Quand ?
Le 3 octobre de 14h à 18h
Où ?
Cité des Sciences et de l'Industrie Avenue Corentin Cariou 75019 Paris
Install partie sur ordinateurs, tablettes et téléphones
– Auto-hébergement avec la Brique Internet
– Ateliers auto-hébergement avec installation de YunoHost sur des Thinkcenter Lenovo
– Sensibilisation autour des logiciels libres, les hébergeurs éthiques et militants, les Fournisseurs d'Accès Internet associatifs.
– Campagne déMAILnagement pour quitter gmail et consorts
Quittons les MAGAM (Meta-Amazon-Google-Apple-Microsoft), prolongeons la vie de notre matériel informatique et reprenons (un peu) le pouvoir sur nos machines !
Désertification médicale : dans les Cévennes, on accouche au bord de la route
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Source : Anfibia - Argentine
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Source : Next
Payant
Source : Guyaweb
Payant
Source : Made in Perpignan
Source : Observatoire des multinationales
Source : Le Poulpe
PayantCe mardi 29 septembre, des salariés de la filière des énergies renouvelables se sont rassemblés à Montpellier, le jour où le Syndicat des énergies renouvelables, l’organisation patronale du secteur, tenait son colloque à Paris. Ils ont dénoncé la vague de licenciements et de restructurations qui frappe la filière depuis la publication de la feuille de route énergétique du gouvernement en février
Les travailleurs du solaire et des énergies renouvelables n’ont pas de chance avec la météo. En février, c’est déjà sous la pluie qu’ils manifestaient devant la préfecture de l’Hérault. Ce mardi 29 septembre, rebelote : c’est sous un ciel gris que quelques dizaines de personnes se retrouvent devant la préfecture. Pour une profession qui vit entre autre de l’ensoleillement, l’ironie ne manque pas. La date, elle, n’a rien d’un hasard. Au même moment, à Paris, le Syndicat des énergies renouvelables (SER), qui regroupe les employeurs de la filière, tient son colloque.
« On est là pour dénoncer les plans de licenciements ou les restructurations dans le secteur à la suite de la PPE de février dernier », explique Tom, militant à Sud Énergie 34. La Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) est la feuille de route qui fixe, par décret, les objectifs de production de chaque filière pour les dix années à venir. Sa troisième version, attendue depuis 2023, a été publiée en février avec près de trois ans de retard. Elle revoit à la baisse la trajectoire du solaire, désormais fixée entre 55 et 80 gigawatts installés en 2035.
Énergies renouvelables : après la mobilisation, Sud Énergie 34 alerte sur une PPE « instable et insuffisante »
Pour le syndicaliste, la crise tient aussi à la façon dont le secteur est organisé. « Nous sommes dans une situation de surproduction à certaines heures sur le solaire. Il y a trop d’offre et pas assez de demande, ça entraîne des prix négatifs. Cela traduit un manque de planification, parce qu’on a laissé le marché faire. » Et de viser directement le SER, qui selon lui « pense que le marché doit s’occuper de tout ». Il rappelle l’ouverture du marché de l’électricité aux particuliers, en 2007 : « On nous promettait que la concurrence allait faire baisser les prix, mais depuis, les factures d’électricité ne font qu’augmenter. »
Sud Énergie défend donc l’inverse. « La concurrence entre les entreprises nous coûte cher : communication, directions… Cet argent, on pourrait l’investir dans un véritable service public de l’énergie. C’est notre revendication, nous voulons socialiser le secteur. »
Julia Mignacca connaît la situation de l’intérieur. Conseillère municipale d’opposition et cofondatrice du mouvement politique Les Verts Populaires, elle a été licenciée en août par Voltalia, où elle travaillait. « Il n’y a quasiment plus d’appels d’offres et quasiment plus d’acheteurs, donc le secteur connaît une vague de licenciements. On parle de 4 500 emplois à Montpellier. Les salariés ne doivent pas être la variable d’ajustement. »
Son entreprise a annoncé une réduction de 20 % de ses effectifs. Ce qui l’a le plus heurtée, c’est la manière. « J’ai trouvé la novlangue avec laquelle on nous a annoncé ça ultra-violente. On nous a parlé de “plan de sauvegarde de l’emploi” au lieu de plan de licenciements. Et au lieu de me dire que j’allais être au chômage, on m’a parlé de “congé de reclassement”, où c’est à moi de retrouver du travail dans un secteur en crise. »
Voltalia n’est pas une PME fragile. Son actionnaire majoritaire est Creadev, la société d’investissement de la famille Mulliez, également propriétaire d’Auchan, Decathlon ou Leroy Merlin. Gérard Mulliez et sa famille occupent la huitième place du classement 2026 des fortunes françaises du magazine Challenges, avec 27 milliards d’euros. Chez Voltalia, « on est passés de 400 à 200 salariés en quelques années », résume Rémi Sanson, élu au CSE.
Même tableau chez Urbasolar, autre poids lourd montpelliérain du photovoltaïque, filiale du groupe suisse Axpo. Un plan social y est en cours, qui touche 51 postes. Valentin, porte-parole de l’inter-CSE du secteur à Montpellier, s’inquiète aussi pour ceux qui restent. « Le gouvernement souhaite une transition énergétique, mais elle ne peut pas se faire sans les gens qui la rendent possible. » Il avance le chiffre de 20 000 départs en deux ans, surtout dans l’installation de panneaux solaires sur les habitations et au sol. « Cela produit, pour ceux qui restent, une surcharge de travail et de la souffrance. »
Sud Énergie 34 compte poursuivre la réflexion en novembre, avec deux soirées au Quartier Généreux (2 quai des Tanneurs) : un débat sur le thème « Le capitalisme détruit les renouvelables » le vendredi 6 novembre à 19 h, puis un ciné-débat autour du film L’homme a mangé la Terre le jeudi 26 novembre à 19 h 30. Les deux rendez-vous ont lieu en intérieur, ce qui, vu les antécédents météo du mouvement, n’est sans doute pas plus mal.
L’article Énergies renouvelables à Montpellier : les salariés du solaire manifestent (encore) sous la grisaille est apparu en premier sur Le Poing.
Dans le cadre du festival des Fourmilières un moment festif et convivial est organisé samedi 3 octobre de 11h00 à 15h00 au jardin Marcel Pagnol autour des valeurs de solidarité, d'antiracisme et d'antifascisme. Face à la montée des idées d'extrême droite, construisons ensemble des réseaux de solidarité et d'actions pour défendre un modèle de société égalitaire et antiraciste.
- Initiatives / Rencontres et débats
Samedi 3 octobre, des milliers de manifestants sont attendus dans l'Eure, près d'une usine Syngenta. Une mobilisation pensée par et pour les victimes des pesticides, pour « faire entendre la voix de ceux que l'on étouffe ».
Ce devrait être une « mobilisation majeure de la rentrée », selon Thomas Gibert, porte-parole de la Confédération paysanne. Samedi 3 octobre, son syndicat organise une grande manifestation dans l'Eure, aux côtés de trois autres organisations : Cancer Colère, Les (…)
Le 26 mai, la ministre de l’agriculture, Annie Genevard, avait conseillé à l’Association générale des producteurs de blé et autres céréales (APGB) de demander une dérogation de 120 jours pour l’utilisation d’un herbicide à base de triallate. © Quentin de Groeve/Hans Lucas via AFP
Même interdites en raison des risques qu’elles font peser sur la santé ou l’environnement, des substances toxiques peuvent être épandues dans les champs. C’est le cas de l’Avadex Factor, un pesticide interdit en France depuis 2023, qui vient de bénéficier d’une dérogation de 120 jours, signée mardi dernier par les services du ministère de l’agriculture.
Commercialisé par l’entreprise étatsunienne Gowan, cet herbicide pourra être utilisé du 23 septembre 2026 au 21 janvier 2027 dans les champs d’orge, l’une des principales céréales cultivées dans l’Hexagone. Le produit contient principalement du triallate, une substance encore utilisée dans une poignée de pays européens, et dont l’ensemble des usages est interdit en France depuis trois ans.
Garante de la mise sur le marché des produits pesticides, l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) a identifié en 2023 un «risque inacceptable de contamination des eaux souterraines» lié au comportement du triallate dans l’environnement. L’un des produits issus de la dégradation de cette molécule, le diisopropylamine, pourrait largement dépasser les seuils de qualité de l’eau potable, d’après les estimations des modèles réglementaires.
«Les données disponibles ne permettent ni d’exclure un risque d’effet nocif pour le consommateur, ni d’exclure un risque d’effet inacceptable pour les arthropodes non cibles», soit pour tous les insectes et autres petites bêtes qui ne sont pas visés par ce pesticide, expose encore l’Anses dans sa décision de retrait. Très toxique pour les organismes aquatiques, le triallate inquiète également pour ses effets potentiels sur la santé humaine, notamment sa génotoxicité, c’est-à-dire sa capacité à endommager l’ADN. L’Avadex Factor devra être épandu hors des périmètres de protection des captages d’eau potable et respecter une zone non-traitée de 20 mètres par rapport aux points d’eau, précise la dérogation octroyée par le ministère de l’agriculture.
À l’origine de cette demande de dérogation, l’Association générale des producteurs de blé et autres céréales (AGPB) a salué vendredi «une avancée concrète face à la progression des résistances et à la réduction continue des solutions disponibles pour maîtriser les graminées adventices», autrement dit les «mauvaises herbes». Rattaché au syndicat agricole majoritaire FNSEA, l’organisme se dit sans solution dans l’attente d’une évaluation par l’Anses d’un nouveau produit à base de triallate.
Plus étonnant : la ministre de l’agriculture, Annie Genevard, avait elle-même incité les céréaliers français à déposer une demande de dérogation lors d’une allocution au congrès annuel de l’AGPB à Nancy (Meurthe-et-Moselle), le 26 mai dernier. «Je vous confirme qu’en attendant les conclusions de l’Anses sur ces dossiers, des demandes de dérogation de 120 jours peuvent être portées pour examen auprès de la DGAL», la direction générale de l’alimentation, avait-elle annoncé.
Contactés par Vert, le ministère de l’agriculture et l’APGB n’ont pas répondu pour le moment. Ces dérogations de 120 jours sont permises par la réglementation européenne sur les pesticides en cas de «danger qui ne peut être maîtrisé par d’autres moyens raisonnables». «Il faut quand même démontrer qu’il n’y a pas de “risque inacceptable”, avertit auprès de Vert Pauline Cervan, toxicologue au sein de l’association Générations futures. Avec cette procédure d’urgence, la ministre est en train de détourner les avis de l’Anses, qui a évalué de manière approfondie ces produits et a clairement montré que les risques sont inacceptables.»
Ce mardi, Générations futures annonce saisir la justice via un recours en référé pour faire annuler la dérogation accordée à l’Avadex Factor par le ministère de l’agriculture. L’association a déjà engagé plusieurs recours contre des dérogations de pesticides interdits accordées par la France, à l’image du spirotétramate, un insecticide suspecté d’être toxique pour la reproduction, autorisé ce printemps dans plusieurs cultures, notamment les vergers.
Ce mardi 29 septembre, des élèves des lycées Joffre, Jean-Monnet et Jules-Guesde ont bloqué leurs établissements pour réclamer davantage de moyens et dénoncer le manque de professeurs. Ils affichaient aussi leur soutien aux lycéens franciliens, dont les blocages ont donné lieu à des dizaines d’interpellations ces derniers jours. À Jean-Monnet, un observateur rapporte l’usage d’une gazeuse à main sur des lycéens
Un membre de l’Observatoire des libertés de Montpellier (OLM) qui observe les pratiques policières en vue d’écrire des rapports, était présent devant le lycée Jean-Monnet ce mardi 29 septembre. Il raconte : « Les lycéens ont commencé à disposer des poubelles devant l’entrée vers 7h30. Deux camionnettes de la police nationale sont arrivées et ont foncé dans le tas pour débloquer. Le proviseur a reçu une délégation d’élèves pour discuter de leurs revendications et le blocage a continué. Des équipes de la CDI sont arrivées, ont bousculé des élèves et ont fait usage d’une gazeuse à main sur des lycéens. »
Au lycée Jules-Guesde, une vidéo publiée en story Instagram par les Jeunes insoumis de Montpellier montre un policier maîtriser un jeune en le saisissant par derrière. “Il voulait juste récupèrer son sac derrière le cordon dressé par la police, mais les policiers ne l’ont pas laissé faire”, commente une témoin présente sur place.
Même chose au lycée Joffre, comme le raconte Mila, une lycéenne : “On est arrivé à 6 heures du matin, et à chaque fois qu’on a essayé d’installer le blocage, la police est intervenue. On s’est fait charger et bousculer, mais on a fait une chaîne humaine pour tenir.”
Le mouvement a démarré à Créteil avant de s’étendre à plusieurs départements franciliens, porté par les réseaux sociaux. Le président de l’Union syndicale lycéenne (USL), Ryad Rani, énumère les griefs : manque de moyens, classes pouvant atteindre 32 à 35 élèves, manque d’enseignants mais aussi d’infirmières scolaires et de surveillants. Eli, lycéen de l’établissement Joffre, à Montpellier, détaille : “Notre mobilisation s’inscrit dans une journée de grève de la fonction publique contre le nouveau budget ultra-libéral que le gouvernement s’apprête à voter. On est là aussi parce qu’on en a marre de nos classes surchargées, et que l’on veut un vrai plan d’adaptation de nos lycées au changement climatique pour ne plus avoir cours sous 30 degrés. La question de la santé mentale des jeunes nous préoccupe aussi, un de nos camarades du lycée Mermoz a récemment fait une tentative de suicide, nous avons besoin de plus de moyens pour des infirmières scolaires, des psychologues…”
Lundi 28 septembre, environ 180 établissements ont connu des blocus, et 27 blocages totaux ont donné lieu à une intervention de la police, selon les chiffres relayés par franceinfo, qui fait état d’au moins 164 interpellations dans la journée. Le même jour, dans un message consulté par l’AFP, les ministres de l’Intérieur et de l’Éducation nationale, Laurent Nuñez et Édouard Geffray, ont annoncé que la police interviendrait en cas de violences ou de blocage total.
L’article Montpellier : des blocages lycéens réprimés par la police est apparu en premier sur Le Poing.
Alors qu’un appel national au blocage des lycées est lancé ce mardi, le mouvement se poursuit en Île-de-France. À Saint-Denis, les élèves de Paul-Éluard dénoncent depuis une semaine leurs conditions d’étude. Plusieurs interpellations et des témoignages de violences lors des interventions policières ont depuis cristallisé les tensions.
The post « On manque de tout » : à Paul-Éluard, une semaine de mobilisation appeared first on Bondy Blog.
Ce bulletin est édité par l’Assemblée Anti-Carcérale Paname & Environs, qui se réunit mensuellement. La prochaine assemblée sera le 25 octobre à 16h à la Parole Errante. Pour contribuer, témoigner, nous raconter des choses, être tenu·e au courant des nouvelles de l’assemblée ou y participer, il est possible d’envoyer un mail à l’adresse suivante : paname-anticarcerale @ riseup . net
La prison est l’un des symbole les plus éloquents de la puissance de l’État, de sa capacité à réprimer, enfermer et isoler l’ensemble des individu·es qui menacent son existence. La prison est au centre même de l’appareil colonial qui constitue l’État français : elle sert à mater et punir les révoltes des colonies comme récemment en Kanaky, Guadeloupe ou Martinique, à intensifier le tri aux frontières comme à Mayotte, et à tracer des frontières intérieures en incarcérant massivement les populations racisées, colonisées et les plus pauvres. Une des prouesse des États dits « démocratiques », est d’avoir réussi à faire de la notion d’enfermement un impensé pour toute une partie de la population. Une situation si lointaine que l’on ne prend même pas la peine de l’envisager, alors que c’est pourtant le quotidien de beaucoup de personnes…
Rompre l’isolement des/avec les détenu·es est alors devenu rapidement pour les mouvements anticarcéraux un moyen d’affaiblir l’appareil carcéral et l’État colonial. En exposant la voix des personnes enfermé·es, on se donne le moyen de penser « la prison » (son fonctionnement, ses outils, etc.), mais aussi de la rendre moins « extérieure à nos vies ». Attaquer les lieux d’incarcération – par les mots, la solidarité, le feu ou la bombe – c’est alors s’attaquer à ses outils privilégiés.
L’Assemblée Anticarcérale Paris & Environs a pour vocation d’être un espace d’organisation ouvert se réunissant mensuellement afin d’agir collectivement en solidarité avec les mouvements des prisonnier·es et tisser des liens avec les prisonnier·es et leurs proches.
Ce bulletin « mensuel » se veut un moyen de diffuser la parole, en revenant sur des mouvements ou luttes dans les prisons, et faisant sortir les nouvelles de l’intérieur. Il se veut aussi comme un outil internationaliste pour mettre en lien la répression de toutes les luttes, diffusant nouvelles d’affaires et de procès, luttes et lettres de prisonnier·es du monde entier. Il nous paraît d’autant plus important de pouvoir les diffuser sur papier lorsque l’on considère l’attaque des États-Unis contre Autistici/Inventati ayant conduit à la disparition de noblogs.
3 ans de génocide du peuple palestinien, 3 ans de complicités des entreprises d’armement, de transport et de l’État français et 3 ans de résistance du peuple palestinien, en Palestine comme en exil.
3 ans de génocide, sur nos écrans, presqu’un siècle de nettoyage ethnique. Chaque jour de l’année pourrait être la commémoration d’un martyr, d’un massacre en Palestine et dans les camps de réfugiés palestiniens à l’extérieur. Dépossédé de sa terre et de ses droits, le peuple palestinien se bat encore pour exister face au mouvement terroriste sioniste et à ses complices. Malgré les discours et les actes qui ont démontré et prouvé la nature raciste, coloniale, impérialiste et finalement génocidaire de l’idéologie sioniste, malgré les chiffres vertigineux côté palestinien: nombre de martyrs, de blessés, prisonniers , d’enfants amputés, d’orphelins, pourcentage de destruction, les camps de tortures et de concentration… ; malgré la loi, les résolutions, les conventions, le génocide continue et s’étend, en Cisjordanie, au Liban… Alors la résistance ne peut pas disparaitre, elle doit elle aussi s’étendre.
Rejoignez-nous .
Journée internationale de mobilisation, rejoignez la marche aux flambeaux : Vendredi 9 octobre, 18h30
A Nantes, départ du Cours Saint Pierre, Nantes
Stop génocide, Free Palestnie, sanctions contre Israël et ses complices, soutien à la résistance, stop à la répression.
Pas d’armes, pas de génocide ! Octobre : mois contre l’armement : actions, blocages, manifs, conférences, rejoignez la mobilisation !
Apportez vos téléphones, torches, bougies (électriques), lampions, loupiottes …
Visuel : @dinelliarte @flyers_for_falastin
#freepalestine
Mercredi 30 septembre sera rendu le jugement concernant l’extradition de notre camarade et ami, Gino.
Nous, militant·es antifascistes de Rennes et de Bretagne, affirmons avec détermination et responsabilité notre opposition à son extradition, et à la menace de son incarcération dans les prisons hongroises.
