Les notions de frontière et de mur, si présentes dans nos imaginaires, n'ont pas de sens à l'échelle d'un monde vivant où la porosité est la norme, constate le chercheur Jérôme Sueur, auteur d'un livre sur le sujet.
De l'échelle des jardins à celle des nations, notre espèce s'évertue à ériger des murs. Mais les frontières, dans le reste du monde vivant, se distinguent avant tout par leur porosité, explique Jérôme Sueur, professeur au Muséum national d'histoire naturelle et spécialiste de (…)
BP, Shell, Eni, Orlen, Repsol et OMV : ces firmes pétrolières ont plus que doublé leurs profits en Europe au premier semestre 2026 par rapport à la même période en 2025, selon l'analyse de l'ONG Transport & Environment publiée lundi 17 août. Cela représente 7,5 milliards d'euros de profits exceptionnels.
L'entreprise française TotalEnergies a, elle, engrangé plus d'un milliard d'euros supplémentaire par rapport à l'an dernier, rien que dans l'Union européenne. Transport & (…)
Reporter l'ouverture de la chasse aux oiseaux d'eau, prévue le 21 août, au 20 septembre, date de l'ouverture générale. C'est ce que réclame la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO) dans un communiqué publié le 17 août. Selon l'association, l'assèchement généralisé, y compris dans les réserves naturelles, est tel qu'« aucun espace protégé n'a la capacité d'assurer aujourd'hui une solution de secours, d'accueil et de quiétude optimale, à la veille des premiers grands mouvements de (…)
Lire la suite - En bref / Chasse
Source :Compte Facebook, le 11 août 2026
Etiqe :mauvais bateau
Contenu :
Six marins ont été tués, le 11 août, dans une double frappe présumée visant un navire près du détroit de Bab el-Mandeb, au large du Yémen, selon plusieurs sources. L’attaque a été attribuée par le gouvernement yéménite, soutenu par l’Arabie Saoudite, aux rebelles houthis pro-iraniens, qui contrôlent une large partie du pays. Elle intervient dans un contexte de reprise du conflit entre les deux camps, alors que les Houthis ont annoncé un blocus de la flotte saoudienne en mer Rouge.
Dès l’annonce de l’attaque, plusieurs internautes se sont empressés de relayer la nouvelle sur les réseaux sociaux, qu’ils ont illustré avec des clichés de navires endommagés. Mais certaines de ces images ne correspondent pas au cargo Tihamah qui a été frappé.
Une recherche d’images inversée permet de retrouver l’origine des clichés utilisés à tort par les internautes. La première image montre le pétrolier MT Jalveer après avoir subi une attaque aux larges des côtes du sultanat d’Oman, le 11 juin 2026, soit deux mois avant celle du Tihamah. Dans la même publication, l’internaute présente une autre image, authentique celle-ci, montrant la zone d’impact de la frappe qui a touché le Tihamah, le 11 août.
Un autre utilisateur poste un cliché sur lequel on aperçoit un navire pétrolier touché par une explosion. L’image illustre là aussi un événement antérieur à l’attaque du 11 août. Il s’agit d’une autre attaque houthie menée en mer Rouge près de deux ans plus tôt, le 1er octobre 2024, contre le pétrolier Cordelia Moon.
Peu après l’attaque contre le Tihamah, plusieurs journaux ont publié des images authentiques du navire encore fumant.
Le regain de tension au Yémen marque la fin d’un cessez-le-feu observé depuis 2022 par les Houthis et l’Arabie Saoudite.
Auteurs :
Auteur : Nicolas Turcev, journaliste
Relectrice : Clara Robert-Motta, journaliste
Liens d’intérêts ou fonctions politiques déclarés des intervenants à l’article : aucun
Secrétariat de rédaction : Nicolas Turcev, journaliste
L’article Attention à ces images du navire frappé par les Houthis près du détroit de Bab el-Mandeb est apparu en premier sur Les Surligneurs.
Notre amie, la philosophe, militante et autrice antivalidiste, Charlotte Puiseux, nous a quittéEs.
Née en 1986 à Paris, Charlotte Puiseux était atteinte d’une amyotrophie spinale de type 2, myopathie rare diagnostiquée à six ans.
Charlotte était une grande philosophe mais également une immense personne pour ses qualités humaines. Elle a dédié sa vie à la lutte contre les injustices et en particulier contre celles subies par les personnes handicapées.
