Après la guerre d'Algérie, nombre de harkis exilés en France ont été envoyés dans des hameaux reculés pour participer au reboisement des forêts. Un pan méconnu de l'histoire forestière mis à l'honneur à Ongles, dans les Alpes.
Ongles (Alpes-de-Haute-Provence), reportage
Au pied de la montagne de Lure, les vestiges d'un hameau abandonné sommeillent sous la chaleur écrasante de midi. Ces ruines grignotées par la végétation ne ressemblent pas aux autres villages dépeuplés de Provence, avec (…)
Les résidus des pneus se retrouvent dans l’environnement… et dans nos assiettes. © Adobe stock
Ce week-end marque le traditionnel chassé-croisé entre juillettistes et aoutien·nes durant lequel les routes s’encombrent de voitures. Au-delà de la pollution générée par les moteurs, ce trafic engendre une contamination plus large et moins connue : celle aux microparticules de pneus.
Un pneu perd en moyenne quatre kilogrammes (kg) de matière dans sa vie (environ quatre ans), dont des centaines de microplastiques et d’additifs chimiques. Auprès du Parisien, le président du syndicat du pneu, Dominique Stempfel, reconnaît le problème posé par cette dégradation du caoutchouc : «Ces particules sont ensuite lessivées par la pluie et entraînées vers les cours d’eau et le milieu marin.» Le frottement entre la roue et l’asphalte libère des centaines de composés dont certains sont toxiques pour la santé et l’environnement. Parmi eux : des hydrocarbures aromatiques comme le benzène, classé cancérogène, des polymères (de grosses molécules obtenues par assemblage de molécules plus petites) ou encore des micro voire nanoparticules de plastique.
En 2025, l’ONG Agir pour l’environnement avait identifié 1 954 composés différents dans les pneus de six marques qu’elle avait fait analyser par le laboratoire indépendant Emission analytics. Parmi ces substances, «40% présentent des risques aigus pour la santé et l’environnement aquatique», selon son rapport. «112 sont considérées comme cancérigènes, mutagènes [qui modifient l’ADN, NDLR] ou reprotoxiques [toxiques pour la reproduction], parfois les deux ou les trois à la fois», détaille Magali Leroy, chargée des enquêtes au sein de l’association. Il est encore difficile de caractériser précisément l’effet sur la santé de ce mélange qui se retrouve de manière diffuse dans l’environnement, pénétrant les sols, l’eau et l’air.
Ce qui est sûr, c’est que ce cocktail participe à accroître la pollution atmosphérique. «Les particules [rejetées par les pneus, NDLR] exposent l’ensemble de la population, en particulier les enfants, à des risques accrus de cancers, de troubles neurologiques, ainsi que de maladies respiratoires et cardiovasculaires», souligne encore le rapport de l’ONG.
Malgré ces effets néfastes, les industriels continuent d’utiliser ces composés. «Différents additifs sont ajoutés pour donner une certaine texture aux pneus, explique Florian Breider, chercheur en ingénierie environnementale à l’École polytechnique fédérale de Lausanne (Suisse). D’autres servent pour des raisons de sécurité routière ou pour éviter le vieillissement lié à l’oxydation : sans certaines molécules, le caoutchouc se craquèle et se fissure quand il vieillit.»
Parmi ces substances, on retrouve le 6PPD. Une molécule au nom compliqué pourtant bien connue de l’autre côté de l’Atlantique. En janvier dernier, des fabricants parmi lesquels Michelin, Pirelli ou encore Bridgestone ont été entendus par la cour fédérale de justice de San Francisco (États-Unis) après une plainte déposée par des associations de pêche et de conservation de la nature. Celles-ci les accusent d’avoir décimé des populations entières de saumons sauvages et d’autres espèces de poissons à cause de l’utilisation du 6PPD. «En se dégradant, la molécule devient du 6PPD-quinone, un composé emporté par la pluie vers les rivières qui impacte la fertilité des poissons», explique Magali Leroy.
Cette pollution inquiète aussi les pays européens : une quantité conséquente de résidus de pneus a été détectée dans le lac d’Annecy (Haute-Savoie) en janvier dernier et une équipe de chercheur·ses helvétiques en a retrouvé dans des fruits et légumes, y compris cultivés en agriculture biologique. Près d’un tiers de ceux consommés en Suisse en contenaient.
L’équipe de recherche de Florian Breider est à l’origine de cette découverte. «On a trouvé du 6PPD-quinone mais aussi de la DPG (1,3-diphénylguanidine), précise l’expert. Or on dispose de peu d’informations sur leur toxicité pour l’être humain, ça pose question.» La DPG, qui participe à rendre le caoutchouc plus rigide, est déjà considérée toxique pour l’environnement aquatique, selon l’Agence de sécurité sanitaire française (Anses).
«On retrouve certains additifs des pneus dans l’urine humaine, ce qui veut dire qu’ils pénètrent dans le sang. Leur impact sur la santé humaine est encore méconnu mais on sait que plusieurs sont neurotoxiques pour les poissons. On ne peut pas faire de raccourci entre les effets sur ces animaux et sur l’humain, mais ces premiers résultats invitent à la méfiance», souligne le scientifique.
«Il est difficile d’évaluer le niveau de toxicité du mélange contenu dans ces caoutchoucs, précise-t-il. Car tous les additifs forment un effet cocktail qui peut multiplier certains risques et en neutraliser d’autres.» Actuellement, son équipe de recherche met en place une méthodologie pour mieux évaluer cette multiexposition.