Comme une vingtaine d’autres antifascistes de partout en Europe, Gino est accusé par le gouvernement hongrois d’avoir commis des violences en marge du deuxième plus grand rassemblement fasciste d’Europe, à Budapest, en 2023.
Cédant aux pression d’Interpol et de l’Union européenne, la justice française s’est prononcée le 19 août en faveur de l’extradition de Gino vers l’Allemagne. L’Allemagne qui exige à son tour que Gino lui soit livré, sous prétexte qu’un des néonazis est de nationalité allemande.
Gino y risque dix ans d’incarcération, mais aussi d’être par la suite livré à la Hongrie. Les Etats montrent dans le cadre de cete affaire leur capacité à s’allier à l’international pour réprimer et criminaliser l’antifascisme.
La Bretagne n’a pas été épargné de cette répression de l’antifascisme, des interdictions de manifestations aux arrestations et poursuites de militant·es. C’est pour cela que nos organisations alertent; s’ils touchent à Gino, c’est à l’ensembe du mouvement antifasciste qu’ils pourront intensifier leurs attaques.
Alors que le sort de Gino sera discuté ce mercredi 30 septembre à la cour de cassation, nous devons jusqu’à ce jour nous opposer coûte que coûte à son extradition !
Solidarité avec Gino, Zaid, Maja et tous·tes les inculpé·es de Budapest !
Lorsqu’ils touchent à l’un·e d’entre nous, c’est ensemble que nous riposterons ! Gino ne doit pas être extradé, nous ne le laisserons pas partir ! Toustes à Paris le 30 septembre !
Signataires: YS Rennes, Zora Rennes, Jeunesse Communiste Rennes, Jeunesse Communiste Nantes, Jeunesse Communiste Morbihan, AFA Pays d’Auray, Dispac’h, Solidaires 35, Révolution Permanente Rennes, Nous Toutes 35
Source : Voxeurop - Europe
Source : Contretemps
Source : Orient XXI - Monde arabe et musulman
Source : Mediabask
Format : podcastC’est la bonne nouvelle du jour : il est tout à fait légal de traiter Laurent Nunez de «grosse cuve à pisse».
L’article Laurent Nunez est bien une grosse cuve à pisse est apparu en premier sur Contre Attaque.
S'étonner de la présence de fascistes dans un parti créé par des pétainistes convaincus et des Waffen-SS serait aussi naïf que d'être choqué par la présence de fourchettes dans une cuisine.
L’article Scoop ? Le chef du troupeau néofasciste porte la gale antisémite est apparu en premier sur Contre Attaque.
Quand ?
Le 10 octobre à 17h
Où ?
La Cop1ne 1, place Alice Guy, 75014, Paris
La soirée, co-organisée par l'Association France Palestine Solidarité (Paris 14-6) et la coopérative alimentaire étudiante La Cop1ne se déroulera en 4 temps : rencontre en visio avec Nabila, palestinienne de Gaza, fondatrice et animatrice de programmes de soutien éducatif et psychosocial pour enfants soutenus par l'AFPS, puis flash mob sur la place Alice Guy, puis repas solidaire et enfin initiation au Dabké, danse traditionnelle palestinienne.
Quand ?
Le 9 octobre de 19h30 à 21h
Où ?
Flora Lit Rue Mouton Duvernet 75014 Paris
Nous sommes très heureuses de proposer cette soirée avec Prune Missoffe, militante passionnée et passionnante qui, après avoir passé des années en tant que responsable des analyses et du plaidoyer à l'Observatoire international des Prisons - Section française, a fait partie l'année dernière de la Global Sumud Flotilla. Elle raconte cette expérience, ces quelques semaines qui lui ont fait côtoyer le plus beau comme le plus laid, dans le livre "À Contre-Courant", sorti il y a quelques jours.
Ce récit sert également de point de départ pour une réflexion autour du militantisme, de ses succès et des joies qu'il apporte, de ses limites et de ses échecs. Surtout, il nous raconte le peuple palestinien, son combat, sa résistance et sa résilience.
Une collecte de fonds pour Beitna - Maison de la Palestine sera proposée sur place.
Gratuit - Inscriptions sur ce lien
Quand ?
Le 16 octobre de 19h30 à 21h
Où ?
La Roche 15 bis, avenue du Général Leclerc, 75014, Paris
Une soirée pour sauter le pas, ensemble ! L'autrice Lumir Lapray, qui avait notamment écrit le remarqué « Ces gens-là », où elle faisait un portrait du monde rural et de ses habitants, revient nous présenter son nouveau livre : « S'organiser. Reprendre le pouvoir, mode d'emploi ».
Vous rêvez de lutter contre des fermetures de classes, d'écoles, d'hôpitaux, de vous syndiquer, de lever des fonds pour la cause de votre choix, ou encore de vous engager en vue des élections ? Cette activiste, qui a passé les dernières années à militer contre la montée du fascisme, vous donnera toutes les clés pour démarrer (et réussir !).
Aujourd'hui, la passivité et l'inaction ne sont plus des options. Il est important de se (re)mobiliser, de se battre, et surtout de savoir s'unir pour lutter contre la montée du suprémacisme !
Soirée gratuite, sur inscription : leorizons @ gmail.com
Les livres de Lumir seront disponibles à la vente grace à librairie Flora lit, 18 rue Mouton-Duvernet, 75014 Paris.
Quand ?
Le 30 septembre de 18h à 23h45
Où ?
Le TLM 105, rue Curial, 75019, Paris
Viens te mobiliser, danser contre le RN et rencontrer des collectifs qui luttent contre l'extrême droite dans ton quartier avec un mot d'ordre : NI CAMPAGNE, NI CONGRES POUR L'EXTREME DROITE !
Collectifs antifascistes, féministes, antiracistes et des assos locales de citoyen.ne.s motivé.e.s se sont rassemblés pour faire la fête et rappeler à tout le monde que les fachos ne sont pas les bienvenus dans nos quartiers et dans notre gouvernement.
Au programme de la soirée : de supers artistes, une tombola antifashion, un atelier sérigraphie et même une maquilleuse sur place.
Venez vous ambiancer sur les performances et les mixs de :
– Acht
– Malao
– DJ des champs
– Awawaw
– Mudril
Les sous récoltés lors de la soirée serviront à financer la campagne contre le RN, à commencer par les 24-25 octobre et le contre-congrès de lancement de campagne du RN à Orléans. On se mobilise sur place pour faire bloc ! Donc viens prendre ta place de bus pour partie avec nous ! On part ensemble, on lutte ensemble !
Antifa Paris 20, Nous Toutes Paris Nord et Sud, Antifa Paris 11, Paris 18 en lutte, Antifa Paris 19, Saint-Denis Antifa et la Marche des Solidarités
Quand ?
Le 4 octobre à 14h30
Où ?
Parking de la Gare Vert-Galant Place de la Gare, 93420, Villepinte
APRÈS SEVRAN, C'EST VILLEPINTE EN SEINE-SAINT-DENIS, QUI MANIFESTERA DIMANCHE POUR LA PALESTINE
Merci de venir nombreux et en famille, montrer que nous ne nous contentons pas des belles paroles de nos gouvernants, mais que nous voulons la liberté et la justice pour le peuple palestinien, colonisé depuis bien trop longtemps !
DÉPART DU PARKING DE LA GARE VERT-GALANT À 14H30 - VILLEPINTE
➡️ RER B : VERT-GALANT
— CAPJPO-Europalestine
Derrière chaque crise, il y a des profiteurs, et en l’occurrence, ce sont les vendeurs de pétrole comme Total.
L’article Pendant que les prix du carburant flambent, Total se gave comme jamais est apparu en premier sur Contre Attaque.
Paysan.nes, artisan.es, commerçant.es, auto-entrepreneur.euses, associations et petites entreprises : refusons de faire un pas de plus vers un monde autoritaire et sans contact ! Quelques explications sur la réforme de la facturation électronique obligatoire, les raisons et les moyens de s’y opposer.
Le PDF en version imprimable : Contre_facturation_electronique-Communique
L’obligation de facturation électronique, dont la mise en application débutait en ce mois de septembre 2026, suscite de vives inquiétudes et oppositions chez nombre de paysan.nes, artisan.es, commerçant.es, auto-entrepreneur.euses, associations et petites entreprises touchées par la réforme.
En effet, à compter du 1er septembre 2026, l’ensemble des entreprises (y compris exemptées de TVA, et quels que soient leur taille, chiffre d’affaires, forme juridique ou régime d’imposition) ainsi que certaines associations (assujetties à la TVA) sont sommées de s’inscrire sur une plateforme électronique agréée privée afin de recevoir des factures électroniques – sans cela elles ne pourront plus régler leurs factures. Parallèlement, l’émission de factures électroniques s’applique dès cette même date aux moyennes et grandes entreprises. D’ici le 1er septembre 2027, l’obligation d’acquérir un logiciel compatible pour émettre les factures sera étendu aux PME, TPE et micro-entreprises : elles ne pourront plus émettre de facture par un autre moyen.
Traçabilité et automatisation : un nouveau système au service de l’État
La facturation électronique n’est pas le simple passage d’une facture papier à un « fichier PDF » envoyé par mail. Il s’agit d’un nouveau pas vers un système de transaction automatisé, qui consiste dans la centralisation numérique de l’ensemble des données de transaction auprès de l’administration fiscale. Cette collecte massive de données relatives à l’activité des entreprises du pays en temps réel ouvre non seulement la voie à davantage de traçabilité et contrôle social des structures les plus vulnérables, mais également à de nouvelles possibilités d’automatisation de la finance et de pilotage de l’économie par l’IA.
Les plus petites structures et les travailleurs indépendants en danger !
L’accumulation des démarches administratives à distance, que l’État prétend réduire à un « simple clic », représente en réalité une profonde transformation des pratiques dont les impacts se font ressentir surtout sur les acteurs économiques les plus fragiles. Comme le résume la Confédération Paysanne dans un communiqué du 26 août 2026 :
« En effet, cette réforme nous impose des contraintes disproportionnées, loin des objectifs de simplifications. La charge administrative supplémentaire, pour des fermes sans service dédié, est loin d’être marginale et risque de provoquer de nouvelles victimes parmi les paysan.nes déjà affaibli.es. La réforme engendre des coûts directs et indirects : abonnements aux plateformes privées, mise à niveau ou acquisition de logiciels compatibles, coûts de formation ou d’accompagnement, temps non productif consacré à la transition. Ces coûts, absorbables pour les grandes entreprises, représentent un poids disproportionné pour les petites structures, déjà fragilisées par les fluctuations économiques, l’inflation et les charges croissantes1. »
Chantage et pression financière pour forcer à la bascule numérique
Au nom de la « simplification administrative » et de la lutte contre la fraude fiscale ici orientée vers les plus pauvres, l’État renforce en réalité ses moyens de contrôle sur des petites structures en exigeant d’elles de rendre traçable l’intégralité de leurs échanges marchands, sous la menace de sanctions financières plus que persuasives2. Cette pression et cette criminalisation financière pour forcer à la bascule numérique des facturations s’attaque à la survie même des structures et se déploie donc à marche forcée sans débats ni moyens pour s’y opposer.
Explosion des inégalités et risques accrus de renoncement à son activité
Nombre de petites entreprises n’ont à l’heure actuelle que très peu recours à l’informatique et fonctionnent essentiellement par des échanges directs de factures de personne à personne. L’obligation numérique va accentuer les inégalités entre les personnes qui peuvent « s’adapter » d’un côté, et celles qui subissent la « fracture numérique » de l’autre – qui seront même pour certaines contraintes d’abandonner leur activité, ou de l’exercer de manière parallèle et précaire. Une enquête du Défenseur des droits de 2025 démontre en effet que plus d’un usager sur deux ne parvient pas à réaliser ses démarches en ligne, quel que soit son âge ou sa catégorie socio-professionnelle3. Ce constat est partagé par l’association Solidarité Paysans, qui qualifie même cette réforme de « remembrement administratif 4» .
Quant aux personnes qui revendiquent le droit à la déconnexion pour des raisons politiques, conscientes des ravages écologiques, sanitaires, sociaux occasionnés par l’informatisation du monde5, la nouvelle perte d’autonomie engendrée par cette réforme aura pour conséquence toujours plus de perte de sens au travail.
Un système de facturation indirect qui profite au privé et qui fragilise la sécurité des données
Les réels bénéficiaires de cette réforme seront sans surprise les sociétés privées impliquées dans la gestion des plateformes électroniques de facturation, là où jusqu’à présent il y avait nul besoin d’intermédiaire : banques, cabinets comptables, multinationales de l’informatique et autres start-ups éditrices de logiciels… Ainsi, un nouveau marché de service payant se met en place, offrant des perspectives lucratives grâce à la collecte des données transactionnelles, véritable carburant du déploiement de l’Intelligence Artificielle.
Du point de vue de la confidentialité des données générées sur les plateformes, la centralisation numérique de volumes massifs d’informations financières expose les entreprises à des risques accrus de cyberattaques. Cela s’est déjà confirmé avec le cas de la fuite de données de Welyb, une plateforme collaborative très utilisée par les cabinets comptables français, victime d’un incident de sécurité le jour même de l’entrée en vigueur de la facturation électronique.
Impasse écologique et crise climatique
L’incitation à l’équipement en terminaux numériques ainsi qu’à la production et au stockage massif de données est une gabégie écologique et financière. En 2025, le sommet de l’IA et le sommet Choose France ont soulevé plus de 200 milliards d’euros afin de déployer plus d’une soixantaine de datacenters sur l’ensemble du territoire d’ici 2035, énergivores en ressources, voraces en terres et très polluants (pollution chimique aux PFAS, îlots de chaleur impactant la faune et la flore, pollution sonore…). Alors que l’urgence climatique se fait toujours plus ressentir, les records de chaleur et sécheresse enregistrés depuis juin 2026 l’ayant encore rappelé, il s’agirait plutôt de dénoncer la fuite en avant technologique, et de s’orienter vers une nécessaire désescalade numérique6.
Contre cette réforme inutile et délétère, rejoignez la contestation !
De nombreuses contestations se font entendre : à l’échelle locale (comme c’est le cas en Ardèche, en Ariège, dans le Tarn, en Corrèze, ou encore dans le Pays de Redon7), des collectifs de citoyen.nes se montent, organisent des réunions publiques pour informer la population, et tentent de se mobiliser pour refuser collectivement la facturation électronique. Plusieurs organisations professionnelles ont exprimé leur opposition à la réforme, comme la Fédération Nationale des Marchés de France8 ou la Confédération des Commerçants de France9. À l’échelle nationale, plusieurs pétitions ont été lancées, dont l’une est très médiatisée10 et est actuellement en voie d’examen par la commission des affaires économiques. Un recours collectif en justice contre la généralisation de la mesure est également considéré.
Nous pouvons, dès aujourd’hui :
informer et nous regrouper afin de lutter contre l’individualisation et d’avoir plus de poids collectivement,
refuser de nous inscrire sur les plateformes – nous disposons d’un délai de 3 mois après une éventuelle mise en demeure concernant la non-inscription sur les plateformes pour nous organiser (de plus, le gouvernement a annoncé qu’il n’y aurait pas de sanctions jusqu’à fin décembre),
demander aux plateformes des engagements qu’elles ne pourront tenir (protection des données, lutte contre le changement climatique, etc) ; écrire à la DDFIP pour expliquer notre refus (demandez-nous des modèles de lettre type),
interpeller les élus au niveau local et national, afin d’ouvrir un véritable débat public et d’obtenir un moratoire sur cette obligation.
Refusons de céder au matraquage de l’administration, ne cédons pas plus de terrain à l’empire de la Tech, aux logiques d’informatisation, de standardisation et centralisation.
Défendons la simplicité, l’autonomie, et la sobriété dans un monde qui tend à se complexifier.
Plus nous serons nombreux et nombreuses à mettre du sable dans les rouages de leur machine, plus nous aurons de la force !
Non à la facturation électronique Grand Est
nonfegrandest@proton.me
1« Facturation électronique : une réforme à adapter aux réalités du monde agricole », communiqué de presse de la Confédération paysanne, 26 août 2026.
2En cas de non-respect, elles s’exposent à une mise en demeure, puis à une amende de 500 euros si aucune plateforme n’a été choisie dans les trois mois, portée à 1 000 euros par trimestre tant que la situation n’est pas régularisée. Le défaut d’émission d’une facture électronique est puni de 50 € par facture ; le défaut de transmission à l’administration fiscale des données de vente à des particuliers puni de 500 € par transmission.
3« Relations des usagers avec les services publics : quelles difficultés d’accès aux droits ? », Enquête du Défenseur des droits, 13 octobre 2025.
4« Facturation électronique : un remembrement administratif qui ne dit pas son nom », Association Solidarité Paysans, 16 juin 2026.
5Manifeste contre la gestion et la numérisation de nos vies, Collectif Écran Total, Éditions La Lenteur, 2026.
6« 10 propositions pour une désescalade numérique », https://www.desescaladenumerique.org, lire aussi l’appel « Vers une Désescalade Numérique » paru sur le site Rebellyon, collectif Désescalade Numérique Lyon, mars 2025.
7« Pendant les foins, c’est intenable » : les agriculteurs en colère contre le passage au tout-numérique », Reporterre, 20 août 2026.
8« Facturation électronique – Communiqué de la Fédération Nationale des Marchés de France », 3 septembre 2026.
9« Non à la facturation électronique payante pour les commerçants », communiqué de la Confédération des Commerçants de France, 29 octobre 2024.
10Pétition « Facturation électronique obligatoire, c’est non ! » n°5174 lancée par une « simple vendeuse de cartes postales », le 18 février 2026.
164 arrestations de mineurs aujourd’hui, «coup de poing au niveau du foie», «gifle au commissariat», tirs de LBD : la jeunesse en lutte subit de plein fouet la violence du pouvoir, qui cherche à éviter un embrasement […]
L’article Soulèvement lycéen et violences policières : faire front avec la jeunesse est apparu en premier sur Contre Attaque.
Source : StreetPressAppel à contribution pour un recueil de textes centré autour de thématiques anarchistes et anti-autoritaires
Qu'est-ce qu'on veut faire ?
on voudrait fabriquer un recueil de textes centré autour de thèmatiques anarchistes et anti-autoritaires tu peux nous envoyer une nouvelle ultra courte ou très longue, des chansons et même des dessins (mais que en noir et blanc) on aimerait bien avoir une diversité de genre comme de la fantasy, du fantastique, des fan-fiction, de la science-fiction, des récits réalistes ou historiques, des récits qui se passent à notre époque, peu importe. on veut lire des choses tristes, drôles, bizarres ou absurdes, dramatiques ou catarthiques, qui traitent d'impuissance ou de la répression qu'on s'impose, bref des trucs qui font vivre nos idées et/ou résonnent avec notre quotidien politique. on veut créer un objet physique avec tous ces textes. on ne sait pas encore quelle forme ça prendra (revue, livre, zine...) parce qu'on fera en fonction du nombre de contributions qu'on reçoit. on le distribuera uniquement à prix libre (impliquant évidemment la gratuité) parce qu'on est contre la marchandisation.
