
Source :Virginie Joron, sur X, 1er juillet 2026
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Faudra-t-il bientôt acheter ses bouteilles d’eau une par une ? C’est ce qu’affirme Virginie Joron, députée européenne du Rassemblement national, dans un post X qui cumule plus de 200 000 vues.
Selon elle, un nouveau règlement européen ayant pour objectif de réduire les emballages plastiques interdirait au passage les packs d’eau avec poignée, produit le plus acheté par les Français en 2025. L’information a été reprise par de nombreux internautes, exaspérés par la mesure : « Priorité aux normes absurdes plutôt qu’à la réalité des Français », s’agace l’un deux.
La grande majorité des mesures de réduction des emballages plastiques en Europe ne seront pas appliquées avant plusieurs années, à horizon 2030. De plus, le règlement semble exempter les packs d’eau de ces interdictions.
Un texte à horizon 2030
Comme ont déjà pu le pointer plusieurs de nos confrères, (ici, ici ou ici), le règlement évoqué par la députée du Rassemblement national est le PPWR, pour « Packaging and Packaging Waste Regulation » , publié au journal officiel de l’Union européenne le 22 janvier 2025.
L’un des objectifs principaux de ce texte est de réguler la production, l’usage, et le recyclage des emballages plastiques dans les États membres. Proposé par la Commission européenne dès 2022, le texte de loi a été adopté après un vote au Parlement européen du 24 avril 2024, puis est entré en vigueur le 11 février 2025, tandis que la date d’application générale des dispositions est prévue pour le 12 août 2026.
Seulement, comme le montre une chronologie rédigée par la Commission européenne, chaque article va être mis en œuvre progressivement, entre 2026 et 2030. L’objectif du texte est de tendre, à horizon 2030, vers une réduction globale des emballages plastiques.
Les seules restrictions s’appliquant dès le 12 août sont celles qui doivent « minimiser la présence de substances nocives » dans les emballages plastiques, notamment des polluants éternels.
Des packs d’eau exemptés ?
En ce qui concerne l’interdiction des packs d’eau, qui inquiète les internautes, il faut se référer à l’annexe V du règlement, qui définit les « restrictions relatives à l’utilisation de formats d’emballage ». Le premier format évoqué est l’emballage groupé en plastique à usage unique. Le texte donne plusieurs exemples, comme les films de fardelage très utilisés dans le commerce pour regrouper plusieurs bouteilles ensemble.
Mais il est bien précisé que « sont exclus les emballages groupés nécessaires pour faciliter la manipulation ». Il est fort probable que les packs d’eau et leur poignée soient inclus dans cette définition.
Probable, car l’Union européenne n’a pas encore défini précisément quels types d’emballage vont être touchés par les restrictions d’utilisation. L’article 25, paragraphe 6, dispose ainsi : « Au plus tard le 12 février 2027, la Commission publie, en consultation avec les États membres et l’Autorité européenne de sécurité des aliments, des lignes directrices qui expliquent l’annexe V plus en détail, notamment des exemples de formats d’emballage entrant dans le champ d’application, et les exemptions aux restrictions. » Ces lignes directrices sont plus précisément prévues pour février 2027, d’après la chronologie des services de la Commission européenne.
Il va donc falloir que les industriels attendent les conclusions des travaux de la Commission européenne pour savoir quels types d’emballages précis vont être interdits. En attendant, les packs d’eau resteront en vente dans tous les magasins.
Auteurs :
Auteur : Clément François, journaliste
Relecteur et relectrice : Vincent Couronne, docteur en droit européen
Clara Robert-Motta, journaliste
Liens d’intérêts ou fonctions politiques déclarés des intervenants à l’article : aucun
Secrétariat de rédaction : Clément François, journaliste
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La société texane Greenland Energy a acheminé du matériel de forage sur la côte est du Groenland sans avoir obtenu le feu vert des autorités locales, révèle le Guardian. Le gouvernement groenlandais a émis le 30 juillet un « avertissement ferme » à l'encontre de l'entreprise, lui rappelant que toute opération logistique devait être préalablement approuvée par l'autorité compétente en matière de ressources minérales.
