Début des travaux en cours pour la construction du CRA !!
Abattages d’arbres aujourd’hui sur le terrain du CRA. Plusieurs actions ont eu lieu.
RDV mardi 8 septembre
– à partir de 9h30 devant le commissariat Waldeck Rousseau en soutien aux personnes en garde-à-vue
– à 18h30 : rassemblement à l’appel de Colère-Nantes devant la préfecture pour continuer de dire NON AU CRA
Source : Komune
Source : L'Arlésienne
Source : Made in Perpignan
Source : Médor - BelgiqueQuand ?
Le 10 octobre de 14h à 18h
Où ?
Barbès-Rochechouart Boulevard Barbès 75018 Paris
Appel pour une manif autonome contre les frontières
10 octobre à 14h à Barbès
RDV à l'angle du boulevard de la Chapelle et de la rue Caplat
Depuis plusieurs années, le gouvernement est dans une marche en avant de plus en plus répressive, enferme toujours plus pour contenir la contestation sociale. Création de 3000 nouvelles places de taule, de super-prisons contre les narco-trafiquants, de 11 CRA supplémentaires (les prisons pour les personnes n'ayant pas les bons papiers), entrée en vigueur du pacte Asile Immigration et du règlement retour pour rafler et expulser toujours plus facilement.
Tout ça dans un contexte global raciste et sécuritaire toujours plus étouffant, que ce soit à travers l'omniprésence des discours d'extrême droite dans l'espace public et médiatique, les meurtres policiers, les rafles, la surveillance généralisée et les politiques antisociales.
A l'échelle mondiale, la vie des gens est rythmée par les guerres, les génocides, les déportations, l'écocide...
Ces poussées et mouvements autoritaires et réactionnaires ne sont pas nouveaux et ne feront jamais taire la révolte des opprimé.es.s. Partout dans le monde, des gens se soulèvent et s'organisent. De La Paz à Tirana, en passant par les rues de Minneapolis contre l'ICE, les révoltés s'auto-organisent pour lutter contre leurs oppresseurs.
En France non plus les gens ne se résignent pas, que ce soit de façon spontanée face aux flics, en s'organisant collectivement face à un meurtre policier, dans des AG pour lutter contre les CRA et les prisons, en attaquant et sabotant les infrastructures de ce monde de merde, ou encore en allant piller des magasins contre la vie chère. Cette liste est non exhaustive...
On voudrait nous faire croire que les seules perspectives politiques sont tournées vers les élections de 2027 et un avenir électoraliste, mais pour nous ça ne sera jamais une option.
Tant que les États existeront, nous ne serons jamais libres et leurs frontières entraîneront leur lot de morts, d'enfermé.es.s et de vies brisées. Et cela, quelle que soit la couleur politique du garde-frontières ou du trieur de bons ou mauvais migrants.
N'en déplaise aux promoteurs de la France insoummise, les politiques racistes n'ont jamais attendu l'extrême droite pour être mises en place.
Détruisons les États, les frontières, les partis et tout ce qui nous opprime.
On a besoin de reprendre la rue sans attendre qu'on nous l'autorise pour se rencontrer, faire de l'agitation, crier nos rages et notre envie de détruire leur monde pourrave !
Rdv le samedi 10 octobre à 14h à Barbès à l'angle du boulevard de la Chapelle et de la rue Caplat
— Des anarchistes contre les frontières
Quand ?
Le 16 septembre de 19h30 à 22h
Où ?
Salle Gérard Philipe (Noisy-le-Sec) 115 Rue Jean Jaurès 93130 Noisy-le-Sec
Le premier débat de l'année du Café citoyen de Noisy-le-Sec aura lieu le mercredi 16 septembre à 19h30, salle Gérard-Philipe (115, rue Jean-Jaurès). Il portera sur le mouvement punk : Quelles sont les conditions sociales d'émergence et de renouveau du punk aujourd'hui ?
Né dans le courant de l'été 1976 dans les pays occidentaux, le mouvement punk fête cet été ses cinquante ans. On se souvient des inoubliables Clash, des Death, des Sex Pistols, mais le courant punk connaît encore une certaine vitalité, avec par exemple les Camera Silens, les Vulves assassines, Zoulou...
Dans l'imaginaire collectif, la culture punk évoque la révolte des jeunes contre le conservatisme et l'autoritarisme, la marginalité et la colère contre l'injustice, même s'il existe des contre-exemples et des contradictions qui viennent complexifier cette représentation collective.
Traduite en musique avec force guitares électriques et percussions aux sons démesurément débridés, cette contestation s'exprime aussi par un mode de vie, un style vestimentaire et une façon d'être au monde.
Dans le champ artistique, c'est surtout une façon d'envisager la création, par exemple avec la musique de garage, conçue comme plus démocratique et fuyant les normes établies.
En quoi consistent la culture et la création punks ? Le courant punk a-t-il une dimension morale et politique ? 50 ans après, quels sont les paradoxes actuels de la scène punk ?
Manuel Roux, sociologue, docteur de l'université de Bordeaux en sciences de l'éducation, membre du projet PIND (Punk Is Not Dead) et du projet ICCARE apportera son éclairage.
Libre à vous de participer au débat en mettant en avant votre goût pour la culture punk, par le look ou par une proposition artistique dans l'esprit punk !
A bientôt !
L'équipe de Contre Attaque sera présente du 11 au 13 septembre à la Fête de l'Humanité, au village des médias indépendants.
L’article Retrouvez Contre Attaque à la Fête de l’Humanité est apparu en premier sur Contre Attaque.
Ne nous écoutez pas ... Rejoignez nous !
Tous les mardi de 19h à 20h (*), la commission Prog vous accueille pour parler de vous, de nous et de votre envie de rejoindre la grille de programme de Canut avec votre propre émission ... alors venez nous voir au 24 Rue Sergent Blandan dans le 1er.
Vous pouvez aussi nous écrire : prog [at] radiocanut.org
à très vite !
* : sauf pendant les vacances scolaires
Duel drôle et engagé contre l'hégémonie culturelle du cacapipitalisme.
Samedi 26 septembre de 18h00 à 20h00 à Montreuil dans les Murs à Pêches.
Prenez un utopiste, mettez-lui le nez dans le dérèglement climatique, puis trempez-le dans Extinction Rébellion, les Zapatistes, les gilets jaunes. Vous obtenez un ours bipolaire en colère capable de refaire le monde dans la joie et la bonne humeur avec Raymond Aubrac, Antonio Gramsci et... Coluche (notamment)
La situation est grave mais on n'a pas besoin de l'être, car ça n'arrange rien ! Alors éteignez la télé et laissez Bisounours vous réveiller pour vous faire rêver d'un nouveau monde. C'est le one-man-show pour la vie contre l'argent.
@bisounoursxr
Arpentage du livre « L'écoféminisme en défense des animaux » le jeudi 24 septembre à 19h au Baranoux, à l'occasion du 18e Jeudi Antispéciste
🗓 Rendez-vous le jeudi 24 septembre pour un arpentage du livre « L'Ecoféminisme en défense des animaux », qui est un recueil de textes de différentes autrices coordonné par Myriam Bahaffou et Tristan Lefort-Martine.
C'est quoi, un arpentage ? 🤔
Un arpentage est une méthode de lecture collective d'un livre, issue de l'éducation populaire. Lors d'un temps déterminé, plusieurs personnes se partagent un document écrit et chacun.e en lit individuellement une courte partie. Ensuite, il y a un temps de restitution collectif et de discussion ou chacun.e partage aux autres le contenu de sa lecture.
Présentation du livre 📖
Ce recueil met enfin à la disposition du lectorat francophone un choix de textes qui explorent les liens entre féminisme et antispécisme. Les premiers sont l'œuvre des Feminists for Animal Rights (Carol J. Adams, Marti Kheel, Greta Gaard et Josephine Donovan) qui, conjuguant activisme de terrain et analyse théorique, ont construit dans les années 1980 et 1990 une position écoféministe végane, critique des biais masculinistes des théories de la libération animale et de l'écologie. Dans une seconde partie, des féministes antispécistes contemporaines (Mirha-Soleil Ross, pattrice jones, Sunaura Taylor, Syl et Aph Ko) reviennent sur cet héritage en le complexifiant par leurs réflexions sur le travail du sexe, la transidentité, les violences sexuelles, le handicap ou la race.
💡 L'entrée est à prix libre (gratuité comprise) et sans inscription.
📚🍺 Sur place il y aura aussi un infokiosque et un bar 100% vegan
🕐 Quand ?
Le jeudi 24 septembre à 19 heures.
📍Où ?
Au Baranoux, 78 rue Compans, Paris 19e.
Dans la grande salle au fond.
🦽 Accessibilité ?
Il y a une porte d'entrée avec un rebord, qu'il faut enlever pour passer avec un fauteuil donc tu peux nous écrire pour la retirer quand tu arrives si besoin.
L'arpentage aura lieu dans la grande salle à l'intérieur, accessible aux personnes à mobilité réduite.
Les toilettes ne sont pas aux normes PMR.
🖌 graphisme par @teppichhai39
Manifestation contre le permis de tuer à Metz le samedi 19 septembre, départ Colonne Merten à 14h30.
Nous rejoignons l'appel national unitaire du collectif Stop Aux Violence de l'État à une journée de mobilisation contre la loi instaurant une présomption de légitime défense pour les forces de l'ordre, et nous appelons à nous rassembler et manifester ce samedi 19 Septembre dans les rues de Metz !
Pour toutes les victimes des lois répressives, racistes et sécuritaires, de toutes les violences policières et de toutes les violences d'état, on n'oublie pas, on ne pardonne pas !
🎨 Pour la semaine de Visibilité Bipan+ (16 - 23 septembre), nous vous proposons une exposition sur le thème de votre expérience des orientations romantiques et/ou sexuelles plurielles, que vous soyez bi, pan, pluri, omni, poly..., qui se tiendra au centre LGBTQIA+ Equinoxe du 16 au 30 septembre.
📍47 rue des Ponts - 54000 NANCY
🗓️ Vous avez jusqu'au 13 septembre pour nous transmettre une ou plusieurs de vos créations (courts textes, dessins, collages, photos...), à l'adresse bipan_nancy@proton.me s'il s'agit d'un texte à imprimer sur une page A4 ou en main propre au local d'Equinoxe ou encore par voie postal au centre LGBTQIA+ Équinoxe - 4 rue du Cardinal Tisserant, 54000 Nancy.
📝 Seront acceptés :
les textes tenant sur le recto d'une feuille A4, qu'il s'agisse d'un court texte de fiction, d'un témoignage, de poésie...
les photos, les dessins, les photo-montages, les collages...
Ces oeuvres devront pouvoir être affichées sur des grilles d'exposition de type caddie.
Merci de ne pas utiliser l'intelligence artificielle pour générer ces œuvres !
👥 Mercredi 23 septembre, à partir de 19h, nous vous convions au vernissage de l'exposition !
Illustration de l'article : Rooftop Party with Ghosts 1 – Salman Toor
Le Habibi Fest a pour but de réunir des artistes et musicien-nes de différents horizons, avec une perspective anti-sioniste et anti-raciste commune.
Sur trois jours, du 25 au 27 septembre, de nombreux concerts live, DJ set, projections, peut-être aussi des pièces de théâtres interractives, ainsi qu'un marché de créateurices engagé-es, composeront ce festival.
Pour créer un lieu de rencontres, de célébration et de résistance.
Le festival recherche encore des contributions (artisan-es, musicien-nes, militant-es...).
L'entrée lors du premier jour sera à prix fixe, 10 euros. Et à prix libre les 26 et 27 septembre.
L'argent récolté, après remboursement, permettra de soutenir une famille Gazaouie.
Le festival se déroulera à Terreblanque, un lieu-dit alternatif situé au 5170 route de Muret 31470, Saint-Lys, à 30/40 minutes de voiture de Toulouse.
Salut à toustes !
Festival Habibi est une initiative lancé par Jo, un Palestinien originaire d'Umm al-Fahm et habitant sur Toulouse. C'est une prolongement des valeurs portés par le magasin itinérant Bazar Habibi que tient Jo : visibiliser la Palestine en alliant son artisanat, sa culture et son histoire, dont une partie des bénéfices revient à une famille avec laquelle il est en contact à Gaza.
Notre volonté, à travers ce festival, est d'offrir un espace de solidarité, de rencontres et de créations artistiques en accueilllant des musicien-nes et artistes venant de différent-es horizons, afin de visibiliser leurs travaux et leurs talents, dans une perspective anti-sioniste et anti-raciste.
En ces temps sombres, où le génocide continue en Palestine, à Gaza, en Cisjordanie, où les vies et voix Palestiniennes et non-blanches sont déshumanisées et silenciées, nous avons plus que jamais besoin d'espace de rencontre et de solidarité.
Le mail du festival : festivalhabibi@atomicmail.io, et son instagram : @festival_habibi31.
Le festival aura le plaisir d'accueillir Simona Abdallah, une grande musicienne Palestino-danoise, pour un concert live de Darbouka, le vendredi 25 à 20h.
Le reste de la programmation est encore en préparation et sera annoncé fin août/début septembre.
Nous recherchons toujours des musicien-nes ainsi que des artistes, pour les concerts, performances, représentations ainsi que pour le marché de créateurices. Ci-dessous le formulaire pour s'incrire, avec davantage d'informations :
https://docs.google.com/forms/d/e/1FAIpQLSeBt3jo5XZuhqUfF1EzPlqsvR3OIMjCMUskB_2EyL2GoHIv0A/viewform
PS : Nous recherchons particulièrement des artistes pour le marché ;-)
Et nous avons bien sûr aussi besoin de bénévoles pour pouvoir faire vivre cet événement <3
N'hésitez donc pas à nous rejoindre et à diffuser le formulaire d'inscription en tant que bénévole, sur lequel figure un petit texte explicatif :
https://my.liberaforms.org/inscription-benevoles---registration-volunteers
Informations à avoir :
* Le festival aura différents espaces de restauration à prix fixes, un bar à des prix accessibles (fixes et libres).
* Le festival sera accessible à prix fixe le premier jour seulement puis à prix libre afin de récolter de quoi rembourser les frais d'organisation (l'événement est indépendant et ne reçoit aucune aide ni subvention), 30 % des recettes sont reversées à une famille de Gaza.
* Plusieurs points d'eau sont accessibles sur le site. Ainsi qu'une douche, accessible PMR.
* Plus d'informations sur l'accessibilité PMR sont données dans les visuels disponibles à la fin de cet article. Si besoin d'un aménagement spécifique, n'hésitez à nous contacter via mail ou sur instagram.
* Il est de notre responsabilité collective de réagir face à des violences systémiques et des comportements oppressifs. Une team formée à la prévention et gestion des VSSS (violences sexistes, sexuelles et systémiques) sera présente et visibilisée sur place.
* Un stand de réduction des risques sera présent.
* Un espace pour enfant ouvert la journée permettra aux enfants de jouer.
* Un camping sera prévu pour poser hamacs et tentes. Et un vaste parking peut accueillir camions et voitures.
* Nos compagnon-nes animaux sont bienvenu-es mais merci de veiller au respect du lieu et des personnes. Chacun-e est responsable de ses compagnon-nes non-humains :^)
* Concernant le trajet, Terreblanque est facilement accessible en voiture, se situant à 30/40 minutes de Toulouse. C'est aussi possible de se rendre sur place en bus ou en stop. Via Saint-Lys, la ville la plus proche ou Muret. Et directement via Toulouse avec le bus LiO 365 qui dépose à 20 minutes à pieds.
Afin de donner vie à ce festival, rémunérer les artistes ainsi que le lieu, permettre les défrayements, anticiper les frais de location de matériels, les achats de produits alimentaires et tant d'autres détails logistiques... Nous avons créer une cagnotte :
https://www.papayoux.com/en/cagnotte/habibi-festival
Merci par avance de votre soutien et de votre intérêt <3
A très vite !
L'équipe du Festival Habibi
Le texte ci-dessus est une traduction libre, mais en même temps largement basé sur le communiqué du 23-7-2026 de l'assemblée en solidarité avec les combattants prisonnier.es, en fuite ou persecuté.es à Athènes. Il concerne la dernière vague de répression contre le mouvement anarchiste en Grèce, avec les arrestations de camarades à Athènes et Thessalonique. On publie cette traduction afin de faire tourner l'information et organiser la solidarité avec nos camarades emprisonné.e.s et les compagnons qui subissent cette vague de répression et luttent dans un contexte social de plus en plus dystopique..
VENGEANCE POUR LE MEURTRE DE THODORIS ZAVRADINOS-KARAMPAMPAS, 20 ANS, PAR LES FLICS
JUSQU'À CE QUE LA PEUR CHANGE DE CAMP
Le 10 juillet, l'État a lancé une offensive de grande échelle contre le mouvement anarchiste, procédant à des perquisitions de domiciles et à des arrestations de militants à Athènes, Thessalonique et Chania. Comme on le verra par la suite, cette offensive répressive concerne deux affaires : les explosions de bombes de gaz à Thessalonique le 1er juillet 2026 et l'incendie criminel de la banque Marfin à Athènes le 5 mai... 2010 ! À ce jour, trois camarades ont été placés en détention provisoire dans le cadre de l'affaire de Thessalonique et deux dans celle d'Athènes, tandis que l'extradition d'une autre camarade, arrêtée en Angleterre, est attendue dans les prochains jours.
A Thessaloniki
Aux premières heures du 1er juillet, une triple attaque à la bombe a été perpétrée contre des domiciles où résident des responsables politiques du ND (Nea Dimokratia, le parti de droite au gouvernement actuellement en Grèce). L'une d'entre elles entraîne, dans des circonstances encore inexpliquées, la mort de Vagia Nestora, mère d'Aphrodite Nestora, femme politique du ND. Le gouvernement et les médias saisissent immédiatement l'occasion et instrumentalisent ce décès pour orienter l'agenda politique public vers le terrain de leur choix : la loi, l'ordre et la répression. Bien qu'aucune revendication de cette attaque n'ait été formulée, dès les premiers instants, le réservoir habituel de suspects pour l'État, le milieu anarchiste, est présenté comme étant de toute évidence responsable de l'incident. Les médias se livrent à leur triste travail, présentant chaque jour de nouvelles « informations » et de nouveaux scénarios sur ce qui s'est passé, traitant cet événement lui aussi comme un spectacle.
Finalement, neuf jours après les incidents, les autorités procèdent à l'arrestation d'un camarade, d'une camarade (qui se trouvait ce jour-là à Chania) et d'une autre personne. Le 16 juillet, la brigade antiterroriste arrête un autre camarade devant son domicile et interroge une camarade, qui est remise en liberté quelques heures plus tard. Le seul élément impliquant le camarade arrêté ce jour-là dans l'affaire, est le faux témoignage de la troisième personne arrêtée le premier jour de l'opération, qui l'a d'abord désigné devant la brigade antiterroriste, puis devant l'instructrice. Les fausses informations fournies par cette personne sous la pression et les menaces de la brigade antiterroriste sont venues corroborer le « récit nécessaire », selon lequel il existerait au moins trois personnes constituant une organisation, et de criminaliser l'identité politique ainsi que les relations amicales et de camaraderie de notre camarade. Malgré le démenti des quatre personnes arrêtées, le gouvernement et les chaînes de télévision les présentent comme manifestement coupables, la seule question qu'ils laissent en suspens étant de savoir combien d'autres personnes seront désignées comme responsables de ces attentats par la suite. Suivant comme à leur habitude la ligne de l'État et des services antiterroristes, le procureur et le juge d'instruction ont décidé de placer les quatre personnes en détention provisoire.
De toute évidence, nous ne nous attendions pas à ce que les policiers, les juges et les journalistes se préoccupent des notions juridiques telles que la « présomption d'innocence », ni à ce qu'ils fassent preuve de délicatesse face à la mort d'un des « leurs ». Les spectacles hypocrites et lamentables donnés par des responsables gouvernementaux devant les caméras lors des funérailles de V.N. s'inscrivaient tout naturellement dans le traitement médiatique vulgaire de l'affaire, dans le but évident de tenter un chantage émotionnel sur la société afin qu'elle se rallie aux projets du gouvernement.
L'Affaire de l'incendie de Marfin Egnatia Bank
Le jour même des arrestations à Thessalonique, l'État a choisi d'ouvrir une nouvelle enquête remontant à la lointaine année 2010 et aux immenses mobilisations qui avaient lieu à l'époque contre les mesures d'austérité. Une austérité qui découlait des mesures économiques brutales imposées par les institutions du FMI et de l'UE au détriment de larges couches de la population, afin de protéger et de renforcer la rentabilité des classes dominantes. Des mesures que, jusqu'à aujourd'hui, les gouvernements de toutes tendances idéologiques qui se sont succédé au pouvoir continuent d'appliquer avec la même intensité.
Le 5 mai 2010, donc, au milieu de mobilisations massives dans le cadre d'une grève générale et d'affrontements violents avec les forces de l'ordre au centre d'Athènes, l'agence de Marfin Egnatia bank, a été incendiée. Le propriétaire de la banque, Andreas Vgenopoulos, après avoir contraint ses employés à rompre la grève, a vu la journée se terminer sur le bilan tragique de trois employés morts, piégés dans le bâtiment. Le gouvernement, bien sûr, n'a pas hésité à exploiter cet événement pour contenir la colère sociale généralisée. Il a poussé les médias à parler de meurtriers sans scrupules et a traîné devant les tribunaux des militants de la gauche alternative, les ridiculisant et leur imposant des mesures restrictives, jusqu'à ce que ces affaires soient classées sans suite par les tribunaux quelques années plus tard.
Il est apparu clairement au cours des années suivantes que l'État, et en particulier ses représentants de droite, n'avaient pas dit leur dernier mot sur cette affaire. Malgré la condamnation de Vgenopoulos lui-même, ainsi que d'autres membres de la direction de la banque, en 2013 pour cet incident, l'affaire Marfin a été présentée dans les médias comme un « crime de la gauche ». Depuis lors, l'exigence d'une condamnation morale de cet événement revient sans cesse à l'encontre de tous les commentateurs de gauche, quel qu'en soit le courant, dans le but de les contraindre à faire des déclarations publiques de loyauté envers l'ordre établi. De plus, l'affaire Marfin a également servi à criminaliser et à discréditer moralement l'ensemble du milieu antiautoritaire, à une époque où son influence sociale était considérable, avec de nombreuses occupations, des espaces auto-organisés et des lieux de rencontre dans les universités et les quartiers, une présence dans les syndicats, les grèves et les manifestations, ainsi qu'une multitude d'actions qui allaient jusqu'à des moyens de lutte plus sophistiqués.
C'est ainsi que, 16 ans plus tard ( !!!!!!!!!), le 10 juillet 2026, les flics – et plus précisément ce nouveau service au surnom ridicule de « FBI grec » – ont mené quatre perquisitions dans des logements de camarades à Athènes, saisissant du matériel informatique. Deux d'entre eux seront arrêtés et placés en détention provisoire, tandis qu'un mandat d'arrêt a également été émis à l'encontre d'une camarade résidant depuis des années à l'étranger et devrait être rapatriée dans les prochains jours en Grèce. La grossièreté dont font preuve l'État, les médias et les autorités judiciaires dans cette affaire atteint des sommets. Après leur deuxième tentative infructueuse de monter un dossier en 2021, et s'écartant des traditionnels « appels anonymes » que recevaient la police et les services antiterroristes lorsqu'ils voulaient impliquer quelqu'un dans une affaire, ils ont désormais présenté un e-mail anonyme... e-mail (!!), rédigé par un soi-disant type qui, depuis seize ans maintenant, ne dort plus la nuit à cause des remords de ne pas parler de ce qu'il sait. Un e-mail contenant une liste de noms de personnes qui auraient planifié cet incendie criminel et qui, une fois de plus, est si mal ficelé qu'il mentionne le nom d'une personne qui se trouvait alors en prison. La détermination avec laquelle l'État a voulu exploiter médiatiquement cette affaire transparaît également dans le fait qu'il a mobilisé Interpol pour arrêter la compagne en Angleterre, alors qu'elle se trouvait à l'aéroport en partance pour Athènes, après avoir déjà averti les autorités de son retour dans le pays en raison du mandat d'arrêt lancé contre elle, bloquant ainsi, pour des raisons bureaucratiques et spectatrices son retour volontiers à Athènes.
