Contre la loi sur le « permis de tuer », des militants écologistes se joindront aux mobilisations du 20 septembre. Un signe de convergence avec les luttes antiracistes, face à une répression qui s'élargit : « Chacun doit avoir conscience qu'il peut en être victime. »
« C'est terrifiant », soupire Nour, membre d'Action Justice Climat et du réseau Les Impactrices, qui milite pour la justice sociale et l'égalité des genres. Comme d'autres militantes écologistes, elle sera dans la rue (…)
Claude Ranocchi, présidente départementale de France nature environnement depuis mai 2026. Cette année marque les cinquante ans d’existence de l’antenne vauclusienne. © Cécilia Brès/Vert
Quand le mistral ne souffle pas trop fort, des passants s’assoient sur la volée de marches menant au local vitré. Au-dessus de leur tête, un hérisson rouge, l’air hargneux : le logo de France nature environnement (FNE). La structure nationale, qui fédère de nombreuses association de protection de la nature, est la seule occupante des lieux, malgré l’enseigne «Maison de l’environnement» qui persiste sur la façade.
À l’intérieur, Claude Ranocchi, présidente bénévole de l’antenne Vaucluse, extrait deux feuilles A4 d’un dossier jaune. Par les ruelles du centre ancien de Carpentras, la mairie n’est qu’à 300 mètres du local associatif. Mais c’est bien par La Poste que la décision est tombée.
Dans un courrier daté du 1er septembre, le maire Hervé de Lépinau (Rassemblement national) et son adjointe à la vie associative se disent «conscients de l’intérêt de [la présence de FNE 84] sur le territoire de Carpentras», mais plus en capacité de louer des locaux au bénéfice d’associations. Ils proposent «la mise à disposition d’une salle non exclusive selon un calendrier déterminé à l’avance».
La nouvelle équipe municipale de Carpentras met un terme à la convention d’hébergement qui permettait à FNE 84 d’occuper gracieusement un local, depuis plus de quinze ans. © Cécilia Brès/Vert
Avec deux salariées, une personne en service civique et une autre en mécénat de compétences, «c’est irréaliste» tranche Claude Ranocchi. Et d’ajouter : «On sait très bien que le RN n’aime pas l’écologie, ce n’est pas un scoop.» En juin dernier, le nouvel édile de Carpentras mettait déjà un terme à la ferme municipale, créée par l’ancienne majorité (notre article).
«La ville louait un local plus de 500 euros par mois et le mettait gratuitement à disposition de l’association pour un usage exclusif. Nous y mettons un terme car ce n’est pas soutenable financièrement» détaille la municipalité (qui n’a pas répondu à nos sollicitations), auprès du quotidien régional La Provence.
À Carpentras, FNE 84 ne perçoit pas de subvention municipale. Ce local lui permet de mener son action quotidienne. Elle y accueille ses équipes, y stocke ses archives et son matériel. Au sous-sol, se côtoient pêle-mêle des tubes de peinture, paires de jumelles et autres pinces et gants destinés aux opérations de ramassage de déchets.
À l’étage, s’alignent de multiples dossiers, trois bureaux et une grande table, dimensionnée pour accueillir chaque mois le conseil d’administration (CA) et sa quinzaine de membres. Tous bénévoles. Pour elles et eux, la période est «particulièrement intense» souffle Claude Ranocchi.
Dans leur quête d’un nouveau lieu, les membres du CA activent leur réseau : des messages sont envoyés aux membres et à la trentaine d’associations adhérentes. Calme ce matin-là, le local a pris des airs de QG de crise.
Claude Ranocchi n’y croyait guère, mais les propositions affluent. Elle les passe en revue, faisant glisser la pointe de son stylo le long d’une liste imprimée : «On a même un dentiste d’Orange [autre municipalité RN, NDLR] qui nous propose un local, en dessous de son cabinet !»
Trouver un nouveau lieu, et s’assurer cette base arrière. Mais le gros de l’activité se joue hors des murs. L’association intervient en milieu scolaire, autour de l’eau, des déchets ou de la biodiversité. Sur un terrain reçu en don, dans une commune voisine, elle combine installation de nichoirs, plantation d’arbres fruitiers et inventaire naturaliste, pour sensibiliser à la préservation des sols.