Pourquoi ?
on a envie de proposer ce projet, tout d'abord parce qu'on aime se raconter des
histoires entre compas mais aussi parce qu'on aime bien discuter des livres qu'on a lu et d'imaginé comment ça se passerait si les personnages étaient anarchistes. parce qu'on est plein de personnes à avoir des histoires dans nos têtes, ou à griphonner sur des petits carnets et ça donne envie de se partager tout ça. parce qu'on veut ni de la starification des auteurice et des artistes en général ni de leur soit disant exceptionnalité. parce qu'on en a marre de devoir chourrer des livres dans des librairies, livres qui en plus doivent se conformer aux logiques capitalistes et aux normes toutes pourries du monde de l'édition. ça nous fait grave de la curiosité de lire des récit qui ne se plient pas à ces contraintes. parce qu'on veut plus que des imaginaires de conquête, de roi bienveillant ou de technologies sauveuses
parce qu'on veut démarchandiser le fait de partager des histoires par écrit car ême si Internet propose des endroit où il est possible de le faire gratuitement, on refuse de dépendre de réseau sur lesquels on n'a aucun contrôle, qui participent très fortement à l'exploitation de la terre et des humains, ainsi qu'à notre propre surveillance. Alors on lance cet appel parce que potentiellement ça peut créer des rencontres et ça c'est cool.
Thèmes :
- Toustes celleux qui errent ne sont pas perdues.
- La rage est une force qui crée des brèches dans le silence
- Exister au coeur de l'empire
On propose trois phrases qui peuvent t'inspirer. tu en fais ce que tu veux, et si
tu t'en éloignes un peu ou complètement on s'en fout. si tu veux les lier ensemble
ou en choisir plusieurs ou aucune, c'est super !
Comment ?
on te propose de nous envoyer un texte fan-fiction, fantasy, science fiction, récit
historique, auto-fiction, chanson, blague, dessin (noire et blanc)... Ça peut faire deux lignes, 2 pages ou 20. Concernant la manière dont on va choisir les textes, ce sera complètement subjectif. On a aucun critère et on pense pas que notre avis est plus important ou plus éclairé qu'un autre. Dans tous les cas on s'engage a répondre à tous les mails qu'on reçoit. Si t'as envie et que t'en fais la demande explicite, on pourrait se lancer dans un taf « d'édition » comme par exemple des notes sur le texte, proposer des pistes « d'amélioration » ou sur des fautes d'orthographe.
On garde en tête que proposer ce genre de travail de réécriture ça peut malgrès nos volontés renforcer des codes et des normes qu'on a envie de détruire.
Peut-importe le format que prendra le recueil, il sera toujours distribué à prix libre sans suggestion de prix et incluant évidemment la gratuité. L'argent ne servira
à rémunérer personne, ni auteurice, ni tout autre personne impliquées dans ce projet. On l'utilisera que pour rembourser les frais d'impression et si ce qu'on reçoit est supérieur aux dépenses, ça sera réinvestit dans des projets anti-autoritaires et anarchistes.
Pour qui ?
cet appel est destiné à n'importe qui partageant des idées anarchistes et anti-
autoritaires, que tu écrives des romans ou des nouvelles depuis des annés ou depuis hier, que t'aies jamais rien écrit mais que t'aies plein d'idée et que tes yeux brillent d'envie de les partager, que tu lises tout les jours ou juste un zine de temps en temps.
si ça te donne envie hésite pas, et si t'hésites : crame le prof en toi qui te dit que
t'es pas légitime, et arrête d'hésiter.
Contact :
Tu peux nous écrire si t'as des questions et nous envoyer ta proposition par mail à
unehistoiresansfin chez riseup.net
On prend les propositions jusqu'au 1er février 2027.
[Publié le 28 septembre 2026 sur Trognon.]
Partenariat de l’Université de Montpellier avec TotalEnergies : “une convention inquiétante”, selon les syndicatsHausse des frais d’inscriptions Autre sujet de colère pour les participant-es à l’assemblée du jour : la fin des APL pour les étudiant-es étrangers-ères hors Union Européenne, appliquée depuis le 1er juillet, et la hausse des frais d’inscription des étudiant-es étrangers-ères. « Plus de 100 étudiant-es ne peuvent pas s’inscrire à la faculté des sciences car ils ne peuvent pas payer les frais d’inscription différenciés », a avancé un participant à l’AG. Le principe de droits différenciés existe depuis 2019, hérité du plan « Bienvenue en France », mais les universités en exonéraient massivement leurs étudiants : 90 % des 111 500 étudiants concernés l’ont été totalement ou partiellement en 2024-2025. C’est cette soupape que le gouvernement a fermée. Un décret du 19 mai 2026 plafonne les exonérations à partir de l’année universitaire 2026-2027. Selon les syndicats, 2 000 personnes seraient concernées à l’université Paul-Valéry, et 5 000 au total à l’Université de Montpellier. Prélude à une hausse des frais d’inscriptions pour toutes et tous ? Le 9 septembre, un rapport de la commission d’enquête sénatoriale sur l’excellence universitaire proposait de porter les droits d’inscription à 900 euros en licence et 1 300 euros en master, et de mettre fin au droit d’accès automatique à l’université pour tous les bacheliers. « À l’UM les dossiers d’exonération de frais d’inscriptions pour les étrangers-ères peuvent être déposés jusqu’au 16 octobre », a rappelé un étudiant mobilisé. « N’hésitez pas à prévenir si vous en connaissez » Les étudiant-es comptent aussi se mobiliser la semaine prochaine pour faire pression sur une commission d’exonération qui devrait se tenir à Paul Valéry. Et le 10 octobre, de 16h à 23h, le Réseau Université Sans Frontières (RUSF) organise un concert de soutien aux étudiant-es étrangers-ères à la Tendresse, 80 impasse Flouch, à prix libre, pour financer la solidarité. Les APL, bientôt un souvenir ? Par ailleurs, une revue de dépenses de l’Inspection générale des finances et de l’Igas (inspection générale des affaires sociales), commandée par le gouvernement, propose d’intégrer les revenus des parents d’étudiant-es dans le calcul des APL. Les organisations étudiantes en tirent un ordre de grandeur : 200 000 étudiants perdraient toute allocation, 150 000 autres la verraient diminuer. La mesure n’est à ce stade ni votée ni annoncée, mais inquiète tout de même. Déjà depuis le 1er juillet 2026, les étudiant-es extra-communautaires non boursiers-ères n’ont plus droit aux aides au logement, soit une centaine de milliers de personnes. Une mobilisation sur ces mêmes sujets est aussi en cours à la fac de lettres Paul Valéry. Plus d’une centaine de personnes participaient le 15 septembre à une mobilisation sur le sujet devant la préfecture de l’Hérault. Autre front étudiant : ces dernières semaines, la contestation monte autour du CROUS de Boutonnet, entre hausse des loyers et pénurie de logements. Les comités de mobilisation et assemblées devraient se poursuivre sur la fac de science, avec des informations disponibles sur le compte Instagram « UM en lutte ». Des ponts vers d’autres mobilisations Les étudiant-es de la ville participeront à la mobilisation intersyndicale du 29 septembre, avec un départ de Paul Valéry à 13h30 pour rejoindre la manifestation à 14h à Albert 1er. Des liens avec d’autres mobilisations ont aussi été évoqués. Avec un rappel du week-end contre les Centre de Rétention Administrative (CRA) organisé les 3 et 4 octobre sur Montpellier, avec une manif le dimanche à 14h sur la Comédie. Ou encore de la mobilisation pour le climat, dont le premier acte s’est déroulé le 26 septembre, et qui organise une nouvelle assemblée générale le 13 octobre à 19h à La Carmagnole.
« S’attaquer à eux, c’est s’attaquer à nous » : les étudiants montpelliérains dans la rue contre les frais d’inscription différenciés
L’article Montpellier : à la fac de science, une assemblée contre le partenariat avec Total et la différenciation des droits pour les étudiant-es étrangers-ères est apparu en premier sur Le Poing.
Alors que des milliers de lycéen·nes se mobilisent, le gouvernement déchaîne une fois de plus une violence débridée contre la jeunesse.
L’article Saint-Ouen-L’Aumône : la police commet une tentative d’homicide sur un lycéen est apparu en premier sur Contre Attaque.
Chères lectrices, chers lecteurs,
Comme nous l'avions annoncé au début de l'été, nous sommes ruinés mais nous le sommes désormais moins grâce à vous. Nous avons néanmoins toujours et urgemment besoin de vous.
Bien que notre campagne de soutien coure toujours (nous sommes loin d'être sortis de l'auberge), nous tenions à remercier chaudement toutes celles et tous ceux qui depuis le début de l'été nous ont aidé. C'est grâce à vous (et un peu à notre acharnement légendaire, il faut bien le dire) que nous avons pu tenir le cap et garder le pied sur l'accélérateur. Nous avons publié plus de 70 articles au fil de l'été, la rentrée est repartie sur les chapeaux de roues et deux nouveaux livres paraîtront cet automne. Nous sommes néanmoins toujours dans le rouge.
Si vous jugez que notre revue se doit de continuer et que vous en avez les moyens, n'hésitez pas à participer, soit par un don ponctuel, soit par un don mensuel via cette plateforme Helloasso.
Si vous passez par Paris le 16 octobre, nous préparons une fête en guise de remerciements.
lundimatin
PS : Merci à toutes celles et ceux qui ont commandé en masse nos livres directement sur le site.
PPS : Merci à toutes celles et ceux qui nous ont apporté leur aide non pécuniaire mais particulièrement précieuse.
Source : Jacobin Italia - Italie
Comment traduire vous-même cet article
Source : 60 millions de consommateurs
Source : Rue89Lyon
Payant
Source : Komune
Source : Afrique XXI - Afrique
Source : Volcánicas - Colombie
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Après le franc succès rencontré par Taf dans les librairies et la quasi faillite de son éditeur, Paul Martel a décidé de révolutionner le métier d'écrivain en réinventant la production littéraire.
Plutôt que de se terrer à la Villa Médicis ou de s'empailler sur des salons de livre, l'écrivain-ouvrier Paul Martel se met à main-d'œuvre et part en tournée… chez vous.
Dégât des eaux ou état des lieux ? Paul maçonne vos murs et refait vos peintures.
Un bel héritage mais une tapisserie moche ? Ça peut n'être qu'un mauvais souvenir.
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Si une infiltration vous pourrie la vie depuis trop longtemps.
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Si vous voulez devenir l'un des personnages de TAF 2, le retour du prolétariat perdu .
Pour vos travaux en tous genre, contactez Paul Martel, l'ouvrier-écrivain :
Par mail : paul.martel@lundi.am
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Attention, les places pour la tournée 2026/2027 sont limitées : premiers devis, premiers servis.
Bientôt en rupture de stock, Taf, à la recherche du prolétariat perdu reste disponible dans toutes les bonnes librairies ainsi que sur notre site :.
En habits du dimanche, l'auteur présentera prochainement son livre :
Le 22 octobre à Saint-Étienne, à la librairie L'Une et l'Autre.
Le 28 octobre à Paris, à la librairie le Delta.
La Guyane a besoin de respirer, pas seulement avec de l'oxygène, comme voudraient le lui imposer ceux-là qui ne la considèrent qu'en tant que « poumon de la Terre », à savoir un bien « commun », qui serait par conséquent le Leur, le nouvel Eldorado, dernier joyau qui manque à la couronne d'Espagne, après avoir tout dévasté.
Et, « Respirer », c'est seulement pouvoir tracer sa propre voie.
1. Les baguettes du candidat Macron distribuées aux Amérindiens sur le Haut Maroni, en 2017, rappellent que depuis cinq siècles la Conquête n'en finit pas, et toujours avec les mêmes ficelles, le même mépris.
2. J'ai découvert cette anecdote « croustillante », et bien d'autres, dans « Réveiller les esprits de la Terre », [1] de l'anthropologue Barbara Glowczewski, un ouvrage consacré aux résistances Autochtones (mais pas que) à travers le monde.
Le fil directeur du livre n'est pas forcément ce qui m'a le plus retenu, car c'est ma nature que de m'intéresser davantage aux détails, comme par exemple ce passage magnifique, vertigineux, où dans un groupe aborigène, le corps des individus se retrouve « sans visage », c'est de la grande poésie.
J'ai trouvé aussi très à propos la répartie d'un Tahitien qui se disait plus préoccupé par la survenue du prochain cyclone que par le « réchauffement climatique », présenté par un militant écologiste comme la « mère des batailles » : ceci illustre tout le fossé entre nos priorités et des enjeux plus planétaires qui tendent à les phagocyter.
A cet égard, bien qu'également écologiste de formation et opposée à un extractivisme débridé, je nourris la plus grande méfiance à l'endroit des militants écologistes [2] qui voudraient, dans la grande tradition de domination de l'Occident, nous imposer leur « agenda ».
Or, face au rouleau compresseur de l'Etat français, et dans la plus grande indifférence, nous sommes déjà dans l'œil du cyclone sur un plan social, politique et identitaire. Et le volet environnemental, n'est pas le premier, mais le dernier étage de la fusée, comme en témoigne si nettement la situation de la Kanaky.
3. En ce qui concerne la Guyane, le projet de loi sur la poursuite de l'exploration pétrolière ravive chez les défenseurs de la Nature les clichés concernant les Créoles :
Ces stéréotypes que l'on retrouve sur des « posts » Facebook, peuvent aussi être alimentés par des travaux scientifiques, allant jusqu'à la thèse universitaire pour théoriser la discrimination des Marrons et Amérindiens par les Créoles. Mais comme disait Monchoachi, à propos de l'écriture : n'est-ce pas le rôle de la science que de « faire proliférer les mensonges » ?
Dans ce contexte, il me semble fondamental de dissiper un malentendu tenace en ce qui concerne les liens entre les créoles et les autres composantes de la société guyanaise.
4. En 1986, si je me souviens, projetant de faire un troisième cycle de botanique tropicale, j'étais rentrée en Guyane pour un séjour d'une semaine dans la forêt primaire en compagnie de chercheurs du laboratoire de Francis Hallé. Mais, dès le premier jour, quand ils ont commencé leur litanie sur les Créoles maltraitant la Nature et les Amérindiens, j'ai quitté à pied le campement qui se trouvait à 20 km de la nationale : je préférais encore avoir affaire aux jaguars plutôt qu' à la férocité de l'Homme blanc qui se masque derrière son « humanisme », jamais désintéressé. Et, leur pseudo « recherche » n'est jamais rien d'autre que de la prospection, y compris quand elle touche à l'humain.
5. D'une façon générale, les représentations sont mises en mouvement par deux leviers : la volonté du sujet qui les élabore et l'utilité qui les réclame et les justifie. Quelle volonté meut cette représentation de Créoles guyanais oppresseurs des Amérindiens et destructeurs de la Nature ? Et, en vue de quoi faire ou de quoi justifier ?
6. C'est que dans l'imaginaire colonial, il y aurait une hiérarchie entre les Vaincus, les « bons sauvages » (Amérindiens et Marrons) et les Créoles qui ne le seraient pas suffisamment. Et parmi les « bons sauvages » certains auraient plus de droits à réparation que d'autres, non pas en raison de la gravité des traumatismes subis (déportation, esclavage…), mais par leur caractère « Autochtone », ce qui discrimine les Marrons (mais pas que) : un brin trop foncés pour avoir une « âme », eût -on dit cinq siècles plus tôt ?
A cet égard, j'ai lu dans le livre de Barbara Glowczewski un fait glaçant : comment des Amérindiens en Amérique du Nord avaient refusé de partager les réparations destinées aux Autochtones avec d'autres Amérindiens, mais Noirs, l'équivalent des Blacks Caribs, qu'ils avaient adoptés et à qui ils avaient transmis sans réserve toute leur culture depuis plusieurs générations…
7. En Guyane, le concept d' « Autochtone » a permis de conforter une résistance des Amérindiens à l'international, d'assouvir un besoin légitime de reconnaissance, mais a pu aussi, malgré les dénégations, renforcer un ressentiment à l'égard des Créoles guyanais qui est d'autant plus vendeur en France qu'il permet d' exonérer cette puissance coloniale de la situation d'indigence de ce territoire à l'origine d'une maltraitance institutionnelle que subissent de plein fouet les Amérindiens, mais pas que.
8. Ainsi, l'Etat français, en 1969, en supprimant le territoire de l'ININI a confié la gestion de ce vaste territoire (90% de la Guyane) aux bons soins (ou « mauvais » soins) du Conseil général. Aujourd'hui, le taux de la taxe foncière du conseil général de Guyane bat tous les records alors qu'en Guyane paradoxalement les revenus sont deux fois plus faibles qu'en France : il s'agit là d'une bombe à retardement, prête à exploser à n'importe quel moment. De la même manière, en 1970, 25% de l'octroi de mer des communes guyanaises avait été réquisitionné par l'Etat pour le reverser au conseil général. Ce n'est qu'après la révolte de 2017, que l'Etat a compensé, sans rétroactivité, les pertes de ressources des communes.
C'est que l'Etat Français considère que les « retards » des uns peut être comblé par la « richesse » des autres, à l'échelle de la colonie, ou des colonies, ce qui explique aujourd'hui que, face aux enjeux de la Guyane et de Mayotte (auxquels s'ajoutent dorénavant ceux de la Nouvelle Calédonie), les Antilles soient littéralement sacrifiées par cette politique coloniale, supposée un crime contre l'humanité. Mais il s'agit là d'un détail de l'histoire, qui n'intéresse personne. [3]
S'agissant de la Guyane, il y a eu de fait une tutelle administrative exercée par les Créoles sur tout le territoire, et aussi une solidarité locale envers les territoires plus fragiles pour se substituer à un Etat défaillant, mais l'accent n'est mis que sur les dérives des Créoles, réelles ou supposées : Chyen maré sé pou lapidé.
Et ce qui est reproché aux Créoles, bien souvent ces derniers le reprochent à leurs propres élus (« Diviser pour mieux régner ! ») qui sont les bouc-émissaires de l'échec de la départementalisation, en Guyane comme ailleurs dans les autres « DOM ».
L'avènement d'Amérindiens ou de Marrons, aux plus hautes fonctions électives, ne changera strictement rien à leur sort, dans la mesure où les collectivités locales n'ont pas de pouvoir réel et encore moins les moyens de mettre en place une politique solidaire à la hauteur des enjeux de ce vaste territoire. (Le premier vice-président de la CTG est un Amérindien, il a assumé l'intérim de la présidence pendant plus d'un an, cela n'a aucun impact sur la politique « Autochtone » et la gestion des terres qui appartiennent à 90% à l'Etat).