La camarade est arrive a Athènes et le 11/8 elle s'est présentée aux autorités judiciaires a été placée en détention provisoire avec l'accord du procureur et du juge d'instruction ; une décision ignorant l'analyse des photographies effectuée par la Direction des enquêtes criminelles ne permet pas une identification formelle, mais seulement de confirmer de manière limitée une ressemblance, tandis qu'aucun élément de preuve issu des analyses de laboratoire ne permet d'attester sa présence sur les lieux. Par ailleurs, il est souligné que ces mêmes éléments de preuve numériques avaient été examinés en 2022 et avaient conduit au classement de l'affaire par rapport a l'implication de la camarade.
Qu'est-ce qui relie ces deux affaires ?
Deux affaires apparemment sans lien entre elles, tant dans l'espace que dans le temps, dont le seul point commun est qu'il s'agit d'incendies criminels visant des infrastructures immobilières et ayant entraîné la mort de personnes, se transforment de manière méthodique en principale arme de communication du pouvoir étatique face à l'ennemi intérieur, et plus précisément au mouvement anti-autoritaire/anarchiste. Ils se retrouvent donc dans un récit commun véhiculé par la propagande d'État, qui prend corps soit à travers les déclarations politiques officielles des responsables gouvernementaux, soit par le biais de l'armée médiatique pro-gouvernementale, une propagande qui présente le mouvement anarchiste comme le foyer d'organisations criminelles et les anarchistes comme des meurtriers sans scrupules.
L'affaire de Thessalonique et l'affaire Marfin, ressortie pour la troisième fois des bas-fonds de la sécurité d'État, sont le reflet de la frénésie de vengeance de l'État contre un milieu qui, depuis le début de la transition démocratique jusqu'à aujourd'hui, se bat et lutte pour la liberté et l'égalité contre l'exploitation et à l'oppression exercées par l'État et le Capital. Ces deux affaires distinctes s'inscrivent dans la continuité d'une attaque acharnée que le pouvoir a lancée à plus grande échelle contre la société, mais aussi plus particulièrement contre le milieu anarchiste. Des expulsions répétées de squats, la tentative d'éradication des mouvements dans les universités par la criminalisation des camarades qui y agissent, en passant par les mises en détention provisoire de camarades dans l'affaire de l'expropriation de la banque à Kato Tithorea (Le 11-5-2026, une expropriation a lieu dans une agence bancaire a kato Tithorea. Quelques heures plus tard, huit camarades sont arrêtés à la suite d'une opération répressive simultanée menée par les flics dans les environs et de perquisitions à domicile à Athènes) et les peines écrasantes infligées aux camarades dans l'affaire d'Ampelokipoi (19 ans pour Marianna M. et 8 ans pour Dimitra Z. Les autres accusés Ν.Romanos, Dimitris P. et A.K ont été acquittés au bénéfice du doute . Pour en savoir plus : https://iaata.info/Suivi-de-l-affaire-Ampelokipi-communique-sur-la-manif-de-soutien-du-31-octobre-8260.html), l'ampleur de cette attaque n'est peut-être pas encore pleinement apparue. Et cela, en soi, est une raison suffisante pour exiger une vigilance et une prise de conscience collectives. Car cette tentative des autorités étatiques d'enlever nos camarades et de les plonger dans un long calvaire qui détruira leur vie doit être stoppée sur les barricades de la résistance et de la solidarité inconditionnelle.
Il est clair que le gouvernement a de nombreuses raisons de vouloir modifier son agenda, d'autant plus que, nous entrons dans une période préélectorale (les elections présidentielles auront lieu dans 2027). Il n'est pas facile d'amortir le tollé social provoqué par l'effondrement économique de larges couches de la population, alors que des scandales de corruption remettent en avant à quel point ceux d'en haut volent de manière effrénée et en toute impunité, bénéficiant ensuite de toutes les protections judiciaires et politiques. Il n'est pas facile de dissimuler les morts qui continuent de s'accumuler par indifférence et cupidité, comme dans le cas de Tembi (collision mortuaire de deux trains en 28-2-2023 qui a provoqué la mort des 57 personnes. Cet incident a démontré du manière brutale les failles de sécurité de leur réseau ferroviaire, miné par des années de gestion indigente et négligence de la partie de l'Etat grec. A noter aussi que après l'incident, des preuves précieuses ont par ailleurs été perdues quand, quelques jours seulement après la collision, le site a été rasé au bulldozer), qui a mis en évidence l'absence totale de mesures préventives en matière d'infrastructures, mais aussi dans la multitude de meurtres de travailleurs ces dernières années (à cause des conditions de travail dangereux), dont les plus récents à Aspropyrgos (le 14/7 À la suite d'une explosion sur un chantier à Aspropyrgos, trois ouvriers se trouvent dans un état critique, sous ventilation artificielle en soins intensifs, et huit autres sont transportés vers des hôpitaux. Ces dernières années, les attaques contre les acquis sociaux ont aggravé les conditions de travail, qui s'apparentent à celles d'un camp de travail forcé. Les horaires de travail flexibles, les embauches et licenciements par SMS, le non-respect des règles élémentaires de sécurité entraîne une augmentation des accidents mortels liés au capitalisme, des blessures et de l'exploitation ), qui montrent de la manière la plus brutale les conditions dans lesquelles le prolétariat tente de survivre. Il n'est pas non plus évident de comprendre comment on parvient à dissimuler les crimes des meurtriers et violeurs en uniforme, qui torturent des gens dans les commissariats, entassent les cadavres d'immigrés et d'immigrées anonymes aux frontières terrestres et maritimes, et exécutent des gens dans les rues des villes, le plus récent étant l'exécution de Thodoris Zavradinos Karabampas un jeune de 20 ans atteint de troubles neurologiques à Argos par des meurtriers en uniforme. Le mercredi 8 juillet, les policiers ont tiré au moins 13 balles sur lui parce qu'il ne s'était pas arrêté lors d'un contrôle, qu'il a quitté son véhicule et pris la fuite en panique. Une campagne de désinformation a immédiatement été lancée, évoquant des manœuvres dangereuses et une déviation de la balle. Thodoris a perdu la vie à l'hôpital, en état de mort cérébrale.
Une exécution qui a ajouté un nom de plus, celui de Thodoris, à la liste qui ne cesse de s'allonger : Alexis Grigoropoulos, Nikos Sampanis, Kostas Fragoulis, Christos Michalopoulos, Vasilis Maggos,Kostas Manioudakis...
Au-delà toutefois des intérêts de micropolitique et des avantages en termes de communication, nous devons reconnaître que la lutte de l'État contre son ennemi intérieur revêt une importance accrue en cette période de bouleversements économiques et géopolitiques mondiaux. Une période durant laquelle l'État grec participe activement aux opérations militaires de l'OTAN et d'Israël, tant au génocide en Palestine, que sur les fronts opposant l'Iran dans le détroit d'Ormuz et dans les pays de la région qui soutiennent plus ou moins les intérêts américains. Le message que l'État tente désespérément de faire passer est que les luttes du passé sont terminées. La paix sociale s'impose aujourd'hui, alors que les États se préparent à des temps et à des conflits encore plus durs. Des conflits dont le coût devra manifestement être supporté par les couches sociales et les classes les plus défavorisées, alors que l'argument de la voie politique sans issue a désormais perdu toute crédibilité et que les promesses de croissance résonnent comme des blagues de mauvais goût.
Au-delà de tout cela, cependant, avec cette double opération à Athènes et à Thessalonique, le pouvoir public tente quelque chose d'encore plus sournois. Elle tente de s'octroyer une sorte d'avantage moral qui la légitimerait à lancer cette nouvelle offensive répressive contre l'anarchie, contre nous toutes et tous. Un avantage moral grâce auquel elle cherche non seulement à affirmer sa supériorité matérielle sur nous et à nous écraser, mais aussi à remporter un triomphe moral parallèlement à notre anéantissement psychologique, économique et physique.
Mais tant nous que nos camarades qui se trouvent en ce moment entre les mains des flics connaissons très bien notre position face à tout ce qui précède. Nous n'oublions pas les luttes que nous avons menées ensemble dans la rue, sur les lieux de travail, dans les universités. Des luttes revendicatives, des luttes pour la défense des acquis des mouvements des périodes précédentes. Des luttes contre la misère économique et sociale, contre la bande des tueurs en uniforme. Des luttes conflictuelles, conscientes que le monopole d'État sur la violence ne peut être brisé que par l'action concrète. Des luttes qui non seulement rejettent la logique des « pertes collatérales », mais qui, au contraire, s'inspirent et sont animées par les notions de solidarité sociale et d'autodéfense collective.
Nous n'oublions pas que plus les conditions deviennent difficiles, plus il est nécessaire de retrouver notre force et de revendiquer l'espace vital dont on nous a considérablement restreint l'accès. Et nous n'oublions jamais que toutes celleux qui sont entre les mains des flics et des juges constituent un élément crucial de cet affrontement avec l'État.
Une fois de plus, nous descendons donc dans la rue pour déclarer par tout moyen :
« C'EST VOUS LES ASSASSINS »
Qui torturez, violez, assassinez en toute impunité et de manière systématique.
Dans les rues, aux frontières, dans les commissariats, dans les prisons
Dans les chantiers, dans les hôpitaux publics en sous-effectif, dans les transports en commun
Dans les affaires et les alliances géopolitiques qui commettent des génocides.
C'EST VOUS LES ASSASSINS
ET VOUS NOUS TROUVEREZ DEVANT VOUS MAINTENANT ET POUR TOUJOURS
JUSQU'À LA DESTRUCTION TOTALE DE L'ÉTAT CAPITALISTE
L'ANARCHIE VIVRA, L'ANARCHIE VAINCRA
SOLIDARITÉ AVEC TOUS LES CAMARADES PERSÉCUTÉS À ATHÈNES ET À THESSALONIQUE
LA SOLIDARITÉ EST NOTRE ARME
Le texte source de cette traduction peut se retrouver ici https://athens.indymedia.org/post/1642120/
L'AG antifasciste de Brest appelle à un rassemblement suite aux dernières agressions aux revendications fascistes.
- Initiatives / Brest, Violences, Manifs et rassemblementsAssemblée générale de rentrée pour l'assemblée générale antifasciste de rennes
- Initiatives / Rennes, Assemblée, Rencontres et débatsÀ l’initiative de SAVE et Justice pour Adama, avec le Syndicat des Avocat·es de France, flagrant déni, Amnesty International et la Ligue des droits de l’Homme. La loi passe au Sénat en octobre : d’ici là, tout se joue dans la rue.
Partout en France, des villes se lèvent contre le « permis de tuer ». Chaque battement ci-dessous est une ville qui a rejoint la mobilisation du 20 septembre. La ligne s’allonge à chaque ralliement*.
Nantes est annoncée… mais les détails ne sont pas encore connus.
source : https://stopauxviolencesdetat.fr/actions/permis-de-tuer/marches
(*il manque la vôtre ? https://stopauxviolencesdetat.fr/actions/permis-de-tuer/marches#organiser )

7 jours seulement après la publication de l’autorisation environnementale, les pelleteuses ont abattu de nombreux arbres aujourd’hui sur le site du projet du projet de CRA. Ce passage en force est honteux !
Soyons nombreux et nombreuses le 8 septembre à 18h30 devant la Préfecture !
La fuite en avant vers le fascisme a lieu dans toute l'Europe depuis des années, mais elle s'accélère partout.
L’article En Europe, le fascisme est de retour est apparu en premier sur Contre Attaque.
#Alerte #AntiCRA #Nantes Dix personnes ont été mises en garde à vue aujourd’hui pour des clous plantés dans des arbres du chantier du CRA.
source : https://www.franceinfo.fr/societe/justice/a-nantes-dix-personnes-en-garde-a-vue-soupconnees-d-avoir-degrade-le-chantier-d-un-futur-centre-de-retention-administrative_8180816.html
Y’a une tradition d’attendre devant Waldeck même s’il pleuviote pour le moment (pas de question incriminante svp!)
– Lecture d'un extrait du récit écopoético-politique Arbre Pleure de Thi Colas - publié en 2026 aux éditions WildProject - sur fond musical de Cannibal Dub & KYRR ( the wind elogy) ; Expérience sensorielle et spirituelle singulière, entre prose et poésie, mêlant la douceur et la rage.
– Lecture par WAFA d'un texte de sa création Celle qui ; texte qui parle de toutes celles qui portent leur cœur entre leurs mains...
– Création sonore : confessions et réflexions partagées nées sous la plume humide et soulée de chaleur de notre camarade de longue date VAL– qui nous partage ses constats, ses rages et ses espoirs dans une Géographie réduite !
– Lecture performée par WAFA d'un texte issue de son expérience 17 ; parce que sous cette météo à 2 vitesses…et qu'il y a des travailleureuses –dont pour certain·es le droit de retrait n'existe pas parce qu' il faut un contrat – un bout de papier qui donne accès à ce "retrait" – qui donnent accès à la sécurité et à la parole – alors sous cette météo à 2 vitesses, il en existe une 3ème…
– Lecture par Françoise d'un texte de sa création pour nous parler d'amour ... J'aime ...!
– Création sonore sur la route des vagabondes avec Djena Tchéli – Au clair de Lune Beatch
– Lecture d'un extrait du récit écopoético-politique Arbre Pleure de Thi Colas - publié en 2026 aux éditions WildProject - sur fond musical de Cannibal Dub & KYRR ( the wind elogy) ; Expérience sensorielle et spirituelle singulière, entre prose et poésie, mêlant la douceur et la rage.
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– Lecture par Françoise d'un texte de sa création pour nous parler d'amour ... J'aime ...!
– Création sonore sur la route des vagabondes avec Djena Tchéli – Au clair de Lune Beatch
Quand ?
Le 11 septembre à 19h
Où ?
Librairie Publico 145 Rue Amelot 75011 Paris
Publico reçoit Jean-Paul Jean, président de chambre à la Cour de cassation (H), ancien professeur associé à l'université de Poitiers, expert du Conseil de l'Europe, intervenant à l'ENM et à Sciences Po, secrétaire général de l'Association des cours suprêmes judiciaires francophones (AHJUCAF) et vice-président de l'Association française pour l'histoire de la justice.
Dans son ouvrage, il pose les questions suivantes :
– Comment des juges, qui ont prêté serment de fidélité au maréchal Pétain et servi le régime de Vichy, ont-ils pu ensuite présider les tribunaux de l'Épuration ?
– Quel a été le rôle effectif de la justice dans l'application des lois sous l'Occupation, dans la persécution des Juifs et la répression des résistants ?
– Pourquoi Paul Didier a-t-il été le seul à refuser de prêter serment à Pétain ?
– Qu'ont réellement fait les magistrats résistants ? De quelle façon la magistrature a-t-elle contribué à l'exclusion des Juifs ?
– Quelle est la réalité du parcours controversé du vichysto-résistant André Mornet, procureur général qui a requis la peine de mort contre Pétain ?
– Comment ont été jugés après guerre les magistrats des sections spéciales ?
– Pourquoi les procès de l'Épuration n'ont-ils pu s'appuyer que sur des éléments très partiels ?
La présentation de parcours de procureurs et de juges tout au long des années noires, attentistes, collaborateurs, résistants, ou vichysto-résistants, remet en contexte les situations concrètes auxquelles les magistrats ont été confrontés et les choix qu'ils ont effectués en conscience.
Nombre de documents inédits, provenant des archives publiques et privées, illustrent ces analyses. La remise en perspective de cette période sombre de l'histoire, qui s'éclaire aussi par les réformes de l'après-guerre, dont font partie l'accès des femmes à la magistrature et les prémices de la justice pénale internationale, ouvre au débat sur les enjeux contemporains de la justice, pilier de l'État de droit partout menacé par les dérives populistes et autoritaires.
Quand ?
Le 7 septembre à 19h
Où ?
Place Vendôme 75001 Paris
La Coalition féministe et enfantiste organise, lundi 7 septembre 2026, des mobilisations devant les mairies et les tribunaux partout en France, et devant le ministère de la Justice à Paris, afin de soutenir le projet de loi intégrale contre les violences sexistes et sexuelles.
Quand ?
Le 12 septembre à 15h30
Où ?
Librairie Publico 145 Rue Amelot 75011 Paris
La librairie Publico reçoit Nina Zivancevic pour une conférence sur le poète de la Beat Generation Allen Ginsberg.
Née à Belgrade et installée à Paris, Nina Zivancevic est poète, dramaturge, autrice de fiction et d'essais, traductrice, chercheuse, performeuse, commissaire d'exposition et critique d'art. Son travail s'inscrit notamment dans le champs des littératures expérimentales, underground et d'avant-garde. De 1980 à 1981, elle a été assistante d'enseignement et secrétaire d'Allen Ginsberg, auprès duquel elle a poursuivi son apprentissage poétique.
Allen Ginsberg (1926-1997) était un poète et l'une des figures les plus importantes de la Beat Generation dans les années 1950. Il s'opposait fermement au militarisme, au matérialisme économique et à la répression sexuelle. Il est surtout connu pour son poème épique "Howl", dans lequel il dénonce ce qu'il considère comme les forces destructrices du capitalisme et du conformisme aux États-Unis.
Quand ?
Le 19 septembre de 10h à 12h
Où ?
CNT - nouveaux locaux 37 bis Rue des Trois Bornes, 75011, Paris, France
Permanence hebdomadaire juridique et sociale pour les travailleurs et travailleuses du Bâtiment, des Travaux Public, du Bois, de l'Ameublement, des matériaux de construction, du Paysage, de l'Écologie et de l'Environnement, du Logement, de la Voirie et de l'Equipement.
Notre permanence répond à toutes les questions qui peuvent se poser en termes de droit du travail, droit des étrangers, droit du logement, droit à la santé, droit à la formation et à l'éducation...
Accès gratuit et sans rendez-vous initial.
Quand ?
Le 26 septembre de 16h à 17h30
Où ?
Rue de Clignancourt Rue de Clignancourt, 75018, Paris, France
Pour la publication du 'Chiffon' n°22, Anne Steiner, historienne des milieux anarchistes, propose à la rentrée une traversée commentée du Montmartre anarchiste ! Sièges de l'anarchie et du Libertaire, domicile des soeurs Mahé, imprimerie L'Espérance...
Rendez-vous le samedi 26 septembre, à 16h à l'angle de la rue d'Orsel et de la rue de Clignancourt (une heure trente de déambulation maximum). Réservation conseillée (par mail ou courrier), places limitées.
Nous écrire : redaction@lechiffon.fr
Le Chiffon
84, rue de Charenton
75012 PARIS
Extrait de l'article d'Anne Steiner ('Le Chiffon' n°22) : « AVEC LES SOEURS MAHÉ, UNE TRAVERSÉE DU MONTMARTRE ANARCHISTE »
« Ici, les loyers sont peu élevés, les artisans nombreux, et la bohème artistique foisonnante. Dans les premières années du XXe siècle, nombre de jeunes provinciaux montés à Paris en quête de travail, trouvent refuge sur la butte Montmartre.
Peintres désargentés, aspirants poètes, chansonniers contestataires, anarchistes de tout poil fréquentent les mêmes cabarets et cafés et logent dans les mêmes immeubles de guingois.
Le Libertaire, journal anarchiste fondé en 1895, y a son siège, au bas de la butte. Éclectique, il ouvre ses colonnes aux anarchistes individualistes qui considèrent que toute transformation sociale passe d'abord par l'évolution des mentalités, la lutte contre les préjugés et les traditions, et l'invention de nouveaux modes de vie »
[...]
« Le mouvement des causeries populaires prend de l'ampleur, des groupes se créent à Paris, en banlieue et même en province : certains éphémères, d'autres durables. Pour leur permettre de communiquer entre eux et de rendre compte de leurs activités, un hebdomadaire est créé, l'anarchie, avec un « a » minuscule, selon la volonté d'Anna, qui milite pour une simplification et une rationalisation de l'orthographe. Il n'y a pas de place pour les majuscules dans le code qu'elle a élaboré.
Son premier éditorial d'avril 1905 affirme que le journal se veut « le point de contact entre tous ceux qui, à travers le monde, vivent en anarchistes sous la seule autorité de l'expérience et du libre examen ». Hebdomadaire tiré à 6 000 exemplaires comme Le Libertaire et Le Père Peinard, il s'impose rapidement comme l'organe du courant anarchiste individualiste.
En janvier 1906, toute la rédaction du journal emménage dans une grande maison, au 22 de la rue du Chevalier-de-La-Barre. Imprimerie au sous-sol, salles de réunion au rez-de-chaussée, chambres et pièces de vie au premier et au second. Ils sont une douzaine à y résider de façon permanente : Libertad, Anna et son fils, Armandine et le sien, né le 15 juin 1905, surnommé Diamant et déclaré à l'état-civil de parents non dénommés, comme son cousin et demi-frère Minus. »
Quand ?
Le 26 septembre de 16h à 17h30
Où ?
Rue de Clignancourt Rue de Clignancourt, 75018, Paris, France
Pour la publication du 'Chiffon' n°22, Anne Steiner, historienne des milieux anarchistes, propose à la rentrée une traversée commentée du Montmartre anarchiste ! Sièges de l'anarchie et du Libertaire, domicile des soeurs Mahé, imprimerie L'Espérance...
Rendez-vous le samedi 26 septembre, à 16h à l'angle de la rue d'Orsel et de la rue de Clignancourt (une heure trente de déambulation maximum). Réservation conseillée (par mail ou courrier), places limitées.
Nous écrire : redaction@lechiffon.fr
Le Chiffon
84, rue de Charenton
75012 PARIS
Extrait de l'article d'Anne Steiner ('Le Chiffon' n°22) : « AVEC LES SOEURS MAHÉ, UNE TRAVERSÉE DU MONTMARTRE ANARCHISTE »
« Ici, les loyers sont peu élevés, les artisans nombreux, et la bohème artistique foisonnante. Dans les premières années du XXe siècle, nombre de jeunes provinciaux montés à Paris en quête de travail, trouvent refuge sur la butte Montmartre.
Peintres désargentés, aspirants poètes, chansonniers contestataires, anarchistes de tout poil fréquentent les mêmes cabarets et cafés et logent dans les mêmes immeubles de guingois.
Le Libertaire, journal anarchiste fondé en 1895, y a son siège, au bas de la butte. Éclectique, il ouvre ses colonnes aux anarchistes individualistes qui considèrent que toute transformation sociale passe d'abord par l'évolution des mentalités, la lutte contre les préjugés et les traditions, et l'invention de nouveaux modes de vie »
[...]
« Le mouvement des causeries populaires prend de l'ampleur, des groupes se créent à Paris, en banlieue et même en province : certains éphémères, d'autres durables. Pour leur permettre de communiquer entre eux et de rendre compte de leurs activités, un hebdomadaire est créé, l'anarchie, avec un « a » minuscule, selon la volonté d'Anna, qui milite pour une simplification et une rationalisation de l'orthographe. Il n'y a pas de place pour les majuscules dans le code qu'elle a élaboré.
Son premier éditorial d'avril 1905 affirme que le journal se veut « le point de contact entre tous ceux qui, à travers le monde, vivent en anarchistes sous la seule autorité de l'expérience et du libre examen ». Hebdomadaire tiré à 6 000 exemplaires comme Le Libertaire et Le Père Peinard, il s'impose rapidement comme l'organe du courant anarchiste individualiste.
En janvier 1906, toute la rédaction du journal emménage dans une grande maison, au 22 de la rue du Chevalier-de-La-Barre. Imprimerie au sous-sol, salles de réunion au rez-de-chaussée, chambres et pièces de vie au premier et au second. Ils sont une douzaine à y résider de façon permanente : Libertad, Anna et son fils, Armandine et le sien, né le 15 juin 1905, surnommé Diamant et déclaré à l'état-civil de parents non dénommés, comme son cousin et demi-frère Minus. »
État des lieux d'un ensauvagement de la répression qui touche aussi les agents armés par les mairies.
L’article Militarisation : les polices municipales aussi tuent de plus en plus est apparu en premier sur Contre Attaque.