Scotchées sur les vitres du local, des affiches invitent les passant·es à rejoindre la «grande marche pour le climat et le vivant» fin septembre, les informent des fruits et légumes de saison ou célèbrent la biodiversité du Vaucluse. © Cécilia Brès/Vert
Sensibiliser aussi via un partenariat avec le tribunal correctionnel de Carpentras, et l’organisation de «stages de citoyenneté» pour des personnes ayant commis des infractions environnementales, comme l’utilisation de produits phytosanitaires interdits ou la capture d’oiseaux protégés.
Les membres de FNE 84 accompagnent des structures locales dans leur action en justice. «On les conseille, on est à leurs côtés au tribunal. Lorsqu’il y a un projet de construction, il y a systématiquement une enquête publique : le fait que FNE rédige une contribution, ça a du poids, révèle Claude Ranocchi. C’est un travail de fond, il faut s’appuyer sur les textes, les lois. On y passe des heures et des heures.»
«On perd notre local, mais on perd aussi des financements. L’État ne finance plus, et les collectivités locales sont obligées de donner des coups de ciseaux par ricochet.»
À Entraigues-sur-la-Sorgue, à quinze minutes d’Avignon, leur lutte a permis de réduire de 100 hectares les plans d’extension d’une zone d’activité. À Pertuis, d’obtenir l’annulation d’un autre projet de 86 hectares. «Une grande victoire» souligne Claude Ranocchi.
Mais les inquiétudes sont grandes, également. Les pouvoirs locaux ne sont pas les seuls à lâcher l’association. «On perd notre local, mais on perd aussi des financements. L’État ne finance plus, et les collectivités locales sont obligées de donner des coups de ciseaux par ricochet», s’inquiète la présidente.
Alors, l’équipe vauclusienne intensifie sa recherche de mécènes. Sur la porte du local associatif, le hérisson rouge conserve un regard combatif. Mais d’ici au 31 décembre, il lui faudra quitter son poste.
L'assemblée citoyenne « Un Commun accord » lancée par Jean-Marc Jancovici se réunira pour la première fois à Paris les 19 et 20 septembre. Des ONG et anciens membres de la Convention citoyenne pour le climat livrent à Reporterre leur analyse sur cette initiative.
Cette initiative de l'ingénieur pronucléaire Jean-Marc Jancovici s'appelle « Un Commun accord » et une chose sur laquelle tout le monde pourra communément s'accorder, c'est son succès. Le 17 septembre, plus de 175 000 personnes (…)
La justice a condamné, lundi 14 septembre 2026, le fabricant de surgelés Primel Gastronomie à 83.000 euros d'amende, dont 40.000 avec sursis, pour la pollution du Pontplaincoat, à Plougasnou, en 2023. Une victoire pour les défenseurs de l'environnement, qui ne comptent toutefois pas en rester là face à un poids lourd du complexe agro-industriel.
L’article Après la condamnation pénale de Primel Gastronomie pour la pollution du Pontplaincoat à Plougasnou, les associations demandent la réparation du préjudice écologique est apparu en premier sur Splann ! | Premier média d'enquête indépendant en Bretagne.
Le président Emmanuel Macron va se rendre à Saint-Pierre-et-Miquelon, dans l'Atlantique nord. Érosion, submersion : cet archipel français aux 6 000 habitants cumule les vulnérabilités climatiques et doit relocaliser une commune.
Saint-Pierre-et-Miquelon, reportage
Loin des canicules qui ont rythmé un été infernal en Europe, les conséquences du réchauffement climatique ne sont pas moins concrètes dans l'archipel de Saint-Pierre-et-Miquelon. Le littoral s'érode un peu plus chaque hiver, (…)
Où en est-on de l'utilisation des pesticides en France ? Les indicateurs de suivi de la stratégie Ecophyto 2030, publiés le 9 septembre dernier et présenté le 18 septembre lors d'une réunion de tous ses acteurs (agriculteurs, fonctionnaires, scientifiques, associations, etc.) devaient nous aider à y voir clair. Mais dans les faits, c'est plutôt flou.
Officiellement, le nouvel indicateur est nommé HRI1. Celui-ci a baissé de 47 % entre la période de référence (2011-2013) et 2024, nous (…)

En l’espace de quelques semaines, plusieurs films de réalisatrices sortent en salle mettant les femmes à l’honneur en abordant des sujets parfois tus ou peu montrés sur grand écran. Tour…
L’article De beaux portraits de femmes sur grand écran est apparu en premier sur Les Nouvelles News.
Les autorités sont sur la piste d'un vaste trafic européen : 70 chevaux viennent d'être saisis en France. Treize ans après l'affaire des lasagnes à la viande de cheval, les circuits frauduleux n'ont pas disparu.