Après une classe préparatoire littéraire puis un master de philosophie, elle exerce plusieurs années comme psychologue clinicienne, avant de reprendre un doctorat sous l’angle de la philosophie politique. Elle soutient sa thèse Queerisation des handicaps : le militantisme crip en questions en 2018 à l’Université Paris-Diderot, sous la direction d’Anne Kupiec. Avec sa thèse, elle a permis de révéler en France la théorie Crip. Cette vision du handicap a été construite par des personnes handicapées s’inspirant des mouvements queers et intersectionnels afin de dépasser l’approche médicale et institutionnelle jusque là dominante. Cette nouvelle approche était, avant les travaux de Charlotte, étudiée uniquement dans les pays anglo-saxons. Elle a alors exploré et mis en avant les notions d’idéal régulateur, de performativité, de dépassement de la binarité, de modèle social du handicap et de validisme. Ses études l’ont amenée à ouvrir un blog qui est une source importante d’informations, d’écrits et d’articles. En 2020, elle a également autopublié un Dictionnaire Crip qui reprend et explique les termes issus de cette théorie. Ce dictionnaire est téléchargeable depuis son blog.
Charlotte Puiseux a été une grande activiste féministe et anti-validiste, non seulement grâce à ses écrits sur son blogs ou ses articles scientifiques, mais également grâce à son investissement au sein de l’association Les Dévalideuses et de l’association HandiParentalité (aujourd’hui dissoute) fondée par Florence Mejecase. En effet, la vie de Charlotte était en elle-même un acte militant : elle a choisi de fonder une famille contre l’avis de beaucoup de soignantEs et de la société validiste. Mariée, mère d’un enfant né alors qu’elle a trente ans, elle s’installe à Avranches (Manche), près du Mont-Saint-Michel. Elle est maman-relais de l’association Handiparentalité, engagement qu’elle relie directement à son militantisme : rares sont les personnes handicapées à évoquer publiquement leur parentalité.
Au sein des Dévalideuses, elle lutte pour faire reconnaître l’existence du validisme et des violences qui en découlent, notamment à l’encontre des personnes sexisées. Elle milite également pour l’accès à la vie autonome et la désinstitutionnalisation, c’est-à-dire pour changer le modèle amenant les enfants et adultes handicapéEs à être maintenuEs dans des institutions et donc à être excluEs de la société. De même, elle participe à des campagnes contre le Téléthon, émission télévisée mettant en avant une vision misérabiliste des personnes porteuses de sa maladie, sans tenir compte de l’impact fondamental de l’environnement et de la société dans le handicap.
En 2014, Charlotte rejoint le média féministe Les ourses à plumes dès son lancement et dans lequel elle écrit des articles sur la maternité et la sexualité handies et le militantisme anti-validiste entre autres.
En 2022, elle publie le livre De chair et de fer, Vivre et lutter dans une société validiste, aux éditions de la Découverte. Ce récit autobiographique, s’approchant d’un essai philosophique sur le validisme et sur les représentations du handicap, est devenu un incontournable pour beaucoup de militantEs et une porte d’entrée à l’anti-validisme pour nombre de personnes handicapées. Dans ce livre, on découvre aussi une part plus artistique de sa vie puisqu’on y trouve un de ses poèmes, duquel est tiré le titre de cet ouvrage.
En racontant son parcours de politisation, elle nous enseigne avec une grande clarté la construction sociale du handicap ou le nécessaire retournement du stigmate.
Je comprenais donc que mon handicap était le fruit d’une construction. La société avait décidé d’exclure les possibilités de mon corps du schéma qu’elle avait tracé pour la validité et de m’accorder des formes d’incapacités qui me désignaient comme handicapée. Cette identité qui m’était imposée regorgeait de négativité et apparaissait aux yeux des valides comme une tare à porter, dont j’avais intériorisé la honte. Mais pourquoi ressentais-je cette honte ? La découverte de nouvelles analyses du handicap, mais aussi ma propre révolte intérieure, qui commençait à prendre sens dans tout un réseau d’injustice systémique m’ont conduite presque logiquement, vers un sentiment de fierté que je désirais revendiquer. Fière d’être qui j’étais, d’être cette a-normale, questionnant le système, porteuse par ma simple existence d’une potentialité subversive et d’une capacité à troubler l’ordre public.”
En 2024, au sein des Dévalideuses, Charlotte lance une collecte de témoignages sur les violences produites par les MDPH et leurs conséquences sur les vies des personnes handicapées et de leurs aidantEs. Cette campagne a permis de récolter plus de 500 témoignages et a mené à une enquête de Médiapart mettant en lumière les graves dysfonctionnements et manques de moyens des MDPH menant à des traitements discriminatoires et des conditions de vie dégradées.