En attendant d’en savoir plus, Agir pour l’environnement réclame davantage de transparence de la part des industriels sur la composition des pneus. L’ONG revendique également la mise en place d’un nouvel étiquetage européen qui intègrerait un indicateur de toxicité.
«Au niveau européen, ça commence à bouger, espère Olivier Charles, coordinateur des campagnes climat, énergie et transports de l’association Agir pour l’environnement. L’Autriche et le Danemark ont demandé à l’Agence européenne des produits chimiques d’interdire le 6PPD. Nous avons rejoint leur commission car, tant qu’il n’y a pas de contrainte sur l’industriel, il ne changera pas sa recette de fabrication.»
Pour l’instant, le militant estime que, «s’agissant de la composition des pneus, il n’y a pas d’entreprise meilleure qu’une autre, aucune ne fait figure de bon élève».
L’association automobile allemande Adac, qui se donne pour mission de «sauvegarder et de promouvoir les intérêts de l’automobilisme, du sport motorisé», a jugé que Michelin était la marque qui réduisait le plus l’abrasion de ses pneus, après avoir réalisé des tests sur 160 produits différents en 2025. L’entreprise précise avoir noué un partenariat avec l’université de Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme) et le Centre national de la recherche scientifique (CNRS) pour «développer des solutions techniques aux problématiques environnementales des particules d’usure issues du contact entre la route et le pneumatique».
Atténuer l’émission de ces microparticules de caoutchouc peut aussi passer par «un autre design routier», suggère Magali Leroy. «Les ronds-points génèrent davantage de particules que les dos d’âne», illustre-t-elle. Éviter les zones de freinage intense contribue à diminuer la pollution atmosphérique.
Une autre solution, plus accessible à l’échelle individuelle, est de renoncer à une conduite sportive faite d’accélérations et de freinages brusques, car elle est responsable d’une abrasion plus rapide des pneus. Les véhicules plus légers sont aussi les moins émetteurs. «Tous les 150 kilomètres, une Tesla Y, qui pèse 464 kilos de plus qu’une Fiat 600e, rejette dans l’environnement l’équivalent [en microparticules, NDLR] d’une bouteille plastique d’un litre et demi», s’indigne Olivier Charles, d’Agir pour l’environnement. La meilleure solution reste d’éviter, autant que possible, d’utiliser sa voiture en solitaire si une alternative en transport en commun est disponible pour son trajet.
Ce qu’il faut, c’est trouver un équilibre. » Cette quête, c’est à la fois le travail et la passion de Simon Julian, paysan-vigneron installé à Ribaute, dans le Gard. Lui et son frère Thibaut exploitent une petite centaine d’hectares en polyculture-élevage : céréales (sorgho, blé, orge, tournesol), légumineuses (lentilles, pois chiches), luzerne et fourrages, volailles, quelques cochons et moutons… Et sur 35 hectares, des vignes « cultivées sans produits de la chimie organique de synthèse (désherbants, engrais, pesticides) » et dont le raisin est vinifié et gardé « sans collage, filtration ni conservateurs », garanti sans sulfite. « On utilise un tout petit peu de levure, qui a été sélectionnée dans la nature et qui ne produit pas de sulfite. Pour avoir un ordre d’idée, on ensemence avec 5 kg de levure un volume d’environ…160 000 litres de vin ! Ne marque pas ça dans ton article, on te croira pas ! »
Dans leur ferme, les frangins expérimentent, inventent et fabriquent certains de leurs outils, cherchent les meilleurs rapports entre réalités économiques et respect de la nature, temps de travail et rendements, mécanisation et dépenses de fonctionnement… Et surtout, tout en les cultivant, ils prennent soin de ces terres, en partie héritées de leur père – l’un des fondateurs du label Nature et Progrès – et de leur grand-père – qui en son temps avait « refusé de faire le grand bond dans la chimie ».
Entre deux rangées de sauvignon, le descendant s’accroupit et plante son index dans cette terre. Elle est meuble, aérée, vivante. « Pas loin d’ici, tu peux voir une parcelle défoncée par les roues d’un tracteur, sur laquelle il n’y a pas un brin d’herbe. Les sillons sont pleins de flotte parce qu’elle ne peut plus s’infiltrer… Alors qu’ici il peut pleuvoir, le sol absorbera l’eau. » Entre les ceps, il laisse pousser de l’herbe et sème des engrais verts (1), qui seront par la suite fauchés puis répandus sous forme de broyat pour protéger et nourrir bactéries et vers de terre.
Sur une autre parcelle de vigne, ce sont les volailles de son frère qui font le boulot. Elles désherbent un peu et fertilisent beaucoup. « Remettre de l’animal dans les vignes, il faut le gérer, mais c’est fantastique !, s’enthousiasme-t-il. Je laboure encore un peu, juste en surface. La dernière fois que je suis passé sur une parcelle où on avait mis des poules, j’ai cru que j’avais oublié d’accrocher la charrue à l’arrière du tracteur : la terre était tellement meuble qu’il n’y avait aucune résistance ! »
Simon aimerait, à terme, ne plus du tout travailler le sol. Cela passe nécessairement par une période d’adaptation. « Une touffe d’herbe, ça boit ! Une vigne qui a été habituée à pousser sans concurrent doit s’y réadapter. Elle va notamment le faire en développant des racines plus profondes. » Le vigneron sait que, pendant cette période, les rendements des parcelles concernées baisseront. Aujourd’hui déjà, il récolte environ 10 tonnes de raisin à l’hectare, quand son voisin, en conventionnel, en fait le double. Mais la qualité obtenue et la commercialisation que celle-ci permet n’a rien à voir : l’un vend tout à une coopérative pour quelques dizaines de centimes le litre, l’autre vend tout sous forme de vin, dont 70 % en vente directe depuis le caveau.