L'opération a mobilisé pas moins de 65 gendarmes. Les 8 et 9 septembre, des perquisitions se sont déroulées dans neuf centres équestres ou sociétés de commerce de chevaux situés dans plusieurs départements (Gard, Saône-et-Loire, Haute-Saône, Mayenne, Sarthe, Gironde). Les (…)
La sécheresse et les fortes chaleurs continuent de peser sur les centrales nucléaires. Dans la nuit du 16 au 17 septembre, la centrale de Saint-Alban (Isère) a déconnecté son réacteur n°2 du réseau à cause du faible débit du Rhône. Celui-ci atteignait 250 m³/s, contre 1 000 à 1 400 m³/s en moyenne en temps normal.
La réglementation environnementale impose en effet une limite à l'échauffement du fleuve causée par les rejets d'une centrale nucléaire — +3 °C en aval par rapport à l'amont dans (…)
Malgré des annonces encourageantes et l'accord de la filière, le gouvernement se refuse à interdire la présence des navires-usines au plus près des côtes. En tergiversant ainsi, il met de nombreux pêcheurs artisanaux en difficulté.
Pour les poissons et les pêcheurs-artisans, l'embellie semblait proche. Rapports scientifiques, avis de la filière, sous-entendus du ministère… Tout semblait concorder pour que les navires industriels soient interdits, dès cet hiver, dans la « bande des 12 (…)
Après l'été le plus chaud jamais enregistré en France, le gouvernement envisage de réduire de plus de 30 % le budget de l'Agence de la transition écologique (Ademe) en 2027, selon des informations du Monde publiées le 17 septembre. Cette enveloppe, qui finance entre autres des projets portés par des entreprises et des collectivités, s'élevait à 1 milliard d'euros en 2026. Plus de 300 millions pourraient être supprimés.
« C'est désolant après l'été que l'on a connu »
Le fonds chaleur (…)
Deux mois après l'incendie qui a ravagé la forêt de Fontainebleau (Seine-et-Marne), la chasse va ouvrir dimanche 20 septembre. Le plan de chasse triennal prévoit toujours le « prélèvement » de 125 cervidés par an dans le massif.
Ceci alors qu'en juillet, environ 2 000 hectares de forêt, soit près de 10 % du massif, ont été parcourus par les flammes. Plusieurs secteurs incendiés restent d'ailleurs interdits d'accès en raison notamment du risque de chute d'arbres fragilisés par le feu. Cela (…)
L'administration de Donald Trump vient de restreindre la protection des espèces menacées aux États-Unis. Une directive du Fish and Wildlife Service (Service des pêches et de la faune sauvage) datée du 14 septembre précise qu'un animal ou une plante protégée ne pourra être considéré comme illégalement tué que s'il a été intentionnellement ciblé. Jusqu'ici, l'administration pouvait sanctionner des personnes ou entreprises ayant causé accidentellement la mort d'espèces protégées.
La mesure (…)
Des «gens du voyage» installés dans l’ancien parc à thèmes de Mirapolis, près de Cergy-Pontoise (Val-d’Oise). © Thomas Samson/AFP
Lorsque la fumée noire des incendies de l’usine de Lubrizol envahissait l’aire d’accueil des «gens du voyage», située dans la zone industrielle de Rouen et du Petit-Quevilly (Seine-Maritime), en septembre 2019, on aurait pu s’attendre à ce que ses habitant·es soient évacué·es. Pourtant, ces oublié·es du plan d’évacuation ne reçoivent aucune information de la part des autorités et sont complètement abandonnés sous le nuage toxique.
C’est ce qui les motive, les jours suivants, à se mobiliser en interpellant publiquement les responsables politiques de la métropole rouennaise et en portant l’affaire devant les tribunaux, déclenchant le premier cas médiatique français de racisme environnemental concernant les communautés des «gens du voyage», une catégorie administrative qui désigne notamment les Yéniches, les Manouches, les Sintis, les Rroms ou les Gitans (sans que ces groupes ne se reconnaissent forcément dans cette dénomination).
Depuis, les aires d’accueil sont de plus en plus identifiées comme polluées, en partie grâce au travail du juriste William Acker, lui-même issu de ces communautés. Dès 2019, il entame un travail cartographique inédit, recensant toutes les zones d’accueil des «gens du voyage», dont il résume les conclusions dans un premier livre publié en 2021. Dans un deuxième ouvrage publié ce vendredi, Racisme environnemental, penser la convergence depuis la lutte contre l’antitsiganisme (éditions du commun, 2026), William Acker décrit les mécanismes racistes qui favorisent leur exposition aux pollutions et aux risques industriels.
