Jour de mai, la rédac du Journal CQFD reçoit une lettre d’un mystérieux abonné. Il est fait prisonnier à Riom pour avoir tenté d’incendier un McDonald, en signe de protestation contre le génocide à Gaza. Il s’appelle Ghislain Bellorget et il a 85 ans.
Que deviennent les anarchistes quand ils vieillissent ? Beaucoup s’évanouissent dans la nature, se dispersent ou se fatiguent tout simplement. Peut-être sont-ils comme les moineaux de Pagnol qui « disparaissent, un jour, sans laisser de squelette ». Mais d’autres restent, éléments insolubles dans le capitalisme. Ghislain Bellorget fait partie de ceux-là.
Le 24 avril 2026, il nous écrivait depuis sa cellule de prison. Un mois plus tard, on reçoit une lettre sur papier fin, où court une écriture singulière : une sorte de tremblement qui donne à la prose un air de flamme. Il faut le dire, l’homme a un côté explosif : il a été arrêté le 30 juillet 2025, pour une affaire de tentative d’incendie d’un McDo, à Clermont-Ferrand, en 2024.
« Cher CQFD,
Je viens de recevoir votre journal, hélas je suis hébergé à la prison de Riom depuis le 1er août 2025. Quelques jours avant, je suis parti de chez moi à 4 heures du matin direction Clermont-Ferrand. J’ai déposé un bidon incendiaire derrière le McDo du centre-ville et j’ai signé avec un drapeau israélien coupé en deux. Le Raid est venu me réveiller quatre jours plus tard. J’ai commis cet acte pour les Palestiniens de la bande de Gaza !
Bien à vous, Ghislain.
PS : L’engin n’a pas fonctionné.
PS Bis : J’ai fêté mes 85 ans en prison ! »
Ghislain n’est pas le premier libertaire à nous écrire de sa prison : pendant des années, Jean-Marc Rouillan, membre d’Action directe avait tenu une chronique pour CQFD. Mais c’est vrai qu’à la rédac, on est un peu fleur bleue. Et les lettres d’amour (et de revendication politique), c’est d’un romantisme… Irrésistible !
L’introuvable Ghislain
Donc on se met en quête dudit poseur de bombe. Déjà, Ghislain est bien dans nos fichiers d’abonnés, mais personne à la rédac n’en a entendu parler. Les premières recherches ne dévoilent pas grand-chose, à part quelques articles sur une exposition de photos de voyage d’un photographe de presse à la retraite. Il pourrait être un obscur vieux monsieur mordu d’expéditions. Mais en creusant un peu, on tombe sur deux émissions d’une radio libertaire à propos de ses tribulations pendant la guerre du Vietnam. Puis un article de correspondant pendant la guerre soviéto-afghane dans la revue libertaire Agora. Le zigue a l’air d’avoir une vie diablement rythmée !
Mais pas facile de causer avec lui… Le standard du centre pénitentiaire de Riom nous envoie poliment nous faire cuire le cul, donc on harcèle le maire et les commerçants de son village pour avoir un proche. Sans succès : « Monsieur Bellorget ? Ça fait longtemps qu’on l’a pas vu par ici, je ne crois pas qu’il soit chez lui en ce moment. » Sans blague ! Et puis, un jour, alors que tout espoir commence à s’évanouir, un camarade en dilettante à la rédac me dit : « Un anar auvergnat en prison ? Mon coloc doit avoir son contact ! » La vie est subtilement malicieuse.
Allô CQFD ?
Je décroche le téléphone. Au bout du fil : une voix vive et rieuse. Ghislain m’apprend – je tombe de ma chaise – qu’il a obtenu sa remise en liberté provisoire le 22 mai. Désormais retranché dans sa petite maison de la montagne bourbonnaise, il se bat contre une végétation qui n’a pas attendu la fin de ses dix mois de taule pour reprendre ses droits. Et puis, il attend son procès. Il raconte volontiers ses aventures même si, sur les sujets plus sensibles, il m’oppose un élégant, mais non moins définitif : « Je ne peux pas répondre à ta question. »
Son arrestation ne semble pas l’avoir beaucoup ému. « Le Raid chez moi, ça a été assez violent. Mais pour tout te dire, je savais ce que je risquais. Ils sont arrivés en tirant des balles à blanc qui font le même bruit que des balles réelles. Ils sont entrés dans ma chambre sans arrêter de tirer, tout ça pour un type de presque 85 ans. Du cinéma. »Après quoi, la machine s’est mise en route : police judiciaire de Clermont, agents de déminage de Lyon, incarcération à la prison de Riom. Là-bas, il est envoyé, dans le « module de respect », nouvelle lubie de l’administration carcérale pour faire passer son activité comme un acte d’humanisme : « On est en cellule individuelle, on a des promenades le matin ET le soir. » Mazette, qui voudrait de la liberté après ça ? Ghislain ne semble pas avoir été davantage traumatisé par son séjour. « Les gens ne m’emmerdaient pas. Faut dire que j’étais le plus âgé. Enfin, il paraît qu’il y avait un monsieur de 86 ans, mais il était dans un autre quartier. Je faisais du yoga dans ma cellule et je lisais beaucoup. » Cet épisode ne semble pas l’intéresser plus que ça. Faut dire qu’il a vécu des moments marquants.
D’abord, son expérience en 1965 d’instit à Da Nang, une petite ville du sud Vietnam, où il fait tache dans la société d’expat’ aimablement colonialistes. Il sympathise avec des mouvements étudiants, s’oppose à la bigoterie de sa hiérarchie…
« Après plusieurs petits incidents diplomatiques, le proviseur et le vice-consul m’ont renvoyé en France. »
Chassé par la porte, il rentre par la fenêtre : il retourne au Vietnam comme photographe de presse pendant cinq ans, en pleine guerre entre le sud et le nord. Une de ses photos, rejetée par son agence de presse, aura d’ailleurs un destin glorieux. On y voit une main écorchée pendue dans des barbelés. Elle est récupérée, à son insu mais pour sa plus grande satisfaction, par le mouvement antimilitariste. Associée au slogan « L’armée recrute… elle te tend la main », elle devient un classique des tracts contre la conscription. Puis, en mai 1968, il hésite à rentrer : « Je me suis dit, si c’est une révolution, ça durera plus d’un an… » Hélas, l’histoire a tranché.
« Je n’ai jamais arrêté de voyager, j’ai visité plus de 80 pays grâce à mon travail de photographe. » Parmi ses péripéties, d’autres guerres civiles : Afghanistan, Irlande du Nord, puis Palestine (Cisjordanie) en 2003. Mais ce n’était pas son premier voyage là-bas : en 1962, il s’était déjà rendu dans un kibboutz tout au nord d’Israël. « À l’époque je ne connaissais rien des Palestiniens, je n’avais pas entendu parler de la Nakba et pour moi, la vie là-bas, c’était l’expérience de l’utopie communautaire. »
Le réveil est brutal : « J’ai vu leur quotidien. Le plus choquant, c’est que l’histoire n’a cessé d’empirer. Encore il y a quelques jours, un ami palestinien m’a envoyé des vidéos de blindés en train de déverser des produits toxiques sur des terres cultivables palestiniennes. » Il y retourne en 2009, puis en 2015. En 2013, il tente même d’entrer à Gaza par l’Égypte, sans succès. « Je suis militant libertaire depuis longtemps. Mais c’est l’internationalisme qui m’a toujours tenu le plus à cœur. Ma première manif, c’était contre le franquisme. On descendait la rue Mouffetard, il devait y avoir 60 personnes pour quatre organisations [rire]. On partait de loin à l’époque. » Sûrement une manière de rester optimiste face à nos maigres victoires depuis. En attendant Ghislain, le Chien rouge te souhaite de bien profiter de ta liberté. Compte sur nous pour continuer d’aboyer avec toi : « Palestine vaincra ! »
Malo Toquet
https://rebellyon.info/La-vieillesse-emmerde-l-Etat-colonial-40073
Un dispositif de surveillance a été trouvé le 22 juillet 2026 dans une voiture en transit entre le sud-est et l’Auvergne-Rhône-Alpes.
Le dispositif a été découvert lors d’un changement d’autoradio, après que ce dernier ait été retiré de son emplacement. Deux micros (gauche-droite) étaient visibles en premier, collés à la paroi du cash plastique sous l’autoradio. Ils étaient reliés a un boîtier (bricolé sur la base du modèle Innova RB800) avec carte SIM (Orange) et carte micro SD, une petite batterie (1200 mAh) et une balise GPS (Taoglas, modèle datant de 2013). Le tout était ponté sur l’alim de l’autoradio et collé avec de la pâte collante à la paroi sous l’auto-radio.
La musique a bien dû leur casser la tête !

Indymedia Nantes / mercredi 29 juillet 2026
Dimanche dernier, le préfet s’est réveillé avec une douleur abdominale si vive qu’on aurait dit un tremblement de terre.
La cause ?
Un cauchemar éveillé : le projet de Centre de Rétention d’eau Administrative s’était effondré sous le poids des protestations, et surtout, le souvenir brutal d’une décision idiote cruelle. La semaine précédente, dans un élan de zèle mal placé, il avait validé l’installation de grilles de sécurité le long de la route du projet de CRA dans la forêt. Vers 3 heures du matin, une vision hantait ses yeux : celle des images de la Gironde, où des incendies dévastateurs ravagaient des paysages entiers. Les animaux de la forêt étaient pris dans le brasier, les pompiers ne pouvaient pas intervenir faute d’accès.
La peur de voir son champ de manœuvres devenir un brasier l’avait saisi à point. « Mais pourquoi ai-je fait ça ? » se hurla-t-il à lui-même en se redressant dans son canapé « Mais quel con, c’est de la folie ! ». D’un bond, il sauta du lit, enchaîna ses charentaises et fonça vers la maison d’arrêt voisine du projet, décidé à corriger ses erreurs dans la nuit. Mais quelle ne fut pas sa surprise ! Il réalisa, une fois sur place, qu’il avait oublié ses outils. Et pour couronner le tout, il portait toujours ses charentaises et son pyjama à carreaux, totalement inadaptés à la marche dans les ronces épineuses.
« Bon sang, je suis un préfet, pas un clown ! »
grommela-t-il en rebroussant chemin en trombe.
Il retourna chez lui, récupéra des clés et enfila des bottes robustes, prêtes à affronter les ronciers. Revenu sur les lieux, il se lança dans une tâche titanesque : déboulonner toutes les grilles, retirer des plots en béton et tout jeter dans les ronces. Pendant trois heures, il travailla comme un forcené, suant à grosses gouttes, les vêtements collés à la peau. Le lendemain, il n’irait pas à la salle de sport.
« C’est du sport, » se dit-il en essuyant son front dégoulinant,
« réparer ses propres conneries, c’est levrai workout ! »
Quant aux moutons de Lidl et aux chevreuils du champ de manœuvres, ils ont bien rit de cette scène nocturne, voyant un préfet en charentaises, puis en bottes, se battre contre des plots de béton, des grilles en alu et les ronces. Le pire c’est quand il marcha sur les pattes d’un blaireau qui aussitôt lui croqua les guiboles.
Le lendemain, un journaliste local, intrigué par la disparition des grilles, tenta de percer le mystère. En arrivant sur place, il trouva le préfet, épuisé, en train de manger une baguette de pain rassis et du pâté Enaff, assis sur un plot de béton qu’il avait lui-même arraché.
« Vous avez vu les moutons de Lidl ? » lui demanda-t-il, les yeux cernés.
« Ils m’ont jugé ! Ils ont ri de mes charentaises ! »
Le préfet, le souffle court, ajouta : « Je pensais faire une œuvre utile, mais en réalité, je suis devenu le sujet d’une comédie animalière. »
Les moutons, de leur côté « rire de plus Bêle »,
tandis que le blaireau ne pouvait plus s’arrêter de rire du fond de son trou.
Bon en vrai, c’est pas comme ça que ça s’est passé. Les animaux qui rigolent du préfet, passe encore, mais un préfet qui a des scrupules, on se doute que vous n’y avez pas vraiment cru. La vérité, c’est qu’à défaut de prise de conscience du préfet, on a du s’en charger nous même, et on peut vous dire qu’on s’est bien amusés. La prochaine fois, on vous invitera. Les risques juridiques sont très limités, le cadre est sympa et il y a dans l’air un délicieux parfum de subversion.
À bientôt !
Et, selon un commentaire à l’article ci-dessus, « Les barrières ont été remises en place mardi dernier. Des gens sont chauds pour y aller ? C’est rue de la Mainguais, au niveau de l’arrêt de bus « Nouveau Bêle ». […] Prévoir une clé à molette ou un jeu de clés plates.»
Une vidéo (on en trouvera d’autres sur Indymedia Nantes)
Indymedia Nantes / samedi 1er août 2026
Un dispositif de surveillance a été trouvé le 22 juillet 2026 dans une voiture en transit entre le sud-est et l’Auvergne-Rhône-Alpes.
Le dispositif a été découvert lors d’un changement d’autoradio, après que ce dernier ait été retiré de son emplacement. Deux micros (gauche-droite) étaient visibles en premier, collés à la paroi du cache plastique sous l’autoradio. Ils étaient reliés a un boîtier (bricolé sur la base du modèle Innova RB800) avec carte SIM (Orange) et carte micro SD, une petite batterie (1200 mAh) et une balise GPS (Taoglas, modèle datant de 2013). Le tout était ponté sur l’alim de l’autoradio et collé avec de la pâte collante à la paroi sous l’auto-radio.
La musique a bien dû leur casser la tête !
reçu par mail / jeudi 29 juillet 2026
Si la réception de la brochure a été assez largement positive – du moins dans les quelques retours reçus – elle a aussi suscité de vives attaques, principalement concernant la partie sur les « leurres identitaires ». Cela a même valu quelques mots doux lors d’une causerie dans des rencontres anarchistes, certaines personnes qualifiant le texte de « raciste » et « transphobe ». Au passage, à titre perso, quand je considère que quelqu’un porte une position raciste et/ou transphobe, surtout dans ce genre d’espace, j’essaie de faire en sorte de le virer, et si je n’y parviens pas, je me casse. Mais il semble que porter jusqu’au bout les conséquences de sa pensée exprimée ne soit pas un principe de base pour tout le monde.
Cela a aussi valu d’assimiler les positions tenues dans la brochure à celles de Vanina, autrice du bouquin Les leurres postmodernes contre la réalité sociale des femmes, ainsi qu’à Tomjo, co-auteur de Mes vacances à Saint-Imier chez les agresseurs bienveillants et compagnon de route de PMO. Pour que les choses soient claires : je ne partage pas du tout les mêmes positions et suis en général en partie d’accord avec les critiques qui leur sont faites. Vanina, par exemple, me semble homogénéiser les mouvements queers et intersectionnels, pourtant traversés de tendances contradictoires, pour en faire une des causes principales de l’affaiblissement du féminisme révolutionnaire (ce qui n’en fait pas, comme j’ai pu l’entendre et le lire, une « facho » ou autre insulte de ce goût-là). Tomjo ne se contente pas de son côté d’homogénéiser queers, intersectionnel-les, wokes, postmodernes ou déconstruits, il reprend des clichés réacs certes avec style, mais surtout avec un ton méprisant.
Je dois dire que j’ai été étonné, puisque la critique dans la brochure porte sur les logiques réformistes issues des politiques identitaires (et poursuit ainsi un travail critique des pièges réformistes entamé dans les parties précédentes sur l’autogestion, poursuivi sur les projets de retour à la terre, l’expérience de la ZAD de NDDL, l’antifascisme ou l’électoralisme). Le texte n’est en rien une critique des dynamiques anarchistes et révolutionnaires du mouvement queer, mouvement dont il n’est pas question dans la brochure, et encore moins des personnes s’engageant dans un processus de transition. Il s’agit en fait de critiquer des logiques réformistes, comme il y en a dans un certain antifascisme, féminisme, milieu alterno, etc. Et ces critiques sont d’ailleurs portées depuis l’intérieur même du mouvement queer. Critiquer les théories foucaldiennes sur le pouvoir me semble aussi très utile, tant elles se sont imposées jusque dans le mouvement anarchiste. De même, il me semble important de rappeler que l’individu-e, dans un sens anarchiste, est bien plus large que toutes les cases identitaires. D’ailleurs, le mouvement queer a participé à sa manière à faire éclater ces cases. L’étonnement passé, il faut bien avouer que le texte aurait gagné à rappeler qu’il existe des dynamiques plus intransigeantes et plus intéressantes. Je ne les ignore pas et essaie de participer à en diffuser les positions depuis bien des années (George Jackson Brigade, Queer ultraviolence, Ma randonnée sans balise, Trans n’est pas transhumanisme, etc.). Il aurait très certainement fallu les évoquer, d’autant que cette brochure circule en-dehors du mouvement anarchiste (et c’est une très bonne chose et un objectif). Il s’agit là effectivement d’une erreur.
Cela aurait en outre peut-être permis d’empêcher – ou du moins de limiter, tant le sujet semble sensible et propice aux vives réactions – les extrapolations faites sur le texte, comme par exemple concernant la mixité choisie. Il n’en est pas question dans le texte, mais certaines personnes ont curieusement cru y voir une critique de la mixité choisie. Je n’ai aucun souci avec ça, au contraire, je considère que cela peut être un outil utile (tant que ça ne devient pas une fin en soi). Et les gens sont de toute façon libres de s’autoorganiser comme ils et elles le souhaitent ! Il y a toutefois des critiques portées qui me semblent injustes, comme par exemple sur le fait que la brochure oublierait le patriarcat. Certes, ce n’est probablement pas assez développé (comme bien d’autres sujets, comme l’enfermement). Ce n’est qu’une brochure sur un sujet bien vaste… Il est tout de même fait référence à La Voix des Femmes et aux Mujeres Libres, par exemple et entre autres. Il y a surtout l’évocation du soulèvement en Iran aux cris de Femme ! Vie ! Liberté ! dès l’introduction, choix qui n’est évidemment pas fait au hasard, mais bien pour rendre explicite dès le départ l’idée que la lutte contre le patriarcat (et la religion) fait partie des fameuses perspectives révolutionnaires à ouvrir. Mais quand on ne veut pas voir…
Je rappelle donc la partie centrale de ce chapitre, qui me semble assez claire pour éliminer tout soupçon de racisme, de transphobie ou autre position nauséabonde :
« S’il existe une lutte centrale, c’est celle pour arracher des pans d’autonomie, pour la maîtrise de sa vie et de son propre corps, pour l’appropriation des finalités de ses activités, pour le contrôle de ses gestes et de ses décisions, pour la possibilité de rencontrer autrui dans un rapport égalitaire. L’individu-e fait donc bien ce qu’il veut de son cul et de sa vie. Automatic word wrap
Il y a il me semble une erreur sur ce qu’est et a toujours été la question sociale. La question sociale a toujours été plus large que la lutte des classes entre bourgeois et prolétaires, ou que le clivage entre riches et pauvres. Le système actuel a émergé du fait du mouvement des enclosures et de la mise en propriété des terres contre les paysans et paysannes, de la mise au travail sous la contrainte, de la radicalisation de la misogynie, de la traite ‘’négrière’’ et de la colonisation, de la famille nucléaire qui s’est imposée. Elle inclut dès le départ la domination masculine, le racisme, le contrôle de la sexualité et de la vie quotidienne. Il en découle que pas plus que de conflit central, il n‘existe de sujet révolutionnaire. La question sociale qui prévaut est probablement celle de la négativité ou non de la hiérarchie et du pouvoir ; de la lutte contre toute forme d’exploitation et de domination, donc ».
Il n’y a pas de lutte prioritaire sur d’autres, et le patriarcat est un système de domination plus ancien que l’Etat et le Capital, complètement déployé chez des chasseurs-cueilleurs comme les Aborigènes australiens par exemple. Renverser l’Etat et détruire le capitalisme ne suffira pas à en finir avec l’inceste ou la culture du viol.
La fin de cette partie est peut-être un peu maladroite, lorsque le texte essaie de dégager des cibles qui seraient plus stratégiques. Pour certains et certaines, elles oublieraient le patriarcat et le colonialisme. Il me semble pourtant que l’industrie militaire ou les frontières, par exemple, sont des cibles assez explicites aussi contre le patriarcat et le colonialisme… et sont par ailleurs des piliers de l’ordre établi empêchant toute possibilité de changement réel dans la vie quotidienne, et donc de construction d’un monde nouveau plus désirable dans lequel pourraient s’épanouir des relations débarrassées du pouvoir – y compris sur les corps et la sexualité, et même dans le cercle intime.
La réception d’une brochure, y compris quand elle est positive, peut décidément réserver des surprises. Cela a été le cas du côté d’ « anarchistes » explicitement religieux et très complaisants avec des groupes autoritaires et antisémites comme le Hamas. Il y a pourtant une critique explicite des luttes de libération nationale et de ce genre de groupes dans la brochure, ainsi qu’une occurrence de l’expression « sans dieux ni maîtres ». Je rappelle toutefois, pour que les choses soient claires, que je suis convaincu que la perspective révolutionnaire contre tout pouvoir ne peut être que critique de la religion.
La brochure La flamme d'or. Ouvrir des perspectives révolutionnaires est dispo ici : https://trognon.info/Brochure-Ouvrir-des-perspectives-revolutionnaires-926
Si la réception de la brochure a été assez largement positive – du moins dans les quelques retours reçus – elle a aussi suscité de vives attaques, principalement concernant la partie sur les « leurres identitaires ». Cela a même valu quelques mots doux lors d'une causerie dans des rencontres anarchistes, certaines personnes qualifiant le texte de « raciste » et « transphobe ». Au passage, à titre perso, quand je considère que quelqu'un porte une position raciste et/ou transphobe, surtout dans ce genre d'espace, j'essaie de faire en sorte de le virer, et si je n'y parviens pas, je me casse. Mais il semble que porter jusqu'au bout les conséquences de sa pensée exprimée ne soit pas un principe de base pour tout le monde.
Cela a aussi valu d'assimiler les positions tenues dans la brochure à celles de Vanina, autrice du bouquin Les leurres postmodernes contre la réalité sociale des femmes, ainsi qu'à Tomjo, co-auteur de Mes vacances à Saint-Imier chez les agresseurs bienveillants et compagnon de route de PMO. Pour que les choses soient claires : je ne partage pas du tout les mêmes positions et suis en général en partie d'accord avec les critiques qui leur sont faites. Vanina, par exemple, me semble homogénéiser les mouvements queers et intersectionnels, pourtant traversés de tendances contradictoires, pour en faire une des causes principales de l'affaiblissement du féminisme révolutionnaire (ce qui n'en fait pas, comme j'ai pu l'entendre et le lire, une « facho » ou autre insulte de ce goût-là). Tomjo ne se contente pas de son côté d'homogénéiser queers, intersectionnel-les, wokes, postmodernes ou déconstruits, il reprend des clichés réacs certes avec style, mais surtout avec un ton méprisant.
Je dois dire que j'ai été étonné, puisque la critique dans la brochure porte sur les logiques réformistes issues des politiques identitaires (et poursuit ainsi un travail critique des pièges réformistes entamé dans les parties précédentes sur l'autogestion, poursuivi sur les projets de retour à la terre, l'expérience de la ZAD de NDDL, l'antifascisme ou l'électoralisme). Le texte n'est en rien une critique des dynamiques anarchistes et révolutionnaires du mouvement queer, mouvement dont il n'est pas question dans la brochure, et encore moins des personnes s'engageant dans un processus de transition. Il s'agit en fait de critiquer des logiques réformistes, comme il y en a dans un certain antifascisme, féminisme, milieu alterno, etc. Et ces critiques sont d'ailleurs portées depuis l'intérieur même du mouvement queer. Critiquer les théories foucaldiennes sur le pouvoir me semble aussi très utile, tant elles se sont imposées jusque dans le mouvement anarchiste. De même, il me semble important de rappeler que l'individu-e, dans un sens anarchiste, est bien plus large que toutes les cases identitaires. D'ailleurs, le mouvement queer a participé à sa manière à faire éclater ces cases. L'étonnement passé, il faut bien avouer que le texte aurait gagné à rappeler qu'il existe des dynamiques plus intransigeantes et plus intéressantes. Je ne les ignore pas et essaie de participer à en diffuser les positions depuis bien des années (George Jackson Brigade, Queer ultraviolence, Ma randonnée sans balise, Trans n'est pas transhumanisme, etc.). Il aurait très certainement fallu les évoquer, d'autant que cette brochure circule en-dehors du mouvement anarchiste (et c'est une très bonne chose et un objectif). Il s'agit là effectivement d'une erreur.
Cela aurait en outre peut-être permis d'empêcher – ou du moins de limiter, tant le sujet semble sensible et propice aux vives réactions – les extrapolations faites sur le texte, comme par exemple concernant la mixité choisie. Il n'en est pas question dans le texte, mais certaines personnes ont curieusement cru y voir une critique de la mixité choisie. Je n'ai aucun souci avec ça, au contraire, je considère que cela peut être un outil utile (tant que ça ne devient pas une fin en soi). Et les gens sont de toute façon libres de s'autoorganiser comme ils et elles le souhaitent ! Il y a toutefois des critiques portées qui me semblent injustes, comme par exemple sur le fait que la brochure oublierait le patriarcat. Certes, ce n'est probablement pas assez développé (comme bien d'autres sujets, comme l'enfermement). Ce n'est qu'une brochure sur un sujet bien vaste… Il est tout de même fait référence à La Voix des Femmes et aux Mujeres Libres, par exemple et entre autres. Il y a surtout l'évocation du soulèvement en Iran aux cris de Femme ! Vie ! Liberté ! dès l'introduction, choix qui n'est évidemment pas fait au hasard, mais bien pour rendre explicite dès le départ l'idée que la lutte contre le patriarcat (et la religion) fait partie des fameuses perspectives révolutionnaires à ouvrir. Mais quand on ne veut pas voir…
Je rappelle donc la partie centrale de ce chapitre, qui me semble assez claire pour éliminer tout soupçon de racisme, de transphobie ou autre position nauséabonde :
« S'il existe une lutte centrale, c'est celle pour arracher des pans d'autonomie, pour la maîtrise de sa vie et de son propre corps, pour l'appropriation des finalités de ses activités, pour le contrôle de ses gestes et de ses décisions, pour la possibilité de rencontrer autrui dans un rapport égalitaire. L'individu-e fait donc bien ce qu'il veut de son cul et de sa vie.
Il y a il me semble une erreur sur ce qu'est et a toujours été la question sociale. La question sociale a toujours été plus large que la lutte des classes entre bourgeois et prolétaires, ou que le clivage entre riches et pauvres. Le système actuel a émergé du fait du mouvement des enclosures et de la mise en propriété des terres contre les paysans et paysannes, de la mise au travail sous la contrainte, de la radicalisation de la misogynie, de la traite ‘'négrière'' et de la colonisation, de la famille nucléaire qui s'est imposée. Elle inclut dès le départ la domination masculine, le racisme, le contrôle de la sexualité et de la vie quotidienne. Il en découle que pas plus que de conflit central, il n‘existe de sujet révolutionnaire. La question sociale qui prévaut est probablement celle de la négativité ou non de la hiérarchie et du pouvoir ; de la lutte contre toute forme d'exploitation et de domination, donc ».
Il n'y a pas de lutte prioritaire sur d'autres, et le patriarcat est un système de domination plus ancien que l'Etat et le Capital, complètement déployé chez des chasseurs-cueilleurs comme les Aborigènes australiens par exemple. Renverser l'Etat et détruire le capitalisme ne suffira pas à en finir avec l'inceste ou la culture du viol.
La fin de cette partie est peut-être un peu maladroite, lorsque le texte essaie de dégager des cibles qui seraient plus stratégiques. Pour certains et certaines, elles oublieraient le patriarcat et le colonialisme. Il me semble pourtant que l'industrie militaire ou les frontières, par exemple, sont des cibles assez explicites aussi contre le patriarcat et le colonialisme… et sont par ailleurs des piliers de l'ordre établi empêchant toute possibilité de changement réel dans la vie quotidienne, et donc de construction d'un monde nouveau plus désirable dans lequel pourraient s'épanouir des relations débarrassées du pouvoir – y compris sur les corps et la sexualité, et même dans le cercle intime.
La réception d'une brochure, y compris quand elle est positive, peut décidément réserver des surprises. Cela a été le cas du côté d' « anarchistes » explicitement religieux et très complaisants avec des groupes autoritaires et antisémites comme le Hamas. Il y a pourtant une critique explicite des luttes de libération nationale et de ce genre de groupes dans la brochure, ainsi qu'une occurrence de l'expression « sans dieux ni maîtres ». Je rappelle toutefois, pour que les choses soient claires, que je suis convaincu que la perspective révolutionnaire contre tout pouvoir ne peut être que critique de la religion.
https://passeursdhospitalites.wordpress.com/2026/08/01/juillet-2026-a-calais/
AU MOINS SEPT PERSONNES MORTES EN JUIN Le 10/07/26, un homme soudanais a été retrouvé mort sur la plage du Touquet. Il tentait la traversée avec sa femme et ses enfants qui ignorant qi'il n'était pas à bord se retrouvent seul.es en UK. Impossible pour elleux de voir le corps et d'assister aux funérailles. Le 23/07/26, le corps d'un homme a été découvert sur la plage de Berck-sur-mer. Le 27/07/26, le corps d'un homme a été (...)