9. Les créoles guyanais n'ont donc pas comme les féroces colons anglais le pouvoir de « discriminer » les Autochtones, en tout cas, il ne sont pas à l'origine de leur « discrimination ». Les plus grands acquis obtenus par les Amérindiens proviennent de la révolte de 2017 : 400 000 hectares de terres (contre 250 000 hectares pour les collectivités locales). Cette révolte était fascinante car contrairement aux Martiniquais, les Créoles guyanais ont cette capacité à se fédérer et à tenir compte de toutes les composantes de la société guyanaise, même s'il existe des frictions avec Haïtiens, Brésiliens ou Surinamiens, résultant de chocs migratoires brutaux et massifs (l'équivalent de +20 millions de migrants en France en deux décennies !). Et les « Métropolitains » ne sont pas en reste puisque durant la décennie charnière de 80 à 90, la France fut la principale pourvoyeuse de migrants. Mais eux ils seraient transparents (comme la TVA vis-à-vis de l'Octroi de mer). Et, en plus de nous coloniser, ils viennent nous culpabiliser en nous rendant responsables de la maltraitance des Amérindiens et de la Nature.
10. La maltraitance que les Créoles aussi subissent avec la colonisation et l'assimilation, serait, elle, transparente, d'aucune importance, à peine un fait divers : il ne faut pas « pleurer le ventre plein », ni « cracher dans la soupe », c'est ce que me retorquait une fois un préfet de Guyane. Si ce n'étaient les soulèvements spectaculaires à intervalles réguliers du peuple guyanais, pour dénoncer une maltraitance budgétaire (NOU BON Ké SA !) et tenter de respirer derrière le masque de l'Etat Providence, l'on serait porté à le croire.
11. D'une façon générale, l'on cherche à expliquer toutes les contradictions des Autochtones y compris vis à vis des activités extractives, en montrant que, dans certains pays, les compensations versées par les sociétés minières peuvent être perçues comme un rempart contre la déchéance qui leur est réservée une fois qu'ils sont intégrés/désintégrés dans la société moderne où ils se positionnent au plus bas niveau de l'échelle sociale, tout comme les Amérindiens en Guyane, bien plus que les Marrons d'ores et déjà les maîtres de l'Ouest guyanais.
12. En réalité, il y a deux défis distincts, celui de préserver des modes de vie traditionnels et celui de l'insertion dans le mode de vie moderne, deux objectifs qui se détruisent l'un l'autre s'il n'y a pas de la part de l'Etat central une politique publique bienveillante et éclairée pour parvenir au compromis le moins ravageur possible. Aujourd'hui, les Amérindiens sont clairement laissés pour compte, en particulier la jeunesse qui trouve une échappatoire dans le suicide. Une jeunesse non pas livrée à la cupidité des familles d'accueil « créoles », mais à la férocité de l'école républicaine obligatoire qui les place en situation d'échec (à l'école et dans leur propre culture), ce contre quoi mettait en garde Hurault dès les années 60 , et à celle de la réponse administrative mise en place par la CTG en l'état de ses finances pour assurer leur hébergement sur le littoral.
13. La fascination pour la baguette sur le Haut Maroni ( exploitée par le candidat Macron en 2017) où la culture, est basée sur le manioc, en dit long sur le rapport des forces en présence dans ce choc des cultures. L'esprit du Blanc se retrouve ici dans la baguette, une baguette magique à laquelle on ne peut résister, à l'égal de la bouteille de CocaCola qui ouvre sur un autre monde, obèse, qui s'oppose à la belle pauvreté, au dépouillement de cette culture ancestrale. Le Blanc n'a plus besoin ni du canon, ni du fusil, comme l'évoquait Rimbaud à son époque, ni même de l'Eglise, même si cette dernière, avec la montée en puissance des Evangélistes est plus que jamais en première ligne pour accomplir sa Mission.
14. Pour ma part, bien qu'étant aux trois quarts martiniquaise (je le précise car il est parfois reproché aux Créoles guyanais leur lignage « illégitime »), je me revendique entièrement de la Guyane, « un lieu qui m'habite » [4]. Et, j'ai une profonde admiration pour toutes les composantes de mon peuple, qui est unique par sa diversité mouvante et qui a montré à la terre entière comment un peuple uni, sans arme, peut défier la plus retorse et entêtée des puissances coloniales, arc-boutée sur ses seuls intérêts au mépris de l'épanouissement des peuples colonisés.
Je respecte aussi les rêves des Guyanais, ceux des Amérindiens qui veulent maintenir leur mode de vie traditionnel et aussi ceux à l'opposé des élus créoles (plus que les populations elles-mêmes) qui rêvent d'une Guyane prospère par l'exploitation de ses ressources naturelles pour conjurer une malédiction et maltraitance depuis l'époque coloniale.
15. Qu'importe que la Guyane « française » ne récolte que des miettes (et des dégâts) des prospections et activités extractivistes car l'Etat français ne lâche jamais rien à l'image de l'activité spatiale exonérée d'octroi de mer (ce qui prive les communes guyanaises de 100 millions d'euros par an) ou du sous-sol des terres rétrocédées aux Amérindiens qui demeure sa propriété. Nous sommes déjà dans l'œil du cyclone, condamnés à être réduits en pâtée (définition de l'assimilation), c'est donc une manière de pran douvan avan douvan pran'w, une sorte de suicide collectif, où bien-sûr les Amérindiens seraient aux premières loges.
16. Or, actuellement le créole guyanais n'est pas responsable de l'empoisonnement des fleuves, c'est une affaire entre les garimpeiros brésiliens, les gendarmes français qui regardent ailleurs et la Banque de France qui rafle la mise [5]. (L'orpaillage illégal produit 12 Tonnes d'or contre les 2 tonnes officiels).
Pourquoi alors, il y a quelques semaines, ce « soulèvement » médiatique, non pas contre les crimes (et complicités) actuels déjà considérables, mais contre des « menaces » provenant de parlementaires guyanais favorables à l'exploration pétrolière ?
Une fois de plus la France s'octroie à moindre frais (sans compensation pour les Guyanais) le beau rôle de protectrice de la Nature et des Autochtones. Du moins, tant que son train de vie énergétivore pourra se reposer sur les pillages et destructions de la Nature opérées par ses multinationales « hors les murs », y compris dans les autres Guyanes.
Les ressources « françaises » seront, elles, « préservées »/ « réservées » jusqu'à ce que des « intérêts supérieurs » sifflent la fin de partie, la fin de la récréation « verte ». Ainsi le budget militaire de la France a été multiplié par deux ces dernières années sans faire de vagues : « La patrie est en danger ». Mais le projecteur braqué sur l'interdiction de l'exploration de pétrole en Guyane, avec les « Autochtones » comme alibis plutôt que comme véritables sujets de préoccupation, permet de remonter le moral des troupes (et des électeurs) : « la lutte contre le réchauffement climatique est la mère des batailles pour préserver les générations futures ».
Les générations actuelles en « outremer », (c'est-à-dire les indigènes au sens large), peuvent, elles, attendre ou disparaître, emmurées dans le plus grand silence, à savoir le mépris de la « Nation » tout entière. Pour ceux qui tentent de fissurer ce mur, cette mobilisation générale en France au motif de la Nature guyanaise, a pu paraître indécente, presqu'une provocation. D'où, pour ma part, l'abandon d'un costume vert-ueux, et non moins confortable ou conformiste, pour carrément aller, n'en déplaise à nos « sachants », explorer l' « axe du Mal » : peut-être y a-t-il une « vérité » à puiser de ce côté, an chimen, une alternative à notre funeste destin ?
17. En Guyane « française », pour conjurer la malédiction de l'or noir, il ne suffit donc pas, comme il se fait lâchement, de tirer sur l'ambulance (créole) mais il faut s'attaquer à la racine du mal qui est cette misère sociale et morale que la France nous offre comme horizon.
18. Une partie du peuple Kanak bien que soucieuse de ses coutumes et des Esprits de la Terre, compte, à tort ou à raison, sur ses ressources naturelles pour rendre soutenable une indépendance. Les élus guyanais, galvanisés de surcroit par le boom économique du Guyana, ont cette croyance, pourquoi briser cet élan, le seul qu'ils entrevoient pour s'affranchir du joug de la France ou desserrer son étau (étau présenté dans un post Facebook comme une sorte de « pain béni » que les Créoles ne souhaitent pas partager avec les nouveaux migrants).
19. Face aux violences d'Etat auxquelles nous sommes exposés, il faut de la radicalité, et ne pas avoir peur de mourir si l'on veut survivre, en créole, cela reviendrait à dire « Pèd pou pèd » ou alors « Boulé an kay pou an rat », le rat serait le colonialisme français. Tout cela est du domaine du rêve, et pour cela j'ai fini par comprendre que l'on ne pourra jamais changer le point de vue des indépendantistes et autonomistes guyanais sur l'exploitation des ressources naturelles, que je ne partage pas. Mais, l'histoire n'est écrite par les hommes qu'après coup, et on verra bien sur quoi pourrait déboucher cette mèche que viennent d'allumer les élus guyanais : Sa ou pa sav gran passé-w'…
Pour rappel, 2017, était partie d'une révolte supposée « xénophobe » car contre l'insécurité liée à l'immigration avec des manifestations devant les consulats du Surinam ou du Brésil, et cela a débouché sur une des plus belles pages de la résistance écrite ces dernières années.
Je dois aussi avouer qu'à contrecourant de la volonté inébranlable des élus guyanais (et de l'histoire) j'étais opposée à la construction d'une route pourfendant la forêt primaire, pour relier la Guyane au Brésil. Aujourd'hui cette route permet un véritable ancrage de la Guyane en Amérique du Sud, pour ne plus être seulement qu'une île ultrapériphérique de l'Europe.
La Guyane a besoin de respirer, pas seulement avec de l'oxygène, comme voudraient le lui imposer ceux-là qui ne la considèrent qu'en tant que « poumon de la Terre », à savoir un bien « commun », qui serait par conséquent le Leur, le nouvel Eldorado, dernier joyau qui manque à la couronne d'Espagne, après avoir tout dévasté.
Et, « Respirer », c'est seulement pouvoir tracer sa propre voie.
20. En tout état de cause, le curseur en Guyane ne se situe pas dans la confrontation de deux visions du monde, celle des Créoles et celle des Amérindiens : il se situe au niveau de politiques publiques féroces qui n' épargnent ni les uns ni les autres.
Déplacer le curseur n'est pas anodin : c'est 1) se libérer à bon compte du costume de l'Homme blanc « raciste et destructeur de la Nature » et 2) soutenir l'entreprise coloniale au motif que l' « élève aurait surpassé le maître ».
21. En 2010, j'avais de ma propre initiative effectué une étude sur la mise en œuvre du Rsa en Pays indien, en me basant sur des travaux d'ethnologues tels que les époux Grenand, Pierre Clastres, Jean Hurault ou Marshall Sahlins. Je suis donc particulièrement préoccupée par la sauvegarde du mode de vie des Amérindiens de Guyane que les Japonais pourraient qualifier de « Trésor vivant ». Mais cette préoccupation ne saurait être déconnectée, comme il se fait, d'autres enjeux qui concernent toutes les composantes de la société guyanaise, face au mépris d'un colonialisme attardé, par nature indifférent au sort des « indigènes » au contraire considérés comme une menace [6] qu'il convient d'écarter comme aux premiers temps de la Conquête : l'arme budgétaire a remplacé le canon et les épidémies pour faire place nette, l'installation massive de colons fera le reste. Telles sont les priorités de la « Nation » s'agissant des peuples de ses possessions « Outre-mer » (bientôt « Outre-tombe » [7] ?). Mais il s'agit là d'un détail de l'histoire, et justement, je ne m'intéresse qu'aux détails.
Notre priorité n'est pas « la Terre », mais de vivre et nous épanouir en tant que Peuples sur nos terres.
Et, Panga ! à tout moment notre sens démesuré de la fête (qui n'a d'égale que notre désespérance sociale) peut se transformer en colère :
*** « Il faut se hâter/ L'histoire va fermer »Noir est pour mon peuple
Jaune est pour le soleil
Rouge est pour l'ocre qui colore ma peau et danse dans mes poumons.
Ou peut-être que rouge est pour notre passion,
Et jaune pour la joie dans nos chansons,
et noir la sombre tempête qui se prépare,
Injustice, prends garde, nous voilà ».Babala, lyan binmal
Walgar, lyan jalnga
Babala, ma midjan gnan
Walgar, ma wanden.Colours of my people, Nidala Barker [8]
Mireille JEAN-GILLES, Vauclin, 27 septembre 2026
[1] La lecture de ce livre a été captivante, d'emblée j'ai trouvé des résonnances avec mon propre travail sur les dits « Outremers », telle l'idée de « Glissement de terrains » (« Sentir sa terre s'ouvrir sous ses pieds comme un tombeau »), ou l'importance d'un engagement sur le plan comparatif. « Réveiller les Esprits de la Terre » a fourni une source d'informations indispensable pour alimenter la présente note. A travers les différents textes, l'on mesure aussi tout l'apport de Barbara Glowczewski à diverses disciplines scientifiques (anthropologie, philosophie ou psychanalyse) et aux luttes actuelles (en Australie, ou dans l' « Empire »), ainsi que l'héritage transmis à ses filles aborigènes par leur père : elles apparaissent comme des êtres lunaires mais avec les pieds bien sur terre, l'équation impossible. Ensuite, l' on peut reconstituer le puzzle de sa vie, depuis ses grands parents, elle est donc pleinement légitime pour parler de la souffrance de l'Autre.
[2] Malgré la capacité de résistance des mouvements écologistes.
[3] La Martinique, par exemple, semble peu préoccupée par le désengagement budgétaire massif de l'Etat à partir de 2018 (- 700 M€/an !) qui conduit à la dévitalisation de l'île, favorise la colonisation de peuplement et la montée en puissance du Narcotrafic (+400 millions d'euros/an injectés dans l'économie locale selon Le Monde).
L'île, en pleine pénurie de fonds publics, est tout entière requise par le procès de sa principale recette fiscale, à savoir l'Octroi de mer. S'agit-il comme en 2024, de créer un cordon sanitaire autour de l'Etat, en orientant la colère du peuple vers une taxe locale, c'est-à-dire contre lui-même ? Sera-ce le prochain Bwa-Bwa du carnaval 2027, le mets à sacrifier pour éviter que l'île elle-même, une véritable poudrière sociale, ne s'embrase ?
Or, contrairement aux déclarations officielles alarmistes, Bruxelles n'envisage nullement la suppression de l'Octroi de mer en 2030 car ce n'est pas de sa compétence. Seuls les différentiels de taux pour favoriser la production locale seront évalués à cette date et très probablement prorogés puisque la Commission européenne est elle-même à l'origine de cette exonération, accordée aussi aux Canaries.
A qui profite cette agitation dans une confusion qui semble entretenue ? C'est que l'Octroi de mer attise les convoitises : Bercy qui a lancé la charge dès le CIOM 2023 pour « récupérer ses billes » (l'octroi de mer n'est en réalité qu'une quotepart de la TVA nationale déléguée à la gestion locale) et surtout les importateurs qui, avec une TVA qui leur serait remboursée (qu'elle soit nationale ou locale), pourraient augmenter leurs marges de 1.6 Milliards d'euros (380 M€ en Martinique) sans qu'ils ne soient tenu d'abaisser leurs prix en conséquence.
En cas de choc fiscal, généré par cette réforme d'ampleur (comme en Nouvelle Calédonie plongée dans une instabilité fiscale, budgétaire et politique depuis 2018 à cause de l'instauration d'une TVA locale), les premiers à en assumer le coût seront le consommateur final (flambée des prix) et les collectivités (effondrement des recettes).
Enfin, le silence le plus complet entoure la TVA nationale, absente en Guyane et à Mayotte, qui pèse plus que l'Octroi de mer sur le consommateur final, plonge les Antilles dans une impasse financière structurelle en bridant le potentiel de l'Octroi de mer, taxe de manière illégale l'Octroi de mer et quitte le territoire pour alimenter les caisses de Bercy.
[4] “a place that lives in me, and that I unfurl, like a nomad his tent, in each place where I live” ? Mireille Jean-Gilles https://www.twolinespress.com/shop/books/calico-series/elektrik
[5] Une assertion que la Banque de France n'a jamais démentie (Cf. « Réveiller les Esprits de la Terre »).
[6] Pour rappel la lettre du 19 juillet 1972 de Pierre Mesmer, alors premier ministre adressé au secrétaire d'Etat aux DOM-TOM, afin de garantir la présence française par delà les Océans : « La présence française en Calédonie ne peut être menacée, sauf guerre mondiale, que par une revendication nationaliste des populations autochtones ….La revendication nationaliste autochtone ne sera évitée que si les communautés non originaires du Pacifique représentent une masse démographique majoritaire. Il va de soi qu'on n'obtiendra aucun effet démographique à long terme sans immigration systématique de femmes et d'enfants … ».
[7] Expression puisée dans les films d' Arlette Pacquitte et de Gilles Elie -dit- Cosaque
[8] Il s'agit d'un clip australien , les mots sont ici traduits de l'anglais avec la fin en djugun, la langue du père de la chanteuse née à Broome (Australie occidentale). https://www.youtube.com/watch?v=_XNYnwnL_f8
Et si l'antispécisme c'était plus qu'un régime alimentaire, pas seulement une position morale, autre chose qu'une empathie de principe envers la souffrance ? Et si c'était une critique radicale de l'organisation sociale qu'on subit au quotidien ? Et si être antispé c'était, aussi, envisager des actions directes qui s'attaquent aux structures et aux institutions économiques, sans lien évident avec l'élevage et l'abattage d'animaux non-humain.es ? Qu'on se le dise, le véganisme capitaliste, lifestyle hipster et urbain, s'accorde aux chemises à fleurs et aux bars à jus gentrificateurs. Il rate l'essentiel : le capitalisme est aujourd'hui le moteur principal de la domination spéciste. Mobiliser ses outils pour faire cesser la domination exercée sur les animaux-non humain.es constitue une impasse. Si le capitalisme veut nous faire agir en consommateurice ou en entrepreneurice pour transformer la société, ce qui compte pour nous, c'est prendre la question sur le plan collectif et politique.
L'antispécisme, pour nous, c'est une manière de considérer les animaux non-humain.es comme ayant leur subjectivité propre et des intérêts à elleux. Ces intérêts sont parfois contradictoires avec les nôtres et nous devons composer avec en fonction des espaces qu'on partage et des manières de vivre qu'on y déploie. Pour nous, iels ne sont pas à notre dispostion, nous voulons penser politiquement nos relations avec elleux pour mettre en place une cohabitation débarrassée des rapports de dominations produits par le système spéciste. L'antispécisme va avec l'anarchie, qui, pour nous, ne s'arrête pas à l'humanité.
Le spécisme, pour nous, c'est le système de domination humain qui prend pour critère de discrimination l'espèce. L'appartenance d'un être à une autre espèce que l'espèce humaine justifie alors une domination, l'exercice d'un droit de vie et de mort sur les groupes dominés, une appropriation de leurs corps, de leurs durées de vie, de leurs destinées. Certain.es antispécistes proposent alors un autre critère de discrimination, la sentience* . Nous, on préfère penser qu'il n'y a pas de nécessité à hiérarchiser d'une autre manière le vivant, et que c'est plus intéressant de sortir de cette démarche anthropocentrique*. Sans pour autant se servir de la sentience comme un critère de discrimination du vivant, on pense qu'on peut la conserver pour comprendre la spécificité et la manière de vivre de chaque groupe non-humain, avec qui nous cohabitons, et avec qui nous avons donc des liens politiques. On en parlera plus précisément dans une prochaine brochure, si on se motive !