Charlotte Puiseux milite activement contre la légalisation du suicide assisté et de l’euthanasie en France pendant plusieurs années. En 2025 sort le Livre Plutôt vivre, Comprendre le validisme et valoriser une culture crip aux éditions Le Cavalier Bleu qu’elle a coécrit avec son amie, la journaliste Chiara KAHN. Pour ce livre de référence sur l’anti-validisme, Charlotte et Chiara ont choisi dans leur titre de répondre à l’animateur Michel Drucker qui avait déclaré dans une interview qu’il préférerait mourir que d’être handicapé. Ainsi, cet ouvrage, tout comme la vie de Charlotte, est dédié à revendiquer que les vies de personnes handicapées valent d’être vécues.
Dans plusieurs interviews et notamment lors d’une émission de Médiapart, Charlotte Puiseux n’a de cesse de s’opposer à la loi d’aide à mourir et à l’institutionnalisation. Elle participe également à plusieurs ouvrages collectifs dont BI-ES, coordonné par Camille Regache et publié en 2026 aux éditions Points ou Théories Féministes, coordonné par Camille Froidevaux-Metterie, publié en 2025 aux éditions Seuil). Charlotte intervient régulièrement dans des universités, auprès d’associations ou dans des podcasts, afin de faire connaître la notion de validisme, de lutter contre la hiérarchisation des vies et de faire évoluer les mentalités et les comportements.
Son troisième essai, Réflexions Crip, Une relecture queer du handicap, paraîtra fin août 2026 aux éditions Le Cavalier Bleu.
Elle y explique le “crip” avec beaucoup de pédagogie.
Le mouvement crip est apparu dans les années 2000, forgé à partir d’une réappropriation d’un mot stigmatisant. À partir d’un bagage venu des disability studies, complété avec de nouveaux apports comme le queer ou l’intersectionnalité, le crip porte un regard différent sur le handicap. Parfois critique du modèle social, le crip réinvente de nouveaux espaces à la lumière des concepts queer d’idéal régulateur, de désidentification, de performativité ou de retournement du stigmate. Par la suite, des groupes queer dissidents, comme les Queer of color, apportent aussi une critique plus virulente au sujet de certains points, tel l’homonationalisme. Cette critique sert à penser différemment le handicap.”
Charlotte s’en est allée à l’aube de ses 40 ans, laissant un grand vide dans la vie de sa famille, de ses amiEs et de toustes ses camarades de lutte. Nous sommes infiniment reconnaissantEs d’avoir pu partager de nombreux moments de vie et de combats avec elle. Nous pleurons aujourd’hui la perte d’une compagne de militantisme et d’une chercheuse passionnante dont le travail nous a inspiré et continuera à nous porter encore longtemps. Mais nous pleurons aussi et surtout la perte d’une amie, d’une personne appréciée de toustes.
En effet, Charlotte n’était pas seulement une figure publique. Les personnes qui ont eu la chance de partager des instants de vie avec elle se rappelleront toujours de sa générosité, de sa simplicité et de son regard espiègle.
Un livre d’or femmage participatif est en ligne, Vous pouvez y partager ce que Charlotte et son travail ont représenté pour vous. Ce livre sera, par la suite, remis à sa famille.
Merci pour tout, Charlotte
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Poème de Charlotte Puiseux
L’article Charlotte Puiseux (1986-2026) : Autrice et militante de la théorie crip en France est apparu en premier sur Les Dévalideuses.
Dès qu’ils franchissent les limites du parc, ces animaux ne bénéficient plus des mêmes protections. La chasse au loup est en effet autorisée dans les États voisins, dont le Wyoming, où la meute a établi une tanière.
Cet article Des chasseurs de trophées veulent tuer la plus ancienne meute de loups de Yellowstone est apparu en premier sur La Relève et La Peste.

Source :Compte Facebook, le 7 aout 2026
Etiqe :aucune preuve
Contenu :
Quelques mois après avoir subi les ravages de la dermatose nodulaire contagieuse, les agriculteurs européens font face à un nouveau virus : l’orthobunyavirus de type Shamonda. Depuis fin juillet, il a touché près d’une dizaine d’exploitations de vaches laitières dans les départements du Doubs, du Jura, de l’Ain, de la Haute-Savoie et de la Savoie, mais aussi en Allemagne et en Suisse.
Une contamination inattendue mais dont l’impact reste « faible » pour le moment, selon le ministère de l’Agriculture.
Pour autant, des internautes s’inquiètent de l’arrivée de ce virus et pointent le timing de son apparition, quelques mois après la signature de l’accord de libre-échange entre l’Union européenne et le Mercosur, qui facilite l’arrivée de produits sud-américains sur le marché européen. L’importation de la viande bœuf sud-américaine inquiète notamment les agriculteurs, qui la qualifient de concurrence déloyale. Les Surligneurs ont déjà pu vérifier plusieurs fausses informations diffusées à ce sujet.