La brochure est téléchargeable là
Page par page :
Cahier :
Et sinon voilà le texte :
Suis-je un.e bon.ne allié.e ?
La question se pose ces dernières années et on ressent souvent une peur de ne pas être quelqu'un.e de suffisamment déconstruit.e, de ne pas être suffisamment présent.e dans la lutte contre les oppressions et les dominations.
Mais c'est quoi être un.e allié.e au juste ? Et en quoi serait il/elle/iel bon.ne, mauvais.e, bof ? Et pourquoi l'utilisation de ce terme est-elle devenue omniprésente dans nos espaces de lutte, dans nos vies ?
Et allié.e de quoi ? de qui ? par rapport à quoi ? contre quoi / qui ?
Qu'est-ce qui est important dans mes rapports avec les autres ? Qu'est-ce qui fait que je vais avoir envie de rencontrer, ou pas, une personne, de m'organiser avec ?
Son identité ? Ses comportements ? Ses perspectives ? Ses pratiques et ses idées ?
Par "nous" on entend les gens qui vivent sur cette foutue planète en 2026.
Cela dit, dans ce texte, le "nous" pourra aussi renvoyer à ses autrices, qui sont au nombre de deux. Quatre mains, quatre yeux, deux cerveaux, à essayer de décortiquer les processus que nous voyons dans nos milieux (queer-féministes-anarchistes...), qui ne nous satisfont pas, voire qui créent des situations problématiques. Nous tenterons aussi de poser des perspectives et des envies, inspirées par des discussions collectives hyper intéressantes et des situations de conflits plutôt déprimantes.
On espère que ce texte nourrira des discussions collectives et interinviduelles, inspirant elles-mêmes d'autres textes, et autres.
De la nécessaire prise en compte des oppressions
Pour commencer on voudrait souligner en quoi la prise en compte des oppressions systémiques et leurs conséquences, on trouve ça nécessaire, logique et important.
Les oppressions sont des systèmes de hiérarchie, d'exploitation et de discrimination, de certains groupes par rapport à d'autres. Quand on subit une oppression, on le ressent dans beaucoup d'aspects de nos vies. Ça entraîne des conséquences sur comment on se construit, et donc sur notre personnalité, sur notre confiance en nous, sur ce qui nous semble normal ou pas, sur nos comportements. Mais aussi sur la thune qu'on a, sur nos codes sociaux, sur notre rapport aux administrations, au système judiciaire, sur les difficultés à avoir un taf, un logement, à se déplacer et à être dans les lieux. Ça joue dans nos relations avec les autres, aussi bien avec les gens dans la rue qu'avec nos proches. C'est impossible de faire une liste exhaustive de toutes les conséquences des oppressions dans nos vies parce que c'est omniprésent et complexe.
Pour donner quelques exemples, à un niveau individuel, les oppressions ça fait qu'il y a certaines personnes qui vont avoir plus tendance que d'autres à être valorisé.es, écouté.es, à être au centre, à parler beaucoup, à couper la parole, à se faire servir, à prendre des décisions. Alors que d'autres se retrouvent plus souvent dans des positions invisibles, ou de soin auprès des autres, à rendre des services, à ne pas être pris.es au sérieux, à s'adapter aux autres, à ne pas se sentir légitime, à être mal considéré.e.
Ces oppressions existent dans tous les espaces, y compris dans des milieux "militants".
Les dominant.es peuvent avoir tendance à penser qu'iels savent mieux que les opprimé.es comment iels sont dominé.es, à quoi c'est dû, et comment il faudrait lutter pour transformer ça. Alors que les personnes qui subissent les oppressions, de manière + ou - violente, intense et quotidienne, ressentent directement les effets concrets de celles-ci. Ce sont ces personnes qui sont le plus à même d'analyser comment fonctionne cette oppression et de dire quand une personne privilégiée exerce sa domination.
Ça nous semble donc important d'écouter et de faire confiance à une personne qui parle de son vécu et qui explique en quoi tel ou tel comportement est oppressif. D'avoir un peu d'humilité, de ne pas penser tout comprendre, de remettre un peu en question ce qui nous semble évident ou "normal".
En tant que personne qui ne subit pas une oppression, on trouve nécessaire de voir comment ça nous apporte des privilèges, comment on fait (qu'on le veuille ou non) exister cette oppression dans nos rapports aux autres, et essayer de modifier nos comportements. Et par rapport à la lutte contre cette oppression, il nous semble logique de respecter les volontés de mixités choisies des personnes qui subissent l'oppression, accepter de ne pas être au centre, pouvoir à des moments faire les petites mains, ne pas être toujours dans les rôles les plus valorisés.
Plusieurs trucs qui viennent d'être dit peuvent correspondre aux comportements d'un.e "bon.ne allié.e", mais on a aussi envie de dire en quoi cette notion-là ne nous parle pas.
Les dérives de la posture d'allié.es
- Les opprimé.e.s n'auraient jamais tort ?!
Prendre en compte les oppressions est donc nécessaire. Mais ce qui ne nous va pas c'est que parfois on se retrouve à analyser des situations uniquement sous ce prisme-là. Par exemple, pour se demander qui a raison ou tort on va juste regarder qui vit quelles oppressions et privilèges et se positionner du côté de la personne la plus opprimée. Parce que, pour certaines personnes, être "un.e bon.ne allié.e" c'est avoir une confiance totale en la parole des opprimé.e.s. Comme si les personnes qui vivent des oppressions ne pouvaient jamais se planter, ni avoir des comportements violents ou oppressifs. Partant du constat que les personnes qui vivent des oppressions sont bien souvent vues comme incapables, bêtes, pas dignes de confiance, violentes ou autres, on peut comprendre qu'il y ait une volonté de contrer ces stigmates, en leur donnant au contraire beaucoup de confiance et de valorisation. Ça nous paraît important d'y faire gaffe mais c'est quand même nécessaire de pouvoir se faire des critiques, parce que tout le monde peut avoir des comportements chiants ou dominants, même les opprimé.e.s. Et surtout, on peut encaisser des critiques et des retours à propos de nos comportements, même si on est opprimé.es, pour être ainsi plus en accord avec nos positions politiques et nos valeurs.
- Les allié.es et l'immobilisme
Un autre truc qui ne nous parle pas c'est cette idée que les personnes qui ne subissent pas directement l'oppression ne pourraient pas lutter contre des aspects de cette oppression. Écouter les personnes qui vivent l'oppression, ne pas prendre toute la place, être un peu humble, ça nous semble bien, mais ça ne veut pas dire ne rien faire.
Les allié.es se reposent sur les concerné.es, les concerné.es savent. Il y a une peur généralisée de "mal faire", d'être critiqué.e parce qu'on n'a pas été un.e bon.ne allié.e, mais ça fait que plein de personnes se figent dans l'immobilisme. Et en plus on peut se rassurer en se disant "je ne suis pas concerné.e donc ce n'est pas ma place d'agir". Agir et se planter nous semble plus intéressant que de ne rien faire.
- Quels sont les moteurs à vouloir être un.e "bon-ne allié-e" ?
Pourquoi est-ce qu'on a envie d'être vu-e comme un.e "bon-ne allié-e" ? Est-ce que c'est parce qu'on a intériorisé la culpabilité d'avoir des privilèges ? Est-ce que c'est par sens moral ? Est-ce que c'est parce que ça va faire de nous de meilleures personnes ? Parce qu'on va être valorisé.e ? Est-ce que c'est par empathie et qu'on veut essayer de participer à ce que les gens vivent mieux ? Est-ce qu'il y a un petit peu de "je suis la personne qui peut sauver ces gens" ?
On pense que ça n'existe pas réellement, ce n'est pas possible ni souhaitable d'agir juste pour les autres, de lutter contre une oppression qu'on ne subit pas, juste pour soutenir les personnes qui la vivent. Parce que même quand on croit agir par pur altruisme, il y a souvent des intêrets personnels cachés, comme le fait de se sentir mieux avec soi-même parce qu'on trouve qu'on a bien agi, ou être valorisé.e par les autres. Et on préfère l'idée qu'on a besoin de lutter contre toutes les oppressions, même celles qu'on ne vit pas, parce qu'elles sont toutes imbriquées, parce qu'elles permettent à ce monde de continuer et qu'on n'en peut plus de ce monde ! On veut lutter parce que notre problème c'est que ces dominations existent et qu'on ne pourra pas être libre tant que tout le monde ne sera pas libre (oui c'est une jolie phrase, mais ce n'est pas que théorique).
- Un.e bon.ne allié-e c'est une personne safe ?
Tout le monde a intériorisé les oppressions, personne n'est "safe". Nous n'avons pas envie de viser cet idéal safe inatteignable, tout comme la perfection est ni atteignable, ni souhaitable.
Sortir de l'idéal safe aussi parce qu'une des conséquences est que si on me dit "t'as eu un comportement oppressif", je vis ça comme un échec horrible, comme si j'étais une mauvaise personne, et donc je redoute ça plus que tout. Et ça fait souvent qu'on réagit mal, sur la défensive, ou bien en mode culpa x10 000. Ce sentiment exacerbé de culpabilité fait qu'on est tourné.e vers soi parce qu'on est trop mal de ce qu'on a fait, plutôt que vers l'autre. Ou encore, ça fait qu'on va trouver des stratégies pour continuer à dominer en scred.
- La centralité de la déconstruction individuelle
Un des buts des bon.nes allié.es est de "checker ses privilèges" et de se remettre en question, c'est ça qui devient principal dans la lutte contre les oppressions. Il est ainsi central de se déconstruire, d'enlever de nous toute trace de cette société, ne plus se comporter comme ci ou comme ça, adopter les codes du milieu. Bien évidement on ne remet pas en question le fait que des efforts sont nécessaires, que les dominant.es doivent comprendre comment iels oppriment et qu'iels arrêtent de le faire au maximum pour qu'on puisse s'organiser ensemble. Mais cet aspect, ce prérequis est devenu à la fois la seule chose demandée et la seule chose possible. La lutte contre les oppressions est devenue une lutte individuelle contre soi-même, dans la même temporalité des trucs vendeurs de "devenez la meilleure version de vous-même" et autre life coaching.
Contre le déterminisme et le séparatisme
- Le déterminisme
Dans ce contexte, ce qu'on entend par déterminisme c'est l'idée que nos comportements, nos choix, nos façons d'être et de penser, bref qui on est, serait uniquement le résultat des oppressions et/ou des privilèges qui nous traversent.
Nos comportements sont souvent liés à notre construction sociale et donc malheureusement il y a des façons de faire qui se retrouvent souvent chez les gens qui ne sont pas la cible de telle ou telle oppression. Schématiquement, les mecs cis hétéros, souvent parlent beaucoup et prennent peu soin des personnes qui les entourent. Et du coup, si on a été confronté.es 200 fois aux mêmes situations, c'est logique qu'on développe un certain rejet, qu'on ait un à priori négatif, un mécanisme de protection. Mais c'est enfermant de dire « tous les mecs cis hétéro sont comme ça ». Et donc même si on a une méfiance qui se comprend, ça nous paraît important de ne pas s'en satisfaire et encore moins de la politiser, dans des théories comme la misandrie.
Et on n'a pas non plus envie de dire "tou.te.s les opprimé.e.s sont comme ça". On entend parfois des phrases du style "tu dirais pas ça si t'étais queer", ou bien "quand t'es racisé.e tu penses d'une certaine façon"... C'est comme s'il n'y avait qu'une seule manière de vivre une oppression et qu'elle définissait entièrement les gens.
Chaque personne est un être complexe, on n'est jamais uniquement la somme de nos oppressions et de nos privilèges. On refuse l'idée qu'on n'aurait aucune aucune marge de manoeuvre, que tout serait déterminé d'avance.
- Non-mixité / séparatisme : outils ou perspectives ?
La non-mixité est pour nous un outil très important. Ça donne de la force, permet de s'organiser, etc. Aussi ça peut faire du bien à des moments de se retrouver avec des personnes avec qui on a des bouts de vécu en commun. Même si ça n'est que partiel et même si c'est parfois très limité : ce n'est pas parce qu'on vit une oppression qu'on la vit de la même manière, il y a plein d'autres aspects de nos vies à prendre en compte. Mais il y a une différence entre considérer la non-mixité comme un outil, et l'envisager comme une fin en soi. Dans ce cas c'est ce qu'on appelle le séparatisme : vivre, s'organiser, avoir des relations, uniquement entre personnes qui vivent une même oppression. Pour nous, la non-mixité est nécessaire à plein de moments, mais quand même, notre but c'est de les détruire ces cases identitaires.
Sur quelles bases on s'organise avec des gens ?
- Quand les réalités vécues ça devient plus important que ce qu'on en fait
On pense que ce qu'on vit comme oppression ça entraîne des conséquences sur nos vies, sur qui on est. Mais on ne trouve pas ça suffisant, de s'organiser uniquement sur des bases identitaires, sans prendre en compte nos perspectives politiques, contre quoi on lutte et comment. Et on a l'impression que c'est souvent ça qui se passe dans des milieux notamment queer féministes. La seule chose qui importe ce sont les oppressions vécues, c'est sur ces bases-là qu'on se réunit, qu'on s'organise. Alors qu'on peut vivre des oppressions en commun et lutter contre celles-ci de manières très différentes.
Par exemple il y a pas mal de féministes qui sont ouvertement racistes.
Il y a aussi des gens dont le but c'est l'intégration dans la société, genre que la victoire ça serait qu'il y ait une personne noire, trans et handie présidente de la république. De notre côté on aurait plutôt envie qu'il n'y ait plus de république, plus d'état et donc plus de président.e.
On est d'accord que la lutte contre la transphobie, le racisme et le validisme est nécessaire, et que lutter contre certains effets des oppressions sauve littéralement des vies. On a donc certains points en commun avec celleux qui voudraient une personne noire, trans et handie président.e. Mais quand même, nos buts sont vraiment très différents, du coup comment lutter ensemble si dans le fond on ne veut pas du tout la même chose ? Ou alors peut-être qu'on peut partager des moments précis, tout en sachant les limites que ça a ?
- Critique des luttes partielles
Un des points qui ne nous parle pas dans cette idée qu'il y aurait d'un côté les allié.es et de l'autre les personnes cibles d'une oppression, c'est que ça veut dire qu'on parle d'une lutte contre une seule oppression, tournée uniquement là-dessus. Si ce qu'on veut c'est détruire profondément ce système ça ne suffit pas de lutter contre une seule oppression, c'est nécessaire de s'attaquer à toutes en même temps. Et aussi aux autres structures de domination. Lutter contre toutes les oppressions évite de les hiérarchiser, d'en mettre une comme plus importante que les autres. Évidemment c'est difficile de tout faire en même temps et parfois il faut faire des choix. Mais même dans ces cas-là on peut l'exprimer, dire que là on a mis cette lutte au centre, que ça n'est pas satisfaisant, et continuer de se demander c'est quoi nos perspectives, c'est quoi qu'on vise.
Se centrer sur une seule oppression, ou seulement quelques-unes, a souvent comme conséquence de ne lutter que pour l'obtention de droits ou de choses matérielles. Cela reste hyper important et nécessaire, évidemment, d'aider les plus opprimé.es à accéder à des choses qui leur permettront de ne pas juste mourir. Clairement.
Parfois quand on lutte pour des conditions matérielles, on se retrouve à demander des choses à des institutions (des papiers, des meilleures conditions d'enfermement ou de travail...). On peut considérer qu'il y a un côté illogique à ça parce que c'est demander de l'aide à la structure qui est la source du problème : par exemple demander des papiers à un état alors que s'il n'existait pas il n'y aurait pas besoin d'en avoir et que tout serait bien mieux ! Mais en même temps c'est parfois inévitable de se retrouver à demander des choses à des institutions qui par ailleurs nous écrasent, parce qu'elles ont un pouvoir énorme et qu'on dépend d'elles sur plein d'aspects de nos vies.
Malgré ça, on trouve ça dommage quand des gens disent que "c'est une lutte pour des personnes opprimées donc il ne faut pas être trop radical". Nous affirmons qu'il est possible de lutter pour des améliorations de condition de vie tout en gardant l'objectif de changer profondemment l'ensemble de ce système !
De l'autre côté, il y a aussi d'autres manières de lutter qui ne nous conviennent pas non plus, car elles mettent l'accent uniquement sur les perspectives révolutionnaires, sans prendre en compte comment les oppressions sont omniprésentes et ont des conséquences importantes. Et c'est super chiant quand il y a des gens qui centrent tout sur le structurel, notamment avec cette idée que "on verra après la révolution" pour s'occuper du reste.
Nous pensons qu'il est indissociable de lutter contre les oppressions au niveau systémique et au niveau inter-individuel. Il est possible de lutter à la fois pour mettre la pression, être dans un rapport de force, tout en ayant des perspectives de destruction de la société, le tout sans dissocier les effets des oppressions et leurs causes.
- Pour des complicités et de la complexité dans nos liens
Nous avons envie que les liens qui se tissent entre les personnes d'un même milieu ou d'une même lutte reposent sur d'autres ressorts que la culpabilité ou la valorisation, les postures et les hiérarchies, les trucs de "plus radical.es que moi tu meurs" ni de "plus opprimé.es que moi tu meurs".
Nous avons envie d'avoir confiance, de pouvoir faire confiance aux autres, sur leurs raisons de lutter, mais aussi une confiance ensemble, pouvoir compter sur les autres face aux dangers que cette société nous envoie à la gueule. De pouvoir se mettre en danger ensemble.
Nous voulons des complices et non pas des allié.es.
Parce que ce terme renferme les notions de réciprocité, que si t'es ma/mon complice, je le suis aussi, chose qui n'est pas présente derrière le terme "allié.e".
Parce que nous prenons au langage juridique sa notion de complicité.
Parce que complices veut dire aussi que les personnes sont impliquées dans la même histoire, dans une même aventure, ici dans une même lutte.
Parce qu'en étant complices, on peut se retrouver à s'organiser ensemble tout en étant des personnes qui subissons des oppressions différentes. Ces différences peuvent exister sans être invisibilisées et sans nous séparer.
Nous voulons des complices car nous avons besoin de partager des perspectives communes avec les gens avec qui nous luttons : la perspective de détruire ce monde, entre autres réjouissances.
Conclusion
Voilà, c'était un coup de gueule parce que ça nous énerve ces dynamiques qu'on voit dans pas mal de réseaux queer/féministes.
On a aussi envie de dire qu'on galère toujours, parce que ce n'est pas facile de trouver un équilibre entre l'idéal qu'on voudrait atteindre et la réalité qui est souvent bien plus compliquée. À plein de moments on a des doutes. Parfois on croit qu'on arrive à créer des complicités entre personnes qui vivent des oppressions et privilèges très différents, et finalement on se retrouve trop frustrées et déçues. Mais il y a aussi des moments où ça nous fait trop de bien, où on arrive à en parler, où on sent qu'avec des gens on a vraiment des envies communes de détruire ce monde et les dominations qui vont avec, à tous les niveaux. Et rien que pour ça, ça vaut le coup !
Les prochaines assemblées du 102suudessous (102 rue de la délivrande à Caen) auront lieu le jeudi 13 août à 18h30 et le jeudi 27 août à 18h30.
Le 102suudessous est squatté depuis le 19 février 2026, au 102 rue de la Délivrande à Caen. C'est une grande maison qui doit être démolie pour laisser place à un énième projet de construction immobilière de cages à lapin, porté par le promoteur 3j promotion. Faut que l'économie tourne !
Dans un contexte politique et social dans lequel il est de plus en plus difficile de faire exister des espaces de lutte et de vie collective, ce lieu est une tentative de créer un espace pour s'auto-organiser, transmettre des pratiques et des connaissances, zoner, se rencontrer, discuter, et conspirer contre l'Etat et toutes les dominations.
Le lieu s'organise en assemblées régulières qui sont des moments de discussion, de propositions et de prises de décisions collectives. L'assemblée est ouverte à tout individu qui se reconnaît dans ces perspectives ou qui serait curieuxse de les découvrir.
La maison est répartie entre espaces privés des habitant'es et espaces collectifs. Il y a notamment un dortoir collectif pour les gens qui auraient envie de rester un peu, sollicitable en se pointant avec un duvet si possible, ou par mail.
Contact : 102suudessous (at) bastardi.net
Le quartier de la Plaine, à Marseille, est connu pour ses drôles d'oiseaux, ses punks et sa jeunesse délurée. Mais on a découvert qu'il abrite une autre espèce d'illuminés : ils répondent au nom de Pèlerins d'Arès et leur prophète connaît Dieu.
Tout a commencé par un bout de papier, distribué à la sauvette sur la Canebière. En lettres capitales : « LAISSONS MOURIR POLITIQUE ET RELIGION » ; au dos, une adresse, des horaires d'ouverture et la mention sibylline : « Les Pèlerins d'Arès ». Le lieu se trouve dans une rue attenante à la Plaine, trop proche de CQFD pour ne pas y jeter au moins un œil. Sur place, on découvre un local, peinture turquoise, qui passerait facilement pour l'une de ces petites boutiques branchées de centre-ville. Celui qui ouvre ce jour-là est un trentenaire en short-T-shirt : « Vous voulez un café ? » On prend plutôt un verre d'eau et on s'assoit face à lui : « C'est quoi les Pèlerins d'Arès ? » « Les Pèlerins t'invitent à te délivrer de tes croyances pour changer le monde. » Ah.
« Tu peux prier, méditer, faire du yoga, il n'y a pas de recette ! »
À l'origine du mouvement : l'ancien prêtre orthodoxe Michel Potay. Dans les années 1970, celui-ci aurait reçu, dans sa maison de la petite localité d'Arès (Gironde), une série de révélations : Jésus, puis Dieu en personne, lui auraient livré un évangile. Sur les conseils de sa femme, Michel a tout consigné dans Le Signe ou la Révélation d'Arès, un ouvrage où se mêlent considérations sur la pénitence et charges contre toutes les formes de pouvoirs – religieux, politique, financier, social, culturel. Depuis, une communauté s'est formée autour de lui. Et si le prophète est mort récemment, en 2025, les pèlerins continuent de prêcher sa promesse : changer l'homme pour changer le monde.
L'anarchie selon ArèsLe mouvement ne semble pas avoir fait beaucoup d'émules. Mais de nombreuses villes, de Paris à Bordeaux, de Toulouse à Lille, et même en Suisse, comptent de petits groupes d'« arésiens ». En 2016, sur son blog personnel, Michel Potay présentait cette constellation comme autant d'« Anarkhia de pénitents » : des « petites unités humaines libres », affranchies « des grandes masses » dont profiteraient « le pouvoir et les ambitieux ». La politique, elle, est rarement définie mais toujours renvoyée à son péché originel : « fabriquer des lois et offenser la liberté ». Convoquant Proudhon, Élisée Reclus, Tolstoï ou encore Jacques Ellul, le prophète charge néanmoins les « anars historiques » : « Comment ces assassins pouvaient-ils croire que tuer les puissants empêcherait qu'on les remplace ? […] Seul un travail apostolique de longue haleine sera efficace. »
Récemment, l'activité du mouvement s'est emballée au contact des Gilets jaunes. Toujours sur son blog, Michel Potay recense fièrement les apparitions d'arésiens en chasuble et pancarte à la main dans la presse locale. En commentaire, un fidèle se félicite que la médiatisation du mouvement « s'intensifie depuis sa participation à la contestation », et propose la création d'un « Comité de relations publiques » chargé de porter le message et le « rôle prophétique » de Michel Potay. Une autre note de blog précise, toujours dans cette veine politico-mystique, « les revendications du Gilet jaune Michel Potay » : bâtir de « petites souverainetés françaises indépendantes », peuplées « d'humains pénitents, aimants, pardonnants, pacifiques, intelligents et libres spirituellement qui finiront par vivre en hommes de Dieu ».
Foi sans recette, recettes de la foiLa lecture du blog de Michel nous a un peu paumés, mais notre interlocuteur marseillais répond à toutes nos questions avec chaleur. Faut-il être croyant ? « Juif, bouddhiste, chrétien, musulman ou humaniste, le message d'Arès est universel. » Faut-il prier ? « Tu peux prier, méditer, faire du yoga, il n'y a pas de recette ! » Comment s'engager concrètement ? « On tient des permanences, on parle aux gens dans la rue et une fois par an, on fait un pèlerinage à Arès, mais rien d'obligatoire. » Une seule question semble le mettre dans l'embarras : si Michel Potay a tout quitté pour se consacrer à sa révélation, comment subvient-il à ses besoins ? « Dans son message, Dieu lui a dit : “Si des gens peuvent vous filer un peu de sous pendant que vous vous occupez de ça…” » On ravale notre envie de rire.
De retour à la rédac, on fouille dans les statuts de l'association. Michel Potay, « Personnalité Tutélaire », reçoit effectivement un salaire et des indemnités en sa qualité de « Prédicateur ». Le montant n'est pas indiqué. Mais le document nous apprend qu'il existe plusieurs niveaux d'engagement : les simples pèlerins ou les « Frères et Sœurs de foi » ; les « Postulants », qui demandent à rejoindre l'association ; les « Sociétaires », dont la candidature a été validée par le Comité d'administration ; les « Membres actifs », qui ont deux ans d'ancienneté et sont reconnus comme « dynamiquement et régulièrement engagés » ; enfin, les administrateurs, élus parmi ces derniers. Et si la hiérarchie peut paraître rigide, le prophète sait rassurer ses ouailles :« Je sais que vous ne faites pas partie […] du noyau dur engagé sur tous les fronts de notre foi active […], [mais je lis] votre petit courrier mensuel d'une très belle écriture accompagnant votre demi-dîme et je vous considère comme de mes très proches », répond-il à une « Sœur » dans la section commentaire de son blog.
À la fin de notre entrevue, on avait demandé à notre pèlerin si on pouvait feuilleter le livre de Michel Potay. Sur le site de l'Association pour la diffusion internationale de la révélation d'Arès, il est vendu 23 euros. Mais après une heure de discussion, il nous l'a gracieusement prêté : « Il y a quelques conseils pour prier si tu veux ! » C'est comme ça que commencent les sectes, non ?
Gaëlle DesnosQuand les Blancs sont en quête de sens, ils sont un petit nombre à aller piocher dans les savoirs des anciennes colonies... Si les touristes européens et nord-américains s'envolent jusqu'au Pérou pour prendre de l'ayahuasca, désormais, les chamanes se déplacent eux aussi en Occident. Une reconfiguration de ces rituels traditionnels teintée d'appropriation culturelle.
Après votre 35 heures épuisant et mal payé, vous rêvez de vous envoler à l'autre bout du monde pour partir à la recherche de votre identité en prenant de l'ayahuasca1 ? Vous avez lâché votre job dans l'associatif pour faire des soins énergétiques au son du tambour chamanique ? On n'est pas là pour vous blâmer mais sachez que vous faites partie d'un système de domination nommé « appropriation culturelle » : pour résumer, il s'agit de l'adoption ou de l'usage, hors de leur contexte d'origine, d'éléments culturels par un groupe dominant, souvent sans reconnaissance ni permission des communautés concernées. Le problème là-dedans ? Que les dominants se fassent du fric sur le dos de ceux qu'ils ont colonisés, dont ils ont effacé l'histoire et dont ils dépolitisent les savoirs. Au sein des mouvements New Age, on observe une utilisation libérale de symboles, de rituels et de figures spirituelles autochtones – c'est-à-dire sans formation ou transmission de la part des concernés et dans une logique marchande.
Pèlerins et psychonautesEn Amérique latine, le tourisme « mystique » se développe à grande vitesse : les touristes cherchent à vivre des expériences spirituelles. À tel point qu'au Mexique ou au Pérou, il existe désormais des circuits calibrés pour ce type de voyageurs. Les Occidentaux peuvent y découvrir des rites séculaires comme la cérémonie du cacao, l'ayahuasca, le peyotl ou encore le San Pedro2. Le sociologue Vincent Basset y a consacré sa thèse. Il définit « le tourisme mystique » comme « l'ensemble des activités individuelles ou collectives lors desquelles le touriste s'initie à des croyances et des pratiques mystico-religieuses dites traditionnelles par le biais de pratiques rituelles ».3
Hier, on effaçait et décimait des populations entières à travers une mécanique d'accaparement des terres et de conversion forcée. Aujourd'hui, par un retournement teinté de culpabilité occidentale, ces peuples deviennent des « bons sauvages », explique le chercheur. Ces « sages » ou ces « chamanes » auraient une perception du réel et du surnaturel qui nous échappe : ici, la figure de l'autochtone ne correspond plus à ce natif aux mœurs décadentes qu'il faudrait évangéliser, mais plutôt à un gardien de valeurs et de connaissances ancestrales, figé dans un passé immuable. Mais là encore, ils ne sont pas des sujets politiques à part entière.