Moins de rendement, mais plus de qualité et des pieds en meilleure santé, plus autonomes, ne nécessitant quasiment aucun traitement. C’est grâce à cet équilibre global que les Julian peuvent, tout en proposant des prix extrêmement raisonnables (2), écrire sur leur étiquette qu’il s’agit d’un « vin sans sulfites », ces acides ajoutés comme conservateurs et reconnus nocifs pour la santé. Leurs confrères, encore peu nombreux quoiqu’en augmentation, préfèrent écrire « sans sulfites ajoutés » : ils n’en ajoutent pas directement, mais on peut en trouver des traces, même infimes, que le vin produirait naturellement. « Le vin ne produit pas de sulfites », réfute Simon. Les traces viendraient plutôt de l’activité de certaines levures, de la dégradation de molécules de soufre présentes sur le raisin suite à des traitements, ou encore d’apports de composés soufrés (3).
« Nous, vu qu’on n’utilise rien de tout ça, on sait qu’il n’y en a pas. Alors on l’écrit sur nos étiquettes… » Cette originalité leur a même valu une visite de la Répression des fraudes. Après avoir fait analyser le précieux liquide, les inspecteurs n’ont pas pu sanctionner les Julian : pas le moindre sulfite n’a été détecté ! « Ils reviendront sûrement, mais on n’est pas inquiets… »
Nicolas Bérard
1- Mélange d’avoine, de seigle et de féverolles issus de ses propres semences.
2- Comptez moins de 6 euros en vente directe pour une bouteille d’1 litre.
3 -Par exemple du sulfate de thiamine.
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À Snake Park (Soweto), près de 35 000 habitant·es vivent au pied d’un terril minier, exposé·es aux poussières toxiques. © Thérèse Di Campo/Vert
Ida Mpho Thseole sort de sa maison avec un bol bleu rempli de bouillie. La grand-mère de 60 ans est accompagnée de Neo, son petit-fils de 19 ans. Elle s’assoit difficilement sur un matelas posé devant sa porte, à Snake Park, un quartier informel situé à Soweto, en Afrique du Sud. Elle installe Neo à ses côtés et se prépare à lui donner à manger. Cuillère à la main, elle raconte la tragédie qui touche sa famille : «Neo est atteint de paralysie cérébrale depuis sa naissance. Ma fille refuse de s’occuper de lui, alors c’est moi qui passe mes journées avec.»
La sexagénaire, comme une trentaine de personnes, fait partie du collectif Snake Park Cerebral palsy forum (Forum sur la paralysie cérébrale, en français). Le groupe sensibilise sur les effets des poussières toxiques des terrils miniers et milite pour les droits des enfants atteint·es de paralysie cérébrale. Depuis la création du groupe en 2017, au moins 15 enfants sont né·es avec ce handicap dans le quartier, et nombre d’autres avec des malformations. Une situation qui s’explique par les dépôts de résidus miniers omniprésents à Snake Park, et le vent qui transporte les poussières toxiques dans l’air.
À Snake Park, Ida Mpho Thseole, entourée de sa famille, nourrit son petit-fils Neo, atteint de paralysie cérébrale. © Thérèse Di Campo/Vert
«Un résidu minier, c’est un déchet de mine qui a été laissé il y a des années par les compagnies minières», explique Thokozile Mntambo, militante et cheffe de gestion de projet à la fondation Bench-Marks, une organisation à but non lucratif engagée en faveur de la justice sociale et économique en Afrique du Sud. «Une fois l’or extrait et raffiné, des résidus restent et contaminent le sol, qui contient alors des métaux comme de l’uranium, de l’arsenic, du cyanure, du cuivre et du plomb. Ces métaux toxiques peuvent ensuite se transformer en gaz et causent de nombreuses maladies comme l’asthme, le cancer du poumon et des problèmes affectant le fœtus», appuie-t-elle.
Snake Park est situé dans le Witwatersrand, qui était l’un des plus grands bassins d’or au monde à la fin du 19ème siècle. «Avant, on mourait comme main-d’œuvre pour extraire l’or de ces mines ; aujourd’hui, on meurt à cause des déchets», dénonce Thokozile Mntambo devant l’immense montagne jaune et poussiéreuse qui surplombe le quartier et ses quelque 35 000 habitant·es.