Sur les réseaux sociaux, Floran Philippot, chef du parti d’extrême droite Les Patriotes, insinue que ce « nouveau virus » a pour objectif de saborder l’agriculture française, afin de « faire de la place pour les 99 000 tonnes de bœuf du Mercosur ». L’arrivée de ce virus, qui n’est d’ailleurs pas nouveau, n’a rien à voir avec la signature de l’accord Mercosur-UE.
Que sait-on du virus Shamonda ?
Selon une note produite par le ministère de l’Agriculture le 7 août dernier, le virus Shamonda est un orthobunyavirus qui appartient au sérogroupe Simbu, une famille de virus qui touchent les ruminants.
Contrairement à ce qu’assurent certains internautes, le virus de Shamonda n’est pas « nouveau ». Détecté pour la première fois au Nigeria au milieu des années 1960, il avait été signalé jusqu’ici de manière sporadique en Afrique de l’Ouest, de l’Est et australe, ainsi qu’au Japon. En revanche, c’est la première fois que ce variant du virus est détecté en Europe.
Il est transmis par les moucherons piqueurs, ou culicoïdes, et provoque fièvre, diarrhées et baisse de lait. Selon l’école nationale vétérinaire de Toulouse, ces premiers symptômes sont généralement transitoires, avant l’apparition de conséquences plus problématiques sur la natalité, comme des avortements et des malformations fœtales. L’école met en garde contre une « très rapide extension » du virus sur le territoire national.
Il n’existe pour l’heure pas de vaccins ou de traitement contre ce virus, dont il n’est possible que de traiter les symptômes. Pour lutter contre sa prolifération, le gouvernement conseille de s’attaquer directement à la reproduction des insectes responsables de la contamination, en éliminant les sites de ponte et les points d’eau stagnante.
Aucun rapport avec le Mercosur
Selon le ministère de l’Agriculture, il n’existe pour l’heure aucune preuve de transmission d’animal à animal, ou d’animal à humain. Ce virus n’a donc que peu d’impacts sur les exploitations agricoles pour le moment, ou sur la transformation et la consommation de produits à base de lait.
Nouveau en Europe, le virus Shamonda n’est pas une maladie répertoriée dans la législation européenne de santé animale ou par l’Organisation mondiale de la santé animale (OMSA).
Le virus est donc pour le moment considéré en Europe comme une « maladie émergente », un terme précisé à l’article 6 du règlement du Parlement européen relatif aux maladies animales. Pour que l’Union européenne s’empare du sujet, il est nécessaire que la Commission adopte des « actes d’exécution » dans lesquels seront précisées les mesures à adopter.
Pour l’instant, le virus ne fait donc l’objet d’aucune mesure officielle de surveillance obligatoire, de restrictions ou d’abattages imposés en cas d’infection. Il n’a donc pas de sens de parler de « faire de la place » au bœuf sud-américain. De plus, ce sont pour le moment des exploitations de vaches laitières qui ont été touchées, qui ne sont donc pas élevées pour leur viande et n’entreront pas en concurrence avec le bœuf importé bientôt vendu en France.
Shamonda, une nouvelle dermatose ?
D’autres internautes insinuent que le virus Shamonda serait la seconde tentative de « décimer le cheptel français » après l’apparition il y a quelques mois de la dermatose nodulaire contagieuse (DNC), un autre virus aux conséquences bien plus graves pour les animaux. Ce virus est, lui, classé comme provoquant une maladie de « catégorie A » « normalement absente de l’Union européenne ». Pour lutter contre l’arrivée de ce virus sur le territoire européen, la décision est systématique : « Éradication immédiate ». Dans les exploitations françaises, le gouvernement avait donc ordonné de nombreuses vaccinations et abattages forcés, au grand dam des agriculteurs.
Mais le gouvernement assure dans sa fiche d’information que pour le moment, ce virus n’est « pas similaire au virus de la dermatose nodulaire contagieuse bovine ». Les symptômes, les traitements, et les conséquences sur le long terme sont totalement différents.
Cependant, la référence à la DNC n’est pas surprenante, puisque comme le virus de Shamonda actuellement, la dermatose a été instrumentalisée à de nombreuses reprises pour diffuser de fausses informations. Les Surligneurs avaient pu en vérifier plusieurs à l’époque (ici et ici).
Il n’existe donc aucune preuve que l’apparition du virus Shamonda en France serait liée à la signature de l’accord de libre-échange avec le Mercosur. Il est aussi difficile de le comparer à la dermatose nodulaire contagieuse, les deux virus ayant peu de points communs.