Pourtant, depuis plusieurs dizaines d'années, les chamanes ont bien changé, et leur savoir s'est adapté à la demande. Soins au rythme du tambour, chamanisme de salon... Vincent Basset pointe une différence majeure : si le chamanisme porte « une visée de survie dans la nature » – on se connecte aux animaux et aux plantes pour acquérir leur savoir –, le néochamanisme, lui, « n'a aucune visée communautaire ou sociale » et est uniquement utilisé de façon individualiste. « Impossible de faire du chamanisme si on ne vit pas dans la nature », insiste le sociologue, qui ajoute : « On en fait une pratique mystique, magique, très spectaculaire, alors qu'initialement c'est très discret : un néophyte ne pourrait pas reconnaître un rituel s'il en voyait un. »
Vincent Basset distingue trois types de « touristes chamaniques » : le néophyte, qui ne connaît pas grand-chose au chamanisme et s'inscrit dans des ateliers pour faire son apprentissage ; le pèlerin, qui voyage régulièrement dans la région et est en lien direct avec la communauté dont il s'est approprié les éléments culturels grâce à sa culture livresque ; enfin le psychonaute, qui a l'habitude d'ingérer des substances hallucinogènes et qui s'inscrit à des stages pour pratiquer le néochamanisme.
Fini le troc vive le fricLes crises existentielles qui pullulent dans les sociétés capitalistes alimentent la machine à billets de la spiritualité. Si on additionne le chiffre d'affaires généré par les thérapies alternatives, les stages de bien-être, les retraites spirituelles ou les formations « énergétiques », on compte des milliards de dollars de recettes. « Aujourd'hui, en France, il y a trois festivals chamaniques avec plus de 250 intervenants, pour un public de 1 000 ou 2 000 personnes, comptabilise Vincent Basset. C'est un réel business ! » Dont rien, ou presque, ne revient aux peuples qui ont inspiré ces marchandises.
Au Mexique, certaines localités se sont spécialisées dans les séjours pour ce type de tourisme. À Tepoztlán, par exemple, des voyageurs âgés sont prêts à débourser entre 200 et 300 euros pour un week-end, et entre 2 000 et 2 500 euros pour une semaine de stage. Au programme : néochamanisme à gogo, entre jeûnes, hutte de sudation et cérémonie du cacao. Si un médiateur autochtone est présent, c'est souvent le seul habitant du coin à en bénéficier financièrement. « Normalement, le chamanisme est un troc mais aujourd'hui, toutes les cérémonies sont payantes, même dans les communautés traditionnelles qui ne demandaient aucune rémunération à la base », pointe le sociologue.
Ce marché de la transe prend des proportions industrielles. Selon un rapport de l'International center for ethnobotanical education, research, and service, plus de quatre millions de personnes à travers l'Amérique, l'Europe, l'Australie et la Nouvelle-Zélande ont consommé de l'ayahuasca au moins une fois dans leur vie. Rien qu'en 2019, on en compte 820 000. Le profil type du consommateur ? Trentenaire, diplômé d'études supérieures, cadre sup' dans le privé ou libéral. Faut avoir un certain niveau de vie pour aller chercher son moi profond jusque dans les pays du Sud global.
Very bad tripOutre le fait que ce type de demande désacralise des rituels centenaires – l'ayahuasca devenant une prise de drogue presque récréative –, les conséquences écologiques sont dramatiques : pour trouver les lianes à la base du mélange, il faut s'enfoncer toujours plus loin dans la forêt amazonienne, provoquant une surcueillette sauvage. Depuis l'an dernier, le peyotl est interdit à la consommation pour les non-Amérindiens : le cactus dont la substance hallucinogène est extraite a été déclaré en extinction. Mais cela n'empêche pas son extraction : la plante peut être directement envoyée en Europe. Les populations locales, quant à elles, craignent la fuite des capitaux touristiques si les vacanciers ne peuvent plus y avoir accès sur place. Et à trop se focaliser sur l'ayahuasca pour plaire aux Occidentaux, les savoirs sur les 6 499 autres plantes de la médecine traditionnelle, transmis oralement de génération en génération, risquent fort d'être oubliés.
Pour autant, alors que les jeunes autochtones avaient renoncé à se former au chamanisme à cause du prix et de la longueur de l'apprentissage (entre 10 et 12 ans), ces derniers s'y tournent de nouveau grâce à l'essor de cette économie touristique. Ce qui permet paradoxalement « une revitalisation culturelle, un engouement pour la vie traditionnelle et les carrières chamaniques », détaille Vincent Basset. Ou comment les anciens empires coloniaux, toujours maîtres de la Bourse, continuent de s'arroger le droit de vie, de mort et de résurrection des cultures millénaires.
Thelma SusbielleÀ trop se focaliser sur l'ayahuasca pour plaire aux Occidentaux, les savoirs sur les 6 499 autres plantes de la médecine traditionnelle, transmis oralement de génération en génération, risquent fort d'être oubliés
« Pour trouver les lianes à la base du mélange, il faut s'enfoncer toujours plus loin dans la forêt amazonienne, provoquant une surcueillette sauvage »
« Aujourd'hui, en France, il y a trois festivals chamaniques avec plus de 250 intervenants, pour un public de 1 000 ou 2 000 personnes, c'est un réel business ! »
« Justice morte », lit-on sur des pancartes. Jour des funérailles : le 29 juin dernier, avocat·es et juges, une fois n'est pas coutume, battent ensemble le pavé. L'agresseur : le garde des Sceaux himself. L'arme du crime : le projet de loi SURE (pour « Sanction utile, rapide et effective »), rebaptisé projet de loi sur la justice criminelle et le respect des victimes. Le contexte : le viol et le meurtre de Lyhanna, 11 ans. Et enfin, le mobile : mettre au pas l'institution judiciaire, ce « 3e pouvoir » un peu encombrant accusé par la droite et l'extrême droite d'être cafi de « juges rouges » – pourtant pas très soviets quand il s'agit de mettre du ferme à la petite délinquance en col bleu, distribuer des OQTF à la chaîne ou blanchir les flics qui ont du sang sur les mains…
Poulain de l'écurie sarkozyste, Gérald Darmanin a sauté du ministère de l'Intérieur à celui de la Justice. Mais on ne gère pas les toges noires comme on gère la volaille. Occupé à faire le coq sur les plateaux télé, monsieur le garde des Sceaux en oublie la Constitution qui garantit aux magistrats « la possibilité de prendre des décisions à l'abri de toute instruction ou pression ». Profiter d'un fait divers tragique pour reprendre les juges en main… La ficelle est grosse Gérald.
La faute aux gens-qui-font-mal-leur-travail, vraiment ? Le meurtrier présumé de Lyhanna – déjà dans les petits papiers de la Justice pour des affaires de viol sur mineures – est un arbre qui cache la forêt : 70 000 plaintes de ce type dorment dans les tiroirs. Est-ce à dire qu'à force de sabrer dans les dépenses publiques – le Syndicat de la Magistrature rappelle que les quatre magistrat·es d'Auch devraient être 23 pour atteindre la moyenne européenne –, ça a des conséquences sur la manière dont on rend justice dans ce pays ? Pas le temps pour l'enquête. Par contre, on met le paquet sur les procès expéditifs, histoire de renforcer un peu plus la justice de classe.
Sans faire nos mauvaises têtes, on voudrait aussi en finir avec le mythe du « monstre » et mettre sur le tapis la violence systémique qui règne dans notre République libérale et patriarcale (misère économique, culture du viol et de l'inceste, pour la faire courte), qui permet l'exploitation et l'invisibilisation de la vulnérabilité des laissé·es pour compte – les mineur·es isolé·es crèvent dans l'indifférence, tous les minots ne se valent pas. Mais ce n'est pas un garde des Sceaux, accusé d'agressions sexuelles et d'abus de pouvoir, qui mettra les mains dans la merde dans laquelle il se roule allègrement.
L'affaire Lyhanna donne du grain à moudre à l'extrême droite, mais aussi aux libéraux universalistes qui attisent le sentiment « anti juge ». Une aubaine pour décrédibiliser les condamnations de Le Pen et Sarko. Laxistes, fumistes ou marxistes, faudrait choisir les rageur·ses.
Si le monde de la chorale militante a une bible, c'est bien Tue-tête – Petit kilo de chansons belles & rebelles. Un recueil de centaines de chansons, allant de « 1er mai » à « Zog nit keyn'mol » (« Chanson du ghetto de Varsovie »), méticuleusement classées, commentées, étiquetées, et traduites le cas échéant. Diffusé hors commerce1, c'est le fruit de plus de quinze ans de boulot effectué par un collecteur passionné, qui préfère rester anonyme mais a accepté de raconter l'histoire de ce recueil. Verbatim.
« Je commence à collecter des chansons de lutte peu après les manifestations contre le CPE, en 2006. Le déclic ? Une soirée avec des copains plus ou moins proches autour d'une bonbonne de cinq litres de vin du Tarn. Au fil des verres, on finit par se mettre à chanter, divisés en deux bandes. D'un côté, il y a mes potes et moi, qui entonnons des morceaux de punk rock ou de Bobby Lapointe, et de l'autre, des amoureux de chants trad'. On se fait clairement laminer, d'autant qu'on a trop bu et qu'on connaît très mal les paroles.
« Recueillir les paroles d'un morceau s'apparente à une quête sociale et géographique »
Avec ces potes, camarades de concert avec qui je traîne le pavé à Lille, on réagit en se disant qu'on va apprendre des morceaux en entier. Chacun dans notre coin, on glane et on griffonne dans des carnets, avant de se les faire tourner. Si les autres s'arrêtent à cette étape, moi je continue. Au début pour me marrer, puis ça devient sérieux.
2006, c'est la préhistoire : pas de YouTube pour m'aider. Recueillir les paroles d'un morceau s'apparente à une quête sociale et géographique. Dès que je me rends dans une fête ou une lutte locale, j'enregistre des versions de chansons que je ne connais pas tout en notant frénétiquement les informations. Au final, ce sont des années de balades à travers la France et l'Europe, souvent en stop. Ça débouche sur un premier livre imprimé en 2011 grâce à une souscription. Il est très artisanal sur la forme2 et moins exhaustif. Son nom ? Karaoké chorale.
J'emporte ce premier recueil partout pour que les gens s'en emparent. Il ne dort pas dans un disque dur d'ordi, il se balade. S'il y a une soirée, je le pose dans un coin et les gens le feuillettent, en discutent, le corrigent. Il a un pouvoir d'attraction, comme du papier tue-mouches, et finit par dépasser les 1 000 pages. »
On a les meilleures chansons« Rétrospectivement, je me rends compte à quel point la chorale militante et son univers ont été indissociables de mon engagement politique. Alors que j'ai fait mes premières armes militantes dans des collectifs de défense des sans-papiers à Lille, vingt ans plus tard, je m'en souviens d'abord par le biais des morceaux qu'on y chantait. Exactement ce que tu me racontes au sujet de la lutte contre le réaménagement de la place Jean Jaurès à Marseille, la façon dont “Touchez pas à la Plaine” de Manu Théron continue à résonner à tes oreilles.
Plus tard, je m'installe à Toulouse et je rejoins un collectif au répertoire très éclectique : “À Las Barricadas”, “L'Hymne des femmes”, des mondines italiennes3, etc. Les entonner en manif permet d'être dans un autre registre que le tractage ou la sono de la CGT. Et puis c'est très ouvert : pas de problème si tu chantes faux. Et c'est une manière de faire un lien qui dépasse les luttes, qui passe aussi par les repas et les fêtes.
Tu soulignes qu'il y a dans le recueil beaucoup de chansons liées à la guerre d'Espagne. Logique : c'est un répertoire ancré localement. Toulouse a été la base arrière de l'anti-franquisme. Les petits-enfants de réfugiés y sont nombreux et ça flingue jusque dans les années 1970 contre le régime de Franco4. Personnellement, j'ai été bercé par le morceau “Juillet 1936” de René Binamé5. Ceci dit, j'ai alors une vision un peu scolaire et limitée du conflit, qui s'affine au fil des recherches. C'est une porte d'entrée vers un passé foisonnant.
« L'extrême droite actuelle a un répertoire extrêmement pauvre et se fonde sur des mélodies de type marche militaire »
Quand tu te plonges dans une telle masse de chansons historiques, tu découvres quantité de nuances où se glissent les drames de l'histoire. À Toulouse, il y a encore des anars qui arrachent les affiches du Parti communiste, à cause des purges de la guerre d'Espagne.
Bien sûr, la guerre civile se conclut par une défaite. Mais il y a une évidence : on a peut-être perdu mais on avait les meilleures chansons. Ça s'applique aussi en négatif à l'extrême droite actuelle, dont le répertoire est extrêmement pauvre et se fonde sur des mélodies de type marche militaire. Aucune poésie. Alors que c'est souvent ce qui donne la force aux chansons de lutte.
C'est aussi à Toulouse que je m'aperçois de la disparition progressive des lieux d'expression d'une contre-culture politique. Les squats ferment les uns après les autres tandis que la culture punk s'étiole. Et les chorales plus ou moins militantes remplissent en partie un vide, attirent non seulement des “vieux cons” mais aussi des jeunes qui, par ce biais, découvrent des pans d'histoire. Ça concerne aussi des coins paumés, où les nouvelles générations peuvent découvrir d'autres influences musicales que ce que les algorithmes déversent en ligne. »
En canon et sans chapelle« S'il y a des chansons d'Eddy Mitchell ou de Goldman dans le recueil, c'est parce qu'une chanson d'amour peut être politique, transcender l'existant. En fait, ça dépend des circonstances. On n'entonne pas la même chose en manif que dans un appartement ou au coin du feu. Et on ne peut pas se concentrer uniquement sur l'âpreté de la lutte ou les ravages de la répression. C'est parfois plus facile de rencontrer des gens et d'être dans le plaisir de la fête avec “Mourir sur scène” ou “Bambino” de Dalida…
Ce recueil a été conçu de manière à englober diverses facettes des luttes. Y cohabitent des chansons qui font l'apologie du droit de vote et d'autres qui appellent à brûler les urnes. Il y a certes un socle commun, l'anti-autoritarisme, mais ce n'est pas à moi de trancher entre les chapelles.
“La Java des bons enfants” est un bon exemple de la manière dont une chanson peut être interprétée différemment selon l'époque. Elle évoque la bombe posée en 1892 par deux anarchistes contre les bureaux parisiens de la société minière de Carmaux, alors en train de réprimer durement une grève de mineurs. Or, la bombe est découverte et transportée au commissariat de la rue des Bons Enfants, où elle explose6. Si bien que le texte est souvent interprété comme portant sur la haine des flics. Mais les paroles appellent avant tout à défendre une grève de mineurs par l'action directe. Et ce type de chanson suscite forcément le débat. La violence politique est-elle légitime ? Si oui, où placer les bombes ? »
La lutte à chœur« Beaucoup de gens ont participé plus ou moins directement à ce recueil, imprimé en 2022. Il a été rendu possible grâce au réseau des chorales, qui fonctionne globalement sur le mode autogestionnaire. Il y a beaucoup de tontines7] et de mises au pot. Et les rencontres entre chorales de toute la France, voire d'Europe, sont aussi centrales dans cet univers. Il y a toujours des nouveaux morceaux à se partager.
Depuis que le livre est paru, je n'ai pas arrêté de collecter. Parce que cette quête te dévore. Parfois je m'interroge : est-ce qu'à trop me focaliser là-dessus je n'ai pas un peu perdu le contact avec le militantisme classique ? Mais je crois qu'il est important de construire une passerelle entre monde militant et festif. Exactement ce que dit cette citation attribuée à Emma Goldman : “Si je ne peux pas danser, ce n'est pas ma révolution.” Je remplacerais juste “danser” par “chanter”… »
Propos recueillis par Émilien Bernard1 . On peut néanmoins le trouver dans quelques librairies bien achalandées. Ou bien le commander en envoyant un mail à nico.adresse@gmail.com.
2 . Ce qui n'est pas du tout le cas du très beau Tue-Tête, à la maquette peaufinée.
3 . Chants des ouvrières employées dans les rizières autour de la vallée du Pô, notamment au début du XXe siècle.
4 . Référence à la lutte des GARI, Groupes d'action révolutionnaires internationalistes, ayant fomenté des attentats à l'explosif contre les intérêts franquistes en France.
5 . Notamment le refrain : « Donne-moi ta main camarade / Prête ton cœur compagnon / Nous referons les barricades / Comme hier la confédération. »
6 . Extrait : « Dans la rue des Bons Enfants, / On vend tout au plus offrant. / Y'avait un commissariat, / Et maintenant il n'est plus là. / Une explosion fantastique / N'en a pas laissé une brique. / On crut qu'c'était Fantômas, / Mais c'était la lutte des classes. »
7 . Caisses collectives d'épargne.
Initialement publié dans le bulletin d'information de l'assemblée anticarcérale paname & environs (juin 2026). Je me suis permis de traduire la déclaration de Pepijn devant le tribunal. Vous pouvez lire l'original en néerlandais ici.
Vous pouvez soutenir Pepijn en lui écrivant une lettre à l'adresse ci-dessous : Pepijn Koops (13052956, 29/12/1970)
p/a P.I. Alphen aan den Rijn, afdeling West 2B (cel 26)
Eikenlaan 36
2404 BR Alphen aan den Rijn
Suit la déclaration de Pepijn devant le tribunal à l'occasion de son procès, qu'il n'a pas été autorisé à lire en intégralité :
L'empereur est nu !!!
Mesdames et Messieurs,Le pire crime que l'humanité soit capable de commettre est le génocide. Il a fallu le plus grand génocide, celui qui a eu lieu pendant la Seconde Guerre mondiale, l'Holocauste, pour que le monde en prenne conscience. Il nous a enseigné : « Plus jamais », « Nie wieder », « Nooit meer » – c'est ainsi qu'a été conclu l'accord sur la prévention du génocide, qui s'est malheureusement révélé n'être pour l'essentiel qu'une rhétorique creuse. Les survivant.es d'Auschwitz qui sont rentré.es aux Pays-Bas après la Seconde Guerre mondiale ont été accueilli.es avec hostilité. À la même époque, les Pays-Bas commettaient eux-mêmes des crimes de guerre contre le peuple indonésien. Au cours des deux dernières années et demie, les Pays-Bas ont assisté, en direct à la télévision, au déroulement d'un nouveau génocide. Les victimes sont les Palestinien.nes, l'auteur est Israël (à ne pas confondre avec la communauté juive). Les Pays-Bas considèrent Israël comme une nation amie et entretiennent avec des liens étroits, notamment économiques. Le massacre qui se poursuit depuis déjà deux ans et demi a été précédé par plusieurs décennies durant lesquelles les Palestinien.nes ont été marginalisé.es, humilié.es, opprimé.es et spolié.es par l'État israélien. Au cours de cette longue période, la population palestinienne a résisté de toutes les manières possibles : par des négociations de paix, en faisant preuve d'une résilience extraordinaire, et oui, également par la force. La raison pour laquelle les organisations palestiniennes ont été qualifiées d'« organisations terroristes ». L'État israélien est responsable de plus de morts parmi les civils que le Hamas, le Hezbollah et les Houthis réunis, et pourtant personne ne qualifie l'État israélien d'organisation terroriste…
Après le génocide, le crime le plus grave devrait être : soutenir, aider et encourager quiconque commet un génocide. Ou simplement détourner le regard et abandonner les victimes à leurs bourreaux. Qu'ont fait les Pays-Bas pendant qu'ils observaient ce qui se passait à Gaza et en Israël ?
Notre Premier ministre n'a cessé de répéter qu'Israël « a tout à fait le droit de se défendre » ; les investissements en Israël et les échanges commerciaux avec ce pays n'ont pas été sanctionnés par un boycott.
Le président israélien Herzog, qui avait auparavant inscrit son nom et des messages de mort sur une bombe destinée à être larguée sur Gaza, a reçu un accueil chaleureux de la part du roi Willem-Alexander lors de l'inauguration du musée de l'Holocauste à Amsterdam – l'artisan du génocide devant un monument qui commémore le génocide !
Les hooligans du club de football israélien Maccabi, qui ont été vus en train de scander les slogans les plus répugnants à l'encontre des Palestinien.nes et qui ont attaqué des militant.es pour la paix, ont été protégés par la police contre la colère des habitant.es d'Amsterdam. Ces habitant.es d'Amsterdam ont ensuite été qualifié.es d'antisémites par leur propre maire.
Les manifestant.es et militant.es opposé.es au génocide à Gaza, comme celleux de la commémoration du 4 mai par exemple, sont présenté.es comme des « antisémites » et placé.es sous surveillance, tandis que ceux qui continuent de minimiser le génocide sont libres d'aller et venir à leur guise.
Les Pays-Bas, qui abritent la Cour pénale internationale (CPI) à La Haye, ne font aucun effort pour protéger les procureurs et les collaborateurs de cette cour, ceux qui ont eu le courage de délivrer des mandats d'arrêt contre des ministres israéliens (dont Netanyahu), face aux tentatives sans précédent de représailles de la part d'Israël et des États-Unis ; Alors que les Pays-Bas critiquent le cessez-le-feu entre la Russie et l'Ukraine, au grand dam du médiateur Donald Trump, cela ne s'applique certainement pas au cessez-le-feu imposé aux Palestinien.nes le 10 octobre dernier par ce même médiateur, qui n'est pas vraiment impartial ;
Ce n'est qu'après des débats stériles et interminables que le gouvernement néerlandais a décidé, à contrecœur, d'accueillir cinq enfants palestiniens aux Pays-Bas pour qu'ils y reçoivent des soins médicaux.
PAYS-BAS : HONTE À VOUS !!!
Si c'est cela que les Pays-Bas considèrent comme la justice, alors c'est une insulte aux 6 millions de victimes de l'Holocauste ; si cela passe pour de la justice, alors la loi néerlandaise ne vaut RIEN à mes yeux. Et c'est précisément pour cette raison que j'ai choisi de ne plus me laisser perturber par ces lois sans valeur. C'est pourquoi, en toute franchise, j'ai décidé de mener une attaque symbolique contre l'ambassade d'Israël. Résultat : j'ai été arrêté et je suis détenu en attente de mon procès depuis déjà 9 mois. À cause de cette détention préventive, j'ai notamment perdu mon logement et mon emploi ; on m'a également réduit au silence de manière délibérée et empêché d'exprimer mes opinions. On prétend que j'ai été radicalisé et on m'a soumis à des tests psychologiques pour tenter de comprendre mon « comportement inexplicable ». Presque tout le monde désapprouve ce que j'ai fait, ou du moins émet de sérieuses réserves à ce sujet. Mais je vous le dis : j'ai de sérieuses réserves quant à ces très nombreuses personnes qui regardent, qui voient, mais qui choisissent de continuer leur chemin. C'est cela que je rejette. Je pense que ma réaction face au génocide qui se déroule à Gaza devrait susciter moins de questions sur mon bien-être psychologique que l'attitude d'indifférence et de déni pur et simple de la réalité affichée par beaucoup aux Pays-Bas et par ce gouvernement. Vous feriez mieux de leur faire passer des tests psychologiques. À quel point trouvez-vous vraiment radical que j'exige de mon gouvernement qu'il prenne clairement position contre le génocide et qu'il agisse en conséquence ? Et que, lorsque mes demandes restent sans réponse, j'amplifie mes propos en recourant à un niveau de violence tout à fait limité contre un bâtiment ? N'est-ce pas simplement le devoir de mes concitoyens et moi-même d'agir, maintenant que notre gouvernement se rend complice d'un génocide ? On m'accuse également de porter atteinte à l'ordre juridique. Faites-vous peut-être allusion à ce même ordre juridique qui a ignoré, non – qui a contribué à ce qu'un génocide ait lieu ? Dans ce cas, vous avez tout à fait raison : c'est précisément cet ordre juridique que j'avais l'intention de bousculer. Car ce n'est pas de l'« ordre », c'est du désordre.
Mesdames et Messieurs, je ne regrette pas mes actes. J'ai agi en accord avec ma conscience, je pourrai regarder dans les yeux mes petits-enfants, qui devront continuer à vivre dans ce monde. Vous pouvez me punir aussi sévèrement que vous le souhaitez pour ce que j'ai fait, mais sachez que si vous le faites, il n'y a pas de « justice » dont on puisse parler ici. J'ai dit ce que j'avais à dire.
Pepijn, La Haye, le 8 juin 2026
Sommaire No Way Home
En réponse au communiqué que nous avons publié de la part du Fire Ant Movement Defense, nous avons reçu cette contribution de la part d'Eric King , un anarchiste et ancien prisonnier politique qui à passé presque une décennie derrière les barreaux.
Donner sans consentement des informations à la police, procureurs ou autres personnes qui font partie de l'industrie de la justice est une des choses les plus dommageable que peux faire une personne, car elle expose des gens au danger d'une vaste structure qui existe dans le but d'infliger systématiquement des violences.
Ceux qui ont produit des aveux incriminant d'autres gens ne doivent plus jamais être considérés de confiance à propos d'informations qui pourraient faire courir des risques à quelqu'un. Et à cause du fait qu'il n'est pas possible de savoir quelles informations font partie de cette catégorie, cela veut donc dire qu'il faut les garder en dehors d'une grande partie des espaces et des relations.
Questionné par la police ou les juges, la seule décision éthique est le refus d'incriminer les autres. Quand tout le monde fait ça, les dommages que peut commettre l'État sont limités. Ceux qui pensent à donner des infos sur d'autres doivent comprendre qu'en faisant cela ils passent un point de non-retour. De la même façon, aucun accusé ne devrait être obligé de dépendre d'un comité de défense qui défend également quelqu'un qui l'a dénoncé.
Dans le même temps nous devons faire confiance aux accusés non-coopérants pour décider quel est la meilleure façon de les défendre et comment gérer ceux qui ont témoigné contre eux. Les agences fédérales essaient d'utiliser les affaires Prairieland pour criminaliser et diviser toutes celleux qui résistent. La répression d'État est faite pour infliger des dommages autant en terme d'impact immédiat qu'en créant des fragilités à long terme.
La polémique sur les décisions du comité de soutien dans l'affaire Prairieland ne doit pas décourager les gens dans le soutien aux accusés non-coopératifs. S'il-vous-plaît, donnez aux caisses de soutien, écrivez [aux prisonnier.es] et communiquez au sujet de leur situation difficile.
Ce qui suit est la contribution d'Eric King : No Way Home J'écris ceci en réponse au récent communiqué du Fire Ant Movement Defense – « Manufactured Betrayal », non pas comme une confrontation mais dans l'idée d'ouvrir un dialogue et de clarifier les valeurs que nous défendons. Ce n'est pas une attaque. Je partages mon point de vue basé sur mes expériences personnelles. Je ne suis pas expert ou arbitre en révolution, je suis simplement quelqu'un qui fut directement impacté par une petite merde à la langue pendue et qui ai vu des gens qu'il aime subir la même chose.
La prison est vraiment un endroit horrible. C'est un endroit où les gens peuvent mourir, brutalement. C'est un endroit qui vous impose la violence à chaque seconde de la journée. C'est un endroit qui active votre réaction combat/fuite jusqu'au point où elle est n'est jamais que combat. C'est un endroit qui vous change, dans votre façon de voir le monde, comment vous gérez le stress, etc. La prison vous fait faire des choses que vous ne pouvez oublier et avec lesquelles vous devez vivre. Elle prend le cœur de vos familles et les écrase encore et encore, tous les jours, ils s'inquiètent de savoir si vous allez bien, si vous êtes toujours là. Je suis libre depuis 2 ans et demi et je repense encore aux conditions dans lesquelles j'ai était forcé de vivre et aux traumas qui vivent encore en moi à ce jour.
Le communiqué de Fire Ant au sujet de Meagan Morris* sonne comme une insulte à toutes les personnes qui ont jamais été impactées par le système carcéral. Ce texte provoque de la confusion, est enrageant et douloureux. Fire Ant à fait du bon travail auprès des prisonniers, c'est pourquoi ce communiqué a ajouté à ma propre confusion et m'a fait mal aussi profondément.
Je ne comprendrai jamais, et je ne veux jamais comprendre le besoin d'être un défenseur des poucaves. Que Meagan Morris ait des regrets, ou que qui que ce soit qui collabore avec les flics exprime des regrets ne signifie rien face aux vies qu'elle a aidé à détruire. Le fait que Meagan ait finalement choisi de se rétracter ne veut rien dire. Elle a donné à l'État les munitions à utiliser contre nous, pas seulement les prisonniers de Prairieland, mais nous tous. Dans chaque affaire contre des gauchistes dans le futur, l'État pourra utiliser ses mots pour décrire nos amis, nos camarades comme des terroristes violents. Elle fait le travail de l'État à sa place. Elle à donné des informations à l'État pendant des HEURES. Qu'est ce qu'on branle ?
Comme l'as dit Fire Ant, beaucoup de nouveaux radicaux vont rejoindre la lutte après l'horrible répression d'État dont nous sommes témoins. Et les conversations que nous sommes en train d'avoir sont celles que nous devons avoir — mais il faut les avoir AVANT.
Quel risques sommes-nous prêts à prendre ? Quelles sont les pires conséquences possibles, même si vous vous croyez safe et peu importe la légalité des risques pris sur le moment ? Que feriez-vous si vous vous faites arrêter ? Qui sont les plus vulnérables ? Qui sont les plus prêts ? Ce sont des conversations qu'il faut avoir. Mais jamais nous ne devons planifier de réintégrer les poucaves dans nos communautés, jamais on ne doit s'aventurer à les comprendre, jamais on ne doit justifier et dire qu'ils ont payé le prix et que leurs remords suffisent. Honnêtement, nique ça.