Actuellement, spécisme et capitalisme fonctionnent ensemble et se renforcent. Le spécisme permet au capitalisme d'exploiter les corps des animaux non-humain.es, tandis que le capitalisme, pour le profit, pousse toujours plus loin cette exploitation et les rapports spécistes objectivants qui vont avec. En plus de ça, il s'approprie une partie du discours végane, comme il s'appropprie n'importe quel marché en proposant des alternatives qui ne menacent pas l'ordre spéciste. Par exemple, les promesses « cruelty free »* de certains produits ne font que déplacer le problème : en plus de faire comme si l'enjeu c'était seulement les conditions de vie des animaux non-humain.es avant la mort et pas aussi la mort en soi (produite industriellement), il invisibilise la cruauté exercée à l'encontre des travailleureuses humain.es : un capitalisme sans cruauté, sans exploitation, c'est impossible.
Marx c'est le premier qui a théorisé la lutte des classes. Il part d'un constat : l'organisation capitaliste de l'économie divise la société en classes, dont les intérêts sont contraires, et donc en conflit : la classe prolétaire, qui n'a pour elle que sa force de travail (parce qu'expropriée et dépossédée par le pouvoir capitaliste), et la classe bourgeoise, qui détient les moyens de production (machines, usines, capitaux économiques…) et qui peut donc exploiter la force de travail des prolétaires. Alors que l'intérêt des prolétaires est de se libérer de la domination matérielle des bourgeois, l'intérêt des bourgeois est de faire du profit (et donc de maintenir l'aliénation des prolétaires par le travail), et de conserver leurs capitaux (en empêchant donc les prolétaires d'y avoir accès).
Les bourgeois sont donc la minorité dominante de la société capitaliste, les possédants. Ils possèdent non seulement les capitaux économiques (c'est eux qui ont le plus d'argent, et de biens matériels), mais sont également dominants culturellement. Ce sont eux, en tant que modèle social, (car en haut de l'échelle) qui disent ce qui est beau ou pas, ce qui est de bon goût ou pas, ce qui est prestigieux ou pas, ce qui est moral ou pas, etc. Leurs pratiques culturelles et sociales ne sont pas meilleures en soi, simplement, ils ont les moyens de les imposer comme telles, de tracer les lignes des distinctions morales, esthétiques et culturelles de la société qu'ils régissent. Dans l'autre sens c'est pareil, tout un tas de pratiques culturelles sont dévalorisées parce que ce sont celles de groupes dominés (comme le rap qui s'est longtemps fait taxer de sous-culture, avant d'être largement récupéré par des classes dominantes, et à partir de là c'est devenu ok socialement d'écouter du rap – quel rap, c'est une autre question…). La hiérarchisation des pratiques culturelles d'une société se fait donc suivant son organisation économique et politique. Par la culture, plus que des pratiques ou des goûts, ce sont des groupes sociaux qui sont valorisés ou dévalorisés. On va le voir, dans le cas des luttes véganes et antispécistes, cette question de distinction culturelle est très importante. Après, faut aussi avoir en tête que Marx c'est un vieux bonhomme, il a genre 250 ans, et entre temps quelques trucs ont changé. Durant la deuxième moitié du XXème siècle, la délocalisation de l'industrie (dans des pays plus “rentables” parce que les gens y sont plus exploités) et l'expansion du secteur des services (genre les taffs qui produisent des services plus que des biens matériels, allant des assurances aux coupes de cheveux en passant par les cours de pole dance ou la livraison) ont profondément transformé le travail, et donc l'organisation de la société telle que la décrivait Marx. Après, si la situation historique a effectivement changé, le bagage théorique de Marx est toujours pertinent pour appréhender comment le système productif détermine l'organisation de la société en classes. Y'a toujours une classe dominante bien identifiable, bien consciente d'elle-même (les patrons des grandes entreprises, les politiciens…) et bien organisée, de l'autre côté c'est devenu moins évident à cause de l'évolution du travail, et parce que c'est allé avec toute une propagande idéologique qui a malheureusement fait ses preuves, basée sur l'individualisme et le mérite : c'est le néolibéralisme, tu galères mais t'inquiète, si tu taffes deux fois plus que les autres, t'auras peut-être la chance d'être le seul de tes potes en galère à accèder à une position sociale et économique confortable. Cimer.
Dans cette articulation spécisme/capitalisme, des travailleureuses humain.es sont particulièrement impacté.es. C'est le cas par exemple dans les abattoirs où le rythme et l'organisation du travail amènent des conséquences psychologiques et physiques désastreuses, notamment parce que l'objet du travail vit bel et bien, se défend, etc. C'est parce que spécisme et capitalisme ne fonctionnent que trop bien ensemble qu'il nous semble nécessaire de mener de front les luttes anticapitalistes et les luttes antispécistes. C'est en tout cas ce que ce texte essayera de proposer. Bonne lecture !
Cette brochure a été écrite à partir d'une rencontre sur le même thème, qui a réuni autour de 80 personnes (selon les organisateurices), dans un squat d'organisation politique en Île-de-France. Les différentes parties de la brochure correspondent aux différents groupes de discussions qu'on a constitués sur le moment, en fonction des thèmes qui nous semblaient intéressants. On a ensuite développé les réflexions au sein de notre groupe, en les mettant en lien etc, mais la matière de base est donc largement collective !
• L'utilisation de l'expression « animaux non-humain.es » plutôt que celle d'”animaux » permet de rappeler qu'il n'y a pas d'un côté les humain.es et de l'autre les animaux. En écrivant comme ça, on veut prendre nos distances avec la distinction binaire entre nature et culture : les humain.es sont une formes de vie parmi les autres, les isoler du reste permet surtout de justifier leur domination. On en reparle plus tard dans la brochure !
• Dans cette brochure, on utilise l'écriture inclusive (y compris pour parler des animaux non-humain.es), parce que pour nous le neutre c'est l'écriture inclusive, pas le masculin.
• Le groupe qui a écrit la brochure est pour la plus grande partie de ses membres privilégié du point de vue de la classesociale (petite bourgeoisie/classe moyenne, parfois avec un capital culturel important). Quasiment tous les membres du groupe ont fait, ou font, des études supérieures finies ou non. Certain.es d'entre nous bossent, mais personne n'est travailleureuses d'abattoirs.
On considère qu'il y a trois modes de consommation qui veulent se passer de produits issus de l'exploitation animale : le végétarisme*, le vegétalisme* et le véganisme*. C'est souvent à partir de ces différentes pratiques que l'antispécisme est compris et discuté. Lorsque ces formes de consommation individuelle visent la pureté à tout prix, elles perdent leur potentiel politique et se retrouvent destinées à la bourgeoisie, s'intégrant très bien au système capitaliste. Comment distinguer, dans ces modes de consommation, l'intérêt qui est porté aux animaux non-humain.es (et dont l'impact n'est cependant pas suffisant) et les effets de ces pratiques au sein des rapports de classe ?
Les pratiques alimentaires sont un outil de distinction de classe entre riches et pauvres. Le discours capitaliste présente le véganisme comme la manière principale d'agir dans les intérêts des animaux. En plus, il crée un rapport bourgeois au véganisme : il fait croire que, par définition, le véganisme, comme d'autres rapports bourgeois à la bouffe, prend du temps, est cher, et que c'est un régime à choisir avant tout parce qu'il est bénéfique pour la planète, pour la santé, « nature ». L'industrie alimentaire ne fait que chercher de nouveaux marchés, et les produits véganes en sont un. Même s'ils sont produits industriellement, les pubs les présentent comme raffinés, légers, diététiques, et ils sont destinés à un public ciblé, plus riche, afin de s'aménager de confortables marges. A l'inverse, les industries de la viande et du lait fonctionnent pour produire en masse de la nourriture à bas prix, destinée à un public plus populaire. De plus, ce marketing invisibilise l'existence de nombreuses autres cultures culinaires véganes et non-occidentales.
En vrai, ce sont seulement certains produits transformés véganes – commercialisés dans le but d'être achetés par des bourgeois.es – qui coûtent cher : steaks végétaux de magasins bios, fromages de noix de cajou… On peut tout à fait se passer de ces produits et manger végane pas cher, en ne prenant pas plus de temps à cuisiner : par exemple, un kilo de lentilles, plein de protéines, coûte bien moins cher qu'un kilo de viande. De manière générale, les céréales (pâtes, riz, avoine…), les légumineuses (haricots, lentilles, pois chiches…) et, en moindre mesure, les légumes, coûtent moins cher que les produits carnés et les produits laitiers, et sont les 3 éléments de base d'une alimentation végane sans carence.
Si ce véganisme bourgeois coûte cher, c'est parce qu'il est majoritairement porté par des bourgeois.es, et que les entreprises le destinent à une consommation bourgeoise.
Malgré tout ça, et même si la cuisine végétalienne ne prend pas forcément plus de temps qu'une cuisine carnée, c'est vrai aussi que changer ses habitudes alimentaires, découvrir de nouvelles recettes et de nouvelles façons d'associer les aliments pour équilibrer ses repas requiert du temps, devant lequel nous ne sommes pas toustes égaux.les.
Dans le cadre capitaliste, le véganisme est donc bien souvent un outil de domination de classe, une manière pour certain.es bourgeois.es de se distinguer des prolétaires pour mettre en avant une sorte de pureté individuelle, une performance éthique personnelle valorisée socialement au sein de leur classe. Le véganisme devient alors un discours culpabilisateur, parce qu'il utilise les arguments antispécistes à des fins de domination de classe : la viande c'est sale, c'est un truc de beauf qui a du cholestérol, c'est pas éthique. Les bourgeois.es reprennent des arguments qui sont parfois entendables (nous aussi on est contre le fait d'élever, d'enfermer et de tuer des animaux non-humain.es bien sûr), mais qui deviennent l'outil d'une morale bourgeoise. En plus de devenir une arme de mépris, le slogan « go vegan » (« deviens végane ») ne prend pas non plus en compte les relations aux animaux non-humain.es, et n'entreprend pas d'actions de transformation du système de domination spéciste : il dépolitise le rapport humain aux animaux non-humain.es.
Ces distinctions s'ancrent aussi dans l'espace. On peut presque parler de ségrégation géographique dans l'accès à la bouffe végane : dans certaines zones des États-Unis, la viande est plus accessible et moins chère que les légumes. De la même manière, dans les déserts alimentaires, il est quasiment impossible de trouver des fruits et des légumes frais. À l'inverse, les concept store véganes et hipsters participent activement à l'embourgeoisement des quartiers dans lesquels ils s'implantent, comme à Paris par exemple (dans des arrondissements comme le 17ème, le 10ème ou le 11ème). L'esthétique et la population de ces lieux peuvent vite provoquer un sentiment de malaise, l'impression de ne pas être à sa place : en plus de la barrière des prix, cela crée une barrière symbolique à la consommation végane. Ces pratiques bourgeoises s'inscrivent dans la lignée d'autres pratiques lifestyle comme le zéro déchet*, le raw veganism*, l'alimentation bio… Difficile d'être vraiment attentif.ves aux relations avec les animaux non-humain.es quand on se contente d'adopter ces pratiques dans un monde capitaliste. Au contraire, d'autres manières de faire qui ont des finalités proches, comme manger des légumes récupérés, s'alimenter avec de la bouffe récupérée dans les poubelles ou volée*, sont marginalisées. Les premières sont portées par des personnes qui sont, par rapport à la norme bourgeoise, valorisées socialement, et les secondes sont rejetées car elles s'inscrivent dans une volonté de se soustraire au capitalisme.
L'antispécisme, comme de nombreuses autres luttes, est donc récupéré par le capitalisme. Le washing* en est un exemple : il consiste à donner une meilleure image aux entreprises, dans le seul but d'augmenter leurs profits, en prônant un soutien de façade à diverses luttes. Des marques s'affichent par exemple sensibles à la cause animale, comme on le voit dans une publicité de la chaine de supermarchés Iceland. La vidéo décrit de façon touchante le vécu d'un orang-outang victime de la déforestation liée à la production d'huile de palme. C'est surtout une manière de promouvoir la décision de la chaîne d'arrêter d'utiliser de l'huile de palme dans les produits de sa marque. Elle continue pourtant de vendre dans ses magasins des produits d'autres marques en contenant. Ce phénomène est bien connu des militant.es antiracistes, féministes, LGBTQI+, dont l'engagement se trouve régulièrement récupéré par des marques comme Nike, Apple ou Coca Cola. Cependant, tout comme on ne va pas se dire antiféministe pour la simple raison que Nike récupère les discours féministes, il serait trop facile de discréditer les discours antispécistes du fait que les industries agroalimentaires en font un marché.
C'est pourtant ce que certain.es font : prendre comme prétexte la complicité entre un certain véganisme et le capitalisme pour disqualifier tout l'antispécisme. Jocelyne Porcher, dans son livre Cause animale, cause du capital, réalise une prouesse d'hypocrisie en associant l'entièreté du mouvement au projet de viande cellulaire porté par quelques entreprises capitalistes. Obsédé.es par la question de la viande cellulaire, une poignée d'essayistes répètent régulièrement, dans Le Figaro ou à la télévision, que l'antispécisme est l'idiot utile du capitalisme. On ne connaissait pourtant pas leur engagement contre le capitalisme, et on peine d'ailleurs à trouver celui en faveur des relations avec les animaux non-humain.es. Iels sont plutôt investi.es dans la défense de l'élevage (souvent paysan), et dans la possibilité de continuer à manger leurs corps.
De notre côté, on pense qu'il faut refuser au maximum les alliances avec le capitalisme, aussi opportunes puissent-elles paraître. On pourrait en effet considérer que toute avancée en matière de bien-être animal qui serait portée par le capitalisme (normes d'élevages, d'abattage, popularisation de substituts végétaux ou de viande cellulaire) serait bonne à prendre. Mais il ne faut jamais oublier que ces avancées se font souvent en s'appuyant sur d'autres formes de domination, tant économiques que symboliques : exploitation des travailleur.euses, industrialisation accentuée de la production alimentaire, invisibilisation des conditions de cette production, mépris des plus pauvres qui continuent de s'alimenter en viande. Il nous paraît inconcevable d'encourager l'adaptation du capitalisme à la critique antispéciste qui lui est faite. Cette adaptation s'appuiera toujours sur les rapports de domination constitutifs du capitalisme. Permettre la résilience du capitalisme, c'est toujours empêcher toute portée révolutionnaire de l'antispécisme, et le réduire à sa dimension de consommation et de distinction.
Dans une société où l'antispécisme est souvent considéré comme un ensemble de pratiques personnelles liées au véganisme, nous proposons de nous intéresser aux fondements matériels de la domination spéciste dans le capitalisme. C'est depuis cette perspective qu'on pourra défaire la vision bourgeoise du véganisme et considérer l'antispécisme comme une lutte à part entière, dont les enjeux sont intimement liés aux autres logiques de domination.

Pourquoi nous attardons-nous sur la question du travail des animaux non-humain.es ? Parce qu'on pense qu'une analyse de la logique du travail* peut faire apparaitre plus clairement les interactions entre spécisme et capitalisme. Le travail n'est pas une catégorie neutre, il contraint les modes de vie animaux pour que ceux-ci correspondent aux intérêts capitalistes. Il parait donc difficile d'appréhender une libération animale sans s'attaquer à la question du travail, et des formes spécifiques qu'il prend s'il concerne des humain.es ou des animaux non-humain.es.
Bien qu'invisibilisées, les situations de travail des animaux non-humain.es sont assez généralisées et plus diverses qu'on pourrait le croire : chiens de sécurité, police montée, animaux reproducteurs, traction animale, animaux de zoos, etc. Mais au-delà de cette diversité, l'entièreté de ces travaux ont un point commun : l'instrumentalisation des animaux non-humain.es par les humain.es, à des fins économiques. C'est ce que l'on peut appeler la mise au travail : la mobilisation des animaux non-humain.es dans une logique qui consiste à tirer profit du monde vivant pour créer de la valeur*. Cette mise au travail est double : d'une part, l'exploitation de la force de travail des animaux non-humain.es – par la traction animale, la balade en chameaux, le travail de gardiennnage – ; d'autre part, l'appropriation des corps – par leur achat, leur « production », leur vente, mais aussi par des pratiques comme l'insémination artificielle et la reproduction forcée.
La particularité du travail des animaux non-humain.es est qu'il est invisibilisé et gratuit, contrairement au travail salarié humain. Pour le comprendre, il est intéressant de faire le parallèle avec le travail domestique féminin, lui aussi considéré comme une évidence naturelle et donc non-rémunéré ; il serait alors dans la nature des animaux non-humain.es, comme des femmes, d'être assigné.es à certaines tâches, sans contrepartie ni reconnaissance.
Des corps vivants d'animaux non-humain.es sont ainsi enfermés par la machinerie capitaliste de mise au travail, appropriés et exploités gratuitement. Nos relations aux animaux non-humain.es sont donc aliénées* par le capitalisme, et cette aliénation nous empêche d'envisager des relations où chaque espèce est libre d'être au monde selon sa spécificité.
Alors, comment remettre au centre la question de nos relations aux animaux non-humain.es de façon à ce que leurs vies ne soient pas entièrement déterminées par la quête de profit ? Dans le cadre économique actuel, les éleveureuses qui « retournent à la terre » de façon à en prendre soin et qui élèvent des troupeaux en essayant d'intégrer des questions de bien-être animal, maintiennent en fin de compte les animaux non-humain.es dans une position de subordination face au capitalisme. Dans ce cadre, les éleveureuses n'ont pas une grande marge de manoeuvre : en effet, cette relation a principalement pour objet la vente des corps animaux pour leur chair. Toute tentative d'améliorer le bien-être des animaux non-humain.es n'est alors qu'un aménagement de la relation spéciste, où les intérêts fondamentaux des animaux non-humain.es sont niés. Le destin des animaux non-humain.es reste déterminé par des logiques productivistes, ce qui rend impossible la liberté des êtres et des rapports entre animaux humain.es et non-humain.es, comme on le voit chez certain.es éleveureuses de vaches en plein air qui déterminent d'office la date de mise à mort de ce qu'iels considèrent comme leurs vaches.
On retrouve ici des logiques similaires à celles qu'on peut voir dans le travail strictement humain : le patronat agit comme s'il avait à coeur de collaborer avec les travailleureuses, en leur promettant des améliorations de conditions de travail. Évidemment, c'est important, parce que cela comporte une amélioration concrète de la vie des personnes exploitées. Mais en fin de compte, améliorer les conditions de travail, c'est ne pas remettre en cause le fondement même du travail, de l'exploitation, de l'appropriation. De la même manière, l'aménagement des cages et la liberté du pâturage est largement insuffisante : il faut voir dans quelle mesure on peut transformer les relations entre humain.es et non-humain.es, pour que les animaux non-humain.es, aujourd'hui mis.es au travail, puissent réellement faire communauté politique avec nous.