Auteurs :
Auteur : Clément François, journaliste
Relectrice : Clara Robert-Motta, journaliste
Liens d’intérêts ou fonctions politiques déclarés des intervenants à l’article : aucun
Secrétariat de rédaction : Clément François, journaliste
L’article Non, le virus Shamonda n’a pas été « introduit » pour « faire de la place » aux importations sud-américaines est apparu en premier sur Les Surligneurs.
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Lancé dans le Doubs en 2021, le programme Careli explore les effets de la «chasse au renard» sur les attaques dans les poulaillers, les transmissions de maladies parasitaires, les évolutions des populations de campagnols… © Armandas Naudžius/Flickr
Le hérisson rouge de France nature environnement (FNE), le macaron rayé du puissant syndicat agricole FNSEA, les macareux moines enlacés de la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO), ou encore la signature vert clair de la fédération départementale de chasse. Voilà une collection de logos que l’on a rarement vu unis autour d’un même projet, tant les tensions entre mondes de l’écologie, de la chasse et de l’agriculture sont exacerbées.
Le miracle s’est produit dans le Doubs, où les branches locales de chaque organisation se sont rassemblées depuis 2021 pour faire avancer un dossier brûlant : l’avenir du statut «nuisible» du renard roux. Comme dans de nombreux départements français, l’État considère le canidé comme une «espèce susceptible d’occasionner des dégâts» (Esod), notamment en raison de son goût prononcé pour les poules et autres volailles.
Ce classement – qui concerne aussi la fouine, la corneille noire, le corbeau freux… – permet la capture et la destruction de l’animal tout au long de l’année, malgré les critiques de nombreuses associations écologistes qui dénoncent un «massacre injustifié». D’ici quelques jours, un arrêté très attendu du ministère de la transition écologique doit fixer la nouvelle liste de ces «nuisibles» pour chaque département sur les trois prochaines années.
La décision du gouvernement repose sur les propositions de chaque préfecture départementale, qui sollicite les avis des acteurs locaux concernés (agriculteur·ices, fédération de chasse, associations, scientifiques…). Dans le département comtois, «chacun se jetait des noms d’oiseaux», se souvient Patrick Giraudoux, professeur émérite d’écologie à l’université Marie-et-Louis-Pasteur de Besançon (Doubs) et chercheur mondialement reconnu.
De ces réunions houleuses, il en retient un «gloubi-boulga argumentaire dans chaque camp». D’un côté, des chasseur·ses pointent aussi le rôle du renard dans la propagation de l’échinococcose alvéolaire, une grave maladie parasitaire très présente en Franche-Comté. De l’autre, les défenseur·ses du goupil vantent sa participation supposée dans la régulation des campagnols – responsables de gros dégâts dans les prairies comtoises – et des tiques que les rongeurs peuvent véhiculer.
Les renards roux se nourrissent notamment de rongeurs : suffisamment pour contrer les pullulations de campagnols, qui se comptent en millions d’individus ? © Flickr
«Et la profession agricole est coupée en deux, entre des éleveurs de volailles plutôt inquiets, et une autre partie qui estime que le renard a une utilité dans l’environnement», constate Geoffroy Couval, qui travaille à la Fédération régionale de lutte et de défense contre les organismes nuisibles (Fredon) de Bourgogne-Franche-Comté. «Chacun avait ses éléments de langage de son côté sans avoir de chiffres, c’était assez stérile», reconnaît Thibaut Powolny, directeur technique et scientifique de la Fédération des chasseurs du Doubs.
Après une crise à la fin des années 2010, tout ce petit monde décide de mettre de côté ses différends pour unir ses forces autour d’un même projet scientifique : le programme Careli. «Nous avons proposé des protocoles communs pour répondre à la question posée : est-ce que le statut Esod permet d’atteindre les objectifs qu’on lui assigne ?», résume Patrick Giraudoux, qui encadre le projet. Deux territoires d’étude sont définis avec la préfecture, l’un en plaine et l’autre en moyenne montagne. Chacun est divisé en deux zones : une où Vulpes vulpes est protégé (du jamais vu en France), une autre où il reste classé Esod.
L’objectif est alors de comparer sur le long terme ce que change ou non le piégeage et la chasse de l’animal : vis-à-vis des dégâts dans les poulaillers, des transmissions de maladies, des pullulations de campagnols, de l’état des populations de lièvres ou d’oiseaux nicheurs au sol… Chacun se répartit les tâches. FNE recense les prédations dans les 231 élevages de volailles des secteurs étudiés, Fredon estime l’évolution des populations de campagnols et de tiques, les chasseur·ses mènent des comptages nocturnes de renards, la LPO des comptages diurnes d’oiseaux, et la branche départementale de la FNSEA chapeaute la communication.