En tant qu'abolitionniste, je ne veux pas voir les poucaves ou n'importe qui d'autres en prison. Je veux pas qu'elles soit blessées, harcelées, attaquées en ligne, ou ce genre de merde. Je n'ai pas le temps pour ça. Mais je ne comprendrai jamais l'idée qu'il faudrait les autoriser à réintégrer les communautés radicales. Pour quelles raisons on prendrait des risques pour la sécurité de QUI QUE CE SOIT juste pour apaiser la trahison et la culpabilité de quelqu'un d'autre ? Quel est le but ? C'est la ligne à laquelle je me tiens. Si mon meilleur ami devient ami avec une poucave parce que la poucave s'est excusée, je ne parlerai plus jamais à cet ami.
Créer des espaces de réintégration ça veux dire cracher aux visages de chaque détenu et aussi de sa famille. Ça veut dire regarder en face des gens qui ont dédié leurs VIES ENTIÈRES au mouvement et leur dire « Je sais que quelqu'un.e a égoïstement détruit ta vie et trahi tout ses engagements, mais iel s'en veut ».
Demandez-vous si Kuwasi Balagoon serait OK avec cet état d'esprit ? Ou Emma Goldman ou autre ? Nous vivons dans une époque où les gens établis et bien vus dans le mouvement créent un espace pour les traîtres. Ceux qui balancent sont des flics. Ce sont des gardiens de prison. Des juges et des procureurs. Ils ont pris les vies d'autres dans leurs mains et les ont réduites en pièces. Ils n'y a pas de place dans les mouvements et les orgas que j'aime pour des gens comme ça. C'est inconcevable. Est ce que Fire Ant Defense Movement pourrait regarder dans les yeux ma famille et leur dire que la personne qui a aidé à ce que je sois torturé, agressé sexuellement et hospitalisé a assez souffert ? Que ce n'est pas juste pour eux d'être exclus pour ma sécurité et celle des autres ? Que les émotions sont plus importantes que les brutalités qu'ils ont permis sur nous tous ?
Imaginez que le FBI ait lu le communiqué (nous devons présumer qu'ils les ont littéralement tous lus), seraient-ils heureux de nous voir considérer le retour des collabos au bercail ? Ils seraient ravis. 1). Ils saurais déjà que ceux qui ont parlé sont vulnérables à la pression et pourrais recommencer mais aussi 2). Ils pourraient facilement voir ça comme une porte ouverte en continu, sans aucune peur des conséquences. Comment cela doit être plus facile de convaincre quelqu'un de « faire le bon choix » quand ils peuvent prouver aux gens qu'il n'y a pas de conséquence durable à leur trahison. La confiance au sein du mouvement s'érodera aussi complètement. Comment imaginer que je pourrais faire confiance à un camarade qui a une ligne aussi molle sur un truc si dangereux ? Ce sont des questions de vie ou de mort. Ce n'est pas un petit débat idéologique, c'est mettre l'ensemble de la communauté en péril. Les portes du retour, même après la plus petite des collaborations, doivent rester fermées et les gens doivent le savoir. C'est le strict minimum qui doit arriver à ceux qui aident la police à détruire nos vies et maintenir le statu quo fasciste.
Je ne comprends pas le chemin de pensée derrière votre communiqué. Le « pourquoi de tout ça » ne fait pas sens pour moi. Ça ne fait même pas deux mois depuis les condamnations de Prairieland et on a déjà des déclarations de soutien pour les poucaves ? Les gens peuvent avoir leurs propres pensées et vivre leur vie et j'ai le droit de ne pas être en accord avec. Cependant ça m'a presque triggé de voir les gens qui ont dit aux flics où je me cachais et de m'imaginer qu'un camarade que j'aimais et en qui j'avais confiance me demanderait de redevenir ami avec la taupe. Les cicatrices sur ma tête, le sang dans ma bouche, la douleur dans mon cœur ne laisseront jamais cela advenir. Car j'ai de l'empathie pour ceux dont la vie a était ruinée par les balances, je ne serai jamais ami avec une balance. Balancer c'est décider que la vie de vos camarades vaut moins que la votre.
Ce sont mes idées. J'espère que je les transmets avec respect. Mais je suis blessé. J'ai envie de crier « C'EST QUOI CE MONDE ? » Certains de mes amis les plus proches et des gens que j'admire et soutiens se sont fait balancer, et j'espère que je ne verrai ou n'entendrai plus parler de leurs poucaves à nouveau. À mon avis, il ne doit pas y avoir d'espace pour ça. C'est une trahison de tout ce en quoi je crois de leurs donner un centimètre quand ils ont arraché des décennies.
Amour et respect à tout.es celleux qui supportent les prisonnier.es. Je te couvre le dos si tu couvres le mien.
Jusqu'à la Libération.
EK «Le capitalisme porte en lui la guerre comme la nuée porte l’orage» déclarait Jean Jaurès, qui avait aussi fait sien le slogan «Guerre à la guerre».
L’article Le 31 juillet 1914 : Jaurès assassiné par l’extrême droite, l’Europe se précipite dans la guerre totale est apparu en premier sur Contre Attaque.
Prochains ateliers d'écriture féministe
Par Tomécrit
Les Mots Bétons
"Les mots bétons" un cycle d'ateliers d'écriture ludique, créative et féministe en mixité choisie proposé animé par tom (@tomecrit_), bénévole pour l'association Ancrage.
Après « les mots ciments », un nouveau cycle d'ateliers d'écriture, « les mots bétons ». Qu'ils soient en l'air ou déjà par terre, des ateliers pour construire et imaginer avec les mots, bâtir des histoires et des liens, des possibles et des imaginaires.
Des ateliers d'écriture créative, dynamique et mouvementée sont basés sur le jeu et le groupe, dans une dynamique de créativité sans objectifs de performance, dans un cadre se voulant soutenant et accueillant. Les titres des ateliers peuvent sembler larges, effrayants, obscurs, abstraits, ils sont seulement un fil directeur et un thème de fond. Les étapes sont conçues pour que chacun.e trouve une direction à explorer, dans laquelle se sentir à l'aise ! :)
Pour qui ?
Des ateliers pensés comme des moments pour s'exprimer et construire ensemble, créer des récits et des liens. Ces espaces en mixité choisie s'adressent aux femmes cis, trans et/ou intersexes et personnes non-binaires à partir de 17 ans.
Aucune compétence ni aisance particulière à l'écrit ne sont nécessaires, que tu écrives souvent ou jamais, que tu ais très peur ou pas envie (enfin un peu quand même 😉 ), viens et on se débrouillera !
Tous les ateliers
*Explorer le féminisme dans le temps, l'espace et toutes les directions !*
2 heures de 18h30 à 20h30
A la Maison de la Vie Associative et Citoyenne de Grenoble
Bâtiment accès PMR
Pour connaître la salle voir l'écran d'accueil dans le hall
Jeudi 10 septembre 2026 - voir salle sur l'écran d'accueil
Voyage dans le temps : féminismes d'hier, d'aujourd'hui et de demain
Mardi 22 septembre 2026 - voir salle sur l'écran d'accueil
Chantier collectif : les récits fondateurs à la moulinette
Jeudi 22 octobre 2026
Les relations : ce qui nous lie
Mardi 1er décembre 2026
S'organiser, résister ensemble : la force du groupe
Infos et inscription
cette activité est à prix libre en soutien aux activités bénévoles de l'association Ancrage
les ateliers sont indépendants possibilité de s'inscrire à une ou plusieurs sessions
questions et inscription par mail tomecrit@mailo.com
des aménagements en cas de situations de handicap et besoins spécifiques sont possibles, ne surtout pas hésiter à me contacter
Tomecrit
Je m'appelle Tom, poéte.sse et animateurice d'ateliers d'écriture. J'écris surtout sur le quotidien, la vie de tous les jours et de façon plutôt brute. J'aime les mots, les sons, la joie que j'aie à les choisir, à jouer avec pour créer des images, des sensations ! Mon écriture est très liée au corps et nourrie par le temps que je passe dehors et à explorer différentes pratiques de mouvement. Elle est aussi et avant tout liée au partage, par les ateliers et en donnant à lire et entendre ce que j'écris.
@tomecrit_
Mon approche
Pour moi, écrire est politique et une façon que j'ai trouvée de rester fonctionnel.le avec mes vécus, de faire sortir ce qui me révolte, me fait mal et c'est ce qui m'a mené.e à ouvrir des espaces pour que d'autres puissent le faire. Je pense que l'écriture permet de s'exprimer, se libérer, se rassembler et reprendre un pouvoir d'action sur le réel. Mes ateliers sont conçus pour être accessibles à toustes, ma volonté étant de faciliter la libre expression et comment y (re)trouver du plaisir, de l'amusement, loin du contexte scolaire, sans « il faut » ni « je dois ». Chaque séance est construite autour de propositions de création, de lectures et de partages, seul.e ou à plusieurs et à partir de différents supports. J'ai à cœur d'accompagner et d'accueillir chaque personne qui vient à un atelier pour qu'elle se sente au mieux, que ce soit sa première fois ou non, le cadre est très libre, n'hésite pas à passer pour essayer ! :)
Le jeudi 1er octobre de 17h à 19h30
Au local d'Ancrage 5 rue Raoul Blanchard à Grenoble
Nous t'invitons au goûter de la Bibliothèque et Fanzinothèque de l'association qui est en cours de finalisation. Cette bibliothèque est un lieu ressource autour des thèmes de l'autodéfense et des violences pour permettre l'emprunt des ouvrages et l'organisation d'arpentages. On a besoin d'aide pour finir d'étiqueter, répertorier,... L'occasion de se rencontrer et prendre soin des petites tâches à réaliser autour d'un goûter désaltérant. Aussi, si vous souhaitez vous impliquer durablement dans la Bibliothèque et la Fanzinothèque, bienvenux ! :)
Si tu veux venir écris-nous pour nous prévenir de ta venue : contact@ancrage-autodefense.fr
Ou appelle-nous quand tu es devant le bâtiment.
Féministement !
Salut à tou·tes,
On propose un atelier sur le thème "comment prévenir le trouble du stress post-traumatique en cas de violences", notamment des violences policières ou d'autres violences d'éTat, des VSS ou d'autres violences patriarcales, coloniales, validistes, classistes...
On pourra parler spécifiquement du trouble du stress post-traumatique qui est une pathologie psychiatrique qui peut apparaître après l'exposition directe ou indirecte à des violences sévères notamment mais qui nécessite aussi d'autres ingrédients. L'idée est de repérer les événements qui peuvent induire un tel trouble, parler de ces autres ingrédients qui sont nécessaires pour qu'il apparaisse et donc de discuter ensemble de ce qu'on peut faire, à l'échelle de nos proches, camarades, groupes militants etc pour éviter le pire.
Cet atelier fait suite à celui du 21/07 (https://cric-grenoble.info/infos-locales/article/comment-accompagner-une-personne-qui-vient-de-subir-des-violences-5246?var_mode=calcul) qui était plus général sur comment accompagner une personne qui vient de subir des violences. Là, il s'agira spécifiquement de la prévention du trouble du stress post-traumatique, notamment pour les personnes qui viennent de subir des violences mais pas seulement elles.
On propose un atelier participatif de formation, ouvert à tou·tes sans pré-requis. L'idée est qu'on vient avec une trame et des concepts, qu'on propose une introduction théorique pour être sûr·es qu'on parle de la même chose puis qu'on demande aux participant·es qui le souhaitent de raconter leurs manières de gérer et on peut compléter avec le contenu qu'on a apporté si besoin. Des temps pour échanger sur nos compréhensions mutuelles et parfois différentes des situations sont aussi prévus.
On propose d'ouvrir les portes à 13h30 pour un temps convivial et sympa pour se rencontrer avant d'attaquer le vif du sujet, de faire un point sur le cadre à 13h45 environ, de commencer le vif du sujet à 14h. Un pause de 15' vers 14h45 et on vise la fin de l'atelier à 15h45 comme ça ça nous laisse 15' après pour débriefer.
Possibilité de rester discuter pour celleux qui le souhaitent après 16h mais pas longtemps (car on doit fermer le lieu avant 17h).
C'est ok que chacun·e apporte à boire et à manger (plutôt pour avant 13h45, après 16h et durant la pause). Espaces intérieurs non-fumeur. On demande aux personnes qui auraient besoin de boire de l'alcool de masquer les contenants et de ne pas en faire la promo. Si on ne peut pas aérer, on demandera si c'est possible de porter des masques (on essaye de les fournir).
C'est possible de poser toutes les questions que vous voulez à l'avance à renarde@gresille.org.
N'hésitez pas à en parler autour de vous si vous en avez envie et/ou sur vos réseaux, etc.
On ne cache pas qu'on s'inscrit dans une perspective abolitionniste pénale avec l'idée de répandre des pratiques autonomes et militantes de prendre soin les un·es, des autres pour pouvoir se passer des moyens oppressifs d'accompagner les situations de violence, mais c'est pas vraiment le sujet de l'atelier en soi.
"Prenons soin les un·es des autres pour abattre ce système de merde !" comme on dit des fois lors des rencontres du soin militant (https://cric-grenoble.info/infos-locales/article/rencontres-mensuelles-du-soin-militant-racines-5215), qui a donné l'impulsion pour cet atelier.
À plus,
Je me permets decrire ce texte dans le cadre du procès en appel de mon affaire, qui se tiendra les 17 et 18 décembre 2026 devant la cour d'assises d'appel d'Annecy, près de huit ans après les faits.
En février 2023, la cour d'assises de la Savoie a reconnu l'accusé coupable de viol et l'a condamné à cinq ans d'emprisonnement, dont deux ans avec sursis. À la suite de l'appel formé par l'accusé, cette affaire sera rejugée dans son intégralité.
Depuis 2019, cette procédure a profondément bouleversé ma vie. Au-delà du traumatisme initial, ces années de procédure ont eu des conséquences psychologiques, sociales, professionnelles et financières importantes.
En prenant aujourd'hui la parole, mon objectif n'est pas seulement de faire connaître mon histoire.
Je souhaite aussi contribuer à sensibiliser les gens aux conséquences d'un parcours judiciaire aussi long pour les victimes de violences sexuelles et rappeler les difficultés auxquelles elles sont encore confrontées.
C'est pourquoi je sollicite aujourd'hui votre soutien.
je vous serais très reconnaissante de pouvoir :
• relayer le dossier de presse auprès de vos adhérents et de votre réseau ;
• diffuser les informations relatives au procès des 17 et 18 décembre 2026 ;
• partager la cagnotte solidaire destinée à financer les frais engendrés par cette procédure d'appel ;
• relayer, si vous le souhaitez, cet appel au soutien sur vos réseaux sociaux
Chaque relais contribue à mieux faire connaître les réalités du parcours judiciaire des victimes et représente un soutien précieux dans cette nouvelle étape de la procédure.
Je vous remercie sincèrement du temps que vous avez pris pour lire mon texte.
Avec mes remerciements les plus sincères,
Charlotte g.
Victime et partie civile
✉️ soutiencharlotteproces@proton.me
• lien cagnotte : https://app.lacagnottedesproches.fr/cagnotte/apres-8-ans-de-combat-judiciaire-jai-besoin-de-votre-soutien/
• Lien groupe wattshapp pour l'organisation des 2 jours d'audiences : https://chat.whatsapp.com/GLdgNjuFO1PLHZ4Nky25oU
• Lien page facebook pour me soutenir : https://www.facebook.com/profile.php?id=61591970430522&rdid=co4Sr5GCSQ2WToSA&share_url=https%3A%2F%2Fwww.facebook.com%2Fshare%2F1DNaDWLafj%2F#
À moins d'un an de la présidentielle, une tribune initiée par l'Assemblée des quartiers et publié sur le Bondy Blog appelle à une large coalition antiraciste et antifasciste, ancrée notamment dans les quartiers populaires et les mouvements sociaux.
Nous, acteurs et actrices du mouvement social et de la société civile, engagés dans diverses luttes et mobilisations autour de la justice, des quartiers populaires, de l'immigration, du logement, de l'anti-impérialisme, de l'anticolonialisme, (…)
Le 1er août à Périgueux, une manifestation aura lieu dès 17h au départ de la Filature et jusqu'à la mairie de Périgueux, pour affirmer le refus de voir le Canon Français s'installer dans la région, à l'appel de plusieurs partis politiques et syndicats, ainsi que des collectifs antifascistes, dont l'Action antifasciste Charente et l'Action antifasciste des Deux-Sèvres.
Notre territoire ne doit pas devenir leur terrain de propagande. Face au Canon Francais, la mobilisation a déjà obtenu un (…)
Quand ?
Le 1 août à 19h
Où ?
Place du Trocadéro 75116 Paris
Nous vous attendons très nombreux-ses ce samedi à 19h Place du Trocadéro, à l'occasion de ce rassemblement co-déclaré par EuroPalestine et les Blouses Blanches pour Gaza (BBG) !
Réunion d'organisation du lieu de lutte autogéré la Grange de Montabot, le 26 août 2026 à 20h.
La prochaine réunion de la Grange de Montabot aura lieu le mercredi 26 août 2026 à 20h à la Grange.
Nous nous retrouverons notamment pour réfléchir à se coordonner et à s'organiser face au nouveau déploiement de la tentacule nucléaire Orano qui, avec son projet Aval du Futur, veut valider la relance du nucléaire (et ses nouveaux EPR) avec la gestion et le traitement des déchers des centrales (plus d'infos sur l'Aval du Futur avec le dernier tract sorti par Piscines nucléaires stop). Pour faire comme si elle tentait de convaincre la population, l'entreprise organise un cycle de conférence pour expliquer à la populace le parcours du combustible [ie : nucléaire].
Et pendant ce temp-là, Orano s'occupe surtout d'occuper le terrain là où elle en a vraiment besoin (sachant que la population, Orano s'en moque) via la presse entreprenariale.
Nous verrons aussi comment nous organiser pour les prochains chantiers qui nous attendent à la Grange : Barder le côté ouest du bâtiment en terre-paille pour protéger le mur des intempéries, concocter un abri pour la caravane sauna, mise en place du nouvel espace nouzbi (à une quinzaine de km de la Grange de Montabot), etc.
Ce sera aussi l'occasion d'échanger sur les différents sujets qui nous tiennent à coeur en amont du WE antifa qui se déroulera les 29 et 30 août 2026.
Pour venir à la Grange de Montabot, voici le plan :

La Grange de Montabot, la Bossardière ou 2, la Bessardière à Montabot (50),
* route Percy-Montabot :
À gauche sur la route Percy-Montabot
1 km après le gros pylône ou,
* en venant de Tessy :
2e à droite après le bourg de Montabot
Montabot (50) se situe à 9 km de l'A84
Article initialement publié sur le site internet rebellyon.info le 29 juillet 2026.
La marche annuelle contre le doublement du Lyon-Turin dans le Val de Suse ce week-end était particulièrement déterminée. En marge de la 10e édition du festival « Alta Felicita », 20 000 personnes se sont mobilisées contre la destruction en cours.
Comme chaque été depuis maintenant 10 ans, le Val de Suse accueillait le festival "Alta Felicità" et une grande marche contre le grand projet inutile et impoosé du doublement de la ligne ferrorivaire Lyon-Turin. Pour rappel, ce grand projet a été initié dans les années 1980 menace 1500 hectares de terres, de plaines, de vallées et de montagnes à travers les Alpes, sur le territoire italien et français. Pour faire passer de force son traçé de 270 kilomètres, ses 202 kilomètres de galeries et ses 11 tunnels sous les massifs, la société d'exploitation TELT pompe plusieurs dizaine de milliards d'euros investis par les collectivités locales et cause des ravages écologiques irréversibles. Si le traçé est plus important du côté français, c'est du côté italien que les travaux ont commencé le plus tôt, et où la mobilisation s'organise depuis le début des années 2000, en installant régulièrement des campements ("presidio") pour empêcher le chantier de progresser.
La mobilisation appelée cet été est marquée par une impressionnante participation, avec plus de 40 000 personnes qui ont convergé de l'Italie et de l'international vers Venaus, selon les médias locaux. Une participation record qui s'explique à la fois par l'anniversaire du festival mais également par le 15e anniversaire de « La République libre de la Maddalena », un presidio installé pendant six semaines de lutte acharnée à Chiomonte près de Venaus en 2011.
Samedi 25 juillet, une grande manifestation et une caravane de véhicule étaient appelées au départ de Venaus et de Suza après l'ouverture du festival. Au départ de la manifestation qui réunit 20 000 personnes, trois groupes se forment. Une première attaque est menée contre le chantier de San Didero, tout près de Suza. Ce chantier de 68 000m2, lancé en 2021 entre l'autoroute A32 et la route nationale 25 du Moncenisio, est censé accueillir un grand parking et les bureaux d'exploitation de Sitaf, qui aura pour objectif de réguler le flux de poids lourds se dirigeant vers le tunnel du Fréjus. Une deuxième a lieu à Chiomonte, sur le plus grand chantier italien du Lyon-Turin, un des points névralgiques du tunnel transalpin. Enfin, le troisième groupe a continué jusqu'au chantier de Salbertrand, zone prévue pour l'usine de traitement des matériaux d'excavation destinés à la fabrication du béton, l'usine de voussoirs pour le revêtement du tunnel et la zone de triage et de chargement par voie ferrée vers les sites de stockage de Torrazza Piemonte et de Caprie.
Sur le premier chantier, à San Didero, le barrières ont été forcées et un affrontement a eu lieu avec les flics avec notamment des mortiers et de nombreux pétard. Le groupe a finalement été repoussé par la police à coup de lacrymos. Une partie de la manifestation est partie occuper la voie ferroviaire de Bruzolo pendant quasi une heure. L'attaque la plus violente portée au TAV a finalement été celle du chantier de Chiomonte, où la détermination des manifestant-es leur a permis de mettre en déroute les flics, de faire brûler quatre camions de carabieniri et de forcer l'entrée du chantier pour y réaliser les dégradations voulues.
TELT, la société italo-française chargée de la réalisation de la ligne Turin-Lyon, a fait le tour des médias internationaux pour déplorer des dégâts qui seraient estimés à 1 million d'eutros. Derrière des chiffres bien entendu impossibles à vérifier, c'est tout de même une victoire importante de la lutte No-TAV contre le désastre en cours et à venir.
Face à cette victoire, le gouvernement italien d'extrême-droite de Meloni a bien entendu poussé nombre de cris d'ofraie contre la violence des manifestant-es contre les condés et a lancé une importante répression. L'équivalent de l'AFP italien (l'ANSA) rapporte dans les médias depuis le début de la semaine que plusieurs centaine de personnes ont été repérées comme ayant participé aux moments les plus déterminés de la mobilisation et 4 militant-es internationaux ont été arrêté-es. Meloni et le ministre de l'intérieur Matteo Piantedosi ont chargé la préfecture de police de Turin pour mener la répression contre la mobilisation.
Solidarité avec les personnes interpellées et que crève le Lyon-Turin !
Au programme :
Sur place à prix libre :
Stickers d'artistes spécial canicule
Nouvelle revue Bouche de Fer d'été
Du pain de la Miebertaire
Table de presse anarchiste
Autres collectifs présents :
Eclatrans , Collectif solidarites cusset , Cnt-SO 69
Aujourd'hui 31 juillet, l'éphéméride des luttes perd un militant antinucléaire et d'autres antimilitaristes et se manifeste sous toutes les formes possibles pour que les entreprises de guerre et de conquête s'arrêtent.
We are still fucking angry.
1763 : Le chef Odawa Pontiac et ses troupes remportent une victoire contre l'armée britannique dans la bataille de Bloody Run.
1881 : A Vigo en Galice, parution du premier numéro du journal "La Propaganda - Consacré à la défense et à l'illustration de la classe ouvrière".
1914 : A Paris, mort de Jean Jaurès, assassiné de deux coups de feu trois jours avant le début de la Première Guerre Mondiale, à laquelle il s'opposait farouchement : "plutôt l'insurrection que la guerre". Le nationaliste Raoul Villain, qui le tua, fut à sont tour exécuté par les anarchistes espagnols car il faisait l'informateur pour l'armée franquiste.
1921 : A Berlin, une grande manifestation a lieu pour la fin de toutes les guerres et pour que plus jamais elles ne se produisent.
1959 : Au Pays Basque, création de l'ETA, groupe armé antifranquiste et indépendantiste Basque.
1971 : A Londres, le groupe anarchiste Angry Brigade fait sauter le domicile du secrétaire d'État au Commerce et à l'Industrie suite à son annonce de vouloir fermer les chantiers navals.
1972 : - En Irlande du Nord, le gouvernement britannique envoie 4.000 soldats de plus, portant à 12.000 les forces d'occupation du pays, qui vont détruire les barricades montées par la population. Un adolescent et un membre de l'IRA sont abattus lors de l'opération.
1977 : Plus de 60.000 personnes manifestent contre le nucléaire à Malville dans le cadre d'une mobilisation internationale qui sera violemment réprimée par la police. Elle finira par de durs affrontements, la mort du militant antinucléaire Vital Michalon, la mutilation de trois personnes et des centaines de blessés (photo de l'article).
1982 : A Vireux dans les Ardennes, deux heures d'affrontements ont lieu entre antinucléaires et sidérurgistes d'un côté et policiers de l'autre.
1997 : A Lisballaw en Irlande du Nord, la Continuity Irish Republican Army (CIRA) pose une bombe dans les sous-sols d'un hôtel de luxe, qui est désamorcée par l'armée.
2011 : A Sautron, deux engins de chantier de l'entreprise Vinci sont détruits par des bouteilles de gaz dans le cadre de la lutte de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes. Voir ici un texte explicatif.
2019 : A Athènes, dans le quartier d'Exarcheia, des affrontements au cocktail molotov ont lieu suite à la libération du policier qui avait assassiné le jeune Alexis Grigoropoulos le 8 décembre 2008 dans le quartier, ce qui avait déclenché une vague de révolte exceptionnelle.
Voir aussi l'éphéméride anarchiste du 31 juillet.
Alors que le gouvernement et le patronat se félicitent du lancement du prétendu «Plan Santé au Travail 2026-2030», nous dénonçons une vaste opération d’enfumage. Derrière les discours lisses sur la « prévention », se cache une réalité brutale : la casse systématique de la branche Accidents du Travail et Maladies Professionnelles (AT/MP) et le pillage de ses ressources. Retrouvez nos analyses dans notre communiqué.
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Un week-end de luttes, conférences et musique.
Comme chaque année depuis maintenant 10 ans, le Festival Alta Felicita s'est déroulé à Venaus dans le Val de Susa.
Ce village est l'un des nombreux lieux symboles de la lutte du mouvement NO TAV qui s'oppose à aux chantiers écocides de la ligne de train rapide Turin-Lyon.
Cette lutte qui dure depuis plus de 20 ans est un exemple de résistance et convergence exceptionnel.
A peine le train, parti de Torino, entre dans la Vallée de Susa, vous réalisez la dimension de cette opposition.
Sur les bords de route, dans les gares, sur les montagnes, fleurissent, un peu partout, des tag, des fresques, des drapeaux et des banderoles avec l'inscription NO TAV. Parfois, le slogan change en TAV = Mafie comme l'inscription réalisée avec d'énormes draps blancs sur le flanc d'une montagne.
Une fois sur place, vous découvrirez, assez vite, un autre aspect majeur qui caractérise ce mouvement c'est la diversité des personnes qui le compose. Toutes les générations y sont représentées ainsi qu'une quantité d'associations, mouvements de lutte qui vont de l'association locales des habitante.x.s aux groupes anarchistes de Torino en passant par les activistes écologistes, les centres sociaux et une multitude d'autres groupes du militantisme italien et européen.
Leur point commun, c'est d'empêcher que les divers chantiers du TAV, aux intérêts politiques et mafieux, ne détruisent la Vallée.
Que se soit dans un bar, un agriturismo, petit à petit, passé le moment de méfiance, les habitante.x.s vous font comprendre discrètement qu'iels soutiennent la lutte. Ce qui marque aussi, c'est que l'on ne vous pose pas de question au sujet de votre identité. Touxtes sachant que la Vallée peut compter sur le soutien de militant.e.x.s venant de toute l'Italie et d'Europe qui préfèrent resté discret.e.x.s.
En cas de nécessité, on comprend assez vite que l'on pourra compter sur un réseau disponible à nous orienter vers les bonnes personnes qui composent cette nouvelle résistance.
Au vu des importantes condamnations qui ont frappé les membre.x.s du mouvement, la discrétion est un autre point fondamental.
En tant que novice, on vous oriente petit à petit dans la bonne direction afin de venir grandir les rangs de la résistance au moment venu, mais il est très difficile de connaître les plans d'actions prévus.
Ce qui est une des grandes forces de ce mouvement qui reprend, de toute évidence, les codes de fonctionnement de la Résistance.
Tout le monde peut y trouver un rôle, selon ses propres motivations et le niveau de risque qu'iel veut prendre. Cela va de l'aide comme staff au festival à l'action directe lors des tentatives de destructions matérielles du chantier. La combinaison des deux étant évidemment possible.
L'important étant d'apporter sa contribution à la lutte.
Dans ce contexte, la solidarité est essentielle. Depuis le début du NO TAV les autorités ont à maintes reprises tenté de diviser les divers mouvements de lutte en voulant séparer les gentil.l.e.x.s et les méchant.e.x.s.