Rendez-vous MERCREDI 9 SEPTEMBRE à 8h45
Tribunal de Limoges salle 7
Dans le cadre du mouvement du 10 septembre 2025, le 2 octobre une manifestation est organisée en soutien au peuple de Palestine occupée. En fin de manifestation, lors du retour au Champ de Juillet pour récupérer leur voiture, quatre manifestants.es voient quatre personnes menaçantes sortir d'une voiture noire et avancer dans leur direction. L'un d'elleux ayant pris peur s'éloigne, mais il est rattrapé et jeté au sol, t-shirt arraché, puis jeté en cellule de GAV pour 48h à regarder le plafond. Les personnes menaçantes était des policiers de la BAC en civil, sans brassard et qui ne se sont pas annoncés, venus interpeller les manifestant-es pour des faits imaginaires d'outrage sur des agents des renseignements territoriaux.
Bien sûr l'interpellation a eu lieu dans les règles de l'art de la BAC : coups, insultes, vol des numéros d'avocat, prise de photo pour envoi sur des boucles Telegram fasciste, etc. Et bien évidemment aucune caméra ne fonctionnait sur le Champ de Juillet. Un des quatre manifestant-es, Sami, est convoqué au pénal pour outrage et rébellion.
On connait la motivation réelle de ce procès : mettre les manifestant-es dans des procédures qui coûtent du temps et de l'argent pour les décourager et décourager les autres citoyens d'exercer leur droit fondamental de manifester contre un génocide en cours. D'où l'intérêt d'une présence nombreuse : leur montrer que leurs intimidations ne fonctionnent pas et qu'ils seront comptables face aux générations futurs de leurs décisions d'entraver la lutte contre un génocide reconnu par l'ONU.
Le jour où nous avons découvert que nous avions été désignés comme une organisation terroriste mondiale, nous nous étions promis que nous tenterions de résister aussi longtemps que possible, que nous ne céderions pas tant que nous aurions des possibilités de tenir bon. Nous avons fièrement maintenu et défendu une infrastructure libre, sécurisée, autonome et politiquement engagée pendant des années.
Pour nous, « Restez humain », ce n’est pas une phrase vide de sens.
Cela veut dire que, par dessus tout, nous avons la responsabilité de protéger nos utilisateur-ices, celles et ceux qui construisent le réseau humain qui nous relie, ainsi que les communautés qui nous inondent de messages de soutien et de solidarité.
Nous ne pouvons nous engager dans un combat ou nous exposer à des manipulations qui menaceraient la vie de ces personnes et des personnes qui leurs sont chères, les laissant à la merci d’autocrates, de fascistes et d’agences gouvernementales capables de manoeuvres extra-légales. La possibilité que notre travaille puisse provoquer des conséquences légales et financières à celles et ceux qui nous sont proches – ou qui ont seulement quelque chose à vois avec nous – ne nous laisse pas le choix.
A/I met fin à ses activités.
Le collectif Autistici/Inventati met fin à ses activités et cessera prochainement de fournir l’ensemble des services qu’il propose.
Il n’y a pas de manière facile d’annoncer ou d’expliquer cela.
Chaque jour où nous avons pu rester en ligne après le 26 août 2026 a été une victoire, mais nous sommes obligés de nous arrêter.
Aucun d’entre nous n’a une haute estime des gestes héroïques et des martyrs, nous ne demanderons ainsi aucun sacrifice. Pas de nous ni ne quiconque. Il s’agit d’un climat politique, Dans le contexte politique actuel, le fait de continuer à proposer nos services met en danger nos utilisateur-ices et toutes les personnes qui font partie de nos communautés. Dans un monde où les accusations sont à ce point déconnectées de la réalités, on ne peut s’attendre qu’à ce que la répression devienne de plus en plus disproportionnée. Dans ces circonstances, nous ne sommes plus en mesure de maintenir notre objectif initial – offrir des outils sécurisés et non-commerciaux.
Ces 25 années ont été extraordinaires. Ça a été une « sacrée aventure ».
Maintenant, éteignez vos ordinateurs, sortez de chez vous, luttez, embrassez-vous et continuez à sourire. Nous nous arrêtons, mais la Résistance et ses idées, elles, ne s’arrêtent pas. Restez humains.
Nous enverrons prochainement des indications sur les manières de sauvergarder les contenus de vos blogs, de vos boîtes mails et de vos sites internet, avec des recommandations d’ordres plus techniques. Mais gardez à l’esprit que de la même manière que le domaine autistici.org était rendu inaccessible sans pré-avis, nous risquons de souffirr des mêmes problèmes dans les prochains jours sans être à même de les prévenir.
Autistici/Inventati Collective
https://cavallette.noblogs.org/2026/09/10098
https://keepitfree.ai/announcements/a/i-shuts-down-stay-human/
Appel pour une manif autonome contre les frontières 10 octobre à 14h à Barbès RDV à l’angle du boulevard de la chapelle et de la rue caplat
Depuis plusieurs années, le gouvernement est dans une marche en avant de plus en plus répressive, enferme toujours plus pour contenir la contestation sociale. Création de 3000 nouvelles places de taule, de super-prisons contre les narco trafiquants, de 11 CRA supplémentaires (les prisons pour les personnes n’ayant pas les bons papiers), entrée en vigueur du pacte asile immigration et du réglement retour pour rafler et expulser toujours plus facilement.
Tout ça dans un contexte global raciste et sécuritaire toujours plus étouffant, que ce soit à travers l’omniprésence des discours d’extrême droite dans l’espace public et médiatique, les meurtres policiers, les rafles, la surveillance généralisée et les politiques antisociales.
A l’échelle mondiale, la vie des gens est rythmée par les guerres, les génocides, les déportations, l’écocide…
Ces poussées et mouvements autoritaires et réactionnaires ne sont pas nouveaux et ne feront jamais taire la révolte des opprimé.es.s. Partout dans le monde, des gens se soulèvent et s’organisent. De La Paz à Tirana, en passant par les rues de Minneapolis contre ICE, les révoltés s’auto organisent pour lutter contre leurs oppresseurs.
En France aussi, les gens ne se résignent pas, que ce soit de façon spontanée face aux flics, en s’organisant collectivement face à un meurtre policier, dans des ag pour lutter contre les CRA et les prisons, en attaquant et sabotant les infrastructures de ce monde de merde, ou encore en allant piller des magasins contre la vie chère. Cette liste est non exhaustive…
On voudrait nous faire croire que les seules perspectives politiques sont tournées vers les élections de 2027 et un avenir électoraliste, mais pour nous ça ne sera jamais une option.
Tant que les états existeront nous ne serons jamais libres et leurs frontières entraîneront leurs lots de morts, d’enfermé.es.s et de vies brisées. Et cela quelque soit la couleur politique du garde-frontières ou du trieur de bons ou mauvais migrants.
N’en déplaise aux promoteurs de la France insoummise, les politiques racistes n’ont jamais attendu l’extrême droite pour être mises en place.
Détruisons les états, les frontières, les partis et tout ce qui nous opprime.
On a besoin de reprendre la rue sans attendre qu’on nous l’autorise pour se rencontrer, faire de l’agitation, crier nos rages et notre envie de détruire leur monde pourrave !
Rdv le Samedi 10 octobre à 14 h à Barbès à l’angle du boulevard de la chapelle et de la rue caplat
Des anarchistes contre les frontières
Lancement d’une initiative contre la répression à Rennes
CE MERCREDI À 18H – Hall L de Rennes 2 Villejean
Un nouvel espace – ouvert et public – s’est créé à Rennes pour réfléchir à la lutte contre la répression. Plusieurs discussions et réunions se sont tenus depuis le printemps dernier pour élaborer collectivement et sereinement ce nouvel espace d’organisation, et il reste beaucoup à penser et à faire !
Cet espace s’est toujours voulu ouvert et public. Toute personne, faisant partie d’un collectif ou non, étant venue aux réunions précédentes ou non, est hyper bien venue.
Petit recap de ce qui a pu se passer précédemment :
– Un temps d’historique de l’anti rep à Rennes, avec recul sur les pratiques préexistences, et notamment celles de la Défense Collective (DC).
– Du partage d’informations quant aux violences permises au sein de la DC, et discussion autour de garanties pour palier à ces dérives.
– Des retours sur les pratiques dans d’autres villes.
– Des discussions sur les différentes formes que pourraient prendre la gestion de l’anti rep (assemblée, « legal team », groupe(s), …).
[Des Comptes-Rendus sont disponibles et un recap sera fait en début de prochaine discussion.]
Ce premier rendez-vous de septembre se veut proposer un espace décisionnaire pour le lancement d’une (de) nouvelles(s) initiative(s) contre la répression à Rennes !
Il sera toujours temps et bienvenu de proposer des idées nouvelles et de rediscuter des propositions déjà formulées.
Viens participer (et partage à ton collectif) pour que nous soyons nombreux-ses !
Retour critique sur la partie « les leurres identitaires » de la flamme d’or
Le texte qui suit a été écrit pour la discussion proposée aux rencontres anarchistes du Semeur autour du texte La flamme d’Or paru en 2026.
On a trouvé ça trop bien de proposer une analyse globale de la situation actuelle, qui ne se limite pas à un sujet précis. Les perspectives sont diverses mais les bases politiques anti autoritaires sur lesquelles elles s’appuient sont claires. Bref, merci pour cette belle motiv’ !
On voulait revenir et proposer quelques retours sur la partie « les leurres identitaires »1 qu’on doit malheureusement avouer avoir trouvé beaucoup moins fine que le reste. On ne sait pas si on peut dire que les politiques identitaires aient pris le pas sur la lutte des classes dans ce qu’il reste des milieux révolutionnaires aujourd’hui. On imagine que ça dépend de qui, de quoi, de où et de quand est ce qu’on parle. Par contre il est sûr que les axes de domination systémiques y sont nettement plus abordés, et que les luttes contre ces derniers sont d’avantage considérées comme participant à la tension anarchiste. Et ça on ne peut que s’en réjouir ! Parce que toutes les formes d’autorité sont à combattre. Toutefois, on partage complètement l’idée que si une lutte menée contre une forme de pouvoir ne s’inscrit pas dans une conflictualité générale avec toutes les autres formes qu’il pourrait prendre, elle court droit au réformisme (et donc intègre le pouvoir qu’elle clamait pourtant combattre). On s’oppose également à une vision libérale de la liberté qui ne vise pas à détruire la société mais à y être mieux représentée. On trouve aussi important de rappeler que toutes les violences ne se valent pas. Une insulte n’est pas une agression sexuelle et une collègue ne peut pas être autant une ennemie que le patron.
On trouve ça étrange que le premier exemple qui soit donné de la politique identitaire qui viendrait nier les antagonismes de classe dans les milieux révolutionnaires soit une position portée par la plus grosse asso lgbt de france (se féliciter de la nomination de Gabriel Attal au pouvoir). On ne pense pas que qui que ce soit à la fois queer et révolutionnaire soit aligné avec les positions de cette asso. On ne viendrait jamais insinuer que des compagnons s’investissant dans une lutte contre un projet industriel partagent les positions d’Europe écologie les verts. D’ailleurs, on ne pense pas non plus qu’une telle asso ait un jour eu de prétentions révolutionnaires. Il serait temps d’arrêter de tenir les compas queers responsables de tout ce que font ou disent des connards lgteubé. Bien que minoritaires, nous sommes plein à ne pas vouloir de leur droits, mais à vouloir la destruction de l’état de droit, ou de n’importe quel autre forme qu’il pourrait prendre.
Les milieux tpg (transpédégouines) existant depuis maintenant une quinzaine d’années se sont justement construit en rupture avec les positions portées par les grosses asso lgbt. Des contre prides, dites prides radicales ou prides de nuit, ont lieu chaque années dans plein de villes. On pouvait justement y entendre le slogan « les pédales détestent Attal » suite à sa nomination au pouvoir. Les critiques du « capitalisme gay friendly » y sont nombreuses. L’été dernier, des rencontres queer sur des bases anarchistes claires ont été organisées. De nombreux textes et brochures anarchistes portant une proposition à la fois queer et insurrectionnelle sont parus ces deux dernières années, une bibliothèque tpg et anarchiste a ouvert à Montreuil début 2025, une revue anarchiste contre à la fois le genre et la technologie est sortie début 2026. Et ces idées se sont à plusieurs reprises matérialisées par des attaques contre le pouvoir. On peut citer, par exemple, l’incendie en novembre dernier d’une vingtaine de teslas dans un concessionnaire des Bouches du Rhône revendiqué pour le tdor (trans day of revenge). Et encore, c’est une liste non exhaustive. Tout ça, et sur 80 pages parlant de perspectives révolutionnaires actuelles, la seule fois où il est fait mention de patriarcat et d’hétéronormativité on nous parle d’Hillary Clinton et de la plus grosse asso lgbt de france. C’est au mieux d’une ignorance gênante.
La mention de séparatisme, ou encore le rappel que la liberté se trouve dans le fait de se mêler à autrui nous évoque des attaques contre l’outil de la mixité choisie. Si c’est bien le cas, on a envie de vous répondre qu’on expérimentera notre liberté aux côtés de qui bon nous semble, car nous croyons en la libre association. Pour nous, la mixité choisie peut être un outil pertinent ou pas selon nos objectifs. Elle peut aussi servir d’outil de réductions des risques face à certaines violences, notamment sexuelles, malheureusement aussi subies de la part de « compagnons », notamment dans des cadres de luttes.On a interprété la phrase « C’est même le plus souvent en se rebellant contre ses propres attachements, qui sont tout à la fois des fondations pour construire son individualité que des chaînes qui le retiennent et l’empêche d’agir. », comme un encouragement à se libérer des mots qu’on utilise pour se définir. Ça donne envie de réaffirmer l’importance d’avoir des mots pour décrire les formes de dominations que nous subissons afin de mieux les combattre. Il nous est parfois renvoyé que nommer un rapport de pouvoir reviendrait à le faire exister, voir même à le créer. Seulement, quand le silence est imposé, seul celui à qui ce rapport de pouvoir profite peut se permettre de l’ignorer. La personne qu’il écrase est toujours écrasée, elle n’aura juste pas la place de le nommer, et donc une arme précieuse, souvent nécessaire, en moins pour pouvoir riposter. Il est bien triste de constater que les critiques des politiques identitaires se résument bien souvent à la négation de rapports de pouvoir aux conséquences pourtant bien concrètes dans la vie de nombre d’individus, parmi lesquels nombre de compas. On a aussi du mal à comprendre pourquoi il serait si dangereux pour notre liberté de se définir comme « trans » ou «racisé », mais pas de se reconnaître comme précaire, pauvre ou prolétaire.
On voulait aussi rebondir sur le bout du texte qui dit p.48 « Tout ne se vaut pas, cela signifie qu’il y a des aspects plus stratégiques que d’autres. S’attaquer non pas à ce qu’il y a de plus facile car plus à la mode, mais aux aspects les plus stratégiques du pouvoir, comme les prisons, l’industrie militaire, les frontières ou encore le nucléaire, c’est maintenir ouverte la question révolutionnaire. » S’attaquer à des systèmes de domination comme l’inceste ou la colonisation est loin d’être facile, en tous cas pas plus que de s’attaquer à la liste des aspects les « plus stratégiques » du pouvoir listés ci dessus. (Et si on veut parler de la mode, elle semble plutôt être du côté des discours réactionnaires s’attaquant à des groupes minoritaires… ). Par ailleurs, ce qui nous semble pertinent dans les propositions anarchistes est justement cette capacité qu’une attaque contre un aspect de la domination peut engendrer sur tous les autres. Selon nous, désigner des aspects plus stratégiques que d’autres va à l’encontre de ce qui a été écrit avec justesse dans le texte p.47 : « La question sociale a toujours été plus large que la lutte des classes entre bourgeois et prolétaires, ou que le clivage entre riches et pauvres. Le système actuel a émergé du fait du mouvement des enclosures et de la mise en propriété des terres contre les paysans et paysannes, de la mise au travail sous la contrainte, de la radicalisation de la misogynie, de la traite « négrière » et de la colonisation, de la famille nucléaire qui s’est imposée. Elle inclut dès le départ la domination masculine, le racisme, le contrôle de la sexualité et de la vie quotidienne. Il en découle que pas plus que de conflit central, il n’existe de sujet révolutionnaire. La question sociale qui prévaut est probablement celle de la négativité ou non de la hiérarchie et du pouvoir ; de la lutte contre toute forme d’exploitation et de domination, donc ».
Le but de ce court texte n’est pas de centrer la discussion sur les sujets abordés dans cette partie de La flamme d’or. Mais on ne se voyait pas non plus ne pas y réagir. En vrai, on aimerait juste ne plus avoir à lire des trucs pareils dans des textes anarchistes et on a hâte de pouvoir discuter de tout le reste du texte. Bref, discuter de perspectives anarchistes !
1 La référence aux « leurres » identitaires n’est pas sans rappeler les « leurres postmodernes » d’unerrrrévolutionnaire devenue réactionnaire. On peut lire à ce sujet « Les leurres pseudo-révolutionnaires deVanina CONTRE les luttes et réalités des queers. Tractage lors de la présentation de son livre à Toulouse » publié le 1er mai 2024 sur IAATA.
Réponse au Post-Scriptum à La flamme d’or
Le texte ci-dessus a été écrit pour la discussion proposée aux rencontres anarchistes du Semeur [qui a eu lieu le 17 juillet 2026] autour de la brochure La flamme d’Or, elle même paru en février 2026. Nous le diffusons ici tel qu’il a été diffusé en papier lors de ces rencontres et tel qu’il a été lu lors de la discussion, par d’autres que nous.
Diffuser un texte sur internet est pour nous loin d’être une évidence mais nous avons fait ce choix car nous tenons à répondre au « Post-scriptum à La flamme d’or » paru le 30 juillet 2026 et relayé par les sites anarchistes sansnom et attaque. Le post-scriptum en question ne fait aucunement mention de notre texte qui a pourtant été lu lors de la discussion, ce qui nous paraît extrêmement dommage. Selon nous, cela appauvrit grandement la qualité du débat. Le ton condescendant n’aide pas non plus. En mélangeant une critique anarchiste (celle portée par notre texte et certaines personnes, dont nous, lors de la discussion) à une critique gauchiste (celle portée par d’autres personnes lors de la discussion) comme s’il s’agissait d’un même ensemble, le post-scriptum évite la discussion entre compas anarchistes. Il nous semble facile de se baser sur des faux critiques pour discréditer les intentions et les volontés de dialogue engagées par notre texte alors que les points de désaccord/mécompréhension auraient pu être éclaircis de vive voix lors de ces rencontres. Le texte a été écrit pour cette occasion et porté à la première personne.
En tant que deux personnes ayant écrit ce texte, on aimerait clarifier que nous n’avons jamais ni pensé ni dit ni écrit que la Flamme d’or était transphobe ou raciste. A aucun moment ce n’est d’ailleurs le propos de notre texte. Ces positions ont par contre bien été exprimé par certaines personnes – réformistes – lors de cette discussion et nous sommes en désaccord avec elles. De manière générale, nous avons apprécié lire dans la flamme d’or une critique claire des pièges réformistes (légalisation de l’ex zad de nddl, l’électoralisme, l’antifascisme, la gauche, etc.)
Par ailleurs, notre texte ne vise pas à assimiler les positions tenues dans la Flamme d’or à celles de Vanina et encore moins à celles de Tomjo ou de PMO. On trouve ça par contre extrêmement maladroit – foireux de reprendre le titre de « leurres identitaires » peu de temps après la sortie du bouquin de Vanina « les leurres postmodernes ». On partage plutôt l’idée que « Vanina (…) semble homogénéiser les mouvements queers et intersectionnels, pourtant traversés de tendances contradictoires, pour en faire une des causes principales de l’affaiblissement du féminisme révolutionnaire » et on est en tous cas a minima contente de lire une ligne de démarcation claire avec des positions réactionnaires.
« (…) D’ailleurs, le mouvement queer a participé à sa manière à faire éclater ces cases. L’étonnement passé, il faut bien avouer que le texte aurait gagné à rappeler qu’il existe des dynamiques plus intransigeantes et plus intéressantes. Je ne les ignore pas et essaie de participer à en diffuser les positions depuis bien des années (George Jackson Brigade, Queer ultraviolence, Ma randonnée sans balise, Trans n’est pas transhumanisme, etc.). Il aurait très certainement fallu les évoquer, d’autant que cette brochure circule en-dehors du mouvement anarchiste (et c’est une très bonne chose et un objectif). Il s’agit là effectivement d’une erreur. » On est d’accord avec cet extrait et on remercie sincèrement la reconnaissance de cette erreur. C’est en grande partie ce qu’essayait de pointer notre texte.
Dans notre texte, nous avons écrit : « la mention de séparatisme, ou encore le rappel que la liberté se trouve dans le fait de se mêler à autrui nous évoque des attaques contre l’outil de la mixité choisie. Si c’est bien le cas, on a envie de vous répondre qu’on expérimentera notre liberté aux côtés de qui bon nous semble, car nous croyons en la libre association. Pour nous, la mixité choisie peut être un outil pertinent ou pas selon nos objectifs. (…) ». Suite à la lecture du post-scriptum : « les extrapolations faites sur le texte, comme par exemple concernant la mixité choisie. Il n’en est pas question dans le texte, mais certaines personnes ont curieusement cru y voir une critique de la mixité choisie. Je n’ai aucun souci avec ça, au contraire, je considère que cela peut être un outil utile (tant que ça ne devient pas une fin en soi). Et les gens sont de toute façon libres de s’autoorganiser comme ils et elles le souhaitent ! » C’est à nous de reconnaître qu’il ne s’agissait pas dans ce cas d’une attaque contre la mixité choisie mais bien d’une extrapolation de notre part. De fait, l’erreur citée au paragraphe ci-dessus « aurait en outre (…) permis d’empêcher (…) les extrapolations faites sur le texte » comme cela est avancé dans le post-scriptum. A la page 46 de la flamme d’or, il est tout de même écrit que la liberté « se trouve dans le fait de se mêler à autrui. (…) N’est ce pas pour cela que l’on éprouve un sentiment de liberté lorsque nous nous tenons épaule contre épaule avec des compas de lutte, se dressant ainsi contre la domination ? ». A titre perso, ce n’est pas notre cas et cet imaginaire ne nous parle pas. C’est pour ça que nous précisions que la mixité choisie « peut aussi servir d’outil de réductions des risques face à certaines violences, notamment sexuelles, malheureusement aussi subies de la part de « compagnons », notamment dans des cadres de luttes. »
Par ailleurs, nous ne pensons pas que la brochure oublie complètement le patriarcat mais que, comme bien souvent, l’analyse de cette structure de pouvoir et les perspectives anarchistes portées contre sont lacunaires et très peu présentes.
On partage le fait que l’industrie militaire ou les frontières sont des cibles AUSSI contre le patriarcat et le colonialisme. Toutefois, on pense que ces liens, qui peuvent paraître évident pour certain.es, valent le coup d’être développés et explicités. Par ailleurs, on a pas l’impression que le fait qu’une cible soit « à la mode » (pour reprendre les mots de la flamme d’or) joue sur la facilité à l’attaquer. Par exemple, les attaques anarchistes contre l’industrie militaire sont plutôt nombreuses ces dernières années (et c’est tant mieux!), est ce donc une cible à la mode ? Il nous semble pourtant assez clair qu’il est loin d’être facile de s’y attaquer. Et on trouve ça hasardeux de désigner ce qui relève ou non de la « mode ».
Cela dit, la destruction de l’industrie militaire ou des frontières – aussi nécessaire soit-elle – est loin d’être suffisante pour mettre fin au pouvoir sur les corps et les sexualités qui s’exerce aussi bien dans la rue que chez le médecin ou dans l’intime. Il nous paraît nécessaire de réfléchir à ces questions ici et maintenant sans attendre des lendemains qui chantent.
Pour finir, on partage également la critique des luttes de libération nationale et la nécessité de lutter contre tous les états, tels qu’ils soient. Nous sommes en total désaccord avec les choix « « d’ « anarchistes » explicitement religieux et très complaisants avec des groupes autoritaires et antisémites comme le Hamas ». Tout comme nous sommes en total désaccord avec les logiques campistes et anti-impérialistes qui voudraient que des « anarchistes » se battent aux côtés de l’armée de l état ukrainien au nom du « moindre mal ». Nous sommes également convaincues que la perspective anarchiste ne peut être que critique de la religion.