Le terril de Snake Park, surnommé «la montagne jaune». Cette colline artificielle, formée par l’accumulation de déchets issus de l’exploitation minière, est contaminée par plusieurs métaux lourds toxiques, dont l’uranium, l’arsenic, le plomb et le zinc. © Thérèse Di Campo/Vert
Le township (un quartier réservé aux populations noires sous l’apartheid) de Soweto est intimement lié à l’essor de l’industrie aurifère sud-africaine. Sa création va de pair avec le développement des mines d’or et d’autres métaux autour de Johannesburg, la plus grande ville du pays, à quinze kilomètres d’ici. Il a accueilli une grande partie de la main-d’œuvre noire venue travailler dans les mines – également issue de l’immigration des pays limitrophes –, avant de devenir un symbole de la ségrégation spatiale imposée par le régime politique de l’époque. «Pendant l’apartheid, entre 1955 et 1965, le gouvernement a forcé de nombreux habitants noirs à quitter les quartiers réservés aux Blancs. Des populations ont été déplacées depuis différents secteurs de Johannesburg pour être relogées dans les townships du sud-ouest de Johannesburg, dont Soweto», explique David Van Wyck, ancien responsable de la recherche à la fondation Bench-Marks.
L’apartheid, un régime de ségrégation raciale instauré officiellement en Afrique du Sud en 1948, exigeait une séparation stricte entre les populations blanches et non blanches dans tous les domaines de la société. Ce système reposait sur des lois discriminatoires qui privaient la majorité noire de nombreux droits politiques, économiques et sociaux. Il a pris fin entre 1990 et 1994, avec l’arrivée au pouvoir de Nelson Mandela et du parti politique Congrès national africain (ANC).
À Snake Park, la militante et activiste Thokozile Mntambo accompagne les habitant·es pour documenter les impacts des déchets miniers sur leur santé et défendre leurs droits. © Thérèse Di Campo/Vert
Les richesses issues de l’or et d’autres minerais ont longtemps alimenté la prospérité des dirigeants du régime de l’apartheid ; et elles continuent de profiter aux décideurs d’Afrique du Sud aujourd’hui. Comme le souligne David Van Wyck, «les nouvelles élites sont entrées en alliance avec les compagnies minières en 1994 et sont devenues leurs partenaires». Mais les habitant·es des quartiers informels ne profitent pas des richesses de leur pays. Soweto reste confronté aux conséquences économiques de la ségrégation raciale : dans un pays où près d’une personne active sur trois est sans emploi (32,9% au premier trimestre 2025, selon Statistics South Africa), les anciens townships continuent d’être parmi les lieux les plus touchés par le chômage et la précarité.
Les mines sud-africaines ont progressivement fermé ou réduit leur activité en raison de l’épuisement des gisements faciles à exploiter, de la baisse de la rentabilité et de la hausse des coûts d’extraction. Certaines tensions sociales et des difficultés d’investissement, combinées à une concurrence internationale, ont aussi fragilisé l’industrie. «Il y a 6 200 mines abandonnées en Afrique du Sud, raconte David Van Wyck. C’était facile d’ouvrir des mines à l’époque, mais personne n’a pensé à comment les fermer et les réhabiliter. Et le gouvernement ne veut rien entendre, ils veulent continuer d’ouvrir des mines plutôt que de résoudre le problème des bassins de résidus miniers.» Contacté, le gouvernement sud-africain n’a pas répondu à nos sollicitations.
«Et l’État ne fait rien pour aider la population», s’énerve Lily Stebe. À 69 ans, elle gère un orphelinat à Snake Park, qu’elle a construit de ses propres mains avec des matériaux de récupération. La sexagénaire recueille les enfants touchés par un handicap dont les parents refusent de s’occuper. Lily Stebe ne reçoit pas d’aides du gouvernement pour son orphelinat, et le blâme des malheurs qui foudroient Snake Park. «Ils ont failli», se plaint-elle. Elle fait partie de la coopérative Bambanani, qui s’occupe du plaidoyer et de la sensibilisation des habitant·es face aux dangers des résidus miniers. Mais face aux plaintes et aux demandes d’aide, l’État sud-africain demeure silencieux.
Lilly Stebe (à gauche) avec ses enfants adoptifs dans son refuge à Snake Park. À droite, Okhule, douze ans, est née avec une paralysie cérébrale. Elle ne peut ni parler ni marcher.
© Thérèse Di Campo/Vert
La fondation Bench-Marks a tenté d’avertir le gouvernement et continue d’envoyer de nombreux documents prouvant la pollution de l’air et de l’eau à Snake Park. «Quand cette fine poussière s’envole, vous la respirez, elle change votre code ADN et elle rend les enfants malades ; aussi, lorsqu’elle est trop concentrée, elle donne des cancers comme celui des os et celui des poumons», explique David Van Wyck. Lily Stebe est atteinte d’asthme chronique, et David Van Wyck, qui n’est pas résident, a ressenti de nombreuses douleurs aux poumons et aux yeux lors de ses passages hebdomadaires.
Un peu d’espoir est apparu, d’après Thokozile Mntambo, avec l’arrivée de Pan African Resources, entreprise qui a racheté les licences des mines toutes proches afin de les exploiter. Engagée avec Bambanani, la compagnie aurifère a déjà mis en place des formations de sensibilisation aux dangers liés aux résidus miniers et installé des panneaux pour interdire aux habitant·es de se promener à proximité de la montagne de déchets. Contactée, elle n’a pas répondu à nos sollicitations.
Toutefois, Thokozile Mntambo reste méfiante. Depuis août 2025, la communauté attend toujours le plan de gestion environnemental de Pan African Resources et les solutions apportées pour protéger la communauté de la pollution de l’extraction. David Van Wyck sonne l’alarme : selon lui, s’ils font aujourd’hui des promesses, c’est parce que le cours de l’or était en hausse depuis le début de la guerre en Iran. «Et dès qu’il retombera, les entreprises minières feront faillite», prédit-il. L’expert explique que depuis 2019, Pan African Resources n’a montré aucun plan pour protéger la communauté et ne cherche qu’à faire du profit. La seule solution pour sauver les habitant·es de Snake Park, à son avis ? Créer un autre quartier, loin des terrils, avec une économie durable.