A chaque fois la réponse est la même “siamo tutt* Black Bloc“. Cette fois-ci encore, après les impressionnantes attaques aux chantiers orchestrées par les groupes d'antagoniste.x.s durant la manifestation de samedi, les portes paroles historiques du mouvement l'ont répété haut et fort.
Ces personnes qui consacrent leur vie à la réussite de cette lutte et qui, certaines, sont ou ont été condamné.e.x.s à de sévères sanctions allant jusqu'à la prison ferme ou aux arrêts domiciliaires à plus de 70 ans, sont toujours actives. Peut-être moins dans les avants postes de sabotage, quoi que l'on en croise encore beaucoup en deuxième ligne en soutien, mais touxtes ont un rôle important dans la lutte.
Il est du reste fréquent de croiser les leaders historiques des années 2000 débarrassant les poubelles, nettoyant les douches et wc ou vous servir la polenta au festival. C'est quelque chose qui vous marque.
En tant que staff, vous les côtoyez et, après un peu de temps, au fil des récits, vous réalisez que vous servez la polenta au côté d'un leader ou d'une leader du mouvement peut-être même condamné.e par le passé à la prison.
Ces ancien.n.e.x.s sont toujours disponibles à partager leurs savoirs et leurs connaissances du territoire pour préparer les nouvelles incursions aux chantiers. Iels-mêmes, s'adaptant aux nouvelles méthodes d'organisation remarquables et astucieuses des divers Black Bloc.
Ce qui impressione le plus, c'est le niveau de préparation minutieux des attaques.
La manifestation de samedi a débuté avec un important cortège militant et festif. A un certain moment, sans y être préparé, on réalise que le cortège se scinde en plusieurs tronçons prenant diverses directions.
A ce moment là seulement, il devient évident pour la majorité des participant.e.x.s, que l'ambiance va changer. On voit petit à petit qu'une partie des tenues vestimentaires du cortège virent au noir. Les manifestant.e.x.s décident alors de choisir un des cortèges au hasard. D'autres, maintenant revêtu.e.x.s tout de noir, prennent la direction des opérations avec une organisation remarquable. La partie du cortège la plus grande emprunte alors une route en pente jusqu'a atteindre un village d'altitude. Après presque une heure de marche en plein soleil, on commence seulement à comprendre quel est l'objectif de notre groupe.
En effet, dès maintenant, nous allons emprunter des chemins pédestres toujours plus escarpés dans la forêt pour atteindre le chantier principal du TAV, celui de Chiomonte.
Petit à petit, de manière surprenante, des petits groupes s'organisent et il devient de plus en plus évident que la suite des événements ne sera pas de toute tranquillité.
Malgré cela, personne ne fait demi-tour, de manière naturelle nous comprenons que chacun.e.x d'entre-nous est important pour la réussite de cette action. Il semble évident, sans que l'on ait besoin de nous le dire, que nous pourrons touxtes choisir notre niveau d'implication mais que notre présence massive est essentielle à la réussite de l'attaque du chantier.
Une fois devant les premières grilles du chantier le rythme s'accélère brusquement. Les premières grilles cèdent, le groupe avance toujours compact et solidaire. Devant, les affrontements avec la police commencent. Peu à peu, d'autres grilles du chantiers sont abattues, celles d'accès à l'autoroutes aussi.
L'ensemble des participant.e.x.s du cortège est maintenant dans la zone interdite. Personne ne fait demi tour. Certaine.x.s resteront en arrière observant les divers fronts de luttes aux portes du chantier. Même sans s'impliquer directement dans les dévastations du chantier touxtes sont essentiel.e.x.s à la réussite de l'attaque.
Puis, la police étant visiblement à court de gaz lacrymogène, les divers fronts progressent et une partie des personnes présent.e.x.s à l'arrière s'avancent aussi sur l'autoroute ou s'amassent derrières les derniers grillages. Touxtes nous ressentons la nécessité de montrer notre soutien en encouragent les courageux.se.s qui ont réussi à entrer dans le chantier et commencent à le saccager.
La lutte est acharnée, c'est impressionnant, des bâtiments brûlent. La forêt aussi prend dangereusement feux à cause d'un lacrymogène de la police.
Ce qui surprend, à première vue, est étonne, c'est bien évidemment la détermination des divers black blocs, mais la passivité de la police au début des affrontements semble elle aussi surprenante.
Un hélicoptère de la police survolant la marche depuis le début, il est impossible que la police n'aient pas mesurer l'ampleur de l'attaque qui se préparait.
On peut dès lors imaginer, sans trop d'ambiguïté, que les chefs des diverses polices avaient certainement reçu des ordres de laisser le conflit s'embraser afin d'obtenir des images médiatiques spectaculaires qui feront le jeu des leaders des partis politiques.
Allant même, semble t'il, jusqu'à sacrifier la santé des policiers au front. Ce que semble confirmer des témoignages anonymes de certains d'entre-eux laissés à cour de lacrymogène, à la merci des projectiles des antagoniste.x.s.
De manière encore plus évidente, à aucun moment la police n'a tenté d'éteindre l'impressionnant incendie du chantier et de leurs propres véhicules. Exposant ainsi également leurs troupes à des fumées certainement toxiques comme l'ensemble des personnes présentes dans la zone.
Un feux de forêt qui menaçait dangereusement les manifestant.e.x.s à quant à lui été maîtrisé grâce à l'intervention des secouriste.x.s de la manifestation et de manifestant.e.x.s qui ont eu la présence d'esprit d'utiliser la lance incendie de l'autoroute pour en venir à bout. Évitant ainsi un scénario qui aurait pu vite devenir dramatique, le vent soufflant très fort à ce moment exposant une grande partie des personnes aux flammes.
Ce n'est que lorsque lorsque la scène du conflit était devenue visuellement vraiment apocalyptique que la police est intervenue massivement. Une attitude qui semblait dès lors clairement intentionnelle.
La une des médias titrant déjà à ce moment là avec les énormes dégâts subits par le chantier et les nombreux blessés parmi les forces de l'ordre avec des images spectaculaires.
Ce n'est seulement qu'après plus d'une heure d'affrontements que la police est entrée, sans opposition, sur l'autoroute pour mettre rapidement et facilement un terme à l'attaque du chantier. Une solution qui, de toute évidence, aurait pu être prise bien avant et éviter l'ampleur des dégâts.
Cette simple intervention obligeant l'ensemble des personnes encore présentes à fuir en direction de l'unique sortie possible de la zone interdite provoquant un mouvement de panique qui aurait pu être dramatique.
En effet, l'unique voie de sortie étant très étroite et obstruée par les barrières, à peine renversées, obligeait les manifestant.e.x.s à escalader dangereusement un muret pour se réfugier dans la forêt abrupte et reprendre le chemin pedestre lui aussi encombré.
Lorsqu'il ne restait qu'une vingtaine de malheureus.e.x.s encore au delà des barrières, le cordon de police les avait à portée de matraques. L'intervention du bloc de secouriste.x.s protégeant les manifestant.e.x.s les mains levées, ainsi que, de toute évidence, un ordre de ne pas avancé d'un supérieur, a permis aux dernier.x.s manifestant.e.x.s de quitter le lieu en grimpant sur le mur.
Encore une fois, le timing de la police et son manque de détermination, semble indiquer que des ordres précis avaient été donnés afin que les victimes physiques des affrontements ne puissent être recensé que du côté des forces de l'ordre. Ce qui a de toute évidence fonctionné médiatiquement et politiquement.
A ce moment du récit, il est important d' y apporter une précision essentielle, les antagonistes bien que déterminé.e.x.s et combatif.ve.x n'ont pas pour objectif principal de blesser des agents des forces de l'ordre, leur but est d'atteindre les objectifs matériels à détruire. Un exemple illustre bien cette attitude. A un certain moment, il semblait évident qu'il leur aurait été facile de jeter des objets massifs depuis le pont de l'autoroute sur la police en contrebas ce qui n'a pas été le cas fort heureusement.
L'étonnante passivité des forces de l'ordre, qui a fait le jeu des politiques au prix de sacrifier la santé de quelques-uns des leurs et occasionner des dégâts matériels importants (sur ce point, cet aspect semble bien futile au vu des coûts pharaoniques du chantier) semble trouver une confirmation dans les événements qui allaient suivre la manifestation.
En effet, une fois la majorité des opposant.e.x.s au chantier de retour sur le site du festival, des bloques de contrôles réguliers ont été mis en place par les forces de l'ordres empêchant à toute personne de quitter le lieu sans être auparavant identifiée et parfois même photographiée.
Des bloques improvisés à intervalles irrégulières samedi et dimanche et fixes le lundi, le jour du départ des dernier.e.x.s festivalier.ère.x.s.
A noter qu'avant le festival déjà, de nombreux contrôles avaient déjà été effectués à la Gare de Turin et le long des routes qui mènent à Venaus avec enregistrement de données et fotos.
Tous cela probablement pour identifier les participant.e.x.s aux violences après-coup, à l'aide des outils d'intelligence artificielle.
Dans ce climat ultra-sécuritaire, une loi d'urgence a été appliquée spécifiquement pour toute la Vallée interdisant aux commerces la vente de boissons en bouteilles de verre et sous forme de canettes d'alu durant la durée du festival sous prétexte que celles-ci pourraient servir de projectiles contre la Police. Dans la réalité, c'est privé de manière punitive, les commerces locaux de revenus importants.
Comme ont peut le comprendre, à l'heure de l'informatique et de la surveillance de masse, il semble évident que les méthodes des forces de l'ordre ont changé. Si ce n'est pour avoir des images médiatiques de violences et faire le jeu des politiques, la répression prend la forme d'une surveillance massive des foules à laquelle sont adaptées des lois qui s'accompagnent de sanctions pénales de plus en plus sévères.
Dans le contexte des manifestations de ce week-end, les politiques de droites mais pas seulement, évoquent les loi sur la dévastation, le saccage et le terrorisme dont les peines peuvent être plusieurs années de prison ferme.
En réponse à cela, le comité NO TAV a une nouvelle fois rappelé que depuis plus de 20 ans la réponse est la même. SIAMO TUTT* BLACK BLOC* e PARTIAMO TUTT* INSIEME, TORNIAMO TUTT* INSIEME, seul peut-être l'adaptation des slogans au genre neutre à changer.
Enfin, si votre esprit militant vous en dit, allez vous balader dans la Vallée, manger à l'osteria popolare La Credenza à Bussoleno où vous pourrez également vous renseigner sur la lutte et ensuite, prenez le temps de découvrir les nombreux signes qui vous mèneront peut-être au coeur de la resistance.
La prochaine grosse mobilisation est déjà agendée le 3 octobre 2026 à Sant'Ambrogio où sont prévus des chantiers écocides menaçant l'une des sources d'approvisionnement en eau potable les plus importantes de toute la région alors qu'en se moment la sécheresse fait rage partout.
A noter en fin qu'un nouveau camping de la résistance devrait également voir le jour tout prochainement.
Canal Telegram : @notavinfo
*Titre d'un morceau de musique composé par le groupe genevois Hyperculte sur le sujet.
https://hyperculte.bandcamp.com/track/siamo-tutti
Livre conseillé sur le sujet https://www.lyber-eclat.net/livres/contrees/
Podcast conseillé
https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/lsd-la-serie-documentaire/no-tav-la-zad-a-l-italienne-8209930
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Comme tous les hivers depuis 2020, les équipes de Help4Dunkerque remonte sur le littoral nord, assurer une présence et un soutien auprès des personnes exilées bloquées dans les camps informels du territoire dunkerquois.
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Nos dépenses au cours d'une saison se répartissent entre
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- le financement de la logistique (gasoil pour les véhicules, frais administratifs...) ;
- la maintenance des quelques véhicules de l'asso.
Si on fait appel aux dons de particuliers c'est que le constat est le même partout : le nombre de personnes poussées à l'exil et cherchant protection en europe, augmente. En parallèle, la répression des états européens, accentue la pression sur ces personnes et les associations qui cherchent à pallier l'absence de prise en charge.
En gros, on mène les mêmes actions auprès d'un nombre grandissant de personnes, et l'état nous déteste toujours autant.
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Le 31 juillet 1977, parmi 60.000 citoyens qui manifestaient contre la construction du surgénérateur Superphénix à Creys-Malville (Isère), Vital Michalon était tué par l'explosion d'une grenade offensive tirée par les forces de police.
En 1977, pour accueillir cette manifestation d'ampleur, préparée depuis plusieurs mois, le préfet René Jannin a déployé des moyens importants : 5000 CRS, gendarmes et gardes mobiles, hélicoptères, véhicules amphibies, ponts mobiles, un régiment de gendarmes parachutistes et des membres des brigades anti-émeutes. 5500 hectares autour du périmètre de la centrale sont interdits à toute circulation.
Vital Michalon, 31 ans, est abattu par un tir tendu de grenade lacrymogène. L'autopsie conclura à une mort causée par des « lésions pulmonaires du type de celles que l'on retrouve lors d'une explosion ». Plusieurs dizaines de manifestants sont blessés, dont deux mutilés, Michel Grandjean et Manfred Schultz : l'un perd un pied et l'autre une main. Le CRS Tousot perd aussi une main avec la grenade qu'il voulait lancer.
Il faut rappeler qu'à l'époque, tous les moyens ont été utilisés pour imposer la construction du Superphénix :
Un document récupéré par des antinucléaires a montré que le PDG d'EDF d'alors, M. Boiteux, avait demandé que soit accélérée l'autorisation administrative de construction pour empêcher toute expression démocratique : « La meilleure façon de contrecarrer la contestation (...) est d'engager au plus vite, de manière irréversible, l'opération ».
La suite des évènements a donné raison à Vital et à l'ensemble des manifestants puisque Superphénix a été définitivement arrêté en 1998 après une suite invraisemblable d'avaries. En décembre 2006, EDF a annoncé n'avoir démantelé que 38% du réacteur, mais le plus difficile reste à venir avec les 5500 tonnes de sodium liquide (matière qui s'enflamme au contact de l'air et explose au contact de l'eau…). Depuis son arrêt, 200 personnes sont obligés de travailler en permanence sur le site pour éviter que ça ne s'emballe... alors qu'il n'y a aucune production. Le bilan économique et industriel de ce surgénérateur est catastrophique : 10 milliards d'euros pour 178 jours de fonctionnement effectif. Sans compter ce que cela va coûter en plus pendant des années ; en effet chaque jour on est obligé de fournir à cette centrale à l'arrêt l'énergie comparable à ce que consomme une ville de 15.000 habitants.
Or, malgré l'échec total de Superphénix, l'État français entend renouveler l'expérience : le projet appelé « réacteur de quatrième génération » n'est autre qu'une nouvelle tentative de faire fonctionner un réacteur de type Superphénix.
C'est ce que criaient les manifestants en 1977. Nous en sommes toujours au même point. En souvenir de Vital Michalon, et pour préserver les générations futures, nous devons continuer à exiger un débat démocratique sur ce projet dont la dangerosité planétaire est établie.
Indication de l'emplacement de la stèle de Vital
Malville, 31 juillet 2007 : marche des 30 ans jusqu'à la stèle de Vital Michalon
Malville, 31 juillet 2007 : marche des 30 ans jusqu'à la stèle de Vital Michalon
Malville, 31 juillet 2007 : marche des 30 ans jusqu'à la stèle de Vital Michalon
Source :
communiqué de presse de « Sortir du nucléaire »
Deux premières photographies empruntées à ce blog.
Article repris de rebellyon.info
L'arrivée de Master Poulet sur le marché de la restauration rapide aurait pu passer inaperçu si Karim Bouamrane, le maire socialiste de Saint-Ouen par ailleurs candidat depuis peu à la présidence de la République, n'avait eu l'idée de s'opposer à l'installation dans sa ville de l'enseigne au nom du rejet de « la malbouffe dangereuse pour la santé ».
- 362 été 2026 / Société , Agriculture
A l'heure où les mouvements sociaux ont été écrasés par le capital, les roses et les rouges peuvent tranquillement rafler la mise de nos espoirs brisés. Oui, puisque nous avons perdu, la bourgeoisie avance : c'est comme ça que ça marche. Que cela nous pousse dans les bras des réformistes ou des léninistes, c'est une autre histoire qui devrait être interrogée . Mélenchon n'est pas notre ami, et les soi-disant révolutionnaires qui veulent diriger eux-mêmes le pays pour notre plus grand bien non plus.
« ... et dans la réforme les lier »
Les Insoumistari
I. the G.A.U.C.H.E.
Le premier point, ça devrait être acquis : on peut mettre un bulletin dans une urne pour défendre nos intérêts matériels sans se mettre à lécher les pieds d'un gars qui dit très clairement qu'il veut continuer le capitalisme. On peut aussi ne pas mettre ce bulletin, d'ailleurs. Posons une chose : l'extrême-droite n'est qu'une tête de l'hydre. Ce qui doit être combattu ce n'est pas elle en soi, mais toutes les formes du capital. Se battre corps et âme à gagner cinq ans pour qu'au final un gars continue de faire tenir les rouages qui mènent au fascisme n'a aucun putain de sens. Rappelons à cet égard que les mesures « de gauche » sont toujours des mesures qui servent les racines de ce système de merde que sont l'étatisme et le capitalisme. La sociale-démocratie ici, c'est toujours le fascisme quelque-part, tout simplement parce que le capitalisme et l'exploitation impliquent des éléments fascisants dans leur production et leur reproduction. Or les gouvernements de gauche ne tiennent pas magiquement sur des lois complètement différentes de ceux de droite.
Ces éléments réactionnaires sont contenus dans les programmes de gauche : sous le vernis des améliorations, ce qui est proposé est de maintenir et reproduire les fondements de la violence capitaliste. Taxer les gros capitalistes par exemple, beaucoup de gens trouvent ça super : ça veut juste dire que l'argent qu'ils gagnent en exploitant des travailleurs dans d'autres pays nous reviendra un peu plus à nous qu'à eux, que ça tombera un peu plus dans la poche de l'Etat et un peu moins dans celles du patronat. En gros, au lieu que les patrons bouffent eux-mêmes les produits du néo-colonialisme, c'est nous qui allons les bouffer un peu. Merci mais si c'est ça la grande différence de la gauche avec les autres, on va laisser...
Voici un post instagram qu'on traduit un peu comme on peut, qui développe ce point et qui parle de HITLER mesdames et messieurs on est comme ça, dans la nuance, allons-y tout de go : « Adolf Hitler était un social-démocrate. Le génocide et le racisme mis de côté, c'était toujours un petit politicien de merde. Les gens comme lui existent encore de nos jours. Kamala Harris, Tim Waltz, Gavin Newsome... ils partagent la philosophie économique d'Hitler. La seule différence est qu'ils ne sont pas ouvertement des suprémacistes blancs (c'est débattable). La social-démocratie c'est du capitalisme avec un visage humain, et donc pour pouvoir prodiguer un petit paradis à ta population aryenne tu dois ou bien être engagé dans un état de guerre constant (l'Allemagne d'Hitler) ou bien tu dois avoir le Tiers Monde qui construit toutes tes merdes pendant que tu restes avantageusement assis au sommet du monde à jouer aux innocents (l'Europe du Nord). En résumé : la social-démocratie a toujours besoin de l'impérialisme pour fonctionner ». [1]
Soyons clairs : c'est vrai. On réfute le terme « social-démocrate » pour parler de Hitler car pour nous ça renvoie précisément au courant réformiste du socialisme, mais on comprend l'idée et on est d'accord avec : tout ça c'est du capitalisme. Les versions plus ou moins fascisantes, plus ou moins sociales-libérales ou libérales-autoritaires, plus ou moins néo-réformistes du capital ne proposent pas de ruptures fondamentales les unes par rapport aux autres. Ce sont des modes de gestion, qui ont plus en commun qu'ils n'ont de différences.
La pensée de gauche n'est ainsi pas une négation de la pensée de droite, elle en est une variante. Elle est celle qui consiste à refouler de nos esprits les aspects intrinsèquement fascistes et impérialistes du capitalisme pour se faire croire que c'est une question de gouvernement, et qu'il existe des « bons gouvernements », pour peu que les gens votent bien. Le système, lui, n'est pas remis en question. En gros : « on voudrait que les symptômes du capitalisme disparaissent mais les causes ne nous gênent pas. » Et, fonctionnellement : « on veut les avantages que l'exploitation et les oppressions du capitalisme nous octroient, mais on ne veut pas voir les rouages, ni que ça se passe ici ».
II. La nature du fascisme
Il y a dans la vision même qu'on s'est forgée de l'extrême-droite, et dans la construction de la gauche comme son antithèse, quelque-chose d'absolument raciste et dégueulasse : Hitler – revenons à lui – est vu comme une anomalie dans la normalité paisible, une incarnation de l'horreur au-delà de tout... Alors que les pays qu'il a combattus étaient des empires coloniaux. Ainsi quand Césaire dit que le fascisme est un « choc en retour », un retour en Europe des logiques politiques que les bourgeoisies blanches appliquaient à l'extérieur, c'est vrai. La seule chose « inacceptable » qu'Hitler ait faite, c'est de porter la logique coloniale au sein de l'Europe même : les horreurs, elles, sont pour les bourgeoisies d'une banalité totale. Il suffit de se rappeler que le capitalisme s'est en partie construit sur l'enrichissement dû à la production de canne à sucre, donc précisément sur l'esclavage, et que les Etats-Unis ont fondé leur Etat sur un génocide, et sur l'esclavage aussi. Tous appliquent les mêmes logiques, car ce sont les logiques du capital.
Si les bourgeoisies allemande et italienne ont tenté aux alentours de 1930 d'envahir une partie de l'Europe, ça n'est donc pas par un machiavélisme supérieur de beaucoup à l'esprit noble et distingué de leurs homologues , mais justement parce que les autres forces européennes et américaines avaient déjà bouffé le « gâteau » et apporté la violence comme système partout où c'était possible. Il ne restait donc pas tant d'autre possibilité pour augmenter la captation de plus-value, point sans lequel une bourgeoisie s'écroule, que tenter l'annexion de pays déjà eux-mêmes coloniaux. En fait, ce qu'on appelle fascisme, et qu'on oppose à la « gauche », pourrait très bien correspondre à ça : quand l'horreur capitaliste arrive là où elle ne « devrait pas », c'est-à-dire sur nous. Tandis que le Front Populaire, qui a maintenu le colonialisme, peut être dit « antifasciste » car il a relégué la violence maximale, fondamentale au capital, un peu plus loin de la vue pour se contenter de la violence « acceptable » - déjà hardcore sa mère on est d'accord. Aucun pays, aucun gouvernement n'était pas atrocement criminel dans la deuxième guerre mondiale, il faut le comprendre, et l'analyse qui tente de faire de Hitler une exception, en opposant artificiellement extrême-droite et gauche – ou plus généralement extrême-droite et « république » - dans leurs fonctionnements profonds, cause énormément de dommages à l'analyse politique.
C'est un point fondamental. Les massacres et les génocides, les systèmes concentrationnaires, les logiques débordant l'exploitation salariale pour tendre vers des formes de servitude plus ou moins avancées voire extrêmes ne sont pas des exceptions ou des aberrations du capital. Au contraire, elles sont son indispensable corollaire, son pilier de fonctionnement, elles sont la logique fondamentale de l'accumulation de la plus-value sans laquelle il ne tient pas. La différence entre les différents types de régimes capitalistes – fascistes, droitisants, ou de gauche, même « radicale » - ne tient pas à autre chose qu'au niveau de visibilité assumé de ce fait, et à quel point la violence concerne aussi les travailleur.euse.s au sein du pays même.
III. Le mélenchonisme qui vient
Alors quand on nous parle de « l'extrême-droite aux portes du pouvoir », une extrême-droite face à laquelle il faudrait se mobiliser en votant « gauche radicale » comme on devait voter Macron ou Chirac auparavant, la seule chose qu'on comprend, c'est que le brouillage des pistes a gagné. Les différentes fractions du capital ont bien su utiliser la propagande pour créer un mythe des « bon bourgeois contre les mauvais », mythe qui les arrange tous. Une grosse partie de la militance tombe dedans, décidant que le réformisme de gauche est le bien pour lequel il faut lutter corps et âme, bec et ongles, tractage aux municipales et posts insta moralisateurs. La lutte des classes est morte, vive le front de gauche. Et tant pis pour la révolution : car en démocratie, tous les cinq ans, il faut se mobiliser pour éviter le pire (le pire étant différent selon les circonstances). Et entre temps le faire pour les législatives, et le faire pour les municipales, et le faire pour les européennes, etc... Il reste peu de temps et d'énergie pour autre chose, à la fin. Tant que ces échéances rythment notre vie, la récupération est constante, le surgissement de la révolte court-circuité sans arrêt.*
Il se joue parallèlement à cette captation de l'énergie dans les processus institutionnels une confusion bizarre entre ligne politique et conscience des oppressions. A écouter beaucoup de monde, on dirait que « être anti-oppressif » signifie texto « être sauce-dem », voire léninisant (car anti-impérialiste, etc). On a envie de dire que de ce point de vue le « wokisme » existe bel et bien, en tant que signe égal mis entre ces deux points, comme une obligation morale. Ainsi depuis que Mélenchon monte, on voit se multiplier les take type « les abstentionnistes / anarchistes qui allez pas voter Mélenchon, vous êtes pas les alliés que vous croyez ». On répond sans sourciller, depuis le courageux anonymat de cette brochure : « les sauces-dem qui faites passer votre ligne politique pour la réalité objective, vous êtes des sauces-dem avant d'être des alliés ou des concernés ». [2]Pouf, ça c'est envoyé, dans les dents.
Car pour adhérer autant à la gauche il faut croire sans questions ce qu'elle dit d'elle-même. On nous excusera de pas gober le truc. Plongeons nous dans le mandat Mélenchon deux secondes. Sous LFI, les CRA existeront toujours, et vous verrez bien comment ils traiteront les étrangers ou les militants contre les frontières. Sous Mélenchon, la police existera toujours, même si sûrement un peu plus bridée, or la police n'a qu'un seul rôle, et elle le tiendra. Sous Mélenchon, le travail existera toujours, or le travail EST l'institution de l'exploitation, indiscernable de ses composantes les plus fondamentales : exploitation racialisée et genrée... qui fondent le racisme et le sexisme systémiques. [3] D'une façon ou d'une autre, Mélenchon continuera de nourrir les racines mêmes de ce qui finit par s'incarner sous la forme de l'extrême-droite, tout simplement parce que le seul moyen de ne pas les nourrir est de démanteler le capitalisme [4], chose dont il n'a aucune envie et qui ne viendra pas de lui. Lui, au contraire, se propose magnanimement en continuateur.
Affirmer, comme la gauche le fait, qu'il pourrait exister un capitalisme moins suprémaciste, moins patriarcal, un capitalisme dont l'exploitation serait un juste régime salarial pour tout le monde est un mensonge absolu. Ce mensonge a une fonction : faire dériver les désirs d'émancipation dans des théories moins radicales, moins difficiles, moins absolument demandantes que la révolution. Il suffit de voter et de pousser tout le monde à le faire et hop ! ça sera bon. Ça permet à une partie de la militance de se sentir investie d'une mission d'éveil des consciences bien surplombante typique des socialos autoritaires. Et si c'est pas bon, tkt, dans cinq ans on repart. Nous, on pense que ça pue la merde. Qu'on a autre chose à foutre que de se mobiliser pour ça. Qu'on préfère pas faire semblant qu'on fait quelque-chose si ce quelque-chose c'est : servir les récupérateurs de nos colères et de nos espoirs, ces connards qui, en jouant la carotte entre les coups de bâton, participent à la paix sociale tout autant que la droite et l'extrême-droite. [5]
IV. Que faire ? (lol)
Donc rappelons quelques points qui nous paraissent très importants.
1. Les révolutionnaires ne sont pas responsables de l'arrivée de la droite au pouvoir, même quand ils ne votent pas.
2. La gauche n'est qu'une des formes du capital. Et c'est par une vision raciste/sexiste, car occultant les réalités impérialistes, suprémacistes, structurellement sexisantes du capital, que cette gauche parvient à se rendre acceptable voire « désirable ». Elle est à cet égard une saloperie sans nom, car elle distord la réalité du capital dans nos têtes, brouille la lutte des classes en la transformant en « lutte de la droite contre la gauche ».
3. Ce point n'exclut ni le fait que les fractions dominantes de la bourgeoisie ne veulent pas de Mélenchon à la tête de l'Etat, ni qu'un mandat sous son gouvernement serait moins violent qu'un mandat sous n'importe quel autre parti présidentiable. Pour autant, il faut bien comprendre ce que veut dire ce troc : un peu moins de violence localisée et spécifique contre le maintien et la continuation de la violence partout ailleurs, dans l'écrasante majorité des sphères de la société. Le maintien et la continuation de la violence comme modèle d'organisation de la société. Et la paix sociale voire le soutien des militants à un mandat qui sert l'exploitation et son fonctionnement patriarcal-racial-écocide. Ce n'est pas notre programme.
4. Être révolutionnaire ne consiste pas à faire le plus confortable : en l'occurrence, se rallier derrière le premier parti sauce-dem venu, même si sans révolution en vue d'ici là évidemment qu'on espère que ce sera plus lui que les autres connards encore pire. On a peur comme tout le monde, et bien sûr qu'on veut le moins de violence possible, et bien sur que si c'en est d'autres le niveau de violence sera un voire plusieurs crans au-dessus. Et bien sur que ça retombera sur les personnes oppressées, puisque le capital fonctionne comme ça. On n'est pas dans le déni, et la situation nous plait pas.