Salut à toustes,
Ne ratez pas la prochaine soirée du local libertaire Le Sabot, le vendredi 11 septembre à la MJC Sainte-Barbe (6 rue Rochambeau à Metz), en soutien aux prisonnier.e.s politiques du Congo, avec :
> à 20h : une pièce de théâtre "Cette lettre que je ne t'écrirai peut-être jamais", avec Moïse Dikondo, mise en scène par Daniel Proïa et écrite par Jocelyn Danga
> à 21h : un concert de rap militant, de Martial Pa'nucci
Ouverture des portes à 19h30
Prix au chapeau + adhésion obligatoire à la Vieille Chechette (asso) de 3 euros (pour l'année 2026/2027)
BUVETTE SUR PLACE, avec ou sans alcool, PRENDS TON CASH AVEC TOI, pas de CB sur place !
Si tu veux soutenir le Sabot, tu peux faire un don ponctuel ou mensuel via le bulletin de souscription ---> le-sabot@riseup.net
Les horaires d'ouverture du Sabot (21 rue des Allemands à Metz) :
Mercredi, de 17h00 à 20h30 (atelier linogravure à partir de 18h)
Samedi, de 15h00 à 19h00
Les permanences :
Syndicats CNT : 2ème samedi du mois, de 11h00 à 14h00
Collectif Transgressif : 1er dimanche du mois, de 14h00 à 17h00
Collectif MadMetz : 1er jeudi du mois, de 16h30 à 20h00
Salutations anarchistes !
L'équipe du Sabot
Photo d'illustration de l'article : représentation de la pièce "Cette lettre que je ne t'écrirai peut-être jamais" à Kinshasa le 11 février 2026, ici mise en scène par Aaron Lakamba et jouée par Jonathan Buba.
Mafouta Family Corporation et le collectif Justice pour Dylan vous invitent à une Grande Marche Nationale Unitaire pour dire non à l'impunité et aux violences d'état, le 19 septembre à 14h00 Place Bouchard (Caen)
Repris de resistances-caen.org
A l'appel du collectif Justice pour Dylan :
🚨 APPEL À LA MOBILISATION : NON AU « PERMIS DE TUER » 🚨
Derrière les chiffres, il y a des prénoms. Il y a des vies, des familles et une exigence fondamentale : la justice et l'égalité devant la loi.
NOUS NE LAISSERONS PAS FAIRE. CAEN SE MOBILISE.
Le 19 septembre 2026, rejoignons la mobilisation nationale contre le « permis de tuer ».
Mafouta Family Corporation et le collectif Justice pour Dylan vous invitent à une Grande Marche Nationale Unitaire pour dire non à l'impunité et aux violences d'état.
⏳ Un appel clair à rejoindre la mobilisation à Caen.
J'invite les personnes qui souhaitent s'organiser sur cet événement à prendre contact avec moi.
Parce que notre combat est celui de la dignité, de la vérité et de l'égalité de chaque vie, nous ne nous tairons pas, nous ne nous habituerons pas, nous ne céderons pas.
Rejoignez-nous pacifiquement, avec votre voix et votre détermination. Partagez massivement ce post, taguez vos proches et venez nombreux.
⚖️ POUR DYLAN. POUR LES VICTIMES. POUR LES FAMILLES. ⚖️
#JusticePourDylan #Caen #NonAuPermisDeTuer #ViolencesPolicières
Ce texte, c'est à moitié un coup de gueule, à moitié né du déséspoir, et à une autre moitié d'un profond besoin d'une bascule, radicale, brutale et... violente.
Publié à l'origine le 5 septembre sur Rebellyon.info
Gino va très certainement être extradé en Allemagne. Et de là-bas, probablement ensuite en Hongrie. Et il lui arrivera des trucs... pas cool. Qu'est-ce que les dangereux mouvements d'extrème-gauche de cette région du monde font pour l'en empêcher ? Des rassemblements et des banderoles. Pas forcément que ça, mais on est sur cet ordre là, principalement. Qui ici pense que cela suffira ? Comme pour Maja. Comme pour toustes les autres. Fût une époque... on l'aurait libéré. Par une évasion de prison ou par une attaque de son convoi.
De partout dans ce pays de merde, des squats sont sur le point d'être expulsés, remettant des dizaines voir des centaines de personnes à la rue, dans la misère, la chaleur, ou suivant la saison, dans le froid. La rue tue qu'on dit. Oui. La rue tue. Et on est toujours incapables d'empêcher cela. Incapables de défendre les squats. Pourtant, on a été capables de les défendre par le passé. De les faire reculer, de les faire partir. D'être suffisamment menaçant·es pour qu'ils ne viennent même pas nous en sortir. Ou à défaut, de les accueillir avec des... dispositifs, qui ne les laisseraient pas ressortir indemnes.
Récemment un patron d'entreprise à foncé en camion sur des grévistes, et il est ressorti du poste de police quelques heures plus tard, fanfaronnant. Il n'y a pas si longtemps, on était tout à fait capables de leur faire peur aux patrons. On était capables de les exproprier. De leur faire accepter toutes nos demandes. On était même capables de les rendre hors d'état de nuire définitivement. N'est-ce pas monsieur le PDG de Renault ?
Pendant qu'ils nous exploitent, nous humilient, nous brisent, nous empoisonnent, et nous tuent... Pendant ce temps-là, la peste brune se fait toujours plus pressante et visible. Eux, ils sont prêts pour la guerre civile. Nous pour l'instant, on est juste prêt·es à aller à l'abattoir faire nos 3x8, et ce jusqu'à ce que ça soit notre tour.
Si c'est pas votre meilleur rêve d'avenir, va falloir, au moins, commencer à y réflechir.
Le dimanche 13 septembre prochain se tiendra une parade contre l'utra-richesse dans le quartier Prince d'Orange à Uccle, quartier le plus aisé de Bruxelles. Cette parade festive et radicale souhaite amener le concept de « Richesse Maximale Autorisée » dans le débat public.
C'est à 14h pétante que le collectif « Stop the rich », à l'initiative de la parade, donnera rendez-vous aux citoyen.nes pour un programme haut en couleur : prise de parole, atelier de sérigraphie, musique, clowns… le ton joyeux sera donné pour aborder une thématique non moins sérieuse : l'accumulation de la richesse dans les poches de quelques-un.es (les 5% des Belges les plus riches possèdent 45%de la richesse totale du pays – cf. Banque nationale de Belgique) et les impacts néfastes et multiples que cela engendre dans la société.
Tandis que le gouvernement s'attaque aux services publics, à la culture, à la santé, à l'éducation pour absorber la dette, les ultra-riches, eux, ne contribuent pas à l'effort collectif. Cette minorité de privilégiés, par leur influence politique, détériore la démocratie et rend le système caduque. C'est un véritable problème de société qui nous concerne toustes et que nous devons aborder collectivement.
« Nous désirons une vie digne pour toutes et tous. ». Tel est l'objectif clamé par ce rassemblement qui a décidé de porter cette voix au coeur d'un des quartiers les plus riches de Belgique : le Quartier du Prince d'Orange. Inspiré d'une initiative similaire en Allemagne, le choix du lieu n'est pas anodin et veut renverser la tendance : les vrais assistés du système sont bien les ultra-riches qui bénéficient de tous les services de la communauté sans pour autant y contribuer équitablement.
Rejoignez-nous pour une heureuse parade pour lutter contre l'ultra-richesse à la Montagne Saint-Job 131 à Uccle, le dimanche 13 septembre prochain à 14h. Nous venons de subir le dernier été de la macronie, et elle n'a pas ménagé ses efforts pour nous gâcher la vie.
L’article Une saison en enfer : le dernier été de la macronie est apparu en premier sur Contre Attaque.
Lundi 7 septembre, la Fédération syndicale étudiante (FSE) et le Réseau universités sans frontières (RUSF) se sont rassemblés devant le Crous de Boutonnet, cinq jours après une première conférence de presse sur les étudiants sans logement. Le nombre de cas signalés au syndicat a doublé en une semaine
Nouveau rassemblement ce lundi 7 septembre devant le Crous de Boutonnet, après une conférence de presse la semaine dernière pour alerter sur le cas d’étudiants qui risquent de finir à la rue faute de logement. Les militants de la Fédération syndicale étudiante (FSE) et du Réseau Universités sans frontières (RUSF) entrent cette fois dans les locaux et échangent avec Fouad Boukalkoul, de la direction de la vie de l’étudiant (DVE) du Crous. « La semaine dernière, une dizaine d’étudiants sans logement nous avaient contactés. À ce jour, ils sont une vingtaine », affirme Gaël, membre de la FSE. Le syndicat dénonce un Crous qui a « failli à son rôle de service public » et s’inscrit désormais dans « une logique de rentabilité ». Face aux militants, Fouad Boukalkoul rappelle les chiffres de l’établissement, 8 300 logements pour 37 000 boursiers dans l’académie, reconnaît le manque de places et déclare le dialogue rompu.
Le RUSF, qui accompagne les étudiants étrangers, décrit de son côté une rentrée sous forte tension. « Entre août et la rentrée, on a accompagné plus d’étudiants que dans toute l’année scolaire dernière. Environ 300 personnes nous ont contactés : 40 % pour des problèmes de hausses de frais d’inscription, 40 % pour des problèmes de logement et 20 % pour des problèmes de visa », détaille Sacha*, militant du réseau. « Pour les logements Crous, les étudiants étrangers doivent attendre la phase complémentaire, ce qui est en soi une préférence nationale. » La phase principale d’attribution est en effet réservée aux étudiants ayant constitué un dossier social étudiant, condition que la grande majorité des étudiants internationaux ne remplissent pas : ils ne peuvent candidater qu’à partir de la phase complémentaire, ouverte début juillet à tous les étudiants sur les logements restants.
Mercredi dernier, la FSE alertait sur une dizaine d’étudiants boursiers sans solution, dont deux menacés de se retrouver à la rue en quelques jours. Le Crous invoquait alors une demande exceptionnelle et l’absence de toute disponibilité dans son parc depuis le 27 août.
*Le prénom a été modifié.
L’article Montpellier : la colère monte face à la crise du logement étudiant est apparu en premier sur Le Poing.
La Goupille crée un syndicat pour les personnes MINT* qui travaillent dans les savoir-faire techniques. Soyons nombreux.ses à mener cette lutte.
*meufs, Intersexe, non-binaire, trans
Faut-il encore être un homme en 2026 pour travailler dans les milieux techniques ?
A-t-on vraiment accès au salariat de la même façon ?
Comment se fait-il que notre présence dérange au point de devoir arrêter un métier pourtant choisi par passion ?
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Ce projet de syndicat est né d'une volonté de transformer notre colère, notre frustration en quelque chose de collectif.
Car force est de constater les va-et-vient des personnes MINT dans nos métiers faute d'un environnement de travail sain.
Pour que ce triste bilan ne reste pas au stade de la peine, pour qu'on ait l'espoir d'une évolution dans nos métiers, pour qu'on se sente avancer vers une inclusion toujours plus forte et pour arrêter de devoir composer avec l'intolérable / l'inacceptable
De là l'envie de se dire : « on va pas rester là, notre parole confisquée à accepter cette condition pour nous et pour les autres ».
Et de se demander : « y a t-il d'autres personnes qui se sentent comme nous ? ».
C'est pour faire un état des lieux de ces questions et pour se rassembler qu'on a eu envie de créer cet événement.
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La réunion s'adresse aux personnes MINT qui ont (ou veulent avoir) un métier/une activité technique entouré.es d'hommes cis.
Parce qu'on ne veut plus que nos vêtements de travail nous donnent l'impression de faire de la couture avec des moufles,
Parce qu'on ne veut plus s'adapter sans cesse en fournissant le double d'efforts pour prouver notre légitimité,
Puisque on ne supporte plus que notre quotidien soit ponctué de remarques sexistes, racistes, LGBTQIA+phobes,
Parce qu'on refuse de s'épuiser pour entendre "non mais le milieu a quand même bien évolué"
Afin que tout cela change on te propose de se retrouver pour mettre nos vécus en commun, créer un réseau de soutien toulousain où déposer tout ça et lutter pour que ces milieux évoluent.
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Dimanche 20 septembre 2026
14h30 - 17h
À Toulouse - lieu à confirmer
Inscriptions sur : lagoupille-syndicat@proton.me
Avec l'intervention exceptionnelle de Prisoners For Palestine, une organisation qui soutient les prisonnier·es de Palestine Action au Royaume-Uni.
📆 Mercredi 9 septembre à 19H
📍 Au Chat Noir (270 avenue de Muret, Toulouse)
🚊 Tram Avenue de Muret Marcel Cavaillé
🍲 Auberge espagnole et boissons à prix libre
Depuis maintenant près de trois ans, l'offensive génocidaire à Gaza se poursuit, entraînant la mort de dizaines de milliers de Palestinien·nes et la tentative de destruction de toute une société. Celle-ci est rendue possible grâce au soutien de l'impérialisme occidental, qui appuie économiquement et militairement l'État sioniste. Un des volets de cette coopération est la brutale répression qui s'abat dans le monde entier contre les Palestinien·nes et celles et ceux qui s'engagent en soutien à la résistance palestinienne.
En France, des dizaines de procès pour « apologie du terrorisme » sont en cours, tandis que des dispositifs administratifs (comme le gel des avoirs, les expulsions ou les dissolutions) tentent de museler les militant·es. En Europe ou aux États-Unis, plusieurs militant·es (pro)palestinien·nes sont emprisonné·es.
Face à cette répression, nous pensons qu'il est plus urgent que jamais d'en comprendre les mécanismes et de faire bloc pour y faire face ! C'est autour de ces objectifs que le Secours Rouge Toulouse et le Comité de soutien à la Palestine vous invitent à une soirée « Faisons Front », le mercredi 9 septembre dès 19 h au Chat Noir, afin d'échanger et de nous organiser sur ce thème. Nous aurons notamment le plaisir d'y écouter une intervention du groupe de soutien britannique Prisoners For Palestine et d'écrire des lettres à plusieurs prisonnier·es.
Les États-Unis attaquent Autistici/Inventati (un équivalent italien de Riseup et hébergeur de noblogs.org) en les qualifiant d'organisation terroriste internationale.
Ce 26 août 2026, l'administration des États-Unis d'Amérique a désigné comme terroriste l'association en charge des serveurs informatiques Autistici/Inventati (A/I). Derrière ce nom, ce sont 25 ans de mémoire et d'outils des luttes sociales, d'autogestion numérique qui se voient attaquées.
A/I, c'est un peu le Riseup italien. Iels hébergent des milliers de boite mails, listes mails ainsi que tous les sites en .noblogs.org. Des milliers de comptes, services et sites webs militants se voient donc censurés ou menacés. Cette décision, dont les premières conséquences commencent à apparaître, sera pleinement effective le 25 septembre 2026. D'ici-là, la communauté hacker internationale appelle à une large mobilisation de solidarité antifasciste pour la défense de nos infrastructures et pour l'autonomie de nos réseaux numériques alternatifs.
Paranoia, la première machine de ce qui deviendra plus tard A/I, est née à Milan (Italie) en 2001, dans un contexte foisonnant de luttes sociales et d'expérimentations technologiques populaires entremêlées. Cette initiative antifasciste, anticapitaliste et antimilitariste, reposant sur des logiciels libres et maniant la cryptographie comme technique d'autodéfense numérique, s'est poursuivie par l'installation de toute une infrastructure visant à garantir le pseudonymat et la libre circulation des informations, de la connaissance et de la culture.
Là où les prestataires de services en ligne commerciaux utilisent l'argent comme barrière d'entrée, A/I fait partie de ces collectifs qui conditionnent l'utilisation de leurs services à un critère d'affinité politique. Sous cette condition, la liberté d'expression permise au travers de cette infrastructure n'a cependant jamais garanti de responsabilité collective à l'égard de toutes les publications ou communications qui y circulent. Et pourtant, l'administration états-unienne justifie aujourd'hui la censure de l'intégralité des services d'A/I dans un excès de zèle fasciste qu'on lui connaît particulièrement de nos jours.
Depuis 2001 et jusqu'à la catastrophe que représente cette dernière actualité, l'histoire d'A/I est émaillée de plusieurs événements parfois rocambolesques, mettant en lumière toute l'ironie et l'absurdité des institutions politiques et du capitalisme de surveillance. Lors de l'affaire Trenitalia, A/I avait créé un site web satirique pour dénoncer le transport d'équipements militaires pour l'invasion états-unienne de l'Irak en 2003. En 2005, une enquête contre une cellule italienne de l'Anarchist Black Cross, dont les emails étaient hébergés par A/I, a révélé l'installation clandestine d'un dispositif de surveillance du serveur.
À la suite de cette affaire, le collectif a initié un chantier titanesque de mesures anti-répression de l'infrastructure, le plan R*. Un plan qui permit en 2007 aux serveurs de résister aux tentatives de censure d'un jeu-vidéo dénonçant la pédocriminalité au sein de l'Église catholique. Puis en 2010, c'est face à la police norvégienne, en complicité avec une cour de Justice italienne, que le plan R* s'est montré efficace pour permettre la survie de l'infrastructure grâce à plusieurs relais à travers le monde.
Toutes ces attaques et perquisitions ayant exposé des milliers de boîtes mail, A/I a toujours insisté sur la nécessité d'une prudence à l'égard de sa propre confidentialité. Aucune infrastructure numérique ne sera jamais indemne de vulnérabilité, à l'instar des humains eux-mêmes. Pourtant, on peut retenir que la participation du collectif aux luttes sociales a notamment permis au mouvement Indymedia de naître, à partir des mobilisations contre le G8 de Gênes. Elle a également permis à d'innombrables mailing-lists d'émerger et à des dizaines d'ateliers et discussions à travers le monde de diffuser les savoir-faires d'autodéfense numérique et les expériences du collectif à d'autres communautés en lutte.
De fait, A/I fait aujourd'hui partie des collectifs de référence dans les communautés hacker anti-autoritaires et internationalistes, tant pour tout son historique et l'exigence technique acquise que pour son approche anti-élitiste qui permet à toustes d'utiliser ses services et d'apprendre à les répliquer ailleurs. Il est donc urgent de se mobiliser, avant le 25 septembre, en défense d'A/I, de plusieurs manières, dans la mesure de vos capacités :
Par ailleurs, dans un contexte de répression débridée, à coups d'accusation de terrorisme, à l'encontre d'un nombre toujours croissant de collectifs anti-autoritaires, l'attaque contre Autistici/Inventati est une alerte pour toutes les initiatives d'infrastructures alternatives sur internet. Elle démontre l'extension des leviers utilisés par l'administration pour censurer des services (en l'occurence via l'organisme chargé des noms de domaine en ".org").
Au-delà d'A/I, cette invitation à la solidarité est donc aussi un gros coup de pied au cul pour défendre notre liberté d'expression et l'intégrité de notre vie privée ainsi que l'autonomie nos moyens d'organisation en ligne. Il est urgent de réfléchir collectivement à la dépendance aux États-Unis de nos propres moyens de communication et des plateformes de publication de nos luttes ; et de renforcer leur indépendance autant que possible en documentant le travail effectué et en faisant circuler ces recherches. Ne croyons pas que ces questions sont simplement l'affaire d'expert·es. Apprenons de l'histoire des luttes et de ses leçons. La lutte continue et c'est l'affaire de toustes !
Pour en savoir plus sur l'histoire de A/I et l'attaque actuelle des États-Unis : un article qui reprends toute l'histoire plus en profondeur.
Le domaine autictici.org n'est plus accessible, mais vous pouvez accéder à leur site par inventati.org (et notamment lire (anglais) leur campagne, leur communiqué de presse et trouver les autres articles de solidarités qu'iels ont référencés)
Le blog de A/I ou iels publieront peut être de nouveaux articles.
Comme le travail médical et humanitaire, l'action sociale est de plus en plus confrontée à l' urgence, alors même que l' essence de sa mission d'écoute ou de lien social demande du temps. L'urgence lui impose une réponse rapide face au mal-logement, à l'asile, aux VSS, aux problèmes de santé ou au chômage. Plutôt que de faire taire ces crises qui sont autant de signes de ses défaillances, l'Etat semble préférer les assumer et organiser leur prise en charge, en co-gestion avec le monde associatif. Que cache cette intervention humanitaire providentielle ? Il faut moins y voir une tentative de l'Etat de s'améliorer en continu que d'évacuer les problèmes sociaux structurels en les traitant comme des urgences. Avec l'urgentisation du social, l'Etat a trouvé une manière de relativiser ses failles ; il les noie dans le spectacle du traitement de leurs effets. L'urgence apparaît domestiquée, acceptable et organisée par une gouvernementalité humanitaire s'étendant de l'Etat à l'associatif et alliant délicatement compassion et rationalisation, aide et condition, intégration et exclusion.
NOYER LES CAUSES DANS LES SYMPTÔMES
Pour l'Etat (et celleux qui souhaitent l'améliorer), reconnaître des urgences comme le sans-abrisme, le chômage, l'accueil des exilé-es, les violences faites aux femmes ou aux personnes LGBT+ permet de déplacer l'attention des causes vers les symptômes de l'urgence. Plusieurs tactiques de décentrage et donc de déresponsabilisation sont alors à l'oeuvre :
1.SPECTACULARISER
La mise en spectacle de la violence et de la prise en charge des inégalités et des crises sociales occultent leurs origines que sont le travail, le capitalisme, l'Etat ou ses frontières. Elle permet de répondre à quelques situations - souvent médiatisées comme le plan Grand froid à Paris ou l'accueil massif de migrant-es ukrainien-nes - plutôt qu'à toutes. Lâcher du lest par-çi par-là, pour mieux régner sur la totalité. Conjointement, la mise en urgence d'un sujet laisse induire qu'il est possible de sortir de l'impuissance : de la crise peuvent émerger des victoires. Il ne s'agira jamais d'augmenter réellement nos libertés mais d'insertions professionnelles, de régularisations ou d'indemnisations. L'aide d'urgence permet de digérer les revendications sociales, de légitimer l'intervention institutionnelle et de perpétuer l'illusion de la prise en charge de nos besoins. Une stratégie reprise souvent inconsciemment par les cadres associatifs et autres gestionnaires de l'urgence pour éviter la délicate perspective de la transformation radicale de la société, peu propice aux dons, aux subventions ou aux votes.
2. INDIVIDUALISER
Le décor une fois posé, le décentrage de la cause vers le symptôme s'opère ensuite en ignorant les origines structurelles et les rapports de domination pour préférer individualiser et moraliser leur responsabilité. Du côté des pouvoirs publics, c'est par exemple la critique de travailleurs sociaux maltraitants plutôt que celle d'un travail qui rend violent ou encore, d'hommes errants menaçants plutôt que l'abolition des frontières qui précarisent. Du côté des associations, une exclusion de certains individus violents de leurs dispositifs d'aide, une moralisation de la question politique avec des bons et mauvais points militants ou une concentration de la critique sur des “grands méchants” (Bardella, Bolloré, etc.), bien plus fédératrice qu'une critique de la démocratie et de son travail, de la gauche, de ses centres de rétention administrative (créés par Mitterand) et de ses frontières.