Deux jours après cet avertissement, Donald Trump a publié sur son réseau (…)
La sécheresse que traverse l'Europe a fait chuter le niveau d'eau du Danube à un niveau si bas qu'elle en a fait resurgir l'histoire. Des dizaines de carcasses de navires nazis enfoncés dans le sable émergent désormais des eaux, rapporte Euronews. Ce sont les vestiges de la flotte sabordée par l'armée allemande en 1944 pour freiner l'armée soviétique. Jusqu'à 200 navires de guerre auraient ainsi été coulés dans le fleuve selon les historiens.
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Source :Ministère des Affaires étrangères italiens, le 30 juillet 2026
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À Ceuta, l’emballement médiatique, causé par la crise migratoire débutée le 30 juillet dernier et l’entrée de plus de 70 000 personnes en l’espace de quelques jours, a été suivi de très près par l’emballement politique.
En Italie, dès le 30 juillet, Antonio Tajani, le ministre des Affaires étrangères, réclamait « la fermeture de l’espace Schengen avec l’Espagne ». Une demande exécutée le lendemain par son collègue de l’Intérieur, Matteo Piantedosi, qui affirmait sur X que cette mesure vise « en particulier à contrôler la régularité de circulation des citoyens extra-UE en zone Schengen », et ce pour un mois à partir du 1er août.
Pour justifier ces contrôles, les autorités italiennes mettent ainsi en cause les règles de libre circulation au sein de l’espace Schengen et le risque que des personnes arrivées irrégulièrement à Ceuta puissent poursuivre leur route vers d’autres États européens.
En représailles, le gouvernement espagnol a annoncé, le 7 août, la fermeture temporaire de ses frontières pour les voyageurs en provenance d’Italie.
Un sujet politique inflammable, qui a également fait réagir sur les réseaux sociaux : « L’Espagne doit d’urgence être sortie de l’espace Schengen », propose un internaute, craignant que la libre circulation facilite l’arrivée de personnes migrantes en Europe.
En réalité, Ceuta, comme Melilla, est soumise à un régime spécifique au sein de l’espace Schengen : les déplacements depuis ces enclaves vers l’Espagne continentale et, au-delà, vers les autres États européens, restent soumis à des contrôles.
Pas de libre circulation depuis Ceuta
Pour comprendre, il faut s’appuyer sur le code frontières Schengen qui prévoit, à son article 41, que « ses dispositions ne portent pas atteinte aux règles spéciales applicables à Ceuta et Melilla ». Or, ces règles spéciales permettent précisément à ces deux villes de maintenir des contrôles lors de déplacements vers l’Espagne continentale.
« Le code frontières Schengen prévoit des règles spécifiques pour Ceuta et Melilla. Elles prévoient des contrôles frontaliers rigoureux, nécessaires pour empêcher tout déplacement ultérieur vers l’Espagne continentale et l’espace Schengen en général », indique un porte-parole de la Commission européenne auprès des Surligneurs.
« Les contrôles frontaliers restent obligatoires pour les personnes quittant Ceuta et Melilla, qu’elles se rendent en Espagne continentale ou dans un autre État membre », précise-t-il.
Face à la crise, le gouvernement espagnol a lui-même tenu à rappeler les règles applicables à ses territoires situés sur le continent africain. Dans un document publié le 1er août, le ministère des Affaires étrangères indiquait que « nul ne peut se rendre de Ceuta ou Melilla sur le continent espagnol sans s’identifier auprès de la Police nationale au port et à l’aéroport. De plus, les compagnies maritimes et aériennes sont tenues de vérifier les documents. » Et d’insister : « L’entrée irrégulière à Ceuta ne confère aucun droit de séjour en Espagne, de voyage vers le continent espagnol ni de libre circulation en Europe. »
En clair, sans documentation valide (visa, titre de séjour, carte d’identité européenne), il est impossible de quitter l’enclave espagnole en bateau ou en avion pour se rendre en France, en Italie, ou n’importe où ailleurs en Europe.
Depuis le 12 juin 2026, date d’entrée en application du pacte européen sur la migration et l’asile, les États membres doivent également mettre en œuvre une procédure de filtrage pour certains ressortissants de pays tiers qui ne remplissent pas les conditions d’entrée dans l’espace Schengen, notamment lorsqu’ils sont interpellés après avoir irrégulièrement franchi une frontière.