Mais c'est juste pas la question. Si la situation en est là c'est pas à cause des abstentionnistes mais des défaites dans les luttes concrètes, défaites que l'électoralisme alimente en nous mobilisant sur les enjeux des bourges. Et défaites qui seront tout autant provoquées par une police de gauche qu'elles le sont par la police actuelle. On est pas là pour dire « Mélenchon c'est plus gentil que Retailleau alors vote Mélenchon », on est là pour tendre vers la conflictualité avec ceux qui permettent à ce système de se perpétuer.
Si une propagande est à faire, c'est donc aussi bien pour démonter le discours de la droite et de l'extrême-droite que pour montrer en quoi Mélenchon fait partie du système capitaliste bien plus qu'il ne le combat, et en quoi le capitalisme est fondamentalement une horreur sans nom, sous toutes ses formes, de droite comme de gauche. Seul ce type de discours peut nourrir les buts que l'on poursuit, à savoir donner de la force à tout ce qui peut aller vers le renversement de ce putain de système de merde pour mettre en place le communisme/l'anarchisme. Dans cette optique, passer son temps à soutenir Méluche/ à ne taper que sur l'extrême-droite nous parait complètement contre-productif. En fait, donner notre temps et notre énergie à investir les échéances électorales, autrement que pour en montrer ou en attaquer la nature bourgeoise, nous semble être une putain d'aberration. On est pas la gauche, on veut pas l'être, on la vomit. Même si ça n'empêche pas qu'en attendant, en effet, nos défaites nous poussent à espérer plutôt lui qu'un autre.
5. Enfin, quand on dit tout ça sur « lui plutôt qu'un autre » et etc, on veut quand même poser qu'on le dit en négatif, par rapport au programme des autres : oui, si c'est lui, ça n'est pas Le Pen, Philippe ou Retailleau. Mais le concernant lui, on n ‘a pas beaucoup d'attentes. Une partie de la sphère militante semble avoir fait de lui son nouveau Jésus en partant du principe qu'il fera tout ce qu'il a promis. On veut rappeler que c'est un politicien qui veut avant tout être élu. Pour le reste, ce qu'il voudra réellement faire, ce qu'il pourra réellement faire, c'est une autre histoire, mais rappelez-vous bien que Mitterrand aussi s'est présenté plusieurs fois avant d'être élu et ça l'a pas rendu plus radical dans les actes. De même, le Front Populaire en 36 a aussi été élu sur le sujet de « la menace fasciste » et les seules avancées réelles qu'il a mises en place sont celles que le prolétariat a contraint le patronat à accepter ; autrement, c'était un parti sauce-dem basique qui comptait pas faire grand-chose. Et qui a, comme tout bon parti de « gauche radicale » qui se respecte, détricoté tout ce qu'il pouvait de droits de notre camp durant le reste de son mandat. Il nous parait évident que Mélenchon élu, après quelques-mesures démago, va beaucoup, beaucoup, décevoir. Je veux dire, incarner et récupérer nos espoirs face à la montée de l'horreur du capital, c'est littéralement son boulot. Ça nous paraitrait vraiment bien si les voix militantes autour de cette campagne proposaient autre chose que la collusion basique avec la bourgeoisie.
Conclusion
Comme dans tous les moments d'élection, nos voix vont être plus inaudibles que d'habitude. C'est dans la révolte et les mouvements sociaux que nos aspirations existent et trouvent de l'écho : le terrain de l'Etat et des institutions est celui de la social-démocratie, depuis sa forme la plus légère et réformiste – Mélenchon – jusqu'au bout du spectre rouge qui tâche – léninistes, « radicaux », stals... Ils vont s'époumoner, ce moment est pour eux, mais au moins qu'on ne les laisse pas imposer leur vision autoritaire et la faire passer pour révolutionnaire là où on pourra l'empêcher [6]
D'une façon ou d'une autre, une fois Mélenchon élu, c'est contre lui et sa police, et contre une partie des « militants » transformée en supplétifs informels – gauchistes syndicalistes et léninistes – , qu'on devra sortir dans la rue pour se battre. Non, la révolution ne sera pas plus avancée ni plus facile sous Mélenchon. De même qu'elle n'était pas plus « objectivement avancée » à l'époque de l'URSS ou du Front Populaire : ces gens-là ne sont tout simplement pas nos alliés. Si l'avancée de l'extrême-droite n'est pas une bonne nouvelle, le renouveau de la gauche et de « l'espoir » mystificateur qu'elle incarne ne le sont pas, et ne le seront jamais non plus.
A5
A4
[1] Le compte c'est commissar_howitzer après on fait pas la pub, c'est pas vraiment un anti-autoritaire
[2] Oui c'est un peu un équivalent de « prout prout c'est celui qui dit qu'y est ». Mais des fois c'est un bon argument.
[3] C'est pourquoi la gauche réformiste passe son temps à mettre le sexisme et le racisme du côté de la conscience, de l'éducation, de l'individu : ça permet d'effacer la réalité des oppressions, qui sont des composantes de l'exploitation, et qui ne peuvent qu'être reproduites si ces composantes ne sont pas démantelées.
[4] A la fois en tant que structure, et en tant que rapport social
[5] Et la paix sociale, on est d'accord, c'est la guerre sociale en train d'être perdue
[6] Et ce, même s'ils utilisent pour ça tous les arguments les plus fallacieux – comme faire de leur ligne la seule envisageable si on « prend en compte le réel » ou mettre un signe égal entre « anti-autoritaire » et « privilégié ».
L'humour est omniprésent, et pourtant, les conséquences de ce qu'il transporte avec lui sont souvent invisibilisés.
Et oui, on dit des trucs « juste pour rire », il faut « pas prendre au sérieux » ce qui est dit, et puis si on rigole pas c'est « qu'on est pas drôle ». Alors, c'est difficile de combattre les méfaits de l'humour quand ses effets paraissent difficiles à rendre visible.
Naviguer dans le brouillard de l'humour n'est pas un voyage facile.
On ne va pas tout explorer ici, l'idée est de partager des questionnements et des bouts de réflexions, mais pas de proposer une approche globale, systémique et exhaustive de la place de l'humour dans notre société.
Cette brochure nait de l'envie de constituer un support accessible qui propose des réflexions, des questionnements et des partages d'expérience par rapport à l'humour pour raconter en quoi l'humour est politique.
Elle tente d'expliciter certains lien entre l'humour et les oppressions systémiques et les rapports de pouvoir. Puis elle propose quelques pistes pour éviter de véhiculer de l'humour oppressif, pour savoir comment réagir et comment alimenter d'autres types d'humours.
Version à lire avec la mise en page dans ce pdf : https://infokiosques.net/IMG/pdf/en_finir_avec_l_humour_oppressif-mai2026-pageparpage-asa-48pa5-2.pdf' class=" spip_doc_lien" title='PDF - 2.9 Mio' type="application/pdf <https://infokiosques.net/local/cache-vignettes/L64xH64/pdf-b8aed.svg?1784872590> En finir avec l'humour oppressif - version page par page 48 pages à lire sur écran.
Aahh, l'humour ! Vaste sujet !
Il y a pleins de choses chouettes que permet l'humour : décompresser, créer de la complicité, tisser du lien social, créer des références communes, dédramatiser une situation, etc.
Rire un bon coup, ça peut provoquer un genre d'euphorie ultra libérateur, et partager un fou rire avec des gens ça peut être vraiment incroyable ! <https://infokiosques.net/IMG/png/humour_oppressif-001.png>
Mais bon, ça permet aussi des trucs moins chouettes : véhiculer des idées violentes et discriminantes, exclure quelqu'un, se moquer, renforcer des stéréotypes, engendrer des biais de pouvoir, etc. <https://infokiosques.net/IMG/png/humour_oppressif-002.png>
L'humour est omniprésent, et pourtant, les conséquences de ce qu'il transporte avec lui sont souvent invisibilisés.
Et oui, on dit des trucs « juste pour rire », il faut « pas prendre au sérieux » ce qui est dit, et puis si on rigole pas c'est « qu'on est pas drôle ». Alors, c'est difficile de combattre les méfaits de l'humour quand ses effets paraissent difficiles à rendre visible.
Naviguer dans le brouillard de l'humour n'est pas un voyage facile.
On ne va pas tout explorer ici, l'idée est de partager des questionnements et des bouts de réflexions, mais pas de proposer une approche globale, systémique et exhaustive de la place de l'humour dans notre société. <https://infokiosques.net/IMG/png/humour_oppressif-003.png>
Cette brochure a surtout pour intention de proposer un support de réflexions et de discussions pour regarder l'humour par un prisme politique et par une approche ayant pour point d'entrée les oppressions systémiques.
Introduction……………………………………………………………………………………..P2
Mais qui est la voix off de cette brochure ?…………………………………………….P6
Contexte d'écriture de cette brochure…………………………..……………………..P10
En quoi l'humour est politique ? …………………………………………………..…….P12
Quels liens entre oppressions systémiques et humour ?……………….………….P16
Différents types d'humour…………..…………………………………………..………..P23
Auto-check avant de faire preuve d'humour…………………………….……...…...P27
Comment réagir à de l'humour oppressif/blessant ?……………….……………….P29
A propos de légèreté et d'insouciance………………………………………………....P36
A propos de culpabilité, de honte et de responsabiltiés…………………….….….P40
Apprendre à se connaître pour incarner des formes d'humour appropriés...…P41
Et l'autodérision dans tout ça ? ………………………………………...…………..…...P43
Le risque de l'anti-norme oppressive………………………………………….….……..P44
Vers des nouveaux imaginaires de l'humour ?………………………….…………....P45
Quelques questionnements en vrac……………………………………...……………..P46
Remerciements…………………………………………….…………………...…………….P47
Moi, c'est Asa !
Je trouve ça toujours difficile de savoir comment se présenter : à la fois, je trouve ça important de contextualiser et de situer son propos, et en même temps, j'ai en tête qu'on fait toujours une sélection de ce qu'on souhaite raconter ou ne pas raconter donc c'est pas toujours évident de trouver la juste quantité d'informations à donner et la manière de le faire. Je vais citer quelques éléments me concernant et que je trouve utile pour comprendre d'où je parle dans cette brochure, mais évidemment c'est une présentation incomplète et biaisée.
Je suis une personne racisée (asio-descendante) vivant en France métropolitaine, sociabilisée femme (je m'identifie non-binaire) plutôt jeune (née dans les années 2000) et passionnée d'un milliard de sujets. J'ai fait un transfuge de classe : raconté de manière caricaturale, je suis passée d'une famille immigrée plutôt précaire à des milieux intellectuels plutôt bourgeois via des études dans le supérieur plutôt élitistes que j'ai faites.
Maintenant, je traîne dans des tas de milieux différents : des milieux anarcho-queer, des cercles sociaux se revendiquant de faire du soin politique, des espaces d'extrême gauche où ça parle désobéissance civile et ZAD, des milieux écolos cherchant à faire évoluer l'enseignement supérieur et les entreprises, des sphères institutionnelles ancrés dans le système dominant, etc. Je fréquente parfois des espaces marginalisés, avec des gens ne faisaient pas partie des normes dominantes, tout comme je peux parfois travailler dans des espaces de pouvoir très institutionnels.
En termes de contrastes, j'ai à la fois passé des repas venant de récup dans des poubelles de supermarché avec des potes précaires, tout comme j'ai aussi participé à des buffets indécents coûtant des milliers d'euros avec des personnalités « connues ».
Vivre tout un tas de choses dans des milieux très différent me questionne, notamment sur la place que l'humour peut avoir en fonction de différents espaces sociaux et ma manière de vivre les questionnements qui m'animent avec tout mon coeur c'est d'en parler avec des gens, d'animer des ateliers à ces sujets, et d'écrire.
Pleins d'éléments m'ont amené à écrire cette brochure :
- Kiffer la formalisation, et creuser des sujets en profondeur
Quand un sujet attire mon attention, j'ai envie de le décortiquer, de voir le monde par ce prisme, et chercher à comprendre comment les autres le vivent.
Concernant l'humour, je pense que je me suis beaucoup interrogé sur mon rapport à l'humour, ce qui me faisait rire ou pas, ce qui me mettait à l'aise ou pas, ce que j'incarne avec mon humour et puis plus globalement, les liens entre humour et rapports de pouvoir. J'aime beaucoup mettre en mots et en forme mes réflexions (souvent, surtout issues de discussions avec des ami·es), pour qu'on puisse échanger sur ces bases, débattre dessus et l'idée de centraliser des années de réflexions et de discussions dans un doc me plait bien ! <https://infokiosques.net/IMG/png/humour_oppressif-004.png>
- Vivre des oppressions systémiques et des injustices au quotidien
Depuis mon enfance, je me prends des « blagues » racistes. Des « ching chong » au lycée avec des camarades reproduisant à merveilles une caricature de yeux bridés, des questions pouvant s'apparenter à du racisme et autres joyeusetés de vécus d'exclusions et de moquerie du fait de mon appartenance éthnique.
Ça, c'est la phase visible de l'ice-berg du « parfois l'humour c'est tout pourri ». Il me paraît évident que ces situations sont des vrais sujets, mais j'aimerai bien ne pas me limiter à ces blagues, mais aller creuser aussi les trucs moins évidents et davantage questionnants. Chercher en quoi l'humour, peut implicitement devenir un outil de pouvoir. Des situations où je questionne ma légitimité à ressentir du malaise. Des situations où il n'y a pas vraiment de coupable ni de victime, mais qu'il se joue quand même des trucs pas anodins.
Mon sentiment d'insécurité par défaut dans les groupes a toujours été là, mais je mets les mots dessus depuis très récemment. Depuis que j'y associe des lunettes des oppressions systémiques, je comprends mieux certains mécanismes rapports de pouvoir implicites qui me font ressentir dans mon corps un sentiment de « je ne suis pas à ma place ici / je ne suis pas en sécurité auprès de ces personnes ». J'ai le souhait que des personnes puissent trouver du réconfort, de la légitimation et des outils à la lecture de cette brochure.
Je pense que l'humour me touche. Déjà parce que j'ai pas vraiment gagné au jeu de la roue des privilèges (même si j'ai de nombreux privilèges et avantages dans la société) et que je pense que ça contribue à ce que je sois sujette à beaucoup d'humour oppressif. Mais aussi parce que je suis très sensible à toute dynamique de groupe pouvant être excluante, dogmatique, oppressante et que l'humour peut être un formidable instrument pour ça.
- Désirer contribuer à changer nos mondes
L'humour a beaucoup de place dans ma vie que je le veuille ou non. Ça me va pas de juste subir sa présence pesante sans rien y faire alors même si l'humour restera toujours un truc plus grand que moi, je me suis dit que sans avoir l'ambition de changer LE monde, je pouvais au moins tenter de changer les petits mondes qui m'entourent.
Je crois que par l'humour, on peut déconstruire et reconstruire beaucoup de choses. Je pense que questionner la place de l'humour dans nos relations et collectifs, et trouver d'autres voies pour rire ensemble, ça contribue à incarner des cultures du soin.
- Contribuer à diffuser des cultures de soin
Le soin, c'est ma boussole de vie. Tout ce qui fait sens pour moi rentre dans cette boussole. Dans ma vie relationnelle, pro, perso et militante, j'essaie de trouver comment diffuser des cultures de soin. Cette brochure s'inscrit dans cette volonté. <https://infokiosques.net/IMG/png/humour_oppressif-005.png>
Parce qu'il y a des champignons délicieux, et d'autres toxiques.
Et parfois, c'est dificile de les différencier entre eux. : c'est un peu comme l'humour !
Et aussi parce que j'avais envie d'aérer cette brochûre donc je cherchais à dessiner des personnages mais je suis pas super compétent·e pour dessiner des êtres humains alors les champignons c'était plus facile pour moi.
Pour les dessins, je me suis beaucoup inspirée de champignons sur Pinterest, la plupart des designs de champignons ne viennent pas de moi même si je les ai adapté à ma façon.
<https://infokiosques.net/IMG/png/humour_oppressif-006.png>
Avant la naissance de cette brochure, il s'est passé pleins de choses !
Tous pleins d'ateliers...
J'ai eu la chance de vivre dans un lieu de vie collectif avec beaucoup de passage– on y était parfois une trentaine d'habitant·es - dans lequel on avait l'habitude de s'animer des ateliers entre nous. Ça pouvait être une mini conf, un atelier tricot, une danse collective. N'importe qui pouvait proposer un truc, et ça attirait forcément quelques âmes curieuses et intéressées. Dans ce cadre là, j'ai conçu et animé pour la première fois un cercle de discussion sur l'humour oppressif. On a beaucoup, beaucoup parlé. Tard le soir, jusqu'à s'endormir dans nos canapés tout moelleux. C'est là qu'est né plusieurs éléments de cette brochure, grâce à ces moments collectifs où je me sentais à la fois entourée, et hyper stimulée. <https://infokiosques.net/IMG/png/humour_oppressif-007.png>
...Et un début de formalisation !
Ensuite, avec mon binôme associatif de l'époque, on a voulu animer un autre atelier à ce sujet, mais en créant des supports qui centraliserait des questionnements et réflexions. Il a donc crée 4 affiches qui nous ont servi pour un atelier organisé dans une asso de notre école. Ces affiches, on les a ensuite pas mal diffusé par ci par là quand on rencontrait des gens qui voulaient creuser ce sujet mais qui savaient pas trop par où commencer.
J'ai continué à animer des ateliers à ce sujet, sur base de ces affiches mais je ne me retrouvais plus dans certains propos de ces affiches, et plus le temps passait, plus j'avais envie de rajouter des réflexions, compléter tout ça de récits. Et j'ai trouvé que le format brochure était plus propice pour ça.
Voilà une version un peu plus complète et riche que les affiches qu'on avait formalisé avec Momo. <https://infokiosques.net/IMG/png/humour_oppressif-008.png>
Et ainsi, naissa cette brochure ! <https://infokiosques.net/IMG/png/humour_oppressif-009.png>
Je vois cette brochure comme un condensé de réflexions et questionnements à un instant T. Je serai peut-être plus trop d'accord avec des réflexions que j'ai écrite, il y a sans doute des angles morts dans ce que je propose, mais c'est pas grave ! C'est fait pour être un outil de dialogue, de discussion, pas une proposition de vérité absolue. Je vous laisse donc avec ça en tête. Cette brochure n'a pas l'intention d'être consensuelle, et a plutôt vocation à rendre visible des trucs, pour nourrir des débats et réflexions : à vous de prendre ce qui vous parle ou pas !
Cette brochure est écrite à la première personne du singulier, car c'est moi qui l'écrit et que je ne souhaite n'engager que moi dans les propos que je tiens, mais il est le fruit de réflexions et questionnements collectifs issus de discussions avec des potes ou des participant·es à des ateliers.
Je m'aventurerai pas à proposer une définition de ce que c'est la politique, mais j'aimerai malgré tout commencer cette brochure par affirmer que je pense que notre rapport à l'humour est politique, et doit être davantage politisé. Une manière d'expliquer pourquoi l'humour est politique, c'est de visibiliser que l'humour est un acte social et que quand une personne se sent victime d'humour oppressif, c'est pas juste une histoire de liens interpersonnels, mais il s'y joue des enjeux plus systémique. Quand j'exprime que l'humour est politique, c'est pour visibiliser que l'humour s'inscrit toujours dans un contexte socio-politique donné, et qu'il peut créer ou renforcer des dynamiques de pouvoir qui sont loins d'être neutres ou sans conséquences.
Dans cette partie, je vais partager des réflexions et croyances que j'ai sur l'humour. Elles n'ont pas de valeurs sociologiques ou scientifiques particulières.
Si vous souhaitez vous renseigner sur ces sujets avec une approche davantage documentée, sourcée et avec des expérimentations sociales, vous pouvez lire la thèse de Léo Facca « Est-ce vraiment “ juste une blague ” ? Effet du groupe ciblé, des préjugés et de l'adhésion aux stéréotypes sur la perception de l'humour de dénigrement : une approche expérimentale. » ou vous renseigner sur les études de psychologie sociale de Monica Romero-Sànchez.
Perso, je me suis pas beaucoup plongé dans ces références là parce que j'avais pas l'envie et la motivation de faire un travail de recherche solide, alors je propose juste des bouts de réflexions sur pourquoi je pense que l'humour est politique :
- L'humour véhicule souvent des valeurs et stéréotypes
Je sais pas s'il serait possible ou souhaitable de quantifier un pourcentage de blagues qui reposent sur des préjugés discriminants, mais j'ai le sentiment que l'humour véhicule principalement des stéréotypes visant des individus et groupes sociaux particuliers : les femmes, les personnes racisées, les personnes en situation de handicap, les personnes queer, etc. <https://infokiosques.net/IMG/png/humour_oppressif-011.png>
Par l'humour, on peut donc véhiculer beaucoup de stéréotypes : les femmes sont nulles et dangereuses au volant, les arabes sont des voleurs, les personnes en situation de handicap sont bêtes, etc.
Les blagues sexuelles me paraissent se baser souvent sur un imaginaire d'hyper-sexualisation, d'objectification des femmes et minorités de genre, de personnes racisées ou sur une désexualisation de personnes âgées et/ou en situation de handicap. La plupart du temps, les blagues liées à la race reposent davantage sur l'imitation d'accent, des préjugés racistes ou des stéréotypes de classes sociales que sur les désastres du colonialisme.
Il y a donc des tendances globales concernant ce sur quoi porte l'humour. Et le fait qu'on se moque majoritairement de certains groupes sociaux, c'est pas anodin. Ça dit quelque chose sur notre manière de faire société. Et ça vient renforcer des valeurs.
- L'humour diffuse, légitime, banalise et rend acceptables socialement des valeurs et stéréotypes
L'humour contribue à la tolérance de la discrimination. Sous l'apparence de légèreté et par prétexte de « on dit ça juste pour rigoler, ça va ! », l'humour permet de banaliser et rendre acceptables socialement certaines valeurs et stéréotypes. S'il ne paraitrait pas très acceptable socialement d'énoncer sérieusement que les femmes blondes sont plus bêtes que les autres, rire autour d'une blague sur les blondes peut paraître beaucoup plus innoffensif. <https://infokiosques.net/IMG/png/humour_oppressif-013.png>
On appelle « humour de dénigrement » une forme d'humour qui favorise les préjugés et la discrimination.1
- L'humour est un outil de cohésion sociale
L'humour est un super outil pour identifier des individus qui nous ressemblent, avec qui on peut s'entendre et connecter. Rire avec quelqu'un, ça peut déjà être un signe de compatibilité. Ainsi, l'humour permet d'être un facteur de rapprochement, et conditionne ce qui permet ou pas de faire groupe. Il permet de consolider des normes sociales, en participant à créer des cadres collectifs et peut participer à certaines formes de sentiment d'appartenance.
Par exemple, les blagues sur la prétendue stupidité des Belges permet de créer de la cohésion sociale pour les Français.es qui se rapprochent en se moquant d'un autre groupe social. <https://infokiosques.net/IMG/png/humour_oppressif-014.png>
- L'humour est vecteur de biais de pouvoir
Dans des dynamiques de groupe, il y a toujours des rapports de pouvoir. Un rapport de pouvoir, c'est pas forcément très visible au premier regard. C'est pas forcément une humiliation bruyante et flagrante. Ça peut être discret, insidieux, mais pas moins violent ou blessant. C'est pour ça que pour moi c'est très important de mettre le doigt et les mots sur comment l'humour peut être vecteur de pouvoir.
Quand j'observe un groupe, j'aime porter mon attention sur qui parle, qui ne parle pas, qui est écouté, qui ne l'est pas. Comment les identités sociales (genre, classes, races, religion, capital culturel, académique, économique) entrent en jeu dans les interactions.
L'humour permet un bon prisme d'analyse : Qui fait une blague ? Qui rigole ? Qui ne rigole pas ? Sur quoi portent les blagues ? Quelqu'un qui fait une blague et fait rire les autres attire l'attention, et potentiellement, volontairement ou pas, dicte les normes d'un groupe.
L'humour est souvent valorisé socialement, et les personnes qui détiennent des formes d'humour qui seraient valorisé dans un cercle social peuvent attirer l'attention, paraître intelligent, avoir de la répartie et ça peut donc leur conférer des formes d'auras, de charisme et de pouvoir.
Par exemple : J'ai parfois tendance à « clasher » des ami·es avec ma répartie. Ça fait rire, c'est valorisant pour moi, mais c'est parfois très blessant selon ce que je véhicule, ma relation avec la personne cible de la blague, le contexte social et le vécu de la personne cible. C'est une forme de rapport de pouvoir que d'avoir de la rhétorique, de penser rapidement, d'avoir de la répartie, et ça peut sembler banal mais ça peut être vraiment humiliant, excluant et violent de se faire moquer par des blagues. <https://infokiosques.net/IMG/png/humour_oppressif-015.png>
Parler des oppressions systémiques, c'est vertigineux. Avoir une porte d'entrée, ça permet d'avoir une prise. Il y a des tonnes de manière de définir une oppression systémique, voici ce que je propose :
Une oppression systémique est le résultat et la composante d'un système qui, pour un critère donné, va engendrer de façon globale des discriminations sur un groupe social dit dominé / opressé / discriminé, et réciproquement conférer des privilèges à un groupe social dit dominant / oppresseur / privilégié. <https://infokiosques.net/local/cache-vignettes/L500xH231/humour_oppressif-016-2-53c4e.png?1784887761>
Les oppressions systémiques sont omniprésentes. Dans notre manière d'organiser notre société, dans nos politiques, nos lois, nos institutions mais aussi dans notre manière de penser, de relationner et de s'organiser.
Elles s'ancrent dans des rapports de pouvoir, se traduisent par des préjugés/stéréotypes et s'incarnent par des postures/comportements oppressifs.
A propos d'intersectionnalité : pour une approche décloisonnée et systémique des oppressions systémiques
Présenté sous forme de tableau, les oppressions systémiques et leur système d'oppressions peuvent sembler très cloisonnées. Dans la réalité, toutes les oppressions forment des liens complexes en synergie.
L'intersectionnalité désigne un concept permettant de penser les identités sociales non pas de façon séparée ou cumulée, mais en synergie pour en identifier leur spécificités.
Historiquement, ce concept émerge et est popularisé par Kimberlé Crenshaw (militante, avocate, professeur) qui lie la race et le genre pour mettre en lumière que les expériences vécues par une personne noire, et par une femme, ne peuvent pas être comprises et analysées comme deux données séparées ou indépendantes2.
Dans les grandes lignes, une identité sociale liée à une oppression + une identité sociale liée à une autre oppression n'est pas égale à = 2X d'oppressions
Mais plutôt, une identité sociale liée à une oppression + une identité sociale liée à une autre oppression = un cocktail singulier et complexe d'oppressions, non cumulables, mais en synergie
Pourquoi parler d'intersectionnalité ?
Pour ne pas reduire l'identité d'une personne à un privilèges ou un non-privilège. Chaque personne a son histoire unique, et il me paraît important de prendre en compte de manière nuancée et complexe ça. (= ne pas reduire une personne racisée à une pauvre victime du système raciste, ne pas réduire un mec blanc à un méchant oppresseur)
Préjugés, discrimination, et oppressions : quelles différences ?
Inspiré du comic : https://everydayfeminism.com/2017/01/trouble-explaining-oppression/
Un préjugé est un biais internalisé :
• "Les relations homosexuelles sont anormales et déviantes"
• "Les personnes grosses sont moches"
• "Les musulman·nes ont plus de chance d'être des terroristes"
Une discrimination est la concrétisation d'un préjugé :
• Refuser la location d'un appartement à un couple d'homosexuel
• Se trouver moche car gros·se
• Suspecter davantage les musulman·es de comportements dangereux
Les oppressions sont les poids et forces systémiques de ces préjugés et discrminations sur les personnes concernées
• Des lois qui ne protègent pas les discriminations basés sur l'orientation romantico-sexuelles
• Des magazines promouvant une culture de la beauté normée
• Des politiques publiques excluantes des musulman·nes
Pour lutter contre tous ces systèmes d'oppressions injustes, il faut agir sur tous les maillons de la chaîne !
A propos de privilèges et de non-privilèges
Chaque individu a un lot de privilèges et de non-privilèges.
Le privilège social, ça désigne une notion en sciences sociales, qui offre des avantages sociaux/degrés de prestiges/rangs dans la société en fonction de son appartenances ethniques, de classes sociales, d'âges, de sexe, d'identité de genre, d'orientation sexuelle et relationnelles, de religion, etc.
Les systèmes de privilèges et non-privilèges impliquent par exemple :
• Un partage non-équitable de la charge mentale. La charge mentale est le poids psychologique que fait peser (plus particulièrement sur des personnes particulièrement discriminées) la gestion des tâches domestiques et éducatives, engendrant une fatigue physique, et surtout, psychique. Cette préoccupation constante de la logistique du foyer, même dans les moments où elles ne sont pas dans l'exécution de ces tâches est aussi pesante. Cette notion peut être applicable à d'autres domaines que la gestion du foyer.
• Des différences dans le sentiment de sécurité par défaut dans les espaces publics, les relations, les collectifs, etc.