Le temps d'une soirée, notre journaliste Vincent Lucchese a accompagné Étienne Davodeau bivouaquer dans l'un de ses coins préférés en Maine-et-Loire. Pour l'auteur de bandes dessinées, le fleuve est un personnage à part entière...
À quelques kilomètres du sud d'Angers (Maine-et-Loire), reportage
« L'onctuosité du sable ! » Nos pieds crissent en ouvrant une trace dans les bancs sablonneux. Entre les îlots du lit de la Loire, un homme nous guide. C'est lui qui vient de jeter ce cri de (…)

Source :Compte Facebook, le 29 juillet 2026
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Alors que des incendies frappent sévèrement la Gironde depuis le 22 juillet, un nouveau front pourrait bientôt s’ouvrir pour les autorités françaises. Des habitants du Porge, village ravagé par les flammes, ont annoncé leur intention de saisir la justice, estimant avoir été abandonnés au profit de communes plus huppées. À ce stade, les éléments disponibles ne permettent pas d’étayer cette accusation.
Le feu qui a ravagé la commune du Porge, en Gironde, en a allumé un autre, qui ne s’éteindra pas avant des mois. Le 28 juillet, un collectif d’habitants de la ville la plus touchée par les mégafeux qui ont embrasé le sud du pays a annoncé son intention de porter plainte après la destruction de 185 habitations, a révélé FranceInfo.
« Notre objectif est simple : obtenir des réponses concrètes, faire toute la lumière sur les événements et obtenir la réparation des préjudices subis », explique l’une des organisatrices de la fronde. La colère qui a conduit à cette action part d’un « sentiment d’abandon » décrit par de nombreux résidents interrogés par les médias (Libération, Sud Ouest, BFM TV…).
En cause : le « sacrifice » présumé de leur ville au profit de la pointe du Cap-Ferret, située plus au sud, un territoire cossu suspecté d’avoir bénéficié de davantage de moyens pour lutter contre les flammes. Moyens qui ont fait défaut au Porge, duquel des effectifs de pompiers ont été retirés pour se rendre en direction de la presqu’île, alors que la commune était toujours menacée.
« Je pense que ce qu’ont vécu les habitants du Porge […] c’étaient les portes de l’enfer. [Et] il n’y avait personne avec eux […] pour sauver le patrimoine de familles qui ont travaillé toute leur vie pour s’acheter une maison. […] C’est pas des maisons secondaires de stars sur une presqu’île. […] La décision qui a été prise ici, c’est une lutte des classes », a déclaré un témoin au micro de BFM TV, traduisant le sentiment de nombreux habitants qui ont perdu leur maison.
Pointée du doigt, la préfecture, qui pilote les opérations, se refuse pour le moment à commenter la polémique sur le fond. « La seule priorité qui nous guide depuis le début, c’est de préserver les vies humaines », a réagi la préfète de Gironde, Sophie Brocas, lors d’un point presse le 29 juillet. « Au Porge, j’entends dire que nous aurions détourné les moyens : toutes les questions sont légitimes […] et nous devons y répondre, […] le travail sera fait en transparence avec rigueur, mais quand l’événement sera terminé. Le temps de la crise n’est pas celui de l’explication. »
L’État a-t-il vraiment abandonné Le Porge à son sort ? Il est pour l’instant difficile de répondre à cette question, tant que les opérations de maîtrise du feu sont toujours en cours et que leur bilan n’est pas connu. Mais l’exploitation des témoignages relayés dans la presse et des données en sources ouvertes permettent de mieux comprendre le déroulé des événements et les éventuels arbitrages auxquels ont été confrontées les autorités.
Un feu incontrôlable
L’incendie se déclare vers midi, le mercredi 22 juillet, dans la commune voisine de Saumos, aux abords de la route de l’Esquirot, à l’est du département. Le foyer se situe dans une zone très boisée, à quelques kilomètres au nord-est du Porge, tandis que le vent souffle vers le sud-ouest avec des rafales à plus de 30 km/h.
La Gironde a été placée la veille en vigilance rouge pour les feux de forêt : la végétation et l’air sont secs et des températures franchissant les 30 degrés sont annoncées pour l’après-midi. Toutes les conditions sont réunies pour que le brasier s’étende rapidement.
Aux alentours de 18h, le feu pénètre par l’est sur le territoire de la commune du Porge, selon des données satellitaires. Le brasier se déplace dans les parties boisées du territoire mais ne menace pas encore directement le village, situé plus à l’ouest.

Des pompiers tentent d’éteindre des feux de forêt à l’aide d’un camion-citerne près du Porge, dans le sud-ouest de la France, le 23 juillet 2026. Photo : ROMAIN PERROCHEAU / AFP
À 21 h, la préfecture de Gironde informe que le feu a déjà parcouru 800 hectares entre Saumos et Le Porge. La représentation de l’État dans le département chiffre le déploiement des moyens pour maîtriser le feu : « 500 sapeurs-pompiers, 2 dash, 2 canadair, 4 air tractor et 150 moyens de secours terrestres [des véhicules de lutte contre les incendies, à usage médical ou de secours routier, ndlr] ». D’autres renforts sont prévus.