La majorité des aires sont des parkings habités de manière permanente par des personnes qui ne voyagent pas ou peu. Les équipements sont souvent en mauvais état à cause d’un manque d’entretien et parce qu’ils ne correspondent pas toujours aux besoins des personnes accueillies.
Ils sont coincés sur ces parkings qui ne sont pas adaptés à de bonnes conditions de vie, entourés de béton, avec peu d’espaces végétalisés, ce qui produit des îlots de chaleur. Quand il y a des canicules, des tempêtes, des grands froids, les aires d’accueils sont surexposées aux aléas climatiques. En plus, «les gens du voyage» ne parviennent pas à s’assurer parce que les assureurs ne veulent pas les couvrir. Il y a une double injustice quand il y a une catastrophe et qu’on perd son habitat.
L’autre problématique, c’est la qualité environnementale de ces lieux, qui est vraiment médiocre. Environ 52% des aires d’accueil sont à proximité directe de sources polluantes ou d’industries dangereuses. Plus de 70% sont situées en dehors de toutes zones dédiées à l’habitat, ce qui donne une indication sur le niveau de relégation territoriale.
Une étude de Santé publique France, parue en 2024, estime que l’espérance de vie des «gens du voyage» est inférieure de 10 à 15 ans à la moyenne nationale. Elle est similaire à celle des personnes qui vivent sans abri. Les chiffres montrent un effet concret de cet environnement sur la santé des voyageurs. Certaines maladies sont très présentes dès le plus jeune âge : problèmes pulmonaires, maladies cutanées, hypertension, diabète, obésité infantile… Tout cela est conditionné par un rejet très ancien lié aux origines supposées ou réelles des personnes.
Mon grand-père disait cela, mais il n’était pas le seul. Cela montre qu’on connaît le problème depuis des décennies, même s’il n’y avait aucun chiffre. C’est pour cela que j’ai commencé, dès 2019, à produire des données en utilisant des cartes, pour appuyer la mobilisation contre la mauvaise gestion de l’incendie de l’usine Lubrizol à Rouen.
J’ai réalisé 1 358 cartes qui correspondent à l’ensemble des aires d’accueil françaises, en analysant leur position au regard des zones les plus polluées. On observe que les aires sont souvent à la frontière communale, avec la volonté de les éloigner au maximum des autres habitants.
William Acker est juriste et délégué général de l’Association nationale des gens du voyage citoyens (ANGVC). © Lisa Péan
Il y a ensuite une logique de rationalisation de l’urbanisme qui entre en jeu : plus on éloigne un équipement, plus il coûte cher, parce qu’il faut créer les réseaux d’eau et d’alimentation électrique. Les communes cherchent à les rapprocher d’autres équipements qui sont éloignés pour d’autres raisons, notamment environnementales. C’est le cas des décharges, des stations d’épuration, des usines.
On retrouve des aires d’accueil à proximité de ces équipements pollués. On les retrouve aussi à côté d’établissements qui ne présentent pas de risques de pollution, mais qui sont censés abriter des personnes qui sont également stigmatisées, comme les centres de rétention administrative ou des mosquées. On se rend compte qu’il y a des zones d’exclusion dans certaines collectivités, où on va reléguer ceux qu’on ne désire pas voir dans les centres-villes. C’est une forme de gestion de l’indésirable. On a l’impression de voir le racisme vu du ciel, puisque je m’appuie beaucoup sur de la cartographie aérienne.
Lubrizol a mis en lumière ce sujet mais il y avait déjà des collectifs en lutte sur la question, comme le Collectif des femmes d’Hellemmes-Ronchin (Nord) dans la métropole de Lille [dont le terrain est pollué par une usine de béton et un centre de recyclage, NDLR].
Quand l’usine AZF de Toulouse (Haute-Garonne) a explosé en 2001, il y avait un terrain de voyageurs à proximité, personne n’en parlait. Mais les personnes qui vivaient sur l’aire d’accueil près de Lubrizol ont rencontré des militants aguerris et des chercheurs qui se sont associés, puis il y a eu un mouvement collectif dans une période où il y avait un focus médiatique important.
«Pendant sept ans, les personnes qui vivaient sur l’aire près de Lubrizol ont été expulsées, chassées pendant des années dans la zone industrielle.»