Comment une telle «union sacrée» a-t-elle pu voir le jour ? «C’est d’abord lié à des pratiques de coopération très anciennes dans le Doubs, qui viennent de précédents conflits», expose Simon Calla, sociologue à l’université Marie-et-Louis-Pasteur de Besançon, qui a étudié de l’intérieur le programme Careli. À la fin des années 1990, chasseur·ses, agriculteur·ices, scientifiques et naturalistes du département avaient déjà travaillé ensemble pour limiter le recours à la bromadiolone, un poison utilisé par le monde paysan pour lutter contre les campagnols.
«On n’importe pas les débats nationaux, on ne fait que de la science !»
Dans son étude ethnographique, publiée fin juillet, Simon Calla pointe aussi l’ouverture d’une «fenêtre d’opportunité» au tournant des années 2020 : «Nous sommes dans une période où le monde de la chasse est particulièrement critiqué et cherche à se reconstruire une légitimité, notamment en embrassant les enjeux de protection de l’environnement.»
Au même moment, les défenseur·ses du renard se mobilisent pour accumuler les preuves scientifiques en vue d’obtenir la sortie de l’animal de la liste des «nuisibles». Plus d’un millier et demi de lettres sont envoyées à la préfecture du Doubs. «Au début, j’étais contre Careli, je pensais que c’était une entourloupe, se rappelle Didier Pépin, bénévole à FNE Doubs et co-fondateur du collectif «Renard Doubs». Puis, je me suis dit qu’il valait mieux être autour de la table, que le renard ne pouvait qu’en sortir gagnant.»
L’avenir du renard mobilise beaucoup dans le Doubs : 1 600 ont été envoyées au préfet pour demander son déclassement de la catégorie des «nuisibles» en 2019. © Nathalie Hausser/Flickr
Les planètes s’alignent, les intérêts de chacun convergent et le programme de recherche démarre en 2021, bien aidé par la médiation des scientifiques. «La focale s’est déplacée non plus sur l’animal, mais sur le dispositif de politique publique qu’est la catégorie Esod, ce qui va permettre de décentrer l’attention de la question de la mort animale», analyse Simon Calla. Pour éviter les tensions, une charte de neutralité est même signée entre tous les acteurs, pour éviter les piques et les polémiques. «On n’importe pas les débats nationaux, on ne fait que de la science !», martèle Patrick Giraudoux.
«On reste humain, ce n’est pas parce qu’on a une charte de bonne conduite qu’on s’interdit d’avoir des points de désaccords», sourit Thibaut Powolny, chasseur à l’arc de petit gibier. Naturaliste de terrain et anti-chasse convaincu, Didier Pépin juge lui aussi que ce travail en équipe «s’est très bien passé».
Malgré tout, le ton est parfois monté. Comme lors de la publication des premiers résultats sur les dégâts du renard dans les poulaillers, en juillet 2025 dans la revue Scientific reports. Les conclusions sont claires : «Dans le contexte local, le statut Esod n’a pas conduit à une réduction significative du nombre de renards ou à des différences dans les taux de dommages entre les zones». Un constat corroboré par celui du Muséum national d’histoire naturelle établi sur l’ensemble des espèces «nuisibles» à l’échelle du pays (notre article).
Une protection haute et basse des clôtures de poulaillers «permet de réduire de manière significative la prédation des renards», selon les premiers résultats du programme Careli. © Peter Dean/Flickr
La «chasse au renard» dans le Doubs n’est pas suffisante pour réduire significativement la population locale de goupils, ni donc pour limiter les attaques dans les élevages, synthétise Patrick Giraudoux : «Par contre, ce qui change, c’est si le poulailler est bien protégé, avec la partie haute et la partie basse de la clôture fermées.» Pour Didier Pépin, ces résultats «donnent évidemment tort aux chasseurs». Mais, de son côté, Thibaut Powolny n’a pas la même lecture : «Nous sommes en train de prouver que la chasse n’a pas d’impact sur la population, donc pourquoi l’arrêter ?»
«Quand on aura tous les résultats du programme, chacun risque de revenir dans son camp et ce sera la guerre.»
«Ne tirons pas de conclusions trop marquées sur un seul volet de la dizaine prévus et attendons d’analyser l’intégralité des données récoltées», plaide encore ce dernier. «On voit qu’on ne réduit pas les populations de renards, donc la question ne se pose plus», estime Didier Pépin qui, amer, regrette que le renard soit toujours considéré comme «nuisible» six ans plus tard. «Quand on aura tous les résultats du programme, chacun risque de revenir dans son camp et ce sera la guerre», craint Geoffroy Couval.