Les premières évacuations ont lieu sur le territoire du Porge, principalement depuis le front de mer : les 3 500 vacanciers du camping de La Grigne sont réorientés au nord vers Lacanau, ainsi que les 600 véhicules aux abords de la plage du Gressier. Les principaux axes routiers qui mènent au Porge, les départementales D3, D107 et D5E4, sont fermés.
Quelques heures après son départ, l’incendie présente déjà les caractéristiques d’un feu convectif, selon un officier interrogé par Sud Ouest. C’est-à-dire qu’il s’auto-alimente en générant son propre vent, le rendant particulièrement imprévisible et virulent. Et donc difficile à combattre.
La situation bascule le jeudi 23 juillet au petit matin. À 7 heures, le feu a parcouru plus de 2 000 hectares sur une large bande qui s’étend vers le sud-ouest et menace la ville de Lège-Cap-Ferret, en bordure du bassin d’Arcachon. Le front de lutte est décuplé alors que les moyens humains déployés au sol sont toujours de 500 sapeurs-pompiers, selon la préfecture.
Surtout, les vents défavorables menacent d’étendre le brasier encore plus à l’ouest vers la plage du Grand Crohot. Le feu risquerait alors de couper les voies d’accès à la presqu’île du bassin d’Arcachon, où se trouvent des dizaines de milliers de touristes et résidents. Les villes de la pointe ne sont desservies que par un seul axe principal, la D106, qui remonte par le sud-est en traversant Lège-Cap-Ferret, elle-même située sur la trajectoire de l’incendie.
Au Porge, plus au nord, la situation devient critique dans la journée de jeudi : le feu commence à encercler la ville par le nord, l’est et le sud, et les habitations qui longent l’avenue du bassin d’Arcachon, à la sortie sud du village, sont entourées par les flammes.
Autrement dit, dès le 23 juillet, la lutte contre le mégafeu en Gironde est partagée entre la défense du Porge et de ses alentours, et la maîtrise du nouveau front au sud. Pour éviter que la presqu’île ne se transforme en souricière, les soldats du feu établissent une ligne de défense aux abords de Lège-Cap-Ferret. À 21h30, la préfecture annonce que 800 pompiers et 260 moyens de secours terrestres sont mobilisés pour juguler le brasier.
Les habitants évacués, les pompiers redéployés
C’est dans ce contexte qu’intervient la polémique sur le retrait des moyens du Porge pour aller soutenir l’effort de défense de la presqu’île. Dans le courant de la journée de jeudi, « le feu s’étend un peu plus et on commence à avoir moins de moyens, [qui] sont retirés de la commune », témoigne Jean-Luc Lesueur, pompier volontaire au Porge, au micro de FranceInfo. Une information que semble corroborer BFM TV, qui filme vers 11h le départ d’une colonne de camions du Porge vers Lège-Cap-Ferret.
La plupart des témoignages attestant du départ jugé massif des pompiers situent néanmoins cet exode dans la nuit du jeudi au vendredi, soit peu après l’évacuation du Porge et des communes menacées. Aux alentours de minuit, alors que le feu « enfle », la préfecture ordonne en effet l’évacuation du Porge et de Lège-Cap-Ferret. Dans les heures qui suivent, l’ordre d’évacuation est étendu à toutes les villes de la presqu’île.
« Tout d’un coup, à une heure du matin, après l’ordre d’évacuation, [les pompiers] ont disparu sans explication », témoigne Pierre Haurouard, ancien conseiller municipal du Porge, dans les colonnes de Mediapart. Une heure du matin, c’est l’heure à laquelle le feu a franchi la ligne de défense établie aux abords de Lège-Cap-Ferret, selon la préfecture, précipitant la décision d’évacuer la presqu’île.
Mediapart affirme que Le Porge n’est alors plus défendue que par les pompiers du village « et leurs deux seuls camions ». Une habitante interrogée par Libération prétend, elle, que le contingent de soldats du feu stationné dans la ville est passé de 700 à 200 hommes. Une chose semble acquise : entre le jeudi et le vendredi, la présence des pompiers a diminué.

Des pompiers inspectent les lieux lors d’une opération de brûlage dirigé dans une forêt du Porge, au nord du bassin d’Arcachon, le 30 juillet 2026. Photo : Philippe Lopez / AFP
La préfecture ne nie pas que des moyens aient pu être réalloués du Porge vers le front sud de l’incendie. « On déplace les moyens de lutte, mais on ne démunit pas une commune pour en favoriser une autre », s’est défendue la préfète Sophie Brocas, en visite au Porge le 27 juillet.
Au lendemain de l’évacuation des villes du bassin, le 24 juillet, la représentante de l’État semblait déjà devoir se justifier en insistant sur la difficulté des opérations aux abords de Lège : « En faisant sauter le verrou [de la ligne de défense], l’incendie [se dirigeait] vers la presqu’île du Cap-Ferret. Ce n’est pas facile d’évacuer une presqu’île de 40 000 occupants quand il n’y a qu’une seule route. »
Mais quelle a été l’ampleur exacte du redéploiement des moyens de lutte au sol du Porge vers Lège-Cap-Ferret les 23 et 24 juillet ? N’était-il pas possible de laisser plus de pompiers et de matériel au Porge pour sauver les maisons, sans renoncer à mettre en danger les personnes menacées par l’extension de l’incendie au sud ?