Le mouvement lié à Lubrizol nous a permis d’affiner un langage politique, parce qu’à l’époque le racisme environnemental n’était pas une notion utilisée. Aujourd’hui la plupart des collectifs de voyageurs utilisent ce terme, ce qui veut dire qu’il y a une réflexion qui permet de croiser les champs de l’antiracisme avec les luttes pour le droit à un environnement sain.
Ils ont été relogés cet été. Des terrains familiaux locatifs qui prennent la forme de maisons avec un petit emplacement où il est possible de mettre une caravane ont été construits. Ce sont des logements adaptés aux besoins des voyageurs mais il a fallu presque sept ans, avec une pression médiatique et politique sur la métropole de Rouen, pour trouver une solution.
Pendant sept ans, les personnes qui vivaient sur l’aire près de Lubrizol ont été expulsées, chassées pendant des années dans la zone industrielle. Il m’est arrivé de retourner à Rouen et de revoir des familles sur le parking de Lubrizol. C’était quand même assez cynique.
La question reste ouverte. En tout cas, l’antitsiganisme conditionne à une surexposition aux pollutions. On parle de racisme environnemental précisément parce que ces espaces ne sont dédiés qu’à une catégorie de la population historiquement appréhendée par sa race. La recherche vient montrer qu’il y a un lien entre la condition raciale des personnes et les inégalités environnementales qu’elles subissent.
William Acker, Racisme environnemental, éditions du commun, septembre 2026, 190 pages, 16 euros. © Éditions du commun
En France, le cas emblématique est celui du chlordécone dans les Antilles françaises, qui touche majoritairement des personnes noires. On peut observer cette domination raciale dans beaucoup de circonstances dans les Outre-mer mais aussi en Hexagone.
La situation des aires d’accueil illustre ce sujet parce qu’on a des lieux dédiés à une population historiquement discriminée sur des questions raciales qu’on met à l’écart [l’antitsiganisme étant un racisme spécifique qui cible les personnes perçues comme «Tsiganes», NDLR]. Ces lieux sont choisis par l’État, validés par les décideurs publics.
Nous avons vraiment tous les critères de la définition du racisme environnemental telle qu’elle avait été posée dans les années 1980 par les militants des droits civiques aux États-Unis. Mais, en France hexagonale, on considère que la race n’est pas un sujet. Le fait qu’on ne produise pas de statistiques sur les questions raciales fait qu’on a un aveuglement sur la question. C’est difficile de le nommer en droit, où l’on va surtout parler de discriminations.
La question raciale a été pensée dans une perspective d’éviction territoriale. Regardez l’historique des lois françaises qui encadrent l’itinérance des voyageurs en créant des statuts de nomades, puis des catégories de «gens du voyage» en instituant depuis 1912 des carnets de fichage, des listings en préfecture, en cherchant à les empêcher de voyager, en tentant de les fixer dans des conditions précaires sur un territoire pour les contrôler.
«Nous sommes dans une société partagée entre le rejet permanent et la tentative de fixation forcée des voyageurs, mais sans jamais leur donner l’opportunité d’habiter.»
On les oblige à se sédentariser dans certains lieux, mais on ne les autorise jamais à s’installer. On exclut les voyageurs, mais en même temps il ne faut pas qu’ils voyagent parce qu’en voyageant ils deviennent autant d’intrus dans d’autres territoires.
Nous sommes dans une société partagée entre le rejet permanent et la tentative de fixation forcée des voyageurs, mais sans jamais leur donner l’opportunité d’habiter. Cette pratique raciale sur les territoires est complètement encadrée par le droit. Il faut donc réformer le droit, et pour cela il faut mener la bataille politique.
C’est quelque chose qui est pensé depuis des décennies sans forcément utiliser ces mots. Avec la notion de racisme environnemental, une nouvelle grille de lecture permet de nommer les discriminations, les malaises, les traumatismes et de faire ressortir des terrains de luttes communs. Cela permet de mettre en évidence que c’est systémique.
En posant ce regard, on lie la condition raciale aux discriminations environnementales, ce qui permet une lecture politique aux voyageurs et de nous sortir du seul combat antiraciste, qui est difficile à porter en France. Surtout, ça nous sort de cette représentation de pollueurs et d’intrus. D’un coup, nous devenons des acteurs de l’écologie et nous faisons la synthèse entre les mouvements antiracistes et les écologistes.

Source :Compte X, le 13 septembre 2026
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Les juges du tribunal administratif de Grenoble mettraient-ils des bâtons dans les roues aux gendarmes secouristes de Haute-Savoie ? C’est ce que dénoncent des internautes sur les réseaux sociaux.