« Ce filtrage comprend notamment une vérification de l’identité de la personne, des contrôles sanitaires ou encore un relevé d’empreintes digitales », précise Serge Slama, professeur en droit public à l’université Grenoble Alpes, contacté par Les Surligneurs.
Autrement dit, au regard des contrôles déjà prévus à la sortie de Ceuta et des procédures de filtrage applicables aux personnes entrées irrégulièrement dans l’Union, le rétablissement de contrôles par l’Italie ne crée pas, à lui seul, une nouvelle barrière destinée à empêcher ces personnes de circuler librement depuis l’enclave espagnole : cette circulation est déjà juridiquement encadrée en amont.
L’Italie peut rétablir des contrôles, pas « fermer Schengen »
Les déclarations des autorités italiennes entretiennent par ailleurs une confusion. Parler de « fermeture de l’espace Schengen avec l’Espagne » est juridiquement imprécis : l’Italie ne peut pas suspendre l’Espagne de l’espace Schengen, mais seulement réintroduire temporairement des contrôles à ses frontières intérieures.
Mais cette mesure est encadrée : l’article 25 du code frontières Schengen précise que ces contrôles ne peuvent être réintroduits qu’en cas « de menace grave pour l’ordre public ou la sécurité intérieure au niveau de l’espace sans contrôle aux frontières intérieures ou au niveau national, notamment du fait d’incidents ou de menaces terroristes ou de menaces que représente la criminalité organisée ».
« Il n’y a pas dans le code Schengen de mécanisme de suspension d’un État membre », résume Marie-Laure Basilien-Gainche, professeure de droit public à l’université Lyon 3. Cette nuance est d’autant plus importante que le rétablissement de contrôles aux frontières intérieures est une possibilité déjà utilisée par plusieurs États européens, comme la France, la Belgique ou la Lituanie.
Ainsi, les contrôles décidés par Rome viennent essentiellement s’ajouter à des garde-fous déjà existants. Leur effet sur les personnes entrées irrégulièrement à Ceuta devrait donc rester limité, celles-ci étant déjà soumises à plusieurs contrôles avant même de pouvoir rejoindre un autre État européen.
Auteurs :
Auteur : Nicolas Kirilowits
Relecteurs: Sarah Auclair, doctorante en droit public à l’Université Paris-Est Créteil
Etienne Merle, journaliste
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Secrétariat de rédaction : Etienne Merle, journaliste
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L'enchaînement de canicules, incendies et sécheresses qui frappe la France laisse espérer que l'été 2026 puisse être celui d'une bascule face au changement climatique. Les scientifiques interrogés par Reporterre restent cependant partagés.
Cinq canicules qui se succèdent, le mois le plus chaud jamais enregistré en France et dans les océans, des incendies gigantesques... L'été 2026 sera-t-il celui de la bascule ? Celui dont nous dirons, dans dix ou vingt ans : c'est là que nous avons (…)
L'été 2026 sera celui des records mortifères. Le mois de juillet a été le plus chaud jamais enregistré en France, a annoncé le 10 août l'observatoire européen du climat Copernicus. Les océans ont été particulièrement affectés par ces conditions extrêmes. La température moyenne de surface enregistrée à travers le monde a atteint 20,96 °C, ce qui constitue le niveau « le plus élevé jamais enregistré pour ce mois », constate Copernicus, en particulier sur la côte Atlantique et en Méditerranée (…)
Lire la suite - En bref / Canicule
Source :Compte Facebook, le 2 août 2026
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Un suspect a été présenté à un juge grec le 6 août 2026 dans l’affaire du meurtre présumé d’Elizabeth-Jane Ross. Le corps sans vie de cette travailleuse humanitaire écossaise avait été retrouvé le 18 juillet dans une valise placée dans un immeuble abandonné du quartier de Kypséli, dans le centre d’Athènes. L’homme inculpé, un ressortissant afghan de 26 ans, est poursuivi pour homicide volontaire, vol et détention d’armes, selon la presse grecque.
Plusieurs internautes affirment qu’Elizabeth-Jane Ross se trouvait alors en mission pour l’ONG grecque One Heart, une association d’aide aux réfugiés implantée dans la capitale grecque. D’après eux, la femme se serait « installée » à Athènes « pour venir en aide aux [réfugiés] afghans ». Sous-entendant ainsi un lien entre son supposé travail pour l’association et sa mort. C’est trompeur.