3.TRANSFORMER EN DÉRIVE... OU NORMALISER
Puis quand un rapport systémique de domination n'est plus ignorable ou que la défense se complique, la stratégie du pouvoir peut être d'en reconnaître la dimension structurelle tout en la traitant comme crise et dérive, donc en l'évacuant aussitôt comme un “dysfonctionnement” corrigeable. La diversion vers les “dérives” s'accompagne de nouvelles explications, bien loin de leur radicalité première, et de mesures dont l'objectif n'est pas un changement de structure, mais d'un retour à la normalité. La pirouette fait céder du terrain mais seulement pour un temps. Ainsi, les causes de la misère des SDFs sont souvent naturalisées comme une fatalité (quand elles ne sont pas attribuées à ces mêmes individus), comme une externalité négative malheureuse d'un système capitaliste imparfait mais “le moins pire qu'on ait”, ce qui permet alors d'évincer toute critique du travail ou du capital qui pourtant les met à la rue. Plutôt que de viser la transformation de la société ou la sortie du capitalisme, on cherchera à réduire et à contenir les violences familiales, les cercles vicieux de l'alcoolisme ou les imperfections du marché du travail, en renversant ces symptômes comme des causes premières de nos urgences. Quand l'Etat parle de problèmes managériaux, de plans d'investissements à mener, de santé mentale ou de perte de sens à corriger, le monde associatif peut lui revendiquer un manque de moyens à combler (pour continuer de faire plus ou moins la même chose, toujours en moins pire) ou pointer du doigt un manquement au droit, ce même droit qui structure et légitime par ailleurs les dominations de l'Etat et de sa justice. L'associatif cherchera souvent plus à en corriger les “abus” qu'à dépasser leurs structures. On chantera “un toit c'est un droit” et conclurons nos manifestations après des mises-à-l'abri ou des régularisations, aussi temporaires que cycliques. Comme si les rafles de personnes exilées, leurs encampements et leurs refoulements aux frontières de l'Europe n'étaient que des dérives. On scandera “Vérité et justice”, comme si les meurtres policiers n'étaient que des bavures à faire reconnaître par la Justice, que le droit était du côté de l'émancipation, que deux siècles de démocratie capitaliste étaient réformables.
4.NOYER LE TOUT DANS LE TOUT
Enfin, le décentrement de la cause vers le symptôme s'achève en noyant l'urgence dans l'urgence, en la multipliant de telle façon qu'il n'y en ai plus vraiment, ou que l'on s'y habitue. Pour bien laver son linge, il suffit de le mélanger et de laisser tourner la machine. Gérer l'urgence c'est en faire non plus une temporalité extraordinaire, mais la modalité normalisée de l'action, sociale ou humanitaire. Saturer l'espace public de crises concurrentes aux effets spectaculaires, les multiplier et les traiter avec la même énergie jusqu'à ce que cette importance de tout ne veuille plus rien dire. Une urgence de tout qui s'auto-institue, s'autonomise et s'annule dans un même geste.
L'urgence sidère par la gravité et le spectaculaire de ses symptômes : des violences s'exercent, des campements sont érigés, des situations dégénèrent, des gens meurent. La dramatisation et le lexique guerrier soutiennent alors leur gravité, que ce soit pour affronter le coronavirus, le chômage ou le terrorisme ou en parlant de “crises migratoires”. A la “War on drugs” américaine, Darmanin renchérit par la “Bataille de Stalingrad“. L'information nous vient par l'image qui clive ou qui fédère, toujours autour d'affects et d'indignations universelles comme la souffrance ou les Droits de l'Homme, inlassablement récupérés par les pouvoirs en place qui se placent en pompiers de leur propre incendie. Sidérante, l'urgence émeut et indigne autant qu'elle paralyse et immobilise ; elle pousse soit à la tétanie, soit à l'action immédiate de palliation, à la panique, aux pulsions conservatrices et aux réflexes humanitaires, pour le moins pire plutôt que contre le tout.
Tout comme la surinformation désinforme, l'empilement des crises produit une concurrence des urgences qui empêche toute politisation globale des problèmes. Ce que l'on attendait hier de l'avenir et des grands projets révolutionnaires semble davantage exigé dans le présent, heureuse nouvelle s'il était moins un présent de la résignation, du moins pire et de la réforme qu'un présent de l'expérimentation de la liberté et de la révolte. Irrémédiablement, la réponse à tous ces problèmes est un Etat plus fort et plus progressiste, appelé de nos voeux à chaque élection. Ou de nouvelles personnes providentielles comme a pu l'être Emmanuel Grégoire et tant d'autres, auto-proclamé pourfendeur des violences faites aux enfants et du sans-abrisme. C'est lui qui, lorsque le sujet des SDF reviendra chaque hiver comme une urgence, déclenchera des “plans Grand Froid” alors qu'iels seront expulsé-es et mourront dans la rue le reste de l'année.
SAUVER POUR NE RIEN CHANGER
Cette temporalité cyclique de l'urgence sociale traduit une politique de la pitié qui se déclenche surtout à l'approche du pire, donc généralement de la mort. Pour faire objet d'indignation consensuelle dans l'opinion publique, la mortalité doit être spectaculaire et imminente : noyade en Méditerranée, enfants à Gaza, victimes du SIDA ou mort-es dans la rue. Contrairement aux rêves droitsdel'hommistes, l'urgence n'est jamais universelle, traitée de manière inconditionnelle. Elle dépend d'une reconnaissance politique, en réaction à une situation dramatique ou par anticipation de son aggravation potentielle. Toujours a postériori, par calcul du nombre de morts acceptables. Comme si la mort n'était inacceptable que dans certaines situations d'injustice, celles où les victimes ne méritaient vraiment pas leur situation. Comme si la mort constituait l'ultime et unique garde-fou moral capable de contraindre à l'intervention, la seule chose contre laquelle l'opinion publique peut encore s'indigner, à ceci près que toutes les morts ne semblent pas se valoir. En outre, ce n'est même plus tant le décès d'une personne sans-abri qui émeut en tant que telle mais l'espace que son événement occupe dans l'actualité, la politique se faisant plus que jamais celle de l'émotion.
À l'instrumentalisation de la compassion par les politiques publiques et caritatives qui invitent au secours plutôt qu'à la révolte s'ajoute un répertoire d'actions lié au sauvetage par l'intégration. La morale humanitaire semble indiquer de prendre soin des individus, sufisamment pour les sauver de la mort et maintenir leur capacité productive mais suffisamment peu afin d'éviter l'émergence d'autres possibles. Les mettre à l'abri aux quatres coins de la France dans des hébergements d'urgence éphémères pour les isoler et tuer leurs luttes. Atténuer la souffrance pour ne rien changer, parler d'exclusion pour ne pas parler d'inégalités, de racisme ou de pauvreté, parler d'inégalités, de racisme ou de pauvreté pour ne pas parler du capitalisme ou du travail. Individualiser les malheurs plutôt que les penser en termes de dominations, parler de traumas à soigner plutôt qu'interroger leurs origines, montrer de la compassion face aux souffrances plutôt que d'interroger la justice de l'Etat et des organisations qui s'y réfèrent. La lutte pour l'autonomie et la liberté s'effacent devant le langage humanitaire des pouvoirs publics.
Cette dépolitisation par l'urgence est entretenue en bout de chaîne par nos organisations militantes qui pour vivre ou se faire connaître jouent le jeu de la spécialisation des crises et des politiques publiques en investissant une “cause” comme l'enfance, les VSS ou le sans-abrisme. Etat, partis ou associations traitent chaque cause d'urgence au cas par cas, occultant leurs origines systémiques liées à l'organisation du travail, aux rapports de domination, à la captation des richesses ou l'organisation de la dépendance économique qui peuvent expliquer chacune de ces urgences. Puisqu'aller plus loin dans la critique signerait la fin de leurs financements, de leur légitimité voire de leur existence, les associations et organisations militantes se contentent généralement d'un plaidoyer de réforme et en appellent finalement toujours à un capitalisme plus inclusif plutôt qu'à son renversement. Automatic word wrap
La faim, le mal-logement et les différentes violences sociales sont pourtant les résultats du capitalisme. Ce qu'il y a derrière ces urgences, ce sont des écarts répétés et grandissants entre le revenu et le coût de la vie, du surendettement, des expulsions de plus en plus fréquentes et d'autres processus anti-sociaux et inégalitaires nourris par l'Etat, son monde économique, sa démocratie et ses organisations “gestionnaires malgré elles”.
NORMALISER L'URGENCE, LÉGITIMER L'INTERVENTION
En inscrivant les souffrances sociales comme dérives à soigner, l'Etat et les pouvoirs associatifs justifient ainsi mieux leur propre intervention. L'Etat efface non seulement sa responsabilité à la source mais s'auto-institue dans le même mouvement comme seul calmant légitime. En bon gestionnaire de sa propre crise, ses plans contre les VSS, ses aides sociales et autres fumisteries rejouées à chaque élection légitiment son existence ainsi que celle de ses différents acteurs de la gestion de l'urgence, qu'ils soient politiques, humanitaires, ingénieurs ou militaires. Normalisée, l'urgence est renversée et récupérée comme élément de pacification : il ne s'agit plus de lutter mais d'être solidaires, ensemble pour le moins pire.
C'est la nature même de l'Etat, qui quand il ne peut pas se trouver d'ennemis extérieurs pour fédérer autour de guerres, doit se tourner vers des ennemis intérieurs à expulser ou des urgences à pallier. La crise justifie la mise en place de moyens extraordinaires comme les camps, les statuts administratifs précaires, les centres de rétention ou de nouvelles formes de dépendance (plans de régularisation, aides sociales etc) qui sont autant d'outils de pacification sociale. Une intervention naturalisée, non questionnable et même souhaitée : il en va de la survie des gens !
Pendant l'état d'urgence sanitaire lié au Covid-19, la police a pu punir sans passer par un juge grâce à l'usage massif d'amendes forfaitaires, qui ont particulièrement été appliquées dans les quartiers pour les maintenir dociles. À Paris, des formations et des assermentations express ont été données aux services de sécurité des bailleurs sociaux (le Groupement parisien inter-bailleurs de surveillance) pour permettre aux gardiens de patrouiller dans les résidences HLM, dresser des procès-verbaux face aux “incivilités” et faire respecter les mesures de confinement. Les exceptions du droit d'un Etat d'urgence permanent. Dans le même mouvement, l'intervention associative prend tout son sens. Par la gestion des urgences, la question sociale cesse d'être pensée en termes de rapports de classe ou d'affinités révolutionnaires pour être fragmentée en bénévoles “soutiens”, salarié-es expert-es et “publics” bénéficiaires, selon le vocable symbole de cette asceptisation et victimisation des luttes. Là où émergeaient les idées d'entraide, de conflictualité ou d'autonomie populaire apparaissent subventions, expertise, prévention, accompagnement, évaluation et partenariats. Distribution alimentaire sans espace politique, atelier CV plutôt qu'organisation collective, participation symbolique des “premier-es concerné-es” ou communication humanitaire basée sur des témoignages plus que sur des ouvertures d'espaces autonomes…
On nous soutiendra que ces compromissions ou que l'aide à l'intégration (par le travail et les papiers) avant la révolution vient des “premier·es concerné·es”, alors que tout est fait dans la société et dans les organisations d'aide d'urgence pour que les plus précaires n'aient ni le temps ni l'espace de demander autre chose que l'aide humanitaire. Et que nous, “soutiens”, travaillions - potentiellement salaire à la clé - à réparer des symptômes qui donnent du sens à notre militance. C'est ainsi tout un système de représentation de nos besoins qui est validé sous couvert d'humanisme, occultant d'autres perspectives d'entraide, de questionnement, de collectivisation et d'autonomie. L'organisation de l'urgence agit ici comme extension de la démocratie représentative qui nous prive de nos moyens d'organisation et de subsistance. Ce sont nos cadres étatiques ou sociaux qui décrètent nos urgences et débloquent nos aides, ou nous-mêmes qui finissons par devenir nos propres cadres, que ce soit par quête de sens, par croyance de pouvoir faire mieux de l'intérieur ou par “nécessité”.
Ces renversements remplacent la défense conflictuelle de l'infinité de nos désirs par l'écoute, la médiation et la réparation de nos problèmes. Plutôt que de produire une critique de l'Etat, de nouvelles formes d'entraide ou de renoncement au travail, l'énergie militante est captée par le travail social, qui individualise et psychologise les problèmes. L'urgence substitue l'entraide qualitative par l'aide quantitative : les bon·nes gestionnaires évaluent, essayent de faire le plus avec le moins et rationnalisent les rapports sociaux dans ces espaces. Autrement dit : le conflit devient souffrance et la politique se dévoile pour ce qu'elle est : prise en charge. Il ne nous reste alors plus qu'à soigner les symptômes et à manifester quelques joyeux dimanches, pour dénoncer quelques dérives.
Adossée aux logiques de marchandisation à l'oeuvre dans le secteur associatif, l'urgence justifie la privatisation de la protection sociale : mutuelles et assurances privées pour les « inclu·es », associations caritatives pour les « exclu·es ». Cette confiscation de l'aide nous dépossède de notre responsabilité, l'aide est déléguée à des professionnel·les de l'urgence qui la cadrent et la régulent pendant que la solidarité devient un délit si l'on accueille des sans-papiers. C'est aussi l'urgence et ses aides qui justifient les interventions militaro-humanitaires à l'étranger, sous couvert de droit international, de neutralité ou du droit d'ingérence. L'expertise et l'aide d'urgence légitiment des “guerres justes” correctement menées ou des génocides encadrés par couloirs humanitaires. C'est l'urgence qui a justifié les plein pouvoirs accordés à Hugo Chavèz pour gérer les pluies et coulées de boue de 1999 et organiser la militarisation qui s'en est suivie. En France, c'est l'urgence terroriste de 2015 qui a pavé la voie des lois de surveillance et de répression policière ou des hausses de dépenses militaires. Le droit de l'état d'urgence et les dispositifs de surveillance anti-terroriste se sont depuis plus que jamais immiscés dans le droit des étrangers. A Mayotte comme en Guyane, l'état d'urgence a servi de prétexte pour intensifier les opérations de contrôle des frontières et de la régularité du séjour des individus. C'est aussi l'extension de l'Etat d'urgence anti-terroriste qui a permis de faciliter le démantèlement de la “jungle” de Calais, expulsée en trois jours début 2016. Avant de justifier l'expulsion, l'état d'urgence et la menace terroriste ont d'abord été utilisés pour sécuriser la frontière en érigeant une clôture de 4m de haut le long du port de Calais et différents dispositifs de clôtures, de vidéo-surveillance, de détection infrarouge et de lumières pour empêcher le passage par l'Eurotunnel. L'état d'urgence a ici servi à dissuader les tentatives de passage et s'est ensuite étendu à l'interdiction de différentes manifestations sous prétexte que les autorités ne disposaient pas des moyens nécessaires pour en assurer la sécurité. L'état d'urgence semble tendre vers sa permanence, il justifie l'exception au droit qui encadre sa gestion par ailleurs. Le droit n'a jamais limité l'Etat, il en est son langage le plus efficace. Dans le régime de l'urgence, le droit devient même performatif et se soumet au politique qui s'autonomise : quand Macron a annoncé le confinement et le pass sanitaire, la base légale était encore floue et le pays a immédiatement appliqué la mesure. La politique humanitaire prônera toujours l'exception comme méthode de gouvernement : le pouvoir agit au nom de l'urgence pour devancer le droit et préserver l'ordre existant.
L'URGENCE EST LÀ, LA CRITIQUE ATTENDRA
Noyer l'urgence dans l'urgence ne consiste pas seulement à multiplier les crises et à brouiller les causes dans le traitement de leurs symptômes, mais aussi à organiser un régime d'action et d'instantanéité dans lequel tout doit être traité immédiatement, contre le temps de la critique. Tout comme la satisfaction immédiate de nos désirs par la consommation nous empêche d'accéder à d'autres désirs, le régime de l'urgence devient une forme de gouvernance. Il impose un tempo qui légitime la confiscation du pouvoir ou le maintien d'espaces politiques descendants qui brident les velléités subversives et dé-radicalisent les discussions. Les pouvoirs publics comme le milieu associatif se montrent particulièrement créatifs en la matière.
Le spectacle de la crise et de l'urgence provoque en effet souvent soit sidération et immobilisme face aux crises, soit un besoin irrépressible de résolution immédiate de ces symptômes, que ce soit pour trouver du sens dans l'absurde ou pour que la violence ne reste pas aux portes de notre confort. Réorientée vers la réaction immédiate — pétitions, indignations, bénévolat par ci par là, campagnes rapides — l'énergie critique s'attaque aux effets visibles et spectaculaires — la crise écologique, sociale ou le fachisme — ainsi qu'au pouvoir en place ou à venir et ne s'étend rarement à une critique plus large des structures qui rendent possibles et permanentes ces dominations, comme le pouvoir en tant que tel ou les formes acceptables du capitalisme, qu'elles soient démocratiques ou humanitaires. Car ces structures nous font vivre et sont désirées par beaucoup, ou constituent des repères moraux et militants d'où peuvent partir des luttes et des espoirs. Car toute critique d'un au-delà de l'immédiat à gérer devient idéologique et indécente lorsque des vies sont en jeu (et que des salaires dépendent des dons et de la popularité de l'association). La critique associative ne concerne peu les conditions de production de l'urgence elle-même, ni les dispositifs qui la rendent permanente, ni l'organisation politique d'une attention saturée, fragmentée, où chaque problème est immédiatement remplacé par un autre.
Sans finalité autre que la suspension de l'urgence pour un temps, nos actions de manifestation, de maraudes ou d'hébergement d'urgence deviennent alors des fins en soi, des objets de luttes qui se suffisent à eux-mêmes et reviennent en boucle. La réalisation de nos missions d'urgence étant déjà si difficile au vu des conditions allouées par l'Etat - et acceptées par les associations qui en vivent - que l'essentiel de notre temps va au soulagement de la crise plutôt qu'à son dépassement. Il n'y a ni temps ni moyen pour la création d'espaces nouveaux d'auto-détermination. Les espaces de solidarité associative et les luttes sociales pourraient pourtant être intéressants au vu des situations politiques qu'ils génèrent, peut-être s'ils étaient davantage chargés d'autonomie et d'horizons inconnus plutôt que d'être pilotés par la classe d'encadrement associative. Fatalement, nos revendications sont souvent défensives et s'arrêtent à la défense des droits, à l'intégration par le travail ou aux demandes de prises en charge, à l'optimisation des symptômes donc. La gauche sous ses formes partisanes ou associatives s'est spécialisée dans l'intégration de la critique sociale et révolutionnaire pour la rendre “réaliste” et donc réformiste et inaudible. Un fatalisme justifié par un “pragmatisme” stratégique qui commanderait d'avancer victoire par victoire, quitte à tourner en rond pendant des décennies. Opposant des catégories d'individus entre elles, nourrissant le capital en main d'oeuvre et suppliant l'intervention de l'Etat, ces luttes pour défendre nos droits nous condamnent à la réforme et au statu quo, gagne-pain de la gauche et terreau de l'extrême-droite pourtant combattue, quand elles ne sont pas rattachées à des critiques et perspectives révolutionnaires de transformation totale de la société.
Dans le travail médical, la crise du Covid a par exemple montré que les débats de lutte se concentraient sur la gestion quotidienne (hôpitaux, restrictions, chiffres) tandis que les questions structurelles — sous-financement chronique des systèmes de santé, dépendance industrielle, choix politiques antérieurs — passaient au second plan ou devenaient inaudibles, car “moins urgentes”. Pire, elles étaient liées à des défaillances de l'Etat plutôt qu'à son existence en tant que telle.
Dans le travail social ou humanitaire, la lutte pour les droits suspend souvent la critique de l'organisation et donc de la représentation de nos besoins. L'heure n'est jamais au débat sur nos pratiques, ni à la “grandiloquente révolution pour bourgeois idéalistes”, mais à la résolution de l'urgent par l'action. Entendons par là distribution alimentaire, envois de CV, cours de français et autres prestations d'accès aux droits. Entendons par là les droits de bien s'intégrer à la nation, au travail, à la langue française et de rentrer dans le rang. Les acteurs de l'urgence ont naturalisé le turnover de leurs salariés comme une évidence en temps contraint. Ce turnover entrave toute critique interne, comme au Samu Social, connu pour désespérer et changer d'opérateurs téléphoniques du 115 tous les trois mois.
Si la dimension intrinsèquement présentéiste de l'urgence bride la critique, elle organise de la même manière le deuil de nos idéaux. Autant survalorisée qu'humanitarisée, l'action est vidée de tout horizon libertaire et autonomisant. Antidote à l'incertitude, l'action sociale ou humanitaire ressemble à une fuite en avant. Elle répond à nos crises de sens avec des petites victoires concrètes du quotidien et emporte nos idéaux radicaux et autonomes dans ses prises en charge, ses régularisations et ses sourires. Chez les caritatifs co-gestionnaires de l'urgence, il apparaît vite vain de s'attaquer à ces causes de la boucle de l'urgence, trop multiples, profondes, aux responsabilités diluées et trop politiques, clivantes et par la même occasion peu propices aux dons. Et puis, on ne dévore pas la main de l'Etat qui nous nourrit, sinon on ne pourrait plus opérer, et si on existe plus qui s'occupera de la misère ?
DÉPASSER LE GOUVERNEMENT HUMANITAIRE
Quand le gouvernement s'humanitarise, l'humanitaire se gouvernementalise dans un même geste. Les années 80 ont marqué le passage d'un pouvoir disciplinaire brutal à une gouvernementalité plus thérapeutique, compassionnelle, humanitaire. La création du Secrétariat à l'action humanitaire par Chirac marquera la fusion humanitaire et sécuritaire d'un ensemble d'institutions étatiques et associatives que Didier Fassin qualifie de “gouvernement humanitaire”. Plus que jamais, la solidarité s'est professionnalisée et les politiques sociales et humanitaires sont devenues des technologies de gouvernement adaptées au capitalisme néolibéral. Comme Chirac et son Samu Social, les gouvernements de droite comme de gauche investissent le social et l'humanitaire avec le monde associatif. Gestion des camps, assistance médico-sociale, maraudes, hébergements d'urgence, insertion professionnelle… Ce qui relève de l'aide d'urgence est intégré à une normalité compressée et rationalisée pour coller au tempo de la crise permanente. La souffrance sociale hier ignorée est désormais un objet majeur des politiques publiques qui cherchent à réduire la “fracture sociale” pour réintégrer certain·es “exclu·es” dans la société et son travail. Une manière de contenir la colère en s'attaquant aux symptômes de l'urgence sociale plutôt qu'à ses racines. La souffrance des exclu-es indésirables sera elle invisibilisée et empêchée de se transformer en luttes, par précarisation organisée, répression sur leurs lieux de survie, éclatement des communautés de lutte ou récupérations gauchistes et prises en charge de pacification. Le politique administre les affects, les traumatismes, les comportements ; il abandonne pour de bon la transformation des structures sociales et légitime sa violence par la protection des vulnérables.
Par l'aide sociale et d'urgence, il ne s'est jamais agi que de donner une contrepartie sociale aux grandes dynamiques néolibérales de privatisation du pays. Défendre l'inclusion sociale pour diviser bons et mauvais-es immigré-es. Combattre la résistance des citoyen-nes à la nation et au travail. Combattre l'exclusion sociale jusqu'à en faire une fin en soi, coquille vide dépouillée de toute autre velléité, sans remonter à sa source. En témoignera le Pacte parisien de lutte contre l'exclusion et sa Nuit de la Solidarité, outil de communication solidaire de la ville de Paris pour continuer par ailleurs sa politique de spéculation immobilière, d'expulsion et de traque des sans-papiers. Promettre des avantages (aides, régularisations) à certain-es pour casser les luttes. Faire plonger les associations dans le piège subventionné de la défense des acquis sociaux et de l'intégration par la langue ou le travail. Montrer patte blanche, digérer nos colères, agiter la peur de l'extrême-droite. Faire oublier la critique de la démocratie et continuer plus sereinement notre exploitation. L'urgence sociale est ainsi renversée comme délai supplémentaire que nos démocraties s'accordent pour oblitérer leurs failles fondamentales, nous occuper à traiter nos problèmes sociaux comme des dérives et repousser toujours plus nos révoltes. Par l'action et la victoire, l'aide d'urgence donne du sens à notre misère militante. Elle sépare nos luttes en causes spécialisées (climat, violences policières, inégalités, conflits internationaux), occulte ce qui les unit et nous pousse à formuler des revendications thématiques plutôt qu'à tout refuser.
Les associations humanitaires souvent en lutte contre les politiques de l'Etat tentent de tendre vers un au-delà du simple soulagement des urgences, en alliant pansement humanitaire nécessaire et plaidoyer structurel de long terme. Mais leur régime d'urgence, leur dépendance au financement et leurs horizons politiques étatistes bloquent leurs militant-es dans une charité désautonomisante et dans des rapports de luttes réformistes. Certain-es préfèreront le moins pire à l'idéal et en feront une religion nommée social-démocratie. D'autres sortiront la tête de l'urgence humanitaire et de la réforme. Iels continueront peut-être de panser des plaies mais passeront de l'aide à l'entraide et s'essayeront à la création d'espaces d'auto-détermination. Au-delà du symptôme et de l'humanitaire, iels chercheront plutôt à porter des coups matériels et discursifs à la racine, au capital, au travail, aux frontières, à la démocratie, aux prisons, aux solutions de l'Etat et à tout ce qui nous fait tourner en rond. Par le bas, de tous les côtés, sans représentation ni organisation qui définit nos urgences.