• Une exclusion invisibilisée de certains groupes sociaux dans certains espaces.
• Un rapport à la légitimité différent.
• Un accès aux richesses et au confort non-équitable.
• Etc etc etc.
Avoir des privilèges, c'est pas seulement avoir plus de chances d'avoir sa paie augmentée lorsque l'on est un homme cis blanc. C'est aussi :
• Avoir le privilège de l'inscouciance et de ne pas se soucier de certaines charges mentales et émotionnelles.
◦ Ex : une dynamique typique dans un couple hétéro est la femme portant la charge mentale des tâches ménagères, la charge contraceptive et la charge émotionnelle du couple tandis que l'homme ne comprend même pas en quoi consiste tout ça.
• Ne pas se rendre compte des oppressions que vivent les autres, et avoir tendance à ne pas les croire, les légitimer. Et/ou chercher à se justifier de ses bonnes intentions sans mettre le focus sur le récit de la personne concernée.
◦ Ex : Je constate que la plupart du temps, quand je raconte un vécu de situation raciste que j'ai vécu, la·es personne·s blanche·s devant moi sont souvent choqué·es et arrivent à peine à me croire et vont parfois avoir tendance à remettre en question mon récit ou le minimiser.
Avoir des non-privilèges, c'est par exemple :
• Devoir se sur-adapter en permanence pour se faire accepter socialement, et donc performer, compenser, se contorsionner pour correspondre à un fonctionnement normé.
◦ Ex : c'est le cas pour des personnes ayant des handicaps invisibles. (#validisme #psychophobie)
• Se justifier en permanence de ne pas être capable de faire quelque chose et être soupçonné de flemme car "si on veut, on peut" #capacitisme #validisme #psychophobie
• Ne pas se sentir légitime de prendre la parole.
• Ne pas se sentir appartenir à un groupe social.
◦ Ex : être la seule personne racisée dans un groupe de blanch·es peut entraver le sentiment d'appartenance et la légitimité à trouver sa place
• Subir de la négligence en ayant moins de chances que ses besoins soient remplis par la société, des collectifs, des relations, etc.
Apprendre à se situer au niveau de ses privilèges et non-privilèges, et agir en conséquences
Savoir se situer, ça s'apprend, ça prend du temps, et ça se fait au fur et à mesure de discussions, d'expériences de vie, de conflits, de partages de récits, etc.
Un outil pouvant être utile pour apprendre à se situer est celui du CRIAW ICREF3.
Ici, cet outil d'éducation populaire en lien avec des enjeux d'intersectionnalité permet d'illustrer :
• Par le cercle intérieur : les circonstances particulières de chaque personne, associé à des “rangs” dans la société
• Par le deuxième cercle : Des aspects identitaires (correspondant à des privilèges et non-privilèges)
• Par le troisième cercle : Différentes formes de discriminations et systèmes oppressifs
• Par le cercle extérieur : Des structure et forces plus larges renforçant les systèmes oppressifs
Proposition d'exercice : Vous pouvez prendre une feuille et écrire les aspects identitaires qui vous concerne du deuxième cercle et tenter d'identifier si vous êtes plutôt privilégié·e ou pas sur chaque aspect. Les réponses ne seront pas forcément binaires car certains aspects pourront être à la fois des privilèges et des oppressions pour vous. L'idée n'est pas d'atteindre une réalité objective parfaite de vos privilèges et oppressions via cet exercice, mais plutôt de se mettre dans une posture de questionnement vis-à-vis de ses identités sociales. <https://infokiosques.net/local/cache-vignettes/L500xH385/humour_oppressif-017-2-fe831.png?1784887761>
Chaque personne ayant son lot de privilèges et de non-privilèges. Il peut paraitre important d'apprendre à se situer soi-même, pour pouvoir agir en conséquences.
Pour guider tes questionnements par rapport à ces enjeux, tu peux te demander :
• Quels sont mes privilèges ? Quels sont mes non-privilèges ?
• Comment je me sens par rapport à ça ?
• Qu'est-ce qui m'interroge à ce sujet ?
• Quelle place ont les oppressions systémiques dans mes relations ? Dans mes collectifs ? Dans mon quotidien ? Dans ma vie professionnelle ?
• Est-ce que c'est un sujet dont je parle avec mes proches ? Si oui, comment ?
• Est-ce que je suis satisfait·e de mon rapport à mes privilèges et les oppressions que je vis ? Et si non, qu'est-ce que j'aimerai être différent ?
Pourquoi on parle d'oppressions systémiques ?
Parce que l'humour s'inscrit dans des enjeux en lien avec les oppressions systémiques ! Il peut faire partie de discriminations paraissant inoffensives, anodines et mineurs. Mais en réalité, c'est un instrument puissant, contenant un potentiel de violence fort et permettant de légitimer d'autres formes de violences.
La pyramide des niveaux de discriminations illustre différents types de discriminations, allant de ce qui paraît le moins violent au plus violent. L'humour se situerait dans un niveau de discrimination plutôt « faible »
La pyramide des niveaux de discriminations <https://infokiosques.net/local/cache-vignettes/L422xH319/humour_oppressif-019-c747d.png?1784887761>
Toutes ces oppressions systémiques, systèmes d'opppressions et notion de privilèges s'incarnent concrètement sous la forme de discrimination de plusieurs types :
Des oppressions, il y en a de tous types. Toutes n'ont pas les mêmes effets, ou les mêmes répercussions. Dans cette brochure, je souhaite militer pour que ce qui est considéré comme violent et oppressif ne soit pas limité à de la violence physique et facilement visible. Je souhaite considérer et lutter contre toute forme de discriminations, d'oppressions, et de rapport de pouvoir, aussi "petites" et invisibilisées puissent-elles paraitre.
Pourquoi les "petites" oppressions invisibilisées sont importantes ?
Déjà, parce qu'elles ne sont pas si petites que ça ! Elles sont très impactantes du fait de leur caractère répété et omniprésent, et influence comment une personne se perçoit, est perçue, peut se sentir, etc. De plus, elles constituent la base de la pyramide des discriminations et permet et renforce des discriminations plus graves.
L'humour contribue à la tolérance de la discrimination sous l'apparence de légèreté et par prétexte de « on dit ça juste pour rigoler, ça va ! »
Dans un monde où il n'est pas acceptable de faire des blagues sexistes, alors, peut-être que le monde le serait moins ?
De plus, il y a parfois une plus grande capacité d'action sur des discriminations "petites" du fait de leur caractère récurrent et aussi du fait qu'il peut parfois être moins risqué de reprendre quelqu'un sur une blague qu'il a faite et questionner les valeurs qu'il a véhiculé (parfois inconsciemment et involontairement) que d'agir sur des menaces de vie directes.
L'humour, ce n'est donc pas que des petites blagues, c'est plus que ça. Ça a des impacts et des conséquences fortes et agir dessus est une manière de lutter contre les oppressions systémiques et les rapports de pouvoir.
Est-ce que tous les humours se valent ?
Je pense que tous les humours ne se valent pas. Il ne s'y joue pas les mêmes dynamiques de pouvoir selon l'humour qui est véhiculé. Par exemple, je considère qu'un groupe de mec qui se moquent d'une meuf avec des remarques sexistes, c'est pas les mêmes enjeux que des personnes racisées qui se moquent des racistes. Ou encore, je considère qu'une punchline tourné avec un ton humoristique pour protéger une personne qui se fait discriminée, c'est pas à mettre sur la même échelle que quelqu'un qui dit une punchline pour se moquer d'une forme de handicap.
Proposition de catégories de l'humour
Pour conceptualiser ça, avec mon binôme associatif de l'époque des affiches, on a fait une proposition de catégorisation de l'humour. <https://infokiosques.net/local/cache-vignettes/L500xH340/humour_oppressif-020-2-af40e.png?1784887761>
Il y a différentes d'humour parmi tout ça : le comique de situation, le comique de répétition, l'absurde, les plaisanteries, l'ironie, les jeux de mots, le comique de geste, les caricatures, l'autodérisiton, l'humour noir, le sarcasme, la parodie/satire, le burlesque, le grotesque, etc.
Quelques exemples pour s'y retrouver
- L'humour ciblant des groupes sociaux
Ce qu'on désigne comme étant de l'humour oppressif, c'est de l'humour qui participe à perpétuer des oppressions systémiques.
Exemples :
• Dire une blague qui se repose sur un biais sexiste : J'ai une fois animé une formation où lorsque j'ai demandé aux participant.es s'iels avaient de quoi noter, un homme cis a répondu « Oui, on a des femmes dans le groupe ! »
• Renforcer des stéréotypes raciaux par des blagues-devinettes : « Pourquoi les chiens aboient beaucoup en Chine ? Parce qu'ils ne sont pas assez cuits »
• Véhiculer l'idée que les personnes trisomiques sont bêtes en disant « T'as pas compris ça ? T'es trisomique ou quoi ? »
Et bon, il pourrait y avoir tout une section « humour internet et memes » sur ce que ce type d'humour peut véhiculer. Ici un exemple illustrant sous la forme d'un raisonnement « scientifique » pourquoi les femmes sont des problèmes. <https://infokiosques.net/local/cache-vignettes/L500xH339/humour_oppressif-021-2-d1efc.png?1784887761>
Les dynamiques en œuvre peuvent être nombreuses : renforcement de stéréotypes existants, déshumanisation, action d'exclusion, moqueries, etc.
En stand-up, on parle parfois de « punching down », c'est-à-dire, faire de l'humour en ciblant des personnes discriminées et qui reproduit donc des dominations, des oppressions et des humilitations systémiques.
Ce qu'on appelle humour subversif, c'est un humour qui renverse l'ordre social dominant.
Exemple :
• L'humour misandre (qui fait de l'humour sur les mecs cis). « Que donne un mec cis à Emmaüs ? Son avis ! »
• Tourner en ridicule le journalisme sensationnelle de droite (Gorafi)
• Tourner en ridicule l'impunité de certaines sphères de pouvoir (Malheurs actuels)
• Jouer sur un attendu « raciste » pour prendre par surprise et interroger ce présupposé « Comment appelle-t-on un noir qui conduit un avion ? – Un pilote ! »
En stand-up, on parle parfois de « punching up », c'est-à-dire, faire de l'humour en ciblant des personnes dominantes et qui crée donc des potentiels de subversion et d'émancipation.
- L'humour ciblant un individu
L'humour blessant, c'est de l'humour qui n'est pas en lien avec des oppressions systémiques, mais qui peut blesser une personne.
Exemple : Quelqu'un trébuche en rentrant dans une classe, quelqu'un le·a filme et puis fait tourner la vidéo en se moquant de la personne.
L'humour soutenant survient dans l'intention d'aider quelqu'un qui se fait discriminé.
Exemple : Un mec se moque d'une femme qui a fait la cuisine, et quelqu'un en fait une blague « drôle de façon de dire merci »
Avantages et limites de ces catégories :
Ce que j'apprécie dans le fait de catégoriser l'humour, c'est que ça permet de mettre en lumière qu'il ne se joue pas les mêmes dynamiques de pouvoir dans tout type d'humour. Tous les humours ne sont pas équivalents et ne véhiculent pas les mêmes idées. L'idée n'est pas de dire que l'humour subversif est forcément mieux que l'humour oppressif, mais plutôt qu'il ne se joue pas les mêmes choses quand on se moque de femmes asiatiques que quand on se moque du président des Etats-Unis.
Evidemment, ces catégories, comme toute tentative de formalisation sont imparfaites. Il y a des formes d'humour difficile à catégoriser, et l'intention n'est pas de réussir à mettre toute forme d'humour dans des petites cases, mais plutôt de mieux identifier ce qui peut se jouer dans une forme d'humour. C'est donc à voir comme un outil : ce n'est pas objectif, ce n'est pas parfait, ça a des limites, mais c'est parfois utile.
Faut-il cultiver de l'humour subversif alors que ça peut aussi être violent ?
J'adore l'humour subversif, mais c'est très personnel. J'ai beaucoup débattu à ce sujet et je sais que des personnes que je connais ne sont pas d'accord avec le fait de cultiver quelconque humour pouvant être dénigrant. Cette idée qu'il ne faut cultiver ni l'un, ni l'autre, est en lien avec l'idée que dans tous les cas, il y a de la violence qui est véhiculé et que ça entretient un cycle de la violence qui peut finir par être néfaste pour tout le monde. Si j'adore l'humour subversif, et que je le trouve émancipateur et réparateur, j'aime nuancer ce propos en mettant une vigilance sur la violence qui peut être véhiculée.
Bref, est-ce qu'il faut faire de l'humour subversif ? Perso j'adore ça, mais c'est fortement débattable !
Et puis qui décide de ce qui est subversif ou oppressif ? La frontière est floue et subjective. Peut-on tout justifier derrière le drapeau de la subversivité ? Pas sûre.
Pour autant, je considère ne pas me battre à armes égales avec mes « ennemis », et donc ridiculiser le pouvoir, je pense que c'est une arme qui me parle.
Est-ce que la fin justifie les moyens ?
Dans le fond, ça pose la question de : est-ce que la fin justifie les moyens ? Si la fin est louable (= ici, créer une société plus écologiste, juste et inclusive) est-ce que ça justifie d'avoir recours à des moyens violents (= ici, continuer à alimenter des dynamiques de moqueries, d'exclusion). C'est hyper complexe comme sujet, et j'oscille beaucoup entre plusieurs postures, en fonction des enjeux et des sujets. J'ai pas trop de réponses à ça, mais je trouve que c'est chouette de se poser la question et de si l'on souhaite avoir recours à l'humour, et pourquoi.
Dans tous les cas, il me paraît important de s'interroger sur pourquoi on rigole, et quels peuvent être les risques et effets de ce qu'on véhicule. Et justement ! D'où la proposition de l'outil qui suit :
Comment savoir si ma blague est oppressive ? Comment je peux changer mon rapport à l'humour ?
Hélas, je n'ai pas de solutions miracles sous la main. Je ne pense pas que le monde doit binariser un rapport catégorique à l'humour. Il n'y pas de tampons « humour oppressif / humour non-oppressif ». Je pense que toute situation est complexe, nuancée, et qu'on ne peut jamais s'assurer de la non-offensivité de ce qu'on dit. Par contre, on peut se questionner en amont pour limiter le risque de blesser. Voici une proposition de questionnements à se poser. C'est pas exhaustif et c'est pas parfait. <https://infokiosques.net/IMG/png/humour_oppressif-023.png> <https://infokiosques.net/IMG/png/humour_oppressif-025.png> <https://infokiosques.net/IMG/png/humour_oppressif-027.png>
• Quelles sont mes intentions en faisant une blague (mettre à l'aise, créer de la complicité, rabaisser, me moquer, dédramatiser ?)
• Est-ce que je ris DE la/les personnes concerné·es par la blague ou AVEC ?
• Est-ce que les personnes présentes me connaissent assez bien pour comprendre mon intention ?
• Est-ce que ma blague peut être discriminante ou blessante directement ou indirectement ?
• Est-ce que ma blague véhicule de la violence ?
• Est-ce que ma blague peut causer des triggers ?
• Est-elle risquée du fait qu'elle touche à une caractéristique de groupes sociaux discriminés ?
• Est-ce que le contexte de ma blague est le bon ?
• Est-ce que le niveau d'interprétation de ma blague est claire ?
• Suis-je prêt·e à recevoir des retours négatifs sur des propos que j'ai émis ?
• Suis-je capable de répondre constructivement en me remettant en question ?
• Suis-je ouvert·e et capable de ne pas minimiser/délégitimer les ressentis exprimés ?
Il peut aussi y avoir des questionnements plus introspectifs : qu'est-ce que mon rapport à l'humour dit de moi ? D'où vient mon rapport à l'humour ? Est-ce que j'aime l'humour que je véhicule ou est-ce que j'aimerai le changer ? Si oui, quelles sont mes pistes de changement ?
Par exemple : j'ai beaucoup fait de l'humour en mode « clasher une personne », parfois de manière humiliante, parce que je voulais paraître intelligente et avoir de la répartie. Je trouvais ça valorisant qu'on rigole à mes blagues, et qu'on puisse être impressionné par la rapidité de mes idées. Mais je me suis rendue compte que je trouvais ça naze de faire ça alors j'essaie d'arrêter (même si je fais parfois de l'humour blessant et je le regrette).
Se poser les questions, ça peut être très long, et c'est un travail introspectif en soit. S'il ne me semble pas possible de se poser toutes ces questions en amont de chacune de ses blagues, je me dis que ça peut être un bon guide d'introspection pour y réflechir et que pour faire un autocheck rapide avant de faire une blague, il y a la possibilité de se concentrer sur les risques de cette blague : est-ce qu'il y a des risques à véhiculer ce que je vais dire ? Pourquoi ce serait risqué (du fait des personnes présentes, du fait de la nature de la blague) ? Est-ce que les intentions de ma blague sont claires pour les personnes présentes ?
Moyen mnémotechnique :
Si vous avez vu la série animée Avatar, le dernier maître de l'air, vous connaissez sûrement Iroh, l'un des personnages réputés comme étant plein de sagesse dans la série. Un moyen pour se souvenir des questionnements, c'est de penser aux :
– Intentions
– Risques
– Ouverture
– de son Humour
(IROH !)
Au début des ateliers que j'anime, j'aime beaucoup commencer les temps par demander aux participant·es quelles sont leurs intentions et attentes dans l'atelier. La plupart du temps, ce qui revient surtout c'est : comment « bien » réagir face à des situations d'humour oppressives ? <https://infokiosques.net/IMG/png/humour_oppressif-029.png>
Il n'y a pas de bonnes réponses ou de modes d'emplois. Chaque situation est singulière et porte un contexte particulier. Du coup, je vais surtout évoquer des postures, des manières de réagir, et les commenter.
Comprendre les dynamiques collectives existantes
Déjà, il y a toujours des dynamiques collectives et des rapports de pouvoir existants en jeu. C'est impossible de tout déceller, et de réussir à tout percevoir finement avec lucidité en tout temps, mais quelques questionnements peuvent aider à observer la situation.
• Quelles sont les relations entre les personnes présentes ?
◦ Est-ce que les personnes ont une bonne relation ?
◦ Est-ce qu'il y a de l'espace pour communiquer entre ces personnes ?
◦ Est-ce qu'il y a des biais de pouvoir entre les personnse ?
▪ Ex : une participante racontait pendant un atelier ne pas réussir à réagir à des blagues homophobes car la personne qui les racontait était son patron. <https://infokiosques.net/IMG/png/humour_oppressif-030.png>
• Est-ce que la personne/les personnes concernées par la blague sont présentes ?
• Quels sont les risques d'intervenir pendant ou après une blague ? <https://infokiosques.net/local/cache-vignettes/L450xH228/humour_oppressif-031-2-7bc66.png?1784887777>
Il peut donc être important et utile de comprendre le contexte social, et les rapports de pouvoir existant avant de savoir comment réagir.
Je pense que prendre en compte la temporalité dans les réactions est également important. Je distingue donc les réactions ayant lieu au moment de la situation, ou après.
Choisir la temporalité de sa réaction
- Réagir au moment de la situation
Il y a différentes manières de réagir sur le moment :
• « Contre-attaquer » directement par l'humour : punchliner, ridiculiser, confronter, etc.
• Politiser la situation : ramener du sérieux et des enjeux, faire redescendre le rire pour adresser les problématiques. Expliquer en quoi l'humour est politique, et peut être violent. Expliquer les valeurs véhiculées par la blague qui vient d'être faite.
• Questionner la personne qui a fait la blague : Pourquoi tu te moques ? Est-ce que ta moquerie sous-entends des croyances que tu as ? Pourquoi tu dis ça ? Qu'est-ce que tu sous-entends ? Tu peux répéter ?
• Parler de ses ressentis : exprimer son malaise, sa colère, sa tristesse en réaction à la blague
• Etc, etc, ect.
Perso, je pense pas qu'il y ait de manière parfaite de réagir, car ça dépend trop du contexte, mais je peux identifier quelques avantages et inconvénients de réagir sur le moment.
Avantages de réagir sur le moment :
• Réagir sur le moment permet de ne pas « laisser passer » la blague, et de signifier que ce n'est pas accepté et toléré de faire ce genre de blague.
• Ça peut permettre d'être dans une posture d'allié·e en réagissant et d'être en soutient direct à une personne ou des personnes qui pourraient se sentir mal à l'aise et/ou concernée(s) par la blague.
• Ça permet de ne pas être complice du moment.
Inconvénients de réagir sur le moment :
• Réagir sur le moment peut créer du conflit et faire « dégénerer » une situation. Il y a moins de temps et de recul pour pouvoir réflechir à comment l'on souhaite réagir.
• Ça peut être humiliant et stigmatisant pour la personne ayant fait la blague de réagir à une blague sur le moment devant d'autres personnes.
• Le risque social est plus fort et imprévisible lorsque c'est sur le moment dans un moment social plutôt qu'après en interperso ou en plus petit comité.
• S'il y a une ou des personnes concernées et que vous n'êtes pas personnellement la cible de la blague, réagir sur le moment peut parfois amener à ne pas avoir une réaction mal adaptée pour la ou les personne(s) concernée(s) vu qu'il est souvent difficile de les consulter sur le moment et de s'adapter à leurs besoins.
- Réagir après le moment de la blague
Il y a différentes manières de réagir après une blague
• Cela peut dépendre de qui on va voir après la blague :
◦ La personne qui a fait la blague
◦ Des personnes éventuellement concernées et/ou mal à l'aise
◦ Des témoins
◦ Etc.
• Ça peut dépendre de vos intentions
◦ Exprimer son désaccord/son malaise à quelqu'un
◦ Faire de la pédagogie
◦ Exprimer son soutient
◦ Etre dans l'accueil d'éventuelles demandes que l'on pourrait vous faire
• Ça peut dépendre de la manière dont vous intervenez
◦ Plutôt sur un ton sérieux, politisant et intellectuel
◦ Plutôt sur un registre émotionnel
◦ Plutôt en « confrontation » avec la personne qui a fait la blague, ou plutôt en étant dans une recherche de coopération
• Bref, les manières de réagir après une blague sont diverses et dépendent de beaucoup de chose !
Avantages de réagir après :
• Réagir après permet d'avoir plus de temps pour réflechir à ses postures et sa manière de réagir.
• Ça peut permettre un terreau plus fertile pour des discussions longues et constructive du fait du côté interperso ou petit comité qui peut davantage créer un cadre intimiste et propice à la confidence contrairement à une réaction à chaud pendant un moment social.
• Une discussion après le moment peut aussi réduire un potentiel risque de situation confrontante non désirée ou une condamnation rapide de la personne qui vient de faire une blague.
Inconvénients de réagir après :
• Il y a des contextes où il n'est pas possible de réagir après, par exemple après de l'humour oppressif émis par quelqu'un dans la rue.
• Ça peut être difficile de trouver le bon moment, et peut-être que la personne éméttrice ne voudra pas en parler.
• Il faut un minimum de confiance et de coopération réciproque pour que ça puisse être constructif. Un format de débrief ne parle pas à tout le monde. Par exemple débriefer d'une situation avec mon papa et lui proposer un temps de communication en interperso, ça ne fonctionne pas du tout. Il faut trouver ses stratégies. Souvent, je profite de trajets en voiture avec lui en trouvant une façon légère de revenir sur les choses mais je ne le présente pas comme un débrief. Et souvent, la manière qu'on a de débriefer est pour moi frustante et insatisfaisante.
Quelques questionnements pour guider sa manière de réagir :
Il n'y a donc pas de manière parfaite ou miraculeuse de savoir comment réagir. Ça vient en fonction du contexte, des dynamiques de groupe, de votre relation avec les personnes présentes, des enjeux, des risques, de vos ressentis, etc etc ect !
Je ne souhaite pas proposer un guide pour apprendre comment réagir, mais surtout proposer des manières de réflechir à ça. C'est pour ça que je souhaite proposer quelques questionnements qui peuvent guider sa manière de réagir :
• Quel est le contexte dans lequel est fait la blague ?
• Quelles sont les relations entre les personnes présentes ?
• Qu'est-ce qui est véhiculé à travers cet humour ?
• Est-ce que c'est risqué pour moi/pour d'autres, d'intervenir ?
• Est-ce que je souhaite réagir sur le moment, ou plutôt plus tard ?
• Comment est-ce que je souhaite réagir ? Quelle posture j'aimerai adopter ?
• Quelles sont mes intentions en réagissant ?
Se poser ces questions, c'est très long, et il n'est évidemment pas forcément possible de se poser toutes ces questions pendant un instant humoristique car ce sont des moments qui vont très vite et où il faut avoir parfois le sens du timing pour intervenir au « bon » moment. Mais ce sont des guides à avoir en tête, pour s'entraîner, et pour se questionner collectivement.
Quelques points qu'il me semblent intéressants d'avoir en tête lorsque l'on souhaite réagir à une blague qui ne nous va pas :
- Le consentement et le cadre de la discussion
En allant voir des personnes ciblées, il me semble important de veiller au consentement des personnes concernées et de ne pas imposer une aide non-sollicitée au risque de leur retirer du pouvoir d'agir. Le mieux selon moi est de s'adapter à leurs besoins et leurs demandes, et de voir si vous êtes en capacité d'y répondre. Si quelqu'un s'est senti mal suite à une blague et que vous voulez lui proposer un espace de débrief, vous pouvez lui proposer plusieurs types d'écoutes : de la reformulation de ce qu'iel dit pour s'assurer qu'iel se sente compris·e, de l'empathie pour entrer en résonnance émotionnelle avec son vécu, de la suggestion ou des conseils sur quoi faire si c'est ce qui est demandé, etc.
Proposer un débrief avec la personne émettrice de la blague peut aussi demander un certain cadre. Tout dépend de votre relation avec cette personne, et de votre manière de réagir. Mais il me semble important de penser aux bonnes conditions pour que ça se passe et à veiller à la forme de son retour. <https://infokiosques.net/local/cache-vignettes/L451xH262/humour_oppressif-032-2-1334f.png?1784887777>
Par exemple, vous pouvez commencer par lui demander ce qu'elle a pensé de sa blague. Ça peut être intéressant pour ne pas l'enfoncer si elle est déjà en train de se remettre en question. Perso, je trouve ça toujours intéressant de savoir comment l'autre personne a vécu la situation et ça me paraît plus constructif pour adapter sa réaction après.
- Quelques outils pour prendre soin de sa communication
Les outils de communication émotionnelle peuvent être aidant pour vivre ce type de situations si ce sont des approches qui vous parlent. Ce ne sont pas des solutions miracles, et ça a évidemment des limites et des défauts, mais personnellement ça m'aide de pouvoir me servir d'outils.
Parmi les outils qui me parlent, il y a :
• La Communication Non Violente (ou CNV)4
◦ Mais il me semble important de l'incarner dans une approche située et politisée. La CNV, malgré son nom, peut véhiculer de la violence parce que ses outils peuvent permettre à quelqu'un d'avoir l'ascendant intellectuel sur quelqu'un en ayant du vocabulaire, une rhétorique et une manière de tourner les choses qui est incontestable. Selon moi, la CNV ça peut être très aidant, mais ça peut aussi incarner des formes de classisme, d'élitisme et d'intellectualisme dont il faut faire attention car ils peuvent être, même avec de très bonnes intentions, des instruments de manipulation.
◦ Pour creuser ce sujet, des podcasts de Méta de Choc étudient les avantages et les dérives de la CNV5
• Les jeux de cartes qui parlent de besoins et d'émotions pour gagner en vocabulaire, en finesse et en précision pour parler de ses émotions ou de celles des autres.
◦ Il y a par exemple les jeux de cartes de Apprentis Giraffes6 ou encore ceux de Comitys7
• Il y a des facilitations graphiques/des affiches de Fertîles sur les enjeux de feedbacks (faire des retours), de Communication Non Violentes, ou encore d'intentions, disponibles sur leur site qui peuvent être outillantes.
Bref, il existe de nombreuses ressources pour prendre soin de sa manière de communiquer ! Il en existe bien sûr bien d'autres, mais là ce n'est qu'une courte sélection.
- Se préparer à être déçu·e et/ou frustré·e
Même si vous faites de votre mieux, et que vous y mettez tout votre coeur, vos bonnes intentions, le soin dans votre communication et le soin à l'autre : il se peut que vous soyez frustré·e, agacé·e, déçu·e, en colère de la réaction de l'autre personne.
Un truc qui m'aide d'avoir en tête dans ces cas là, c'est de me dire que du changement, ça prend du temps. Je pense pas qu'il faille nécessairement attendre des personnes qui ont des comportements blessants de changer. Mais j'ai la croyance dans le potentiel et la capacité de changements des gens. Et je pense que si ça arrive, c'est rarement miraculeux et instantané. Ça demande plusieurs essais, du temps, de la remise en question, des changements d'environnement parfois. Bref, votre réaction, votre intervention n'aura peut-être pas l'air très utile sur le moment. Mais je pense que ce type de réaction et d'intervention, aussi minimes puissent-elles paraître, elles sont super utiles, nécessaires et précieuses.
Elle plantent des graines. Qui peut-être ne vont pas pousser car le terreau n'est pas bon, parce qu'il n'y a pas assez d'eau, parce que ce n'était pas le bon moment pour les planter.