« Une association d’illuminés », avec le concours d’un « tribunal d’idéologues », aurait ainsi « interdit le recours aux drones de la Gendarmerie pour le secours de montagne », peut-on lire dans une publication Facebook. Si cette critique vient nourrir une défiance grandissante envers les juges au sein de la société française, elle est surtout erronée.
La décision de justice est bien réelle, mais son sens a été détourné. Le juge des référés du tribunal administratif de Grenoble a suspendu, le 14 septembre 2026, l’autorisation préfectorale permettant aux gendarmes de Haute-Savoie d’utiliser des drones pour des opérations de secours et de recherche de personnes disparues.
Néanmoins, cette décision n’interdit pas par principe l’utilisation de drones dans ce cadre, comme le suggèrent les internautes. En réalité, c’est la loi même qui autorise les drones. Simplement, l’autorisation préfectorale n’était pas conforme à la loi.
Respect de la vie privée
L’arrêté préfectoral en question avait été pris le 14 août 2026 par la préfète de Haute-Savoie. Il autorisait le groupement de gendarmerie départemental à procéder à la captation, à l’enregistrement et à la transmission d’images par drone pour les opérations de secours et la recherche de personnes disparues. L’autorisation était valable jusqu’au 13 novembre 2026, soit pendant trois mois.
L’association Vigie Liberté a saisi le juge des référés pour demander la suspension de cet arrêté. Elle estimait notamment que le dispositif portait atteinte au droit au respect de la vie privée et à la protection des données personnelles. Le tribunal administratif de Grenoble lui a donné raison.
Pour comprendre cette décision, il faut revenir au cadre juridique applicable. L’article L. 242-5 du code de la sécurité intérieure permet aux services de la police et de la gendarmerie nationales d’utiliser « des caméras installées sur des aéronefs » – le terme juridique désignant les drones – dans certaines circonstances. Cette utilisation est soumise à une autorisation préfectorale préalable et à plusieurs conditions destinées notamment à protéger la vie privée.
Avant qu’il puisse l’autoriser, la loi impose notamment au préfet de s’assurer que les services de secours ne peuvent pas utiliser un moyen moins intrusif pour la vie privée que les drones pour atteindre l’objectif poursuivi, à savoir le sauvetage. Ainsi, l’utilisation du drone doit être « nécessaire » et « proportionnée » à la finalité recherchée, comme on peut aussi le lire dans la décision du tribunal. Le nombre de caméras opérant sur le drone lors de l’intervention doit également être assujetti à une autorisation spécifique.
L’enjeu pratique est simple : les services de secours, tout comme la police, ne doivent pas pouvoir faire intrusion dans nos vies privées, protégées par la Constitution, grâce à des drones qui seraient manipulés en dehors de tout cadre légal, par exemple pour espionner une personne. C’est ce que, techniquement, un drone permet et qu’il faut éviter en réduisant son usage au strict nécessaire.
Un périmètre géographique et temporel trop large
Pour mesurer cette proportionnalité, le tribunal administratif de Grenoble exige du préfet qu’il démontre que le recours à d’autres moyens que le drone présenterait des risques graves pour l’intégrité physique des sauveteurs, comme l’indique la décision du Conseil constitutionnel n° 2021-834 DC du 20 janvier 2022.
C’est en s’appuyant sur ces règles de droit que le juge des référés a censuré l’arrêté haut-savoyard. En l’occurrence, l’autorisation préfectorale couvrait l’ensemble du département et était valable pendant trois mois. Il en résulte que le périmètre géographique et temporel n’était pas suffisamment précis sur les conditions dans lesquelles le dispositif pouvait être déclenché. Ce périmètre était donc trop large au regard des exigences de proportionnalité contenues dans la loi.
« L’arrêté ne prévoit aucune condition de mise en œuvre du dispositif de surveillance, tel que la diffusion d’un avis de recherche », souligne par exemple le juge du tribunal administratif de Grenoble. Par ailleurs, « l’arrêté attaqué n’autorise qu’une seule caméra », or « le modèle mentionné […] comporte quatre caméras », cette contradiction posant en effet un sérieux problème de légalité.
Le tribunal administratif de Grenoble indique enfin que « le préfet n’établit pas qu’une procédure d’autorisation ponctuelle ne permettrait pas une mobilisation rapide des forces de l’ordre en cas de disparition ». Il sous-entend que, plutôt qu’une autorisation générale, l’autorisation pourrait être donnée au cas par cas ou dans certaines circonstances ou lors de certaines périodes, serait plus conforme à la loi.