Wilden - TERRAIN VAGUE
Trouverions-nous jamais le sommeil, si nous prenions l'état du monde au sérieux ? Vincent Guédon propose ici une nouvelle, comme un songe ou un cauchemar, dont tous les éléments appartiennent au réel.
L'état des prisons françaises. Le lamentable état des prisons françaises. Dormir et se réveiller en pleine nuit en pensant au lamentable état des prisons françaises. Cette nuit je me suis levé en pensant à l'état des prisons françaises. Se lever, aller à la fenêtre, et songer au lamentable état des prisons, métropole et outre-mer. Découvrir avec stupeur que des personnes se sont levées comme moi et sont allées à leur fenêtre pour penser à cet état. Ne plus pouvoir dormir à cause de l'état des prisons françaises : je ne peux plus dormir quand je pense à l'état de la prison qui se trouve de l'autre côté de la ville et quand je pense à l'état lamentable des prisons françaises.
*Nous ne pouvons plus dormir quand nous pensons aux prisons françaises. Nous ne pouvons plus trouver le sommeil. Nous sommes obligés de nous lever, de tourner en rond, pour finalement nous poster à nos fenêtres où nous découvrons avec stupeur certain(e)s de nos semblables comme nous à leur fenêtre. Les personnes ne peuvent plus dormir à cause de l'état des prisons françaises et l'incurie des pouvoirs publics. Les prisons françaises sont dans un tel état que les personnes ne peuvent plus le supporter. Les pouvoirs publics ont laissé les prisons françaises dans un état tel que les personnes, même les plus éloignées des prisons, ne peuvent plus trouver le sommeil. Les murs des prisons ne peuvent plus cacher leur état lamentable. Les prisons, maisons d'arrêt, centres de détention, de rétention, débordent au-delà de leur mur, jusqu'à atteindre les fenêtres de nos immeubles.
*En pleine nuit des personnes se rendent à leur fenêtre et scrutent l'obscurité au dehors en songeant, qu'elles voient ou non leur mur, qu'elles en soient proche ou pas, aux prisons françaises. Peu importe la distance, l'idée même de cet état lamentable des prisons suffit pour que les personnes se lèvent en pleine nuit et se rendent à leur fenêtre, puis observent à l'extérieur le parc en bas et fassent tourner dans leur tête une bonne partie de la nuit cette question de l'état des prisons. Les prisons sont dans un tel état qu'elles privent de leur sommeil une partie des citoyen(e)s qui sont en dehors des prisons. Celles-là même qui n'y pensaient pas, qui n'y avaient jamais pensé, qui n'y auraient jamais pensé, se surprennent elles-mêmes à penser à cet état. Tout le monde est susceptible d'aller en prison. Nulle ne peut prétendre qu'elle évitera la prison. Personne n'est à l'abri d'une incarcération. Une incarcération est toujours possible. Tout le monde est susceptible d'entrer un jour dans une prison. Les personnes se lèvent en pleine nuit et pensent à l'état des prisons parce que les prisons commencent à déborder et que les conditions de détention sont de plus en plus difficiles. Les conditions se dégradent chaque jour. Les taux d'occupation sont tellement élevés qu'on se demande comment les bâtiments peuvent encore contenir les foules de prisonnier(e)s et de surveillant(e)s qui se trouvent à l'intérieur. L'incurie des pouvoirs publics est de plus en plus patente, incurie et inconséquence. L'incurie et l'inconséquence des pouvoirs publics sont telles qu'elles ont provoqué la complète dégradation des conditions de détention en la portant à un point jamais atteint, empêchant non seulement les prisonnier(e)s et les surveillant(e)s de trouver le sommeil mais aussi les citoyen(e)s - les citoyen(e)s ne peuvent plus supporter l'état désastreux des conditions de détention des prisonnier(e)s qui vivent à l'intérieur des prisons françaises.
*Je me suis réveillé en pleine nuit parce que j'ai soudain pensé aux taux d'occupation ahurissant qui règne dans les prisons françaises. Dans certains endroits il peut atteindre les 250%. J'ai pensé que les prisonnier(e)s vivent parfois à trois ou quatre dans des cellules de 9 mètres carrés. Que certain(e)s dorment sur des matelas posés sur le sol, à quelques centimètres de la cuvette des toilettes. J'ai soudain réalisé que les toilettes n'étaient pas à l'écart, que les prisonnier(e)s faisaient leur besoin à la vue de tous. Je n'ai plus pu dormir en pensant que les prisonnier(e)s vivaient au milieu des cafards et des punaises de lit, parfois des rats. A la fenêtre, en pleine nuit, pensant avec horreur à cet état des prisons, je me suis aperçu que beaucoup de personnes comme moi étaient à leur fenêtre et pensaient-elles aussi aux prisons françaises et à leur état lamentable, qu'elles non plus ne pouvaient plus trouver le sommeil en pensant à l'état des prisons. Qu'elles avaient honte. Que cette honte les empêchait de dormir. Que ce n'était plus possible d'oublier, de penser à autre chose ou de faire comme si de rien n'était. La souffrance dans les prisons françaises est telle qu'elle déborde des murs même des prisons et vient se fracasser sur le sommeil des citoyen(e)s qui vivent en dehors des prisons. Je les vois à leur fenêtre s'impatienter comme moi en pensant à la situation des prisons et à la souffrance qui augmente chaque jour à l'intérieur, et qui fait trembler les murs.
*Les murs des prisons tremblent et font trembler les villes. On a eu beau construire des prisons à l'écart des villes, la colère est là et empêche les citoyen(e)s de trouver le sommeil. Ce n'est plus possible d'accepter une telle souffrance dans les prisons, dit l'une. Si la souffrance augmente à l'intérieur des prisons, la souffrance augmente à l'extérieur, dit l'autre. Si quelqu'un souffre en prison, quelqu'un souffre à l'extérieur. Je suis à la fenêtre et je pense à ma sœur et à mon frère qui sont en prison. Et les personnes à leur fenêtre pensent à leur frère et à leur sœur qui se trouvent en prison et qui souffrent. Nos sœurs et nos frères sont enfermé(e)s dans les prisons et elles souffrent à cause de la dégradation de leur condition de détention. Les pouvoirs publics ont sciemment laissé cette dégradation s'accentuer en toute connaissance de cause. Ils ont sciemment abandonné les prisons dans l'idée que la souffrance qu'elle engendrait faisait partie de la punition. Que les prisonnier(e)s l'avaient mérité. Que les surveillant(e)s alors aussi l'avaient mérité. Que laisser ces conditions de détention se dégrader était un moyen de faire pression sur les citoyen(e)s, en laissant ces conditions se dégrader à un point tel qu'elles puissent faire peur à celles et ceux qui n'étaient pas en prison afin de leur faire accepter des conditions de vie et de travail précaires à l'extérieur, et que si elles refusaient leur condition de vie et de travail à l'extérieur, elles pourraient en connaitre d'encore plus dures à l'intérieur - stratégie du pourrissement mené à son point le plus abject. Qu'en organisant la dégradation des conditions de détention des prisons, les prisons passeraient peu à peu, comme dans d'autres secteurs, aux mains du privé, et qu'une fois aux mains du privé, les retombées économiques seraient conséquentes, conséquentes pour le privé, car le privé prospère sur la souffrance, non sur la liberté, trouve son carburant dans la domination et la souffrance, pas dans la joie et la liberté.
*Je suis à la fenêtre et je pense que les personnes que je vois comme moi postées à leur fenêtre en pleine nuit ne pensent peut-être pas, après tout, comme moi, à l'état des prisons françaises. Peut-être qu'elles n'y pensent pas du tout. Peut-être pensent-elles à autre chose et qu'elles n'en ont rien à faire de cet état lamentable des prisons françaises. Que la souffrance qui règne dans les prisons ne les concernent pas. Qu'elles se sont rendues à leur fenêtre en pleine nuit pour d'autres raisons. C'est peut-être une folie personnelle de penser que les personnes à leur fenêtre pensent comme moi à l'état des prisons françaises. Peut-être que personne n'y pense. Peut-être qu'il n'y a que moi qui y pense, moi et celles dont un(e) ou plusieurs proches sont en prison. J'ai beau n'avoir aucun proche en prison je ne peux pas m'empêcher de penser à l'état des prisons françaises, l'état de celle qui se trouve de l'autre côté de la ville, par exemple, et avec elle toutes les prisons, métropole et outre-mer, maison d'arrêt, centre de détention, de rétention. L'état des prisons françaises est une honte, un scandale. Mais si les personnes à leur fenêtre ne pensent pas à l'état des prisons françaises, à quoi pensent-elles ? A quoi peuvent bien penser ces personnes que je vois debout à leur fenêtre, ne trouvant visiblement pas le sommeil, impatientes, et impatientes de quoi ? A quoi cette impatience pourrait-elle correspondre ?
*Peut-être que finalement quelques-unes, tout de même, y pensent, et comme moi, n'arrivent pas à trouver le sommeil et tournent en rond avec ce scandale à l'esprit devant leur fenêtre sans pouvoir penser à autre chose, quand bien même ces autres choses ne soient pas sans intérêt. Si les prisons sont dans un état aussi lamentable, cela signifie que d'autres secteurs sont dans un état lamentable, dit l'une. Si on méprise l'état des prisons, on méprise l'état général de la société, dit l'autre. Mépriser les prisons, c'est mépriser les citoyen(e)s, chaque citoyen(e). Chaque citoyen(e) est méprisé au plus profond de son être dans ce mépris porté depuis des années aux conditions de vie des prisonnier(e)s. La dégradation des conditions de vie des prisonnier(e)s des prisons françaises est à proprement parlé terrifiante. La France a été condamné plusieurs fois par différentes institutions dont la Cour européenne des droits de l'homme. L'incurie est patente, la situation se dégrade. Elle se dégrade sans cesse, chaque jour, autant du côté des prisonnier(e)s que du côté du « personnel pénitentiaire ». Prisonnier(e)s et surveillant(e)s, même dégradation, chaque jour, chaque nuit. Détenu(e)s, personnel pénitentiaire, même honte. L'un(e) derrière la grille, l'autre devant la grille, les deux à l'intérieur des murs de la prison.
*Alors nous ne pouvons plus dormir. Nous ne pouvons garder notre calme et sommes obligés de nous lever en pleine nuit pour penser à cet état. Et nous découvrons que nous ne sommes pas seuls. Que d'autres se sont levées et postées à leur fenêtre pour fulminer et penser comme nous à cette indignité française. Nous ne savons pas au juste pourquoi tous ces personnes se sont rendues à leur fenêtre mais nous préférons penser qu'elles s'y sont rendues pour les mêmes raisons. Et nous commençons de fait, postés ainsi à nos fenêtres, à ressembler à des prisonnier(e)s tournés vers leur fenêtre ou ce qui leur tient lieu de fenêtre, par où passe, à travers les grilles, la lumière. Nous sommes nous aussi en quelque sorte prisonnier(e)s d'une situation qui nous empêche de dormir. Et comme les prisonnier(e)s se tournent vers ce qui leur tient lieu de fenêtre pour trouver un peu de lumière, nous nous postons en pleine nuit à nos fenêtres pour chercher la lumière, et nous ne la trouvons pas. Nous nous tenons dans la même position, postés aux presque mêmes fenêtres et nous pouvons à peine respirer. Nous avons beau scruter le parc en bas, le vent dans les branches, le passage des bêtes nocturnes, nous sommes piégés comme celles-là là-bas enfermées dans la prison de l'autre côté de la ville. D'un côté et de l'autre du mur, c'est le même mur. Nous sommes libres, plus libres que les détenu(e)s, mais entourés d'une certaine façon comme elles par des murs de prisons, l'autre côté des murs, tenus par l'extérieur des murs des prisons. Enfermés en quelque sorte au milieu de plusieurs prisons, les anciennes et les nouvelles, qu'elles soient situées à l'intérieur des villes ou qu'on les en ait éloignées pour moins les voir, comme la nôtre, de l'autre côté de la ville, enfermés dans la même organisation, la même pensée, à l'intérieur et à l'extérieur. Tenu(e)s, détenu(e)s. Ce qu'il se passe à l'intérieur se passe aussi à l'extérieur. Si l'injustice et la souffrance règne à l'intérieur d'une prison, l'injustice et la souffrance règne à l'extérieur. Si le système maltraite une partie de ses membres à un endroit, le système maltraite l'autre partie à l'autre.
*Nous sommes debout à nos fenêtres et nous pensons à celles qui ne peuvent pas dormir là-bas, à cause des insectes, à cause de la promiscuité, du bruit, de la saleté, et nous pensons que si l'indignité règne quelque part, elle règne partout. Les pouvoirs publics sont indignes. Les dirigeants politiques sont indignes. Celles et ceux qui prennent ces décisions de laisser pourrir les prisons françaises sont plus coupable que les personnes qu'ils jettent à l'intérieur. Ils sont les vrais coupables de cette situation, de cette souffrance, ce sont eux qui la mettent en œuvre et qui, sans aucun scrupule, se permettent de faire des leçons sur les droits et les devoirs. Les droits et les devoirs, dans leur bouche, sont une mascarade. L'absence de scrupule de ces décideurs est ahurissante. Pendant que nous sommes debout à nos fenêtres en réfléchissant à l'état des prisons françaises, ils dorment sur leurs deux oreilles, ce sont les vrais coupables. Ce sont des criminels. Nous devrions retourner les prisons sur eux. Retourner les prisons comme on retourne un gant sur leur tête, et recouvrir leur bouche et leur main, les bâillonner, leur passer les menottes et les mettre hors d'état de nuire.
*Un jour viendra quand nous n'aurons peut-être plus besoin de prison, et ce sera une belle journée, mais en attendant nous n'aurons pas manquer de faire goûter aux vrais criminels la saveur si particulière des centres de détention et des maisons d'arrêt. Un centre de rétention ferait aussi l'affaire. La promiscuité, l'odeur, la saleté, les insectes et les rats. Non, répond l'un, nous n'aurons tout de même pas la même cruauté qu'eux. Nous ne sommes pas comme eux. Nous ne sommes pas comme eux, rétorque l'autre. Quoiqu'un petit tour en cellule pourrait somme toute n'être pas complètement inenvisageable. Nous sommes quelques un(e)s à la fenêtre de nos immeubles et nous entendons par-dessus la ville le silence de la prison de l'autre côté de la ville, et nous pensons à ce jour quand les prisons se seront retournées sur elles-mêmes, étouffant avec elles les décideurs publiques, celles et ceux qui ont failli :
*Ayez peur, clamons-nous, affreux personnages, inconséquent(e)s, inquiétez-vous, craignez ce jour, car il approche. Vous ne dormirez pas éternellement de votre faux sommeil de somnifère. Vous ne roulerez pas tous les jours dans vos longues voitures noires de malheur. Vous n'irez pas une fois par mois faire les beaux à l'opéra. Car vous entendrez comme les détenu(e)s d'aujourd'hui l'horrible symphonie des tuyauteries des institutions carcérales. Dans vos oreilles et vos narines grouilleront les cafards et vous n'aurez pas de papier toilette pour les boucher. Dans vos lits sauteront de joie les punaises, les jolies punaises de joie, du lit, cette joie de vous voir enfin banni(e)s, et vous vous gratterez toute la nuit jusqu'au sang. Vous chierez devant vos semblables. Devant vos semblables vous chierez. Vous dormirez au cul des chiottes. Aux petites lucarnes grillagées en haut des murs vous tendrez votre cou et vous chercherez la lumière !
*Je suis à la fenêtre de mon immeuble et je pense si fort ce que je pense que j'ai l'impression que les personnes qui sont à leur fenêtre m'entendent. Je crois qu'elles m'entendent car elles se tiennent comme moi à leur fenêtre et en même temps je sais bien qu'elles pourraient bien ne pas m'entendre car je ne sais pas pourquoi au juste elles se sont postées à leur fenêtre. Mais peut-être après tout qu'elles m'entendent. Car si je pense ce que je pense c'est bien que d'autres pensent ce que je pense, car je n'ai jamais une fois pensé quelque chose qu'une autre n'avait pas pensé, et si ces pensées-là me viennent c'est donc qu'elles viennent à d'autres. Alors je ne suis pas seul. Et celle-là là-bas qui se tient droite à sa fenêtre en fumant une cigarette et s'impatiente n'est pas seule. Nous ne sommes pas naïfs. Depuis nos insomnies verticales nous savons que les criminels dorment en ce moment même sur leurs deux oreilles et qu'ils ne sont pas près de payer pour leur crime. Qu'ils comptent encore et toujours construire d'autres prisons ultra-modernes pour régler, comme ils disent, le problème de la surpopulation carcérale. Qu'ils savent en même temps que ces nouvelles prisons ultra-modernes ne règlent en rien le problème de la surpopulation carcérale, ne font au contraire qu'augmenter le nombre des prisonniers, augmenter dans des proportions monstrueuses les foules de surveillant(e)s et les foules de prisonnier(e)s qui croupissent jour et nuit dans les prisons.
*Nous sommes debout dans la nuit à nos fenêtres, nous pensons à l'état lamentable des prisons françaises. Nous sommes en quelque sorte tenu(e)s enfermé(e)s dans cet état. Nous entendons le silence des prisons pesé sur nos jours et nos nuits. Le silence devient chaque jour plus insupportable. Parfois la nouvelle d'une révolte parvient à nos oreilles comme si une prison se mettait à hurler. Celle de l'autre côté de la ville a hurlé. Nous avons entendu la révolte. Elle a duré quelques heures. Nous avons vu le reflet des flammes sur les façades de nos immeubles. Et puis nous avons entendu le bruit des matraques qui la matait, le bruit sourd des coups de matraques sur le dos des prisonnier(e)s et puis le reflet a disparu, le reflet a disparu et nous n'avons plus rien entendu.
*Nous sommes debout à nos fenêtres et nous nous tenons en silence dans l'obscurité. Nous n'arrivons pas à dormir. Nous ne dormirons plus. Nous sommes en train de rejoindre le silence des prisons. Nous nous tenons à présent dans le grand silence des prisons.
Vincent Guédon (été 2026)
Ce qui doit brûler :
les sièges de TotalEnergies Eni
ExxonMobil Gazprom et Shell
Saudi Aramco BP Chevron etc.
etc. ainsi que
les villas de leurs directeurs.
Tom Nisse, août 2026
Après s'être penché sur le (mauvais) problème de l'interdiction des portables aux moins de 15 ans, avoir synthétisé toutes les bonnes raisons de détruire nos smartphones, Brice Costa poursuit son travail d'enquête et révèle les ressorts de notre dépendance aux écrans.
Cet article propose un état des lieux des mécanismes à l'œuvre dans la fabrication de la dépendance au smartphone. La typologie proposée permettra on l'espère d'éclairer les usagers sur leur propre utilisation de l'objet, et d'esquisser des pistes pour mettre fin à cette dépendance. Nous définissons la dépendance au smartphone comme la difficulté voire l'impossibilité de se passer de l'objet, malgré la conscience répandue que le temps passé dessus est du temps gâché. La dépendance des usagers à leur smartphone revêt trois aspects :
A côté, on distinguera trois domaines responsables de la dépendance de l'usager : la conception de l'objet en lui-même, les institutions organisant la vie en société (État et entreprises), et l'entourage de l'usager.
Le smartphone lui-même, dans sa conception et son principe de fonctionnement, est surtout à l'œuvre dans deux types de pression : capter l'utilisateur (aller souvent sur le smartphone) et le captiver (y rester longtemps).
L'estimation du nombre de déverrouillages quotidiens (ou nombre de consultations) du smartphone varie selon les pays, les années et les études. C'était 186 fois par jour pour un états-unien en 2025 [1], quand une étude de 2019 estimait à 221 le nombre de consultations quotidiennes du smartphone [2]. Cette frénésie du déverrouillage s'explique par la réception continue de notifications. Celles-ci sont l'ensemble des encarts textuels apparaissant sur l'écran et transmettant une information à l'usager. Dans les faits, lorsqu'il signale une notification l'appareil vibre, sonne ou s'allume, quand ce n'est pas la montre avec laquelle il est connecté qui fait de même (en vibrant directement au contact du poignet ou en sonnant), mettant à contribution les différents sens de l'usager afin de lui rappeler son existence. Alors qu'un dumbphone (téléphone portable à touches) signale à l'usager les seuls appels et SMS, avec les notifications le smartphone lui envoie des informations de toutes natures, à toute heure et sans hiérarchiser leur importance.
Cela peut être notre maman qui demande si on est bien rentrée, l'appli Webtoon nous avertissant que le dernier chapitre de Boruto est sorti, un énième mail de ce collègue dont on se serait bien passé, une alarme qui sonne pour se rappeler l'anniv de Pépé Claude, des alertes pour des billets de train pas chers, un message de la CAF (“pensez à déclarer vos revenus pour continuer à toucher votre prime d'activité”), un rappel qu'on a bientôt plus de batterie ou qu'untel a sortie une nouvelle story sur Instagram, etc. Il y a aussi les messages qui s'échangent dans les innombrables « conversations » Signal/Telegram/WhatsApp/Messenger portant sur à peu près tout et n'importe quoi (salariat, groupe d'amis, groupes de parents d'élèves, organisation d'anniversaire, militantisme politique, famille, groupe de sport, groupe de colocs), ainsi que tous les messages échangés avec un seul interlocuteur. La fonction des notifications est de capter l'usager : lui rappeler constamment l'existence de son smartphone, et l'inviter à le déverrouiller.
Si on rajoute à cela que le smartphone est un objet ergonomique, qui peut être embarqué partout et bénéficie d'une connexion internet en permanence et (quasiment) à tout endroit, alors on comprend pourquoi il est sorti si souvent de la poche de l'usager. De plus, afin de maximiser les chances que les notifications reçues soient bien ouvertes, les concepteurs ont fait en sorte de diminuer le temps qui sépare ces deux événements (réception et consultation). Pour cela ils ont cherché à remplacer le déverrouillage classique de l'écran qu'est la saisie d'un code à chiffres, par la saisie d'un « modèle » (le pouce relie des points dans un ordre précis), ou par l'utilisation du visage ou du doigt de l'usager (reconnaissance faciale ou de l'empreinte digitale).
Pour renforcer le tout, la réception et la consultation d'une notification sont à l'origine de la production de la fameuse dopamine chez l'usager. Il s'agit d'une hormone libérée lors de la « satisfaction d'un besoin, d'un désir ou par l'accomplissement d'une activité gratifiante » [3], et qui procure du plaisir. Elle sert normalement à favoriser des comportements indispensables pour la survie de tout individu, à travers le « circuit de la récompense ». Ce déverrouillage très fréquent et souvent non contrôlé de l'appareil, dans le but de consulter les notifications, traduit donc chez l'usager une simple recherche de plaisir, non garantie mais facile d'accès (contrairement au fait de cuisiner un plat pas trop mauvais ou de faire l'amour, activités elles-aussi productrices de dopamine). Cette quête du plaisir explique en partie que des usagers passent plusieurs heures par jour sur leur smartphone. Alors que pour l'usager la dopamine est la fin (il recherche du plaisir), pour les concepteurs d'applis et de smartphone elle est seulement le moyen qui permet d'augmenter le nombre de déverrouillage quotidiens (capter) et mécaniquement le temps d'utilisation (captiver) du smartphone.