Nous n’abandonnons jamais un territoire au bénéfice d’un autre
Dans ses communiqués, la préfecture ne précise pas la ventilation des effectifs et des véhicules en fonction du secteur ou de la commune, et se refuse à tout commentaire sur le volet opérationnel tant que le moment de la crise ne sera pas passé. « Un RETEX [pour retour d’expérience, un document préfectoral contenant le déroulement et l’analyse de la gestion de crise, ndlr] sera fait ultérieurement », se contente d’indiquer la préfecture aux Surligneurs.
Certains pompiers ont toutefois accepté de livrer leur analyse à chaud de la situation. Face à un feu qui « bougeait tout le temps », il était « normal de réorganiser le chantier », a par exemple déclaré le capitaine Victor Willems, pompier du Calvados dépêché au Porge, à un reporter de Libération.
« Nous n’abandonnons jamais un territoire au bénéfice d’un autre », a lui aussi souhaité rectifier le commandant Matthieu Jomain du SDIS 33, dans les colonnes de La Croix, même s’il entend « l’agacement et la détresse des victimes ».
« Il y a toujours eu une présence au Porge et dans les environs », poursuit le soldat du feu, qui rappelle la « réalité du terrain » : un feu « extrêmement violent, qui génère son propre vent », ce qui rend « très difficile le travail de nos cellules d’anticipation », et pose un réel danger pour les professionnels, même aguerris. Or, les pompiers veillent aussi à « préserver la vie » de leurs effectifs. « Il ne faut pas perdre de vue qu’une maison ne vaudra jamais la vie d’un homme », souligne Matthieu Jomain.
Le commandant rappelle également qu’en vertu de leur mission de « protection des individus », les sapeurs-pompiers doivent « accompagner et sécuriser les évacuations ». Là où l’évacuation de l’agglomération du Porge concernait environ 3 500 résidents selon le dernier recensement de l’Insee, celle de la presqu’île a provoqué le déplacement d’environ 40 000 personnes, selon la préfète Sophie Brocas. Une différence d’échelle qui pourrait justifier le redéploiement des moyens engagés au Porge ?
Dans un entretien au Monde publié au moment de la parution de cet article, le patron des pompiers de Gironde, Marc Veulen, s’interroge, sans écarter l’hypothèse : « J’aimerais savoir très précisément de quel moment de l’intervention nous parlons. Si c’est du jeudi soir, nous expliquerons, lorsque nous aurons retravaillé le déroulé, que c’est le moment où l’incendie, de retour sur la commune du Porge, a tourné, en même temps qu’une saute de feu enflammait le centre-ville de Lège et que les arbres brûlaient le long de la départementale D3. Il a alors fallu travailler sur l’ensemble du territoire. Quels ordres ont été donnés ? Cela fait partie du retour d’expérience que nous ferons. Comment peut-on imaginer que nous aurions abandonné une partie de la population alors que Le Porge n’était pas complètement évacué ? »
Redirection des moyens aériens
Reste une interrogation, celle de la distribution des moyens aériens, formulée par le maire du Porge, Martial Zaninetti. S’il assure qu’il est « inexact » de dire que sa commune a été abandonnée, l’édile estime que les bombardiers ne sont « probablement pas arrivés assez vite » et se demande « si les bons engins ont été utilisés au bon moment ».
Là encore, il semble que l’ouverture du front sud à partir de jeudi a modifié les priorités d’intervention, au détriment du Porge.
D’après une analyse publiée par un internaute fondée sur les données du traqueur d’aéronefs ADS-B Exchange, les moyens aériens se rendent au-dessus de Saumos dès les premières minutes de l’incendie, le mercredi 22 juillet.
Dès 13 heures, les bombardiers Dash puis les avions Air Tractor soutenus par des hélicoptères survolent la zone en continu. Deux Canadair, qui n’apparaissent pas sur les images parce qu’ils ne partagent pas leur position, sont aussi mobilisés, comme le montre cette vidéo de Sud Ouest. Le premier d’entre eux arrive sur zone à 15h49, selon Le Monde, soit deux heures après le premier signalement des flammes.

Un avion bombardier d’eau A-172 larguant de l’eau sur un feu de forêt au Porge, dans le sud-ouest de la France, le 31 juillet 2026. Photo : Sarah Meyssonnier / POOL / AFP
Puis, à partir de jeudi, les survols au-dessus du Porge se font plus rares : dans la matinée, les avions concentrent leurs efforts à Lège-Cap-Ferret, puis doivent effectuer des détours plus au sud, vers Biscarrosse, dans les Landes, où un autre incendie se déclare dans l’après-midi. En début de soirée, les appareils survolent le front nord de l’incendie, au niveau de Saumos, où des foyers sont toujours actifs. Les Surligneurs n’ont toutefois pas été en mesure de retracer le parcours exact des Canadair pour la journée de jeudi.
Dans un communiqué publié à 20h, la préfecture reconnaît avoir effectué un choix tactique : « Plusieurs nouveaux départs de feu ont nécessité l’engagement immédiat des moyens aériens sur d’autres secteurs du département, conformément à la stratégie opérationnelle consistant à traiter en priorité les feux naissants afin d’éviter leur propagation. » La journée de vendredi est plus contrastée, avec des survols plus denses sur le front sud du brasier dans la matinée, et sur sa partie nord, dont Le Porge, dans l’après-midi.