Contacté par Les Surligneurs, le président de la structure, Sahar Kamrani, dément : « [Elizabeth Jane-Ross] nous a rendu visite en 2019, séjour au cours duquel elle a été bénévole pendant deux jours, mais l’étendue de sa collaboration avec nous s’arrête-là. »
Le suspect nie l’avoir tué
Selon le Guardian, Elizabeth Jane-Ross avait une « forte connexion » avec le secteur humanitaire grec. Arrivée dans le pays le 26 juin 2026, elle se serait rendue chez des amis pendant deux semaines, avant de louer un appartement à son nom.
Le suspect, marié à une proche de l’Écossaise, a avoué avoir déplacé le corps dans une valise, mais nie être responsable de sa mort. D’après ses déclarations aux enquêteurs, relayées dans la presse grecque, il aurait trouvé le corps sans vie de la femme dans la salle de bain de son appartement de location. L’homme aurait alors « paniqué » et décidé de transporter son corps jusqu’au quartier de Kypséli dans une valise.
Auteurs :
Auteur : Nicolas Turcev, journaliste
Relectrice : Clara Robert-Motta, journaliste
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Secrétariat de rédaction : Nicolas Turcev, journaliste
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Plus de 10 ans après sa création, la monnaie locale basque eusko est un succès. Au point qu'elle a créé un institut de formation pour aider d'autres projets à se lancer ou à se développer.
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Dans le centre-ville de Bayonne, des QR codes verts fleurissent sur les comptoirs des bars et des commerces, floqués d'un mot : « Euskopay ». Pour régler ses courses dans la monnaie locale basque, il faut flasher ce code avec l'application dédiée, puis entrer (…)
Construits au XIXe siècle, des cimetières londoniens surnommés les « Magnificent Seven » sont devenus des lieux de promenade où prospèrent oiseaux, insectes rares et plantes par centaines. Un passionné nous a fait visiter celui de Nunhead.
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Au début du XIXe siècle, alors que Londres se densifiait à la faveur de la Révolution industrielle, les cimetières entourant ses petites églises anglicanes sont arrivés à saturation. Entre 1832 et 1841, sept (…)
[Les nouveaux visages de la criminalité environnementale 1/4] Les fourmis sont au cœur d'un trafic qui peut rapporter gros aux vendeurs qui pullulent sur internet. Un business, en pleine explosion, qui peut causer d'importants dégâts écologiques.
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Start-uppers, communicants ou médecins, ils ont quitté la ville après la pandémie. Partagés entre idées progressistes et penchants survivalistes, ils achètent les carabines et pistolets que leur vend illégalement « Victor », trentenaire comme eux. Rencontres sous le sceau du secret, quelque part dans la campagne française.
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À Castelnau-le-Lez, un agent de la police municipale agresse violemment une femme qui se serait opposée à une verbalisation pour « dissimulation de visage » visant une femme de confession musulmane, malade.
Une interpellation violente et foutraque dans les gestes pratiqués
Le 21 juillet 2026, aux environs de 14 h 50, Élise F. se trouvait à l'arrêt de tramway Notre-Dame-de-Sablassou, à Castelnau-le-Lez, dans l'Hérault. Elle était assise à côté d'une femme portant un voile ainsi qu'un masque chirurgical. Un agent de la police municipale s'est approché de cette dernière et lui a « indiqué qu'elle se trouvait en infraction dès lors que son visage n'était pas visible ». La femme lui a répondu qu'elle sortait d'une « consultation médicale », qu'elle était malade et que c'était pour cette raison qu'elle portait un masque.
L'agent lui a alors annoncé son intention de lui dresser une contravention d'un montant de 135 euros. Choquée, elle lui propose alors de lui montrer son ordonnance médicale, mais le policier ne juge pas nécessaire de la vérifier.
Élise F., qui assistait calmement à la scène, a trouvé incompréhensible la démarche des policiers municipaux. Elle a exprimé à plusieurs reprises que leur intervention lui semblait disproportionnée.