Dès lors, la question qui se pose à nous est la suivante : comment envisager des relations aux animaux non-humain.es en-dehors des systèmes d'exploitation et d'appropriation capitalistes, pour appréhender une cohabitation qui prenne pleinement en compte les différentes manières d'exister d'une multitude d'espèces différentes ? Il nous apparaît nécessaire, tout d'abord, de sortir de la surdomestication, situation où l'espèce humaine a enlevé toute possibilité d'autonomie aux animaux non-humain.es : iels y perdent leurs aptitudes à se défendre, à trouver de la nourriture, à se reproduire… Ca veut pas dire qu'on veut pas nouer de relations de protection ou de care interespèces, mais qu'amené à un certain stade de dépendance ça devient de l'aliénation. Par exemple, suite à des siècles de surdomestication dans l'optique de faciliter le contrôle humain sur les brebis, ces dernières sont rendues aujourd'hui, pour la plupart, incapables de fuir le loup. Pourtant, leurs ancêtres les mouflons n'avaient aucunement besoin de chiens ou de bergers pour se protéger des prédateurs. Chez certaines vaches des problèmes physiques amènent à ce qu'elles ne puissent plus qu'accoucher par césarienne, les veaux étant bien trop gros pour sortir par voies naturelles.
Avoir discuté de la relation aux animaux non-humain.es comme celle d'une relation de travail nous permet de déjouer l'idée selon laquelle éleveureuses et animaux non-humain.es sont lié.es par un contrat domestique. Le contrat domestique est l'idée qu'il existe une relation mutuellement bénéfique entre éleveureuses et animaux non-humain.es, et qu'en échange de soins, les animaux non-humain.es donnent leur vie aux éleveureuses. Cette naturalisation et idéalisation de l'élevage ne s'intéresse pas aux rapports de pouvoir qui existent dans les relations entre humain.es et animaux non-humain.es. Au contraire, l'idée de contrat domestique naturalise l'ordre établi et tente de le justifier. Invoquer l'idée de contrat domestique, c'est nier que les animaux non-humain.es servent en premier lieu les intérêts économiques des éleveureuses (dont nous avons dit qu'iels étaient elleux-mêmes contraint.es par la logique de la valeur), et qu'au sein de cette logique les animaux non-humain.es occupent une place de propriété, c'est à dire qu'iels sont soumis, dans le droit, au régime des biens et donc à l'arbitraire de leur possesseur.euses.

C'est plus facile à dire qu'à faire mais il nous parait essentiel que, dans un monde post-capitaliste, les relations avec les animaux non-humain.es ne soient pas façonnées par le travail de celleux-ci : il n'y aurait alors pas de production de valeur, ni d'exploitation, ou d'approriation. C'est sous le prisme de la liberté et de l'autonomie que nous voulons considérer les relations aux animaux non-humain.es hors du capitalisme. Dans cette perspective, la question du travail des humain.es est également importante et particulièrement celleux qui travaillent dans ce qu'on appelle, dans cette brochure, les métiers du spécisme.
Quels sont les métiers du spécisme ? Par métiers du spécisme nous entendons tous les métiers qui comprennent un rapport de domination humain.es/non-humain.es ayant pour but de servir des intérêts humains. Élevage, abattage, boucherie/restauration, transformation agro-alimentaire, pêche, zoo/cirque… Dans cette partie, on se concentrera principalement sur les métiers impliqués dans l'élevage et l'abattage des animaux non-humain.es que l'on appelle de « rente » : ovins, bovins, poulets, cochons. On mange leurs corps, leur lait, leurs oeufs. S'intéresser aux autres métiers impliquant un rapport de domination spéciste mériterait sans doute une attention particulière, et on y reviendra probablement dans d'autres textes !
Le travail en abattoir
De quoi parle-t-on lorsqu'on évoque les conditions de travail de celleux qui produisent la viande que nous consommons ? Nous nous appuyons ici sur le cas des ouvrier.es des abattoirs, décrit dans Steak Machine, enquête menée par un journaliste ayant travaillé dans un abattoir industriel en Bretagne. Nous pensons qu'il est important de comprendre les conditions dans lesquelles est produite la viande, pas seulement du point de vue des horreurs qui sont perpétrées dans les abattoirs envers les animaux non humain.es, mais aussi parce que les travailleureuses d'abattoirs subissent une forme particulièrement hardcore de travail capitaliste, ce qui rend d'autant plus nécessaire le fait d'intégrer une perspective anticapitaliste à la lutte antispéciste.
L'abattoir est une institution peu connue de notre société, alors qu'elle est l'une des premières à avoir expérimenté la production à la chaîne, et qu'elle a inspiré Henry Ford pour sa production d'automobiles au début du XXe siècle. Connaître le travail dans un abattoir, c'est pouvoir lier le destin de milliards d'animaux non humain.es, mais aussi de millions de travailleureuses, avec le fonctionnement général du capitalisme industriel. Le rapport Stivade, qui s'intéresse aux conditions de travail et à la santé des travailleureuses dans l'industrie de la viande, est sans appel. 89% des hommes et 92% des femmes travaillant dans les abattoirs souffrent de Trouble Musculo-squelettiques (TMS) : douleurs aux articulations, tendinites, canal carpien… L'exposition à l'humidité et à la saleté provoquent également des épisodes récurrents de toux et vomissements. D'une manière générale, la cadence extrêmement élevée est la cause d'une importante déterioration de la santé des travailleureuses : mal de dos, taux de cancer élevé, consommation importante de drogue et d'alcool pour pouvoir mieux supporter cette violence. L'un d'entre elleux souligne dans Steak Machine que « le chronomètre est omnipotent ». Le management par la pression et la compétition entre les travailleureuses engendre un stress important et rend les emplois très précaires. L'organisation tayloriste (c'est-à-dire à la chaine et chronométré) et néolibérale du travail est donc, dans le cas des abattoirs, particulièrement aboutie, particulièrement destructrice. Beaucoup soulignent que la majeure partie de l'activité n'est pas montrable, et que toustes les ouvrier.es ne sont pas capables de travailler à la tuerie. Dans l'abattoir sur lequel enquête l'auteur de Steak Machine par exemple, la tuerie est cachée par des cloisons, ce qui correspond à la dynamique générale d'invisibilisation de la violence des abattoirs : progressivement écartée des centre-villes et enfermée dans des hangars au cours des 19e et 20e siècle, la mise à mort des animaux non-humain.es est ainsi de plus en plus occultée. La violence du travail en abattoir est le résultat d'une contradiction fondamentale entre deux choses. D'un côté, la volonté d'humaniser (rendre moins brutale) la mise à mort des animaux non humain.es, allant avec le mythe de l'épanouissement au travail et, de l'autre, le maintien d'une violence spéciste bien réelle affinée par des mécanismes techniques censés mettre à distance les animaux non-humain.es des travailleureuses, ces dernier.es étant exploité.es pour le profit d'une industrie qui se cache de plus en plus, et se défend contre celleux qui veulent dénoncer sa réalité. En gros, si l'évolution technique du travail d'abattage a rendu ce dernier moins engageant physiquement, plus net et moderne (aussi moralement), elle a surtout permis d'accentuer les cadences en rendant le travail des ouvrier.es toujours plus automatique, répétitif et dont le rythme est difficile à suivre.
Le travail dépossède de la question du spécisme
La question de la condamnation morale du travail spéciste est un premier problème dans la réflexion antispéciste. Au vu de la violence produite, toute personne acceptant d'y contribuer devrait-iel être condamné.e, seulement sur la considération que personne ne devrait contribuer au meurtre ou à l'exploitation de n'importe quel animal non-humain.e ? Nous pensons que cette façon de considérer la violence spéciste masque les mécanismes de la division du travail au sein du capitalisme. Le cas des ouvrier.es des abattoirs, ou de l'élevage, est celui qui nous intéresse ici, car souvent, la domination spéciste qui engage ces travailleureuses ne peut être une question morale, elle est une question de survie. Ainsi, le travail oblige parfois à exploiter d'autres animaux, humain.es ou non-humain.es, parce qu'il rend dépendant de la manière capitaliste d'assurer la subsistance : la domination.
Pour les travailleureuses de l'élevage et de l'abattage industriel, accepter des idées spécistes et les défendre permet de mettre en place des mécanismes de survie psychologique et physique. Mettre à distance la sensibilité et la souffrance des animaux non humain.es, oublier la violence qu'on fait subir à d'autres êtres vivants, considérer l'animal non humain.e comme un ennemi qui refuse de se soumettre : voici un ensemble de stratégies qui permettent de supporter un travail répétitif et difficile. Autant de voiles ou d'oeillères que les travailleureuses utilisent dans les élevages et abattoirs industriels pour rendre ce travail plus ou moins supportable. D'autre part, les employé.es d'abattoirs sont souvent pointé.es du doigt pour ne tenir que très peu compte du « bien-être animal », malgré le fait que le travail d'abattage soit régi par un ensemble de normes qui sont censées en tenir compte. Pour autant, une partie des gestes qui permettent de gagner du temps et de respecter les cadences sont contradictoires avec les exigences apparentes de respect du bien-être animal : il est rarement possible de se permettre de vérifier qu'un étourdissement a réussi, ou qu'un geste est effectué selon les normes. En un sens, le travail industriel transforme les normes de respect du bien-être animal en contrôle sur les travailleureuses, en accentuant le poids du chronomètre.
De plus, ce rapport au travail entraîne une professionnalisation des rapports aux animaux non-humain.es, ce qui dépossède activement la population de la manière dont celleux-ci sont traité.es, et peut donc empêcher la réflexion de chacun.e sur le sort de ces animaux non-humain.es. On entend par exemple souvent que la sensibilité à la souffrance animale serait un fait urbain, détaché des réalités concrètes de la vie et du travail en milieu rural. Selon nous, le rapport humain.e/non-humain.e est politique et ne concerne pas que les professionnel.les du secteur, la professionnalisation devenant un argument d'autorité lors des discussions sur la question. Cette dépossession est plutôt le fait des groupes de pression, syndicats d'éleveureuses et de patrons d'abattoirs, que des travailleureuses elleux-mêmes. Étant donné ce que produit psychologiquement et physiquement ce croisement infernal entre traitement spéciste des animaux non-humain.es et logique de rentabilité, les travailleureuses sont à notre sens des allié.es potentiel.les avec qui s'organiser pour lutter contre les industries spécistes.
Le capitalisme et le spécisme comme ennemis
Nous pensons que c'est la place que les personnes occupent dans le rapport de production qui importe. Par exemple, la différence est immense entre un patron d'une multinationale et un.e ouvrier.e d'abattoir. Selon cette idée, il faudrait dépasser la seule condamnation morale concernant le spécisme, et plutôt penser la dépossession face au capitalisme. Le.a travailleureuse, en s'intégrant à la production, n'a pas de pouvoir sur l'organisation de la production, mais se contente de louer sa force de travail au service du profit. La responsabilité morale de telle ou telle activité de production ne concerne pas de la même façon toutes les parties prenantes, mais pèse sur celleux qui ont le pouvoir d'influencer les conditions de la production : les capitalistes. La responsabilité vis-à-vis du spécisme est tout à fait différente quand il y a un intérêt à le reproduire pour garder ses privilèges (économiques, marchands…). Ces personnes, ou grandes entreprises, ne sont pas disposées à faire changer la production puisque ce n'est pas dans leurs intérêts. Ces intérêts sont d'ailleurs collectifs, et n'autorisent aucun changement éthique de la part d'un.e capitaliste isolé.e : il est dans l'intérêt de classe de celleux qui exploitent de réduire les coûts du travail (les salaires, la protection sociale) et d'augmenter les profits. Dans le jeu de la concurrence, le changement ne peut provenir que par une opportunité marchande. Sortir du spécisme avec l'aide des capitalistes se fera donc toujours par la possibilité d'engranger un profit plus grand sur le travail d'humain.es : voulons-nous sacrifier une lutte pour une autre ?
Nous pouvons en déduire que, quand on parle des métiers du spécisme, il y a bien deux rapports de domination distincts, qui sont relativement autonomes l'un par rapport à l'autre. Dans un travail spéciste se lient la domination spéciste (travailleureuses humain.es ayant accepté la légitimité de la domination humaine sur les animaux non-humain.es), et la domination capitaliste des rapports de classe (à quel point le travail est subi, imposé par une organisation sociale qui pose le travail – y compris injuste ou inutile – comme condition nécessaire à une vie décente). La lutte contre seulement l'une ou l'autre de ces dominations n'est pas suffisante pour nous. On ne peut pas non plus souhaiter un élevage libéré des rendements, mais qui continuerait d'exploiter et de vendre des corps d'animaux non-humain.es sous prétexte d'un prétendu « contrat domestique » que l'éleveureuse aurait signé avec “ses bêtes”. On sortirait des logiques capitalistes, mais pas du tout des logiques spécistes. La lutte contre chacun de ces systèmes de domination séparément est insuffisante pour nous, et il nous semble nécessaire de les lier. En effet, nous ne voulons pas accepter l'exploitation des animaux non-humain.es, même éloignée du capitalisme, parce que que nous n'avons pas besoin de ça pour notre alimentation et nos pratiques (déplacements, plaisir, agriculture). S'il est si difficile pour de nombreuses personnes de se détacher de l'exploitation des animaux non-humain.es, ce n'est pas uniquement parce que ces personnes sont fondamentalement spécistes. C'est plutôt que dans le monde capitaliste, nous dépendons du travail, et que celui-ci est intimement lié à l'exploitation des animaux non-humain.es.
Face à un tel constat, que faire pour allier antispécisme et anticapitalisme ? De nombreux groupes antispécistes se sont introduits dans les abattoirs pour documenter les conditions dans lesquelles vivent et meurent les animaux non-humain.es. Bien que ces actions aient été très utiles pour sensibiliser aux enjeux de traitement des animaux non-humain.es, elles rencontrent les limites posées par le capitalisme : ni les “prises de conscience” et les “alertes à l'opinion”, ni même les injonctions à consommer mieux ou à formuler des demandes aux entreprises, ne semblent pouvoir changer les rapports matériels à l'origine de l'exploitation. Nous pensons que l'une des questions à poser serait plutôt celle-ci : comment créer des alliances et des structures capables de mettre matériellement à mal l'industrie spéciste ? De nombreuses idées et perspectives sont encore à créer. Des grèves pourraient être menées avec les travailleureuses, dont l'horizon serait la fin de l'exploitation, pendant lesquelles on pourrait envisager d'autres pratiques de subsistance et d'autres relations aux animaux non-humain.es. Les humain.es et les animaux-non humain.es seraient ainsi libéré.es de l'aliénation propre au travail capitaliste.
Lutter contre le spécisme, c'est donc lutter contre le capitalisme, car c'est remettre en cause le système de pensée à l'origine de la valeur des choses et des êtres. C'est par exemple considérer une vache non plus selon sa capacité à produire une quantité donnée de lait (ça, c'est une valeur extérieure à la vache), mais selon son existence en tant que telle, pour elle-même, suivant ses propres réalités et sa propre subjectivité. La considérer hors de logiques marchandes, c'est déjà remettre en cause fondamentalement les logiques capitalistes qui déterminent le regard spéciste que l'on porte sur les animaux non-humain.es.
Comment faire, donc, pour que la question végane ne soit pas qu'une question de bourgeois.es, réappropriée par le capitalisme d'un côté – à travers l'industrie végane –, et par ses consommateurices de l'autre, pour servir une disctinction sociale entre celleux qui sont pur.es et celleux qui ne le sont pas ? En d'autres termes, comment faire des luttes antispécistes un espace qui articule une diversité de vécus de classe et de rapports au monde, plus ou moins marqués par des privilèges économiques et sociaux ?
L'antispécisme est un espace de lutte peu mixte du point de vue de la classe sociale, les personnes qui s'y engagent proviennent – de nos expériences et connaissances – majoritairement de milieux privilégiés favorisant le fait de libérer du temps pour réfléchir, s'informer et lutter en faveur de la libération animale. Posé comme ça, ce constat pourrait amener à penser deux choses : que les humain.es n'ont globalement pas d'intérêt matériel à lutter contre le spécisme ; et qu'en conséquence, seul.es celleux qui ont le temps de lutter – comme par altruisme – pour d'autres qu'elleux-mêmes, peuvent le faire.
Malgré l'état de fait actuel concernant la composition du milieu militant antispéciste, est-ce que des groupes humains n'auraient pas en fait intérêt à lutter contre le spécisme ?
Pour nous, y'a une sorte de premier mouvement à commencer, interne à l'antispécisme, qui consisterait à caractériser l'antispécisme suivant un positionnement politique intersectionnel défait de l'empreinte bourgeoise qui le suit trop souvent. Il ne s'agit pas que de défendre les animaux parce que c'est bien (moralement bien, selon une morale bourgeoise), encore moins de blâmer la consommation de viande parce que c'est mal ; il s'agit plutôt de défaire un système de domination basé sur ce qu'on appelle l'espèce, touchant premièrement les animaux non-humain.es mais s'étendant aussi à des groupes humains.
L'humanisme, une matrice commune des dominations :* la création de l'« humanité » en opposition à l'« animalité »,* et l'animalisation des classes populaires
Même si ça nous paraît difficile de trouver une cause unique aux systèmes d'oppression qui structurent la société dans laquelle on vit (ici, on parle de la société française actuelle, en tant que société occidentale du XXIe siècle), l'idéologie humaniste, qui a vu le jour aux environs du XVIe siècle en Europe, paraît être un moment de la modernité qui a légitimé et permis beaucoup des systèmes de domination tels qu'on les connaît aujourd'hui. Définir l'humanité en opposition à l'animalité, et ce depuis une position de domination (blanche, cis, hétéro, masculine, valide etc), c'est en fait mettre au point un critère à partir duquel juger celleux des vivant.es qui font partie de la catégorie des humain.es, et celleux qui, d'une certaine manière, ne le méritent pas. C'est mettre au point une définition exclusive de l'humanité, qui du coup exclut une partie considérable des vivant.es : selon les différents moments de l'histoire, les femmes, les personnes non-blanches, les personnes non-cisgenres ou non-hétéros, les personnes non-valides, les prolétaires… La preuve, on a toustes en tête des insultes racistes, sexistes, homophobes, validistes, classistes etc, qui renvoient les personnes appartenant à des catégories dominées de genre, de classe, de race etc, à l'animalité.
En fait, on dirait qu'avec l'humanisme, l'animalité est devenue une sorte de repoussoir, la catégorie du vivant à laquelle il ne faut surtout pas appartenir. Avec l'animalité, un critère de hiérarchisation et donc de discrimination entre les personnes humaines est mis au point. Mais du même coup, les animaux non-humain.es sont elleux aussi animalisé.es. En parlant d'animalité, on renvoie les animaux non-humain.es à une catégorie essentialisante*, qui ne prend pas en compte leurs individualités, alors qu'iels sont pourtant des sujets qui ont des intérêts propres, des personnalités différentes, des rapports aux mondes qui varient beaucoup selon le milieu où iels vivent, etc. En effet, il n'y a pas une animalité, mais une immense diversité de vivant.es.