Les maisons des résidents du Porge auraient-elles pu être sauvées si les moyens aériens avaient été répartis différemment ? Là encore, difficile de l’affirmer sans une analyse beaucoup plus détaillée des événements. D’autant que le vrai motif de questionnement se situe peut-être ailleurs.
Dans un entretien à Sud Ouest, Éric Durand, secrétaire général adjoint du Syndicat national du personnel navigant de l’aviation civile, assure que le feu girondin aurait pu être tué dans l’œuf si plus de Canadair étaient disponibles. « Si nous avions pu appliquer une attaque massive dès le départ, on aurait limité la progression [de l’incendie], les choses auraient été différentes », soutient le pilote, qui regrette que seulement « cinq à sept » Canadair sur une flotte de 12 appareils soient actuellement mobilisables, les autres étant « en maintenance ».
Au départ du feu, le 22 juillet, cinq de ces avions étaient utilisés ailleurs dans la bataille contre les incendies : trois dans le Var, deux autres en Corse. Résultat, seuls deux d’entre eux pouvaient être déployés en Gironde, alors qu’« il en aurait fallu quatre » pour « appliquer la doctrine, vu l’ampleur que prenait le feu », analyse le syndicaliste.
De quoi relancer une autre polémique, en marge des débats sur le « sacrifice » du Porge : celle de la responsabilité du gouvernement dans l’annulation de crédits dédiés à la sécurité civile qui a poussé, en 2024, à l’annulation provisoire de la commande de deux Canadair. Les fonds ont depuis été rétablis, et la commande passée. La première livraison est prévue… en 2032.
Article mis à jour le 31/07 à 19h25 avec la réaction de Marc Veulen au Monde.
Auteurs :
Auteur : Nicolas Turcev, journaliste
Relecteur : Etienne Merle, journaliste
Liens d’intérêts ou fonctions politiques déclarés des intervenants à l’article : aucun
Secrétariat de rédaction : Etienne Merle, journaliste
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Tom Poulot (en rouge) et ses proches nettoient le terrain après l’incendie, début juillet. © Tom Poulot
«Le monde est peut-être foutu, mais pas ses habitants», s’exclame Tom Poulot, le sourire aux lèvres. Difficile d’imaginer qu’au début du mois de juillet, lors de notre première rencontre avec cet agriculteur des Pyrénées-Orientales, une profonde tristesse marquait son visage. Au milieu des débris calcinés, à la recherche de ce qui pouvait encore être sauvé, il venait de voir partir en fumée le projet d’exploitation agricole autonome qu’il construisait seul depuis six ans à Vinça. Les violents incendies qui ont ravagé plus de 5 000 hectares dans le département ne l’ont pas épargné. «Après tous mes efforts, j’allais enfin pouvoir m’enregistrer officiellement comme agriculteur, mais le feu m’a tout pris», rembobine-t-il aujourd’hui.
Démuni et à bout de force, il se résout à lancer une cagnotte, encouragé par une amie. Deux semaines se sont écoulées depuis la publication de son témoignage dans Vert et les soutiens se sont multipliés. Ce vendredi, elle atteint presque l’objectif des 40 000 euros grâce aux dons de plus de 1 200 personnes. «Avec le prix de la vie aujourd’hui, je ne m’attendais pas à un tel élan de générosité», s’étonne Tom Poulot. Sur les réseaux sociaux, il tient à répondre aux centaines de messages d’encouragement qu’il a reçus. «J’étais au fond du trou, je n’avais aucune rentrée d’argent pour m’aider et, voir que les gens ont le cœur sur la main, ça m’a sauvé», reconnait-il.
Après l’incendie, Tom Poulot et ses proches cherchent dans les débris ce qui peut être sauvé. © Tom Poulot
L’agriculteur a également été surpris par la solidarité qui s’est manifestée entre voisin·es après les incendies. Dans son village, l’équipe municipale et les riverain·es ont aidé à nettoyer les parcelles après le passage des flammes. «On aurait dit une grande famille», confie-t-il. Chacun lui demandait ce dont il avait besoin, même lorsqu’il ne s’agissait que de «trois fois rien» comme quelques bouts de tuyau ou des piquets de clôture.
Passé le choc de l’incendie et grâce aux nombreux soutiens, l’agriculteur reprend espoir et commence déjà à imaginer de futurs projets. «Ma famille a halluciné», s’amuse-t-il. Il souhaite tout reconstruire avec la même démarche : «Toujours en récup, toujours en low-tech, pour vivre la vie avec le vivant.» Pour retrouver son activité de maraîchage, il va devoir commencer par s’occuper de la question de l’eau. Les abris qui captent l’eau de pluie et les gouttières doivent notamment être changés, «avant l’automne pour remplir les réserves en prévision de l’été», précise-t-il. En hiver, il replantera son verger. Il prévoit aussi d’avoir de nouvelles poules au printemps prochain.
Pour l’heure, Tom Poulot prend du temps pour son fils et lui. Pendant l’incendie, Léo, dix ans, n’était pas présent. À son retour, face aux dégâts, il a simplement dit que «ce n’était pas si grave, que la vie continuait». Une réponse qui incite son père à vouloir construire «un projet encore mieux qu’avant» pour «ne pas laisser à nos enfants un monde trop pourri».

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