Sur la page officielle du ministère de la santé de la République française, Santé.fr, le gouvernement est très clair sur ce sujet : « le port d'un masque lorsqu'on présente des symptômes d'une infection respiratoire est un geste simple qui permet de protéger les autres. Les virus et les bactéries responsables de nombreuses maladies respiratoires se transmettent principalement par les particules émises lorsque nous toussons, éternuons ou...
Les terrils, ces montagnes de gravats liés à l'exploitation minière, sont plus vivants qu'on ne le pensait quand ils ont été édifiés. Plusieurs décennies après l'arrêt des mines, une guide nous révèle l'étendue de la faune et de la flore qu'ils accueillent.
Loos-en-Gohelle (Pas-de-Calais), reportage
Il faut s'imaginer un paysage à la Germinal de Zola, matérialisé pour l'éternité par le film de Claude Berri (1993). De la fumée, des bruits métalliques. Des hommes, la pauvreté et (…)
Installé à Cherbourg-en-Cotentin, Baptiste Vannier espère débuter une activité de pêche à la ligne, au filet et au casier à partir de septembre. © Cécile Massin/Vert
«Bienvenue à bord !» lance Baptiste Vannier en sautant, le pas léger, dans son bateau amarré au port de Cherbourg-en-Cotentin (Manche). Sur le ponton, rien ne distingue a priori sa vedette de pêche des autres navires, et pourtant. Fièrement paré de ses liserés bleus, ce bateau a été acquis par le pêcheur normand de 28 ans grâce au soutien de Mer de liens. Une première.
Créée en décembre 2025 par l’association Pleine mer, cette société de pêche citoyenne et solidaire a été pensée comme le pendant maritime de la foncière agricole Terre de liens. Alors que la première achète des terres grâce à l’épargne citoyenne pour permettre à des paysan·nes de s’installer en agriculture biologique, la seconde veut acheter des bateaux pour permettre aux artisan·nes qui veulent pratiquer une pêche durable de lancer leur activité. Un fonctionnement inédit dans le secteur.
«Un jeune marin-pêcheur qui veut s’installer doit acheter un bateau, mais aussi acquérir les droits pour pêcher telle ou telle espèce», débute Augustin Malliart, installé à Brest (Finistère) et codirecteur de Mer de liens. «C’est justement là que ça se corse», poursuit le professionnel. De fait, les licences sont souvent difficiles à obtenir, car déjà attribuées à d’autres pêcheur·ses.
Dans le même temps, à l’échelle de l’Union européenne, les quotas de pêche sont répartis entre navires en fonction des quantités de poissons pêchées précédemment. Résultat ? Plus un navire a pêché, plus il obtiendra de quotas. «Les bateaux sont ensuite revendus en fonction des quantités pêchées antérieurement, et donc de leur quotas, ce qui alimente la spéculation et fait grimper le coût de certains bateaux, qui deviennent tout bonnement inaccessibles aux jeunes pêcheurs», regrette le codirecteur de Mer de liens.
Face à cette répartition, qui défavorise les artisan·nes au profit des acteurs industriels sans prendre en compte l’impact environnemental des méthodes de pêche (notre article), «c’est là qu’on intervient», sourit Augustin Malliart. Concrètement, Mer de liens se propose d’acheter des bateaux puis de les revendre aux pêcheur·ses artisan·nes. Pour cela, elle joue également le rôle de banque en leur accordant des prêts à taux très bas (1%). «Ça permet de leur rendre accessibles des bateaux qui ne l’auraient jamais été autrement», s’enthousiasme le professionnel.
Baptiste Vannier espère relancer une pratique aujourd’hui inexistante en Normandie : la pêche en plongée de coquilles Saint-Jacques. © Cécile Massin/Vert
Ces emprunts sont rendus possibles grâce au modèle de l’actionnariat solidaire. Pour le bateau de Baptiste Vannier, la levée de fonds citoyenne lancée par Mer de liens a ainsi permis de récolter pas moins de 75 000 euros (sur les 200 000 espérés) auprès de particuliers, mais aussi de personnalités comme la navigatrice Isabelle Autissier, la journaliste Inès Léraud ou encore le professeur en écologie marine Didier Gascuel. «Les épargnants s’engagent à laisser leur argent au moins cinq ans, ce qui nous permet d’acheter des bateaux et de faire fonctionner la structure», précise Augustin Malliart.