En attendant, l’État va prolonger pour trois ans le statut Esod du renard dans le Doubs. Un drôle de «paradoxe», explique Patrick Giraudoux : «Nous demandons que le statut Esod soit maintenu pour pouvoir poursuivre les expérimentations, pour autant nous sommes tous d’accord sur le fait que ce statut tel qu’appliqué maintenant est totalement inadapté.» Une étude finale sur les autres enjeux du piégeage du renard (campagnols, tiques…) doit paraître l’an prochain. De quoi mettre tout le monde d’accord ?
Les opposants aux déchets radioactifs se retrouvent près de Bure lors d'un weekend placé sous haute surveillance. L'occasion de redire non à Cigéo, dont les problèmes risquent de devenir le lot de ce siècle.
Ce weekend, dans un champ de Saint-Amand-sur-Ornain (Meuse), à une quinzaine de kilomètres de Bure, on parlera déchets nucléaires, on écoutera des conférences, des concerts, on regardera des films et, surtout, surtout, on redira non. Du 14 au 16 août, la cinquième édition des (…)
Les sécheresses combinées aux canicules forcent les arbres à activer leurs mécanismes de survie. De plus en plus longues, intenses et fréquentes, elles peuvent les entrainer dans une « spirale de dépérissement ».
Sources d'oxygène, ilots de fraicheur naturels, capteurs de carbone… Les arbres sont nos alliés face au réchauffement climatique et à ses effets. Mais ils s'en trouvent aussi affectés. Les dégâts sont visibles autour de nous : alors que nous sommes en plein mois d'août, les bois (…)
Jardins, terrasses, balcons... Les abreuvoirs se multiplient chez les particuliers pour permettre à la faune sauvage de boire pendant les vagues de chaleur. Des mairies s'y mettent aussi.
Darois (Côte-d'Or), reportage
Accroupie au milieu de l'herbe sèche de la butte du Corniot, à la sortie du village de Darois (Côte-d'Or), Léa Minard verse le contenu d'un bidon dans un grand bac vert foncé en pente, installé au sol. « Les insectes, les oiseaux, les amphibiens ou les petits mammifères (…)
Les sécheresses combinées aux canicules forcent les arbres à activer leurs mécanismes de survie. De plus en plus longues, intenses et fréquentes, elles peuvent les entrainer dans une « spirale de dépérissement ».
Sources d'oxygène, ilots de fraicheur naturels, capteurs de carbone… Les arbres sont nos alliés face au réchauffement climatique et à ses effets. Mais ils s'en trouvent aussi affectés. Les dégâts sont visibles autour de nous : alors que nous sommes en plein mois d'août, les bois (…)
Depuis le 28 juillet, de l’eau potable est acheminée trois fois par semaine à Quingey pour éviter un risque de pénurie. © Esteban Grépinet/Vert
De mémoire de poisson, on avait rarement vu la Loue aussi asséchée. À Quingey (Doubs), commune traversée par cette rivière emblématique de Franche-Comté, le niveau de l’eau est au plus bas. Seuls quelques minces filets coulent encore au travers du grand barrage du village, autrefois blanc d’écume. L’eau s’est teintée du vert des algues, où se faufilent de petits alevins et quelques rares canoës raclant laborieusement le fond.
L’état de la rivière n’est que la partie visible de l’inquiétante sécheresse qui frappe le territoire : depuis le 28 juillet, Quingey doit se faire ravitailler en eau potable pour éviter le risque de pénurie. Faute de pluies suffisantes ces derniers mois, le niveau de la nappe phréatique où puise la commune atteint aujourd’hui à peine plus d’un mètre. «À partir de 80 centimètres, les drains ne pompent plus que de l’air, s’inquiète Marc Jacquot, premier adjoint à la maire de Quingey. Il n’y a plus assez d’eau dans la nappe.»
Face à cette situation que l’élu qualifie d’«affolante», la commune a décidé d’acheter de l’eau au syndicat voisin des eaux de la Haute-Loue. Trois fois par semaine, 120 mètres-cubes (m3) sont acheminés par camion-citerne pour remplir l’un des trois châteaux d’eau du village. «Nous ne sommes pas vraiment en pénurie, précise Marc Jacquot. Nous anticipons, nous ne voulons pas pomper, pomper, puis ne plus rien avoir.»
Ces ravitaillements «nous permettent de maintenir un minimum de sécurité sur tous les réservoirs», ajoute le Quingeois, qui n’avait jamais fait face à une telle situation depuis son élection en 2017. Pour l’instant, ce précieux complément permet d’assurer les besoins des 1 300 habitant·es de la commune ainsi que de la petite dizaine de villages voisins qui dépendent du réseau. Mais la situation reste sur un fil.