Face à cette déferlante de signaux et cette promesse de petits plaisirs accessibles moyennant peu d'efforts, l'usager peut déployer des stratagèmes pour résister à la tentation, en agissant :
Mais même en déployant toute ou une partie de ces stratagèmes, l'usager peine à diminuer suffisamment son temps d'écran (et donc à être satisfait de lui-même). En effet, l'idée même d'avoir pu échapper à une nouvelle (un message, une actualité) est bien souvent suffisante pour lui faire saisir et déverrouiller son smartphone. Par exemple, certains n'ont pas besoin de recevoir des notifications pour ouvrir plusieurs dizaines de fois par jour des applications d'actualité ou de presse en ligne, en quête de l'info à ne surtout pas manquer. Et faute de la découvrir, ils se retrouvent souvent à lire des articles sur des sujets dont ils se foutent royalement. Le smartphone peut donc reconditionner le fonctionnement du cerveau de l'usager afin de satisfaire l'objectif premier des concepteurs : qu'il y passe beaucoup de temps et si possible pour des occupations variées. Ce qui est souvent décrit sous l'angle pathologique (syndrome FOMO, syndrome des vibrations fantôme [4]) n'est en fait que la preuve de l'efficacité du travail des concepteurs du smartphone pour capter l'attention de l'usager. Ces concepteurs ne font qu'exploiter des aptitudes indispensables du cerveau humain, et créent des déterminismes d'ordre physiologique face auxquels la volonté (la fameuse auto-régulation) de l'usager ne peut pas tout. La dépendance qui se joue ici est donc en partie de l'ordre du réflexe, de l'incontrôlé, ce qui pourrait expliquer pourquoi le terme « addiction » est si souvent spontanément employé par les usagers eux-mêmes.
On imagine aisément que passer beaucoup de temps sur le smartphone (être « captivé ») dépend de l'âge des usagers (les enfants sont moins susceptibles de « s'autoréguler »), du niveau d'éducation, mais aussi du type de métier ou du temps passé dans les transports en commun. Ainsi, les personnes exerçant un travail où on attend beaucoup (vendeur de rue, kiosquier, guichetiers), et les personnes passant plusieurs heures par jour dans les transports en commun sont fort logiquement plus susceptibles de se tourner vers le smartphone pour faire passer le temps. Objet bien plus attractif qu'un livre, par ailleurs peu adapté aux temps morts de courte durée.
Outre le principe général du fonctionnement du smartphone, la conception des applications en elles-mêmes permet de captiver l'usager. Une partie de ces applis (et l'entièreté des plus utilisées dans le monde) emploie des méthodes bien connues pour augmenter le temps d'usage. Outre le circuit de récompense déjà évoqué, qui peut trouver à s'exercer au sein de chaque application selon des formes différentes, on peut recenser un certain nombre d'autres techniques :
Comme nous l'avions déjà évoqué dans un autre article [5], le smartphone est un objet qui a été conçu pour être personnalisé. Cette personnalisation est encore une volonté des concepteurs, cette fois dans une logique commerciale rappelant la classique recherche de fidélisation du client vis-à-vis d'une marque ou d'une enseigne, afin qu'il en consomme les marchandises. C'est ainsi que les États (et l'Union européenne) veulent faire de l'objet une pièce d'identité, ou que les enquêteurs considèrent que la position d'un smartphone indique nécessairement celle de son propriétaire. Le smartphone est l'individu. C'est parce que l'usager est constamment encouragé à tout faire en son nom propre, depuis son smartphone, qu'il s'attache à l'objet et éprouve ensuite des difficultés pour s'en détacher (il en devient captif). Un corollaire de cet état de fait est que tout critique du smartphone présente le risque d'être prise comme une critique de l'usager lui-même.
En outre, celui-ci centralise de nombreuses actions et démarches de sa vie, créant des liens de dépendance de diverses natures : affective (messages, photos, contenus intimes), organisationnelle (agenda, groupes de discussion), administrative (CAF, identité, la Poste), professionnelle (messageries), ou tout simplement émotionnelle (applications de divertissement). Cette dépendance concernant de nombreux aspects de la vie de l'usager, toute perspective de rupture (coupure d'électricité ou d'internet, perte de l'objet) devient effrayante car synonyme de mise en péril des fonctions assurées (et donc du déroulé paisible du quotidien de l'usager). Encore une autre modalité de captivité pour l'usager.
La comparaison avec l'ordinateur permet de mieux comprendre pourquoi cette personnalisation du smartphone rend l'usager captif de l'objet. Premièrement, l'ordinateur n'exige pas une personnalisation poussée pour fonctionner normalement, à l'inverse du smartphone. Ce dernier est associé à un numéro de téléphone, lui-même associé à une identité, quand l'ordinateur peut offrir différentes sessions pour différents usagers. La présence par défaut d'internet sur smartphone est associée à l'identité de l'usager (la carte SIM et les gigas d'internet qui vont avec), à la différence de l'ordinateur dont le type de connexion internet par défaut est le wifi ou le câble « Ethernet ». Toutes les actions réalisées sur smartphone le sont depuis des applications téléchargées grâce à un compte (présumé) nominatif sur des magasins d'applications (Apple Store, Google Play), quand les actions réalisées sur ordinateur peuvent l'être depuis des logiciels téléchargés sans associer son identité, ou depuis un navigateur internet anonymisant (comme Tor). Cette dernière distinction a tendance à s'effacer puisque des applications grand public comme WhatsApp et Signal exigent de disposer (obligation contournable pour la seconde [6]) d'un smartphone pour fonctionner sur ordinateur, et que les ordinateurs récents sont livrés avec des systèmes d'exploitation semblables à ceux du smartphone (personnalisation). Les applications sur smartphone, déjà reliables à l'identité de l'usager lors du téléchargement, requièrent de nouveau une identification (souvent avec un numéro de téléphone, parfois même l'identité propre de l'usager) lors de l'inscription, ainsi que l'acceptation de conditions générales d'utilisation particulièrement intrusives pour la vie privée. Si avoir des usages équivalents sur l'ordinateur nécessite souvent aussi de créer des comptes personnels, il y est plus facile de rester anonyme ou de préserver sa vie privée, en saisissant par exemple une adresse mail non reliée à l'identité de l'usager, plutôt qu'un numéro de téléphone. Il faut noter qu'il existe des usages du smartphone (système d'exploitation Graphene OS) et de l'ordinateur (système d'exploitation portable Tails) relativement compatibles avec la vie privée. Mais ces usages sont ne sont pas ceux du « grand public » et sont clairement découragés par les États et les entreprises, qui préfèrent des usagers partageant leurs données personnelles et ne rendent donc pas disponibles sur ces systèmes d'exploitation alternatifs les applications qu'ils développent.
La seconde différence fondamentale tient à la portabilité bien plus effective du smartphone. Dans une poche, autour du cou, dans un sac, il est transportable et consultable facilement (discrètement, rapidement), partout (dans le bus, en marchant, en conduisant, aux toilettes) et avec une connexion internet embarquée. Les ordinateurs portables nécessitent, pour l'écrasante majorité des usages, une connexion internet fournie par un appareil tiers (une box wifi), et surtout ne peuvent pas être utilisés de la même manière que décrit ci-dessus pour le smartphone. On se trimballe beaucoup moins avec son ordinateur – même portable – sur soi qu'avec son smartphone, lequel a bien souvent la géolocalisation activée en permanence, de même que le wifi, et dialogue en continu avec les antennes téléphoniques, permettant de suivre facilement son propriétaire à la trace. A l'inverse, un ordinateur est rarement sorti et connecté à internet durant son transport, ou alors il l'est mais à un routeur wifi – ou un partage de connexion de smartphone – auquel l'usager peut cacher son adresse MAC ainsi que le contenu de sa navigation, à l'aide d'un VPN ou de Tor.
La personnalisation, qui installe une dépendance de l'usager à l'appareil, va donc beaucoup moins de soi sur ordinateur. C'est pourquoi mettre en commun un smartphone, comme on met en commun un ordinateur ou une voiture, est une piste intéressante pour combattre cette dépendance [7].
Un smartphone sans internet est comme un livre sans pages. Il est évident que la dépendance au smartphone (dans toutes ses composantes : capter, captiver et rendre captif) serait bien moins intense sans un accès permanent, quasi ubiquiste et illimité à une connexion internet. Cette dernière est la condition indispensable pour de nombreux usages à fort potentiel addictif (réseaux sociaux, jeux en ligne, IA, jeux d'argent, messageries, presse). Dans le smartphone comme dans l'ordinateur connecté à internet, réside la potentialité d'une accessibilité à tout, ce qui fait notamment que quand on cherche une information on peut se perdre, ou plutôt ne jamais finir de la chercher (même si les moteurs de recherche IA proposent désormais des réponses soi-disant exhaustives ou synthétisées aux requêtes de l'usager ; au secours). Ainsi on pourrait arguer que le problème n'est pas tant le smartphone, qu'internet. Mais même avec une connexion internet, l'ordinateur ne peut pas à ce point coloniser le quotidien comme le fait le smartphone (sauf à rester le cul sur une chaise toute la journée), du fait qu'il n'est pas utilisable à tout moment et en tous lieux.
A l'issue de cette première partie, on comprend mieux pourquoi d'aucuns comparent le smartphone à une drogue. C'est dans sa conception même que résident les germes de cet attachement en apparence irrationnel. Mais aucune drogue n'étant indispensable pour passer une frontière ou louer une trottinette électrique dans la rue, la comparaison est réductrice et surtout invisibilise le rôle d'autres institutions et entités dans la fabrication de cette dépendance. Si la vie des usagers se ré-organise progressivement autour de l'objet, ce n'est ni le résultat d'une addiction incontrôlée, ni celui d'un choix fait après mûre réflexion. C'est la société même qui est progressivement réorganisée autour de cet objet, sous l'impulsion des États et de ses entreprises, des entreprises privées ainsi que des autres usagers et de leurs exigences reconfigurées.
Nous faisons référence ici aux institutions qui organisent la vie en société, celle d'un citoyen « normal » : solliciter des aides sociales, voyager en train, établir une procuration de vote, payer ses achats, liquider une entreprise.
Dématérialisation/numérisation des services publics
Si le smartphone acquiert un statut de plus en plus indispensable pour mener une vie administrative sereine, c'est parce que les démarches nécessaires pour accéder aux différents services publics sont progressivement numérisées. L'administration française ayant la réputation d'être complexe et fastidieuse (la paperasse !), il n'y a pas eu besoin de beaucoup argumenter pour faire appel au numérique et ses promesses de simplification. Ce processus est souvent appelé « dématérialisation » ou « numérisation », et désigne la possibilité (ou l'obligation) de faire en ligne tout ou partie de ses démarches auprès de l'administration française.
Concrètement, les démarches qui étaient auparavant réalisées à des guichets physiques de l'administration (préfecture, mairie, commissariat, CAF, centre des impôts) ou par l'envoi de courriers, les documents ou informations qui étaient obtenus par courrier ou sur rendez-vous, sont désormais réalisables ou disponibles sur autant d'espaces personnels (chacune ayant son application smartphone dédiée) accessibles moyennant des codes d'accès, une connexion internet et un ordinateur, un smartphone ou une tablette.
Il faut caractériser ce mouvement pour bien comprendre pourquoi il est difficile de l'appréhender et donc de lui résister :
Smartphonisation des services publics
La mise en place d'applications pour accéder à ces services publics est une modalité spécifique de ce mouvement, dans lequel la numérisation se concrétise spécifiquement par le smartphone. Ce qui vient d'être décrit s'applique donc également au smartphone, mais il y a quelques spécificités en plus. Le développement des applications a pour effet de scinder en deux catégories l'expérience des usagers : simple, rapide et économique pour les détenteurs de l'application, complexe, long et plus coûteux pour les personnes s'y refusant.
Parallèlement, des discours sont produits afin de renforcer la smartphonisation des services publics, et ce sur différents registres :
Rentrons maintenant un peu dans les détails de la smartphonisation des services publics avec quelques cas d'usages.
Cas d'usage 1 : faire des démarches en ligne sans smartphone
En France, toute démarche administrative effectuée en ligne se fait depuis un espace personnel dédié. Pour effectuer ces démarches, il faut se connecter à l'espace personnel (mot de passe et identifiant, avec parfois en plus un code reçu par sms ou mail), et occasionnellement prouver son identité (pour les démarches « sensibles). Il y a deux moyens de se connecter et prouver son identité :
FranceConnect+ est obligatoire pour mener à leur terme un certain nombre de démarches courantes, ce qui explique que lorsqu'on n'a pas de smartphone, des alternatives existent tout de même au cas par cas. Mais il faut chercher très longtemps pour découvrir leur existence. Par exemple, pour finaliser une inscription à une formation via le CPF [9] sans FranceConnect+, il faudra envoyer un courrier, aller réceptionner une lettre recommandée puis attendre un mail, la procédure prenant environ un mois. Pour espérer touche Ma Prime Rénov' il faut demander l'envoi d'un code par courrier à son adresse fiscale [10]. Pour créer son entreprise, en modifier les statuts ou déclarer une cessation d'activité il faudra passer par la plateforme INPI+ et au moment de la signature, payer les services d'une entreprise spécialisée pour certifier sa signature en ligne [11], ou bien apparemment se créer un compte LexCommunity [12].
La certification de son identité dans un bureau de poste, avec l'Identité numérique La Poste est souvent présentée comme une alternative, mais nécessite malgré tout de télécharger cette application à la fin. Il semblerait qu'il soit encore possible, dans tous les cas, de se passer de smartphone en envoyant des courriers, mais nous n'avons trouvé évoquée cette possibilité que pour le CPF, et seulement dans des avis d'usagers du service public [13], des forums de discussion ou des sub Reddit. Prendre le smartphone d'un proche est également une alternative envisageable.
Pour les personnes vivant à l'étranger, elles n'ont bien souvent d'autre choix, pour s'identifier à certains services, que de recourir à l'application L'Identité Numérique La Poste. Si l'usager possède déjà des identifiants Améli, impôts ou MSA, il peut utiliser France Connect pour se connecter aux autres services. Mais dans le cas contraire, quand il ne possède pas déjà de compte sur ces espaces personnels (ce qui est fréquent pour les personnes ayant vécu jusqu'à leurs 18 ans et plus à l'étranger), il devra passer par l'Identité Numérique La Poste. Donc obligatoirement utiliser un smartphone, comme indiqué dans la rubrique « Aide » de FranceConnect [14].
S'il doit utiliser FranceConnect+ (nécessaire pour établir une procuration par exemple), il n'a pas d'autre solution que d'utiliser L'Identité Numérique La Poste [15]. La réalisation des démarches par papier ou en se déplaçant dans les consulats est beaucoup plus incertaine à l'étranger. Seules quelques démarches sont réalisables ainsi, et pour trouver des informations précises il faut écumer les commentaires sous des articles d'obscurs partis politiques comme l'Alliance Solidaire des Français à l'Étranger [16].
L'accès numérisé aux services publics notamment via la connexion aux espaces personnels est donc :
Le Défenseur des Droits, dans son dernier rapport annuel [19], dresse des constats similaires sur la base de l'enquête qu'ils ont réalisée : « La dématérialisation des procédures, la raréfaction des guichets avec un interlocuteur humain ou encore la complexification des parcours administratifs, créent des obstacles structurels à l'accès effectif aux droits. » ; « Plus d'une personne sur deux dit être
en difficulté pour faire des démarches numérisées seule. » (cela fait beaucoup d'illectronistes)
L'annonce récente de la sortie d'une « méga app » d'État en octobre prochain, réunissant tous les espaces personnels au sein d'une seule application accessible directement avec FranceConnect, témoigne bien de cette volonté de simplifier avant tout la vie des possesseurs de smartphone. Le nombre de codes d'accès à gérer pour accéder aux différents « espaces personnels » ayant été démultiplié ces dernières années, la promesse d'un accès unique simplifié prend son sens.
Si répondre aux problèmes posés par la numérisation avec encore plus de numérisation peut paraître stupide, cela possède sa propre logique : en laissant pourrir la situation, ou en créant une situation détestable pour l'usager, on le rend plus susceptible d'accepter un changement supplémentaire promettant d'avantage de simplicité (une sorte de remède miracle). Une fois que la majorité a adopté la nouvelle solution (la méga app mentionnée plus haut, l'appli France Identité), ceux qui sont laissés de côté seront discrédités comme étant soit des victimes (de leur illectronisme), soit des suspects, soit des … Amish.
Si l'usager adopte donc progressivement ces applis ce n'est pas après mûre réflexion sur les avantages décidément incomparables qu'offre le numérique dans sa vie, mais plus probablement après une nouvelle session de paperasse infructueuse ou dans l'urgence : un choix sous contrainte, une acceptation de guerre lasse face aux alternatives assurément décourageantes (lorsqu'il sait qu'elles existent). Cette illusion du choix laissé rend les usagers captifs de ces applis, car refuser de les utiliser peut parfois être synonyme de renoncement à des droits sociaux (si on veut faire une formation avec son CPF par exemple). On comprend bien que face à l'envoi de courriers, au rallongement des attentes, aux allers-retours à la Poste ou dans des administrations quelconques sans garantie de résultats, aux horaires d'ouverture de ces bureaux, il soit plus simple de finir par télécharger les applis France Identité ou L'Identité numérique La Poste sur son smartphone.
Cas d'usage 2 : prendre le train (en payant)
Avec la SNCF, le diptyque « complexe et coûteux » qui caractérise la situation des non-détenteurs de smartphone fonctionne à merveille. Acheter un billet de train sans smartphone ni ordinateur est tout à fait possible, mais c'est plus complexe. On peut aller en gare, en quête d'un guichet physique qui n'a pas encore fermé, ou bien d'une borne automatique. Parfois il faudra faire la queue longtemps, ce qui est logique car la SNCF considérant que tous les problèmes peuvent se résoudre depuis son application, elle affecte moins de moyens au traitement physique des demandes. Pour acheter un billet de TER, on peut aussi appeler un numéro de téléphone, mais chaque région possède son propre numéro de téléphone et ses propres horaires d'ouverture de son standard téléphonique. Enfin, on peut se rendre auprès des quelques commerces locaux vendant des tickets (bureaux de tabacs, supermarchés, postes, mairies), dont la liste est disponible sur le site internet TER de chaque région.
Par contre on ne pourra pas accéder à certains produits disponibles uniquement sur internet : voyager en Ouigo (les trains low cost), accéder à certains tarifs avantageux (comme les TER à 5 € en région Grand Est), à certains abonnements (carte de réduction « Fluo » dans le Grand Est). De plus, si notre TGV ou notre Intercités arrive en retard, on ne pourra pas bénéficier de la garantie G30, qui permet d'être en partie remboursé (sous forme de bon de commande) du prix de son billet dès 30 minutes de retard. En effet pour bénéficier de cette garantie il faut faire une démarche depuis internet et obligatoirement ouvrir un compte personnel SNCF. Pour réserver une place vélo à bord d'un TER, il faut obligatoirement passer par internet et imprimer sa petite étiquette, au risque de se voir refuser l'accès à certains trains, quand les titulaires d'un smartphone peuvent eux la fournir directement via un QR code.
Si on choisit d'acheter son billet de train sur ordinateur, il faudra se débrouiller pour l'imprimer soi-même, ou bien le télécharger sur un autre support (un ordinateur par exemple), à présenter lors du contrôle. Même si tous les billets achetés en ligne sont nominatifs et peuvent être retrouvés dans son petit appareil par le contrôleur directement à bord du train, il faut quand même disposer d'un titre de transport à présenter. Si vous n'avez pas de titre de transport TER et même si vous êtes montée à une gare dépourvue de distributeur et de guichet, vous devrez vous acquitter du « tarif de bord » (autre nom pour « amende très salée »), car il n'est plus possible d'acheter son billet à bord à un tarif normal. D'ailleurs, ce contrôle du titre de transport est désormais souvent associé à une vérification d'identité, et les titulaires d'un smartphone gagneront de précieuses secondes car ils peuvent désormais faire scanner en une seule fois leur titre de transport et leur titre d'identité, grâce à un QR code unique généré par l'appli France Identité.
Cas d'usage 3 : bénéficier d'un service Crous
Pour utiliser la machine à laver dans la résidence, faire des photocopies à la fac, ou manger au restaurant universitaire, les étudiants doivent payer avec Izly, la « solution » de paiement du Crous. Ils doivent se créer un compte et verser de l'argent sur leur carte étudiant physique via un ordinateur, ou directement télécharger l'appli et l'abonder en argent. Fini le liquide et la carte bancaire. Même si le repas coûte désormais 1 € pour tous les détenteurs du statut étudiant, le Crous continue d'imposer ce seul moyen de paiement. De plus, les étudiants qui payent avec l'application en cafétéria peuvent accumuler des points leur permettant de se voir offrir des produits. Sans Izly, les étudiants doivent donc payer leur repas 8 €, ce que bien-sûr aucun d'entre eux ne se résout à faire. Il est possible de recharger sa carte en liquide, mais il faut quand même disposer d'un compte et se présenter aux horaires d'ouverture d'un guichet (car il est impossible de recharger au moment de payer son repas).
Ces deux derniers cas d'usages illustrent bien l'autre écueil de la vie sans smartphone dans l'accès aux service publics : le risque de payer plus cher, voire de ne pas accéder du tout au service convoité. En interdisant l'accès aux tarifs moins élevés aux non-détenteurs de l'appli ou du smartphone, on leur instille la pensée que leur choix n'est pas rationnel, pas rentable, qu'au fond s'ils sont lésés c'est uniquement de leur fait. Quand on connaît les difficultés financières structurelles des étudiants, on se doute bien que leur utilisation de l'appli SNCF-connect ou de Izly résulte d'un choix, encore une fois, réalisé sous contrainte. Captifs, cette fois, de leur situation économique précaire.
Les entreprises privées jouissent de la « liberté d'entreprendre », donc elles sont moins obligées d'y mettre les formes que l'État, qui doit théoriquement respecter un droit d'égalité d'accès des usagers au service public. Vis-à-vis des entreprises l'individu n'est plus usager mais « consommateur », et donc libre d'aller voir ailleurs si les services qu'elle vend ne lui conviennent pas. La smartphonisation menée par ces entreprises a des conséquences assez similaires aux transformations menées par l'État et décrites ci-dessus. La pratique est simple : les entreprises restreignent l'accès à leurs services aux seuls possesseurs de leur application (ou d'une application spécifique), donc à un smartphone la plupart du temps.
Ainsi, dans d'autres pays que la France, des commerces n'acceptent plus d'argent liquide, ni le « sans contact » par carte bancaire. Souvent c'est une application (Nequi en Colombie, Yape au Pérou, Deuna en Équateur) qui permet de payer un commerçant (ou toute autre personne devant recevoir de l'argent) depuis son smartphone, en scannant un QR code correspondant aux coordonnées bancaires de la personne à payer. Dans ces pays les propriétaires exigent souvent que les loyers soient virés par le locataire via de telles applications, et non plus en faisant des transferts bancaires classiques.
En France, dans une interprétation bien à elle de la directive européenne « DSP2 » qui exige une double authentification pour réaliser des opérations bancaires en ligne (paiement, virement, ajout d'un compte bénéficiaire), de nombreuses banques conditionnent la réalisation de ces opérations à la possession d'une application (et donc d'un smartphone ou d'une tablette). Ces banques ne sont donc plus accessibles par les non-détenteurs de ces appareils. Certaines banques acceptent d'envoyer des codes par SMS ou sur un appareil dédié, mais pour peu qu'on vive en zone blanche, ou qu'on se trouve à l'étranger dans une zone non-couverte pas notre opérateur, certaines opérations demeurent impossibles. Tandis qu'avec l'appli, une simple connexion internet suffit pour passer l'étape de la double authentification. L'usager est donc renvoyé à sa liberté individuelle (quand bien même il est à la même banque depuis 20 ans), et s'il ne veut pas l'appli, il devra en assumer les conséquences. C'est en suivant cette même logique que des assurances, alors qu'elles incluent dans leur contrat un service de consultation médicale gratuit en visio … le rendent accessible uniquement aux détenteur de leur application smartphone.
La dépendance à internet ou à un smartphone pour effectuer des paiements peut se retourner contre l'usager, comme on l'a vu dans un précédent article avec le Kazakhstan [20] : sans internet ou sans réseau mobile, il devient impossible de dépenser son argent, donc de se nourrir. C'est le constat de cette vulnérabilité qui conduit les citoyens Russes, depuis quelques mois, à faire le plein d'argent liquide face aux coupures de réseau à répétition : « En cas d'urgence en ville, je sais que je pourrai toujours acheter le nécessaire, même si le réseau mobile est hors service. » [21] Encore un bel exemple de captivité.