«J’ai été attiré par la souplesse de remboursement, mais aussi par la mise à disposition de leur réseau de poissonniers, restaurateurs et grossistes désireux de favoriser la pêche artisanale.»
Le bateau et les droits de pêche associés progressivement achetés par le pêcheur, Mer de liens reste ensuite propriétaire à 20% de la toute nouvelle société, «ce qui nous permet de ne pas jouer uniquement le rôle de banque, mais aussi d’être pleinement investi dans le projet en aidant le pêcheur à structurer son projet, à trouver les bons partenaires pour valoriser et commercialiser ses produits…», insiste Augustin Malliart.
Autant d’aspects qui ont séduit Baptiste Vannier, qui aspirait depuis longtemps à se lancer à son compte. «J’ai été attiré par la souplesse de remboursement, mais aussi par la mise à disposition de leur réseau de poissonniers, restaurateurs et grossistes désireux de favoriser la pêche artisanale, précise le pêcheur. C’est un vrai atout dans ce milieu où avoir les bons contacts est primordial», ajoute-t-il, concentré à décoller de la coque du bateau le nom donné par l’ancien propriétaire pour y apposer le sien – Paua – en grandes lettres noires.
Avant de rejoindre Mer de liens, le pêcheur a signé une charte «pour une pêche plus durable» établie par le comité scientifique de l’association et via laquelle il s’est engagé, entre autres, à diversifier les espèces ciblées, réduire son empreinte sur les fonds marins, respecter les quotas et la réglementation ou encore optimiser la consommation de carburant.
L’initiative Mer de liens espère pouvoir accompagner trois à quatre projets d’installation par an. © Cécile Massin/Vert
Des pratiques respectueuses des fonds marins que Baptiste Vannier dit avoir toujours respectées, «mais c’est bien qu’elle soient écrites noir sur blanc», sourit le pêcheur. «Ces principes pourraient sembler logiques, mais dans les faits ils ne sont pas forcément respectés et les contrôles restent peu fréquents, le rejoint Augustin Malliart. C’est pour ça qu’on insiste autant dessus».
Fort de ces valeurs communes, Baptiste Vannier espère débuter dès septembre une activité de pêche à la ligne, au filet et au casier. Il pense même relancer une activité – pour le moment inexistante en Normandie – de pêche en plongée de coquilles Saint-Jacques. «La plongée, ça a toujours été mon dada, sourit-il. J’aime les sensations que ça procure, mais aussi le fait qu’avec cette technique, on prélève les coquillages à la main un par un et que les quantités sont donc faibles et restent gérables.»
Pour Baptiste Vannier, protéger les fonds marins passe par des méthodes de pêche durables, mais aussi par la valorisation des produits en circuits courts et le respect de la disponibilité des ressources halieutiques. «La pêche en plongée a un impact quasi-nul, abonde Augustin Malliart. C’est pour ça qu’on y est très favorable.» De là à faire de Mer de liens un outil de lutte contre l’hégémonie de la géants de la pêche ? «Ce serait un peu irréaliste de le prétendre, confesse-t-il. L’ambition, c’est plutôt de nous rendre utile pour des projets qui auraient du mal à se concrétiser sans notre aide.»
Alors que, d’après l’association Pleine mer, près d’un tiers des navires de moins de 12 mètres ont disparu en 25 ans et que le nombre de pêcheur·ses artisan·nes s’amenuise, Mer de liens espère accompagner trois à quatre projets par an. La société de pêche s’apprête d’ailleurs à lancer une nouvelle levée de fonds à la rentrée avec, dans le viseur, l’installation de deux jeunes marins-pêcheurs bretons à partir de 2027. «Ce qu’on veut, c’est montrer qu’il y a d’autres modèles possibles», conclut Augustin Malliart, sans se faire d’illusions sur le rapport de force actuel.
Nous avons partagé avec la chanteuse Emily Loizeau une balade près des emblématiques murs à pêches de Montreuil. L'artiste de 51 ans, connue pour son engagement écolo, raconte son rapport à la nature et son besoin de « revendiquer des positions claires ».