Bref, il se peut que rien n'en pousse. Mais si ça fait pousser quelque chose, alors il faut du temps, et d'autres ingrédients pour que ça puisse être fertile et constructif. Ça n'invalide évidemment pas les éventuels sentiments de frustration, de colère, de déception, mais je trouve que ça donne au moins du sens et de l'encouragement à réagir.
Si vous ressentez de la déception, de la frustration, de la colère, c'est légitime. Ça ne veut pas pour autant dire que votre intervention était inutile et ne vas pas faire réflechir l'autre personne.
Questionner son rapport à l'humour, ça peut faire peur
« Mais c'est beaucoup de travail de penser à tout ça ! Et puis c'est beaucoup de charge mentale ! »
« Et mes envies de légèreté et d'insouciance, alors ? »
Quand je suis visibilis·é comme portant des enjeux d'humour oppressifs dans des collectifs, j'ai parfois l'impression d'être pointé du doigt comme une voleuse de fun et de bonheur.
Ça m'est déjà arrivé de sentir un genre de retenu gêné de quelqu'un quand j'étais là en mode « Bon, ya Asa, il faut pas que je fasse une blague oppressive ! »
Dans ces moments là, je me dis « ça y est, je suis devenue la police de l'humour ».
C'est l'été : venez faire la fête au Geyser !!
Jeudi 13 août, à partir de 19h au 11 Grande Rue.
L'occasion de se rencontrer ou de se retrouver, d'échanger et de profiter d'un moment festif toustes ensembles. 🥳
Vous retrouverez aussi tout le merch de l'Assemblée Antifa avec de jolis t-shirts, des linogravures, des stickers, des affiches et des brochures.
L'alcool est peu cher, les softs sont à prix libre, c'est super et ça se passe au Geyser !
Biz antifa et à très vite
↙️↙️↙️
➡️ Au programme c'est apéro festif, vernissage d'une vitrine spéciale sur le thème, de nouveaux livres et moment convivial
Le 18 juillet 1936, les forces réactionnaires et fascistes du Général Franco tentent un coup d'état qui échoue sur une bonne partie du pays et se transforme en guerre civile. La classe ouvrière préparée et déterminée, s'oppose arme à la main aux régiments fascistes.
S'ensuit alors une véritable révolution sociale sur tous les plans de la société, collectivisation, autogestion, parfois abolition de l'argent…
Mais face à une armée professionnelle soutenue par l'Allemagne nazie et l'Italie fasciste, et à la trahison des staliniens, les avancées autogestionnaires finissent par céder et les dernières poches de résistance tombent en 1939.
Un slogan ressort alors de cette période : No pasaran ! Un slogan plus que d'actualité en ce moment. Alors viens découvrir, redécouvrir, discuter avec nous de cet exemple révolutionnaire trop peu connu ainsi que son héritage d'aujourd'hui.
1936-2026 : No Pasarán !
Vive l'anarchie !
🗓️ 8 août
🕘 17h - 20h
📍 Au Sabot, 21 rue des allemands à Metz
➡️ Au programme c'est apéro festif, vernissage d'une vitrine spéciale sur le thème, de nouveaux livres et moment convivial
Le 18 juillet 1936, les forces réactionnaires et fascistes du Général Franco tentent un coup d'état qui échoue sur une bonne partie du pays et se transforme en guerre civile. La classe ouvrière préparée et déterminée, s'oppose arme à la main aux régiments fascistes.
S'ensuit alors une véritable révolution sociale sur tous les plans de la société, collectivisation, autogestion, parfois abolition de l'argent…
Mais face à une armée professionnelle soutenue par l'Allemagne nazie et l'Italie fasciste, et à la trahison des staliniens, les avancées autogestionnaires finissent par céder et les dernières poches de résistance tombent en 1939.
Un slogan ressort alors de cette période : No pasaran ! Un slogan plus que d'actualité en ce moment. Alors viens découvrir, redécouvrir, discuter avec nous de cet exemple révolutionnaire trop peu connu ainsi que son héritage d'aujourd'hui.
1936-2026 : No Pasarán !
Vive l'anarchie !
🗓️ 8 août
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La guerre laisse derrière elle une pollution potentiellement mortelle pour des générations
L’article Une raison de plus d’être antimilitariste : l’incendie en Gironde a fait sauter des obus de la seconde guerre mondiale est apparu en premier sur Contre Attaque.
En 1977, pour accueillir cette manifestation d'ampleur, préparée depuis plusieurs mois, le préfet René Jannin a déployé des moyens importants : 5000 CRS, gendarmes et gardes mobiles, hélicoptères, véhicules amphibies, ponts mobiles, un régiment de gendarmes parachutistes et des membres des brigades anti-émeutes. 5500 hectares autour du périmètre de la centrale sont interdits à toute circulation.
Vital Michalon, 31 ans, est abattu par un tir tendu de grenade offensive. L'autopsie conclura à une mort causée par des « lésions pulmonaires du type de celles que l'on retrouve lors d'une explosion ». Plusieurs dizaines de manifestants sont blessés, dont deux mutilés, Michel Grandjean et Manfred Schultz : l'un perd un pied et l'autre une main. Le CRS Tousot perd aussi une main avec la grenade qu'il voulait lancer.
Il faut rappeler qu'à l'époque, tous les moyens ont été utilisés pour imposer la construction du Superphénix :
aucune procédure de consultation de la population,
de puissantes campagnes de désinformation de la part d'EDF et du CEA,
de graves violences policières dont celles aboutissant à la mort de Vital Michalon, et à l'amputation de Michel Grandjean et de Manfred Schultz.
Un document récupéré par des antinucléaires a montré que le PDG d'EDF d'alors, M. Boiteux, avait demandé que soit accélérée l'autorisation administrative de construction pour empêcher toute expression démocratique : « La meilleure façon de contrecarrer la contestation (...) est d'engager au plus vite, de manière irréversible, l'opération ».
La suite des évènements a donné raison à Vital et à l'ensemble des manifestants puisque Superphénix a été définitivement arrêté en 1998 après une suite invraisemblable d'avaries. En décembre 2006, EDF a annoncé n'avoir démantelé que 38% du réacteur, mais le plus difficile reste à venir avec les 5500 tonnes de sodium liquide (matière qui s'enflamme au contact de l'air et explose au contact de l'eau…). Depuis son arrêt, 200 personnes sont obligés de travailler en permanence sur le site pour éviter que ça ne s'emballe... alors qu'il n'y a aucune production. Le bilan économique et industriel de ce surgénérateur est catastrophique : 10 milliards d'euros pour 178 jours de fonctionnement effectif. Sans compter ce que cela va coûter en plus pendant des années ; en effet chaque jour on est obligé de fournir à cette centrale à l'arrêt l'énergie comparable à ce que consomme une ville de 15.000 habitants.
Or, malgré l'échec total de Superphénix, l'État français entend renouveler l'expérience : le projet appelé « réacteur de quatrième génération » n'est autre qu'une nouvelle tentative de faire fonctionner un réacteur de type Superphénix.
Voir (de PMO) De Superphénix à ITER : 30 ans de défaite
C'est ce que criaient les manifestants en 1977. Nous en sommes toujours au même point. En souvenir de Vital Michalon, et pour préserver les générations futures, nous devons continuer à exiger un débat démocratique sur ce projet dont la dangerosité planétaire est établie.
Indication de l'emplacement de la stèle de Vital
Malville, 31 juillet 2007 : marche des 30 ans jusqu'à la stèle de Vital Michalon
Franck Michalon, un des frères de Vital
Source : communiqué de presse de « Sortir du nucléaire ».
Deux premières photographies empruntées à ce blog.
A lire aussi :
Des militant-e-s luttant contre des projets de centrales dans les années 70 à Malville et au Bugey racontent leur expérience antinucléaire. Danielle nous raconte comment c'était d'être une femme dans ces (...)
Driss est décédé le dimanche 26 juillet au matin à la suite des graves blessures, notamment des coups à la tête, qui lui ont été assénées lors de l'agression. La fille de la passagère du tram agressée, Naïma, car elle portait le hijab, dénonce un crime motivé par le racisme et l'islamophobie.
Les faits se sont produits le jeudi 23 juillet vers 15h20, à bord du tram de la ligne 55, chaussée de Helmet, à Evere. Un homme s'en est pris à, Naïma, une femme de 65 ans, la visant par des insultes à caractère raciste « Sale marocaine », avant de la menacer de mort.
Le témoignage de la fille de Naïma réfute l'explication d'un déséquilibre mental du coupable repris par plusieurs médias et il semble également avancé par le parquet. Son témoignage insiste cependant sur le mobile raciste de l'attaque. Elle précise que sa mère, voilée, a été prise pour cible en raison de cette apparence, avant que l'homme ne se retourne contre Driss Atounane, venu à son secours.
Le suspect responsable du meurtre a été inculpé et placé sous mandat d'arrêt. Le parquet, dans un communiqué, a annoncé que l'agresseur allait faire des « tests psychiatriques ». Le parquet ne s'est, pour le moment, pas prononcé quant à la dimension raciste du meurtre et de l'agression.
En voulant pointer son abonnement, elle est tombée sur un homme qui a directement commencé a lui dire : « ne pointe pas, sale marocaine ». Elle l'a esquivé et elle est partie s'assoir. Quand elle est partie s'assoir, il lui a dit de manière agressive de ne pas s'assoir, alors elle s'est levée. Il lui a alors assené un coup de poing au niveau de la poitrine, ce qui l'a fait tomber sur le dos.
Driss Atounane, qui se rendait à son travail, s'est alors interposé pour la défendre. L'agresseur l'a frappé à l'arrière de la tête avec un objet lourd dissimulé dans un sac. Selon les témoignages, l'agression de Driss était « d'une violence inouïe ». Alors qu'il était encore à terre, l'homme continuait a lui assener des coups à la tête et sur le reste de son corps. Des jeunes présents dans le tram seraient intervenus pour repousser l'homme.
« On ne veut pas qu'on remette ça sur le dos de la folie. C'était raciste. L'homme a crié à ma mère : sale Marocaine, je vais te tuer sale Arabe. Ma mère est voilée et il s'en est directement pris à elle et puis à Driss. Elle m'a dit qu'il avait la rage dans ses yeux ». (témoignage de la fille de Naïma).
Encore conscient au moment de sa prise en charge, Driss Atounane a été transporté au CHU Brugmann, à Schaerbeek, où il a sombré dans le coma avant de décéder le dimanche matin. La STIB a confirmé de son côté avoir recueilli des témoignages faisant état de propos racistes tenus par l'agresseur. Le parquet de Bruxelles n'a cependant pour l'instant pas confirmé cet aspect de l'enquête.
Cette nouvelle agression meurtrière raciste et islamophobe survient alors que le nombre recensé d'attaques et d'agressions d'extrême droite contre la communauté musulmane en Belgique et dans le reste de l'Europe, ne cesse de croitre. Au mois de janvier 2025, un attentat orchestré par un adolescent d'extrême droite avait été déjoué contre une mosquée à Bruxelles. Quelques mois plus tard, au mois d'avril 2025, Aboubakar Cissé avait été tué dans une mosquée en France, un meurtre également motivé par la haine raciste. Il y a quelques mois également, l'UNIA alertait sur l'islamophobie en Belgique. « Le racisme antimusulman s'impose comme l'une des formes de discrimination les plus documentées en Belgique ».
Dans le quartier Nord et partout à Bruxelles, la nouvelle de sa mort a suscité une intense émotion. Son fils a salué publiquement le courage de son père, rappelant qu'il était profondément habité par un sens aigu de la justice et de la solidarité.
« Vraiment c'est un héros. Il est noble, un pur. Un homme d'une pureté rare, vraiment immense » témoigne Sami, fils de Driss.
De nombreux hommages ont salué le courage de Driss Atounane, et nous nous associons pleinement à cet hommage. Mais force est de constater qu'une partie des médias et de la classe politique semble avoir choisi de s'en tenir au seul récit de l'héroïsme, comme s'il suffisait à clore le sujet, au risque de reléguer au second plan la responsabilité de l'agresseur et la dimension raciste de son geste. Célébrer le courage d'un homme ne devrait jamais dispenser de nommer la haine qui l'a tué et qu'il a justement combattue. Personne ne devrait mourir car il a tenté de défendre une femme victime d'une agression islamophobe, car personne, de base, ne devrait avoir à subir d'agression islamophobe.
Les funérailles de Driss Atounane se tiendront le vendredi 31 juillet au cimetière multiconfessionnel d'Evere. La prière mortuaire (Salat Janaza) aura lieu à 13h30, à la mosquée Attaouba, a annoncé la famille.
Nous adressons nos sincères condoléances à la famille et aux proches de Driss Atouane. Nous adressons également toute notre solidarité avec Naïma, la seconde victime de cette agression ainsi que ses proches.
L'article Driss Atounane, tué à Bruxelles alors qu'il défendait une femme voilée d'une agression raciste est apparu en premier sur Bruxelles Dévie – Média indépendant bruxellois .
Résistance en Luberon
Apéro militant
Le Sud Luberon entre en lutte.
Après 2 rendez-vous productifs on vous propose un moment d'échange militant convivial.
En effet, après les différentes actions gouvernementales et leur propositions de loi "permis de tuer" , il nous semblait évident de nous réunir pour parler ensemble des motivations des partisans fascisto compatible.
L'ordre du jour est top et on se lance dans un système de conférences débats.
Venez échanger avec toutes les copaines de Résistance en Luberon.
Reminder
Tous les 15 jours les copaines de Résistance en Lubéron vous invitent à rejoindre les apéros militants
On y parle des luttes en cours et des projets
Copaines venez avec vos idées et de Quoi partage
Antifascistes et très gourmandes nous sommes
Canicule et mépris des plus riches :
Travailleur·euse de la restauration ou soutien de la lutte syndicale
Viens hurler ta colère avec nous !
Alors que la planète crame littéralement et que les travailleur·euse·s de la restauration crèvent de chaud en cuisine et en salle depuis des semaines à cause de la canicule, les bourgeois·e·s marseillais·e·s de leur côté jouissent tranquillement depuis plusieurs jours du privilège de déguster des mets fins au restaurant du Cercle des Nageurs de Marseille, dans une installation éphémère organisée par Air France !
En résumé : une des compagnies aériennes les plus polluantes d'Europe décide de faire escale dans le restaurant d'une institution marseillaise qui représente à merveille l'entre-soi et le séparatisme de la classe bourgeoise. Cette classe de riches et de possédant·e·s au train de vie obscène et aux investissements nocifs qui a, rappelons-le, une responsabilité accrue dans les bouleversements climatiques et les vagues de chaleur intenses que l'on vit depuis des semaines. On ne pensait pas qu'un tel combo d'indécence était possible, mais apparemment les bourgeois·e·s ne sont jamais avare de nouvelles idées pour nous cracher au visage.
On sait bien qu'au final ce seront les personnes les plus précaires et les plus pauvres qui seront impactées en premier par les conséquences de cette lutte des classes climatique, c'est à dire celleux qui bossent dans des métiers aux conditions déjà difficiles, aggravées par la chaleur, sans que patrons ou pouvoirs publics ne fassent quoi que ce soit pour améliorer les conditions de travail de la classe laborieuse. On vous renvoie à ce propos aux témoignages collectés par MEP Paris, qui donnent des exemples concrets d'inaction et de mises en danger dans le secteur des HCR (Hôtels, Cafés, Restaurants).
Et comme d'habitude les chef·fe·s étoilé·e·s et médiatiques sont toujours là pour jouer leur rôle de dociles serviteurs des puissants en participant allégrement à cette mascarade : on retrouve ainsi pour ce restaurant éphémère les créations de la pâtissière Nina Métayer (sacrée “Meilleure Pâtissière du Monde” en 2023 par l'Union Internationale des Boulangers et Pâtissiers aka un super lobby mondial de patron·ne·s) ou du cuisinier Régis Marcon (qui a un faible pour les réceptions indécentes de Laurent Wauquiez financées indûment par de l'argent public).
Parce que depuis des semaines on subit en silence la chaleur de plein-fouet et qu'on en peut plus, on te propose de venir te rafraîchir à la plage des Catalans dimanche prochain à 18h pour une manif-action. Au menu : casserolade, zbeul ou autre bordel pour se défouler et hurler notre colère en face du restaurant du Cercle des Nageurs de Marseille, histoire de relâcher toute la pression accumulée et de bien faire comprendre aux riches qu'on est là, qu'on les voit, et qu'on les laissera pas déguster tranquillement leur fucking dîner business class.
Ce moment sera aussi l'occasion de se rencontrer et de discuter de nos expériences au travail, première étape pour créer la lutte organisée des travailleureuses de la restauration pour de meilleures conditions de travail !
Travailleur·euse, rejoins-nous ! Client·e soutiens-nous !
Le MEP Marseille
MEP (Mise En Place) est un ensemble de collectifs syndicaux autogérés de travailleur·euse·s du secteur des Hôtels, Cafés et Restaurants (HCR).
Né à Paris à l'été 2024 à l'initiative de syndicalistes et de travailleur·euse·s déterminé·e·s à bâtir un mouvement de solidarité et de défense des droits des salarié·e·s, il s'est depuis développé et compte désormais des antennes à Marseille, Nantes ou Rennes.
MEP Marseille est un collectif autonome et horizontal, en lien avec les autres antennes du réseau MEP ainsi qu'avec les syndicats du secteur HCR, locaux comme nationaux.
Notre objectif est de lutter pour des conditions de travail dignes et de mettre fin aux violences ainsi qu'aux pratiques illégales et abusives dans le secteur HCR.
Serveur·euse·s, cuisinier·ère·s, plongeur·euse·s, baristas : nous formons toustes une même classe de travailleur·euse·s dans un secteur qui nous exploite, nous épuise, nous sous-paie et nous maltraite. Seule la lutte syndicale, nourrie d'entraide et de soutien mutuel, pourra éveiller cette conscience de classe pour obtenir des changements réels.
Nous militons pour que nos droits soient reconnus et respectés, que le droit du travail soit appliqué, et que notre convention collective soit revue pour garantir des conditions de travail justes et égalitaires, qui prennent en compte la réalité quotidienne d'un secteur en crise, confronté au manque de personnel, marqué par la précarité, la brutalité et la déshumanisation.
Nous combattons les injustices systémiques qui renforcent les inégalités et les violences envers les personnes minorisées : sexisme, racisme, LGBTQIA+phobies, validisme.
Nous revendiquons la régularisation sans conditions, l'égalité effective en droits ainsi que la fin des pratiques discriminatoires envers les personnes migrantes et sans-papiers, surreprésentées dans notre secteur et particulièrement exposées à l'exploitation du fait de leur précarité et de leur situation administrative.
Nous mobilisons tous les moyens nécessaires — manifestations, saisines de l'inspection du travail et des prud'hommes, grèves, actions directes — pour que notre Mise en Place aboutisse au Grand Service : ce moment où nous mettrons fin, une bonne fois pour toutes, aux violences et à la surexploitation dans la restauration, secteur emblématique d'un capitalisme globalisé et destructeur des individus et de la planète.
Encore des nuits d'enfer aux Baumettes à cause des coupures d'électricité et d'eau
ous avons appris que dans la nuit du 14 juillet, il y a eu une coupure d'électricité toute la nuit aux Baumettes, et que dans celle de vendredi à samedi dernier, il y a eu une coupure d'eau et d'électricité jusqu'à 3 heures du matin.
Depuis plusieurs semaines déjà, les coupures d'électricité sont fréquentes à la prison des Baumettes et aucune mesure n'est prise pour remédier au problème.
Pas de possibilité d'allumer un ventilateur et d'avoir accès à l'eau : un véritable cauchemar pour les prisonniers et les prisonnieres qui subissent déjà des conditions de détention encore plus dure sous la chaleur de ces dernières semaines.
Les ventilateurs en rupture de stock, les salles de parloirs brûlantes, les murs en béton qui emmagasinent la chaleur, les cours de promenade sans un seul arbre, des cellules surpeuplées et des caillebotis aux fenetres par lesquelles on ne peut même pas faire passer un stylo : voilà la canicule que vivent les personnes incarcérées, exposées de manière extrêmement dangereuse et potentiellement mortelle à la chaleur de ces dernières semaines.
En effet, dans l'indifférence générale, un prisonnier, Léon, 72 ans, est mort d'une crise cardiaque à cause de la chaleur à la Centrale de Moulins-Yzeure.
Lors du rassemblement du 28 juin devant la prison des Baumettes, les prisonnieres ont réussi à nous faire savoir qu'une personne incarcérée à la MAF avait arraché les fenêtres de sa cellule pour faire entrer un peu d'air et qu'elle avait été mise au cachot pour cette raison.
Pour l'administration pénitentiaire, peu importe que les gens crèvent dans leurs cellules, l'important c'est d'installer des plus en plus de fenetres et grilles qui empechent le passage d'air, que ce soit au QLCO de Vendin le Vieil pour « réduire le risque d'evasion » ou aux Baumettes pour ne pas troubler la tranquillité des riverains des la prison.
Plein de force à toutes les personnes qui resistent et luttent contre la prison, et qui avec beaucoup de courage en paient le prix.
Continuons à briser l'isolement et à soutenir les luttes des prisonnier.e.s et de leurs proches, pour ne pas rester seul.e.s face à la violence de la prison !
L'Etat vient de donner encore plus de pouvoir et d'impunité à la police, qui pourra tuer sans être inquiétée. Une véritable insulte aux victimes quotidiennes et à leurs proches. On connait les pratiques de la police, son idéologie et son rôle dans la société capitaliste : défendre l'ordre raciste et patriarcal. Alors sortons dans la rue pour bloquer cette fuite en avant, et contrer le monde policier et fasciste en construction. Pour défendre un futur sans dominations.
ci dessous l'appel à manifester le 19 septembre :
"APPEL UNITAIRE : NON AU PERMIS DE TUER !
SAVE, avec le Comité Justice pour Adama, uni aux familles de victimes de violences et de crimes policiers, syndicats de la justice, associations de défense des droits humains et organisations syndicales, appelle à une grande marche nationale unitaire le 19 septembre 2026 contre la loi instaurant une présomption de légitime défense pour les forces de l'ordre. Derrière son jargon juridique, cette loi n'est rien d'autre qu'un permis de tuer en toute impunité.
Elle légitime une violence qui cible d'abord des vies considérées comme sacrifiables.
Mais une loi qui autorise la police à tirer sans rendre de comptes ne s'arrête jamais à sa première cible. Aujourd'hui les quartiers populaires, demain les manifestant-es, les grévistes et toutes celles et ceux qui défendent leurs droits et leurs libertés.
Tant que son parcours législatif n'est pas achevé, nous pouvons encore l'arrêter. Le 19 septembre, partout en France, unissons-nous et faisons de cette journée une mobilisation massive.
C'est maintenant qu'il faut agir."
pour suivre les infos, sur marseille notamment : https://stopauxviolencesdetat.fr/
RDV le 19 septembre !
Mickaël Gilgenmann, prisonnier à la centrale de Moulins-Yzeure, a été appelé à témoigner lors du procès de Ritchy Thibault le 8 juillet dernier. L'administration pénitentiaire s'était engagé à fournir les moyens pour réaliser son témoignage en visioconférence depuis la prison. Cependant, Mickaël n'a finalement pas été autorisé à témoigner. Imaginant une censure possible car celle-ci est quotidienne en prison, il s'était assuré que sa parole puisse être entendue en cas d'annulation. Le témoignage de Mickaël avait été recueilli en amont durant un appel téléphonique avec Ritchy.
TW : mutilations
Le procès a été reporté et le témoignage de Mickaël n'a pas pu être écouté lors de celui-ci. Pourtant l'administration pénitentiaire a tout de même décidé de couper la ligne téléphonique entre Ritchy et Mickaël (étant sur écoute), de le convoquer au prétoire (pour lui donner 10 jours de confinement sans télé ni plaque chauffante) et de lui adresser trois Compte-Rendu d'Incident (CRI) dont deux pour "propos outrageants à l'encontre du président de la République et incitation à la rébellion", sur la base du témoignage qu'il n'a pas pu diffuser.
Le personnel pénitentiaire a par la suite décidé de ne plus donner à Mickaël les médicaments dont il avait besoin, en dépit de l'ordonnance médicale dont il dispose. Il coupe également les appels téléphoniques sur sa cabine en prétextant des coupures d'électricité. Le personnel pénitentiaire l'humilie à chaque mouvement et l'empêche d'accéder à la douche. Pour finir, il le réveille chaque heure de la nuit pour l'empêcher de dormir.
En outre, la prison de Moulins-Yzeure continue de servir aux prisonniers des gamelles avec de la nourriture avariée bien que cela ait été signalé depuis plusieurs mois.
Suite à cet acharnement, Mickaël s'est ouvert le ventre. Il est arrivé au médical menotté dans le dos et c'est seulement à sa demande que le médecin les a enlevé pour le soigner. Il a été recousu sans anesthésie. Quelques jours plus tard, il s'est à nouveau ouvert le bras. Il a refusé d'être recousu car aucune anesthésie digne de ce nom lui a été proposé.
Face au racisme, à la répression abusive et la censure, nous ne nous tairons pas ! Que la silenciation de tous les prisonniers et la violence qu'ils subissent au quotidien cesse.
Tout notre soutien va aux voyageurs, aux prisonniers longue peine et à celles et ceux qui ne se laissent pas faire !
Nous appelons toute personne révoltée par la situation actuelle à contacter la prison :
Tél. : 04.70.35.15.00
Adresse : Direction du Centre pénitentiaire de Moulins-Yzeure, 21 rue de
Millepertuis, BP 24, 03401 Yzeure Cedex
Mail : sec.cp-moulins@justice.fr
Nous partageons ci-dessous le témoignage de Mickaël :
"Alors bonjour je me présente je m'appelle Kemi, je suis détenu à la centrale de Moulins-Yzeure et j'ai été cité à témoigner au procès de M. Ritchy Thibault, mais comme à son habitude, la soi-disant Justice a tapé fort pour essayer de me censurer. Et oui ! On m'empêche de témoigner car je suis voyageur, longue peine, et en plus, je suis revendicard. Je prends la parole pour dénoncer le racisme, la répression abusive, et la censure, dont nous, personnes racisées, faisons l'objet dans ce pays. J'étais censé témoigner en visio mais la centrale de Moulins-Yzeure est soi-disant dans l'incapacité de le faire. Aujourd'hui, ils vont juger un homme pour ses opinions politiques et parce qu'il a osé défier ce que vous appelez l'État français. Et quand Macron dit qu'il emmerde les Français, rien ne se passe. Et quand il apporte son aide à Israël pour bombarder des écoles à Gaza, rien ne se passe. Par contre, vous sortez toute l'artillerie judiciaire pour juger des hommes, des femmes, ou des ados parce que voyageurs, noirs ou arabes. En 2026, quand on arrive dans une commune, on peut encore malheureusement lire des affiches avec écrit dessus « Interdit aux gens du voyage », c'est du racisme pur et simple. Combien de jeunes arabes sont abattus par la police ? Combien de jeunes voyageurs sont abattus par la police ? Et combien de noirs également sont abattus par la police sans que justice soit rendue ? Beaucoup trop. Combien de femmes et d'enfants sont assassinés et violés sans que la justice ne soit rendue également ? Combien de personnes racisées sont enfermées pour de longues années ? Beaucoup trop. Et aujourd'hui vous gaspillez l'argent des Français pour juger un homme qui ne fait que dire ce qui ne va pas dans ce pays. Aujourd'hui c'est du théâtre politico-judiciaire ce que vous faites. Mais nous on dit stop, stop à cette mascarade. Stop au racisme et stop à l'immunité accordée aux politiciens et à leur bras armé qui assassine nos mères, nos pères et nos frères et sœurs. Aujourd'hui nous sommes un pays qui pratique la dictature dissimulée. Ceux qui gouvernent font tout pour que les personnes racisées soient considérées comme des moins que rien, et ravitaillent Israël […] pour assassiner du musulman. Nous voyageurs, aujourd'hui, nous levons pour dénoncer ce que nous subissons tous les jours. Nous sommes des êtres humains, mais l'État macroniste nous considère comme du bétail à parquer à côté des déchetteries. Réveillons-nous, levons le poing et envahissons les rues pour crier notre mécontentement et faire chuter ce gouvernement qui ne cherche qu'à faire du chiffre et à remplir ses statistiques méprisantes et truquées ! Quand un politicien est condamné à plusieurs années de prison, il n'en fait que quelques mois. Quand une mère de famille a volé à manger pour faire manger ses enfants, elle fait sa peine au maximum et doit fermer sa bouche. Aujourd'hui, un flic peut assassiner un ado et devenir millionnaire grâce à des politiciens qui, soi-dit en passant, sont des fachos revendiqués. Oui, l'État et la police tuent, oui, l'État et la police sont racistes. L'État français place l'argent avant l'être humain. En France, on peut tenir des propos choquants, humiliants, envers des personnes racisées. Mais on n'a pas le droit de dire ce qu'on pense du gouvernement. Le président peut dire qu'il emmerde ses électeurs, mais le simple citoyen n'a pas le droit de dire ce qu'il pense sous peine d'être assassiné ou enfermé. Je termine en disant, ou plutôt en criant : Free Palestine ! Sauvons Gaza ! Ne laissons aucun politicien corrompu choisir pour nous, dicter notre vie et retirons-leur le permis de tuer."