel de leurs illégalismes. A l'aune d'une perspective féministe et intersectionnelle, il revient sur les réponses que les savoirs sur le crime produits depuis lors ont apporté aux interrogations suivantes : les femmes constituent-elles des sujets pénaux comme les autres ? Dans quelle mesure peuvent-elles être reconnues responsables de leurs crimes ?
Quelle incidence les caractéristiques associées à leur sexe, à leur genre, mais aussi à leur ethnicité, leur classe sociale, leur âge ou leur orientation sexuelle, doivent-elles avoir sur la nature des relations que les pouvoirs (para-)pénaux entretiennent avec elles ? Et enfin, les progrès en matière d'égalité nous enjoignent-ils désormais à calquer le traitement judiciaire et pénal des femmes sur celui des hommes ?
En retraçant cet itinéraire intellectuel, cet ouvrage met à jour les racines épistémiques des arguments mobilisés actuellement dans le débat public qui entoure la question de savoir s'il vaut mieux punir ou excuser les femmes justiciables qui passent à l'acte dans un contexte de violences de genre.
Quand ?
Le 3 novembre de 19h à 0h
Où ?
Librairie Le Delta 1, rue Cassette 75006 Paris
Depuis près d'un demi-siècle, la procréation médicalement assistée a permis la naissance de plus de 10 millions d'enfants. À l'heure où l'infertilité progresse et où les enjeux démographiques s'invitent dans le débat public, cette pratique ne relève pas seulement de la médecine : elle mêle les trajectoires les plus intimes avec des enjeux de société.
À partir d'une enquête menée au sein d'une clinique de PMA, Noémie Merleau-Ponty retrace les parcours de patientes confrontées à l'attente, aux échecs ou à l'exil médical. En suivant chaque jour le travail de biologistes et techniciennes, de la ponction ovocytaire jusqu'au transfert embryonnaire, l'autrice dévoile les coulisses de l'aide aux personnes engagées dans un projet parental. Un récit vivant où ces lieux habituellement fermés au public apparaissent comme des espaces éminemment humains, habités par les espoirs de celles et ceux qui les traversent.
Noémie Merleau-Ponty est anthropologue au CNRS, spécialiste de la reproduction, de l'infertilité, de la baisse de la natalité et de la bioéthique. Ses recherches, menées en France, en Inde et au Royaume-Uni, croisent l'anthropologie avec les études des sciences et des techniques féministes. Elle a cofondé le collectif Ferjust, un réseau de recherche sur la baisse de la fertilité en Europe et la justice reproductive.
Quand ?
Le 29 octobre à 19h
Où ?
Librairie Le Delta 1, rue Cassette 75006 Paris
La politique « d'économie de guerre » lancée par Emmanuel Macron ne consiste pas uniquement à produire plus d'armes. C'est un projet de société qui va toucher l'ensemble de la population.
Basé sur une lecture attentive des documents officiels, ce livre alerte sur les dangers de la militarisation de nos existences et donne des pistes d'action pour enrayer la course à la guerre.
Loïc Fournil est enseignant et syndicaliste. Un sentiment d'impuissance aurait pu s'emparer de lui face à la marche vers l'abîme et au climat anxiogène actuel, mais il a choisi de militer au sein de plusieurs organisations antimilitaristes.
Quand ?
Le 28 octobre de 19h à 22h30
Où ?
Librairie Le Delta 1, rue Cassette 75006 Paris
Il n'y a pas que les bourgeois qui échappent au travail, certains prolétaires en ont même fait une devise : « Ne travaillez jamais ! » et c'est une toute autre aventure.
Mais que se passe-t-il lorsque, après des années à fuir l'aliénation et l'exploitation par la marge, on se retrouve contraint de rejoindre la masse de ceux qui, chaque jour, sont contraints de trimer ?
Chômeur à ses heures, ouvrier dès qu'il ne le peut plus, Paul Martel a enquêté. Comment survivre dans un monde où le capitalisme a, pour un temps, tout corrompu et désagrégé ? Le prolétariat diffus peut-il en soi redevenir une menace ? Quels contes et légendes nous faut-il écrire ou réviser pour encore vivre-et-lutter ?
Quand ?
Le 27 octobre de 19h30 à 22h30
Où ?
Librairie Le Delta 1, rue Cassette 75006 Paris
La sensibilité à la nature : le moyen inexploré de réussir la bifurcation écologique.
Parmi toutes les anesthésies que nous avons décrites précédemment, c'est dans le rapport à la nature que l'appauvrissement est le plus lourd de conséquences. En quarante ans, la surface des espaces artificialisés a augmenté de 72%. La population d'oiseaux dans les espaces agricoles a diminué de 60%. Des générations entières grandissent sans expérience directe du vivant.
Or, moins on expérimente la nature, moins on la préserve. Les travaux en psychologie environnementalement le montrent : faute de référence sensible, les atteintes à l'environnement deviennent tolérables. Chacun sous-estime la destruction qui se déroule sous ses yeux, parce que sa propre mémoire du vivant est déjà appauvrie.