Montreuil (Seine-Saint-Denis), reportage
Rencontrer Emily Loizeau dans un jardin de Montreuil, c'est s'offrir une parenthèse enchantée dans un quotidien difficile. Entre deux canicules mortifères et au milieu d'une débâcle politique (…)
Voyager seule, à pied ou à vélo, est profondément féministe. Réoccuper l'espace public est un geste politique fort d'émancipation, montrent ces autrices dans leurs écrits, autant de cris de rage contre le patriarcat qui met les femmes en cage.
Longtemps, la marche et le vélo ont été racontés comme des aventures d'hommes. Infiniment moins connues, les femmes qui usèrent leurs semelles et fonds de pantalon contre la beauté et la rugosité du monde : Alexandra David-Néel, qui parcourut entre (…)
Élevage caprin et bovin certifié biologique, la ferme de Trofalher, à Guerlesquin (29), a vu son activité stoppée durant un mois à la suite d'un contrôle inhabituel et ressenti comme brutal. Une situation qui illustre la difficulté des petits producteurs à composer avec la rigueur de normes pensées pour l'agro-industrie.
L’article À Guerlesquin, un couple d’éleveurs-fromagers face à une fermeture d’un mois jugée sévère est apparu en premier sur Splann ! | Premier média d'enquête indépendant en Bretagne.
En Andalousie, 100 000 chèvres et moutons pâturent dans des terrains à risque d’incendie pour réduire la végétation inflammable. © Cynthia Vanessa/Flickr
En Andalousie, un cheptel très particulier parcourt les vastes plaines et monts du sud de l’Espagne. On les appelle ici les chèvres et moutons-pompiers. Ces bêtes ne portent pas l’attirail des soldats du feu, mais leur rôle dans la prévention des incendies est fondamental.
Le bétail s’occupe en effet de brouter les zones coupe-feux dans les massifs forestiers, ces espaces peu arborés qui créent une discontinuité et freinent ainsi la propagation des brasiers. Concrètement, le pâturage peut réduire de 61 % en moyenne l’étendue de la surface brûlée et diminuer de moitié la vitesse de propagation des brasiers, selon une étude scientifique sur la prévention du feu dans les écosystèmes méditerranéens.
Actuellement, environ 100 000 animaux conduits par quelque 200 berger·es pâturent près de 6 000 hectares de terrain à hauts risques. Le Réseau d’aires de pâturage coupe-feux d’Andalousie (Rapca) est actif depuis 2005 sous la houlette du gouvernement régional, avec l’appui scientifique du Conseil supérieur de la recherche scientifique (le CSIC, l’équivalent espagnol du CNRS).
Peu connue du grand public, la solution est pourtant ancienne et son efficacité prouvée. Le pastoralisme et l’élevage extensif constituent une des pratiques les plus efficaces et les moins onéreuses pour réduire la végétation inflammable dans les forêts méditerranéennes et limiter ainsi le risque d’incendie, comme le confirme une enquête de la Société espagnole des sciences forestières (SECF) auprès de 69 chercheur·ses et professionnel·les du secteur.
«Sans ces animaux, notre écosystème est dysfonctionnel et vulnérable aux incendies, aux maladies, aux pertes de biodiversité.»
Il s’agit même d’une nécessité structurelle pour la plupart des forêts européennes. «Les herbivores et le feu sont les deux principaux consommateurs de la biomasse, explique Francisco Martín Azcárate, biologiste et écologue à l’Université autonome de Madrid. Mais, comme les grands herbivores sauvages [bisons, chevaux sauvages…, NDLR] ont disparu de notre continent, il faut absolument travailler avec leurs descendants domestiques : moutons, chèvres, chevaux…»
«Même une société végétarienne devrait garder ces troupeaux, ne serait-ce que comme gestionnaires du milieu naturel, ajoute-t-il. Sans ces animaux, notre écosystème est dysfonctionnel et vulnérable aux incendies, aux maladies, aux pertes de biodiversité.»
La région d’Estrémadure, à l’ouest de l’Espagne, a bien reçu le message. En 2015, quelque 8 000 hectares de la sierra de Gata, vastes monts recouverts de pins à la frontière avec le Portugal, partent en fumée. Un déclic pour le gouvernement régional, qui réagit en lançant un an plus tard le projet Mosaico, en collaboration avec l’université d’Estrémadure.