Ce mécanisme spéciste qui consiste à classifier et hiérarchiser le vivant se retrouve dans beaucoup des mécanismes de domination bourgeoise sur les classes prolétaires. « Naturaliser » l'ordre social, c'est-à-dire présenter, depuis une position bourgeoise, la domination bourgeoise sur le prolétariat comme une chose naturelle et donc inchangeable, c'est quelque chose que les classes dominantes (pour l'histoire française, la noblesse puis la bourgeoisie) ont toujours fait. C'est à partir de cette idée de naturalité de l'ordre social que les ouvrier.es ont souvent été comparé.es à des « bêtes » qui ne répondent qu'à leurs pulsions « naturelles » (c'est-à-dire « animales »), qui boivent trop, qui sont violentes et qui ne peuvent pas maîtriser cette violence, qui ne sont qu'une force physique de travail, interchangeable. On retrouve encore dans les discours capitalistes actuels, souvent sous d'autres formes, cette assimiliation des classes prolétaires à une animalité fantasmée. Ce discours justifie encore maintenant des mécanismes de contrôle social, à cause d'une supposée violence naturellement propre aux classes populaires, ce qui permet par exemple de délégitimer les mouvements sociaux, et toute leur expression de révolte.
L'enjeu de penser l'antispécisme à partir de la lutte de classe, et vice-versa, est donc double : il ne s'agit pas seulement de sortir d'une forme d'animalisation des classes populaires, qui légitime un ordre social bourgeois dominant, mais il s'agit aussi de remettre en question le concept même d'animalité, pour considérer les animaux non-humain.es comme des sujets politiques ayant leur propre subjectivité, et leurs propres intérêts à exister hors de systèmes de domination dont iels subissent directement les conséquences. Il y a donc un intérêt matériel à la fois pour les humain.es et pour les animaux non-humain.es à lutter contre le spécisme : de ce point de vue, l'antispécisme peut et doit être une lutte émanipatrice pour toustes.
Mettre en intersection les divers antispécismes :*une pratique transclasse
Quand on parle du désir politique de mener une lutte qui soit à la fois antispéciste et anti-capitaliste, on ne parle donc pas de réformer ses modes individuels de consommation. Lutter pour l'antispécisme, c'est pas seulement manger du tofu : le véganisme est seulement l'une des nombreuses conséquences pratiques d'un engagement politique plus général, l'antispécisme. Même si le véganisme est une pratique individuelle qui peut avoir du sens, c'est surtout collectivement qu'elle peut prendre un sens politique : appliquée à un espace donné, par exemple au cours de cantines non-marchandes dans des espaces militants ou non (en prenant en compte le fait que la bouffe, c'est culturel, et que passer par là pour lutter a donc un sens politique), ou à l'occasion de piquets de grève ou de manifestations, elle peut devenir un outil efficace de mise en pratique de l'antispécisme, une manière concrète de faire rentrer cette lutte en intersection avec des mouvements plus spécifiquement liés à la lutte des classes.
Ça nous paraît important à la fois de ne pas se limiter à une pratique individuelle de l'antispécisme, de l'ordre de la consommation, mais aussi de ne pas tomber dans une démarche seulement intellectuelle ou théorique qui relève d'une manière parmi d'autres, souvent située du point de vue de la classe sociale, de se rapporter aux animaux non-humain.es. Pour nous, c'est important de faire de l'antispécisme une pratique transclasse, qui prend en compte plein de manières différentes de repenser, en pratique, le rapport des humain.es aux animaux non-humain.es et au vivant. Par exemple, les personnes qui prennent soin et hébergent ou juste cohabitent sans chercher à exterminer celleux qu'on appelle les « nuisibles » ; les personnes végétarien.nes par compassion, qui n'ont pas forcément de projet politique explicite, qui ne se disent pas forcément antispécistes, ne viennent pas forcément de classes sociales ayant accès à beaucoup de temps ou de capital culturel, éléments qui aident pourtant considérablement à penser le rapport des humain.es aux animaux non-humain.es, tout en s'assumant comme antispéciste.

Repenser et pratiquer l'antispécisme à partir de cette prise en compte des antispécismes qui ne se disent pas politiques et qui sont donc par là-même, dans une dynamique classiste, souvent invisibilisés, c'est aussi éviter une division classiste des tâches dans l'antispécisme : pendant que certain.es, ayant accès à un certain capital culturel et militant, repensent en théorie le rapport humain aux animaux non-humain.es, d'autres, qui ont moins accès à ce capital culturel et militant, prennent soin des animaux non-humain.es et mettent en pratique une cohabitation avec elleux, qui sort matériellement des logiques classiques de domination spéciste.
Par ailleurs, on est conscient.es que lutter pour l'antispécisme n'est pas toujours une position politiquement évidente : on se retrouve forcément, en tant qu'humain.es, à porter la voix de dominé.es sans être directement concerné.es. Mais stratégiquement, pour abolir le spécisme, les animaux ont besoin d'une lutte humaine qui vient accompagner leur résistance quotidienne réelle aux violences du système spéciste (résistance physique de tous les instants, à la mise à mort en abattoirs par exemple, cris, se laisser mourir, etc).
C'est à l'antispécisme de se rapprocher d'autres luttes de libération et de survie humaines directes, parce que c'est une lutte qui nécessite souvent plus de ressources que d'autres : lutter pour des intérêts qui ne sont pas directement les nôtres, ça nécessite d'avoir à disposition le temps et l'espace mental nécessaires – même si on a vu qu'il y a aussi un intêret humain essentiel à attaquer le système spéciste, parce qu'il fait partie d'une matrice de domination commune, dont les effets sont directs sur les humain.es, et notamment sur les rapports de classe entre elleux.
Un antispécisme intersectionnel : les intérêts communs de la lutte des classes et de la lutte pour la libération animale
Parce que le spécisme se fait le relais de systèmes d'oppressions entre humain.es, et parce qu'il trouve ses fondements dans des dynamiques de domination également à l'origine d'autres oppressions comme le patriarcat, le racisme et le capitalisme, péter sa base contribuerait donc à péter la base d'autres systèmes de domination.
Pour nous, il n'y a pas de lutte « magique », supérieure aux autres, plus importante, qui aille de soi plus qu'une autre. Chaque mécanisme de domination est lié à d'autres mécanismes de domination (ici, le spécisme est seulement un des nombreux effets de la hiérarchisation du vivant, et de l'idée d'« humanité ». Imaginons une société anarchiste idéale, sans classes sociales : ce n'est pas pour autant que le spécisme disparaîtrait « magiquement » – de la même manière, et on l'a déjà dit, une société antispéciste et capitaliste ne nous semble en aucun cas souhaitable).
On pense que les humain.es et les animaux non-humain.es ont un réel intérêt, matériel et politique, à la mise en intersection de plusieurs luttes – ici la lutte antispéciste et anticapitaliste –, c'est-à-dire à attaquer de tous les côtés les mécanismes de domination qui pourrissent notre quotidien, dans une perspective politique résolument intersectionnelle, anarchiste et émancipatrice !
Conclusion : Abattons les abattoirs, catapultons le capitalisme !

• Aliénées : nous utilisons ce mot dans un sens marxiste. En ce sens, cette expression désigne le processus par lequel un individu, un sujet ou une relation est soumise à des logiques qui ne servent pas ses intérêts propres, voir qui les desservent fondamentalement.
• Anarchisme : pour nous, l'anarchisme, c'est à la fois un objectif politique et une manière de lutter pour tendre vers cet objectif. Ca comprend le fait de défaire les systèmes de domination qui organisent la société, pour que chacun.e et chaque groupe aient prise sur sa vie. C'est la volonté de ne pas avoir à subir un ordre qui s'impose à nous de l'extérieur et d'en haut pour déterminer la forme de nos existences, les rôles que nous devons tenir, les places que nous devons avoir. C'est pouvoir décider de comment on réalise notre bouffe, nos maisons, nos relations et organisations sociales et politiques, ou d'autres trucs. Ca s'inscrit contre tout un ensemble d'institutions et de rapports qui actuellement déterminent nos vies par la domination : l'Etat, le capitalisme, le patriacat, le racisme… On pourrait développer vite fait chacun d'eux, mais ça pourrait être que superficiel et on préfère prendre le temps, brochure par brochure ! Celle-ci explique bien, on espère, notre rapport au capitalisme.
• Anthropocentrisme : système ou attitude qui place l'humain.e au dessus du vivant et qui rapporte tout à l'humain.e. En l'occurrence, utiliser la sentience c'est souvent anthropocentrique parce que ça ramène à un critère partagé par les humain.es, et donc digne de considération.
• Classification des êtres : idée qui vient de la scala naturae, qui veut dire en latin : échelle de la nature. Cette idée vient de l'Antiquité grecque (du philosophe grec Aristote par exemple, qui a inspiré beaucoup de philosophes humanistes), et elle a été beaucoup reprise au moment où l'humanisme s'est formé en tant qu'idéologie, à la Renaissance, c'est-à-dire aux environs du XVIe siècle et au XVIIe siècle. Cette manière de hiérarchiser le vivant est occidentale, elle est élaborée depuis une position dominante blanche, masculine, cis, européenne.
• Cruelty free : label qui veut dire en angantispécisme-et-luttes-des-classes-vfinale-brochure antispécisme-et-luttes-des-classes-vfinale-pageparpagelais “sans cruauté”, c'est évidemment du troll puisque ça renvoi uniquement à des pratiques de consommation.
• Essentialisme : idée qui affirme que les choses/les êtres ont une essence (une sorte de nature profonde, inchangeable) : ça permet de justifier, et de naturaliser l'ordre des choses.
• Freeganisme : pratique qui consiste à s'alimenter uniquement à base de produits qui ne sont pas achetés (récupérés, parfois volés pour certain.es)
• Intersectionnel : une perspective intersectionnelle, c'est prendre en compte le fait que les systèmes de domination se croisent et se combinent. Ca veut pas dire qu'ils s'additionnent, mais plutôt que des conditions sociales spécifiques émergent de l'intersection entre différents schémas de domination. Une femme cis pauvre ne subira pas le même sexisme qu'une femme trans ou qu'une femmes cis riche, ni le même classisme qu'un homme. Chacun.e d'entre nous est un point d'intersection où se mêlent différents rapports de force présents dans la société : notre condition sociale est le résultat de ce mélange. De là, on peut pas penser certaines facettes sociales d'une personne sans voir les autres, car toutes s'influencent.
L'intersectionnalité, dans l'idée où on veut pas favoriser une domination en luttant contre une autre, ça veut aussi dire penser ensemble les différentes luttes comme on pense ensemble les différentes dominatons. Typiquement, si le fait de promouvoir une alimentation végane absolut exclue plein de personnes parce qu'elles sont occupées à lutter contre des oppressions vécues au quotidien, ça nous intéresse pas.
• Raw veganism : littéralement “véganisme cru” : régime qui consiste à manger seulement des aliments véganes, crus et non-transformés. Concept souvent associé à une pratique de consommation bourgeoise. Ce régime est promu pour des raisons de santé, ou spirituelles.
• Sentience : pour un être vivant, capacité à ressentir les émotions, la douleur, le bien-être, etc, à percevoir de façon subjective son environnement et ses expériences de vie, et donc à poursuivre le bien-être.
• Travail : quand on dit “travail”, on ne parle pas du simple fait de faire un effort en vu de produire quelque chose. On parle de la logique, propre au capitalisme, qui conduit à ce que des activités permettent de générer du profit. Du coup, ce n'est pas que du salariat. C'est pour cela que l'on peut parler de travail gratuit féminin ou de travail animal, au même titre que le travail salarié : il s'agit de toutes les activités que l'on force à entrer dans une logique de profit, et qui du coup, ne sont pas directement lié à la subsistance. Aujourd'hui, le travail est (presque) l'unique forme possible de subsistance, puisque l'on a été dépossédé de tout accès autonome aux ressources et aux moyens de production. Du coup, dire que le travail est “historiquement spécifique”, c'est dire que ça n'a pas toujours été comme ça. Les humains n'ont pas toujours travaillé, les animaux non-humain.es non plus, c'est dans le régime capitaliste qu'iels sont de force mis-es au travail.
• Valeur : la valeur, c'est ni l'argent, ni le profit, c'est plutôt la poursuite d'une certaine logique qui gouverne les activités humaines, qui fait qu'elles sont ce qu'elles sont. En gros, la valeur c'est ce que poursuit le capitalisme. C'est celle qui, pour être générée, a besoin d'un travail toujours plus rentable, sinon celui-ci n'est plus viable. Cette logique, c'est celle qui vise à transformer de l'argent en plus d'argent, et ce, en passant par la marchandise (le fait de vendre). Du coup, c'est une sorte de fiction, parce qu'elle a pas d'existence empirique et/ou sensible. Pourtant, cette fiction dicte la façon dont toutes les activités se poursuivent. Le travail et l'argent permettent de tenir cette fiction, parce qu'ils ont le pouvoir de rendre abstrait ce qui est concret. Prenons un exemple : une chaise prend 3 heures à être produite, donc dans le capitalisme, on va attribuer la “valeur” de la chaise en tant qu'elle a pris 3 heures, et pas en tant que chaise. C'est pour ça qu'on parle d'abstraction. Dans le capitalisme, on s'en fout que la chaise serve à s'assoir, on s'intéresse d'abord au temps mesuré du travail et à l'argent généré. C'est donc pas l'usage de la chaise et son utilité qui priment dans la logique de la valeur, c'est qu'on puisse transformer la chaise en unités mesurables et échangeables dans le but de faire du profit.
• Végétarisme : régime végétarien : revient à ne pas manger de viande, poisson ou fruits de mer. En gros, pas de corps animaux.
• Végétalisme : régime végétalien : revient à ne manger aucun aliment d'origine animale. C'est-à-dire pas de fromage, miel, oeufs…
• Véganisme : il s'agit d'un mode de vie qui rassemble le fait de tenir un régime végétalien et de ne pas porter ni utiliser de produits issus de l'exploitation animale (genre pas de veste en cuir ou de rouge à lèvres avec de la graisse de baleine).
• Washing : littéralement “lavage”, “blanchissement” en français. C'est une manière de blanchir symboliquement une entreprise ou une marque, améliorer son image, en affichant des “convictions” ou un “engagement” pour une cause consensuelle. On parle de greenwashing quand des entreprises communiquent sur leur supposé engagement pour la planète, de pink washing quand elles s'affichent comme LGBTQI+ friendly, etc.
• Zéro déchet / zero waste lifestyle : mode de vie zéro déchet, qui vise à limiter son utilisation individuelle de plastique à usage unique, et de déchets en général. Ce style de vie veut se détacher du système consumériste, dans la mesure où celui-ci est à l'origine de scandales environnementaux (plastique dans les mers, micro-plastiques, incinération des déchets). Mais cette logique de consommation entre largement dans des logiques capitalistes et individualistes, qui dépolitisent entièrement la question : il porte un discours culpabilisateur, et il est inaccessible aux pauvres.
La semaine dernière, Patrick Condé s'étonnait de l'existence de Fury room où les CSP+ peuvent venir se divertir et se défouler en cassant des objetshttps://lundi.am/Tout-casser-pour-destresser]. Cette semaine, il a découvert qu'en Suède, l'armée s'entraînait à inhumer « grandeur nature » 5% de sa population. Nouvel exercice de stupéfaction.
Au risque de passer pour le plus lunaire des naïfs, mon étonnement s'est porté cette semaine sur un article paru dans Le Monde du 1er septembre 2026, intitulé « La Suède, dans la crainte d'une guerre, planifie les funérailles d'une partie de sa population » (toutes les citations qui suivent sont extraites de cet article). Le titre d'emblée ouvre une perspective jusqu'alors inimaginable, mais l'imagination est désormais débordée par une pluralité de rationalités qui la transcende à chaque instant articulant planification et scénario dont l'objet serait la mort de masse durant LA guerre à venir. J'avais déjà observé la prise méthodique du scénario sur des planifications orchestrées par la DATAR – Délégation interministérielle à l'Aménagement du Territoire et à l'Attractivité Régionale, concernant des « Images de la France en 2040 », ou encore « Territoires 2040 ». Étude de 2012 réunissant d'éminents experts (parmi lesquels par exemple feu Bruno Latour), elle était consacrée aux prévisions chiffrées et cadastrées (de nouvelles représentations de la géographie économique de la France en relief) destinées à nous informer, anticiper et prédire l'évolution géo-socio-systémique de notre société située dans le monde d'aujourd'hui et de demain, essentiellement polarisée autour des Villes-Monde qui la dynamisent en priorité, ce sur une période d'un demi-siècle projeté devant nous.
C'est bien d'un scénario-projection qu'il s'agit dans les villes de Suède censées se préparer, bien plus anticiper, prévoir et résoudre à l'avance en vue d'une hécatombe de masse survenant lors de la prochaine guerre en Europe, que l'on prévoit plutôt à brève échéance. L'article de la journaliste dépêchée sur place mentionne clairement la menace, qui ne surprendra personne : « Dans un pays qui n'a pas connu la guerre depuis plus de deux cents ans, l'exercice a de quoi surprendre. Mais depuis l'invasion de la Crimée par la Russie en 2014, puis le déclenchement de la guerre en Ukraine huit ans plus tard, la Suède est sur le qui-vive. A la fin de la guerre froide, le royaume avait renoncé à son modèle de ‘défense totale', combinant la préparation militaire et l'engagement de la société civile. Sa reconstruction est devenue une priorité ». Et d'emblée l'enjeu est décrit au plus vif (si l'on peut dire) du sujet : « Dans le cadre de la reconstruction de la défense du royaume scandinave, l'armée et de nombreuses organisations civiles se préparent, à travers des entraînements grandeur nature, à prendre en charge les corps de 5 % des habitants du pays », c'est-à-dire 500 000 personnes, estimation large précise-t-on, en espérant moins.
L'opération fut organisée « début mai à Väddö, au nord de Stockholm, dans le cadre de l'entraînement national ‘Aurora 26 ‘, qui a mobilisé 18 000 militaires de 13 nations ». Qu'est-ce que « Aurora » ? Rien à voir avec l'attaque de cyberespionnage chinois de 2009- 2010, du même nom. C'est une initiative riposte, initiée en 2023, répondant à un scénario fictif d'attaque de l'Europe par la Russie sur le territoire de la Suède, rassemblant cette année-là 26000 soldats en provenance de 14 pays répartis sur tout le territoire et 700 marines américains. Le scénario fut alors décrit ainsi : « La Suède vient de subir une première salve d'attaques. Des opérations de sabotage ont été menées contre son réseau électrique et ses télécommunications. Une campagne de déstabilisation est en cours. Malgré un ordre de mobilisation partielle diffusé à la radio lundi 24 avril, les combats sont en train de s'intensifier dans le sud du pays. Le royaume scandinave a donc demandé des renforts à ses alliés. Les Américains ont envoyé un bataillon de 700 marines. Les Finlandais vont bientôt débarquer dans l'ouest du pays, tandis que la France a dépêché sa frégate Normandie dans le port de Göteborg ». Moins d'un an plus tard, en mars 2024, la Suède devenait le 32e pays membre de l'OTAN.