Les politiques environnementales échouent à créer l'adhésion parce qu'elles s'adressent à des individus dont le lien sensible à la nature a déjà été sectionné. Renouer avec la nature est une condition politique de la bifurcation.
Réservation conseillée. Places limitées. Le bar est ouvert avant et après la rencontre : venez prendre un verre et prolonger la discussion avec l'invité·e.
Quand ?
Le 21 octobre de 19h à 22h30
Où ?
Librairie Le Delta 1, rue Cassette 75006 Paris
Elles ont peint, écrit, inventé, lutté... et elles ont été rayées d'une histoire écrite au masculin. Il manquait un mot pour que l'on se souvienne d'elles : le matrimoine.
Un mot qui désigne l'héritage culturel des femmes - leurs oeuvres, leurs découvertes, leur mémoire. Un mot aussi vieux que « patrimoine » et pourtant quasiment absent de nos dictionnaires, de nos musées, de nos manuels scolaires. Un mot dont le destin contrarié reflète la place réservée à la moitié de l'humanité dans notre mémoire collective.
Pendant que le patrimoine glorifiait ses « grands hommes », le matrimoine était méthodiquement effacé. Non par accident, ni par étourderie, mais du fait d'un système bien huilé qui a écarté les femmes des lieux de création, de savoir et de pouvoir, pour mieux justifier leur infériorisation.
Delphine Peresan-Roudil mène l'enquête sur ce concept aussi ancien que subversif. D'où vient ce mot ? À qui profite son oubli ? Et comment les femmes reprennent-elles aujourd'hui, avec force et créativité, la place qui leur revient dans nos récits historiques ?
Un essai aussi rigoureux qu'incisif, nourri de figures anciennes et de combats d'aujourd'hui, avec celles et ceux qui remettent le matrimoine en lumière.
Où sont les femmes dans notre mémoire collective ? Face à cette amnésie sélective, le matrimoine nomme ce qui manque et nous incite à regarder autrement l'héritage culturel qui nous a été transmis.
Quand ?
Le 20 octobre de 19h à 22h30
Où ?
Librairie Le Delta 1, rue Cassette 75006 Paris
Partout sur Terre, les insectes se sont adaptés à tous les climats et à tous les milieux, au cours d'une longue histoire qui a débuté il y a 430 millions d'années. Aujourd'hui, c'est le groupe qui compte le plus grand nombre d'espèces vivantes : plus d'un million ! Et il en resterait environ sept à huit fois plus à découvrir selon les scientifiques...
Un million d'espèces, parmi lesquelles s'observe une extraordinaire diversité de formes et de couleurs, que les prestigieuses collections du Muséum national d'histoire naturelle permettent de dévoiler à travers ce nouvel opus de la collection « Cabinets de curiosités ». À l'heure où ces minuscules colosses déclinent dangereusement, il nous invite ainsi à porter un nouveau regard sur ces animaux indispensables à l'équilibre de la vie sur Terre.
Une histoire naturelle racontée par Frédéric Legendre, entomologiste au Muséum national d'histoire naturelle, spécialiste de l'évolution du comportement social chez les blattes et les termites.
Vous connaissez sans doute la moule ou la coquille Saint-Jacques... mais connaissez-vous Conus geographus, un coquillage dont la morsure peut être létale ? Saviez-vous que le bijou le plus ancien de l'humanité, daté de plus de 100 000 ans, est une parure faite de coquillages ? Avez-vous déjà remarqué que les coquillages ont des stries sur leur coquille ? Celles-ci permettent de connaître l'âge de l'animal, qui peut aller jusqu'à 500 ans ! L'humanité est fascinée depuis toujours par les coquillages, dont les tailles, formes et couleurs sont incroyablement variées. Plongez dans les collections du Muséum pour découvrir cette éblouissante diversité !
Présentés par Frédéric Legendre et Matthieu Gounelle
Quand ?
Le 19 octobre de 19h à 22h
Où ?
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Marc Sangnier est l'une des grandes figures oubliées de la vie intellectuelle et politique française. Fondateur du Sillon, militant démocrate-chrétien, artisan du dialogue entre croyants et non-croyants, défenseur de la paix et pionnier de l'éducation populaire, il n'a cessé, tout au long de sa vie, d'éveiller les consciences et d'appeler à une démocratie plus vivante, plus fraternelle et plus exigeante.
Mais que nous dit encore aujourd'hui l'oeuvre de cet homme né au XIX siècle et engagé dans tous les combats du XXe ? Que peut transmettre à notre temps celui qui croyait à la force de la jeunesse, à la rencontre des différences, à la puissance du dialogue et à la nécessité d'un engagement spirituel dans la cité ?
Cet ouvrage fait dialoguer historiens, philosophes, intellectuels, responsables politiques et militants autour de l'héritage de Marc Sangnier, retraçant le parcours exceptionnel d'un homme qui voulut réconcilier christianisme et république, justice sociale et démocratie, patriotisme et paix entre les peuples.
Sous la direction de :
Isabelle Calvel
Jean-Jacques Gauthé
Stefan Gigacz
Bernard Giroux
Corinne Valasik
Quand ?