Le programme repose sur le concept de «coupe-feu productif». Des parcelles à hauts risques d’incendie sont confiées à des agriculteur·ices ou éleveur·ses qui les exploitent et les débroussaillent, éliminant ainsi «une grande partie de la biomasse combustible», retrace Fernando Pulido, biologiste à l’université d’Estrémadure et responsable du projet Mosaico. L’avantage est double : un coupe-feu à moindre coût, et qui maintient une activité locale et durable.
«Il ne s’agit pas d’abattre la forêt mais d’intervenir sur les zones les plus vulnérables, de façon presque chirurgicale, afin de créer suffisamment de discontinuité pour empêcher le feu de tout dévorer en quelques jours», précise l’expert en prévention des incendies.
Ce sont les chercheur·ses qui déterminent où et comment. L’objectif final : recréer un «paysage en mosaïque», où 20 à 30% de la surface forestière est occupée par de l’élevage, des cultures végétales (notamment des oliveraies) ou une sylviculture peu inflammable. En onze ans, 120 coupe-feux productifs sont nés sur environ 12 000 des 110 000 hectares du territoire concerné, pour une réduction estimée à 15% de la taille théorique des grands incendies.
Si la plupart de ces initiatives voient dans l’agriculture extensive la solution, c’est aussi parce qu’elles identifient le dépeuplement rural comme une des causes principales de l’aggravation des incendies. «C’est le premier facteur déclencheur, qui permet à la végétation de croître sans contrôle, sans aucun animal ni être humain pour débroussailler. Le nier, c’est mentir et permettre aux responsables politiques de se dédouaner de leur responsabilité», dénonce Fernando Pulido.
Un constat partagé par Eduard Pla, écologue à l’Université autonome de Barcelone : «La plupart de nos forêts vulnérables sont les plus jeunes, celles qui sont apparues là où l’agriculture a disparu au cours des dernières décennies», détaille cet expert des effets du changement climatique sur les écosystèmes forestiers.
Reste à ne pas idéaliser le passé. L’Espagne d’antan était certes plus exploitée par le monde paysan, mais pas toujours en faveur des écosystèmes. En effet, la surface forestière a dégringolé jusqu’à atteindre son minimum historique dans la première moitié du 20ème siècle, avant de repousser avec l’exode des campagnes.
Aucun des chercheurs consultés ne minimise pour autant l’effet indéniable du réchauffement climatique : il «assèche la biomasse combustible» et la rend plus inflammable, «multiplie les phénomènes météorologiques extrêmes» et pousse les écosystèmes dans leurs derniers retranchements.
Les programmes ibériques veulent rompre avec la surexploitation du vivant en relançant les usages traditionnels de faible intensité et aux bénéfices éprouvés, dont la transhumance, c’est-à-dire le déplacement saisonnier des troupeaux d’un pâturage à un autre. Une pratique ancestrale pratiquée dans une partie de l’Europe et reconnue par l’Unesco depuis 2023.
«Le concept de paysage mosaïque est applicable à n’importe quel territoire confronté aux feux de forêt. Il suffit de l’adapter au contexte local.»
L’Union européenne finance une partie de ces projets, notamment à travers la Politique agricole commune (PAC) ou le programme LIFE. En avril, l’Andalousie a approuvé une nouvelle série d’aides financières visant à promouvoir le sylvopastoralisme pour la prévention des incendies, dans la lignée du programme Rapca.
En Estrémadure, Mosaico continue de grandir. L’année dernière, une partie du Portugal a rejoint le réseau désormais composé de treize territoires ibériques. Des chercheurs néerlandais et californiens sont même venus étudier le modèle sur place, preuve qu’il inspire. «Le concept de paysage mosaïque est applicable à n’importe quel territoire confronté aux feux de forêt, assure Fernando Pulido. Il suffit de l’adapter au contexte local.»
Les chercheur·ses déplorent toutefois un manque de moyens financiers et «l’absence d’un véritable cadre législatif», comme le regrette Fernando Pulido. Seuls 30 à 40% des coupe-feux productifs proposés aboutissent, selon le responsable de Mosaico. Reçu au Congrès des députés (l’équivalent espagnol de l’Assemblée nationale) à l’automne 2025, aucune de ses suggestions n’a abouti. Les moutons-pompiers n’éteindront pas les incendies, mais ils sont déjà l’un des outils les plus sobres pour les prévenir. Encore faut-il y mettre les moyens.
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