Avec l'essor de « l'économie digitale », des services basés entièrement sur la possession d'une appli sont apparus. Ainsi des trottinettes ou vélos en « libre service » ne sont accessibles que via une application, après avoir scanné un QR code. Ce même QR code est parfois la seule option pour avoir accès à la carte dans un restau ou un bar. Cette obligation de posséder un smartphone n'est pas seulement valable pour les consommateurs, mais également pour les travailleurs « de plateforme » (Uber Eats, Deliveroo) ou les livreurs, les auxiliaires de vie, les intérimaires [22], ou les commerçants (qui s'ils ne proposent pas moyen de règlement par QR code risquent de perdre des clients).
Captés
Les applis utilitaires fournissent à l'usager des occasions supplémentaires de regarder leur smartphone dans la journée. Par exemple, un smartphone déverrouillé pour payer ou pour consulter ses devoir sur ProNote est également disponible pour la consultation de toutes les autres applications à fort potentiel addictif, évoquées dans la première partie. Sans compter que ces applis « utilitaires » emploient des mécanismes classiques tels que les notifications ou la gamification (applis bancaires, de suivi de sa consommation d'énergie ou de sa santé) pour inciter les usagers à déverrouiller leur smartphone et utiliser l'appli. Tout usager a ainsi déjà fait l'expérience de déverrouiller son smartphone pour une tâche précise censée prendre quelques dizaines de secondes, et se rendre compte 20 minutes après qu'il est en train de lire un article du Monde sur la nouvelle copine de Bardella ou de scroller sur Instagram. Mais il faut rappeler (image 1) que les 2h30 passées quotidiennement sur le smartphone en France ne sont pas consacrées à faire des déclarations d'impôts, des paiements sans contact ou des virements bancaires, mais essentiellement à consulter les médias sociaux (réseaux sociaux et messageries instantanées), ce qui met quelque peu à mal l'argument selon lequel on garderait son smartphone pour les applications utilitaires et le gain de temps qu'elles offrent.
Types d'applications les plus utilisées en temps total pour la France (Sensortower). Noter que les applis développées par l'État ne figurent même pas dans ce top 20.
Captifs
Toutes ces applications mises en places par les États, leurs entreprises, et d'autres entreprises privées, ont un impact sur les usagers (qu'ils soient consommateurs ou commerçants) : diminution des possibilités de pays en liquide, multiplication des achats en ligne et des livraisons à domicile, hausse du consentement à fournir ses données personnelles (systématiquement collectées), envoi de documents sous format numérique via des espaces personnels, développement de nouveaux services accessibles uniquement par smartphone. Les usagers, peu importe leur engouement face à cette nouvelle donne numérique, s'adaptent et réorganisent leurs habitudes. C'est alors le fonctionnement de la société qui se réorganise progressivement, sous l'impulsion des institutions (État, entreprises) et grâce au consentement des usagers, dont une partie accueille d'un bon œil cette smartphonisation et en redemande.
Les autres manières de procéder (payer en liquide, anonymement, envoyer des dossiers papiers, faire sans smartphone) existent toujours, mais pas partout, pas pour toutes les démarches, et surtout rendent la vie des sans-smartphone plus complexe, plus fastidieuse, plus coûteuse. Avoir un smartphone serait synonyme de gain de temps, de praticité, d'économies, du moins pour ce qui est de l'accomplissement des démarches administratives. Ces gains sont essentiellement dus à la difficulté, artificiellement créée, de faire autrement, et marginalement aux gains de temps réels offerts par le smartphone. Payer en sans contact est effectivement plus rapide et fiable qu'avec de l'argent liquide, et les virements Lydia sont moins fastidieux qu'un virement bancaire après l'enregistrement d'un RIB. Par contre scanner le QR code ou saisir manuellement le numéro de compte à payer, dépendre de la qualité de la connexion internet ou de la fiabilité de l'électricité, et espérer que l'appli retrouve bien le compte auquel effectuer le paiement (pour les applis de paiement comme Wero en France ou Nequi en Colombie) prend beaucoup plus de temps que de filer un billet de 10 balles.
Ces applications utilitaires ont bien souvent constitué une raison suffisante pour justifier d'acquérir ou de racheter un smartphone plus récent. Nombreux sont les usagers qui sont passés au smartphone à cause de leur banque, qui leur réclamait de télécharger leur application pour la double authentification.
Au bilan, la société (au-delà des individus qui la composent) est devenue structurellement captive du smartphone pour fonctionner. Le risque est que la liberté de choisir d'avoir ou non un smartphone devienne illusoire dans les faits. C'est dans ce sens que le non-possesseur du smartphone est aussi captif de la situation : entravé voire empêché dans ses mouvements, il est condamné à galérer pour vivre sa vie de « citoyen normal ». Enfin, les applications utilitaires réorganisent la vie des gens qui les utilisent, dont la dépendance se ressent en cas de coupure de courant, de batterie à plat ou d'absence de réseau internet ou mobile. Surtout, en cas de volonté de se passer de leur smartphone, ces usagers devront remplacer toutes les fonctions utilitaires qu'ils avaient choisi de confier à des applications, soit réorganiser une partie importante de leur vie. En effet, si le smartphone centralise de nombreuses fonctions (paiement dans officines physiques, achats en ligne, démarches administratives, déplacement en train ou vélo libre-service, paiement du repas Crous), les changements à opérer dans son quotidien pourraient apparaître trop conséquents pour être menés à leur terme. La captivité peut alors être psychologique, avec des usagers qui croient (ou se persuadent ?) qu'il n'est désormais plus possible de vivre sans smartphone.
Mais à condition d'y être décidé, dire non à l'État, à une entreprise, ou à un fonctionnement de société reste encore facilement envisageable. C'est peut-être parce qu'il s'agit d'institutions qu'on a de bonnes raisons de ne pas apprécier, ou de leurs représentants humains (agents du service public, employées d'entreprises), envers lesquels on n'a pas d'attachement affectif. Il en va autrement de notre entourage, auquel dire non (se passer de son smartphone, désinstaller une application de messagerie instantanée) présente le risque de fragiliser la relation qu'on a avec lui.
« Quelle application vous manquerait le plus si vous n'aviez pas de smartphone ? » A cette question, notre expérience a montré que la réponse qui revenait le plus sont les messageries instantanées (type WhatsApp), puisqu'elles servent à garder le contacter avec ses proches, et ce gratuitement. Le terme « proches » désigne ici les amis, la famille, le ou la conjointe. Ce sont bien-sûr les applications de médias sociaux (messageries instantanées et réseaux sociaux) qui jouent un rôle de premier plan dans l'entretien des liens affectifs qui nous lient à nos proches, mais également des fonctionnalités comme les calendriers partagés ou le partage de la géolocalisation. Ces différentes fonctionnalités permettent de répondre à un besoin consubstantiel à toute relation affective (amicale, amoureuse, filiale, familiale) : le besoin d'être rassuré, d'être certain que le proche en question va bien. Et en la matière, le smartphone a démultiplié les possibilités : il peut servir à savoir où sont ses proches et ce qu'ils font, à planifier des rendez-vous, recevoir des nouvelles lorsqu'ils sont loin, à être rassuré lorsqu'on est inquiet, à voir leur visage et ce qu'ils font en direct (appels en visio), et à les joindre même lorsque le réseau téléphonique est défaillant, pourvu qu'on dispose d'une connexion internet.
Or, comme nous l'avons expliqué dans l'article Smashphone, le besoin bien compréhensible d'être rassuré sur l'intégrité de ses proches a changé dans la manière qu'il a d'être satisfait. Le smartphone a créé, grâce aux possibilités techniques offertes, de nouvelles manières de rassurer (géolocalisation en permanence des enfants, échanges de messages écrits ou vocaux tout au long de la journée, appels en visio). Mais l'expérience montre que le smartphone ne satisfait pas mieux le besoin d'être rassuré. D'une part parce que les nouvelles manières de rassurer constituent autant de nouvelles raisons de s'inquiéter (en cas d'absence de production ou de réception du signal destiné à rassurer), et d'autre part parce que les délais au-delà desquels les proches peuvent légitimement s'inquiéter en absence de réponse sont régulièrement raccourcis.
Le smartphone étant désormais le moyen principal avec lequel on rassure ses proches (puisqu'il est le vecteur par lequel toutes les informations rassurantes leur parviennent), refuser d'en avoir un revient à refuser de rassurer ses proches : les inquiéter, leur causer du souci, voire les faire paniquer. Puisque l'attitude consistant à chercher volontairement à causer de tels tracas à ses proches est peu commune (et qu'on souhaite être rassuré de la même manière par nos proches), on comprend aisément que la plupart des gens se dotent d'un smartphone sans rechigner. La dépendance de l'usager au smartphone réside donc dans cette injonction implicite à rassurer ses proches, ainsi que dans le besoin qu'il a développé d'être rassuré par ce même moyen. La captivité revêt ici une dimension affective.
La situation est bien différente pour la personne qui n'a jamais eu de smartphone : même si ses proches la tannent pour qu'elle en prenne un, elle peut toujours s'appuyer sur leur expérience commune passée pour rappeler qu'il est tout à fait possible de vivre rassuré sans en être équipée. En revanche, la personne déjà équipée d'un smartphone depuis un certain temps a logiquement construit ou organisé sa vie sociale autour de l'objet. Elle parle à ses meilleurs amis tous les jours via WhatsApp, garde contacte avec ceux qui sont loin avec Facebook ou Instagram et leur passe de temps en temps un appel visio, rassure ses parents ou son conjoint jaloux en partageant en permanence sa géolocalisation (en France, 41 % des parents géolocaliseraient leurs enfants [23]), ou bien synchronise son agenda avec ce dernier.
L'usager est donc aussi captif des méthodes que fournit le smartphone pour entretenir des relations. En effet, une fois que toutes ces pratiques sont en place, toute velléité unilatérale d'un changement dans la manière d'entretenir ces liens revient à risquer leur détérioration (perdre des amis, froisser ses parents, blesser son conjoint). Ainsi, quitter un groupe WhatsApp sans expliquer pourquoi est souvent interprété comme un signe de mécontentement. Rester durant un temps prolongé à un endroit inhabituel sur la carte qui nous géolocalise peut conduire nos proches à penser qu'il nous est arrivé quelques chose. Désactiver sa géolocalisation peut donner lieu à des suspicions et des doutes quant à sa sincérité (si ma conjointe ne veut pas que je sache où elle est c'est qu'elle a des choses à cacher ; si mon gosse fait de même c'est qu'il est en train de faire des conneries). Quitter les groupes de discussion entre amis sur Messenger ou WhatsApp présente le risque de ne pas être au courant des prochaines sorties qui s'organisent. Quant au refus des appels en visio, il y a autant d'interprétations possibles que d'humains sur terre (il a raté sa nouvelle coupe de cheveux ? il a été défiguré par un accident de la route ? il ne veut pas que je sache où il se trouve ?).
Bien-sûr, on pourrait toujours tenter d'expliquer la raison de tels choix à ses proches, mais là-aussi ça ne manquerait pas de donner lieu à des doutes, des suspicions. Plutôt que d'en finir avec une application précise, se débarrasser de son smartphone apparaît finalement comme la façon la plus simple de procéder (je ne peux plus te rassurer de cette manière car je n'ai plus de smartphone).
Avec les proches, la dépendance au smartphone est donc une affaire d'injonction : injonction à rassurer, à montrer qu'on est en vie, à montrer patte blanche. Finalement, une injonction à la transparence. C'est pourquoi le rôle du smartphone dans les relations avec les proches est profondément ambiguë : s'il rassure, il est aussi l'objet qui permet d'exiger cette transparence absolue, en l'absence de laquelle c'est l'interprétation, l'imagination, la suspicion, le fantasme, la paranoïa qui prennent le relai. C'est pourquoi l'objet peut aussi être utilisé par les proches de l'usager pour lui nuire (conjoint jaloux ou possessif, parents angoissés ou tyranniques), en utilisant les mêmes moyens (messageries, géolocalisation, exigence de disponibilité permanente) que ceux utilisés pour rassurer.
En produisant de nouvelles pratiques et de nouveaux standards dans la manière d'entretenir des relations avec ses proches, le smartphone contribue à faire croire que pour être digne de confiance, il faut faire preuve d'une transparence totale. Cette logique, caractéristique des relations de pouvoir entre l'État et ses « administrés » (si tu n'as rien à te reprocher, alors tu ne devrais rien avoir à cacher), ne peut qu'aboutir à une société de flicage. Puisqu'il n'y a pas besoin de tout savoir de la vie de l'autre pour lui faire confiance ou être rassuré, alors il faut refuser que la possession d'un smartphone serve de prétexte, de moyen de pression ou de chantage au maintien d'une relation affective.
De nombreux espaces d'organisation collective font face à la smartphonisation de leur fonctionnement, qui prend cette fois essentiellement la forme de groupes de discussion sur les messageries instantanées. Membres d'associations, clubs de sports, collectifs politiques, parents d'élèves, colocataires, copropriétaires, voisins, étudiants d'une même promotion ou élèves d'une même classe, etc. Ces groupes ont pour fonction principale de faire circuler des informations propres aux collectifs en question, mais ils peuvent également être utilisés comme espaces pour « débattre », organiser des événements ou des réunions, ou tout simplement flooder (envoyer plein de messages sans lien direct avec l'objet du canal). Les messageries instantanées utilisées étant la plupart du temps des applications seulement disponibles sur smartphone (WhatsApp, Signal, Telegram), les non-possesseurs de smartphone se retrouvent comme des cons.
Car si être ajouté dans le groupe de discussion d'un collectif signifie qu'on a pleinement été intégré au collectif, à l'inverse fréquenter un collectif sans avoir pu être intégré à son groupe de discussion en ligne signifie qu'on n'en fait pas encore entièrement partie. Mais surtout, en étant absent de ce groupe on risque de manquer toutes les informations qui y sont partagées, et dont la connaissance est nécessaire pour participer pleinement à son fonctionnement.
Dans le même sens, les collectifs ou association ayant une existence publique créent bien souvent des comptes sur les réseaux sociaux, essentiellement pour annoncer leurs événements publics (fonction d'agenda) ou faire part de leurs actualités. Les personnes n'ayant pas de réseaux sociaux peuvent donc difficilement avoir accès à ces informations, du fait qu'il est difficile de consulter le contenu d'une publication sur un réseau social sans y être connecté.
Ici, la captivité réside dans l'obligation de fait des membres du collectif de rejoindre ces groupes de discussion, au risque de ne pas pouvoir prendre pleinement part à la vie du collectif, voire de ne pas pouvoir du tout s'organiser avec le collectif en question. Ce risque d'exclusion incite les non-possesseurs de smartphone à s'en doter, et peut dissuader ceux qui étaient tentés de s'en détacher.
Dans l'univers du travail aussi la non-possession d'un smartphone peut poser des problèmes. Outre les cas où l'employeur fournit directement un smartphone de fonction, c'est encore une fois les groupes de discussion sur les messageries instantanées qui occupent une place centrale. Cette fois ce peut être le manager qui ajoute son équipe dans ces groupes, et s'en sert pour diffuser ses consignes, faire des blagues, diffuser des rappels à l'ordre, et tout autre type d'information nécessaire à la bonne exploitation des salariés (lieux de rdv, urgence, annulation). Ces groupes remplacent les mails et les échanges lors des pauses, des réunions ou ayant lieu directement dans les bureaux des personnes concernées. Lorsque l'initiative vient d'un supérieur hiérarchique, il est très difficile pour le salarié de refuser de rejoindre le groupe de discussion, même lorsqu'il s'agit du smartphone personnel. Les difficultés (et surtout les remarques) augmentent s'il ne possède carrément pas de smartphone, même si l'absence d'obligation mentionnée dans le contrat de travail le protège théoriquement contre tout emmerdement.
Il existe aussi des groupes entre collègues non directement consacrés au travail, servant là encore à échanger des informations (sur l'ascenseur qui ne fonctionne plus, tel questionnaire à remplir) et à organiser des moments dans ou en dehors du travail (le repas de fin d'année, l'apéro du jeudi soir). Encore une fois pas d'obligation formelle, mais parfois les informations qui y circulent peuvent être suffisamment importantes pour que l'absence du groupe devienne préjudiciable.
Ces injonctions à l'utilisation en provenance des différentes catégories d'humains constituant l'entourage de l'usager mettent ce dernier sous pression. Sa volonté de ne pas avoir de smartphone, ou de ne plus en avoir, est mise à l'épreuve par un un ensemble de mécanismes fortement incitatifs, dont certains ont déjà été évoqués et qu'on synthétisera ici.
Nous espérons que cet article aura permis d'aller au-delà des refrains classiques sur le smartphone : il y aurait la mauvaise dépendance à bannir absolument (la dopamine), la dépendance excusable (celle vie à vie des applis utilitaires) face à laquelle on ne pourrait rien faire, et la dépendance raisonnable (les pressions de l'entourage).
Ce décorticage des différents mécanismes de dépendance doit permettre d'identifier autant de blocages potentiels ou de leviers à mobiliser pour les personnes souhaitant se débarrasser de leur smartphone. La dépendance au smartphone est une question de liberté, car son utilisation a des répercussions sur la vie de l'usager au quotidien, en offrant des prises très puissantes pour une détermination, depuis l'extérieur, de ses comportements, de ses choix et de ses idées.
Heureusement, tout cela n'est pas immuable, l'essor du smartphone n'est pas comme une vague face à laquelle on ne pourrait rien faire. Concernant le design addictif du smartphone et de ses applications, le sujet est déjà largement présent dans le débat public et surtout dans l'esprit des gens. Mais on l'a vu, les types de dépendances sont liés, et si on continue de devoir aller sur le smartphone pour faire des démarches administratives ou consulter ProNote, alors on continuera de passer des heures sur les applis les plus addictives. C'est pourquoi il faut aussi s'attaquer à ces applications utilitaires, et refuser le transfert continu de tout un tas de fonctions vers le smartphone. A cet égard aussi le débat existe et des initiatives émergent [25]. Enfin les pressions en provenance de l'entourage rappellent que sans faire de la lutte contre la dépendance au smartphone une question collective et intergénérationnelle, il sera difficile de s'en séparer.
Pour finir et mettre tout cela en perspective, il est intéressant d'évoquer le monopole radical, concept créé par Ivan Illich, qui désigne la capacité d'un objet technique à s'imposer dans le quotidien des gens au point qu'ils doivent modifier leurs comportements pour continuer à mener une vie normale. Un exemple parfait et invoqué par l'auteur est celui de la voiture, qui au fur et à mesure qu'elle s'est imposée a réorganisé le quotidien des gens, leurs habitudes, puis a façonné le territoire (routes à 130km/h, espaces fonctionnalisés), et peut déterminer aujourd'hui le caractère « employable » ou « raisonnable » de quelqu'un (qui n'a pas le permis B est volontiers taxé d'utopiste).
Si on reprend notre typologie et qu'on l'applique à la bagnole, on se rend compte que la dépendance à celle-ci ne provient pas vraiment de la conception de l'objet-voiture en lui-même : personne n'est addict à sa voiture, tout juste existe-t-il des passionnés de tuning ou des amateurs de vitesse, ce qui est bien différent. Concernent l'entourage, il peut effectuer des pressions (ma grand-mère qui habite à la campagne veut que je vienne la voir, ma famille me tanne pour que je passe le permis), mais sans aucune mesure comparable avec le smartphone. En revanche, ce sont bien ces institutions « organisatrices de la vie en société » qui sont vectrices de cette dépendance : plein de routes sont dangereuses pour d'autres modes de déplacements que la voiture, plein d'emplois sont conditionnés à la possession d'un permis B voire d'une voiture, etc. Il faut rajouter à cela une dimension culturelle qui associe la voiture à la liberté, à la praticité. Si la dépendance au smartphone est puissante en tant qu'elle revêt les trois aspects qu'on a décrit, son monopole ne semble pas aussi « radical » que celui de la bagnole dans la mesure où la société n'a pas encore été réorganisée entièrement pour lui convenir. Empêcher une disparition complète des alternatives au smartphone et une réorganisation de la société autour (et par) l'objet semble donc être un objectif censé, afin d'éviter que ne s'instaure un degré d'aliénation au-delà duquel la vie en société risque effectivement de devenir complètement claquée.
La suite logique à cet article est le Guide Comment vivre sans smartphone, dont la première version sortira prochainement. Puis un dernier article sur les rôles du smartphone et de ses réseaux sociaux en politique (essor des idées d'extrême-droite, fonctionnement des groupes militants) devrait venir conclure cette série.
Brice Costa
brice.costa at proton.me
[1] https://www.reviews.org/mobile/cell-phone-addiction/
[2] https://www.ici.fr/infos/societe/chiffre-du-jour-nous-consultons-en-moyenne-notre-telephone-221-fois-par-jour-1549431078
[3] https://www.inserm.fr/c-est-quoi/pour-le-plaisir-cest-quoi-la-dopamine/
[4] Syndrome FOMO pour Fear Of Missing Out, ou « peur de rater quelque chose ; syndrome des vibrations fantômes, lorsque l'usager voit ses capacités sensitives bernées par le smartphone, en croyant le sentir vibrer alors qu'il n'en est rien.
[5] https://lundi.am/Smashphone
[6] En utilisant « Signal-cli », un utilitaire développé afin de pouvoir activer un compte Signal depuis un dumbphone (ou un téléphone fixe !). Voir les infos ici (https://kemenaran.winosx.com/posts/signal-sans-smartphone) ou ici (https://github.com/AsamK/signal-cli/blob/master/man/signal-cli.1.adoc). Cela demande un peu de bidouille (quelques lignes de codes).
[7] Possibilité détaillée dans le Guide Comment vivre sans smartphone, dont la publication ne saurait tarder.
[8] https://www.franceconnect.gouv.fr/
[9] https://www.moncompteformation.gouv.fr/espace-public/je-ne-remplis-pas-les-conditions-pour-utiliser-franceconnect
[10] https://www.effy.fr/magazine/maprimerenov-securite-renforce-comptes-demandeurs
[11] https://procedures.inpi.fr/?/account/presentation ; https://www.inpi.fr/realiser-demarches/formalites-dentreprises/creer-sa-societe-agricole ; https://www.plus.transformation.gouv.fr/experiences/3851801_cessation-dactivite-sur-le-portail-inpi ;
[12] https://www.francenum.gouv.fr/formations/guichet-unique-des-formalites-comment-signer-ses-demarches-sans-identite-numerique-la
[13] https://www.plus.transformation.gouv.fr/experiences/6816129_aller-a-la-poste-ne-permet-pas-de-se-passer-de-smartphone-pour-activer-son ; https://www.plus.transformation.gouv.fr/experiences/4680372_france-connect-sans-smartphone-pas-de-droits
[14] https://aide.franceconnect.gouv.fr/faq/comprendre-franceconnect/conditions-utilisation/je-vis-a-l-etranger-puis-je-utiliser-franceconnect/
[15] https://www.femmexpat.com/expatriation/vie-dexpat/identite-numerique-la-poste/
[16] https://alliancesolidaire.org/2025/12/05/identite-numerique-vers-le-renouvellement-anticipe-de-la-carte-didentite-pour-les-francais-de-letranger/
[17] https://www.plus.transformation.gouv.fr/experiences
[18] https://fr.wikipedia.org/wiki/FranceConnect#cite_note-14
[19] https://www.defenseurdesdroits.fr/sites/default/files/2026-04/ddd_rapport-annuel-2025_20260407.pdf
[20] https://lundi.am/Smashphone
[21] https://www.bfmtv.com/economie/economie-social/c-est-une-periode-tres-inquietante-les-russes-se-precipitent-aux-distributeurs-pour-retirer-de-l-argent-liquide-a-un-niveau-inedit-et-cet-argent-disparait-souvent-du-systeme-bancaire_AV-202607210029.html
[22] Aspect également traité dans notre article Smashphone !
[23] https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/un-monde-connecte/surveiller-ou-espionner-ses-enfants-le-dilemme-des-parents-connectes-5820549
[24] https://apreslabiere.fr/tiktok-nest-pas-matlab-le-profilage-algorithmique-n-est-ni-de-l-%C3%A9ducation-ni-de-l-%C3%A9mancipation-8b82a25d1e2d
[25] https://halteaucontrolenumerique.fr/la-denumerisation-de-nos-services-publics-parait-absolument-necessaire/