Ainsi, contrairement à ce qu’affirment certains internautes, le tribunal administratif de Grenoble n’a pas considéré que les drones étaient, par nature, incompatibles avec les opérations de secours. Aussi, dénoncer une « interdiction » générale, comme le font les internautes est une erreur de compréhension.
Auteurs :
Auteur : Antoine Mauvy, journaliste
Relecteurs : Jean-Paul Markus, professeur de droit public à l’université Paris-Saclay
Clara Robert-Motta, journaliste
Liens d’intérêts ou fonctions politiques déclarés des intervenants à l’article : aucun
Secrétariat de rédaction : Clara Robert-Motta, journaliste
L’article Non, le tribunal administratif de Grenoble n’a pas interdit les drones pour les secours en Haute-Savoie est apparu en premier sur Les Surligneurs.
La candidate du Rassemblement national, Marine Le Pen, échange avec un sylviculteur au Porge, commune sinistrée par le mégafeu de Gironde en juillet 2026. © Théo Mouraby/Vert
La route, une longue ligne droite étirée sur plusieurs kilomètres, dévoile un spectacle qui noue la gorge. Ici, tout a brûlé de part et d’autre de la chaussée. Un paysage de sable et de cendres. Certains pins maritimes sont tombés. Étonnamment, la plupart, entièrement noircis, reste plantés bien droits, comme des allumettes qu’on aurait laissé brûler.
Au bout de la route, la ville du Porge, épicentre de l’incendie qui a ravagé 42 000 hectares en Gironde fin juillet, le plus grand en superficie en France depuis 1949. À l’entrée de cette bourgade proche du bassin d’Arcachon, le panneau est barré d’un épais scotch noir, comme pour marquer le deuil. Le mégafeu, qui a détruit 250 maisons, en a emporté plus de 180 dans cette commune de 3 500 habitant·es.
C’est ce décor que Marine Le Pen a choisi pour son premier déplacement de campagne. Jeudi, la candidate du Rassemblement national (RN) à l’élection présidentielle est allée à la rencontre des sinitré·es. Un choix qui peut paraître étonnant : la patronne du RN est d’habitude peu prolixe sur l’écologie.
La semaine dernière, lors de son discours de rentrée, elle n’en a parlé que pour fustiger les trop nombreuses «normes». Et le parti «n’a toujours pas de réel volet écologique dans son programme» à six mois de la présidentielle, rappelait cette semaine, dans un entretien à Vert, le spécialiste de l’extrême droite Stéphane François. Lors de la précédente présidentielle en 2022, le mot «réchauffement climatique» n’apparaissait pas dans la brochure dédiée à l’écologie.
Pourtant, c’est bien à cause du changement climatique que ces mégafeux deviennent plus intenses et plus fréquents. En 2022, un autre incendie en Gironde avait déjà emporté près de 20 000 hectares. Cet été, la sécheresse et les canicules à répétition ont fortement compliqué la tâche des pompiers pour contenir les flammes.
Alors, Marine Le Pen est-elle venue au Porge pour annoncer ses mesures pour lutter contre le réchauffement climatique ? «Non, il n’y aura pas d’annonce programmatique aujourd’hui», balaie Renaud Labaye, le directeur adjoint de la campagne. Sa championne est là avant tout pour rencontrer et écouter les habitant·es, explique-t-il. Il assure à Vert qu’une réflexion sur le sujet est en cours au RN : «On a des trucs en soute». Un livret programmatique sera dévoilé, à une date encore inconnue. Déjà en 2023, le parti avait chargé Andréa Kotarac, aujourd’hui porte-parole de la campagne, de rédiger ledit livret. Ce dernier n’a pour l’instant jamais vu le jour.
«Nous avons une forme de modestie et nous savons que le réchauffement climatique n’est pas lié exclusivement à la France.»
Interrogée à son tour, Marine Le Pen reste évasive : «Oui, on présentera notre projet sur ce sujet. Mais nous avons une forme de modestie et nous savons que le réchauffement climatique n’est pas lié exclusivement à la France. C’est un problème mondial. Nous sommes déjà un pays éminemment vertueux, un des plus vertueux du monde dans ce domaine.» Un argument qui renvoie la faute sur les autres, et passe sous silence le fait que la France est l’une des dix nations ayant émis le plus de CO2 depuis la révolution industrielle.