Que vaut pour ce petit pays de Suède de près de 11 millions d'habitants le privilège d'être désormais membre de l'OTAN ? Eh bien d'abord le renouvellement annuel de cet exercice « Aurora », conçu cette année, en plus des exercices proprement militaires, comme un enterrement de première classe de 5% de sa population militaire et civile. Les autorités n'y sont pas allées par quatre chemins. Voici ce que rapporte l'article du Monde : « Les 500 sacs mortuaires bordeaux ont été transportés par convoi militaire depuis les bords de la mer Baltique, chacun lesté de poids et dégageant une odeur de cadavre… l'exercice se devait d'être aussi réaliste que possible. À la tête d'une centaine d'employés de l'Église luthérienne évangélique, réquisitionnés pour l'occasion, le prêtre Lars Viper assure : "C'était digne et très émouvant" ». Non, ce n'est pas un canular, ni un article divertissant comme chaque été la presse mainstream nous en gave, pour passer le temps à la plage à 40° à l'ombre du parasol, cela eut vraiment lieu ainsi en début mai de cette année.
Le réalisme en question devait donc aller jusqu'à faire dégager de chacun des 500 sacs mortuaires lestés de poids une odeur de cadavre. Bien au-delà de l'ingénierie technique de l'opération, il importait donc de conditionner les esprits pour les faire surmonter les affres de la mort transbahutée en masse, il fallait littéralement que ça pue la mort, cela dans un pays dont la journaliste précise « qu'il n'a pas connu la guerre depuis plus de 200 ans ». En effet, il était grand temps de le ramener au principe de réalité. Quel courage donc pour le pasteur officiant, d'exercer une simulation de son métier dans une puanteur d'enfer : « Les sacs mortuaires ont ensuite été mis en terre, côte à côte, dans des tranchées creusées à cet effet. Un prêtre s'est alors avancé, s'arrêtant devant chaque poteau de bois marquant l'emplacement des corps, et il a prononcé ces mots : "Tu es tombé au combat pour la Suède. Ton devoir est accompli et reconnu. Ton inhumation est une solution de secours et provisoire. Repose-toi et attends ici" ». Ça tout de même, ni un polytechnicien ni un énarque ne l'auraient inventé, demander à un mort probablement tout déchiqueté par un ogive ou un drone de patienter en attendant meilleure sépulture. Ces suédois ont le sens de la répartie face à la catastrophe. Ci-dessous la photo qui accompagne l'article :
Un prêtre prononce quelques mots devant la fosse commune où des sacs mortuaires factices sont alignés lors de l'exercice militaire « Aurora 26 » à Väddö (Suède), le 7 mai 2026. MAGNUS ARONSON/IKON
Ce prêtre était-il un Gilet Jaune ? Lafarce, dans son énormité, fait-elle rire jaune la Raison d'État ? Nous ne le saurons jamais. Raison d'État qui pousse sa rationalité biopolitique jusqu'au moindre détail : « Sur chaque housse censée contenir le corps d'un soldat tué au combat, une petite plaque au bout d'une chaîne indiquait l'identité du défunt. Dans de grandes tentes blanches, les employés de l'Eglise ont consigné les noms dans des registres. Puis, ils ont contacté l'Agence des impôts, chargée de la gestion de l'état civil pour les Suédois. Il a aussi fallu informer les ambassades des pays alliés dont les soldats faisaient partie des victimes, ainsi que le Comité international de la Croix-Rouge à Genève pour les combattants ennemis ». Ou comment, au travers des funérailles de chacune des victimes identifiées, la bureaucratie en temps de paix fantasme celle en temps de guerre, pour finalement les confondre, on est tout de même saisi d'un frisson.
Les cadavres étant ensuite tous destinés à la crémation, le problème s'est ainsi posé pour les officiants suédois : « Pour le reste de la population, "il est aussi important de savoir que les morts seront traités avec dignité", complète Anki Bondesson (responsable des enterrements auprès de l'Église ). En Suède, les 56 crématoriums du pays sont mobilisés. Actuellement, 86 % des Suédois optent pour la crémation. Un taux très élevé, en comparaison de la France, où il est de 46 %. Si la guerre éclate et les victimes se multiplient, la situation pourrait très vite devenir compliquée, note Dennis Jansson, le patron de la Fédération suédoise des cimetières et des crématoriums, même s'il précise que dans certaines situations, les corps ne pourront pas être incinérés : "Si des crimes de guerre sont soupçonnés, par exemple, et qu'une enquête doit être réalisée" ». Une bureaucratisation de la crémation qui ne peut en aucun cas se comparer à celle des camps nazis. Elle n'en fait pas moins froid dans le dos car elle banalise à sa manière la possibilité d'un épouvantable massacre, inévitable, subi, que sa gestion optimale s'illusionne à maîtriser, alors que dans les guerres actuelles, les morts sont justement le déchet le plus « intraitable » qui soit. Eh oui, en cas de crimes de guerre « par exemple »…
L'exercice qui s'est déroulé début mai serait l'illustration d'une volonté de renforcer le moral des soldats : « Ancien volontaire dans la garde civile, le prêtre Lars Viper évoque lui aussi l'Ukraine : "Si l'on veut renforcer le moral des soldats, il faut leur donner des garanties. Leur dire que s'ils sont blessés ou qu'ils sont tués au combat, on s'occupera d'eux. C'est ainsi que l'on construit une défense solide". La Russie est un contre-exemple : "Les soldats ne disposent pas d'uniformes convenables. Ils ne reçoivent pas une formation correcte et l'armée ne prend pas soin de façon adéquate des blessés et des victimes, ce qui a un effet très démoralisant" ». Voilà la vraie comparaison, imparable dans son fondement : l'ennemi, la Russie, traite ses soldats comme des chiens, ce qui se trouve de fait avéré à travers de nombreux témoignages (depuis au moins la guerre en Afghanistan et l'épisode des cercueils de zinc). Mourir dignement donc, surtout pas non plus comme à Gaza, déchiqueté, éventré, abandonné enfoui en train de pourrir sous les décombres en attendant que ceux-ci soient déblayés. « Repose-toi et attends ici », voilà la dignité garantie au défunt, civil ou militaire. Il me semble que les gazaouis ont d'autres prières pour s'adresser y compris aux morts en attente d'être découverts et ensevelis. La seule ressemblance : les sacs, qui pallient l'absence de cercueils en nombre, même chez nos braves suédois qui pourtant prévoient tout avec tant de minutie. Un sac pour un mort, n'est-ce pas déjà ce qui ajoute à la désolation de l'irréparable ?
« Repose-toi et attends ici ». L'article nous dit encore que c'est l'Église luthérienne évangélique (séparée de l'État seulement depuis 2000) qui reste responsable de la gestion des cimetières, et que dans ce cadre, les paroisses ont été informées qu'elles devaient disposer de terrains pour y inhumer jusqu'à 5 % de la population du pays. Possible en campagne, mais en ville difficile de trouver la surface. Ainsi la Fédération suédoise des cimetières et des crématoriums a-t-elle organisé plusieurs séminaires sur le thème de « La crémation en temps de crise et de guerre ». « Elle a aussi mené un exercice dans un crématorium à Norrköping. Objectif : voir comment il est possible de continuer à incinérer des corps en cas de coupure d'électricité. Là encore, l'Ukraine est une référence : "On sait que l'électricité peut être coupée pendant six à huit heures, avant de revenir et de disparaître de nouveau". Le test, qui s'est bien passé, a aussi permis de démontrer que les chambres froides pouvaient garder une température correcte pendant quarante-huit heures, "à condition de ne pas les ouvrir plus que nécessaires". » Autrement dit, les proches des victimes sont invités à ne pas trop s'attarder lors de leur ultime visite de recueillement auprès du mort, car il ne s'agirait pas que le jus vienne à manquer, laissant revenir odeur et putréfaction.
Et pour finir : « À l'Agence de la défense civile, Jan-Olof Olsson reconnaît que beaucoup de questions restent en suspens : "Les cimetières, par exemple, investissent dans des machines électriques, ce qui pourrait poser problème à terme. On peut évidemment creuser les tombes à la pelle. Mais faut-il encore en avoir suffisamment" ». Eh oui, la guerre revenue, revenus également dans la besace du Malin l'huile de coude, la pelle et le geste ancestral du fossoyeur. Fragile modernisme.
Nous voilà bien partis. La scénarisation de la vie et donc de la mort passe ici, en live, non plus par le cinéma grand champion du scénario préventif ou prophétique (voir la série américaine « The Lone Gunmen » qui avait fictionné le détournement d'un avion de ligne sur le World Trade Center), mais par le théâtre. On joue, en temps quasi réel les funérailles et l'enregistrement bureaucratique des défunts (bien sûr le comble de la fiction puisque ce temps du chaos est justement imprévisible et déjouera très probablement tous les scénarios imaginables). On joue avec des gestes et des mots, acteurs à part entière de la fiction. La mise en scène est sans doute sommaire mais se veut efficace, on ne sait pas si les acteurs actrices furent bon.ne.s, mais ce qui est sûr, c'est que la régie avait tout prévu. Les entraînements à la guerre ont donc désormais leur pendant civil, le terrain des opérations est global et total, que nous ne connaissons ici déjà que sous la forme de faux attentats à la bombe dans les grands magasins ou les gares des grandes villes, occasion de gérer policièrement-militairement les populations comme du bétail cobaye prédestiné à mourir un jour pour de vrai dans de telles situations. Mais tout a pris une tournure plus vaste, plus délirante, plus à la mesure de l'irréalité produite par l'archi-réalisme des scénarios qui double le réel du revers d'un veston tranquillement épouvantable. On se pose une question à l'issue de ce récit : comment ont réagi les habitants de Väddö, la ville proche de Stockholm où ce théâtre aux armées eut lieu ?
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Dans la foulée de cet article, un second, étonnamment paru dans Le Monde le même jour – 1er septembre 2026 et signé de la même autrice, titrait : « La Suède, ce « paradis » pour les ultrariches devenu un enjeu du débat politique ». Il s'ouvre ainsi : « Dans le royaume scandinave considéré comme un des plus égalitaires du monde, le nombre de milliardaires ne cesse d'augmenter, tandis que la pauvreté progresse. Avant les élections du 13 septembre, la taxation des plus fortunés s'est imposée comme thème de campagne ». On y apprend que 3428 milliardaires résident dans le pays, dont 53 français. Tandis que la gauche veut taxer les milliardaires, le parti libéral veut doubler le nombre de ceux-ci d'ici à 2036 : « "Aujourd'hui, les 46 personnes les plus fortunées possèdent plus que 8 millions de Suédois (dans un pays de 10 millions d'habitants)" », résume la responsable d'Oxfam ». De classiques jeux de fiscalité, sur fond de crise économique et financière durant les années 90, expliquent en partie la dérégulation qui favorisa les ultra-riches avec une baisse drastique de l'ISF tandis que les impôts des plus modestes ne suivaient pas la même tendance, etc.
Ici, l'étonnement fait place à une constatation d'abord : la menace d'une guerre d'envergure menée notamment sur le territoire de la Suède ne dissuade pas les milliardaires de s'y installer, même pas peur ! Une question ensuite en suspens : y a-t-il entre l'archi-réalisme préventif d'un simulacre d'hécatombe lors d'une guerre qu'on annonce chaque jour toute proche et la présence en nombre de ces ultra-riches une corrélation idéologique, voire théologico-politique : les ultra-riches se sont-ils convertis au protestantisme, s'ils n'étaient pas déjà protestants ? Financent-ils en mécènes ce vaste théâtre des opérations ? Un protestantisme de guerre à l'image des chrétiens évangélistes américains ? Ou bien quitteront-ils le navire comme des rats, le jour où ça commencerait à se gâter (de fait, les courageux évangélistes d'Amérique ne subissent pas chez eux la guerre à laquelle ils poussent au-dehors) ? À suivre.
Patrick Condé
À contre-pied du serment de ne jamais utiliser l'IA publié cette semaine, Pablo Durán replace la polémique autour de C'était ça ou mourir de Thélyson Orélien dans une histoire plus large de la littérature, c'est-à-dire l'histoire de sa maîtrise par la culture bourgeoise.
Le recours aux drogues, au hasard, à l'automatisme, au montage, au cut-up, à la divination, à la transe, à l'enregistrement pur et simple de ce qui arrive, au dérèglement des sens, à la manie, à l'ascèse, à l'isolement monacal, à l'écoute des rêves, à la répétition obsessionnelle des mêmes gestes et des mêmes horaires, bref, à tout ce que la vie propose et offre pour conjurer l'angoisse d'une phrase qui avance sur la page sans que l'on soit certain d'en être l'auteur ni où elle nous mènera, et peut-être même avec le désir secret qu'elle nous échappe et que l'imprévu surgisse, et avec lui la beauté, ne peut être tu qu'à la faveur d'une censure dont tous les écrivains semblent devenus complices. Pourquoi ce silence, pourquoi cette trahison de tous les livres lus et aimés ?
Les techniques d'écriture ont fait leur entrée dans la poésie et la littérature modernes en remettant en cause les notions d'intériorité, d'intentionnalité et de maîtrise au sein d'une culture bourgeoise valorisant un savoir-faire ne s'autorisant aucun risque vécu, contrairement aux poètes et aux artistes du passé qu'elle célébrait. Un poète se vit en effet comme tel avant même qu'une société quelconque le désigne ou le reconnaisse dans ce vocable. Un auteur de roman de même : il n'a besoin d'aucune caution sociale pour s'autoriser à écrire comme il l'entend, simplement à briser en lui-même la loi qui l'assigne à obéir. C'est pourquoi quelqu'un qui écrit fait toujours l'épreuve de son propre destin dans l'écriture elle-même, et plus encore dans le fait de voir ce qu'il écrit publié, jeté au milieu des signes comme une bouteille à la mer. J'aimerais ainsi que l'on explique sans détour pour quel motif les agents d'IA ne sauraient être ajoutés à la liste des techniques d'écriture par les poètes et les écrivains : cela ne devrait-il pas relever de leur choix propre et exclusif, radicalement individuel ?
Une fois de plus, ce sont donc ceux qui n'écrivent pas qui devraient en décider, montant de toute pièce le tribunal de ce qu'il est légitime de vivre et de faire lorsque l'on « prétend » écrire, cette prétention se devant absolument d'être sanctionnée par une autorité — et de préférence la leur. Celle des assis, celle des profiteurs, celle des donneurs de leçons, celle des défenseurs de la culture outragée, en un mot, celle du public dans ce qu'il a de plus vulgairement bourgeois depuis que la bourgeoisie impose les conséquences de ses choix à l'humanité. Celui-là même qui ne s'est jamais remis des livres écrits et publiés par les poètes et les écrivains depuis Novalis ou Baudelaire : moralement insanes, idéologiquement coupables, culturellement destructeurs (et j'en passe). Cette petite musique accompagne les débats contemporains depuis au moins une trentaine d'années, autant dire, au train où va le temps, depuis la préhistoire (en tous les cas celle de l'IA). Il suffit de restituer la perspective dans laquelle elle se mire elle-même avec la satisfaction des vainqueurs pour en attester : celle, par exemple, de Jean Clair affirmant après les attentats du 11 septembre 2001 que l' « idéologie surréaliste » en était la grande responsable dans un texte publié par Le Monde, et auquel, déjà, peu avaient su répondre. C'est-à-dire que tous ces gens se font une idée de l'écriture et de sa légitimité (remplacez le mot écriture par un autre désignant toute activité créatrice autonome) selon un cahier des charges très précis établissant les valeurs auxquelles elle doit répondre. « C'est de l'art/ce n'est pas de l'art », ou encore « c'est de la littérature/ce n'est pas de la littérature », etc. se présentant comme la sanction ultime et valorisante assurant la reconnaissance à la fois de l'objet et de son auteur. Nous en sommes donc revenu à cet endroit-là de la réalité sociale dans son ensemble, à rebours de tous les gestes et de toutes les consciences alertes des deux derniers siècles formés au sein d'une hostilité qui, c'est vrai, n'apparaît plus jamais dans les livres une fois leur reconnaissance admise. On y consacrerait trop de temps.
Où sont nos valeureux universitaires progressistes pour rappeler ce que je trace ici à grand trait et prendre la défense dans son ensemble de la modernité, et donc du ou des accusés ? C'est-à-dire de l'individu libre de choisir comment il s'exprime pour révéler la part de nuit qui l'obsède ? Au lieu de cela, de petits débats remplis de précautions oratoires sur la gravité d'un recours à l'IA pour produire, le soupçon de rancune sociale qu'il faudrait lire dans sa dénonciation, la distinction oiseuse entre le contenu et le contenant, sinon la revendication pour toutes et tous de pouvoir accéder à la reconnaissance… qui ne remettent jamais en question le système même qui autorise les distinctions, les louanges, et la répartition symbolique de la propriété (la leur aussi bien). On attendrait des plus autorisés qu'ils rappellent de façon concernée que le secret révélé par l'écriture (et l'écriture, c'est toujours quelqu'un qui écrit) concerne la distribution sociale elle-même.
Quel est l'enjeu derrière la défense d'une « pureté » de la production littéraire, qui ne relèverait que de l'effort d'une tête et de la transparence d'un stylo ou d'un clavier (à peine des objets techniques) pour concevoir « une œuvre de l'esprit », autorisée à répondre à celles qui lui précède selon une logique propre à l'humanisme ? Quel est-il sinon la réfutation de toutes les expériences et de tous les positionnements qui ont contesté les notions d'intériorité et d'identité pour mettre en lumière la matière même du langage, d'un langage en nous-même, et les liens singuliers de chacun avec celui-ci ? Y aurait-il donc quelque chose de dangereux, d'extraordinairement dangereux, dans ces expériences pour l'ordre social ? Ce n'est donc pas la qualité elle-même du résultat qui pose problème à nos défenseurs d'une pseudo-culture classique dont ils seraient les gardiens devant la sauvagerie de la nuit qu'ils produisent, puisque ce monde leur appartient : c'est la distribution symbolique de la propriété elle-même, et la plus-value métaphysique qu'elle produit.
Que le langage soit désormais la propriété de l'économie à travers tous les modèles conversationnels, et tous les agents d'IA, s'accorde entièrement à ce récit d'élection. Il ne faut pas s'y méprendre : un monde malade de l'identité ne sait produire que des leurres. Il se trouve que les notions d'entendement, d'intelligence du monde et des phénomènes, remisées par les Salons et les Prix littéraires au profit du respect hypocrite de valeurs morales, s'engouffrèrent dans les lettres et dans les arts avec toute la vigueur dont les histoires témoignent. Chaque fois de façon singulière, chaque fois en dehors des dogmes, y compris progressistes : au-delà de tous les dogmes. Le mythe de la « responsabilité de l'artiste » et celui d'une création « purement humaine » ne servent ainsi qu'à étouffer le feu dont chaque individu brûle.
Pablo Durán, chef de fabrication dans un groupe d'édition.