Autrefois couvert d’eau et d’écume, le barrage de Quingey laisse apparaître ses pierres avec la sécheresse. © Esteban Grépinet/Vert
«Ça part vite, souffle Nordine Benmira, qui travaille sur le secteur pour la Société d’aménagement urbain et rural (la Saur, qui gère l’eau et l’assainissement des collectivités locales en France). Vu qu’il fait chaud et que ce sont les vacances, il y a plus de tirage. Les gens prennent plus de douches.» Casque sur la tête, le professionnel fait descendre dans le réservoir un long tuyau bleu raccordé au camion-citerne.
L’opération dure une heure, le temps que la totalité du précieux liquide soit transvasée dans la cuve communale, où elle ira ensuite soulager le réseau. Puis, il faut repartir, enchaîner les aller-retours pour atteindre les 120m3 de la journée – pas plus, sous peine de fragiliser les communes où cette eau est achetée. «Même en 2022 [année de forte sécheresse, NDLR], cela ne nous était jamais arrivé», se remémore Nordine Benmira.
17 autres communes du Doubs sont actuellement ravitaillées par camion-citerne. © Esteban Grépinet/Vert
La situation est loin d’être un cas isolé cet été. La semaine du 3 août, 550 000 Français·es faisaient face à un approvisionnement sous tension, et 40 000 personnes avaient même des coupures d’eau au robinet, selon la ministre de la transition écologique, Monique Barbut. Dans le Doubs, 18 communes sont actuellement ravitaillées par camion-citerne, d’après les chiffres transmis à Vert par la préfecture.
Depuis le 17 juillet, l’intégralité du département est placé en situation de «crise» – le niveau d’alerte maximal en cas de sécheresse. Le remplissage des piscines privées, le lavage des véhicules ou encore l’arrosage des pelouses et massifs fleuris est strictement interdit pour les particuliers, de même que celui des potagers entre 8 heures et 20 heures. «Je savais que le monde allait mal, mais que ça nous arrive dessus, ici, je ne m’y attendais pas», soupire Thierry Leibundgut, qui habite Quingey depuis une vingtaine d’années. Avec la sécheresse, le septuagénaire a arrêté de donner de l’eau à la quasi-totalité de ses plantes.
«Le seul moyen qu’on peut mettre en route maintenant, c’est de diminuer nos consommations d’eau.»
«Il faut qu’on se prépare, qu’on s’adapte, lance un peu plus loin Marc (il n’a pas souhaité donner son nom de famille), habitant du village voisin de Lavans-Quingey. Le seul moyen qu’on peut mettre en route maintenant, c’est de diminuer nos consommations d’eau.» Très soucieux de l’environnement, ce professeur de géologie à l’université et sa famille ont déjà installé des toilettes sèches ainsi qu’un mousseur sur leur douche (un embout qui permet de réduire considérablement le débit d’eau).
Mais ces efforts doivent aussi reposer sur les grosses structures les plus consommatrices d’eau. «Nous avons appelé plusieurs établissements pour leur dire de faire attention et d’économiser au maximum», explique Marc Jacquot. Le centre hospitalier a ainsi arrêté temporairement la balnéothérapie, dont la piscine est très gourmande en eau. La blanchisserie solidaire du village a également revu ses programmes pour économiser quelques mètres-cubes lors des lavages.
Faute de débit dans la Loue, la base nautique de Quingey a dû réduire plusieurs de ses parcours en canoë. © Esteban Grépinet/Vert
«Cette sécheresse permet de réfléchir collectivement à des solutions», témoigne Wilfried Androche, entouré de posters de la vallée de la Loue. Co-gérant du camping municipal des Promenades, ce dernier réfléchit à un système de récupération pour limiter la consommation d’eau des toilettes. À quelques mètres de là, au bord de la rivière, la base de canoës a arrêté de nettoyer ses bateaux avec de l’eau et limite les remplissages de bidons pour laver les gilets de sauvetage.
Alors que ces étés chauds et secs sont amenés à devenir de plus en plus fréquents avec le changement climatique, la commune réfléchit à des solutions de plus long terme. Une connexion directe par conduite avec le syndicat voisin est envisagée, pour acheminer de l’eau plus facilement en cas de nouveau coup dur. La mairie mise aussi sur les zones humides : «C’est important de garder ces espèces d’éponges, qui vont garder l’eau plus longtemps», martèle Marc Jacquot. Un espace a déjà été restauré en 2022, et un castor est même revenu.