C’est aussi l’un des douze discours qui participent à ralentir l’action climatique, comme l’ont identifiés les scientifiques. Dès la phrase suivante, elle en mobilise un deuxième, cette fois aux accents fatalistes : «Je ne suis pas sûre que faire mieux, qui est toujours un objectif, permette d’éviter ce réchauffement climatique, insiste la frontiste. Mais ce qui est sûr, c’est qu’il faut s’y adapter». Et c’est pour recueillir des idées, dit-elle, que la candidate est venue sur le terrain.
En début d’après-midi, Marine Le Pen a échangé avec une dizaine de sinistré·es trié·es par le parti, dans le jardin arrière d’une maison, en présence de la presse. Une autre vingtaine de personnes s’est attroupée devant la propriété et attend que la candidate sorte, comme Christine Sirot, 51 ans, femme de ménage pour qui «Marine, c’est l’avenir de la France». Sa maison, à elle, n’a pas brûlé, mais elle exprime une opinion qui est partagée au Porge : tout cela aurait pu être évité.
Pendant les incendies, une polémique a enflé sur les réseaux sociaux et dans les médias. Plusieurs habitant·es de la commune dénonçaient le manque de moyens et de secours pour combattre les flammes. Ils auraient été «abandonnés», «sacrifiés» au profit de la commune voisine de Lège-Cap-Ferret et ses maisons cossues. Une affirmation démentie par le responsable des pompiers girondins, Marc Vermeulen, un mois après le sinistre.
Mais la colère est toujours là, ce jeudi, comme chez Frédéric Biard, 51 ans. Il a appelé deux fois les pompiers, ils ne sont jamais venus. La troisième fois, c’est son système de sécurité qui a contacté directement les secours : sa maison était en flammes. «Notre colère, elle n’est pas contre les pompiers, ils ont fait ce qu’ils ont pu, précise-t-il. C’est contre le commandement.» Marine Le Pen encourage ces témoignages. Elle recycle aussi son discours anti-normes et anti-élites : «Avant les forestiers géraient leur forêt et ils savaient faire. Maintenant, il y a des gens dans des bureaux qui leur disent comment faire». «Nos anciens le faisaient très bien», intervient un homme. «Bah voilà !», abonde la cheffe du RN.
Marine Le Pen a échangé avec une dizaine de sinistré·es au Porge (Gironde). © Théo Mouraby/Vert
Des échanges de la journée, elle conclut qu’il faut «travailler à un dispositif complet» à déclencher lors de ces «catastrophes naturelles», qu’elle reconnait plus fréquentes avec le changement du climat. Les contours de ce dispositif seraient présentés après la présidentielle.
C’est la deuxième fois que le RN s’invite en Gironde, après leur meeting de rentrée l’an dernier. Une terre où il est historiquement faible, mais où le vote RN monte, comme au Porge. Le département «n’est plus une forteresse gauchiste imprenable», avait déclaré en septembre dernier Edwige Diaz. La députée, présente ce jeudi, est la seule élue nationale du parti dans le département. Elle est aussi en lice pour les élections sénatoriales qui auront lieu le 27 septembre.
«On ne veut pas que le RN viennent danser sur nos cendres !»
Reste que le RN n’est pas encore le bienvenu partout : le maire du Porge a refusé de prêter une salle à la candidate et ses équipes pour qu’elle puisse rencontrer des agriculteur·ices, des élu·es et des chef.fes d’entreprises. Les frontistes ont dû se rabattre sur la commune voisine du Temple. «Il s’est très mal comporté», dénonce Marine Le Pen.
Alors que les échanges se poursuivent à l’arrière de la maison, des cris se font entendre depuis la rue. Une habitante du Porge vient d’apprendre la visite de la candidate en direct à la télévision. «On ne veut pas que le RN viennent danser sur nos cendres !», crie Béatrice, 56 ans, fonctionnaire territoriale. Elle est venue seule faire entendre son opposition à l’extrême droite, à côté des supporter·ices frontistes qui la regardent en coin, indifférent·es. «Ils utilisent le fait que des gens ont perdu leur maison et leur forêt alors que ce sont des climatosceptiques. À part sa climatisation quand il fait 40 degrés, elle ne propose rien !» Les cris, trop loin, ne troublent pas la visite.
En moins de 24 heures, deux incendies se sont déclarés dans la forêt des Landes. Des feux qui continuent tard dans une saison estivale déjà marquée par des incendies dantesques qui ont traumatisé pompiers et habitants.
Mimizan (Landes), reportage
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