Le 16 octobre de 19h à 22h30
Où ?
Librairie Le Delta 1, rue Cassette 75006 Paris
Lecture & rencontre avec Rémi Letourneur
Quand ?
Le 15 octobre de 19h à 22h30
Où ?
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Rencontre avec Matthieu Potte-Bonneville, philosophe.
Michel Foucault a fait entrer l'histoire de la folie dans l'histoire de la philosophie, et contribué à changer le regard sur le pouvoir et la sexualité : des portes de prisons au Collège de France, des énigmes du savoir au mouvement LGBT, partez à la découverte des mille vies du philosophe le plus cité au monde.
Étudiant tourmenté, icône de la philosophie contemporaine, militant avec les détenus, professeur au Collège de France : combien d'existences traversent celle de Michel Foucault, dont l'oeuvre savante et engagée résonne aujourd'hui de l'activisme queer aux mutations des sciences humaines ? Tressant ensemble sa vie et son oeuvre, cette biographie intellectuelle permet de comprendre, voyager avec ses idées et ébranler nos certitudes.
Quand ?
Le 14 octobre de 19h30 à 22h30
Où ?
Librairie Le Delta 1, rue Cassette 75006 Paris
L'une des idées les plus originales de la modernité a été d'utiliser le gouvernement pour mettre en oeuvre des politiques de souveraineté. Or, ces politiques supposent un certain rapport à la guerre, tant civile qu'internationale, et c'est ce rapport que nous voudrions étudier dans cette première conférence.
Dans quelle mesure l'État a-t-il pour fonction d'assurer un ordre pacifique entre les citoyens ? Cette mission est-elle compatible avec sa fonction dans l'ordre international, ou il est toujours plus ou moins en guerre larvée avec certains de ses voisins ?
Dans cette séance, nous réfléchirons à partir de la situation présente, en nous appuyant sur les leçons de Hobbes et Kant.
Quand ?
Le 4 novembre de 19h30 à 22h
Où ?
Librairie Le Delta 1, rue Cassette 75006 Paris
Si l'État a cherché à utiliser à son service les techniques du gouvernement, il n'est pas vrai de dire que les arts de gouverner n'existent que pour l'État. On pourra s'interroger sur les multiples formes que ces arts ont pu prendre depuis les premiers traités de la raison d'État en Italie jusqu'aux algorithmes qui gouvernent aujourd'hui nos vies. N'y aurait-il pas un projet propre à ces arts de gouverner et à celles et ceux qui s'en prévalent ? Comment peut-on comprendre les politiques qui font de la domination sur autrui le but ultime des arts de gouverner.
L'actualité nous donne maints exemples de cette pensée du gouvernement, mais il n'est pas vrai qu'elle est une invention récente. En partant de Machiavel, nous essaierons de nous repérer parmi les formes diverses qu'a pu prendre la pensée de la raison d'État.
Quand ?
Le 10 novembre de 19h à 0h
Où ?
Librairie Le Delta 1, rue Cassette 75006 Paris
La non-violence traverse une crise de crédibilité : récupérée, figée en dogme, elle est souvent devenue un argument pour désarmer les luttes plutôt qu'un outil pour les mener. Activiste et formatrice, Nathalie Achard entend lui rendre sa puissance de transformation.
Pour cela, elle regarde en face ses limites et les privilèges qu'elle suppose, et plaide pour une non-violence à la fois radicale et pragmatique : qui fait place à la colère, qui distingue se protéger et punir, et qui accepte le conflit sans le réduire à un jugement moral.
Quand ?
Le 14 octobre à 18h30
Où ?
Césure 13 Rue Santeuil 75005 Paris
Le Centre culturel libanais en France organise une rencontre sur le traitement médiatique de la guerre menée actuellement par Israël au Liban.
Intervenants : Alain Gresh, Ziad Majed, Arthur Sarradin, Denis Sieffert ; modératrice Marie-Jo Sader.
Quand ?
Le 21 octobre à 19h
Où ?
Médecins Sans Frontières 14-34 Avenue Jean Jaurès 75019 Paris
Rencontre sur les crimes environnementaux commis par Israël actuellement au Liban. Avec Stéphanie Latte-Abdallah, anthropologue du politique, et Rony Brauman (modération), ex-directeur de MSF.
Evenement gratuit mais inscription obligatoire sur le site de MSF-CRASH
Quand ?
Le 4 novembre à 18h30
Où ?
Maison de la vie associative et citoyenne 12e 181, avenue Daumesnil, 75012, Paris
Alors que les preuves s'accumulent sur l'impact massif de l'intelligence artificielle sur le marché du travail, le gouvernement, tout comme les partis dits d'opposition, continuent de regarder ailleurs. Cécité volontaire ?
Une utilisation socialement bénéfique de l'IA productive est-elle concevable ? Sur le versant pessimiste, ne faut-il redouter l'avènement d'un techno-féodalisme ?
Problématisation présentée par Alain Véronèse. Suivie par questions, contradictions débat.
Une soirée info/débat proposée par Décroissance Idf.